Aujourd’hui s’ouvre à Créteil la 4ème semaine du procès en appel des assassins d’Ilan Halimi. Rapide coup d’œil sur le déroulement de la semaine passée.
1. Lundi dernier, c’est la tentative d’enlèvement de Marc Krief qui a été examinée par la cour. Une semaine seulement après celle de Mickaël Douieb… et une semaine seulement avant celle d’Ilan…
Youssouf Fofana avait décidé de passer en revue les magasins de téléphonie du boulevard Voltaire, en s’imaginant que tous les travailleurs y étaient juifs. Il s’est ainsi d’abord intéressé à un certain Jérémy, avant de renoncer en se disant qu’il ne paraissait pas assez juif…
Puis Audrey Lorleach, son « appât », est rentrée dans le magasin de téléphonie où travaillait Marc Krief, à seulement quelques numéros de celui d’Ilan. Après un certain harcèlement, pendant le week-end du 14 janvier 2006, Marc craque et accepte un rendez-vous en banlieue sud.
Mais sur le chemin pour Sceaux, son ami Julien l’appelle et trouve que ce rendez-vous est bien suspect. Marc terminera donc sa soirée chez Julien, qui lui a sauvé la vie, mais il aurait pu connaître la même fin tragique qu’Ilan…
Quand nous disons que n’importe quel jeune homme juif de banlieue sud ou du boulevard Voltaire aurait pu être à la place d’Ilan, ce ne sont pas des mots en l’air. C’est la réalité, et c’est sur cette réalité que doit se fonder une conscience antifasciste – nécessairement collective !
2. Toujours lundi, dans l’après-midi, Youssouf Fofana a été appelé à témoigner, toujours « à titre de renseignement ». Il a réaffirmé qu’il ne dirait rien sur les faits et a refusé de répondre à une longue liste de questions du président de la cour.
Selon Radio J, il aurait encore une fois fait du chantage en réclamant que l’on publie une photo de lui sur une carte de l’Afrique, avec la mention « Hezbollah ». Fofana a donc été reconduit au dépôt du tribunal, au bout de 20 minutes d’audition.
3. Il faut rappeler ici une chose très importante : à cause du huis-clos, toutes les informations qui filtrent du procès sont étroitement dépendantes des intérêts de celles et ceux qui les font filtrer. Et de ce fait, les journalistes qui couvrent le procès dépendent soit de la version de la défense, soit de celle des parties civiles.
Ainsi la retranscription de la journée de lundi est un modèle du genre, où l’on se rend compte par exemple que le blog judiciaire d’Elsa Vigoureux, journaliste au Nouvel Obs, est quasiment devenu une tribune des avocats de la défense, qui tentent d’imposer leur version des faits.
Prenons un exemple « anodin », qui concerne Audrey Lorleach, l’appât qui avait ciblé Marc Krief, et qui après cela a abandonné les sinistres projets de Fofana. Elsa Vigoureux dit à son sujet : « C’est Audrey L. qui, après la découverte du corps d’Ilan Halimi, s’est spontanément rendue à la police. »
Spontanément, vraiment ? Cela est bien entendu conforme à la version de la défense, mais la réalité est toute autre : quand Audrey a vu son portrait-robot diffusé publiquement, elle a compris qu’elle trempait dans une affaire très grave et a paniqué ; conseillée par son amie Murielle, elle s’est rendue à la police.
De même, aucune mention n’est faite chez Elsa Vigoureux des provocations de Fofana, qui certes n’ont rien à voir avec leur niveau au premier procès.
Est-ce un choix de la journaliste ? Peut-être pas, quand on observe son souci du détail, mais ce qui est certain c’est que le huis clos est antidémocratique au possible. Chaque journaliste s’en remet donc aux protagonistes avec lesquels il ou elle a déjà tissé des liens par le passé (premier procès Halimi, autres procès comme celui d’Émile Louis auquel avait participé l’avocat Didier Seban, etc.).
4. Mardi matin, les avocats du procès ont pris connaissance d’une lettre du président de la cour adressé à Michèle Alliot-Marie, la Garde des Sceaux. Dans cette lettre, il est expliqué que son audition « est juridiquement acquise aux débats, et la défense n’entend pas y renoncer ».
MAM est donc invitée à une audition entre le 29 novembre et le 7 décembre… seulement si le conseil des ministres donne son feu vert ! Ce qui est très intelligent de la part du président de la cour d’assises, puisqu’il s’est débarrassé de la responsabilité effective de l’audition de MAM, et apparaît ainsi aux yeux de tous comme « neutre », « indépendant », etc.
Pourtant, quel rapport entre MAM et les faits de l’affaire Halimi ? Aucun, bien entendu, et il est clair qu’il y a là une campagne en cours de la part des avocats de la défense. Une grande attention doit y être accordée.
5. L’examen de l’enlèvement d’Ilan a commencé mardi en fin d’après-midi. Le premier témoignage est donc venu du commissaire Olivier Richardot, qui avait été en charge de la gestion de l’enlèvement.
Un témoignage imprécis sur les détails de l’affaire, mais aussi délirant et scandaleux puisque le commissaire a déclaré, « gêné », que l’enquête avait été « irréprochable ». Tellement irréprochable que la police avait finalement abandonné tout lien avec le gang de Fofana, livrant Ilan à son sort tragique…
De plus, le commissaire a caractérisé l’affaire Halimi comme… « un crime crapuleux avec un habillage politique » !
Du pur délire ! Pourquoi Fofana ciblait-il alors des juifs ? Est-ce que cibler des juifs parce qu’ils seraient soi-disant riches n’est pas antisémite ? En tout cas, quand on voit la négation totale de l’aspect antisémite, on comprend mieux pourquoi la police n’a même pas pu imaginer qu’Ilan serait torturé et liquidé.
Mercredi, un autre commissaire a témoigné, reprenant en bloc la thèse officielle de la police française – et de la défense, naturellement. À ceci près qu’il s’est défaussé de sa responsabilité en pointant du doigt les opérateurs de téléphonie mobile, qui d’après lui n’auraient pas suffisamment collaboré avec la police.
Cela avait déjà été évoqué au premier procès par le même policier, et il est clair que le ministère de l’intérieur profitera de l’affaire Halimi pour se défausser de ses responsabilités, et pour développer encore davantage les techniques françaises de « l’anti-subversion »… en détournant totalement le sens de l’assassinat d’Ilan.
6. Enfin vendredi, c’est l’enlèvement d’Ilan qui a été abordé de manière détaillée, c’est-à-dire la soirée du 20 janvier 2006.
Le mardi 17 janvier, la jeune Emma (« Yalda ») Arbalzadek-Hashémi, mineure à l’époque et assez « paumée », est conduite boulevard Voltaire par Fofana. Cette fois-ci, c’est elle qui lui servira d’appât… et ceci dès le lendemain du rendez-vous manqué avec Marc Krief !
Sur ordre de Fofana, Emma cherche un vendeur de téléphonie qui ne soit pas trop difficile à maîtriser. Après plusieurs tentatives hésitantes, elle jette son dévolu sur Ilan. Quand elle repart, Ilan lui tend gentiment un papier avec son numéro de téléphone. Ravi, Youssouf Fofana invite toute son équipe à fêter cela autour d’un panini.
Une heure plus tard, Emma appelle Ilan et lui donne rendez-vous le vendredi suivant, après le repas en famille de Shabbat, au café Paris-Orléans à la porte d’Orléans.
Le vendredi en question, en vue de l’enlèvement, Fofana emprunte l’Audi grise de Jérémy Pastisson, qui avait déjà été impliqué dans la tentative d’enlèvement de Jimmy et Mickaël Doueib.
En fin de soirée, Emma demande à Ilan de la raccompagner à Sceaux, où elle prétend habiter seule depuis deux mois. Ilan se gare au parking d’un gymnase près de la Coulée Verte, près du soi-disant appartement de « Yalda ».
Là, quand elle prononce le signal convenu, trois hommes bondissent sur Ilan, le tabassent et l’enferment dans le coffre de l’Audi, menottes aux poignets, scotch sur les yeux et mouchoir au chloroforme sur la bouche. Deux des trois ravisseurs n’ont jamais été identifiés, et le silence est total par peur plus ou moins « naturelle » de représailles.
Ce soir là, c’est le début du calvaire pour Ilan notre frère, dans un appartement vide du 1, rue Prokofiev de la cité de la Pierre Plate à Bagneux, tout près du cimetière.