Zemmour vs Bensaïd

Mourir à soixante ans…

Hier le 12 janvier au matin, Daniel Bensaïd nous a quittés, « des suites d’une longue maladie » comme disent les médias

Daniel Bensaïd, c’était le fameux « Bensa » de Mai 68, qui a été jusqu’au bout la figure intellectuelle de la LCR puis du NPA de Besancenot.

Né en 1946 à Toulouse, il était monté à Paris pour ses études à la fac de Nanterre, qui sera l’un des bastions étudiants du mouvement de mai – juin 1968.

Là, il était devenu l’un des cadres dirigeants de la Jeunesse Communiste Révolutionnaire, aux côtés notamment des frères Krivine (juifs ukrainiens) et d’Henri Weber (juif du Tadjikistan).

La JCR était une organisation trotskyste créée en avril 1966 après l’expulsion des trotskystes de l’Union des Étudiants Communistes. Mais en réalité, la JCR était issue de 40 ans de trotskysme français, quoi qu’en dise son historiographie officielle…

Le 12 juin 1968, le ministre de l’intérieur Marcellin dissout de nombreuses organisations révolutionnaires, dont l’UJCML maoïste et la JCR trotskyste. En avril 1969 sera donc fondée la Ligue Communiste, issue de la fusion avec le parti trotskyste dont la JCR dépendait officieusement.

À la création de la LC, son bureau politique était composé de 12 cadres dirigeants, parmi lesquels… 11 personnes juives !

Il existe d’ailleurs une blague à propos de cela, classique dans l’extrême-gauche des années 1970 : « Pourquoi on ne parle pas yiddish au bureau politique de la Ligue ? Parce que Bensaïd est séfarade ! »

La Ligue Communiste mettait en avant une identité anti-impérialiste, guévariste, révolutionnaire, soutenant même quelques guérillas des pays opprimés. Daniel Bensaïd a ainsi eu un rôle dans l’organisation internationale des trotskystes, voyageant au Brésil, en Argentine, dans l’État espagnol, etc.

Le 21 juin 1973, l’organisation fasciste Ordre Nouveau tient un meeting à la Mutualité, intitulé « Halte à l’immigration sauvage »… Meeting qui sera très violemment attaqué par les révolutionnaires !

Contre la police qui protège les fascistes, c’est la panoplie « classique » qui est de sortie : casque, manche de pioche, cocktails molotov. Bilan : plus de 150 flics au tapis !

De cette attaque antifasciste sous la direction de Michel Recanati (encore un !!!), le service d’ordre de la Ligue a tiré une réputation mythique.

Une réputation mythique… précisément car elle s’est construite sur un mythe !

Car dans la foulée du 21 juin 1973, la Ligue sera dissoute par l’État (après le saccage de son siège par la police et l’arrestation d’Alain Krivine), puis reconstituée en 1974 sous le nom de Ligue Communiste Révolutionnaire… mais avec une ligne complètement différente !

En effet, la LCR bazarde alors toute référence guévariste, anti-impérialiste, pro-guérilla, et adopte la ligne classiquement trotskyste de noyauter les syndicats étudiants, le « mouvement social » et la social-démocratie.

Bref, la LCR compte parasiter le PS et le P"C"F, pour monter une aile d’extrême-gauche du mitterrandisme.

D’ailleurs, toute l’aura de la LCR puis du NPA vient justement de l’époque 1966 – 1973, où la Ligue présentait une identité « motivée », qui donnait l’impression de vouloir réellement bouleverser l’ordre établi. Mais de fait, ce brusque virage à droite n’a été que la fin d’une supercherie politique.

Cependant, la liquidation totale des positions révolutionnaires de la Ligue a été vécue comme une véritable trahison par beaucoup de militants historiques, qui tombèrent dans la dépression, la drogue, ou pire…

Ainsi, suite au meeting d’Ordre Nouveau, Michel Recanati a dû s’exiler à l’étranger dans la clandestinité, puis a purgé plusieurs mois de prison en France… avant d’être marginalisé au sein de la nouvelle LCR pour « dérive militariste » !

Né en 1948, Michel Recanati se jette sous un train le 23 mai 1978. Le film « Mourir à trente ans » de Romain Goupil lui est dédié.

Pourquoi est-ce que nous racontons tout cela ?

Tout d’abord parce que l’héritage politique d’Hapoel puise dans ces années de bouillonnement révolutionnaire. Hapoel veut une vraie extrême-gauche réaliste et populaire dans laquelle les masses juives puissent se reconnaître – comme en partie à l’époque.

Mais aussi et surtout parce que le parcours de Daniel Bensaïd se confond justement avec l’histoire de la JCR et de la Ligue Communiste, puis de la LCR pour aboutir à ce qui est aujourd’hui le NPA de Besancenot.

La vérité, c’est que le NPA est né de la LCR, qui au fond est elle-même née… du suicide de Recanati.

Chez les trotskystes de l’après 68, il y avait essentiellement deux séfarades : Michel Recanati, et Daniel Bensaïd (Benny Lévy étant quant à lui maoïste).

Le premier est « mort à trente ans », par refus de trahir.

Le deuxième est mort hier à 63 ans, après avoir accompagné la transformation de la Ligue en l’organisation totalement petite-bourgeoise qu’est le NPA de Besancenot.

Aujourd’hui, toute la social-démocratie rend hommage à « Bensa », en mettant en avant l’idée comme quoi Daniel Bensaïd n’aurait jamais retourné sa veste.

Cela est faux : Bensaïd n’a certes jamais abandonné la Ligue, mais c’est la Ligue qui a abandonné la révolution.

HaPoel HaAntifashisti, janvier 2010.


« Face à un antisémite, je me sens juif. »

C’est un fait : Daniel Bensaïd a été l’un des principaux théoriciens de la LCR, et plus généralement du mouvement trotskyste international.

Mais quand on sait que la LCR a quasiment été un parti de profs, cela se ressent forcément dans le style de travail de ses intellectuels.

Et de fait, Bensaïd a été l’une des figures en France d’un certain « intellectualisme light », typique dans l’extrême-gauche universitaire.

Cela se voit dans les innombrables hommages que la social-démocratie rend à Daniel Bensaïd, où un « éloge » revient de manière systématique : Bensaïd aurait été un « marxiste non dogmatique ».

Sous la plume de petits-bourgeois, cela est lourd de sens.

De par son origine juive oranaise, le théoricien Daniel Bensaïd s’est fatalement intéressé à la « question juive », notamment depuis son ouvrage « Walter Benjamin, sentinelle messianique » en 1990.

Mais ses travaux sur la question juive datent principalement des années 2000 : autobiographie en 2004, réédition commentée de la « Question Juive » de Marx en 2006, articles et interviews, soutien à Alain Badiou dans son petit business philosophique sur le « nom juif », polémique contre ceux qu’il appelle les « nouveaux théologiens » (BHL, Finkielkraut, Milner), etc. etc.

Parmi toutes ses études, on notera le livre « Fragments mécréants : Sur les mythes identitaires et la république imaginaire », paru en 2005, et qui comporte un chapitre intitulé « Hantologies de l’Être juif ».

Le premier chapitre a lui pour titre « Les vases brisés », une référence plus qu’explicite au concept de « Shvirat HaKelim » du kabbaliste Itz’hak Luria.

Ainsi Daniel Bensaïd connaissait la philosophie et la mystique juives, sans doute par ses travaux sur Walter Benjamin, qui avait été influencé à la fin de sa vie par son ami Gerschom Scholem.

Mais comme on l’a vu, Daniel Bensaïd s’était plongé dans la « question juive » essentiellement durant les années 2000. Or pour toute personne juive issue du peuple, cet intérêt assez tardif a une explication assez simple…

Cette explication apparaît entre les lignes dans ses « Fragments mécréants », où Bensaïd était revenu brièvement sur un appel dans Le Monde en octobre 2000 (lui-même étant à l’origine de cette initiative avec Francis Kahn et Rony Brauman) :

« Au début de la deuxième Intifada un appel collectif parut dans la presse sous le titre « En tant que juifs ». Aucun des signataires [...] n’aurait sans doute imaginé en être réduit à faire état de ses « origines » pour pouvoir prononcer une parole politique. Signe de régression et d’obscurcissement de l’époque, ils se retrouvaient cloués contre leur gré au mur des identités assignées et subies. »

Des identités assignées et subies ? Il n’y a que des intellectuels petits-bourgeois pour dire cela, en s’imaginant au-delà de toute réalité culturelle concrète ! La vérité, c’est qu’au fond le peuple méprise la « haine de soi » – et encore plus dans les minorités nationales !

Plus loin, Daniel Bensaïd poursuivait :

« Il était, il est, d’autant plus nécessaire d’enfoncer un coin dans le monolithisme communautaire, de faire entendre un autre son « de l’intérieur » (ce que Michèle Sibony et Michel Warshawsky appellent le « contre-chœur »), de maintenir contre vents et marées la distinction entre antisionisme et antisémitisme, d’en briser l’équivalence infernale. »

Autrement dit, Bensaïd comptait « briser l’équivalence entre antisionisme et antisémitisme » dans un quotidien de la bourgeoisie impérialiste française, en prenant à témoin un public intellectuel petit-bourgeois !

Alors prétendre « faire entendre un autre son "de l’intérieur" », c’était simplement décalé, vu qu’il était de fait extérieur à la communauté

Ainsi, comme de nombreux intellectuels juifs de la gauche « radicale », Daniel Bensaïd ne s’était jamais vraiment exprimé en tant que personne juive… pour ensuite s’étonner que les sionistes parlent en son nom !

Mais cela n’était ni de la bêtise, ni de l’hypocrisie : c’est juste la contradiction insoluble des intellectuels juifs de la « gauche radicale ».

Car il faut bien comprendre que Daniel Bensaïd définissait son identité (qui en soi est une réalité objective) comme un « judaïsme de négation », ce qu’il résumait ainsi dans une interview :

« Je n’ai jamais effacé mes origines juives, mais je n’en avais pas fait un usage politique. En revanche, j’ai toujours dit que je l’assumais comme un judaïsme de négation. Face à un antisémite, je suis Juif. »

Cette dernière phrase (empruntée à Alain Krivine) est bien entendu une absurdité pour n’importe quelle personne juive qui, dans sa vie, a conscience d’appartenir à une communauté, communauté ayant un caractère de minorité nationale.

Mais cette citation de lui, ainsi que son intérêt pour la philosophie juive, montrent que le rapport de Bensaïd à sa culture d’origine était plus complexe que la négation pure et simple – pourtant typique des trotskystes d’origine juive.

Et alors ?

Alors rien, car aux yeux de l’histoire, il n’existe qu’un seul juge : le peuple, et qu’un seul critère de vérité : sa guerre pour vivre libre.

Or les travaux théoriques de Bensaïd sur la question juive étaient tout sauf destinés à servir les masses populaires juives.

Sinon, il n’aurait pas signé une pétition pour Siné, et il n’aurait pas écrit cela à propos du non-prosélytisme du judaïsme : « Principe de fermeture grégaire et d’excellence aristocratique oblige. »

On tient d’ailleurs une autre preuve du fait que Bensaïd n’était pas au service des masses populaires juives, une preuve tout à fait éclatante : l’U"J"FP lui rend hommage !

Le communiqué de l’U"J"FP explique ainsi qu’il était membre de cette association depuis l’Intifada al-Aqsa, et déclare :

« Militant internationaliste, [Daniel Bensaïd] a accepté de porter avec nous sa judéïté pour servir la justice, et l’humanité de l’autre. »

Bref, un magnifique condensé de tout l’humanisme petit-bourgeois abstraitement universaliste – en un mot, le cosmopolitisme – qui peut régner dans la gauche juive d’aujourd’hui, et auquel Bensaïd n’a pas échappé…

Pourtant, Daniel Bensaïd n’était pas idiot, et en plus, il ne niait pas complètement la réalité culturelle juive.

On tient donc là une contradiction, la contradiction des intellectuels juifs de la « gauche radicale », entre négation de soi et réflexion abstraite sur la « question juive ».

C’est là tout le malheur de ces « juifs de négation » : à force de nier l’existence des masses populaires juives au nom d’un universalisme abstrait, ils se retrouvent paradoxalement à se mettre en avant comme juifs, mais de manière toujours aussi abstraite !

Au cœur de cette contradiction, la grande absente est bel et bien ce que Lénine appelait « la dignité du réel », c’est-à-dire la réalité dans ce qu’elle a de plus immédiat.

Et d’ailleurs, la preuve irréfutable que tout cela est une construction intellectuelle abstraite, c’est l’absence terrible de toute référence à Ilan Halimi ou au fascisme – mais aussi à la libération animale.

Voilà pourquoi pour servir les masses populaires juives, il nous faut une extrême-gauche réaliste, populaire, et vraiment révolutionnaire !

HaPoel HaAntifashisti, janvier 2010.


Éric Zemmour ou l’intégration dans le nationalisme français

Suite à la disparition du théoricien trotskyste Daniel Bensaïd, Hapoel a fait un bilan critique de sa démarche, de son style intellectuel, de son rapport à la culture.

Pour résumer, Bensa était une figure de l’intellectualisme « light » de la gauche radicale. Il était d’origine juive algérienne, mais oscillait entre négation et affirmation de son identité, sur des bases toujours abstraites et intellectuelles.

Eh bien Hapoel a trouvé le jumeau de Bensaïd, ou plutôt son « jumeau maléfique » : c’est Éric Zemmour !

Éric Zemmour aussi est d’origine juive algérienne, lui aussi a grandi dans un milieu populaire (à Drancy puis à Château Rouge), et lui aussi est un « intellectuel light » – non pas de la gauche radicale, mais de la droite radicale.

Par contre, ce « symétrique » de Daniel Bensaïd est bien plus médiatisé, ce qui en dit long sur deux aspects parallèles de la crise capitaliste : l’effondrement de la petite-bourgeoisie « de gauche », et la tendance au fascisme de la petite-bourgeoisie hystérique.

Ainsi, au lieu de se nier au profit de la gauche radicale, Éric Zemmour nie tout de sa culture juive pour pouvoir rentrer dans le moule du nationalisme français.

Idéologiquement, Zemmour est en effet un nationaliste français tout ce qu’il y a de plus classique.

Zemmour est élitiste, il considère les masses dans une posture purement consommatrice, il est anti-libéral, pour un État fort, pour les grands monopoles de l’impérialisme français, contre l’Europe et les États-Unis, considérant que l’impérialisme français doit faire cavalier seul.

Culturellement, Zemmour fonde tout cela sur la prétendue « grandeur » passée de la France de De Gaulle, ce qui en fait d’office un opposant à Sarkozy. De plus, il affirme que la culture française est supérieure aux autres, notamment à la culture américaine supposée porter la décadence libérale…

Concernant la question des minorités nationales en France, Éric Zemmour fait encore une fois figure de réactionnaire.

Dans sa perspective de nationalisme classique, il s’agit d’intégrer brutalement les minorités nationales, de les faire rentrer dans le giron de la république jacobine nationale-autoritaire.

Il est important d’insister sur ce point, car c’est un aspect qui n’est pas vu ou pas compris par de larges secteurs des masses juives, qui pourraient se laisser éblouir par les intervention de Zemmour à la télé – toujours très offensives et très « brillantes » du point de vue du nationalisme français.

La preuve absolue de sa négation brutale des minorités nationales, c’est qu’il n’a même pas fait le choix du sionisme. Autrement dit, quitte à ce que la minorité juive ait une idéologie nationaliste, Zemmour préfère que ce soit le nationalisme français plutôt que le sionisme.

En fait, Éric Zemmour constitue une « figure typique » : il incarne à merveille la figure du vendu, du juif plus français que français, plus blanc que blanc, et on pourrait même dire « plus royaliste que le roi »… puisqu’il a déjà donné une interview au journal de l’Action Française !

De même, il a déjà été interviewé par le magazine fasciste « Le Choc du Mois », et participé à une conférence organisée entre autres par les « identitaires ».

Dans sa tentative d’intégration au nationalisme français, Zemmour s’appuie sur un point doctrinal important : le nationalisme historique français n’est pas principalement racial (contrairement par exemple au national-socialisme allemand).

Dans cette doctrine, il peut donc exister certains éléments qui « transcendent leur race », ce qui explique par exemple la présence (très minoritaire) de personnes juives chez l’OAS, malgré le très fort antisémitisme des colons français en Algérie.

C’est dans cette brèche de la doctrine nationaliste française que s’engouffre Éric Zemmour, ce qui lui permet d’être adulé par l’Action Française d’aujourd’hui, alors que celle-ci est historiquement antisémite.

Et c’est justement là que s’est planté Zemmour, quand il expliquait très sérieusement sur Arte que « je suis de la race blanche, vous êtes de la race noire ». Car pour aucun fasciste racialiste, Zemmour ne ferait partie de la « race blanche »…

De même, dans une émission sur les maoïstes de France dans les années 1960 – 1970, Zemmour raille la soi-disant « névrose » des maos, expliquant que cela permettait que « les femmes veulent être des hommes », ou bien que… « le juif veut être un immigré » !

D’abord, Zemmour ne semble pas savoir que, si de nombreux intellectuels ont abandonné la révolution après la défaite de la Gauche Prolétarienne maoïste, la base ouvrière a quant à elle continué la lutte de manière plus diffuse, très loin de ce que Zemmour appelle une « mystique révolutionnaire », jusqu’à se fondre dans ce qui allait devenir l’autonomie offensive.

Ensuite, si on regarde Hapoel aujourd’hui, notre identité est tout le contraire de ce que prétend Zemmour : nous sommes bien pour la révolution, pour la révolution mondiale, mais notre existence même tient au fait que les minorités nationales sont une réalité objective (mais pas éternelle) que nous avons décidé d’assumer.

Enfin, et c’est là que c’est à mourir de rire, l’idée du « juif voulant devenir immigré » vient très précisément… d’un juif qui s’imagine tellement français qu’il dit « nous » quand il parle de l’époque de Napoléon !!!

Et cela est d’autant plus drôle que, justement, Zemmour ne supporte pas les gens qui s’assument, que ce soit culturellement, sexuellement, etc. Que surtout rien ne dépasse !

Mais exactement comme dans le cas de Daniel Bensaïd, la négation de soi se transforme paradoxalement en affirmation identitaire, mais abstraite et sans issue.

Dans le cas de Zemmour, cela se traduit par l’élaboration d’une stratégie ultra-réactionnaire visant à mobiliser les masses juives dans la voie de garage du fascisme, stratégie qui est synthétisée dans « Petit frère ».

« Petit frère » est un roman d’Éric Zemmour, sorti en 2008. Ce roman part d’un fait divers ressemblant étrangement à l’assassinat de DJ Lam.C, et met en scène un intellectuel juif « de gauche » qui va douter de son propre humanisme petit-bourgeois.

La thèse du livre, c’est en gros que l’antiracisme (qui pour Zemmour se résume idéologiquement à SOS Racisme) est une abdication de la France devant l’immigration (qui est en réalité une conséquence du pillage des pays opprimés par la France), et que la communauté juive est sacrifiée par lâcheté populiste et volonté de préserver la « paix sociale » (ce qui part d’une réalité, surtout dans l’affaire Lam.C).

La stratégie que propose Zemmour, c’est donc de raccrocher la minorité nationale juive à la remorque de la bourgeoisie bien française. Et même pas à la bourgeoisie traditionnelle de Sarkozy (comme le voudraient les sionistes, de l’UPJF à la LDJ), mais à la bourgeoisie française agressive, celle de De Gaulle hier et du fascisme demain.

Ce qui est terrifiant, c’est que cette proposition stratégique est l’exact symétrique de ce que disent Dieudonné, Soral et Gouasmi, le caractère totalement bouffon en moins…

En effet, eux aussi veulent raccrocher la minorité nationale arabe à l’impérialisme francais le plus agressif, en l’opposant à la minorité juive, et cela encore une fois au nom de la république française « éternelle » et du prétendu « anti-communautarisme ».

D’ailleurs comme par hasard, Soral et Zemmour ont au départ fait carrière dans l’anti-féminisme, et dans la justification intellectuelle du sexisme le plus barbare. Aussi, tous deux ont été des « intellectuels light », se présentant comme rebelles mais passant sans cesse à la télé – en bons produits de l’évolution réactionnaire française.

Le fascisme est un mouvement « protéiforme », où tout existe avec son « contraire ».

Les masses juives doivent donc comprendre que Zemmour, c’est un Soral pour les juifs ; et qu’il participe donc à l’encerclement idéologique et culturel de notre minorité par les fascistes, avec ses fantasmes ultra-républicains.

En fait, Zemmour est éloigné au possible de notre minorité nationale, par sa culture plus proche de Napoléon et De Gaulle que de n’importe quel élément culturel juif : qu’il se nie ou qu’il s’affirme juif, il reste abstrait et intellectuel.

Mais pour paraphraser le dicton populaire juif, Zemmour peut bien oublier qu’il est juif, les véritables fascistes se chargeront de le lui rappeler…

Feu sur Éric Zemmour, le vendu au nationalisme français !
Briser les tentatives d’intégration dans les mobilisations nationalistes !

HaPoel HaAntifashisti, janvier 2010.