Soral, Dieudonné, l’impérialisme

Jeudi dernier, le 26 mars 2009, Alain Soral a rendu publique sur son site une « Réponse d’Alain Soral à l’appel lancé par Dieudonné M’Bala M’Bala en vue de constituer une liste en Ile-de-France aux élections européennes du 7 juin 2009 ».

En s’adressant à « Mon cher Dieudonné », il affirme à propos de la liste : « j’en suis ! ». Voilà de quoi officialiser avec Dieudonné !

Évidemment, cela n’allait pas tarder puisque la liste de Dieudonné en Île-de-France aux européennes était dès le départ un projet commun avec Soral. Mais voilà, c’est officiel.

Il fallait naturellement s’attendre aux fantasmes purement antisémites sur les « lobbies sionistes », car Soral prétend lui aussi « dénoncer les ingérences chaque jour plus voyantes et pesantes du lobby pro-sioniste français dans les affaires de notre pays ».

Il fallait naturellement s’attendre à ce qu’il défende une pseudo « liberté d’expression », « bafouée et bâillonnée chaque jour plus durement en France par ces groupes de pression communautaires », une « liberté d’expression » qui veut dire en pratique pour les fascistes de ne plus avoir à s’embarrasser du mot « sioniste » mais de dire clairement « juif ».

Et comme une haine ne va jamais seule, Soral étale également sa haine des minorités sexuelles, ce qui n’est pas étonnant pour lui, qui a plus ou moins commencé sa carrière d’ « intellectuel dissident » en attaquant violemment les femmes et les homosexuelLEs avec une beauferie sans nom.

En bref, Soral c’est le fascisme à base ultra-nationaliste, ultra-sexiste, et ultra-républicaine (ce qui n’est pas le cas de tous les courants du fascisme), qui ne veut surtout rien qui dépasse, sous peine de se faire traiter de « lobbies raciaux, confessionnels ou sexuels ».

Mais le plus important à comprendre dans la lettre d’Alain Soral, c’est qu’il esquisse en cinq petits paragraphes un programme, le programme de la liste de Dieudonné, qui est de fait une vraie proposition stratégique pour les dominants poussés par la crise capitaliste.

Car son projet est un projet clairement au service de l’impérialisme français, c’est-à-dire des grands monopoles bien français d’une part, et d’une « géopolitique » colonialiste concurrençant l’impérialisme US d’autre part.

Ainsi, Soral appelle l’impérialisme français à jouer en solo, pour avoir les coudées franches dans sa concurrence avec les USA.

Concrètement, cela veut dire pour le courant du fascisme représenté par Soral : sortir de l’Union Européenne, qui n’est pas au service exclusif de l’impérialisme français, mais est un terrain d’affrontements et d’alliances entre bourgeoisies industrielles ou financières de divers pays impérialistes.

Seulement voilà, la bourgeoisie impérialiste française n’est en fait pas actuellement aux postes de commandement centraux, puisque c’est la bourgeoisie industrielle à la Sarkozy qui mène (difficilement) la danse au niveau politique.

Il lui faut donc susciter un mouvement fasciste de masse, un mouvement dont la base sociale serait la petite-bourgeoisie et les classes moyennes qui subissent la crise capitaliste et refusent de se prolétariser, quitte à prendre les devants et basculer dans le fascisme.

Cette bourgeoisie impérialiste arbore donc le mot d’ordre de sortie du « totalitarisme marchand mondialiste » qu’est l’UE selon Soral, en disant à la petite-bourgeoisie qu’elle a tout à perdre de l’unification européenne qui donnera le pouvoir aux grands monopoles européens, et tout à gagner à une alliance brutale avec les monopoles français.

D’où la défense des « services publics, petits commerces et PME » par Soral, contre « le capitalisme mondialisé et donc l’Union Européenne ». Capitalisme « mondialisé » bien évidemment opposé à un capitalisme bien français, qui n’est en réalité rien d’autre que la dictature des monopoles et le colonialisme le plus sauvage.

Tout ce que nous disons est en fait très bien résumé par Soral, quand il appelle au « retour de l’État dans tous les grands secteurs économiques et stratégiques, bancaires, industriels, tertiaires, énergétiques ou militaires ».

Concrètement, il veut dire : tout subordonner aux exigences de l’impérialisme français, et s’il le faut par la force grâce à l’État désormais conquis par la bourgeoisie impérialiste. Car il faut comprendre que ce que nous appelons l’impérialisme, ce sont les monopoles, qui tentent de prendre le contrôle du plus grand des monopoles, le monopole de la violence, c’est-à-dire l’État français.

Tout cela, ce n’est en fait rien d’autre que le programme économique du nazisme. Rien d’étonnant à cela, car le nazisme aussi représentait les intérêts de la bourgeoisie impérialiste allemande et des monopoles de l’industrie lourde, face à la crise générale du capitalisme ayant suivi 1929.

Et parallèlement à la modernisation brutale de l’économie et à la mobilisation fasciste de masse, le nazisme mettait en œuvre un programme impérialiste de « Lebensraum » (= espace vital), d’expansionnisme barbare et de pillage des pays occupés – sans compter l’extermination ultra-moderne des nôtres… De même, le fascisme italien avait envahi la Lybie, l’Éthiopie, la Somalie, et le fascisme japonais avait massacré tout ce qu’il pouvait en Corée, en Chine, et dans le Sud-Est asiatique.

C’est cet « Axe » que la frange de la bourgeoisie qui se reconnaît dans Soral veut reformer. En effet, Alain Soral ne se contente pas de façonner le programme économique de la liste de Dieudonné à l’image des monopoles. Soral cristallise aussi la ligne stratégique de l’impérialisme français partout dans le monde, qui est aussi une affaire de « politique intérieure » pour les impérialistes.

Ainsi, Soral veut faire revenir la France « dans le concert des nations résistantes ». Comprendre : les impérialismes concurrents des USA, et les bourgeoisies bureaucratiques des pays semi-coloniaux qui veulent un « grand frère » plus « bienveillant », plus « rémunérateur » que les USA. Concrètement : « du Venezuela à la Russie, de l’Iran à Cuba… ».

Voilà l’Axe en formation, l’axe des fascismes nationaux soi-disant anti-impérialistes, mais qui en fait fricotent là où il y a du pétrole, des euros, et même des dollars.

Et ce bloc impérialiste qui se formerait alors sous l’égide de la France serait exactement comme les impérialistes américains : il pousserait à l’affrontement entre impérialismes concurrents, et cela jusqu’à l’horreur et la barbarie de la guerre impérialiste.

En effet, la guerre impérialiste est le résultat inévitable du partage du monde. Et ce re-partage du monde entre les grandes puissances est justement appelé de ses vœux par Soral de manière explicite.

C’est ce qui le fait affirmer ses « liens indéfectibles avec tous les peuples en lutte pour leur émancipation et leur liberté ». Et qui le fait immédiatement enchaîner, pour celles et ceux qui n’auraient pas vraiment compris : « tout particulièrement dans cet espace géopolitique et culturel francophone à l’abandon ».

On ne peut pas faire plus explicite en terme de colonialisme, avec cette bonne vieille Afrique « francophone », ce bon vieux Proche-Orient « francophone », qui seraient « à l’abandon » des impérialistes français. Et Soral pousse le vice jusqu’à parler de « lutte pour leur émancipation et leur liberté », alors qu’il s’agit d’asservir les peuples du monde ! Mais évidemment, le colonialisme français, ça n’existe pas, il n’y a que l’impérialisme US en ce bas monde…

Mais qu’est-ce qui s’oppose aux projets impérialistes exprimés par le fasciste Soral ?

On s’en doutait bien : le « sionisme ».

Ainsi, Soral dénonce « les ingérences [...] du lobby pro-sioniste français dans les affaires de notre pays », et ses « agissements qui ne manquent pas d’avoir des conséquences néfastes [...] sur notre politique étrangère ».

Soral est là en plein délire antisémite. Pour lui, la bourgeoisie industrielle représentée par Sarkozy, Lagarde, etc., en lutte si féroce contre la bourgeoisie financière française qu’elle est prête à s’allier à d’autres capitalistes (américains notamment), cette bourgeoisie-là est « sioniste ».

Soral ressort donc les fantasmes de la France vendue à l’étranger, par le complot anti-national de la juiverie apatride (pardon ! du « lobby pro-sioniste français »).

L’antisémitisme est véritablement un pan entier de l’idéologie de Soral et Dieudonné, il est typiquement issu d’une base matérielle objective, qui est l’alliance de l’impérialisme national avec la petite-bourgeoisie en crise.

Voilà pourquoi il n’est pas possible de considérer l’antisémitisme comme un point idéologique folklorique, comme un faux prétexte de mobilisation : les antisémites sont « sincères », et n’attendent que la guerre impérialiste pour basculer dans l’extermination de masse.

Au final, Soral a esquissé dans sa lettre les grands traits de la politique économique et de la stratégie « géopolitique » du fascisme, qui ressemblent en tous points au nazisme, sans aucune exagération.

Le programme de Dieudonné et Soral est ouvertement impérialiste, ce qui confirme que le fascisme est l’expression politique et culturelle de la fraction la plus nationaliste, la plus agressive et la plus barbare de l’impérialisme, à l’époque de la crise capitaliste.

Voilà pourquoi il est impératif d’écraser cette initiative fasciste, qui inévitablement attirera à elle au moins une petite partie de la petite-bourgeoisie en crise en Île-de-France.

Car ce qui nous attend, en cas de succès, c’est la formation d’un parti fasciste « national-révolutionnaire » (même sans Dieudonné en personne si besoin), c’est la formation d’une SA à l’hitlérienne, c’est l’application de leur terrifiant programme fasciste.

Et ce programme, c’est : dictature des monopoles, guerre impérialiste, antisémitisme sauvage.

HaPoel HaAntifashisti, mars 2009.