Pour le véganisme

Qu’est-que le véganisme ?

Hapoel a critiqué il y a quelques jours un article d’un religieux, intitulé « Être juif et végétarien ? », qui est en fait une réponse à une question sur le végétarisme originel dans la Torah.

Hapoel avait mis en avant la valeur de compassion avec les animaux, une valeur positive qui chez les religieux est soit catégoriquement rejetée, soit ne peut se réaliser pleinement (ne serait-ce qu’avec le cuir des Téfilines).

Seulement il y a un problème, dans toute la réponse du rabbin. Dans sa tête, la compassion avec les animaux est reliée à une pratique précise, une pratique d’ordre uniquement alimentaire : le végétarisme.

Mais voilà : cela est déjà faux en soi.

Car si l’on est conscientE de la situation catastrophique des animaux, on voit très rapidement que le végétarisme ne suffit pas.

Refuser de manger la chair des animaux, c’est bien. Mais qu’en est-il de tous les autres animaux, entassés, exploités, martyrisés et assassinés pour fournir des produits laitiers, des œufs, du miel, du cuir, de la laine, des cosmétiques, des produits ménagers, du travail, des « loisirs », etc. ?

Voilà pourquoi la compassion avec les animaux doit être reliée à une pratique précise, un « mode de vie », qui s’appelle le véganisme.

Le véganisme, c’est le refus de toute exploitation des animaux, c’est l’affirmation qu’il faut construire un monde où les animaux aussi pourraient vivre libre.

Concrètement dans la vie de tous les jours, cela signifie de refuser : la viande, le poisson, les crustacés, les œufs et leurs dérivés, le lait et ses dérivés, les graisses animales et leurs dérivés, le miel et la cire, certains additifs alimentaires, la chasse et la pêche évidemment, le cuir, la laine et évidemment la fourrure, certains produits cosmétiques ou ménagers issus d’animaux, les produits testés en laboratoire sur des animaux, les cirques, les zoos et évidemment les corridas, la maltraitance des animaux « de compagnie », les animaleries, l’extermination des animaux « errants », l’utilisation de la force des animaux dans la production, etc.

Mais aussi tout ce qui, dans la culture et l’idéologie, asservit les animaux et la planète.

À l’inverse, cela peut aussi signifier d’adopter et de s’occuper d’animaux qui allaient à une mort certaine, par exemple sauvés de refuges ou de laboratoires.

Il existe également une militance végane, qui peut aller de l’information au public jusqu’à des actions attaquant directement l’industrie du meurtre (et qui, rappelons-le clairement, sont répréhensibles par la loi).

Comme on le voit, le véganisme est au-delà du végétarisme, car il va au bout de la compassion envers les animaux. Le véganisme est aussi au-delà du végétalisme, puisque ce dernier refuse l’exploitation animale mais uniquement dans le domaine alimentaire.

De même, une personne végane mange kasher, par la force des choses. Mais le véganisme va bien au-delà de la Kashrut, rien que par la discipline de vie qu’il implique.

En effet, le véganisme n’est pas une pratique strictement alimentaire, ni une question « juridique » religieuse.

Car comment se présente la pratique de la Kashrut ?

Au quotidien, une personne religieuse – ou au moins traditionnaliste – qui mange kasher doit respecter un certain nombre de points, qui certes peuvent évoluer selon les décisionnaires, mais qui globalement sont spécifiés noir sur blanc.

Au bout du chemin, cette personne a une espérance de type religieux : soit être « récompensée » dans le monde à venir, soit hâter l’avènement de Mashia’h en respectant ses Mitzvot.

À l’inverse, comment se présente la pratique du véganisme ?

Le véganisme est la seule éthique qui corresponde à la perspective de la libération animale, c’est-à-dire la fin de l’exploitation des animaux par l’humanité.

En ce sens, il y a évidemment une « règle de base » à respecter, qui est le refus de tout produit issu de l’exploitation animale.

Mais cette « règle » n’est pas orientée par des décisionnaires religieux, mais par le critère de se mettre au service des animaux et de la planète. Le véganisme est un choix moral et culturel, pas « juridique », et sa pratique n’est pas une série de commandements négatifs : adopter un animal en détresse est tout sauf une démarche négative.

Quant au « bout du chemin »… il n’y en a pas ! Ou plutôt il est double : à la fois immédiat, à la fois dans la perspective d’un monde à venir.

Car d’une part, contrairement à une personne qui espère quelque chose dans un avenir incertain en respectant la Kashrut, une personne végane sait quelles souffrances très concrètes elle évite aux animaux en refusant de consommer tel ou tel produit.

Et d’autre part, le véganisme est une pratique qui correspond à la perspective de la libération animale. Or la libération animale suppose un gigantesque bouleversement du mode de production capitaliste et de la culture qui va avec, un bouleversement qui touche l’humanité dans ce qu’elle a de plus profond.

Le véganisme est une question concrète, une question de clairvoyance par rapport à la situation des animaux et de la planète.

Si aujourd’hui Hapoel parle du véganisme, c’est simplement pour dire que « cela existe ».

En effet beaucoup de personnes aiment les animaux, sont traumatisées quand elles découvrent le sort qui leur est réservé dans le capitalisme, mais se sentent impuissantes, ne savent pas par où commencer, ou bien font des choix malheureusement incohérents comme le végétarisme.

Voilà pourquoi nous expliquons aujourd’hui ce qu’est le véganisme : pour éviter de perdre du temps.

Quand on veut que cesse l’éternel Treblinka dont sont victimes les animaux, il faut dépasser le sentiment d’impuissance, il faut comprendre que le végétarisme est très insuffisant, et il faut savoir que seul le véganisme est un point de départ correct.

Pour aller plus loin, il existe une section Libération animale chez Hapoel, mais aussi et surtout l’excellent site La Terre D’abord, sur lequel on trouvera notamment des réponses à beaucoup de questions, ou bien une rubrique pratique.

HaPoel HaAntifashisti, juillet 2010.


Le véganisme, un choix moral qui se construit dans la confrontation

Hapoel a des valeurs, Hapoel a une morale, Hapoel affirme qu’il faut faire des choix cohérents avec l’idée que l’on se fait du monde à venir.

Or Hapoel considère que le monde à venir est inimaginable sans un rapport différent aux animaux et à la planète, un rapport nouveau, qui aurait comme contenu la compassion, la bienveillance et la responsabilité.

Hapoel met donc en avant la valeur de compassion avec les animaux, et fait connaître la pratique quotidienne qui lui correspond : le refus de toute exploitation animale, le véganisme.

Mais pour les personnes juives qui aiment les animaux et qui seraient intéressées par l’idée de libération animale, il faut avoir conscience d’une réalité : le véganisme ne s’imposera pas tout seul.

Le véganisme n’est pas une « bonne idée », qui finira par convaincre les gens quand ils auront « ouvert les yeux ». S’imaginer cela, c’est la porte ouverte au découragement et aux désillusions.

La question de la libération animale est une question naissante, qui se construit donc dans la confrontation contre la morale ancienne et toutes ses variétés.

Cette morale ancienne correspond à l’idéologie et à la culture dominantes, qui sont celles d’un monde d’exploitation animale et de dévastation de la planète. Et ce monde n’a certainement pas l’intention de se remettre en cause et d’arrêter l’écocide.

Sans compter qu’aujourd’hui, les valeurs anciennes ne se contentent plus d’être « classiquement » réactionnaires : la « morale » ancienne s’effondre parallèlement à la crise capitaliste, et son cadavre en décomposition nourrit la barbarie de notre époque.

Les personnes intéressées par le véganisme sont des personnes qui ont choisi une démarche positive. Mais dans ce monde d’exploitation et d’oppression, les personnes qui ont une démarche positive se font éclabousser par l’idéologie et la culture dominantes, et parfois se laissent noyer sans rien ne voir venir.

Il n’y a donc malheureusement pas de place pour l’illusion comme quoi « les bonnes idées s’imposent toutes seules »… Et pour se réaliser en un puissant mouvement de masse, la bataille pour la libération animale doit se porter sur le plan culturel.

La question de la libération animale est une question nouvelle, moderne, radicale. Et par conséquent, la culture du monde à venir ne peut pas se développer et vaincre en faisant des compromis avec la culture de l’ancien monde.

Voilà pourquoi Hapoel dresse une petite liste – ni exhaustive, ni très détaillée – des écueils culturels que peuvent rencontrer les personnes juives qui choisissent de devenir véganes.

Des écueils culturels qu’il faut apprendre à affronter en décortiquant leurs contradictions, pour ne pas se laisser engloutir par l’ancien monde.

Évidemment il ne s’agit surtout pas de faire l’impasse sur la culture de la société française en général, qui est véritablement catastophique dans son rapport aux animaux et à la planète (123).

Mais cette liste ne concerne que la « psychologie de masse » de la minorité juive, car Hapoel a le souci d’être concret et précis dans la véritable « guerre de positions » que doit mener le camp de la libération animale.

Ce document de travail donne des pistes pour comprendre quels sont les appuis culturels de l’exploitation animale, mais aussi en partie ce qu’est la « mentalité féodale » dont il est parlé dans le document Le racisme déforme ta vie.

1. Le monothéisme et la nature

Le judaïsme est la plus ancienne des religions monothéistes. Dans les religions monothéistes, D.ieu est conçu comme une entité masculine toute-puissante (« Adonai Eloheinou ») et unique (« Adonai E’had »), qui met la nature à disposition de l’humanité.

Le monothéisme accompagne donc le mouvement historique de l’humanité qui apprend à dominer la nature – en même temps que les femmes et les enfants – et qui dans ce mouvement se dénature.

Jusqu’à aujourd’hui, toute l’idéologie selon laquelle la vie humaine est de valeur supérieure aux autres formes de vie est en définitive un produit de l’idéologie religieuse monothéiste – que ce soit dans le judaïsme, le christianisme ou l’islam.

Car du point de vue de la vie sur la planète, l’humanité est une espèce animale parmi d’autres, et lui accorder une valeur particulière suppose l’existence d’un juge tout-puissant qui décide que les hommes doivent dominer la nature.

2. Le judaïsme et la compassion avec les animaux

La religion juive et la culture juive sont historiquement traversées par des courants contradictoires, dont essentiellement un courant réactionnaire et très juridique, et un courant populaire et plus mystique.

Dans la compréhension juridique de la religion, la compassion n’a pas toute sa place en tant que telle, puisque la question des interdits alimentaires prend le pas sur la vie des animaux.

Ainsi il est courant d’entendre que de nombreux préceptes de la Torah et du Talmud vont dans le sens de la compassion, et que du point de vue de la religion il est interdit d’infliger des souffrances inutiles aux animaux – c’est ce qu’on appelle Tzaar Baalei ‘Haim.

Par exemple les multiples règles de l’abattage rituel seraient faites pour éviter les souffrances. Mais au bout du compte, ces règles ne changent rien du point de vue des animaux, qui finissent tout de même à l’abattoir…

Alors que pensent les religieux du refus de l’exploitation animale ? Certains religieux – et pas les pires – veulent bien accepter le végétarisme, mais stipulent explicitement qu’il ne doit surtout pas être motivé par la compassion, qui est alors considérée comme une hérésie.

Mais, comme toutes les religions, la foi religieuse chez les masses populaires juives a un caractère contradictoire, car le peuple n’est jamais passif dans sa longue marche vers la libération : il arrive donc que la religion reflète certaines valeurs populaires.

Dans la culture religieuse juive, cela s’exprime dans le mysticisme et dans le messianisme, qui se prolonge dans l’idée « progressiste » du Tikkun ‘Olam.

Par exemple la mise en avant des sept lois noahides, parmi lesquelles une loi concerne les animaux, est relativement récente et correspond au développement du mouvement Loubavitch. De même, le Tzaar Baalei ‘Haim peut également être compris dans ce sens de Tikkun ‘Olam.

Mais dans tous les cas, compassion ou pas, la vie des animaux ne se voit pas attribuer une valeur en soi : les animaux sont toujours considérés comme une propriété de l’espèce humaine, et non comme vivant pour eux-mêmes.

Sans comprendre que c’est là l’aspect principal, on accorde une valeur positive à la religion, qui en réalité nie systématiquement que les animaux n’existent pas par rapport aux humains.

Nous sommes en France en 2010, et devant l’ampleur et l’intensité de l’industrie du meurtre, prétendre refuser les « souffrances inutiles » en mangeant kasher n’est qu’une hypocrisie de plus.

Vouloir « réparer le monde » et accélérer l’avènement du « monde à venir », tout cela ne peut plus passer par la religion. Il faut du concret, il faut le véganisme.

3. Le poids de la pensée juridique

La mentalité religieuse juridique prend une place énorme dans la culture juive, populaire ou pas. De nombreux aspects sont incompréhensibles sans cette culture juridique, et voilà pourquoi nous insistons là-dessus.

Dans la Torah, la religion juive pose des règles sur ce qui est licite et ce qui ne l’est pas. Ce travail juridique est repris et poursuivi par toute la tradition rabbinique, du Talmud à toute la Halakhah actuelle.

Aujourd’hui l’industrie agroalimentaire est tellement gigantesque et lance tellement de nouveaux produits et procédés industriels dans sa recherche de profits, que la question se pose de savoir si tout cela est kasher ou non.

Les décisionnaires religieux sont donc confrontés à de nombreuses questions de ce type de la part de leurs fidèles, c’est-à-dire des questions relevant somme toute de la vie quotidienne, et leurs réponses sont débattues et redébattues sans fin par tout l’encadrement rabbinique.

Ainsi dans la mentalité féodale-juridique, il n’y a pas la place pour les animaux dans ce qu’ils ont de concret, il n’y a la place que pour « ceci tu as la droit, cela tu n’as pas le droit ».

Comme dit précédemment, la question de la compassion en tant que valeur est occultée par la mentalité féodale-juridique, qui résume tout cela à une question seulement alimentaire, encadrée par des interdits (portant sur quels animaux sont autorisés, sur l’élevage de ces animaux, sur leur abattage).

Mais paradoxalement, et bien que le véganisme soit une question morale et non juridique, cette mentalité juridique peut se retourner en une base d’appui pour le véganisme.

En effet chez les juifs, les « interdits » alimentaires ne choquent pas, ils ne remettent pas en question toute une culture « gastronomique » du saucisson-pinard comme en France. Cela est aussi valable pour les personnes de culture musulmane.

Au sein des masses populaires juives, les « interdits » alimentaires et les règles éthiques sont immédiatement compris, ne sont pas disqualifiés en tant que tels, et peuvent même être estimés, respectés.

Malgré tout, on ne peut pas réduire la « mentalité religieuse » à simplement une idéologie, à une « loi » éternelle et abstraite telle qu’elle est comprise et mise en avant en avant par les rabbins eux-mêmes. La culture et l’idéologie ne flottent pas abstraitement au-dessus des rapports sociaux au sein de la minorité nationale juive.

Il faut donc, dans un premier temps, voir aussi ce qu’est concrètement l’encadrement culturel-religieux aujourd’hui en France, pas seulement « sur le papier », et comment il est incapable de se remettre en cause par rapport aux conditions de vie et de mort des animaux.

4. Qu’est-ce que le traditionnalisme ?

L’une des principales composantes de ce qu’Hapoel appelle la « mentalité féodale », c’est le traditionnalisme.

Le traditionnalisme ne se confond pas avec la démarche religieuse. Il correspond plutôt à la manière dont s’emparent les masses populaires juives des rituels religieux – des rituels essentiellement, et non de la religion comme idéologie cohérente.

Au grand dam des religieux les plus juridiques et formalistes, les masses populaires piochent comme elles l’entendent dans la pratique religieuse, selon leurs « petits arrangements » quotidiens avec la foi… et le plus souvent sans aucune cohérence apparente !

Ainsi une personne tunisienne peut respecter le Shabbat sans respecter la Kashrut, une personne marocaine peut respecter la Kashrut sans respecter le Shabbat… ou toute autre combinaison imaginable uniquement par le prolétariat « schizo-métropolitain ».

En fait le traditionnalisme n’est pas exactement de nature féodale, mais plutôt de nature « néo-féodale ».

C’est-à-dire qu’il correspond à la culture issue du contact entre d’une part les structures sociales des pays semi-féodaux d’Afrique du Nord, et d’autre part la vie en exil dans les grandes métropoles de l’impérialisme français.

La question du traditionnalisme est d’une importance extrême dans nos vies quotidiennes, elle est l’un des piliers de la psychologie de masse de la minorité juive, sans doute bien plus que la religion à proprement parler !

Le traditionnalisme est justement le pilier culturel qui empêche de poser les questions démocratiques au sein de notre minorité nationale : l’oppression et l’isolement de type féodal des femmes, l’enfermement dans le communautarisme, et enfin le rapport aux animaux et à la planète.

À ce titre, la culture néo-féodale du traditionnalisme est l’une des clés pour comprendre l’arriération par rapport à la question animale.

5. Le poids social et culturel des boucheries kasher

C’est peu dire que les bouchers voient d’un mauvais œil la question de la libération animale.

Hapoel a déjà parlé d’un point de vue matérialiste-historique des boucheries kasher au moment de l’exil d’Afrique du Nord.

Il était expliqué que dans les années 1960, les rapports sociaux d’Afrique du Nord ont en quelque sorte été « transplantés » en France, et que la petite-bourgeoisie commerçante des boucheries a conservé un certain degré de domination sociale.

Mais pour se maintenir dans cette situation nouvelle face au Consistoire et à ses règles plus strictes pour la Kashrut et la Sh’hita, la petite-bourgeoisie des boucheries a mené une « fronde » anti-consistoriale en mobilisant les masses populaires juives de banlieue.

Sur quelles bases ? Sur la base de la contradiction ashkénaze – séfarade, de la contradiction Paris – banlieue… et de la culture traditionnaliste !

La question de la Kashrut dans les années 1960 – 1980 est donc l’une des sources historiques du traditionnalisme tel qu’on le connaît aujourd’hui dans nos familles.

La mentalité féodale ou néo-féodale d’aujoud’hui est donc dès le départ conforme aux intérêts économiques des bouchers kasher, qui s’appuient sur le traditionnalisme.

Tout cela suinte dans la mentalité des bouchers kasher, qui est une mentalité de petits commerçants imbus d’eux-mêmes, comme s’ils étaient absolument indispensables dans la communauté, et comme si leur simple existence était presque une Mitzvah ou une Tovahfaveur ») en soi…

Il est impossible de faire avancer la question animale dans la minorité juive sans se confronter au poids social et culturel des boucheries kasher, car les boucheries constituent le dernier maillon entre l’industrie du meurtre et les assiettes de la minorité juive pratiquante.

C’est le maillon le plus concret et le plus quotidien de l’industrie du meurtre, et il est sans doute possible de le faire sauter en dénonçant le rapport qu’entretiennent les bouchers avec les clients et surtout les clientes.

D’une part ce rapport est un rapport malsain et hypocrite basé sur des calculs économiques qui sont la porte ouverte à toutes les arnaques, arnaques qui sont le plus souvent étouffées.

D’autre part ce rapport est déterminé par la position centrale et centralisatrice de la petite-bourgeoisie commerçante, qui tente, avec des sourires qui sonnent faux, de maintenir les masses populaires juives dans un rapport de dépendance économique.

Les bouchers assassinent les animaux, et asservissent les familles prolétaires juives – et encore plus les femmes. C’est de cette réalité qu’il faut partir pour faire progresser le véganisme parallèlement à l’autonomie de classe.

6. L’industrie de la viande kasher et le Consistoire

Les boucheries kasher sont certes le dernier maillon avant les assiettes des familles juives pratiquantes… mais derrière il y a l’industrie de la viande kasher.

Aujourd’hui en France, le marché de la viande kasher est partagé essentiellement entre une poignée de monopoles, comme André Krief et Emsalem Viandes pour la « production » de cadavres, Naouri et encore Emsalem pour la distribution (hors grande distribution), etc.

Qui décide de ce qui est kasher ou pas ? Ce sont le grand rabbinat et le Consistoire central qui supervisent l’attribution de certificats de Kashrut.

Or comment fonctionne économiquement le Consistoire ? Principalement avec l’argent de la taxe sur la viande kasher, justement !

On voit donc bien que c’est la porte ouverte à toutes les combines capitalistes, entre les monopoles de l’industrie du meurtre et les autorités religieuses… et tout cela avec la « transparence » légendaire qui caractérise le Consistoire…

Le mécanisme n’est pas difficile à comprendre : les monopoles de la viande kasher, comme n’importent quels capitalistes, recherchent le taux de profit maximal. Ils sont donc prêts à contourner les lois de la Kashrut pour des raisons économiques, pourvu que ces pratiques se noient dans le sang des abattoirs.

Ainsi l’année dernière on avait assisté au scandale des merguez à la cochenille, et il y a moins de trois mois, on a découvert des boyaux d’agneau non kasher dans les merguez de la marque André Krief.

Pourtant tout est censé être vérifié de bout en bout par la Rabbanout, alors comment expliquer ce genre de scandales ?

Là encore, ce n’est pas compliqué : logiquement, il y a des gens parmi les autorités religieuses qui ferment les yeux sur les pratiques quasi maffieuses des monopoles de la viande kasher.

Ainsi les monopoles de la viande kasher arnaquent, et le Consistoire les couvre, puisque la taxe sur la Kashrut est sa principale source de revenus. L’industrie du meurtre kasher tient donc une véritable place de « lobby » au sein des institutions bourgeoises de la communauté.

De plus, avec le progrès technologique global, il existe de plus en plus de problématiques « juridiques » autour de la Kashrut, et donc automatiquement autant de nouveaux marchés potentiels pour l’industrie de la Kashrut.

Ainsi, les capitalistes en profitent et jouent sur le ressort de la religion, ou bien celui du traditionnalisme pour avoir des débouchés plus larges et plus étendus, et cela main dans la main avec les autorités religieuses et l’encadrement petit-bourgeois traditionnaliste.

Autrement dit, aussi paradoxal que cela puisse paraître, les capitalistes profitent de la mentalité féodale et néo-féodale.

Très concrètement, si la question de la libération animale se pose de manière massive dans la minorité juive – et elle ne manquera pas de se poser – alors la réaction du Consistoire n’est pas difficile à prévoir : les institutions juives bourgeoises ne resteront pas sans rien faire.

Évidemment, tout cela est justifié après coup par les décisionnaires religieux, dont la « morale » s’effondre en même temps que le système capitaliste. Ainsi certains rabbins affirment que le colorant E120 ou la gélatine sont kasher, car ils ont été suffisamment transformés industriellement…

Au-delà de la Kashrut en soi, au-delà des immenses risques sanitaires que fait courir l’industrie de la viande, tout cela révèle un profond mépris pour la partie des masses populaires juives qui croit en D.ieu, et qui est suffisamment exigente et créative pour respecter la Kashrut.

Les rabbins dealent avec les capitalistes sur le dos des masses populaires juives : voilà la réalité sur laquelle on doit se baser pour liquider le légitimisme envers les autorités religieuses et la dépendance envers l’industrie du meurtre.

La mentalité féodale a donc une grande importance pour empêcher que se posent les questions démocratiques dans la minorité nationale juive.

Mais cette mentalité féodale n’est qu’un des deux aspects de la contradiction entre villes et campagnes, qui traverse historiquement, socialement et culturellement la plupart des minorités juives.

7. La culture urbaine aliénée et la nature

Les minorités juives sont structurées culturellement entre autres par la contradiction entre les villes et les campagnes, et il faut bien dire qu’il existe tout un pan de la culture juive qui est franchement abstrait, urbain, dénaturé.

Que ce soit à Vilna en Lituanie, à Vienne ou Budapest en Autriche-Hongrie, ou bien à New York aux États-Unis, la nature est historiquement totalement absente de la vie quotidienne d’une grande partie des personnes juives. Et quand elle est représentée, elle relève plutôt du fantasme comme chez les sionistes.

Cet éloignement de la nature pose un problème culturel de taille, notamment celui du rapport au corps humain. Le corps n’est pas appréhendé dans toute sa densité, la matière est escamotée au profit de l’intellect pur. Il est donc inévitable que le corps des animaux soit également abstrait, et par conséquent leur dignité aussi.

Il suffit de penser aux religieux végétariens aux États-Unis : leur culture est très largement juridique, et quand toutefois ils abordent plus concrètement la souffrance des animaux, on constate que les animaux n’existent à leurs yeux que par leurs souffrances, et non comme des êtres vivants « complets », avec leurs propres sensations et sentiments.

Dans ces conditions, la culture urbaine aliénée d’une partie des masses juives fait que la question animale ne se pose pas spontanément, et qu’en fait beaucoup d’autres questions morales ne se posent pas.

De plus, à cette question culturelle ancienne et profonde, se rajoute la situation concrète en France.

Pour des raisons historiques liées à l’immigration – que ce soit d’Europe de l’Est ou bien d’Afrique du Nord – la minorité juive de France est urbaine dans son écrasante majorité. Et les masses populaires juives, elles, sont concentrées dans certains quartiers des grandes villes et de leurs banlieues : cela est flagrant à Paris.

Dans ces conditions il n’y a pas de place pour les animaux et la nature, qui sont tout simplement inexistants. Pourtant cette réalité peut se retourner en son contraire.

En effet on peut penser à la situation en Israel : c’est un pays petit et récent, où même les campagnes sont modelées par rapport au développement urbain, et justement un grand mouvement pour les animaux s’y est développé, ancré assez à gauche.

Quand on y réfléchit un peu, ce n’est absolument pas étonnant : il faut bien voir le rôle de l’industrialisation fulgurante dans la naissance des luttes pour la planète. Car là où il y a dévastation et oppression, il y a compassion et résistance.

Il n’est pas impossible que, quand la question des animaux et de la planète se posera plus massivement en France, celle-ci aura d’autant plus de pertinence parmi la minorité juive de France,

8. Les animaux et le nihilisme moral du sionisme

Le sionisme est une pure expression idéologique de la contradiction entre les villes et les campagnes au sein des minorités juives.

Mais la manière dont le sionisme appréhende la nature – ou plus précisément la « terre » – est on ne peut plus urbaine. Et d’ailleurs, quoi de plus abstrait et artificiel que de prôner la fuite vers un pays étranger lui-même artificiel ?

La morale du sionisme est entièrement orientée vers la figure fantasmée de « l’Hébreu nouveau », en opposition aux minorités juives telles qu’elles existent en « diaspora ». Pour la morale sioniste, rien d’autre n’a de valeur.

Dans ce mythe de « l’Hébreu nouveau », la nature n’a donc aucune valeur en soi, et les animaux encore moins.

La nature ne prend une importance que sous deux formes. Soit en tant que « décor » psychologique pour la renaissance d’une mythique nation juive, qui en Europe ne disposait pas de paysages nationaux. Soit en tant que « terre » à travailler pour se réaliser nationalement et renouer avec son corps.

Bref, le rapport du sionisme à la nature est une grotesque caricature de romantisme national, qui s’invente des paysages et un ancrage historique.

Au-delà de l’idéologie sioniste elle-même, il faut bien voir que la morale du sionisme est finalement une morale nihiliste, où rien n’a de valeur à part l’engagement militaire nationaliste. Et plus on va vers l’extrême-droite, plus cela empire.

Que penser, par exemple, de juifs qui envisagent sans problème de soutenir un apéro à base de saucisson-pinard, c’est-à-dire qui acceptent le meurtre de cochons sans but autre que raciste ?

Que penser également de juifs qui, quand on leur parle d’interdire la fourrure en Israel, répondent en parlant du Streimel ?

Là on n’est plus du tout dans la mentalité féodale, mais bien dans la mentalité capitaliste la plus cynique, nihiliste et décadente. La « morale » du sionisme est en contradiction brutale avec la compassion envers les animaux.

Et d’ailleurs, ce n’est qu’après avoir tutoyé l’anéantissement que, parmi les personnes juives aux États-Unis, a pu se poser concrètement la question de la compassion avec les animaux.

Car comment supporter moralement les baraquements à la Auschwitz dans l’industrie de la fourrure ? Comment supporter en Ukraine les camionnettes où sont gazés les chiens errants en même temps qu’ils sont acheminés vers des fours crématoires, en vue de l’Euro 2012 ?

Autant de questions auxquelles le sionisme n’a pas de réponses, tout simplement parce que les animaux n’intéressent pas les nihilistes.

Juif ! Juive !
Pour les animaux, la vie est un éternel Treblinka !
Fais le choix de la compassion, deviens vegan !

HaPoel HaAntifashisti, juillet 2010.