Les juifs, la ville, la « terre »

Il n’y aura pas d’émancipation totale pour les minorités juives sans compréhension du rapport à la ville et à la « terre » !

Hapoel a récemment expliqué que « les minorités juives – entres autres – sont au confluent de la contradiction ville / campagne et de la contradiction travail manuel / travail intellectuel ».

Mais cette explication était peut-être trop « furtive » pour y comprendre quelque chose. Prenons donc un exemple rapide, concret et parlant.

L’idéologie sioniste est historiquement l’œuvre d’intellectuels européens dans des centres urbains denses et cosmopolites. Et pourtant elle a donné naissance à leur exact opposé : le Kibbutz, avec la « réalisation » nationale par le travail manuel dans les campagnes soi-disant vides de Palestine.

Il y a donc quelque part où cela coince, et le Kibbutz est une « réaction » de type national-romantique aux contradiction des minorités juives d’Europe au 19ème siècle : entre travail manuel et travail intellectuel, entre villes et campagnes.

Il faut comprendre que c’est autour de ces deux contradictions fondamentales que se structure la « psychologie de masse » des minorités nationales juives – et dans une moindre mesure autour de la contradiction culturelle entre « baroque » et « formalisme ».

Ainsi, aussi bien en Europe de l’Est qu’en Afrique du Nord, on pouvait plus ou moins distinguer le « juif des villes » et le « juif des champs », avec (certaines) caractéristiques culturelles propres : juif du shtetl ou juif de Vienne, juif de Debdou ou juif de Tanger, etc.

En fait l’exemple qu’on a pris du sionisme est absolument central, car on tient là un point fondamental : le rapport à la « terre » des sionistes est typiquement urbain, et c’est pour eux une contradiction incomprise et insoluble.

Pour les révolutionnaires, il y a donc un immense défrichage théorique à faire autour de ces contradictions fondamentales entre villes et campagnes, entre travail manuel et travail intellectuel.

On peut penser d’office à toute l’idéologie du Kibbutz, à toute l’idéologie coloniale-romantique du ‘Halutz (le « pionnier »), à la fausse écologie du sionisme (de type KKL), aux célébrations israeliennes de Tou BiShvat ou de Shavuot, à l’idéologie religieuse-romantique d’Aaron David Gordon, à la culture juive des Shtetlekh, à Kafka (voire Proust…) et tout son rapport au corps et à la campagne, à l’existence de la libération animale en Israel, aux rapports de juifs d’Afrique du Nord avec les animaux, aux populations juives du Ghetto ou du Mellah, au judaïsme formaliste des ghettos de Lituanie contre le mysticisme des villages d’Ukraine, à toute la haine de Jabotinsky envers le « yid du shtetl », au principe religieux du Minyan, au « culte » de Baba Salé parmi les masses marocaines en Israel, aux superstitions et à la schizophrénie de l’immigration juive dans les grandes métropoles de l’impérialisme… et même à l’évolution de la Mimouna chez les Marocains juifs exilés en France.

Tout cela est fondamental dans la « psychologie de masse » des minorités juives, et indispensable pour réfuter le sionisme et trouver une voie vers l’émancipation.

Depuis quelque temps et pour encore quelque temps, l’activité théorique d’Hapoel s’organise donc implicitement ainsi :

— étude (absolument prioritaire) de l’économie politique du fascisme et de l’antisémitisme ;
— étude de la culture réactionnaire française par rapport à l’antisémitisme ;
— étude de la culture juive (populaire ou pas) selon la contradiction baroque / formalisme ;
— étude de la psychologie de masse des minorités juives selon les contradictions villes / campagne et travail manuel / travail intellectuel.

Évidemment cela prendra du temps, beaucoup de temps, étant données nos priorités : le développement de l’antisémitisme s’accélère chaque jour, et ce sont les nécessités politiques qui doivent commander – et non théoriques ou idéologiques.

Mais à chaque instant il faut être conscientE de cela : Hapoel prétend ouvrir une voie pour la libération totale des minorités nationales juives, une voie pour briser définitivement l’antisémitisme et l’aliénation.

L’antifascisme est la priorité politique absolue en ce moment, mais les travaux culturels d’Hapoel servent pour un antifascisme populaire et concret, et les travaux théoriques d’Hapoel sont la marque d’un certain recul. Autrement dit :

Hapoel a des perspectives à long terme, en dehors des « effets de mode » de l’extrême-gauche et des milieux politisés de la minorité juive ;
Hapoel ne s’arrêtera pas à mi-chemin dans la bataille contre l’antisémitisme – jusqu’à la libération totale !
Hapoel est une structure sérieuse, carrée, déterminée, bref : à laquelle on peut faire confiance.

Juif ! Juive ! L’Action Antifasciste est ton organisation !

HaPoel HaAntifashisti, mai 2010.