Finalement, après plus d’une semaine de réflexion intense, le « Mouvement des Damnés de l’Impérialisme » a sorti une nouvelle vidéo de-Kemi-Seba-par-Kemi-Seba-avec-Kemi-Seba-en-guest-star.
Dans cette vidéo, Kemi Seba décline l’invitation de Dieudonné à le rejoindre sur sa liste aux européennes en Île-de-France.
La première remarque que l’on peut se faire, c’est que la vidéo est d’une qualité plus mauvaise que d’habitude, avec une qualité de son plus que médiocre.
De plus, et ce n’est pas la première fois, Kemi Seba récupère la très belle chanson de 2Pac, « Changes », chanson qui met d’emblée en avant l’histoire du Black Panthers Party, dont l’idéologie est à l’opposé de toutes les idéologies que Kemi Seba a pu arborer au cours de ses aventures politiques. Par exemple, 2Pac assume l’héritage du leader Black Panther Huey P. Newton (« It’s time to fight back, that’s what Huey said, Two shots in the dark, now Huey’s dead. »).
Concrètement, que dit Kemi Seba sur sa vidéo ?
Il commence par des formules de politesse envers Dieudonné, comme quoi ce dernier risquerait sa vie, en assumant un rôle d’organisateur du fascisme. Ce qui n’est pas totalement faux.
Il rejoint Dieudonné sur la question de « l’antisionisme » (pseudo-antisionisme, vrai antisémitisme), et « apprécie Ginette » (Ginette Skandrani, pseudo-juive, pseudo-écolo, vraie négationniste).
Ainsi, dans sa vidéo, Kemi Seba ne se prive pas d’aligner des photos de « personnalités » juives, et même non-juives comme Sarkozy avec une kippa. De même, il termine par un ironique « shalom aux juifs qui regardent cette vidéo ».
Mais alors pourquoi Kemi Seba refuse-t-il de rejoindre la liste Dieudonné ?
Parce que l’aspect « anti-communautariste » de la candidature de Dieudonné semble (pour l’instant) déranger Kemi Seba, qui dit ouvertement « moi je suis un communautariste noir », en jouant ainsi à fond la division des masses.
En fait, la ligne de fracture se situe sur la question « quelle division des masses ? » : ethnodifférentialisme à la Kemi Seba, ou nationalisme ultra-républicain à la Soral ? (Alain Soral, d’Égalité & Réconciliation, ancien cadre du FN, que Kemi Seba refuse obstinément de citer par son nom sur la vidéo).
Ainsi, Kemi Seba refuse une « candidature républicaine », sous prétexte que ce serait un système de la « franc-maçonnerie » ; Kemi Seba refuse la ligne « géopolitique » impérialiste de Soral (qui met en avant la « francophonie »), comme « vecteur d’un néo-colonialisme » ; Kemi Seba « dénonce » le « non à la repentance » de Soral.
Ce « souci de la cohérence » (comme prétend Kemi Seba) doit rappeler à touTEs les antifascistes que chaque idéologie, aussi délirante soit-elle, part d’une base matérielle objective, part d’une classe et s’adresse à une classe.
Par exemple, l’ethnodifférentialisme du MDI est une idéologie de la petite-bourgeoisie intellectuelle d’origine coloniale, paniquée par la crise et qui fantasme un « ailleurs » réactionnaire : c’est un « sionisme noir », avec la même origine de classe et la même manière de servir l’impérialisme (dont la forme moderne du racisme est précisément l’ethnodifférentialisme).
Le « souci de la cohérence » nous rappelle donc que, tant que le fascisme est un mouvement, un laboratoire d’idées pour conquérir l’hégémonie, les fascistes restent plus ou moins « sincères » dans leurs délires, ils jouent leur idéologie jusqu’au bout.
Dès lors, le rejet de la « francophonie » et l’exigence de réparations sont inévitablement mis en avant par Kemi Seba, car aucune personne connaissant l’histoire de l’impérialisme français en Afrique du point de vue des masses des colonies (et non des bourgeoisies bureaucratiques vendues) ne peut accepter le programme de Soral (nous en avons connu les conséquences en Afrique du Nord…).
Par conséquent, le MDI ne participera pas (jusqu’à nouvel ordre ?) au projet fasciste de Dieudonné et Soral aux élections européennes, malgré ses encouragements à Dieudo et son pronostic d’un bon score.
À première vue, on peut se dire que c’est une erreur politique, que Kemi Seba renonce à la médiatisation dont profiteront Dieudonné et Soral, qu’il recule devant le projet d’unification du fascisme français, qu’il « n’ose pas vaincre ».
Mais en fait, la tactique de Kemi Seba est loin d’être absurde.
Kemi Seba évite ainsi de se griller avec Soral davantage encore que lors de la médiatisation de ses liens avec les nazis (àlaquelle nous rappelons qu’il a répondu en citant HaPoel HaAntifashisti…).
De plus, il peut se permettre de prétendre à une certaine « intransigeance » idéologique (dont nous savons très bien qu’elle est totalement bidon, puisqu’il n’y a par exemple rien à voir entre Nation of Islam, l’atonisme, le néo-nazisme, et la pseudo-conversion à l’Islam…).
Enfin, Kemi Seba ne se ferme aucune issue, aucune alliance, en disant « tu peux serrer la main en pinçant le nez » (avec en parallèle une photo de lui avec le nazi Thomas Werlet du Parti Solidaire Français), en même temps qu’il se raccroche à Dieudonné contre Soral.
Donc si les « commanditaires » de Kemi Seba l’exigent (en cas de succès du projet fasciste concurrent), alors une alliance se fera. Mais pour l’instant, les intérêts de la couche sociale défendue par Kemi Seba et les intérêts de la couche sociale défendue par Soral ne se superposent pas totalement ; et Kemi Seba juge qu’il peut se permettre à l’heure actuelle de faire passer les divergences avant l’unification fasciste.
Cela, on ne peut le comprendre si l’on ne connaît pas et n’analyse pas l’histoire du fascisme avant son accession au pouvoir. À ce titre, l’histoire du parti nazi est exemplaire, comme le montre Kurt Gossweiler (ici une présentation, et les documents « Origines et variantes du fascisme » et « Hitler et le capital »).
Avant d’être propulsé au pouvoir et de subir les épurations idéologiques et physiques (du style « nuit des longs couteaux »), le fascisme existe comme « mouvement », comme « magma » où cohabitent difficilement toutes les lignes imaginables, tous les délires inimaginables, mais aussi tous les intérêts et les financeurs possibles.
En parallèle, les monopoles sont poussés par la crise capitaliste, et exigent un parti qui permette de maintenir une mobilisation réactionnaire de masse « à l’arrière », pour avoir les mains libres et mener la guerre impérialiste.
Mais le fascisme en tant que mouvement, c’est comme la Star Academy : une seule tendance sortira gagnante. La concurrence est donc plus que féroce, à la mesure des enjeux des classes dominantes.
Cela, les fascistes peuvent se le permettre à présent, et la concurrence interne au sein du fascisme comme mouvement s’intensifiera d’autant plus que les perspectives se confirmeront, d’autant plus que la fascisme se renforcera.
Mais dès que les dominants se seront décidés et auront basculé derrière la bourgeoisie impérialiste la plus terroriste, les fascistes seront forcés à l’unité, à la marche en rangs serrés vers le pouvoir.
Le non de Kemi Seba à Dieudonné est donc à analyser comme l’un des signes avant-coureurs des convulsions contradictoires du fascisme en tant que mouvement, convulsions qui accoucheront d’un parti unifié, prêt à la bataille, au service militaire des monopoles, en marche vers la conquête du pouvoir.
Il n’y a donc pas lieu de se réjouir, mais plutôt de comprendre que nous avons besoin d’un puissant mouvement antifasciste des masses, avec une analyse impeccable de l’économie politique du fascisme.
Écrasons touTEs ensemble les projets fascistes de Dieudonné !
Vive l’action antifasciste !
HaPoel HaAntifashisti, avril 2009.





