Kemi Seba & les nazis

« Chaque fois que vous entendez quelqu’un dire du mal des juifs, tendez l’oreille,
car il parle aussi de vous… Un antisémite est inévitablement un ennemi des Noirs.
»
Frantz Fanon

Le 15 février, HaPoel HaAntifashisti avait diffusé une vidéo tournant sur Dailymotion, mettant en avant les liens ouverts entre le « Mouvement des Damnés de l’Impérialisme » de Kemi Seba et le « Parti Solidaire Français », ainsi que les incohérences hypocrites de Kemi Seba : Kemi Seba et les nazis.

Cette vidéo avait été montée par les « Soledad Brothers », et s’ouvrait sur une citation de Fred Hampton :

« Ils te diront de quelle partie de l’Afrique proviennent tes os, avec des mots que tu ne pourras pas même prononcer. C’est vrai. Ils te parleront de Shaka, le leader des combattants de la liberté bantous, de Jomo Kenyatta, et de tous ces trucs. Ils vont t’asséner toute leur science, ils sont spécialistes de ça. Mais n’oublie pas qu’ils font tout ça parce qu’ils comptent en tirer un profit. »

Il est bon de rappeler que Fred Hampton était un leader du Black Panthers Party de Chicago, assassiné en 1969 par l’État US. De même, les Soledad Brothers étaient à la base un groupe de trois prisonniers de Soledad en Californie, dont George Jackson des Black Panthers, qui déclenchèrent une mutinerie pour venger trois détenus, à l’occasion delaquelle George Jackson fut abattu en 1971.

Le 18 février, Kemi Seba a répondu par une série de trois longues vidéos :
partie 1, partie 2, partie 3.

Sur la seconde vidéo, on peut voir, parmi d’autres captures d’écrans de sites diffusant la vidéo des Soledad Brothers, une image de notre site, HaPoel HaAntifashisti. Trois semaines seulement après le lancement de notre structure !

Comme disait Mao,

« Si nous sommes attaquéEs par l’ennemi, c’est une bonne chose, car cela prouve que nous avons tracé une ligue de démarcation bien nette entre l’ennemi et nous. »

Juste après cette image dans la vidéo, on peut lire :

« Curieusement, les personnes ayant repris la vidéo diffamante affichent toutes un penchant pro-sioniste et islamophobe. »

Nous le confessons : nous sommes des « sionistes », puisque c’est, dans la tête des fascistes, le strict synonyme de « juifs ». Et cela dans l’incompréhension totale de notre engagement antisioniste (immanquable sur notre page d’accueil).

De plus, cette attaque intervient au moment même où nous diffusions un article sur les AfricainEs noirEs de religion juive (ici) et mettions en avant la fraternité entre minorité juive et nation afro-américaine aux USA à travers la chanson Strange Fruit (). Comme quoi nous visions juste !

Mais au fond, qu’est-ce que le MDI de Kemi Seba ?

C’est un groupe fasciste, initialement destiné à dévoyer la minorité noire de France, qui s’est élargi de manière opportuniste pour rassembler des racistes noirs, des islamistes et des suprémacistes « aryens ».

Leur credo idéologique est l’ethno-différentialisme. L’ethno-différentialisme consiste à dire que tous les peuples ou ethnies ou religions ou communautés sont irréductiblement « différents », et qu’il faut un système les reconnaissant ; et avec la même démagogie, il prétend qu’il n’y pas de hiérarchie.

L’ethno-différentialisme est une thèse fasciste, c’est une thèse correspondant au racisme moderne de l’époque de la domination impérialiste, un racisme qui prétend défendre les « identités ».

Ainsi, le régime nazi, avec sa politique coloniale par exemple au Cameroun, et les films « ethnologiques » de Leni Riefenstahl, a développé l’ethno-différentialisme dans les colonies, parallèlement au racisme le plus sauvage envers les minorités juives, sintis et rroms : cela n’a en fait rien de contradictoire. Plus récemment, le grand théoricien de l’ethno-différentialisme a été Alain de Benoist, un intellectuel très pointu de la « nouvelle droite » (comprendre : un fasciste).

Mais l’ethno-différentialisme, c’est aussi Jabotinsky et le sionisme révisionniste, qui considèrent que les minorités nationales juives sont insolubles dans les communautés nationales, tout simplement car elles sont juives, différentes « racialement ».

Le problème, c’est que ces thèses racistes permettent aux fascistes de diffuser leur poison parmi les masses issues des pays coloniaux. Elles servent aussi de point de ralliement à toutes sortes de fascistes, des nazis du Parti Solidaire Français (ex-Droite Socialiste) aux islamistes chiites, en passant évidemment par le MDI. Au fond, le MDI fait un travail de banalisation de l’antisémitisme, pour le compte de leurs maîtres, les nazis franco-français.

Pour comprendre le succès (relatif) des thèses de Kemi Seba, il est important de voir que ses délires partent d’une base matérielle objective (exactement comme tous les délires fascistes qui sortent des laboratoires de la bourgeoisie pour tenter de contaminer les masses métisses et populaires). Cette base matérielle objective, c’est la domination impérialiste de la France en Afrique, c’est le racisme massif en France à l’égard des personnes issues des pays semi-coloniaux semi-féodaux sous domination française. D’ailleurs, les délires suprémacistes noirs sont apparus notamment en réaction aux thèses historiques racistes comme quoi l’Égypte ne pouvait être, même partiellement, noire, niant ainsi l’apport africain dans la culture grecque de l’Antiquité, qui fonde « notre » civilisation.

De là le ton radical adopté dans la première vidéo, qui pointe des choses qui peuvent paraître justes à première vue si on écoute notre révolte de manière irrefléchie. Notamment l’auto-organisation, qui est une exigence de l’autonomie des masses populaires. De même pour l’union de touTEs contre le système ; mais là, il faut évidemment comprendre que « tout le monde », c’est pas nous, la minorité nationale juive ; et que le « système », c’est en aucun cas le capitalisme, l’impérialisme, l’État, les flics, l’idéologie de la bourgeoisie, etc., mais « l’hydre sioniste » (comprendre : nous !).

En ce sens, nous considérons comme erronée la position dépassée des « politologues » et des « antifascistes radicaux » qui consiste à mettre en avant l’existence « virtuelle » du MDI. Il est clair que leur moyen d’expression principal est la vidéo sur Dailymotion. Il est clair qu’ils se la jouent martyrs et crient à la « rafle » quand ils se font arrêter en masse comme des stagiaires.

Mais tout cela est secondaire. Ce qui compte, c’est l’influence culturelle qu’ils peuvent avoir parmi les minorités en France.

L’extrême-gauche en France est petite-bourgeoise, franco-française, avec un vieux fond catho de gauche. D’où le paternalisme incessant envers les minorités. D’où la quasi inexistence de l’extrême-gauche dans nos quartiers. D’où aussi d’ailleurs l’oubli total des prolétaires d’origine juive.

Et d’où, fatalement, la voie de garage du fascisme et de l’ethno-différentialisme, car les masses exigent l’organisation pour le combat et sont dévoyées en l’absence de voie révolutionnaire à qui faire confiance.

Cet échec de l’extrême-gauche franco-française permet aux fascistes du MDI (et à tous les fascistes, en fait) de se présenter comme les vrais « rebelles », les vrais « ennemis du système », à qui on fait des procès, etc., alors qu’ils ne sont actuellement que les supplétifs (coloniaux, comme d’habitude en France) du système, et que la bourgeoisie impérialiste les propulsera ouvertement demain à coups de financements, prêts de salles, aide militaire et policière, etc.

C’est d’ailleurs là qu’intervient la stratégie antifasciste de l’offensive de la culture métisse et populaire, qui n’est que la stratégie communiste de classe contre classe, pour la conquête de l’hégémonie contre le fascisme, dans le cadre de la France de 2009. Que les fascistes sachent que nous ne les craignons pas idéologiquement, car nous partons de positions nouvelles, au sein du peuple.

Le MDI est farouchement contre le métissage : il veut en fait casser l’unité des classes populaires en France, qui vivent le métissage au quotidien. Et pour cela, on a vu qu’il était prêt à s’allier aux nazis suprémacistes blancs.

D’ailleurs, en continuant à regarder les vidéos de réponse de Kemi Seba, on se rend compte qu’il suffisait d’attendre un peu pour qu’il revienne ouvertement à la charge avec ses amis nazis, faisant vite oublier le discours trompeur de la première vidéo.

En effet, Kemi Seba met finalement en avant Marcus Garvey, le fondateur jamaïcain (émigré aux USA) du rastafarisme, qui animait la UNIA (Universal Negro Improvement Association), et qui prônait le retour en Afrique par sa compagnie maritime, la Black Star Union (en référence à la White Star Union qui affréta le Titanic…).

Kemi Seba est finalement la parodie de Marcus Garvey. Lui aussi créa sa religion délirante (l’atonisme), avant de se convertir de manière totalement opportuniste et répugnante à l’Islam (alors qu’il avait commencé sa carrière politique propre en s’élevant contre son organisation d’alors, la sinistrement célèbre Nation of Islam). N’oublions pas que Marcus Garvey affirmait, à propos de l’UNIA : « Nous avons été les premiers fascistes ».

Et disons-le, le « retour en Afrique » que prônait aussi Kemi Seba, est une blague sans fin, venant de gens qui pourfendent le « sionisme » à longueur de journée. Car c’est en fait le même délire d’intello européen issu des minorités nationales ; aux problèmes du racisme et de l’antisémitisme généralisés, qui touchent le quotidien des masses des minorités nationales, les idéologues de la petite-bourgeoisie donnent une réponse typique de la petite-bourgeoisie : fuir le problème en fantasmant une terre d’origine (Israel pour les sionistes, le Liberia pour Garvey, etc.).

Ces idéologues de la petite-bourgeoisie comptent tirer leur épingle du jeu, « se placer » de manière carriériste, monter leur petit business, en exploitant la réalité populaire antiraciste et en la dévoyant : c’est d’ailleurs là toute l’histoire du sionisme en Europe et Afrique du Nord.

Pour reprendre à nouveau Fred Hampton, qui voyait bien les manœuvres des idéologues petits-bourgeois du retour en Afrique : « Ils vont t’asséner toute leur science, ils sont spécialistes de ça. Mais n’oublie pas qu’ils font tout ça parce qu’ils comptent en tirer un profit. »

Plus tard dans les vidéos de réponse, Kemi Seba met en avant les liens entre Garvey et le Ku Klux Klan, entre les Black Muslims et l’American Nazi Party, entre Farrakhan de Nation of Islam et les nazis US, etc. etc. Le plus délirant dans l’histoire, c’est que pour lui, ces liens sont positifs, et il fait comme si c’étaient des vérités cachées, que personne ne veut révéler. Alors que nous connaissons très bien ces faits, et que nous ne les craignons pas, puisque Garvey ou les Black Muslims n’ont jamais lutté pour la vraie libération nationale de New Afrika (tout simplement parce que c’était pour eux une question raciale et non nationale).

Comme en réponse à Kemi Seba, George Jackson lui-même disait :

« Nous envoyons nos enfants dans des centres « culturels » dirigés par des hommes qui nous haïssent, qui haïssent la vérité. Il est clair qu’il vaudrait mieux qu’il n’y ait pas d’école. Brûlez-la, et toute la littérature fasciste, brûlez-la aussi. Les fascistes vont vous apprendre à intervertir le blanc et le noir – il y a de l’argent là-dessous.

Brûlez tout ça. Sans la mission et les missionnaires, il n’y aurait pas de collaborateurs. Lisez le Petit Livre Rouge, c’est pour nous le seul moyen de redevenir nous-mêmes.

Brûlez tout cela, et donnez aux colonies de l’intérieur la caisse de dynamite de l’autodétermination, de l’anticolonialisme et de la pensée de Mao !

Noirs, Bruns, Blancs, tous nous sommes des victimes, il faut nous battre !

Au terme de cette lutte de masses, collective, naîtra un homme nouveau, il est l’avenir, le produit de l’évolution, il n’en sera que mieux équipé pour mener la véritable lutte, la lutte permanente post-révolutionnaire – celle qui instaurera des rapports nouveaux entre les hommes. »

Tout cela, Kemi Seba l’ignore, ou feint de l’oublier, car les fascistes du MDI ne seront jamais les héritiers du Black Panthers Party. Ils ne peuvent s’en réclamer, car ils se casseraient immédiatement les dents sur la clarté idéologique de la vraie libération noire aux USA.

Une clarté idéologique et un prestige international tels qu’en Israel, dans les années 70, s’est développé « HaPantherim HaSh’horim » (הפנתרים השחורים) un fort mouvement des masses juives-arabes (séfarades, mizrahim, etc.) qui voyaient l’oppression spécifique dont elles était victimes de la part des sionistes, ces sionistes qui œuvraient soi-disant pour toutes les communautés juives.

Kemi Seba ment. Kemi Séba ne connaît pas le mouvement New Afrikan, il ne fait que fantasmer sur sa fraction islamique, sur la « fierté raciale », sur un « capitalisme noir », sur « l’hydre sioniste ». Kémi Séba dénature l’esprit positif des masses populaires issues des pays coloniaux, il dénature les cultures d’Afrique, qui célébrent la nature, les femmes, la compassion pour les animaux, la paix et la solidarité.

Cela peut paraître un détail, mais ça n’en est pas un pour nous : Kemi Seba se trimballe en permanence en extérieur avec un blouson en cuir (comme beaucoup de monde en France, d’ailleurs). Mais cela est en totale opposition avec la libération noire aux États-Unis, où indépendance et socialisme en New Afrika vont quasi toujours de paire avec veganisme et libération animale. Il suffit de voir le mouvement M.O.V.E, les MCs de Dead Prez, le Black Riders Liberation Party (issu de l’unité populaire des gangs ennemis à Los Angeles), etc. etc.

Kemi Seba, les fascistes noirs, et leurs amis néo-nazis sont les ennemis de TOUTES les minorités nationales en France, que ce soit les minorités d’Afrique noire, les arabes et berbères, la minorité nationale juive, etc. Ils servent le système par leur racisme.

À l’opposé, HaPoel HaAntifashisti met en avant l’héritage socialiste du Black Panthers Party ainsi que les Panthères Noires en Israel, et recommande la lecture et la réappropriation des classiques des Black Panthers, par touTEs les prolétaires conscientEs en France, quelles que soient leurs origines.

Par l’offensive de la culture métisse et populaire, nous isolerons les fascistes et mettrons en échec, touTEs ensemble, les plans fascistes de division des masses. Alors et seulement sous cette condition d’unité du peuple, les fascistes ne reviendront plus jamais rue des Rosiers pour leurs provocations raciales contre les fascistes juifs de la LDJ.

L’unité du peuple contre le capitalisme et l’État : voilà ce que craignent en leur fond les fascistes. Pour les minorités nationales opprimées et le peuple de France dans son ensemble, c’est le seul moyen de les écraser.

La couleur n’est rien, la classe est tout !
Vive l’unité antifasciste des masses populaires !
Vive l’offensive de la culture métisse et populaire !

HaPoel HaAntifashisti, février 2009.