Pour toute personne juive et non juive de France, il faut que l’affaire soit claire : Ilan Halimi z"l a été enlevé en tant que juif, et mis à mort en tant que juif.
Les préjugés antisémites ont tenu une place centrale (et meutrière) durant tout le calvaire d’Ilan z"l, depuis les tentatives d’enlèvements sur lesquelles le « gang des barbares » s’est « fait la main », jusqu’à son assassinat le 13 février 2006, le corps brûlé sur 80 % de sa surface.
Et que voit-on ? Qu’il n’y a que deux personnes poursuivies avec l’antisémitisme comme circonstance aggravante.
Et que pour ces deux bourreaux et assassins antisémites, l’avocat général a requis des peines « un peu légères » (pour reprendre les mots d’une des victimes du « gang des barbares ») : perpétuité mais peine de sûreté de 22 ans pour Fofana, et 15 ans pour l’autre bourreau (sans compter les remises de peine…).
Faut-il rappeler, à l’heure où le jury vient hier d’entrer dans les délibérations sans doute jusqu’à vendredi soir, que dans l’URSS de Staline, ces barbares racistes auraient subi le même sort qu’ils ont réservé à notre frère Ilan z"l ?
Mais attendons le verdict, gardons notre sang froid et soyons scientifiques : pour comprendre comment les préjugés antisémites ont mené à l’assassinat, il faut savoir quels sont ces préjugés.
Car sans cette compréhension, pas de vision d’ensemble de la lutte contre l’antisémitisme, et pas d’autodéfense juive politiquement à la hauteur.
Et ce que nous voyons, c’est que Fofana est un antisémite tellement français : son antisémitisme est essentiellement un antisémitisme européen, sur lequel s’est greffée une idéologie salafiste mal digérée.
Bien évidemment, les sionistes ne peuvent pas le voir, aveuglés qu’ils sont par leur racisme, leur haine et leurs projets de division.
Quant aux médias, ils tentent de préserver la « pureté » de la France et de présenter l’antisémitisme comme un élément « étranger », en s’obstinant à rappeler que Fofana est « d’origine ivoirienne », voire « franco-ivoirien ». Et cela alors qu’il a été extradé de Côte-d’Ivoire précisement car il n’était pas ivoirien, et qu’au procès il n’a même pas su dire quelle y était l’ethnie majoritaire.
Concrètement, pourquoi les victimes de la bande à Fofana étaient-elles très majoritairement juives ? Pourquoi est-ce Ilan z"l qui a été enlevé ce 21 janvier 2006, alors qu’il n’avait rien demandé à personne ?
À cause du préjugé antisémite, extrêmement répandu en France, comme quoi « les juifs ont de l’argent », et formeraient une communauté unie et solidaire.
Pour citer Fofana lui-même, ils ont « visé la communauté juive, car c’est eux qui ont de l’argent », « les Juifs sont les rois, ils bouffent l’argent de l’État », etc. Et que faire si la modeste famille Halimi ne payait pas ? « Ce n’est pas possible, les Juifs sont solidaires entre eux. » ou encore « S’ils n’ont pas d’argent, la communauté s’arrangera pour payer. ».
Ce qui explique d’ailleurs que Fofana ait été jusqu’à contacter en derniers recours un rabbin (dont il avait trouvé les coordonnées sur internet…).
Disons-le clairement : le préjugé du juif riche et vivant uniquement dans sa communauté est un ressort classique de l’antisémitisme européen, et même de l’antisémitisme chrétien auparavant.
De même pour les références au « capitalisme juif », ou l’éternel rapport à l’argent, aussi ultra-violent et odieux qu’il puisse être dans la bouche de Fofana : « Le sang d’un juif vivant doit être côté en bourse, et son cadavre encore plus. ».
À côté de cela, la police française a pu retrouver chez un des accusés de la documentation pro-nazie ainsi que des stickers antisémites (alors que beaucoup de personnes impliquées dans l’affaire ne savaient sans doute même pas qu’Ilan z"l était d’origine juive).
Évidemment, Fofana est depuis quelques années en pleine fascination devant l’islam salafiste, d’où ses ridicules références à Al Qaeda, ou bien son invocation « au nom d’Allah, du prophète de l’Islam, des salafistes, des musulmans, des martyrs de l’Islam ».
Mais cette fascination se fait exactement sur le même mode qu’une personne étrangère à sa propre culture, voire sur le mode d’une personne convertie à l’islam.
Ainsi, quand on lui demande quel verset de quelle sourate commande de tuer des juifs, Fofana sèche complètement. Quand on lui demande quel rapport entre le « capitalisme juif » et l’exploitation impérialiste en Afrique, toujours pas de réponse claire. Et quand on lui lit une citation de Frantz Fanon contre l’antisémitisme, Fofana répond qu’il lira le livre de Fanon qu’il a dans sa cellule.
Qu’est-ce que cela prouve ?
Que l’antisémitisme islamiste ou l’antisémitisme à la « Nation of Islam », bien que le plus tapageur et le plus virulent, n’est pas la base de l’antisémitisme de Fofana, il n’est que tardif et encore mal assimilé.
Que ce sont le préjugés antisémites les plus classiques et les plus ancrés qui ont poussé à l’enlèvement d’Ilan Halimi z"l, puis à sa mise à mort comme « n’étant qu’un juif ».
Et qu’il n’y aura pas de véritable sécurité et de véritable épanouissement pour notre minorité nationale sans unité révolutionnaire du peuple, contre le racisme et pour la solidarité.
Car voilà la seule voie pour éviter de revivre la tragédie d’Ilan z"l : d’une part lutter contre l’antisémitisme encore à l’état de préjugés, en semant une culture positive, lumineuse, internationaliste ; d’autre part lutter contre les antisémites qui exploitent les préjugés au sein du peuple, et là tous les coups politiques sont permis.
Vive l’amitié et la fraternité antiraciste au sein du peuple ! JUSTICE POUR ILAN !!!
HaPoel HaAntifashisti, juillet 2009.