Cela passionne bien peu de monde, mais il y a en juin des élections européennes (plus précisément le 7 juin, si ça intéresse quelqu’unE d’aller perdre son temps).
En revanche, il s’agit d’une actualité politique qu’on ne peut pas nier, d’autant plus que certains fascistes tenteront d’utiliser ces élections pour s’unifier politiquement, mesurer leur audience, et faire de la propagande haineuse.
Ainsi, le fasciste Dieudonné vient d’annoncer, samedi 21 mars 2009 à son Théâtre de la Main d’Or, sa candidature en Île-de-France.
Au cours de la semaine, il avait déjà confirmé à des journalistes que « l’élaboration de cette liste est en réflexion », et avait expliqué : « Je participe à des groupes de réflexion, donc j’écoute et je partage des idées. Les personnes impliquées auront une réponse ces prochains jours. » Voilà, c’est fait.
Dans les cercles fascistes rassemblés autour de Dieudonné, on précisait : « Il devrait s’agir d’une liste politique mais également humoriste. Beaucoup de gens qui gravitent autour de Dieudonné et des associations qui militent n’attendent que cela. »
Le but est donc carrément explicite : unifier idéologiquement et politiquement cette branche « sociale » du fascisme. En s’unissant et en visant des élections, ils cherchent à se poser comme alternative crédible pour la bourgeoisie impérialiste française, qui veut par tous les moyens dévoyer la rage immense qui se développe au sein du peuple.
Mais pour unifier, il faut au moins un thème commun à mettre en avant, dont ils espèrent qu’il pourra infiltrer « naturellement » les masses ; un thème qui est un dénominateur commun aux fascistes et qui est présent à l’état de préjugés au sein du peuple ; un thème unissant les soi-disants ennemis du « système », ou, comme il dit, « tous les insoumis de ce système », « tous les infréquentables », « tous ceux qui se sont heurtés à un moment à la pensée unique ».
Et ce thème est tout trouvé : c’est l’antisémitisme.
Ainsi, le contenu idéologique de la liste de Dieudonné serait « anticommunautaire et antisioniste ».
Quand les fascistes parlent de « communautarisme », ils parlent évidemment de « LA communauté » ; bref : de nous. Les délires antisémites sur « les organisations mafieuses du type le CRIF » qu’il faudrait « chasser de la République » suivent alors comme une évidence.
De même, parler d’antisionisme comme un programme politique pour ici en France (et non comme une lutte idéologique au sein de la communauté juive, ou comme une pratique internationaliste de solidarité avec la révolution nationale-démocratique palestinienne), c’est ni plus ni moins que de l’antisémitisme.
Concrètement, quelle est cette aile du fascisme français qui se construit et s’unifie actuellement ? Quels sont ces fascistes ?
Il s’agit du courant fasciste gravitant autour de Dieudonné et d’Alain Soral, l’ancien cadre ultra-macho du FN et rédacteur des discours de Le Pen, qui a lancé un magazine « alter-nationaliste » avec de l’argent sorti d’on-ne-sait-où.
C’est le courant fasciste « social », qui met en avant de manière forcenée l’ultra-républicanisme nationaliste, le drapeau français, l’intégration brutale et la négation jacobine de la culture métisse et populaire, et qui considère que « le sionisme gangrène la France » (comme déjà avancé sur un sticker nazi de l’ex-Droite Socialiste).
C’est le courant fasciste « social » populiste, qui veut à tout prix faire rentrer le prolétariat de France dans le giron national pour neutraliser les luttes de classes et la haine prolétaire, qui auparavant fantasmait l’aristocratie ouvrière « bien française » contre les « hordes de sauvages » dans nos quartiers.
Cette frange-là du fascisme présenterait une liste propre aux élections européennes dans le cadre des luttes internes au fascisme français, des luttes entre fractions en concurrence pour se faire reconnaître de la bourgeoisie impérialiste, de se faire financer, et mener une mobilisation fasciste de masse.
En effet, Soral vient de quitter le FN, car sa direction a choisi Jean-Michel Dubois, leur vice-trésorier, pour mener sa liste en Île-de-France. Sans doute Soral sent-il qu’il n’a plus historiquement sa place dans un FN ultra-conservateur à tendances fascistes, et qu’il est temps, avec la crise générale du capitalisme, d’aller de l’avant sur des bases authentiquement fascistes version « national et social ».
Voilà pourquoi il est faux de laisser croire, comme la presse bourgeoise, que Dieudonné est un « humouriste controversé », « douteux », « provocateur ». (Tellement provocateur, d’ailleurs, que sa pure « révolte anti-système » le pousse irrésistiblement à se présenter à des élections bourgeoises…)
Dieudonné est de fait un propagandiste fasciste qui, par sa visibilité médiatique, est organisationnellement et personnellement au centre d’une galaxie fasciste. Dieudonné est un point de ralliement de tout un courant fasciste national-« social »-populiste. Dieudonné fait partie intégrante, avec « la banlieue s’exprime », « les ogres », « égalité & réconciliation », etc., d’une stratégie méthodique de massification et d’union du fascisme sur la base de l’antisémitisme, en banalisant et décomplexant la parole antisémite, ce que lui pourrait se permettre grâce à ses origines métisses, mais que d’autres ne peuvent pas encore.
On l’a d’ailleurs vu avec sa propagande pour le nazi Faurisson, qu’il a d’ailleurs ré-invité sur son DVD, où Dieudonné joue un journaliste interrogeant un avocat d’association de familles de déportéEs, qui est odieusement incarné par Faurisson portant à l’occasion une kippa !
En bref, les projets politiques de Dieudonné, et les très nombreuses attaques fascistes et antisémites qu’il ne manquera pas de mener, sont le signe d’une intense réorganisation du fascisme français, parallèle à la crise capitaliste. Nous assisterons probablement d’ici juin à un immense saut qualitatif dans l’organisation du fascisme en France, avec peut-être à la clé une véritable structure organisée et centralisée du courant « social »-fasciste.
Mais cela dépend directement du succès de Dieudonné aux niveaux électoral (pour donner des gages à l’impérialisme par la mobilisation de masse) et financier (car ils trouveront assurément de nouveaux bailleurs de fonds à cette occasion). Et par conséquent aussi de la force du front populaire antifasciste à construire.
Il est donc extrêmement important pour chacunE de suivre cette actualité (du fascisme bien sûr, pas des élections !), et de faire tourner les informations (par exemple par e-mail à notre adresse).
Car si nous savons touTEs bien depuis 2003 que Dieudonné vit de l’antisémitisme, alors il est important de comprendre ce que nos ennemis ont en tête, pour les contrer avant qu’il ne soit trop tard !
HaPoel HaAntifashisti, mars 2009.





