Monsieur Sternhell, vous avez été victime d’un attentat ce 24 septembre 2008. Une bombe a été placée à votre domicile par des fascistes. Heureusement, vous n’avez été que blessé.
Nous sommes très touchéEs par cette tentative d’assassinat qui vous a visé car nous estimons grandement votre existence. Une existence qui a été consacrée à des travaux qui rendent un grand service aux masses populaires en France. Vos études sur le fascisme et ses origines, sur la droite pseudo-révolutionnaire française de Barrès à Sorel, sont d’une très grande valeur.
Nous espérons que vous vous rétablirez vite. Nous espérons également que vous comprendrez que la possibilité même que vous ayez été blessé provient d’une certaine manière d’une sorte de schizophrénie de votre part.
Vous êtes nés en 1935 en Europe de l’Est, avez réussi à échapper à l’extermination et êtes arrivés à Avignon en 1946.
Cinq années plus tard vous êtes parti rejoindre l’Etat d’Israël seul, à seize ans.
Mais de quoi parlent vos travaux ? De l’Europe. Du fascisme.
Monsieur Sternhell, vous vous revendiquez sioniste, mais l’attentat qui vous a frappé montre que le projet national et communautaire sioniste est un leurre.
Vous avez reçu le prix de l’Etat d’Israël en 2008, année des soixante ans de la naissance de cet Etat, et quel est le résultat ? Vous êtes victimes d’un attentat fasciste alors que le nouveau premier ministre du gouvernement israélien se revendique du courant sioniste révisionniste, qui vise l’absorption du territoire jordanien dans l’Etat d’Israël.
C’est dire si les contradictions de la société israélienne ne proviennent pas d’une poignée d’ultras extrémistes, mais de la situation elle-même.
Monsieur Sternhell, vous avez étudié admirablement bien le fascisme, ses origines, mais vous vous êtes mentis à vous-mêmes, vous avez été présomptueux dans votre maîtrise du problème.
Vous vous êtes imaginés sioniste, mais vous avez étudié l’histoire de l’Europe, avez publié des analyses en France, avez fait des études à Sciences-Po.
Vous êtes irréductiblement lié à l’histoire de l’Europe, et de par votre démarche, vous êtes Français. Même si vous ne le voulez pas, vous l’êtes : cet attentat vous le rappelle en brisant les illusions d’une communauté nationale unie, et vous mêmes affirmez que la nation arabe ne peut pas admettre de voir une partie de son existence amputée.
Monsieur Sternhell, de la même manière que les communautés juives nord-africaines étaient une composante de la nation arabe, votre existence est déterminée par une seule chose : la destruction du fascisme.
Voilà le fond de votre existence.
La « porte de sortie » sioniste n’a résolu aucun problème, le sionisme n’a en rien apporté une solution aux problèmes des juifs dans le monde. Il a même provoqué la destruction de nombreuses communautés, notamment celles du monde oriental.
Vous affirmez dans une interview à la revue « Courrier International » que :
« En Europe, les Juifs n’avaient jamais eu forme humaine, ils n’étaient rien, moins que rien, moins que des fantômes, moins que des animaux. »
Cela est faux, malgré les pogroms il y a toujours eu de la résistance, et l’antisémitisme n’est pas une haine tombant du ciel et méritée à cause de l’existence en dehors de la Palestine, et cela vous le savez très bien.
L’antisémitisme a une base sociale ; elle a une base politique comme vous l’avez démontré, et n’est en rien un châtiment !
Face à l’antisémitisme, il faut la guerre pour la justice !
Aujourd’hui en France l’antisémitisme est en croissance exponentielle en raison de la crise générale du capitalisme. Il sert de encore une fois de ferment à l’ascension du fascisme et se développe sur un terrain culturel fertile. Nous le combattrons et le vaincrons !
Monsieur Sternhell, vous avez été l’un des fondateurs du mouvement pacifiste israélien La Paix maintenant.
Mais il n’y aura pas de paix en ce monde tant que régnera le capitalisme, monsieur Sternhell. La paix, vous l’aurez en France lorsque nous aurons écrasé le fascisme que vous avez étudié, lorsque nous aurons aboli ce qui le produit : le capitalisme et son inéluctable crise.
Alors, et alors seulement, votre existence prendra tout son sens et toute sa signification, bien loin du sionisme qui n’a jamais donné pour les personnes juives que des satisfactions illusoires et temporaires, de la même manière que l’idéalisme fasciste que vous avez paradoxalement si bien étudié concernant l’Europe.
Pour le PCMLM, septembre 2008.





