Archives de Histoire

Majdanek, une plaie encore à vif


[Les soldats de l'Armée Rouge de Staline, découvrant les 800 000 paires
de chaussures de Majdanek en juillet 1944.
]


[Un échantillon de ces chaussures, dont 10 000 paires sont parties
en fumée dans la nuit de lundi à mardi.
]

Naftali Botwin, tombé pour la justice populaire

Naftali Botwin était un jeune communiste polonais d’origine juive. En 1925 il exécuta un informateur de la police, et fut condamné à mort dans un procès sommaire. Son nom sera plus tard honoré par les Brigades Internationales en Espagne.

Le saviez-vous ?

Naftali Botwin est né dans une famille juive très pauvre de Lvov en 1907 – et non en 1905 comme l’indiquaient ses papiers officiels. Lvov est une ville polonaise proche de l’Ukraine, et sera occupée par l’Ukraine à partir de 1918.

Naftali Botwin était le 8ème enfant de la famille, est devenu très tôt orphelin de père, avait une santé assez fragile, et a reçu une instruction scolaire très courte. Il a commencé à travailler très jeune, et enchaînait les petits boulots.

Par sa condition de jeune ouvrier pauvre, il se politise très tôt et très à gauche. Ainsi en 1921 à l’âge de 13 ou 14 ans, Botwin rejoint un syndicat. Puis en 1922 le mouvement Tsukunft (« avenir »), le mouvement de jeunesse du Bund.

En 1923, il entre dans l’Union de la Jeunesse Communiste de Pologne, rompant donc avec le bundisme. Et enfin en 1925, il devient membre du Parti Communiste de Pologne et d’Ukraine occidentale.

Naftali Botwin est chargé par le Parti Communiste d’exécuter Józefa Cechnowski, un ancien communiste qui a retourné sa veste et a trahi en devenant informateur de la police.

Le 28 juillet 1925, c’est-à-dire il y a 85 ans presque jour pour jour, Naftali Botwin applique la justice prolétaire.

Seulement voilà, il est rattrapé par la police, et se fait arrêter. Son procès sera sommaire et sans pitié, et la cour refusera un procès régulier.

Au procès, Botwin défendu par l’avocat Maurice Aksner. En revanche aucune organisation juive ne s’impliquera dans sa défense, parce que la bourgeoisie légaliste et légitimiste juive ne s’intéresse pas aux ouvriers juifs, et encore moins aux ouvriers communistes.

Face au juge, Naftali Botwin défend l’honneur du Parti Communiste. Il déclare également qu’il regrette d’avoir tué un être humain, mais qu’il ne regrette pas du tout d’avoir exécuté une balance.

Finalement, le verdict tombe le 7 août 1925 : Naftali Botwin est condamné à mort. Le soir juste avant son exécution, on apprend également que la grâce présidentielle est rejetée.

Ce 7 août, Botwin est conduit à la prison de Lvov à 11h. Dans sa cellule, on lui envoie un rabbin, mais Botwin refuse. Puis le soir à 23h, il est conduit au poteau d’exécution, où il doit être fusillé.

L’attitude de Naftali Botwin face aux assassins est exemplaire et héroïque. Face au peloton d’exécution, il refuse d’avoir les yeux bandés, et entonne des chants communistes. Quand la sentence est lue, il s’écrie : « À bas la bourgeoisie ! Vive la révolution sociale ! », puis les tirs des fusils résonnent.

Naftali Botwin, en tant qu’exécuteur de la justice populaire et martyr de la répression, est l’honneur du mouvement communiste de Pologne.

Il lui sera d’ailleurs rendu un hommage en 1937, quand une compagnie des Brigades Internationales sera renommée Compagnie Naftali Botwin.

En effet en 1936, la République espagnole subit un soulèvement conduit par le général Franco, et soutenu par l’Italie de Mussolini et l’Allemagne de Hitler.

Aussitôt sont créées des brigades de volontaires venant du monde entier – du Canada à la Palestine, mais principalement d’Europe – pour défendre la République espagnole, sous la direction de l’Internationale Communiste : ce seront les Brigades Internationales.

En octobre 1936, des cercles communistes juifs de Paris proposent, sous l’impulsion d’Albert Nahumi (Arieh Weitz), de former une unité de combattants d’origine principalement juive.

L’idée mettra du temps à se concrétiser, mais le 12 décembre 1937 est établie la Compagnie Naftali Botwin, composée de 150 personnes juives de Pologne, de France, et même de Palestine.

Celle-ci dépendra du Bataillon Dombrowski composé essentiellement de personnes polonaises et russes, et dont les dirigeants étaient bien souvent des hauts cadres de l’Armée Rouge de Staline.

Il y sera parlé yiddish, et d’ailleurs le drapeau de la Compagnie Botwin sera marqué de la devise du Bataillon Dombrowski, « Pour votre liberté et la nôtre », en polonais et en yiddish.

Il faut savoir que sur environ 40000 combattants qui sont passés par les Brigades Internationales, presque 8000 étaient d’origine juive. Les survivants s’engageront pour la plupart également dans la résistance au nazisme.

Défendre la mémoire du Vél’ d’Hiv

Les 16 et 17 juillet 1942, la police française mène une énorme rafle de personnes juives, dans le cadre d’une opération européenne cyniquement appelée « Vent Printanier » par les nazis.

On estime que 4500 policiers participent à cette rafle, sans compter les bus réservés auprès de la régie de transports. Une rafle organisée à la demande des nazis, mais sans leur participation propre.

L’opération visait initialement seuls les hommes juifs immigrés, mais dans un accès de zèle, l’État français prend les devants en visant des familles entières, et pas « uniquement » juives immigrées.

Durant ces deux jours de traque pendant lesquels sont largement mis à profit les fichiers de recensement, plus de 13000 personnes juives sont arrêtées et emmenées avec le strict minimum sur soi : 3000 hommes, 6000 femmes, 4000 enfants.

Les familles sont séparées, si bien que pour beaucoup, c’est la dernière fois que les enfants voient leurs parents.

Environ la moitié des personnes raflées est envoyée à Drancy, tandis que l’autre moitié est retenue prisonnière au Vélodrome d’Hiver, dans le 15ème arrondissement de Paris. De là vient le nom de Rafle du Vél’ d’Hiv.

Ce sont donc 7000 personnes juives qui doivent survivre pendant cinq jours, à s’entasser dans les gradins sans nourriture et presque sans eau, en attendant d’être conduites dans un camp de transit (Drancy, Beaune-la-Rolande, Pithiviers).

Et dans la foulée des camp de transit, la déportation vers les camps de la mort…

Sur les 13000 personnes juives arrêtées lors de la rafle du Vél’ d’Hiv, une quarantaine seulement survivront à Auschwitz – parmi lesquelles ni femme ni enfant.

Aujourd’hui, la mémoire des personnes juives raflées au Vél’ d’Hiv est devenue un enjeu.

Pourquoi ? Parce que l’État français est directement engagé dans la rafle du Vél’ d’Hiv : celle-ci a été conduite exclusivement par la police française, sans aucun uniforme nazi.

Pour les nationalistes français, cette responsabilité de l’appareil d’État est encore inacceptable – pour le moment – et il est impératif pour eux d’attaquer et de souiller la mémoire.

Ce n’est pas pour rien que, depuis le début de l’année, Jean-Marie Le Pen a déjà insulté à deux reprises les personnes juives raflées au Vél’ d’Hiv, une fois en janvier pendant une « galette des rois » du Front National, une fois en avril… lors de la journée nationale de la déportation !

Et rappelons que suite à cette dernière déclaration négationniste, Marine Le Pen a gardé le silence un certain temps… avant d’expliquer que « [son] père connaît bien l’histoire ». Sans commentaires.

À l’inverse, il convient de respecter des initiatives comme le film « La Rafle », malgré ses limites culturelles de classe.

Pour information, la « journée nationale à la mémoire des victimes des crimes racistes et antisémites de l’État français et d’hommage aux Justes de France » aura lieu ce dimanche, avec toutes les commémorations semi-hypocrites de l’État français.

Et demain samedi 17 juillet aura lieu une soirée sur la chaîne de télé Direct 8, à partir de 20h40. Au programme de la soirée : deux téléfilms et un documentaire de Marek Halter.

Ni oubli, ni pardon ! Rejetter ses illusions sur l’État français !

Il y a 15 ans, l’horreur génocidaire à Srebrenica

Carlos, du mercenaire au proto-nazi

Hier est sorti au cinéma le film « Carlos » d’Olivier Assayas. Il s’agit en fait de la version condensée pour le cinéma d’un tryptique télévisuel de 5h30, diffusé et financé par Canal+.

Le film – tout comme la série diffusée en mai – jouit d’une hallucinante campagne de communication : publicités partout dans le métro, au cinéma, chez les distributeurs du type Fnac ou Virgin, etc. D’ailleurs le DVD de la série télé est sorti il y a peu.

Ce film est appuyé par les critiques comme « un grand moment de cinéma », « bluffant », « époustouflant », « un grand film d’action », etc. Bref, comme c’est parti, « Carlos » sera assurément le grand film français de l’été…

Carlos y est présenté comme un « révolutionnaire » qui aurait dérivé vers l’individualisme par narcissisme et égocentrisme. Il est présenté comme « typique » des luttes armées d’extrême-gauche des années 1970 – 1980.

Mais qui est réellement Carlos ?

Le saviez-vous ?

Ilich Ramírez Sánchez, alias Carlos, alias « le Chacal » (« El Jacal » en castillan) est né en 1949 à Caracas au Venezuela. Son père était un avocat communiste – d’où son prénom, Illich étant le deuxième prénom de Lénine.

Il s’engage très jeune dans la Jeunesse Communiste du Venezuela. Puis il part étudier à l’Université Patrice Lumuba de Moscou, dont le rôle était de siphonner les « élites » intellectuelles des pays nouvellement « indépendants » pour les placer dans l’orbite de l’impérialisme russe (ce que les maoïstes appellent « social-impérialisme »).

Mais le pire, c’est que Carlos arrive à se faire exclure de cette université en raison de son attitude assez alcoolisée… Une attitude nihiliste et décadente qui le suivra jusqu’à aujourd’hui.

Carlos s’engage ensuite dans les camps d’entraînement du Front Populaire pour la Libération de la Palestine – Opérations Extérieures (FPLP-OE) du célèbre Wadi Haddad, qu’il rejoint officiellement en 1973.

Il organise et participe à un certain nombre d’attaques au nom du FPLP-OE, principalement en France – y compris contre le magazine « L’Arche »…

Le 27 juin 1975, rue Toullier en plein Paris, Carlos abat deux membres de la DST et un de leurs indics. Pour ce triple meurtre, il sera en 1992 condamné à la perpétuité, mais par contumace.

Son fait d’arme le plus connu de cette époque est la prise d’otage de 11 ministres au siège de l’OPEP, le 21 décembre 1975 à Vienne. Il s’enfuit avec ses otages en avion, avec le soutien de Kadhafi, dans un parcours Vienne – Alger – Bagdad – Tripoli – Alger.

À la suite de cette action, Carlos se rend à un « débriefing » au Yémen, et là se fait exclure du FPLP-OE par Wadi Haddad. En effet il a désobéi à l’ordre d’exécuter deux ministres – un saoudien et un iranien – et aurait détourné une partie de la rançon pour lui-même.

Car il faut le dire, Carlos a un style de vie très individualiste, absolument pas progressiste, et qui en plus ne compte pas se plier à la discipline révolutionnaire.

Suite à son exclusion du FPLP, Carlos s’engage dans une sanglante carrière de mercenaire au service du social-impérialisme russe et de ses satellites, principalement la Lybie de Kadhafi et la Syrie d’Hafez El Assad.

Pendant les 10 ans qui suivent, son activité consistera surtout en du terrorisme pour faire libérer ses compagnons emprisonnés, à base d’attentats à la bombe contre des trains.

Puis à partir de 1985, Carlos se cachera avec sa femme en Syrie puis au Soudan, où il sera « kidnappé » par les les services secrets français en 1994. Depuis, il est en prison en France, en ce moment à la centrale de Poissy (78).

Au bout du compte, Carlos n’a jamais été d’extrême-gauche, il n’a jamais été révolutionnaire.

Carlos a toujours été un « individu » croyant pouvoir louvoyer en free-lance entre divers impérialismes (URSS fasciste, France aujourd’hui), diverses bourgeoisies bureaucratiques (Syrie, Libye, RDA, Venezuela aujourd’hui), tout en s’appropriant le prestige de la résistance palestinienne (FPLP).

Et si Carlos a été typique de quelquechose, c’est bien de la ligne objectivement fasciste de l’URSS des années 1970 – 1980, qui nourrissait et « utilisait » des pseudo-révolutionnaires afin de renforcer ses positions et celles de ses bourgeoisies bureaucratiques arabes…

En bref, un mercenaire fasciste mégalo au service du social-impérialisme russe.

Mais un mercenaire fasciste mégalo sur lequel les antisémites d’extrême-droite comme de la « gauche radicale » ont pu tripper allègrement depuis 15 ans…

Car idéologiquement, Carlos est à lui tout seul une synthèse historique de ce qu’est le soi-disant « nationalisme-révolutionnaire ».

D’abord parce qu’il a toujours combattu sur une ligne élitiste et nationaliste, et jamais au service du peuple en armes : sa ligne soi-disant « anti-impérialiste » se concentrait en fait surtout sur l’anti-américanisme et l’antisionisme, en accordant une valeur « positive » à l’impérialisme russe et à ses pions réactionnaires.

Puis parce qu’avec l’effondrement du bloc impérialiste de l’URSS et son incarcération, il a fallu une nouvelle synthèse idéologique, dans la continuité de ce « nationalisme-révolutionnaire ».

Il faut bien avoir en tête que Carlos est une figure typique d’une vaste tendance « anticapitaliste romantique », fascinée de manière morbide par le « héros » patriarcal qui se révolte « seul contre tous » et se « sacrifie ».

Cette idéologie fasciste a donc trouvé une cohérence dans l’Islam politique, mais dans sa version ultra-nationaliste et soi-disant « de gauche » (Carlos s’étant d’ailleurs converti dès 1975).

Ainsi, bien que lié aux bourgeoisies bureaucratiques arabes (Libye, Syrie, Soudan), Carlos accorde également une valeur « anti-impérialisme » à l’Iran, et en fait ses thèses sont très proche de l’idéologie de la « révolution » islamique.

Carlos a d’ailleurs écrit en prison un manifeste, « L’Islam révolutionnaire », dans lequel il développe une synthèse entre « nationalisme-révolutionnaire » et ce qu’on pourrait appeler « proto-islamisme »…

Rien d’étonnant, donc, à ce que toute l’histoire de Carlos soit indissociable de son profond antisémitisme déguisé en « antisionisme ».

Rien d’étonnant non plus à ce qu’il soit désormais proche de la fine fleur du négationnisme français…

Ainsi parmi les défenseurs passés et présents de Carlos, on retrouve Jacques Vergès, l’avocat du nazi Klaus Barbie, qui a servi d’intermédiaire au mercenaire pour publier de prison dans des revues « nationalistes-révolutionnaires ».

Ou bien Isabelle Coutant-Peyre, qui a défendu aussi bien le négationniste Roger Garaudy (et qui dirige sa revue « À contre-nuit ») que Kemi Seba… et même Youssouf Fofana, c’est dire le niveau sordide d’antisémitisme. Coutant-Peyre a d’ailleurs épousé Carlos en 2001.

Sans parler de sa proximité avec la négationniste Ginette Skandrani, qu’il a appelée de prison en mai 2009, en pleine réunion électorale de Dieudonné… pour apporter son soutien à la Liste « Anti-Sioniste » !

Carlos s’était alors franchement lâché dans l’antisémitisme brutal, en parlant de « cette bande de gitans et de juifs qui te taxent d’antisémitisme. Ces gens [...] sont protégés par l’anti-France, excusez-moi d’employer une expression vichyste, c’est l’anti-France. ».

Bref, un parcours finalement très logique, où la question révolutionnaire est systématiquement évacuée par Carlos au profit du « romantisme » antisémite.

En revanche, ce qui au fond est assez inquiétant, c’est que ce genre de fasciste est suffisamment « à la mode » en 2010 pour en faire une véritable saga cinématographique à l’image « hyper-radicale »…

Mississippi Burning

« Mississippi Burning » est un film très connu d’Alan Parker, sorti en 1988 et qui a eu de nombreuses nominations aux Oscars.

Mais en fait, ce film retrace l’enquête du FBI (présenté faussement comme étant « sympathique ») autour d’un événement qui s’était déroulé en 1964 : l’assassinat dans le Mississippi de 3 militants pour les droits civiques de la minorité africaine-américaine.

Le saviez-vous ?

En 1964, la ségrégation raciale est une réalité officielle dans les États du Sud des USA, où la minorité africaine-américaine est dans de nombreux endroits majoritaire. Les personnes noires sont victimes d’une oppression raciste – en fait coloniale – d’autant plus insupportable qu’elle prend la forme de l’arbitraire le plus total.

En juin 1964, les grandes organisations de défense des « droits civiques », c’est-à-dire des droits démocratiques des personnes noires américaines, lancent une campagne d’inscription des noirEs sur les listes électorales. Ce sera le « Freedom Summer » du Mississippi.

Cette campagne légale et pacifiste sera menée essentiellement par de jeunes militantEs venuEs du Nord des USA… dont une importante fraction de militantEs d’origine juive.

À la mi-juin 1964, une église pro-droits civiques est incendiée dans le comté de Neshoba, Mississippi. Une équipe de 3 militants prend l’initiative d’enquêter sur cet incendie, en connaissant plus ou moins le danger.

Ces trois militants sont : James Chaney (21 ans), un activiste noir de Meridian, Mississippi, à 80 km du comté de Neshoba ; Andrew Goodman (20 ans), un étudiant juif de New York, ami des célèbres Simon & Garfunkel ; Michael Schwerner (24 ans), un activiste juif du Congress Of Racial Equality (CORE) à New York.

Le 21 juin 1964 peu après minuit, ces trois militants démocratiques seront lynchés par le Ku Klux Klan avec l’appui de la police locale.

Retraçons rapidement le jour qui leur a été fatal.

Le 20 juin en fin d’après-midi, Chaney, Goodman et Schwerner se dirigent en voiture vers Longdale, là où l’église a été réduite en cendres. C’est Chaney qui conduit, et la voiture se fait arrêter par le shériff-adjoint Cecil Price, qui accuse Chaney d’excès de vitesse.

En réalité Cecil Price est membre du Ku Klux Klan (KKK), et a sans doute été averti des descriptions des voitures et des plaques d’immatriculation des volontaires du Freedom Summer.

Toujours est-il que Chaney, Goodman et Schwerner sont embarqués au poste, d’où il ne pourront pas appeler leur organisation, et où leur organisation ne pourra les joindre puisque la police locale répondra au téléphone qu’il n’y a aucun activiste en garde-à-vue.

Mais pendant ce temps, le shériff-adjoint Cecil Price prévient de son côté le KKK, qui décidera de comment assassiner les trois militants des droits civiques.

À leur sortie de garde-à-vue dans la nuit, les activistes sont sommés de quitter le comté de Neshoba. En fait il s’agit d’une embuscade : le shériff-adjoint les suit puis les fait s’arrêter, en attendant l’arrivée des assassins du KKK.

Les 3 militants sont alors enlevés, lynchés, et enfin abattus ; leur voiture est brûlée et leur corps jeté dans une retenue d’eau.

L’autopsie révèle que Goodman et Schwerner ont été abattus d’une balle dans le cœur, tandis que Chaney a été abattu de 3 balles. De plus le corps de Chaney présentait de nombreuses fractures (aux deux bras, à l’épaule, à la mâchoire), mais comme par hasard les preuves de cette brutalité fasciste seront fâcheusement détruites…

La disparition mystérieuse de ces militants pro-démocratiques fera un scandale, pendant lequel des lois fédérales anti-ségrégations seront passées. Les corps seront retrouvés seulement le 4 août 1964.

Mais pendant ce temps, le shériff de Neshoba ira jusqu’à déclarer que les activistes des droits civiques se cacheraient afin de donner une mauvaise réputation au Mississippi, et le gouverneur du Mississippi dira que ces activistes pourraient très bien être à Cuba !

Un procès a eu lieu à partir de 1967, mais relevait de la franche mascarade : l’État du Mississippi ne voulait pas poursuivre les fascistes pour meurtre, donc une procédure très spécifique a été engagée ; au final les peines étaient au plus de seulement 10 ans, elles ont commencé en 1970, mais le dernier sorti a été libéré en 1976.

Plus récemment, le procès a été réouvert en 2005 pour juger un fasciste qui n’avait pas été inquiété en 1967 mais qui s’est avéré être le responsable des assassinats. Il a été condamné il y a 5 ans jour pour jour à 60 ans de prison, mais a été libéré sous caution 2 mois plus tard, en août 2005.

Que montre cet épisode de la lutte de la minorité africaine-américaine, qui date de 46 ans presque jour pour jour ?

D’abord que la démarche légaliste-pacifiste ne protège pas et ne protégera jamais des fascistes. Même dans une organisation comme le SNCC – qui avait participé au Freedom Summer du Mississippi – on fera ce constat, et une grande partie de ce mouvement noir se radicalisera en 1966 derrière la figure de Stokely Carmichael.

Mais aussi et surtout que l’unité antiraciste du peuple est toute-puissante, comme ici en particulier avec l’unité entre masses noires et masses juives. Nous en avions déjà parlé dès les premiers jours d’Hapoel à propos de Frantz Fanon, ou bien à propos de la chanson « Strange Fruit ».

Participe à la bataille pour l’unité antiraciste du peuple !
James Chaney, Andrew Goodman et Michael Schwerner sont immortels !

« Mémoires d’un anarchiste juif »

L’autodéfense juive est un mouvement qui prend racine en Europe de l’Est à la fin du 19ème siècle et au début du 20ème. Face aux pogroms, des juifs défendent les leurs l’arme à la main.

Dès le début, la gauche juive impulsera ou investira le mouvement d’autodéfense, que ce soient les bolcheviks, les anarchistes, les bundistes ou les sionistes de gauche.

Ainsi Samuel Schwarzbard (ou Sholem Schwartzbard) était un révolutionnaire ukrainien juif, d’obédience anarchiste, qui a participé à l’autodéfense juive et à la justice contre les antisémites.

C’est lui qui, en 1926, avait abattu à Paris le chef nationaliste ukrainien Simon Petlioura, responsable d’immenses pogroms antisémites pendant la guerre civile qui a suivi la révolution de 1917 en Russie.

Sorti victorieux de son procès bien qu’il ait publiquement revendiqué avoir assassiné le pogromiste-en-chef Petlioura, il décédera en 1938 en Afrique du Sud.

Entretemps, Samuel Schwarzbard avait écrit ses mémoires en 1934, intitulées « In’m Loyd Fun Yorn » (« Au fil des ans » en yiddish). Seulement cette autobiographie n’avait jamais été traduite en français depuis ce temps.

Un manque qui est aujourd’hui comblé, puisque les Éditions Syllepse l’ont traduite et publiée, sous le titre « Mémoires d’un anarchiste juif ». Toutes les informations par ici.

Nous relayons ici la présentation du livre, puis dans la suite on retrouve une biographie de Schwarzbard inspirée par des anarchistes de l’Action Antifasciste.

22 janvier 2010 : Stepan Bandera, héros leader de l’indépendance ukrainienne auquel on attribue la responsabilité du massacre de milliers de Juifs durant la Deuxième guerre mondiale, est élevé à la dignité de « Héros de l’Ukraine » à titre posthume par le président Viktor Iouchtchenko.

27 mai 2006 : des cérémonies à la mémoire du Général Simon Petlioura sont organisées par l’État ukrainien en plein Paris avec un dépôt de gerbe au cimetière du Montparnasse, là où il est enterré, mais aussi sur la tombe du Soldat inconnu à l’occasion du 80ème anniversaire de son assassinat par Samuel Schwarzbard.

Les tentatives de réhabiliter les responsables des pogromes qui frappèrent les Juifs, notamment en Ukraine, se multiplient dans une relative indifférence. Les mémoires inédites de Samuel Schwarzbard invitent plus que jamais à revenir sur cette page d’histoire pour mieux lutter contre le retour de ce révisionnisme au service du nationalisme.

Témoin et acteur des grands cataclysmes du début du 20ème siècle, enfant miséreux du Yiddishland, Samuel Schwarzbard a dix-neuf ans lors de la révolution de 1905, presque trente quand il s’engage dans l’armée française sans renier son internationalisme, et quelques années de plus lorsqu’il file vers la Russie à l’aube de la révolution des soviets. Anarchiste au sein de la Garde rouge, il combat sans relâche les ennemis de la Révolution.

Parfait héritier du judaïsme prophétique le plus radical, il est convaincu qu’il faut lutter sur un double front : la révolution sociale partout où cela est possible et l’autodéfense juive. De retour en France, il entre dans l’Histoire en assassinant Simon Petlioura, responsable des massacres qui ont ensanglanté les communautés juives d’Ukraine. Son procès devient celui des pogromes et enflamme l’opinion mondiale.

Ses écrits, traduits et rassemblés pour la première fois à partir d’archives dispersées à travers le monde, évoquent de façon saisissante, à la manière d’une épopée, la boucherie des tranchées, le souffle qui parcourut l’Ukraine libertaire, les tentatives d’y construire une société nouvelle et le destin d’un homme hors du commun.

Le saviez-vous ?

Sholem Schwartzbard (1886 – 1938) était un révolutionnaire et poète juif ukrainien, qui a pris part au mouvement pour l’autodéfense juive.

Né en Bessarabie en 1886, sa famille est contrainte de fuir, suite à l’interdiciton faite aux juifs de vivre en zone frontalière, par décision du Tsar. La famille s’installe alors dans la ville de Balta où Sholem grandit. En 1900, il devient apprenti horloger.

Au cours de cette période, il rejoint un groupe communiste juif nommé « Funk », relié à l’Iskra (« l’étincelle »), journal communiste russe dirigé par Lénine, Martov et Plékhanov. Plateformiste convaincu, Schwartzbard prend part à la révolution russe de 1905.

Il participe aussi à l’auto-défense des Juifs de Balta, ce qui lui vaudra trois mois de prison pour « provocation au pogrom ». En 1906, il s’enfuit de Bessarabie vers l’ouest, il part pour Tchernivtsi, Lviv, et arrive finalement à Vienne.

En 1909, il prend part aux côtés d’anarchistes à une action d’expropriation d’une banque à Vienne, pour laquelle il est condamné aux travaux forcés. Après quatre mois de détention, Schwartzbard s’enfuit et prend part à un nouveau braquage, cette fois-ci dans un restaurant de Budapest.

Schwartzbard est arrêté et expulsé de l’Empire austro-hongrois. Il s’installe à Paris en 1910, il n’est alors agé que de 24 ans. Il travaille dans une horlogerie, à l’atelier de réparation.

Inquiété par la police en raison de son activisme, il s’engage avec son frère dans la Légion étrangère au début de la Première Guerre mondiale. En mars 1916, lors d’une patrouille, il est gravement blessé par une grenade : ses poumons sont perforés et son bras gauche est hors d’usage. Il reçoit la Croix de guerre.

En août 1917, Schwartzbard est démobilisé et, le mois suivant, il part avec sa femme en Russie. Sur le bateau français qui le ramène en Russie, il est arrêté pour agitation communiste et livré aux autorités tsaristes.

Schwartzbard s’évade et rejoint Pétrograd, où il s’engage comme garde rouge, puis est affecté dans un bataillon spécial de la Tchéka envoyé en Ukraine. Suite à la Révolution d’Octobre 1917, la guerre civile fait alors rage.

En 1919, Schwartzbard est responsable, dans l’Armée Rouge, d’une brigade spéciale de cavalerie juive avec 90 hommes dans le sud de l’Ukraine. Équipé d’un canon et de munitions fournies par l’armée rouge, son groupe se bat durant deux ans contre les armées austro-hongroise, allemande, celles du nationaliste Petlioura et des celle des Blancs de Dénikine.

Durant la guerre révolutionnaire, Schwartzbard perd 15 membres de sa famille dans les pogroms en Ukraine, tandis que son frère est expulsé de France pour « agitation et propagande communistes ».

En 1920, déçu par certains camarades – communiste ou anarchistes – en Ukraine, il retourne à Paris et ouvre un atelier de réparation d’horloges. Il continue ici ses activités politiques, apparaissant comme un membre actif du mouvement ouvrier juif de France.

Plus tard, il rejoint un groupe anarchiste et fait la connaissance de militants qui avaient émigré de Russie et d’Ukraine : Voline, Alexander Berkman, Emma Goldman, Nestor Makhno, Piotr Archinov…

Schwartzbard devient aussi un membre de l’Union des Citoyens Ukrainiens, et obtient la nationalité française en 1925. Il adopte un jeune orphelin juif ukrainien.

En 1926, Schwartzbard apprend que le dirigeant nationaliste ukrainien Simon Petlioura vit à Paris.

Durant la guerre civile en Ukraine, les troupes nationalistes, alliées de la France, ont été coupables de pogroms ayant fait 100 000 morts parmi les populations juives et tziganes – dont les parents de Schwartzbard…

Certain de reconnaître Petlioura grâce à une photo parue dans l’encyclopédie Larousse, Schwartzbard s’approche le 25 mai 1926 d’un homme qui emprunte la rue Racine, près du boulevard Saint-Michel.

Schwartzbard interpelle l’homme en Ukrainien : « Êtes-vous Petlioura ? ». Petlioura lève sa canne, prêt à frapper, mais Schwartzbard sort un revolver et tire. Cinq balles frappent Petlioura alors qu’il est debout, deux autres alors qu’il s’est effondré, au huitième coup l’arme s’enraye.

À l’arrivée de la police, celui qui sera connu comme le « Nokem » (« vengeur ») déclare : « J’ai tué un fameux assassin. »

À son procès, Schwartzbard est défendu par Henry Torrès, avocat de renom qui a précédemment défendu d’autres anarchistes, et qui représente également le consulat soviétique en France. Torrès a recueilli 80 témoignages de veuves survivantes des pogroms ukrainiens.

Au cours du procès, les services spéciaux allemands présentent Schwartzbard comme un agent du Guépéou soviétique (GPU). Les journaux antisémites (Action Française, L’Intransigeant, L’Écho de Paris…) véhiculent cette campagne, qui tombe à point nommé pour une justice française cherchant à innocenter le pogromiste-en-chef Petlioura.

À l’issue de son procès (débuté le 18 octobre 1927), Schwartzbard est déclaré non coupable par le jury populaire, bien qu’il ait clairement revendiqué l’assassinat de Petlioura.

Libéré de prison le 26 octobre 1927, Schwartzbard s’est par la suite consacré à la lutte contre l’antisémitisme et a contribué à la formation de la Ligue Internationale Contre l’Antisémitisme (LICA).

Après s’être vu refuser l’entrée en Palestine britannique, Schwartzbard émigre en Afrique du Sud en 1937, afin de rassembler des fonds pour la création d’une encyclopédie en yiddish.

Le révolutionnaire consacra également une partie de sa vie à la poésie. Toutes ses œuvres sont écrites en yiddish, souvent sous le pseudonyme de « Bal HaKhaloymes » (le maître des rêves ?). Il publie son autobiographie en 1934.

Il décède d’une crise cardiaque le 3 mars 1938, au Cap. Sa dépouille sera transférée en Israel, et Sholem Schwartzbard repose depuis 1967 au Moshav Avihayil.

La révolution sera aussi juive et arabe !

Affiche anonyme de Belleville en juin 1968, pendant les affrontements racistes du 2 au 4 juin. Format : 64 cm sur 85 cm.

La révolution sera aussi juive et arabe !

BELLEVILLE
Une partie de carte
= 5000 flics

Que cherche le pouvoir ?
- présenter ses brigades spéciales comme des arbitres pacifiques
- présenter les travailleurs immigrés comme la « pègre »
- dresser les communautés les unes contre les autres

ATTENTION !
Nouvelles provocations !

Mais tous unis les travailleurs français et immigrés poursuivent le combat.

Juin 1968 : les émeutes de Belleville

Les mois de mai et de juin 1968 évoquent instantanément l’un des plus grands mouvements de la classe ouvrière et de la jeunesse qu’aient connus la France.

Mais ce que l’on sait moins, c’est que dans le quartier de Belleville à Paris s’est déroulée une émeute entre arabes juifs et musulmans, dans les tout premiers jours de juin.

Le saviez-vous ?

Belleville est un quartier qui a toujours été l’un des points d’arrivée des vagues d’immigration prolétaires à Paris, et le principal point d’arrivée des prolétaires d’origine juive. Pendant l’entre-deux-guerres, c’est ainsi le quartier de l’immigration ashkénaze, le bastion de la gauche communiste et socialiste juive, puis celui de la Résistance pendant la guerre.

À partir du début des années 1960, Belleville se peuple de prolétaires maghrébins, principalement Tunisiens juifs et Algériens musulmans. On estime qu’à partir de 1965, la population juive de Belleville est quasi exclusivement tunisienne.

Quand la jeunesse progressiste et révolutionnaire se soulève en mai – juin 1968, l’État français est en panique, et l’entrée de la classe ouvrière dans le mouvement ne fait qu’accentuer la situation révolutionnaire.

Mais pendant ce temps, le soir du dimanche 2 juin, une bagarre éclate entre deux jeunes Tunisiens, un juif et un musulman, autour d’une partie de Rami. Cette bagarre dégénère vite en bagarre générale, qui elle-même dégénère en émeutes.

Ces émeutes continueront pendant deux jours, jusqu’au 4 juin. Plus d’une cinquantaine de magasins sont saccagés et brûlés, la synagogue de la rue Julien Lacroix subit un début d’incendie, et des rumeurs évoquent même un mort (bien que rien ne soit prouvé).

Ce genre d’affrontement entre juifs et musulmans ne s’était alors jamais produit à Belleville, et ne se reproduira d’ailleurs jamais.

Que s’est-il donc passé en ce début de juin 1968 ?

Du côté des autorités politiques arabes (c’est-à-dire en fait des représentants des États du Maghreb) on évoque un complot « sioniste », tandis que du côté des autorités religieuses juives on évoque une manipulation du Fatah naissant. Dans les deux cas, il est fait référence à une sorte de « commémoration » de la guerre des Six Jours, en juin 1967.

Or ces affrontements se sont produits quelques jours avant l’anniversaire de la guerre des Six-Jours, et se sont surtout arrêtés la veille de cet anniversaire, le 4 juin. Et de toute façon, lors de la guerre de 1967 le quartier n’avait vu absolument aucun engagement public d’une minorité ou d’une autre.

Les juifs et les musulmans de Belleville avaient l’habitude de vivre ensemble : parfois des personnes voisines en Tunisie se retrouvaient par hasard dans le même quartier à Paris. Le point de départ de ces émeutes (une banale embrouille autour d’une table de Rami un jour de fête religieuse) le montre d’ailleurs très bien.

L’activisme sioniste commençait certes à se faire sentir auprès de la jeunesse juive-arabe, mais n’était que balbutiant et très peu influent. De même aucun activisme pour la Palestine n’était franchement notable à l’époque : c’est à partir de 1969 et surtout de Septembre Noir en 1970 que les maoïstes impulseront le mouvement de solidarité avec la révolution palestinienne.

Alors qu’en est-il réellement ?

Cela semble assez clair : les émeutes de Belleville ont en fait été liées à la situation insurrectionnelle que connaissait Paris en mai – juin 68.

En effet, la disproportion de l’intervention policière (plus de 5000 policiers mobilisés dans le quartier pour une embrouille au Rami) ainsi que la présence remarquée de provocateurs gaullistes pendant les émeutes (!) prouvent bien la manipulation du pouvoir.

Ce qui a tout de suite été vu et dénoncé par une partie de l’extrême-gauche, et même par le P"C"F ou le MRAP. Une manifestation d’une centaine d’activistes – principalement maoïstes – s’est même dirigée du Quartier Latin jusqu’à Belleville.

Que révèlent finalement ces émeutes ?

D’abord elles éclairent sur l’attitude du pouvoir face aux masses populaires arabes et juives-arabes immigrées en France : l’État français a une posture carrément coloniale.

En effet ce n’est pas seulement la police qui est envoyée à Belleville, mais aussi le Service d’Assistance Technique (SAT), qui était le service principal utilisé par Papon pour réprimer le FLN algérien.

De plus l’action des agents gaullistes pour faire dégénérer cette embrouille en affrontement entre minorités relève en fait d’un grand classique de l’impérialisme français en Afrique du Nord.

Ainsi, au moment où l’État français subissait l’assaut révolutionnaire le plus puissant depuis la guerre, l’unité des masses populaires arabes et juives-arabes représentait pour lui un danger qu’il fallait désamorcer en jouant la carte de la division du peuple : quand les masses populaires vivent et luttent ensemble, la bourgeoisie française n’est jamais très sereine.

À la télé : admirer Noam Chomsky, ou bien les « Justes » des pays arabes ?

Hapoel ne parle pas assez de télé. Pourtant pour saisir les tendances contradictoires de notre époque, la télévision est un bon indicateur.

1. Ainsi hier soir sur France 3, l’émission Ce soir ou jamais de Frédéric Taddéi a tourné autour du sport, et a invité l’intellectuel américain Noam Chomsky, en « tournée » en France.

Noam Chomsky, c’est cet intellectuel de la « gauche radicale » américaine, adulé par la « gauche radicale » française, et qui avait préfacé un bouquin de Faurisson puis avait signé une pétition en sa faveur. Encore aujourd’hui, Chomsky traîne avec des gens comme l’universitaire belge Bricmont, qui est un véritable appui aux antisémites proto-nazis.

Quant à Ce soir ou jamais, cette émission de France 3 est un véritable laboratoire pour se qui se fait de plus « branché » chez les fascistes. Taddéi y invite ainsi régulièrement des fascistes ou assimilés, comme Alain Soral, Alain de Benoist, Houria Bouteldja et même Dieudonné récemment.

On a donc à la télévision française une émission qui ouvre ses micros à plusieurs courants du mouvement fasciste, et qui par ailleurs invite l’idôle de toute la gauche radicale française.

Et tout cela comme si de rien n’était : les fascistes et les antisémites effacent toutes les frontières, et la gauche à la Siné Hebdo n’y voit que du feu.

2. D’autre part, une émission d’histoire sera diffusée demain soir à 21h25 sur Arte, la chaîne bourgeoise franco-allemande.

Le thème : l’occupation des nazis et de leurs alliés en Afrique du Nord, et la résistance qu’a opposée une partie des masses aux politiques antisémites génocidaires. Voici le synopsis de l’émission, pour celles et ceux que cela intéresse :

Le Maghreb sous la croix gammée

Une enquête historique qui, du Proche-Orient au Maghreb, rend justice aux « Justes » oubliés du monde arabe.
Mercredi 2 juin 2010 à 21:25.

Depuis longtemps, l’historien américain Robert Satloff se demandait pourquoi aucun nom arabe ne figurait dans la liste des « Justes parmi les Nations » du mémorial de Yad Vashem à Jérusalem. Cinq ans de recherches au Maroc, en Tunisie, en Algérie et en Libye lui ont permis de publier en 2007 un ouvrage remarqué sur le sujet. Ce travail, également mené au Proche-Orient, est au coeur de ce documentaire.
La situation était différente selon les pays : les Allemands occupant la Tunisie et les Italiens la Libye ont rapidement interné des juifs autochtones dans des camps. Alors que, malgré les pressions de Vichy, Mohammed V au Maroc réussit à protéger les juifs marocains et que les imams algériens interdirent aux fidèles de profiter de la liquidation des biens juifs. Des sites des anciens camps de travail aux domiciles de personnes qui furent sauvées par des voisins et amis, les informations recueillies montrent qu’il serait « juste » qu’un hommage soit enfin rendu à ces musulmans courageux.

Le Consistoire de Paris et les communautés de banlieue [troisième partie]

Entre 1956 et 1967, les populations juives d’Afrique du Nord ont connu une grande vague d’émigration vers la France, et une part importante de ces populations s’est retrouvée dans les « grands ensembles » de la banlieue parisienne. Face aux « problèmes » que leur posait cette population, les institutions juives dominantes ont réagi de deux manières différentes.

Hier nous avons vu qu’une petite-bourgeoisie commerçante et des professions libérales avait réussi à se maintenir en France, et mobilisait plus largement pour ses intérêts propres, en utilisant la situation spécifique en banlieue et l’attachement à la « tradition ». Les institutions juives dominantes y ont répondu en intégrant la petite-bourgeoisie juive-arabe à l’encadrement « officiel » de la minorité juive.

2. L’autre option politique des institutions juives, c’est-à-dire principalement du Consistoire à l’époque, consistait à organiser les masses juives-arabes de banlieue directement sous sa coupe, sans l’intermédiaire de la petite-bourgeoisie.

En effet, quand le Consistoire voit débarquer en France les exilés du Maroc puis de Tunisie, c’est pour lui une véritable aubaine : les populations juives-arabes sont plus religieuses que la minorité juive française, traumatisée par la Shoah.

C’est donc l’occasion idéale pour lui de réimpulser sa domination réactionnaire religieuse, en « embrigadant » les immigrés directement dans les rangs du judaïsme consistorial.

Pourtant cela ne va pas se passer comme prévu :

- D’une part les rapports sociaux qui existaient en Afrique du Nord sont pour ainsi dire « transplantés » en France, comme nous l’expliquions hier. De plus le Consistoire est absent des nouvelles cités de banlieue (bien que la banlieue est ait gardé des synagogues construites avant-guerre pour l’immigration ashkénaze).

Ce premier aspect fait qu’au début de la vague d’immigration, la vie religieuse en banlieue ne passe pas du tout par les structures consistoriales.

- D’autre part, une partie des masses juives-arabes immigrées s’éloigne tout simplement de la religion. Alain de Rothschild, président du Consistoire de Paris, parlera plus tard de « la maladie des HLM ».

En effet l’exil en France est très mal vécu : arrachement soudain et brutal à sa terre, incertitude totale sur la vie en France, misère pour les prolétaires et déclassement pour les autres, crise du logement puis vie dans des cités construites à la va-vite, sans compter le climat déprimant de la région parisienne.

Il s’agit donc de reconstruire sa vie en France, et face à la situation d’urgence et de pauvreté, il faut dire que le Shabbat et la synagogue passent bien souvent à la trappe.

- Un troisième problème va se poser plus tard pour le Consistoire, mais dont la base matérielle est liée au premier : les rapports sociaux qui existaient en Afrique du Nord se développent en la « fronde » de la petite-bourgeoisie juive-arabe dont nous avons parlé hier, essentiellement entre 1962 et 1965.

Il faut bien noter que sur la période 1956 – 1967, cette « fronde » n’est pas l’aspect principal du point de vue du Consistoire : l’aspect principal est la réimpulsion de la religion par les programmes de modernisation, dont nous parlons aujourd’hui.

Mais Hapoel a choisi d’en parler en premier pour saisir l’état d’esprit de défiance qui régnait chez les juifs-arabes de banlieue, et donc pour comprendre l’échec relatif des politiques du Consistoire. Si l’on faisait une chronologie, il faudrait remettre les choses « à l’endroit ».

Comme nous l’avons dit, le Consistoire de Paris voit débarquer une énorme immigration juive-arabe, et il compte bien prendre en charge les besoins cultuels de cette immigration, afin de réimpulser la religion.

Évidemment l’accueil d’urgence a un coût, et l’État français est tout sauf à la hauteur : il ne prend en compte que l’immigration algérienne, car elle a la nationalité française contrairement aux Marocains et Tunisiens, et en plus il est incapable de gérer quoi que ce soit, au point que le ministère des rapatriés ferme en 1964.

Plusieurs institutions vont donc s’en charger, tout en se « professionalisant » : le Consistoire de Paris avec son Comité de Bienfaisance Israélite de Paris (CBIP) transformé en 1963 en Comité d’Action Sociale Israélite de Paris (CASIP), le Fonds Social Juif Unifié (FSJU) et son Bureau d’Information et d’Orientation (BIO), ou le Comité Juif d’Action Sociale et de Reconstruction (COJASOR). Tout cela sous perfusion des institutions juives américaines.

Mais ce coût sur le plan social ne sert pas seulement à la « solidarité communautaire » : il sert aussi à « valoriser » le coût sur le plan religieux.

Autrement dit, un franc utilisé pour construire une synagogue est plus efficace s’il est accompagné d’un franc (plutôt 4 ou 5 en réalité) pour aider les familles pauvres : ce n’est rien qu’un raisonnement très classique chez les religieux.

Et revenons justement aux communautés de banlieue, où le Consistoire implante des « centres communautaires ».

À ce moment, l’idée de « centres communautaires » est très pratique, concrète, et surtout nouvelle en France : ceux-ci servent à encadrer toute l’activité culturelle juive d’une localité de banlieue, avec au centre la religion.

En comparaison, chez l’immigration ashkénaze de l’entre-deux-guerres, il y avait d’un côté les organisations culturelles de masse (notamment les Landmanschaften), et de l’autre les synagogues.

Ainsi en 1958, le Consistoire de Paris va lancer les « Chantiers du Consistoire », qui consistent en un programme de construction de centres communautaires en banlieue. À partir de 1961, les constructions s’accélèrent en banlieue, au point que l’argent vient à manquer, et que les Chantiers du Consistoire deviennent en 1962 une institution permanente, et non plus une simple campagne.

En 1962 est donc inauguré un grand centre communautaire à Villiers-le-Bel, qui sera suivi en 1965 de celui de Sarcelles. De même en octobre 1963 est inauguré le centre de Massy ; ce centre servira également à la communauté voisine d’Antony, qui y va à pied sans problème.

Pourtant au début de l’année 1966, le Consistoire annonce que « l’état d’urgence est passé », et donc que le programme de modernisation va ralentir. Quant à l’encadrement religieux consistorial, il faut avouer qu’il est assez débordé, puisque beaucoup de rabbins doivent s’occuper de plusieurs communautés.

Mais une « coïncidence » est très révélatrice : évidemment les années 1962 – 1965 correspondent à l’urgence suite à l’immigration algérienne, mais elles correspondent également aux années de la « fronde » anti-consistoriale !

On peut donc penser que les Chantiers du Consistoire servaient aussi à prendre de vitesse la petite-bourgeoisie commerçante de banlieue. En effet, en essayant d’organiser les masses populaires juives dans la religion directement sous son autorité, le Consistoire compte couper l’herbe sous le pied de la petite-bourgeoisie.

Et quand, sur un « second front », le Consistoire arrive à intégrer en 1965 les responsables de la contestation petite-bourgeoise, la course à l’hégémonie prend fin, et le Consistoire peut relâcher son programme de construction de centres communautaires.

À partir de 1966 et surtout à partir de 1968, au moment où Alain de Rothschild est remplacé à la tête du Consistoire de Paris, cela va même plus loin, avec une sorte de politique d’austérité par rapport aux communautés de banlieue, qui doivent désormais gérer leur budget. Rien d’étonnant : une fois la petite-bourgeoisie bien intégrée, le Consistoire préfère que ce soit elle qui gère localement les centres communautaires.

Or force est de constater que les Chantiers du Consistoire sont un échec relatif : non seulement une partie de la communauté s’éloigne de la religion, non seulement une partie des croyants s’organise indépendamment du Consistoire, mais en plus le programme de construction n’est pas forcément bien pensé.

Ainsi les centres communautaires sont d’une laideur effarante, et en plus ils ne sont pas toujours bien situés par rapport aux cités où vivent les immigrés juifs-arabes.

Aussi le Consistoire central déplore-t-il en 1965 : « Notre déception c’est le judaïsme nord-africain. Partout on crée des temples et des centres culturels pour ne pas les laisser à l’abandon, mais il n’y mettent pas les pieds. »

D’autres politiques culturelles accompagnent donc les Chantiers du Consistoire, et rencontreront plus de succès.

Ainsi le Consistoire de Paris lance en octobre 1962 l’émission « Source de Vie », présentée le dimanche matin à la télé publique par l’indéboulonnable Josy Eisenberg. Cette émission est très largement suivie en banlieue, car le Consistoire joue sur l’idée de briser l’isolement.

Cette stratégie est très intelligente, car la minorité juive de France est une minorité nationale, et donc du point de vue d’une personne juive immigrant en France, l’idée de briser l’isolement a un sens. Mais le Consistoire manipule ce caractère de minorité nationale pour le détourner en une question de minorité religieuse, et réimpulser ainsi la domination réactionnaire religieuse.

De même en mai 1962, un mouvement de jeunesse est lancé en France sous la direction du FSJU et connaît une croissance exponentielle : c’est le Département Éducatif de la Jeunesse Juive, le célèbre DEJJ où nos parents ont pu connaître leurs premiers amours…

Ce mouvement de jeunesse ressemble beaucoup aux « Zéis », mais il est en fait « importé » du Maroc par son fondateur arrivé en France en 1962, Edgard "Lynclair" Guedj. La particularité du DEJJ est donc d’enfin s’adresser à la jeunesse populaire juive-arabe, et a fortiori à celle des banlieues.

Le parcours d’Edgard Guedj est assez intéressant, puisqu’après son activisme pour embrigader la jeunesse juive, il organisera des séminaires de formation pour les responsables des communautés de banlieue, et sera plus tard à l’origine des structures chapeautant les écoles juives.

Il s’agit donc à chaque fois de conserver l’hégémonie des institutions juives, en réimpulsant la religion parmi la jeunesse populaire juive-arabe.

Hapoel a donc plus ou moins fait le tour des relations entre le Consistoire et les communautés juives-arabes de la banlieue parisienne, durant la vague d’immigration entre 1956 et 1967.

Et que voit-on, en conclusion ?

Que tout cela est à comprendre à travers la concurrence entre bourgeoisie déjà installée et petite-bourgeoisie immigrée, et que ces deux couches courent derrière les masses populaires juives-arabes pour y conquérir l’hégémonie.

Les armes pour conquérir cette hégémonie sont diverses : soit l’assistance sociale et la religion pour les institutions bourgeoises juives, soit le populisme et la mise en avant de la « tradition » par la petite-bourgeoisie immigrée commerçante et libérale.

Mais au final, la petite-bourgeoisie se vend et est intégrée aux institutions, en trahissant les masses prolétaires juives. Avec le recul, cela est peut-être à l’origine du développement de la « radicalité » religieuse Loubavitch dans les années 1970 et 1980.

Quelle est la leçon historique de tout cela ?

Que les masses populaires juives ne peuvent compter ni sur les institutions juives, ni sur la petite-bourgeoisie démagogue. Elles doivent développer une politique autonome des classes dominantes, une politique autonome qui serve également l’ensemble du peuple de France.

Cela est crucial aujourd’hui dans la lutte antifasciste, pour savoir qui sont nos amis, qui sont nos ennemis… et qui sont nos faux amis.

Fin.

Pour plus d’informations : vos parents et grands-parents ! Ou bien un mémoire soutenu en 1999 à Paris 1 par Charlotte Siney-Lange.

Le Consistoire de Paris et les communautés de banlieue [deuxième partie]

Nous expliquions hier que lorsque les populations juives d’Afrique du Nord ont émigré en France essentiellement entre 1956 et 1967, une part importante a dû s’installer dans les nouvelles cités de la banlieue parisienne.

Face à cet afflux, les instances consistoriales ont dû développer deux politiques différentes : d’une part l’intégration de l’encadrement petit-bourgeois juif-arabe, qui au départ était méfiant ; d’autre part le lancement de programmes de modernisation, afin de contourner cette petite-bourgeoisie immigrée en réimpulsant la religion.

1. Arrivées en France, les personnes juives-arabes sont plus pratiquantes que la moyenne : environ 60 % des Algériens font Shabbat, et 75 % des Marocains et Tunisiens. De plus elles vivent dans le « désert consistorial » qu’est la banlieue parisienne : ni synagogues, ni boucheries kasher.

Il existe donc une demande religieuse de type féodale, ou plus précisément une demande de conserver les « traditions », ce qui n’est pas exactement pareil. Cette demande est comblée tant bien que mal par les communautés exilées, surtout avant 1958 voire jusqu’à après 1962.

Ainsi au début, les offices en banlieue ont lieu « chez les gens », c’est-à-dire fatalement chez les familles des cités qui avaient une certaine position sociale avant l’exil. De même, les premières boucheries qui ouvrent sont des boucheries non consistoriales, comme en Afrique du Nord, et ce sont les mêmes personnes qui occupent cette fonction commerciale.

Résultat : les rapports sociaux d’Afrique du Nord sont en quelque sorte « transplantés » en France, et la petite-bourgeoisie commerçante et libérale qui quadrillait là-bas les communautés conserve un certain degré de domination.

Nous avons déjà expliqué cela, et fait une comparaison avec la situation des Marocains en Israel (12).

Autre résultat : les communautés se maintiennent suivant la ville d’origine, que ce soit à cause de l’État français qui regroupe dans les cités suivant ce critère, ou bien à cause tout simplement du besoin de « repères connus » dans les métropoles absurdes et monstrueuses de l’impérialisme.

Ce regroupement par ville, puis par pays, fait qu’en France les gens se définissent comme des juifs de telle ou telle ville, ou bien comme des juifs de tel ou tel pays, et non d’emblée comme des juifs-arabes.

Ainsi les rapports issus du féodalisme et le « communautarisme » empêchent l’émergence des questions démocratiques : conscience nationale arabe avant l’exil, conscience de minorité nationale juive une fois en France.

La preuve en est que la petite-bourgeoisie immigrée des commerçants et des professions libérales se regroupe par rapport au pays d’origine : Association des Juifs Originaires d’Algérie à partir de 1962, Amicale des Israélites du Maroc, Association des Juifs du Maroc en 1963, Association des Juifs Originaires de Tunisie, etc.

À ce sujet, il faut bien noter qu’à part les Algériens qui se constituent en groupe de pression, les Marocains et les Tunisiens ne se font que très peu entendre.

À cela il faut ajouter que cette petite-bourgeoisie commerçante immigrée compte mobiliser de plus larges masses prolétaires pour leurs intérêts propres, sur la base de revendications culturelles concrètes, de type traditionnaliste.

Car autant les prolétaires juifs ont abandonné depuis longtemps l’idée de ne pas travailler le samedi, autant la Kashrut est un socle culturel minimum, et le fait de devoir se déplacer jusqu’à Belleville devient usant. Les femmes juives-arabes de banlieue sont bien entendu les premières concernées…

Aussi connaît-on à Paris et en banlieue une sorte de « fronde » des boucheries non consistoriales, et cela au moins jusqu’à la fin des années 1960.

Les intérêts capitalistes derrière cette « fronde » sont limpides : les anciens bouchers, rabbins et Sho’hatim veulent continuer à profiter de leur position, mais se heurtent à des normes d’hygiène imposées par le Consistoire, qui est plus ancien, plus organisé et plus riche.

Bref, une banale histoire de concurrence capitaliste, mais qui se recoupe avec les contradictions entre Paris et banlieue, et entre ashkénazes et séfarades. Cette situation devient donc une base de mobilisation mise à profit par la petite-bourgeoisie non consistoriale.

De plus beaucoup ne supportent pas que ce soit le Consistoire de la ville de Paris qui monopolise la « gestion » des communautés de banlieue, puisque ces communautés n’y sont pas représentées.

C’est aussi sur ce point qu’arrive à mobiliser la petite-bourgeoisie immigrée, que ce soit celle des banlieues mais surtout celle de Paris (qui utilise justement la contradiction Paris – banlieue alors qu’elle est de Belleville ou Montmartre).

Ainsi en 1964, un centre communautaire est construit à Auteuil, dans le 16ème arrondissement. Face à la rareté et à la laideur des centres communautaires nouveaux en banlieue, la pilule passe mal, et le FSJU vit un certain scandale en interne.

Récapitulons : ceux qui formaient la petite-bourgeoisie en Afrique du Nord, mais qui ont dû s’installer dans les cités de banlieue, arrivent à s’y maintenir en tant que petite-bourgeoisie, et arrivent à mobiliser contre le Consistoire.

Cette petite-bourgeoisie utilise la contradiction entre Paris et la banlieue, ainsi que le ressort de la « tradition », plus que véritablement celui de la religion.

La « tradition » est une question très concrète dans le vécu populaire juif-arabe, et cette question empêche les masses prolétaires juives de poser les questions démocratiques (de minorité nationale) et les questions révolutionnaires (d’unité avec le prolétariat de France pour renverser le gaullisme).

Le fait est que finalement, les communautés immigrées de banlieue adhèrent très peu à l’ACIP, l’association communautaire dirigée par le Consistoire de Paris : il faut comprendre cela à la lumière des luttes de classes au sein même de la minorité nationale juive.

Comment le Consistoire de Paris réagit-il à la persistance en banlieue des structures sociales d’avant l’exil ?

C’est justement le but de l’une des deux politiques qui sont mises en place par le Consistoire : face à la « fronde » de la petite-bourgeoisie immigrée des banlieues, le Consistoire joue la carte de l’intégration aux institutions.

Car au fond, que veut la petite-bourgeoisie, si ce n’est une position plus favorable, plus officielle, plus bourgeoise ?

Seulement quelques mois après le pic d’immigration de 1962, le FSJU expliquait ainsi que « les représentants des communautés du Maroc, de Tunisie et d’Algérie doivent prendre une part déterminante aux activités qui doivent aboutir à l’intégration des rapatriés du Maghreb à la communauté israélite de métropole. »

Ces « représentants », ce sont justement les petits-bourgeois commerçants et libéraux des communautés immigrées, puisque par exemple l’Association des Juifs Originaires d’Algérie (AJOA) s’est constituée à l’été 1962.

Suite à l’activisme communautaire de l’AJOA, une commission régulière à la fin 1964 voit le jour, destinée à répondre aux problèmes des banlieues. À cette occasion se pose le problème de la « représentation », c’est-à-dire de l’intégration aux institutions.

Et justement au cours de l’année 1965 voit le jour un Conseil Consultatif, où chaque communauté est censée être représentée. De même en 1965, les statuts du Consistoire de Paris sont modifiés : le conseil d’administration de l’ACIP passe de 24 à 30 membres.

Le but affiché par son président Alain de Rothschild : « faire participer aux responsabilités communautaires les dirigeants des institutions religieuses d’Afrique du Nord ».

Et comme par hasard, c’est exactement à ce moment, en 1965, que les responsables de l’AJOA interviennent dans la « fronde » des boucheries non consistoriales, en faveur de la « pacification ». Ainsi le dirigeant de l’AJOA écrit dans le journal Information Juive (lancé en 1963 et en croissance exponentielle) : « Nous devons adopter les règles en pratique au sein de la communauté juive organique, et verser à la cultuelle notre cotisation annuelle. »

Le message est très clair : pour l’intégration au sein du Consistoire et des institutions juives. Et les organisations de la petite-bourgeoisie immigrée apparaissent pour ce qu’elles sont : un simple groupe de pression, qui lâche l’affaire dès que le Consistoire veut bien l’intégrer.

C’est là que l’on constate comment cette petite-bourgeoisie immigrée a fait « monter les enchères » en mobilisant les masses prolétaires juives, puis les a plantées une fois bien intégrée à la marche normale des institutions bourgeoises juives.

Et pourtant cette leçon de l’immigration juive-arabe est inconnue et incomprise en France : quand on voit aujourd’hui le populisme éhonté d’une certaine extrême-gauche envers les islamistes et les sociaux-religieux arabes-musulmans, on comprend à quel point cette extrême-gauche est prête à trahir les masses prolétaires arabes, et en particulier les femmes.

À suivre.

Le Consistoire de Paris et les communautés de banlieue [première partie]

Le Consistoire est depuis Napoléon l’institution qui, aux yeux de l’État français, représente la religion juive en France, ou plus précisément le culte juif organisé.

Légitimisme et paternalisme : voilà deux traditions historiques du Consistoire, qui se sont manifestées notamment dans l’accueil réservé aux vagues d’immigration juive ashkénaze avant la guerre.

Il existait alors une sorte de « ségrégation » entre les juifs français d’une part, parmi lesquels la frange religieuse était représentée par le Consistoire, et les juifs immigrés d’autre part, dont les représentations politiques allaient se regrouper dans la Résistance au sein du Crif.

En effet les premiers prenaient en pitié les seconds, mais ne se mélangeaient pas avec eux, ne serait-ce que pour des raisons d’implantation géographique (typiquement Belleville, Montmartre ou la proche banlieue ouvrière pour l’immigration juive).

Ce même phénomène allait se reproduire après la guerre, mais cette fois avec l’immigration juive-arabe d’Afrique du Nord.

Entre 1956 et 1967, la France accueille environ 200 000 personnes juives issues des colonies d’Afrique du Nord (ainsi que d’Égypte), avec un pic lors de l’indépendance algérienne en 1962, quand c’est une communauté de 110 000 personnes qui est exilée en l’espace de quelques mois voire quelques semaines.

Quand nous disons 1956 et 1967, nous pensons évidemment aux indépendances marocaine et tunisienne d’une part, et à la guerre sioniste des Six Jours d’autre part. Ces deux dates ne sont pas arbitraires, car elles délimitent à peu près une vague d’immigration juive-arabe.

L’immigration juive-arabe s’est de nouveau intensifiée en 1967 mais dans une moindre mesure, et a continué jusque dans les années 1980, principalement à partir du Maroc. Mais nous considérons que cela est une « autre histoire » !

À cette même époque entre 1956 et 1967, la France assiste à des bouleversements sociaux, parallèles au cycle d’accumulation capitaliste de 1945 à 1975.

Ainsi l’exode rural et l’immigration répondent aux exigences capitalistes (à quoi s’ajoute le « rapatriement » d’Algérie), et l’État français lance la politique urbaine des « grands ensembles » en banlieue, principalement parisienne.

De ce fait, non seulement un tiers de l’immigration juive-arabe s’installe en région parisienne, mais de plus elle s’installe en majorité dans les nouvelles cités de banlieue. En 1968, on estime que sur 300 000 personnes juives en région parisienne, la moitié est composée de personnes juives-arabes vivant dans les cités de banlieue :

Sarcelles et Villiers-le-Bel, Créteil, Champigny-sur-Marne, Antony et Massy, Aulnay-sous-Bois et le Blanc-Mesnil, Épinay-sur-Seine et Saint-Denis, la Courneuve et Aubervilliers, Les Lilas et Pantin, Bobigny et Bondy, Montrouge et Bagneux et Fontenay-aux-Roses, Nanterre et Boulogne-Billancourt, Orly et Athis-Mons, Savigny-sur-Orge et Ris-Orangis, Sevran et Livry-Gargan, etc.

Il y a énormément à dire sur les rapports entre le Consistoire et la culture séfarade. Par exemple que l’image du Consistoire n’était pas forcément très bonne parmi les masses juives-arabes, avant même leur exil en France.

En effet le « Consistoire central des israélites de France et d’Algérie » avait une attitude franchement coloniale-paternaliste, et envoyait en Algérie des cadres religieux pour « former » les rabbins « indigènes », ce qui était très mal vécu. De même le domaine de la Kashrut et de la Sh’hita avait donné lieu à d’importantes tensions entre le Consistoire et les bouchers algériens juifs au tournant du 20ème siècle.

Tout cela a son importance dans les relations entre les masses juives-arabes immigrées et le Consistoire, mais ici nous ne parlerons que des relations entre le Consistoire de Paris et les communautés juives de banlieue (quasi exclusivement juives-arabes) entre 1956 et 1967 : le vécu populaire n’est pas le même à Toulouse ou à Paris, à Sarcelles ou à Belleville.

Qu’est-ce que précisément le « Consistoire de Paris » ? C’est en fait l’instance décisionnaire de l’Association Consistoriale Israélite de Paris (ACIP), qui regroupe les personnes religieuses qui s’inscrivent dans les activités consistoriales.

Entre 1954 et 1968, le président du Consistoire de Paris était Alain de Rothschild, c’est-à-dire un éminent représentant de la très haute bourgeoisie « philantrope ». Quant à Élie de Rothschild, il est l’un des responsables du FSJU.

Quand commence le gros de l’immigration juive-arabe, puis surtout après 1962, tout le monde est pris au dépourvu, aussi bien l’État français que les institutions « représentatives », et personne ne sera à la hauteur.

Ainsi l’État français sera vite débordé, alors que c’est très clairement lui le responsable de l’exil, et c’est la soi-disant « solidarité communautaire » qui prend le relai. Et cela d’autant plus que les Tunisiens et Marocains sont en réalité considérés comme apatrides, et ne peuvent rien attendre de l’État.

Du point de vue objectif des institutions juives, cette « solidarité communautaire » revient d’une part à « acheter » les immigrés juifs-arabes et leur encadrement, qui à la base se méfiaient des institutions juives françaises, et d’autre part à les contenir par la religion.

On a là deux aspects contradictoires mais complémentaires.

À suivre.

Ce dimanche, Fête de l’Insurrection Gitane

Une initiative de la Voix des Rroms, présentée par nos camarades les Red Lions 94.


 

Dimanche prochain, le 16 mai, aura lieu à St Denis (93)

la Fête de l’Insurrection Gitane

[Dès 18h30, Métro 13 - St Denis Basilique]

Cette fête est organisée pour célébrer l’insurrection des Rroms qui étaient enferméEs dans le camps d’extermination nazi de Birkenau le 16 mai 1944.

« Les morts se commémorent, les insurgés se célèbrent ! »
Voxrromorum – La voix des Rroms

Nous avons déja évoqué la situation des Tziganes à plusieurs reprises. Nous nous remémorons aussi Fransesca et Stéfan, deux enfants Rroms qui sont morts dans un bidonville d’Orly en février dernier.

À ce moment là, nous disions que, en France, les personnes Rroms sont traitées comme des moins que rien : racisme, humiliation, mépris, expulsion systématique de leur lieux d’installations ou refus de scolarisation des enfants sont leur lot quotidien.

En cette période de montée du fascisme, les Rroms font partie des principales victimes des haines raciales et des délires nationalistes.

La haine à l’encontre des Rroms prend de plus en plus un caractère génocidaire : beaucoup de personnes n’hésitent plus à parler des Rroms comme de parasites desquels ils voudraient se débarrasser.

En Italie, le peuple Rrom doit faire face à de véritables pogroms.

Face à cela, nous devons construire le front populaire antifasciste et soutenir l’autodéfense populaire. Le sort de touTEs les opriméEs est lié. Nous sommes toutes et tous des victimes du fascisme !

Nous soutenons cette initiative de la part de la Voix des Rroms et nous vous invitons toutes et tous à vous y rendre afin de faire vivre la solidarité antifasciste !

Nous reproduisons ci-dessous ce superbe texte qui raconte l’histoire de l’nsurrection gitane et nous rappelle que la révolte est toujours le meilleur espoir pour le Peuple.

« Le 16 mai 1944 les soldats allemands de Birkenau s’apprêtent à conduire les Rroms internés vers les chambres de la mort.

Avertis de ce projet final par le secrétaire polonais du camp, les Rroms s’organisent, s’arment de pioches et de pieds de biche et refusent de sortir de leurs baraquements lorsque l’ordre leur en est donné.

Dedans, armés, prêts à frapper, ils attendent l’entrée des SS afin de saisir leurs fusils et étendre l’insurrection à tout le camp.

Face à la force organisée qui leur résiste, les assassins abandonnent ce jour-là leur plan de mort.

Pour la première fois, la a href= »http://la-voix-des-rroms.agence-presse.net/ »>Voix des Rroms célèbrera l’acte vivant de cette insurrection.

Dans la fête, le chant, la danse, la fièrté et la joie, l’assemblée des vivants rappellera que c’est par la révolte organisée, le poing levé, que la vie digne repousse les forces noires quand elles approchent et qui parfois sont déja là. »

Texte de Voxrromorum – La voix des Rroms

[Il s'agit du texte cette très émouvante vidéo.]

Masha Bruskina, symbole de la résistance juive soviétique !

En Ukraine ou en Biélorussie, l’extermination des populations juives a été presque totale. Ainsi sur les territoires soviétiques occupés par les nazis, 2.8 millions de personnes juives sur 3 millions ont été assassinées par la barbarie fasciste.

Mais face au déchaînement génocidaire, des résistantEs se sont levéEs, et leur nom doit être honoré.

Le saviez-vous ?

Masha Bruskina était une très jeune communiste juive soviétique, assassinée par les nazis pour sa résistance antifasciste.

Objectivement on sait très peu de choses sur elle, et ce n’est qu’à la fin des années 1960 qu’elle a été identifiée, avant que son nom ne soit rendu public en 1996. Le blog féministe Pélénop lui avait déjà rendu un hommage.

Née en 1924, Masha était une membre active du Parti Communiste à Minsk en Biélorussie, où elle vivait avec sa mère.

Quand les troupes allemandes sont arrivées à Minsk en juin 1941, elle quitta le ghetto avec sa mère. Masha a alors rejoint la résistance communistes de la région de Minsk, et travaillait comme volontaire dans une infirmerie allemande pour les prisonniers de guerre soviétiques.

De là, elle participait à un trafic de documents et d’armes, afin de permettre aux francs-tireurs communistes d’attaquer une patrouille allemande. Elle aidait également à s’évader les soldats soviétiques qui étaient remis sur pied. Malheureusement en octobre 1941, un des évadés fut repris par les nazis et la dénonça.

Masha Bruskina n’avait que 17 ans, et elle allait devenir la première martyre assassinée en public en Union Soviétique occupée par les nazis.

Le 26 octobre 1941, Masha et ses camarades partisans furent penduEs au centre de Minsk, par les soldats de la 707ème division d’infanterie de Gustav Freiherr Von Bechstolsheim, qui avait à son actif 19000 assassinats dont la plupart de personnes juives.

Mais avant la pendaison, une parade fut organisée. Une femme juive antifasciste, cela était insupportable pour les nazis qui s’imaginaient avoir affaire à des « sous-hommes », et Masha fut la seule à porter une pancarte autour du cou où il était inscrit : « Nous sommes des partisans et nous avons tiré sur des soldats allemands. »

Jusqu’au dernier instant, Masha a eu une attitude héroïque qui méprisait la mort et les nazis : la mort n’éblouit pas les yeux des partisanes !

Une photo prise par les bouchers fascistes est restée célèbre : les nazis ont voulu assassiner Masha, ils l’ont rendue immortelle ! Quant à la mère de Masha, elle fut tuée par les nazis dans le ghetto de Minsk, seulement un mois après sa fille.

« Je voyais les soldats armés allemands et lithuaniens dans la rue. Ils escortaient 3 prisonniers qui avaient les mains enchaînées dans le dos. Au milieu, une fille avait une pancarte autour du cou. Ils étaient dirigés vers l’entrée de l’usine. Je remarquai comment ces gens avançaient calmement. La fille ne regardait pas. Quand ils s’arrêtèrent, l’un des fascistes commença à frapper contre la porte de ma voisine et exigea une chaise. Mais elle avait peur et n’ouvrit pas la porte. Un peu plus tard un soldat revenait avec un tabouret sous le bras de l’un des bâtiments de l’usine. Les portes de l’usine étaient grande ouvertes. L’officier jeta un câble sur une poutre transversale et fit un nœud coulant. La première dirigée vers le gibet était la fille. »
Témoignage d’Antona Zhevzhik.

« Quand on la mettait sur le tabouret, la fille tournait la tête vers le mur. Les bourreaux voulaient qu’elle tourne le visage vers le groupe, mais elle se détournait toujours et restait ainsi. Peu importe combien de fois ils tentaient de la tourner vers eux, elle tournait toujours le dos au groupe. Enfin, ils abandonnèrent et donnèrent un coup de pied dans le tabouret afin de le pousser sous elle. »
Témoignage de Pyotr Pavlovich Borisenko.

Shavua Tov – שבוע טוב

Honneur aux insurgéEs du Ghetto de Varsovie !

C’était hier la célébration de l’insurrection du ghetto de Varsovie, qui fut déclenchée le 19 avril 1943. Suite au court hommage que nous avons rendu hier, voici un bref rappel historique. Il existe de plus un document de l’Action Antifasciste sur l’Organisation Juive de Combat (ŻOB).

À la veille de la guerre et de l’invasion nazie en septembre 1939, Varsovie abrite une forte minorité juive de 380 000 personnes, soit 30 % de la population varsovienne.

Le jour de Kippour 1940 est établi le ghetto, dans le centre-ville de Varsovie, cerné par un mur de 18 km de long, haut de plusieurs mètres et renforcé de barbelés.

C’est bien simple : la vie dans le ghetto, c’est l’antichambre de l’enfer sur Terre.

Misère extrême, famine permanente, froid glacial, maladies rongeant vieillards et enfants, cadavres dans les rues. Et l’incessante menace d’une Aktion nazie, où n’importe qui peut être torturéE, violéE, abattuE arbitrairement.

À l’été 1942 commence la déportation vers Treblinka.

La première vague de déportations vers les camps d’extermination, avec des rafles à n’importe quelle heure du jour et de la nuit, ramène la population du ghetto de 450 000 à 70 000 âmes début 1943.

En janvier 1943, les organisations de résistance juive s’opposent militairement aux déportations, prenant le contrôle du ghetto.

Les forces d’occupation mettent un certain temps à réagir, mais le soir de Pessa’h 1943, les nazis entrent dans le ghetto, prévoyant de le prendre en trois jours.

Le 19 avril 1943, ce sont donc quelques centaines de jeunes combattantEs du ghetto qui choisissent de résister les armes à la main, et lancent l’insurrection du ghetto de Varsovie.

L’Organisation Juive de Combat (ŻOB) et l’Union Militaire Juive (ŻZW) tiendront 27 jours.

Jusqu’au 16 mai, avec l’incendie total du ghetto et la liquidation finale de la population juive de Varsovie par les nazis, marquée également par la destruction de la Grande Synagogue.

Environ 7 000 personnes juives sont tuées durant les combats, 6 000 autres sont brûlées vives ou gazées durant l’anéantissement du ghetto, et les survivantEs seront déportéEs à Treblinka et Majdanek.

L’insurrection du ghetto était vouée à la défaite militaire et à l’extermination. Les résistantEs le savaient. Mais ils et elles ont livré leur dernière bataille, refusant d’aller à l’abattoir.

Les martyrEs du ghetto de Varsovie sont l’honneur et la dignité des peuples martyrs. Aucun hommage ne sera jamais à la hauteur de leur courage.

Concurrence au sein de la bourgeoisie : l’exemple historique du nazisme

Fascisme et concurrence au sein de
la bourgeoisie : schéma général
de l’exemple allemand
, PCMLM.

L’attention qu’il faut porter en France à la concurrence au sein des fractions de la bourgeoisie est d’un intérêt certain pour la révolution.

Les mouvements de la contre-révolution, la progression du fascisme, puisent leur source dans les mouvements de fond de l’infrastructure de la société capitaliste ; l’antifascisme, pour être concret, doit comprendre les tendances générales de l’époque, et voir comment le fascisme tente de grandir.

L’exemple allemand apporte beaucoup de leçons ; il aide à comprendre que non seulement la démagogie fasciste mute en fonction des situations, ce que l’on sait dès qu’on étudie le fascisme, mais également pourquoi il mute.

De plus, certains moments clefs de l’histoire de la concurrence au sein de la bourgeoisie allemande sont relativement connus en France : la nuit des longs couteaux surtout, mais aussi la tentative de putsch contre Hitler en 1944.

Il y a donc lieu de s’intéresser à l’histoire de la concurrence au sein de la bourgeoisie allemande, même sommairement.

1. La situation avant 1933

À la suite de l’effondrement du régime monarchique et de l’instauration de la république de Weimar, la bourgeoisie impérialiste n’a qu’un seul but : la réinstauration de la monarchie.

Différentes tentatives sont faites, la plus grande étant le putsch mené par Wolfgang Kapp et Walther von Lüttwitz en 1920, putsch échouant devant la résistance populaire.

La bourgeoisie impérialiste mit alors en avant un parti politique, le DNVP (parti populaire national-allemand) d’Alfred Hugenberg. Le DNVP prônait le retour à la monarchie, mettait en avant le nationalisme, son idéologie était ultra-conservatrice et sur le plan culturel, le populisme et l’idéologie « völkisch » prédominaient.

Sur le plan électoral, le DNVP n’a atteint au maximum qu’un peu plus de 20 %, mais il faut voir que le DNVP est une structure putschiste : son but restait le coup d’État.

Le parti nazi, qui est alors également subventionné par la bourgeoisie impérialiste, vise à compenser la faiblesse du DNVP, en obtenant une base de masse aux dépens des socialistes et des communistes.

Avec la crise de 1929, le parti nazi va devenir prépondérant, et en 1931 le front de Harzbourg réunit les organisations nationalistes, avant que le NSDAP n’obtienne l’hégémonie à l’extrême-droite.

2. La « fraction américaine » et la fraction « parcours en solitaire »

Le principal historien antifasciste d’Allemagne de l’est, Kurt Gossweiler (qui s’est opposé historiquement au révisionnisme, même si de manière imparfaite), a étudié justement les fractions existant au sein de la bourgeoisie impérialiste allemande entre 1918 et 1933.

Il constate la présence de deux fractions principales.

La « fraction américaine » est tournée vers un accord avec les USA (et l’Angleterre) ; elle est composée principalement de la Danat-Bank (Darmstädter- und Nationalbank) et la Dresdner Bank, son représentant est Hjalmar Schacht, président de la banque du Reich.

Elle a également une composante industrielle, celle du konzern Thyssen, représenté par Fritz Thyssen et actif dans l’acier.

La fraction « parcours en solitaire » est elle représentée par les monopoles de la chimie. Elle vise l’indépendance absolue de l’Allemagne, son autarcie et une stratégie indépendante des autres puissances.

3. Le « second livre » d’Hitler

Une conséquence de ce conflit sera l’écriture par Hitler, en 1928, d’une suite à « Mein Kampf ». Cette suite, connue sous le nom de « second livre d’Hitler », ne sera jamais publiée ; la direction nazie cachera les manuscrits, considérant que la stratégie nazie était trop révélée.

Hitler y met en effet en avant des choix qui sont celles d’une partie de la bourgeoisie impérialiste: celle partisane de la lutte « en solo ». Dans ce « second livre », Hitler met ainsi l’accent sur la conquête de « l’espace vital » (absolument nécessaire pour la politique impériale en solitaire), mais aussi sur l’opposition aux USA.

Voilà pourquoi, contrairement à dans « Mein Kampf », dans ce « second livre » les USA étaient présentés par Hitler comme un pays puissant, concurrent, présentant la particularité d’être « aryen », donc « efficace », tout en étant dominé par une « ploutocratie » juive.

Hitler présente alors les USA comme le second ennemi avec l’URSS, le combat final devant même se dérouler contre eux, autour de 1980, après que l’Allemagne ait soumis l’Europe et ait réussi à s’allier à l’Angleterre.

4. L’offensive d’IG Farben

IG Farben, entreprise de chimie et l’un des principaux monopoles dans le monde alors, envisageait non pas un putsch militaire, mais une dictature populiste profitant de la social-démocratie, ainsi que des « nationaux révolutionnaires ».

Le programme économique devant servir de fondement à cette dictature consistait en un populisme aux dépens d’autres fractions de la bourgeoisie impérialiste, principalement par la nationalisation de l’industrie de l’acier (aux dépens de gens comme Thyssen) et de la Dresdner Bank.

Sur le plan stratégique, IG Farben pose donc une ligne aux dépens de la « fraction américaine », et d’ailleurs prône une alliance avec la France.

Les choses s’accélèrent alors avec les élections du 6 novembre 1932, où le parti nazi recule sur le plan électoral. Il est alors évident que ce n’est que le début du reflux et que les nazis vont perdre du terrain.

Hitler accepte alors la nomination comme vice-chancelier de Gregor Strasser. Mais Thyssen et Schacht interviennent pour empêcher cela : Strasser représente le courant national-révolutionnaire, subordonné à IG Farben.

Les différentes composantes de la bourgeoisie impérialiste firent alors un compromis, car ou Hitler était mis en avant, ou le parti nazi s’effondrait. Hitler fut donc mené chancelier.

Mais si la première étape était la liquidation des structures communistes et socialistes, la prise du pouvoir par Hitler devait forcément être accompagnée d’un second moment : celui de l’affrontement des différentes fractions de la bourgeoisie impérialiste.

5. La nuit des longs couteaux

Cette expression désigne une opération de liquidation de représentants nazis, par l’État nazi lui-même, le 30 juin 1934 ; il s’agit d’une opération directement menée contre la fraction représentant les intérêts d’IG Farben.

Sont éliminés tous les cadres pouvant servir à l’établissement du projet de dictature populiste mis en avant par IG Farben : Röhm le chef des sections d’assaut (les SA), Edmund Heines le numéro 2 des SA, Gregor Strasser ancien idéologue de la « gauche » nazie et des SA, le général von Schleicher chancelier pendant un mois juste avant Hitler, Erich Klausener le dirigeant de l’action catholique, Herbert von Bose un important dirigeant de la « révolution conservatrice », etc.

Le 2 août 1934, Hindenburg meurt et le statut d’Hitler passe de celui de chancelier à celui de « Führer ». Le régime national-socialiste est définitivement mis en place, et il est également organisé avec l’intégration par la force des 4 millions de SA.

C’est une victoire pour la fraction américaine en ce qui concerne la forme de l’État, mais également de la fraction ultra-conservatrice de l’appareil d’État, représentée par les Junkers, les grands propriétaires terriens. Cette fraction de la bourgeoisie impérialiste est systématiquement oubliée, or son existence est très importante, puisqu’elle a joué un rôle important dans la liquidation des SA.

6. L’hégémonie temporaire de la « fraction américaine »

À la suite de la nuit des longs couteaux, Schacht dirige alors en pratique l’économie, organisant la relance, notamment par l’industrie de guerre. L’Allemagne est alors ouverte au capital américain: on retrouve Ford, IBM, Coca Cola (la marque Fanta sera par la suite en Allemagne « l’ersatz » du Coca Cola durant la guerre).

Mais l’accumulation capitaliste lancée par cette fraction de la bourgeoisie impérialiste montre rapidement ses limites. Le régime a pourtant besoin, et cela de manière impérative, d’une vague de fond permettant de galvaniser une large partie des masses : il en va de la survie du régime.

Les partisans du « parcours en solitaire » reprennent alors le dessus, cette fois par l’intermédiaire de Göring (proche d’IG Farben) et de Himmler (avec le « cercle d’amis » du Reichsführer SS).

À ceci près que les partisans du « parcours en solitaire » doivent faire avec un type de régime dont ils n’étaient pas partisans : ils doivent accepter le régime tel quel, ce qui n’est pas sans friction. On a ainsi l’affaire Blomberg – Fritsch, où les deux plus hauts gradés de l’armée sont éjectés au profit de l’hégémonie de l’équipe de Hitler pour la guerre à venir. De même, Fritz Thyssen, qui a largement participé à financer le parti nazi, quitte l’Allemagne en 1939 (arrêté en France, il sera interné en Allemagne).

Ici la préparation à la guerre impérialiste est inévitable et prend le dessus dans tout l’appareil d’État : le seul moyen de sauver le régime, c’est la fuite en avant.

7. L’attentat du 20 juillet 1944

À partir de la victoire soviétique de Stalingrad, il est clair pour la bourgeoisie impérialiste que la défaite de l’Allemagne nazie est inévitable.

L’armée surtout était dans une position difficile : elle avait accepté la prise du pouvoir par Hitler au lieu du retour à la monarchie, en échange de son indépendance. Le lancement de la guerre, tel qu’il était proposé, avait posé des soucis à certaines fractions de l’armée. Mais là, avec la chute du régime, c’est toute la tradition des Junkers qui risquait de disparaître.

Une fraction de l’armée a donc tenté de mener un putsch, afin d’essayer d’obtenir un accord avec les États capitalistes, en se présentant comme essentielle en tant qu’avant-poste anticommuniste. Il existait de fait de nombreux cercles (comme celui de Kreisau) qui faisaient du « brainstorming » pour préparer l’après-Hitler.

C’est en ce sens également, par rapport à l’après-guerre, qu’il faut comprendre le meurtre en 1944 des derniers dirigeants révolutionnaires encore emprisonnés, dont Ernst Thälmann. La bourgeoisie agit en fait selon des impulsions historiques.

Ce putsch du 20 juillet 1944 a échoué, mais de fait cette stratégie a réussi : c’est ainsi qu’est née la République Fédérale Allemande. La RFA a largement profité de l’appareil d’État nazi et n’a pas mené de rupture avec l’ancien régime, si ce n’est en façade et au niveau institutionnel.

La bourgeoisie allemande, totalement affaiblie, a réagi à l’impulsion de l’impérialisme US et s’est placée sous sa protection.

8. Le PCMLM, parti de la science

Mao Zedong a parfaitement analysé la nature du capitalisme bureaucratique, de type compradore, dans les pays opprimés par l’impérialisme.

Ces leçons de Mao Zedong permettent de comprendre avec plus de profondeur comment la bourgeoisie est organisée, avec son État, dans les pays impérialistes. Il est possible de voir avec plus de finesse les tendances générales, et de voir concrètement le mouvement historique de la bourgeoisie, comment elle subit la loi de la contradiction.

Pourquoi ? Parce qu’on profite de l’exemple de la bourgeoisie bureaucratique dans les pays colonisés, on peut voir comment elle réagit aux impulsions de l’impérialisme, se plaçant sous sa protection.

De la même manière, les tendances historiques au monopolisme, inévitables dans le capitalisme, font que les différentes fractions de la bourgeoisie subissent elles aussi des impulsions irrésistibles.

Cela permet de déchiffrer les mouvements de la bourgeoisie, tant au niveau économique qu’au niveau idéologique. Voilà une démarche précieuse, portée par le PCMLM.

Révolution #21, février 2010.

The Auschwitz Album – Yad Vashem

Montrer le camp d’Auschwitz dans ce qu’il avait de plus concret et de plus immédiat, voilà le but de cette vidéo produite par l’Institut Yad Vashem et sous-titrée : « Les preuves visuelles du meurtre de masse à Auschwitz-Birkenau ». Nizkor !

65 ans après la libération des camps : Nizkor !

Depuis hier soir, Yom HaShoah commémore les 6 millions de victimes juives de la barbarie nazie.

6 millions de personnes qui ne sont pas revenues pour la seule et unique raison qu’elles étaient nées juives.

6 millions de personnes passées par l’enfer des ghettos, des exécutions devant une fosse commune, des camps de concentration, et par l’horreur des camps de la mort.

La Shoah a consisté en la destruction systématique des populations juives d’Europe, et en ce sens elle porte une spécificité irréductible.

Car très concrètement, on a voulu anéantir les nôtres. Et même de manière prioritaire sur l’effort de guerre nazi, à des centaines de kilomètres du Reich.

La Shoah n’est pas une idée abstraite. Elle est l’aboutissement historique et planifié de la barbarie fasciste.

En ce Yom HaShoah, 65 ans après la libération des camps, nos pensées vont – à travers les membres de nos familles qui ont été victimes de la barbarie nazie ou qui y ont réchappé – à toutes les victimes du nazisme.

Il est indispensable d’affronter la réalité de ce qu’a été l’extermination des populations juives d’Europe. Chaque personne, d’origine juive ou pas, doit comprendre la portée de la Shoah, et comprendre que le mot barbarie n’est pas une simple incantation.

Voilà pourquoi il est également indispensable de connaître l’histoire des génocides en Namibie, en Arménie, des Rroms et Sintis en Europe, au Bangladesh, au Burundi, au Kurdistan, en Bosnie, au Rwanda, au Congo, au Darfour, au Sri Lanka.

Car malheureusement, rien ne crée plus de solidarité que d’avoir tutoyé les abîmes et le néant.

Ami, amie, l’oubli est un deuxième anéantissement.
Souvenons-nous. Nizkor.

Honorer le souvenir du génocide rwandais !

Il y a 16 ans, le 6 avril 1994, était abattu au dessus de Kigali l’avion du président rwandais Habyarimana, le pion de Mitterrand.

Dès le lendemain et pendant seulement trois mois, ce sont plus d’un million de RwandaiSEs qui sont génocidéEs (dont 800 000 entre la mi-avril et la mi-mai).

Nous diffusons ici un document du Parti Communiste Marxiste-Léniniste-Maoïste sur le génocide rwandais et la complicité de l’impérialisme français.

Connaître les génocides, faire vivre la mémoire, combattre l’impérialisme !

Le génocide au Rwanda en 1994
et le rôle des puissances impérialistes,
principalement l’impérialisme français

Gregoire Ndahimana, ancien administrateur de Kiivumu pendant le génocide au Rwanda en 1994 et recherché pour le massacre de plus de 2 000 Tutsis, a été arrêté dimanche 9 août en République démocratique du Congo. L’information n’a été communiqué que le 12 août.

L’arrestation de ce génocidaire est ici l’occasion de rappeler le rôle décisif de l’impérialisme français et de sa concurrence avec l’impérialisme US dans le génocide de plus de 800 000 Tutsis.

A l’époque de la colonisation, l’impérialisme belge a appliqué le principe des exploiteurs de « diviser pour mieux régner » en créant de toutes pièces des distinctions liées à des critères physiques et sociaux, sur la base de catégories antérieures liées à leur rôle dans le mode de production. féodale Les « Tutsi » – minoritaires – regroupaient alors les personnes de grande taille, éleveurs et liés à la monarchie rwandaise, les Hutus étant des cultivateurs. L’impérialisme belge a fait des Tutsis une élite servant de relais à sa domination coloniale, puis a soutenu les Hutus face aux aspirations d’indépendance des élites Tutsis, incitant ainsi aux premiers massacres de Tutsis en 1959. C’est à cette époqe que beaucoup de Tutsis se réfugièrent dans l’Ouganda voisin.

Après l’indépendance de façade du Rwanda, l’impérialisme français a « récupéré » le Rwanda qui se situait dans une zone stratégique à la frontière de la zone d’influence de l’impérialisme US, avec notament l’Ouganda.

C’est précisément de l’Ouganda que part l’offensive des exilés Tutsis du FPR (Front Patriotique Rwandais), soutenue par l’impérialisme US en 1990. L’impérialisme français intervient alors pour éviter le basculement du Rwanda dans le camp de l’impérialisme US et former militairement les futurs génocidaires Hutus de 1994, organisés principalement dans les « milices interahamwe ».

Après l’attentat contre l’avion du président rwandais Juvénal Habyarimana le 6 avril 1994, signal du début du génocide qui dura 100 jours jusqu’au 4 juillet, l’impérialisme français continue de vendre des armes et d’offrir un soutien logistique aux génocidaires. En fait, le génocide à coups de machettes des Tutsis et Hutus « modérés » s’est fait sous encadrement de l’impérialisme français et US qui poursuivaient chacun leurs objectifs.

Pendant deux mois à partir du 22 juin 1994, l’opération Turquoise de l’impérialisme français (sous mandat de l’ONU) a permis l’accueil dans l’ambassade française puis l’exfiltration de responsables du génocide vers le Burundi ou le Zaïre (devenu maintenant la RD Congo) de Mobutu, allié de l’impérialisme français, parmi lesquels des proches du président Habyarimana, le président du gouvernement provisoire Théodore Sindikubwabo ou Ferdinand Nahimana, fondateur de la Radio Télévision Libre des Mille Collines qui incitait tous les jours sur ses ondes au génocide.

Finalement, la progression du FPR et sa victoire militaire a porté au pouvoir l’actuel président Paul Kagame, une situation profitable à l’impérialisme US.

Le fonctionnement « habituel » de l’impérialisme est la perprétations de crimes à l’encontre des peuples de la zone des tempêtes et le génocide au Rwanda est une des multiples atrocités planifiées par les forces impérialistes, principalement l’impérialisme français dans ce cas.

La bourgeoisie au service de l’impérialisme sait comment nier la réalité des horreurs qu’elle perpétue et aujourd’hui, quinze ans après les faits, le génocide au Rwanda n’est pratiquement jamais évoqué. En France, la bourgeoisie insiste de manière chauvine sur les actions menées par l’impérialisme US pour mieux se présenter comme une puissance aux pratiques « acceptables ». C’est pourquoi les médias bourgeois parlent toujours de « la France » et non de l’impérialisme français, ce qui conduit les faibles critiques formulées à l’encontre de la diplomatie française à prendre un tour moral et non politique, favorable au statu quo et au renforcement de la démocratie bourgeoise.

De plus, l’éducation nationale au service de la bourgeoisie favorise une approche nationaliste et chauvine en cachant, bien sûr, les crimes impérialistes et en empêchant ainsi d’avoir une vision internationaliste.

En tant que communistes, nous devons donc nous intéresser à l’histoire criminelle et aux atrocités actuelles de l’impérialisme français., ainsi que de tous les impérialismes. Nous devons nous affranchir du cadre réactionnaire de l’éducation bourgeoise, nationale et chauvine pour nous intéresser à l’histoire de tous les peuples du monde. Il s’agit d’une tâche internationaliste indispensable dans le cadre du combat révolutionnaire contre l’impérialisme et pour le communisme !

Révolution #15, août 2009.

Le programme Aktion T4 comme laboratoire de la Solution Finale

Hapoel a récemment expliqué les bases du social-darwinisme.

Pour résumer, le social-darwinisme est une conception barbare qui justifie l’extermination des personnes supposées « improductives ». Le social-darwinisme fait inévitablement partie de la matrice idéologique du fascisme. Et il faudrait peut-être même préciser : les pratiques social-darwinistes ont un caractère de guerre impérialiste.

Justement, quelles sont ces pratiques ?

Le saviez-vous ?

Historiquement, il a existé sous le Reich nazi un programme d’extermination des individus handicapés.

Il faut savoir que, dans la communauté médicale de l’époque, l’eugénisme contre les personnes handicapées mentales et physiques était très largement admis.

L’eugénisme et le social-darwinisme avaient été ainsi théorisés aux États-Unis au tournant du 20ème siècle, et y étaient très répandus dans les années 1920 – notamment à cause de l’industriel Henry Ford, qui était également un grand propagandiste antisémite.

De plus, le mouvement eugéniste s’est largement développé et structuré en Allemagne à la même époque. Alfred Hoche et Karl Binding ont ainsi développé en 1920 le concept fasciste de « lebensunwertes Leben » (= vie sans valeur, indigne de vivre), et évoquaient explicitement la liquidation.

Le social-darwinisme a donc été très tôt intégré à la matrice idéologique du national-socialisme.

Il est par conséquent logique que, dès leur conquête du pouvoir en 1933, les nazis aient mis en place un programme de stérilisation forcée des personnes présentant des maladies supposées héréditaires.

Ainsi, dès 1934, plus de 400.000 hommes et femmes ont été stériliséEs de force, d’abord en Allemagne, puis aussi dans les pays occupés par le Reich.

Ce programme de stérilisation n’avait rien de secret, et une certaine propagande a même été faite en sa faveur. Il existe ainsi un exemple assez connu d’exercice de mathématiques où il faut calculer les économies réalisées si l’État ne s’occupait pas des personnes handicapées.

Mais dans les délires raciaux, la stérilisation ne suffit pas, et il faut véritablement aller à l’extermination pour « purifier la race » : le nazisme monte donc un programme de liquidation des personnes handicapées.

Ce programme était cyniquement désigné à l’époque comme « Euthanasie Aktion », mais son nom de code était Aktion T4. Ce code provient de l’adresse de la villa où était basé le quartier général de cette opération, à savoir au Tiergartenstraße 4 à Berlin.

Dès 1935, Hitler avait annoncé au chef de l’ordre des médecins que la soi-disant « euthanasie » serait plus facile à mettre en œuvre pendant une guerre, et qu’il voulait « en cas de guerre résoudre radicalement le problème des asiles ».

C’est donc le 1er octobre 1939, c’est-à-dire seulement un mois après le déclenchement de la guerre, qu’Hitler donne l’ordre d’ « accorder une mort miséricordieuse aux malades qui auront été jugés incurables selon une appréciation aussi rigoureuse que possible ».

C’est le début de l’extermination, et cela avant la « Solution Finale » nazie, c’est-à-dire la liquidation systématique des populations juives et tziganes d’Europe.

Dans un premier temps, les personnes hospitalisées ou handicapées sont signalées par les médecins, et subissent une injection léthale. Ainsi, toutes les personnes juives qui se trouvaient dans des hôpitaux du Reich ont été exterminées.

Mais rapidement, l’injection léthale est jugée inefficace, et les nazis passent directement au gazage au monoxyde de carbone. Le programme Aktion T4 est donc d’ailleurs la première occasion pour le nazisme d’utiliser le gaz comme arme d’assassinat de masse.

À cet effet, des chambres à gaz sont aménagées dans des châteaux transformés en « centres d’euthanasie ». Ces centres se situaient tous dans le Reich allemand (Autriche comprise), contrairement aux camps d’extermination qui étaient tous en Pologne occupée.

Entre janvier 1940 et août 1941, le programme Aktion T4 a déporté, assassiné et incinéré 70.300 individus. Ces assassinats sont répartis ainsi selon les « centres d’euthanasie » : 9.800 à Grafeneck, 9.800 à Brandenburg an der Havel, 18.300 à Schloss Hartheim, 13.700 à Sonnenstein, 8.600 à Bemburg, 10.100 à Hadamar.

Le programme Aktion T4 s’arrête officiellement le 24 août 1941, suite à un ordre de Hitler.

En effet, malgré tout le secret qui entoure les opérations, des familles de victimes protestent, avec plus tard l’appui d’une partie du clergé catholique – alors que l’Église ne voyait pas de problème au programme de stérilisation. En avril 1941, des figures religieuses protestent publiquement, ce qui permet d’en finir officiellement avec le « programme d’euthanasie ».

Cependant, l’extermination des personnes handicapées continuera en réalité jusqu’à la fin de la guerre (notamment à partir des camps de concentration), et fera 30.000 victimes supplémentaires, ce qui fait au total 100.000 personnes handicapées qui ont été purement et simplement assassinées par la barbarie nazie.

Un point essentiel de cette extermination, c’est qu’elle est mise en œuvre par le système médical lui-même, et pas par des SS.

Ainsi, de la pseudo-justification pseudo-scientifique jusqu’au robinet qui ouvre le monoxyde de carbone, en passant par le fichage et la déportation, ce sont des blouses blanches qui ont mis en œuvre la stérilisation et l’assassinat des individus handicapés.

Cela tient précisément à l’idéologie du social-darwinisme, qui est présentée comme une réalité scientifique, et qui est l’aboutissment inévitable de l’effondrement de la médecine bourgeoise.

Enfin, c’est principalement le programme de liquidation des personnes handicapées qui a ouvert concrètement la voie aux camps d’extermination : le social-darwinisme porte en germe le génocide.

Hommage à Adam Rayski

Le 11 mars 2008, il y a 2 ans déjà, Adam Rayski nous quittait.

Le saviez-vous ?

Adam Rayski est né en 1913 en Pologne, de son vrai nom Abraham Rajgrodski. Il s’est engagé très tôt dans le parti communiste, alors clandestin, et dirigea la jeunesse communiste de Byalistok.

À l’âge de 19 ans, il émigra à Paris, et étudia pour devenir journaliste. Il a effectivement été journaliste, en français à l’Humanité, et en yiddish à la Naye Presse (nouvelle presse) de la sous-section juive du PCF.

Pendant la guerre, Adam Rayski est fait prisonnier mais s’évade et revient à Paris, où il participe à réorganiser la Main-d’Œuvre Immigrée comme structure militarisée. Il devient d’ailleurs responsable national de la MOI en septembre 1941.

En mai 1943 à Paris, Adam Rayski est l’un des principaux acteurs de l’unité des juifs immigrés au sein du Comité Général de Défense Juive (CGD).

Le CGD était un regroupement général de résistantEs d’origine juive, communistes, bundistes, socialistes, sionistes, principalement immigréEs d’Europe de l’Est. Son but était de sauver la minorité juive en organisant la clandestinité.

Ce regroupement résistant, indépendant du Consistoire, était justifié par une question de vie ou de mort : même après le Vél d’Hiv, le Consistoire ne comprenait pas le sort qui attendait la minorité juive de France – et encore moins le sort des immigréEs.

En septembre 1944 à Lyon, le Comité de Défense se transforme en un nouveau regroupement, le Conseil Représentatif des Israélites de France (avant que le i de Crif ne devienne « institutions »…).

Ainsi, Adam Rayski a été, en tant que représentant du courant communiste au sein de l’immigration juive, l’un des cofondateurs du Crif.

Après la guerre, Adam Rayski retourne en Pologne, et revient en France en 1957.

Il restera proche de la ligne de l’Union Juive pour la Résistance et l’Entraide (UJRE), dont il deviendra président d’honneur quelques années avant sa mort. Il sera aussi président de l’Union des Résistants et Déportés juifs de France.

Adam Rayski a écrit de nombreux livres sur la résistance juive en France (dont certains avec l’historien anticommuniste Stéphane Courtois…).

Aujourd’hui, Adam Rayski repose au Père Lachaise à Paris.

Ce 11 mars est donc aussi l’occasion de rappeler l’une des traditions àlaquelle Hapoel rend hommage : l’histoire de la MOI, de la sous-section juive du PCF, de la résistance communiste juive au fascisme, de l’unification de la résistance.

De Februaristaking : la classe ouvrière a défendu et défendra les siens !

On a compté pendant la guerre beaucoup d’exemples de solidarité ouvrière envers les populations juives traquées par les nazis et leur alliés. Mais l’exemple le plus frappant, le plus massif et le mieux organisé fut sans doute la grève générale antifasciste qui toucha les Pays-Bas en 1941, la seule grève contre l’antisémitisme recensée dans l’Europe occupée.

Le saviez-vous ?

Le 25 février 1941, éclata à Amsterdam une grève générale populaire en protestation contre les persécutions antisémites, qui s’étendit le lendemain à d’autres villes aux Pays-Bas, et qui fut réprimée dans le sang par les nazis et les fascistes néerlandais.

Pour comprendre l’origine de cette grève, connue sous le nom de Februaristaking, il faut retracer un peu l’histoire de l’occupation allemande aux Pays-Bas.

Les Pays-Bas capitulent le 10 mai 1940 contre l’Allemagne nazie. À cette date, 140.000 personnes d’origine juive vivent aux Pays-Bas, dont une minorité issue des expulséEs d’Espagne de 1492, et 15.000 réfugiéEs de l’Allemagne nazie.

Sous l’occupation, les Pays-Bas sont soumis administrativement au Reichskommissar, Arthur Seyss-Inquart, nazi autrichien. Dans la pratique, les Allemands manquent d’hommes et l’exécution des politiques antisémites incombe à l’administration locale, soutenue par le Nationaal-Socialistische Beweging (NSB) et le Weerbaarheidsafdeling (WA), sa « section de défense ».

En juillet 1940, les juifs doivent quitter la défense aérienne ; suivent les fonctionnaires juifs et juives ; puis les étudiantEs et universitaires d’origine juive. En octobre 1940, les commerces ou entreprises appartenant à des membres de la communauté juive doivent déclarer leurs bien. En décembre 1940, les cafés et les cinémas sont interdits aux juifs et juvies.

Plus tard, les personnes juives doivent se faire enregistrer (à leurs frais) comme telles, ce qui facilitera largement la tâche lorsque viendra le temps des déportations…

En novembre 1940, les étudiantEs de Delft et de Leiden suspendent les cours en solidarité avec leurs camarades et les professeurs juifs et juives. Le Sicherheitsdienst (SD), le « service de sécurité » allemand, occupe ces deux universités et les fait fermer.

De nombreux mouvements de défense prolétarienne se développent, notamment sur les chantiers navals et parmi les dockers, où les forces d’occupation veulent exploiter les ouvriers et ouvrières directement en Allemagne.

En janvier et février 1941, l’offensive antisémite se déchaîne.

Les troupes en chemises noires des WA attaquent des magasins juifs et des cafés refusant de poser un panneau interdisant l’accès aux juifs et juives, et multiplient les provocations fascistes dans les quartiers à minorité juive, jusqu’à des pogroms suivant des manifestations antisémites organisées par les nazis.

Le dimanche 9 février 1941, sur la place Rembrandt non loin du quartier juif, de violents affrontements éclatent. Les groupes d’autodéfense juive, parmi lesquelles de nombreux sportifs du Maccabi, attaquent des nazis qui venaient à nouveau perpétrer leurs exactions.

Les affrontements d’autodéfense juive culminent deux jours plus tard, le 11 février au soir, quand a lieu une bataille rangée contre le WA sur la place Waterloo. Le fasciste Hendrik Koot reste sur le carreau et crèvera le 14 février à l’hôpital.

Entretemps, le 12 février, les Allemands bouclent l’ancien quartier juif, le cernent de barbelés, installent des barrières, coupent les ponts, et positionnent des check-points aussi bien des forces d’occupation que de la police néerlandaise.

Le quartier juif est officiellement transformé en ghetto.

Le 19 février, la police allemande prend d’assaut le salon de glaces Koco de la Van Woustraat, tenu par des réfugiés allemands juifs, Kohn et Cahn. Les policiers reçoivent de l’ammoniac dans la figure, et dans la bagarre, plusieurs policiers allemands sont blessés. Cahn et Kohn sont arrêtés.

En représaille, le week-end des 22 et 23 février 1941, le couvre-feu est imposé au quartier juif d’Amsterdam, et les nazis opèrent une rafle. Ils prennent en otage 427 hommes juifs sur la place Jonas Daniël Meijer. Ceux-ci sont déportés à Buchenwald et Mathausen, et il ne restera qu’un seul survivant de ces convois.

Cette rafle susciste l’indignation et la révolte parmi les masses populaires d’Amsterdam.

Le 24 au soir, un rassemblement ouvrier a lieu sur la place du Noordermarkt. La grève est décidée, essentiellement pour lutter contre l’antisémitisme nazi, mais aussi contre le travail forcé en Allemagne et pour la souveraineté des Pays-Bas occupés.

Cette nuit-là, un appel rédigé par le Parti communiste des Pays-Bas (clandestin depuis le 15 mai 1940, illégal depuis juin) est imprimé en différents endroits d’Amsterdam. Le mot d’ordre : « La grève, la grève, la grève ! ».

De fait, cette grève est essentiellement portée et organisée par le Parti communiste clandestin, ce que la bourgeoisie tentera longtemps de nier après-guerre.

L’organisation de la grève antifasciste est extrêmement rapide, ce qui permet de court-circuiter les mouchards collabos.

Le 25 février 1941 à l’aube, l’appel du Parti est distribué à l’entrée de nombreuses entreprises. Le tramway d’Amsterdam est le premier à suivre la grève, dès 4 heures du matin.

Le peuple d’Amsterdam comprend alors, à l’ouverture du service, qu’il se passe quelque chose, et bientôt suivent les fonctionnaires municipaux, les dockers, les chantiers navals, les bureaux, les grands magasins, les lycées, etc.

Le matin du 25 février 1940, les forces d’occupation sont complètement affolées face à un mouvement si massif : elles n’avaient jamais eu affaire nulle part ailleurs à une grève contre la persécution de la minorité nationale juive.

Suite à l’appel du Parti Communiste, les masses descendent spontanément dans la rue dans le centre d’Amsterdam, et affrontent les nazis. La grève s’étend le 26 février à Zaanstreek (Zaanstad), Kennemerland (Haarlem et Velsen), Utrecht, Hilversum et Weesp.

La répression démarre dans l’après-midi du 25 février et est sanglante. Des SS, venus en urgence de La Haye, tirent sur la foule et jettent des grenades. Neuf personnes sont tuées au cours de ces manifestations, une cinquantaine grièvement blessées, et 200 arrêtées et torturées.

Après la grève, trois organisateurs communistes sont fusillés, douze communistes envoyés en prison. Et malgré la suspension provisoire des rafles (comme résultat du mouvement de masse), dix-huit organisateurs et grévistes sont exécutés en mars 1941.

Ainsi se termina la Februaristaking : dans le sang ouvrier, versé pour la solidarité au sein du peuple des Pays-Bas.

Le journal clandestin Het Parool écrira dans la foulée que la grève est « une page inoubliable de l’histoire glorieuse de notre patrie, car pour la première fois dans l’histoire de l’humanité, juifs et non-juifs se sont opposés activement contre les horreurs de l’antisémitisme ».

Au final, les Pays-Bas restent le pays d’Europe de l’Ouest où la minorité juive paya le plus lourd tribut à la Shoah, puisque plus de 100.000 personnes d’origine juive (soit plus des 3/4 de la communauté) furent exterminées par la barbarie fasciste. En 1944, la ville d’Amsterdam était quasi vidée de sa minorité juive.

Néanmoins, cette grève montre que le nazisme a été essentiellement étranger à la classe ouvrière – qui est le cœur du prolétariat – voire au prolétariat en général. Elle reste dans les mémoires comme une véritable fierté de la classe ouvrière des Pays-Bas.

Encore aujourd’hui, des manifestations antiracistes y sont organisées ce jour en mémoire de cet acte de solidarité massive, près d’une statue de docker inaugurée en 1952 en l’honneur de cette grève, à l’endroit même où furent rassemblés les otages juifs des 22 et 23 février 1941.

La Februaristaking marqua la mémoire du peuple d’Amsterdam au point de lui laisser la devise de la ville (« héroïque, déterminée, généreuse »), et peut-être même un certain « philosémitisme » parmi les supporters du club de foot Ajax Amsterdam…

« La justice viendra sur nos pas triomphants »

« La mort n’éblouit pas les yeux des partisans »

Le 21 février 1944, à 15 heures au Mont Valérien (Suresnes), furent exécutées 22 des 23 figures de la sinistrement célèbre Affiche Rouge.

Ces 23 « terroristes », c’étaient en réalité des résistants communistes des Francs-Tireurs et Partisans – Main-d’Œuvre Immigrée (FTP-MOI), qui constituaient un groupe dirigé par Missak Manouchian.

L’Affiche Rouge, voilà le symbole de la résistance du prolétariat immigré – juif, espagnol, italien, arménien, etc. – sous la direction de l’Internationale Communiste, voilà le symbole de la lutte à mort pour vivre libre !

- Les martyrs de l’Affiche Rouge ;
- La dernière lettre de Manouchian ;
- Le poème d’Aragon et la chanson de Ferré ;
- Les FTP-MOI, Action Antifasciste ;
- L’organisation et les structures des FTP-MOI.

Aux martyrs de Stalingrad

Nazis ! Vous avez payé cher… mais vous n’avez pas tout payé !!!

Le 2 février 1943, le secteur nord des troupes nazies de Stalingrad capitule. La bataille de Stalingrad, qui aura fait 500 000 morts parmi l’Armée Rouge, les francs-tireurs et la population civile, reste dans nos mémoires comme le tombeau du nazisme, et ceci grâce à la mobilisation antifasciste de tout le peuple soviétique.

La guerre à mort contre le nazisme s’est ainsi faite sous la direction de Staline, dans la « ville de Staline ». Stalingrad fait partie de notre héritage, de notre fierté, et appartient aux peuples du monde entier.

Stalingrad : voici le nom de l’antifascisme total.

Le 27 janvier, symbole d’un espoir…

Enfants de Birkenau montrant leur tatouage aux libérateurs soviétiques, il y a 65 ans.

Le 27 janvier, symbole de la libération…

Le 27 janvier 1945, vers 15h, un détachement de l’Armée Rouge arrive à Auschwitz-Birkenau. Les soldats soviétiques découvrent là 7000 survivantEs, mais aussi 600 cadavres jonchant le sol du camp.

Dix jours auparant, les nazis avaient devancé l’arrivée des libérateurs soviétiques, et avaient fait évacuer 60000 personnes pour les « marches de la mort ».

Au total, 1300000 personnes ont été déportées à Auschwitz, 1100000 n’en sont pas revenues, parmi lesquelles 960000 étaient juives.

Quand les soldats soviétiques sont arrivés à Auschwitz, ils ont été tellement horrifiés par la vision des prisonniers squelettiques, par la vision des enfants qui pleuraient mais qui n’avaient pas de larme, qu’ils ont immédiatement appelé ce camp « l’usine de la mort ».

À propos de la libération d’Auschwitz, on peut trouver de nombreuses et importantes informations ici.

Auschwitz-Birkenau a été le plus grand camp d’extermination nazi, c’est le « symbole » d’une extermination très concrète, et nombreuses sont les personnes parmi nous qui y ont perdu de la famille…

Voilà pourquoi c’est un devoir de célébrer le 27 janvier : c’est le symbole de la libération.

C’est un hommage aux millions de personnes que les nazis ont voulu anéantir de la mémoire humaine.

Et d’autant plus après la profanation du camp de concentration d’Auschwitz, il y a à peine un mois.

Depuis, la plaque volée « Arbeit macht frei » a été retrouvée, et il s’avère qu’un réseau nazi suédois a organisé ce pillage afin de financer ses activités terroristes (dans un pays qui comprend plus de 3000 néonazis actifs).

Depuis la fondation d’Hapoel il y a un an jour pour jour, nous avons déjà plusieurs fois parlé du camp d’Auschwitz :
- Pas de 27 janvier en Catalogne ;
- Les trois Auschwitz ;
- Ces gens n’avaient pas de larmes… ;
- 2 août 1944 : la liquidation des tziganes d’Auschwitz ;
- « Pour les animaux, la vie est un éternel Treblinka. » ;
- Le pillage à Auschwitz et le nihilisme de notre époque ;
- « Arbeit macht frei » et l’esclavage nazi.

Les juifs n’oublient pas ! Les juives n’oublient pas !
Une seule alternative : Stalingrad ou Auschwitz !

« Arbeit macht frei » et l’esclavage nazi

Volée vendredi dernier au camp de concentration d’Auschwitz, l’enseigne « Arbeit macht frei » a été retrouvée lundi.

Cinq personnes ont été arrêtées dans la nuit de dimanche à lundi, au nord de la Pologne. Celles-ci sont passées aux aveux lundi, et la plaque a été retrouvée… découpée en 3 morceaux !

L’occasion de revenir très rapidement sur l’histoire de cette plaque, sans trop de considérations philosophiques…

Le saviez-vous ?

« Arbeit macht frei » signifie en allemand « le travail rend libre ».

Initialement, ce slogan a servi de titre à un roman, d’un pasteur nationaliste allemand, Lorenz Diefenbach. Ce roman a été publié en 1872 dans un journal viennois, puis en 1873 dans une maison d’édition de Brême. Il raconte l’histoire d’un tricheur qui regagne le « droit chemin » en travaillant. Rien de très original, en somme.

Mais ce slogan s’est retrouvé comme devise de plusieurs institutions en Allemagne et en Autriche.

Ainsi, la République de Weimar (née de la répression de la révolution spartakiste, et enterrée par le national-socialisme) a adopté cette devise en 1928 comme guide pour sa politique de grands travaux.

De même, le grand monopole chimiste IG Farben a également adopté cette devise, en l’apposant sur le fronton de ses usines en Allemagne. Or c’est ce même trust industriel qui a été par le suite le principal employeur dans le camp de travail d’Auschwitz III !

Sous le régime nazi, le slogan « Arbeit macht frei » a donc surtout servi à mettre en esclavage la population des camps de travail !

Ainsi, on retrouve cette devise à l’entrée de Dachau d’abord, puis à Gross-Rosen, Sachsenhausen, Theresienstadt (Terezin en Tchéquie)… et surtout à Auschwitz.

En effet, suivant la vieille tradition allemande des inscriptions au-dessus des entrées de bâtiments officiels, le général SS Theodor Eicke (alors inspecteur des camps de concentration et commandant à Dachau) a ordonné que le slogan « Arbeit macht frei » soit généralisé dans les camps.

Dans le cas particulier d’Auschwitz, l’enseigne volée dominait l’entrée du camp d’Auschwitz I dès 1940 sur décision de Rudolf Höß. (Rappelons que ce camp est inauguré en juin 1940.)

L’enseigne elle-même a donc été fabriquée en 1940 par des prisonniers politiques polonais d’Auschwitz I, parmi lesquels Jan Liwacz. On peut remarquer que le B de « Arbeit » est à l’envers : il semblerait que ce soit en signe de protestation de la part des prisonniers.

Cette sous cette enseigne que passaient les détenus d’Auschwitz I chaque matin et chaque soir pour aller travailler en esclavage, dans une marche rythmée par un orchestre d’autres prisonniers…

Mais de fait, rien ne permet d’indiquer que ce slogan était ironique ou cynique de la part des nazis.

Au contraire, même, quand on comprend la mystique du travail « concret », « sain » qu’ont développée les nazis. Ce thème a été approfondi par Moishe Postone, et permet de mieux cerner l’antisémitisme moderne.

9 décembre 1942 : la grande rafle de Tunis

Le saviez-vous ?

Quand éclate la seconde guerre mondiale, la Tunisie abrite une population juive d’environ 90.000 âmes, habitant essentiellement entre Tunis et la Goulette, voire à Djerba, Sfax, etc.

L’Europe et les champs de batailles ont beau paraître loin, mais le colonisateur français occupe la Tunisie, qui subit dès octobre 1940 les lois antisémites de Vichy – comme en Algérie.

Les mesures antisémites sont diversement appliquées en Tunisie, pas toujours comme Vichy l’aurait voulu. Ainsi, le port de l’étoile jaune n’est pas obligatoire à Tunis, mais seulement à Souss et Sfax.

Fait notable, de larges couches des féodaux tunisiens s’opposent aux mesures antisémites, ne serait-ce que pour réaffirmer face à Vichy leur autorité sur la Tunisie et tous les « sujets » du Bey (parmi lesquels les juifs et les juives).

Ainsi, dès son intronisation en juin 1942, Moncef Bey s’opposera à l’antisémitisme de Vichy, et cachera des juifs pendant toute l’occupation à titre personnel, en poussant beaucoup de figures de la féodalité à faire de même. Les exemples en ce sens sont très nombreux.

Mais suite aux avancées des Alliés en Afrique du Nord, les nazis décident d’organiser la défense sur place, et débarquent en Tunisie le 8 novembre 1942. C’est alors que s’ouvre la période de l’occupation nazie en Tunisie, ce qui est unique en Afrique du Nord.

Pour la minorité juive, les persécutions antisémites franchissent un cap, et deviennent semblables à celles qui règnent en Europe : étoiles jaunes, rationnements, spoliations, réquisitions militaires, énormes amendes collectives, travail forcé en public ou dans des camps, et jusqu’à la déportation.

Le 8 décembre 1942, les forces nazies d’occupation exigent à la communauté juive (représentée par Moïse Borgel) un contingent de travailleurs forcés : il lui faut 3000 jeunes adultes juifs pour le lendemain à l’aube.

Mais le lendemain matin, il y a seulement 120 « volontaires » à la caserne Foch de Tunis. Ce sont donc les SS qui vont se charger du travail, et qui vont opérer une rafle sans doute déjà prévue : c’est la rafle de Tunis du 9 décembre 1942.

Ainsi, les SS occupent l’Alliance (l’école de l’Alliance Israélite Universelle) et « cueillent » les personnes qui arrivent. Les nazis iront jusqu’à rafler dans les synagogues, notamment la grande synagogue de Tunis. De plus, ils enlèvent de nombreuses figures notables de la communauté juive, qui serviront comme otages.

Les 4000 juifs raflés ce 9 décembre 1942 iront soit en camp de travail, soit seront envoyés sur les fronts allemands en Europe.

Ce seront au total 5000 juifs de 18 à 50 ans qui iront trimer dans 32 camps de travail en Tunisie dans des conditions de travail extrêmes, principalement vers Bizerte (tout au nord) mais aussi dans les environs de Tunis. À noter que le financement et les ravitaillements des camps seront assurés par la communauté juive… suite à des négociations avec les nazis !

De ces camps, quelques centaines de personnes ne reviendront pas, que ce soit à cause des conditions de vie extrêmement dures ou bien des exécutions sommaires… De même, une soixantaine de très jeunes adultes juifs trouveront la mort dans les fronts allemands en Europe.

Sans compter un convoi de déportés juifs, qui partira en avril 1943 en avion (étant donné que la mer est quadrillée par les Anglais), en direction des camps de Pologne et d’Autriche. De cette déportation, 17 personnes ne reviendront pas – en plus de déportés « individuels » parmi les résistants.

Face aux avancées des forces Alliées, les nazis déserteront les camps de travail en avril 1943, et fuiront la Tunisie en mai 1943. Peu après, les mesures antisémites seront abrogées.

Les six mois d’occupation allemande de la Tunisie ont été trop courts pour mettre en œuvre les véritables plans nazis : l’extermination de la minorité juive de Tunisie.

En effet, il existe des témoignages de cadres de la diplomatie nazie allant très clairement dans ce sens. Cependant, vu que la mer était sous contrôle allié, et que la déportation par « charters » n’était pas envisageable à l’époque, les SS avaient prévu de fusiller les personnes juives en Tunisie même.

Comme quoi l’antisémitisme nazi a une dimension totalement idéologique, jusqu’à aller chercher des personnes juives à génocider au-delà des mers. Voilà qui donne une idée de ce qui resterait des minorités juives dans le monde si les nazis n’avaient pas été écrasés à Stalingrad…

Alfred Nakache, un poisson dans l’eau

Il y a 94 ans, Alfred Nakache voyait le jour. Il connaîtra un destin de nageur exceptionnel, qui le mènera des Jeux Olympiques jusqu’à Auschwitz.

Le saviez-vous ?

Alfred Nakache est né le 18 novembre 1915 dans une famille juive de Constantine, en Algérie « française ». Après avoir surmonté sa grande peur de l’eau, il progresse dans un club de natation de Constantine.

En 1933, à 17 ans, il participe pour la première fois aux championnats de France. L’année suivante, il est sélectionné en équipe nationale française, et part pour Paris avec la réputation d’un grand espoir de la natation en France.

Sélectionné aux Jeux Olympiques de 1936, l’équipe d’Alfred Nakache bat de peu l’équipe allemande au relai 4×200 nage libre. Ceci est évidemment vécu comme un succès anti-nazi, d’autant plus que les Jeux se tiennent à Berlin.

Mais qu’est-ce que cela veut aussi dire ? Qu’Alfred Nakache a décidé de participer aux Jeux Olympiques (ainsi qu’aux Maccabiades de 1935 à Tel-Aviv !), alors que les personnes juives allemandes n’avaient plus accès aux piscines depuis 1933…

Autrement dit, Alfred Nakache a préféré le sport bourgeois (ainsi que sa variante pro-sioniste) au sport populaire, alors que devaient se tenir les Olympiades Populaires à Barcelone en juillet 1936.

Mais après les Jeux Olympiques en Allemagne nazie, vient le temps de la guerre. Nakache est d’abord mobilisé dans l’armée de l’air. Puis après la défaite française, il est privé de sa citoyenneté française en octobre 1940 comme toute la minorité juive d’Algérie.

À ce moment, fuire Paris devient une évidence pour Alfred Nakache et sa femme, et ils s’installeront en décembre 1940 à Toulouse, en zone « libre ». Là, Alfred Nakache est chaleureusement accueilli par les Dauphins du TOEC, le grand club de natation de la ville.

À Toulouse, il connaîtra de très nombreux succès sportifs, comme arracher un record du monde à un nageur allemand, ou bien rafler 5 médailles d’or aux championnats de France de 1942 – alors qu’en même temps commencent les grandes rafles

De fait, Alfred Nakache se sent relativement en sécurité à Toulouse, soutenu par des dirigeants nationaux de la fédération de natation sportive ainsi que par des responsables de l’Église locale. Et pourtant, il est de plus en plus attaqué dans la presse antisémite (particulièrement en Algérie, d’ailleurs).

En 1943, toutes ses illusions volent en éclats quand il est interdit de bassin aux championnats de France à Toulouse. À ce moment, son club lui apporte une grande solidarité, et les 26 autres nageurs des Dauphins du TOEC refusent de participer à la compétition.

Il faut aussi savoir qu’Alfred Nakache est alors en lien avec la résistance juive, et participe à la préparation physique des jeunes combattants. Hapoel n’a pas de documents, mais il s’agit sans doute de l’Organisation Juive de Combat, issue de l’Armée Juive, une organisation sioniste (plutôt révisionniste) fondée à Toulouse.

Alors que les rafles s’intensifient, Alfred Nakache est arrêté à la fin novembre 1943 en compagnie de sa femme et de sa fille. La famille est envoyée à Drancy, pour être déportée à Auschwitz en janvier 1944. Seul Alfred survivra.

À la Libération, il se remettra à la natation, et sera sélectionné aux Jeux Olympiques de 1948 à Londres. Il sera par la suite entraîneur, et professeur d’EPS à l’université de Toulouse.

Le 4 août 1983, il a un malaise lors de son entraînement quotidien dans le port de Cerbère (Pyrénées-Orientales), et décède sur la plage. Sur sa tombe, il avait demandé à ce qu’on inscrive les prénoms de Paule, sa femme, et d’Annie, sa fille, qui n’étaient pas revenues d’Auschwitz.

Aujourd’hui, il existe en France plusieurs piscines portant le nom d’Alfred Nakache.

La piscine municipale de Toulouse, évidemment, qui a été ainsi renommée à la Libération en 1944, alors que Nakache était encore en déportation. Mais aussi une nouvelle piscine à Paris, ouverte en avril dernier tout près du métro Belleville.

Que retenir de la vie d’Alfred Nakache ?

Que c’était juste un homme qui a poussé sa passion à fond, et qui a cru trouver une issue assez individualiste dans le sport bourgeois, en s’imaginant bien à l’abri des tempêtes politiques de son temps.

Seulement voilà, l’Histoire n’oublie personne, et elle se chargera de le lui rappeler en lui enlevant sa femme et sa fille.

En ce sens, Alfred Nakache n’est pas une figure positive pour Hapoel – ni une figure particulièrement négative, en fait. Juste une personne qui est passée à côté de l’Histoire.

La Nuit de Cristal, un tournant dans l’extermination

Le 9 novembre 1938, le régime nazi lance une nuit de pogroms à travers l’Allemagne : c’est la Nuit de Cristal, ou Kristallnacht.

Depuis la conquête du pouvoir par les nazis en 1933, les mobilisations antisémites se succédaient, et les discriminations et persécutions se multipliaient, notamment avec les décrets de Nürnberg en 1935.

Le 7 novembre 1938, le jeune juif Herschel Grynszpan abat un conseiller de l’ambassade d’Allemagne à Paris, en voulant venger sa famille et les milliers d’autres personnes juives polonaises d’Allemagne qui sont « reconduites à la frontière ».

Cela servira de prétexte au déclenchement des Pogroms de Novembre.

En effet, le conseiller allemand visé par Herschel meurt le 9 novembre vers 17h30. Hitler en est informé alors qu’il célèbre le putsch manqué de novembre 1923 avec la « vieille garde » du parti nazi.

Hitler et Goebbels décident alors du lancement des pogroms, qui, en réalité, auraient été « en suspens » depuis presqu’un an. Tout au long de la nuit, ce seront tous les secteurs de l’État nazi, dans le pays entier, qui se lanceront dans les pogroms : Gauleiter, SA, police, SS, Gestapo, SD.

À ce moment, la SA est encore un mouvement de masse, mais sans initiative politique depuis en 1934. Ce sont essentiellement eux et la Hitler-Jugend qui s’illustreront dans la sauvagerie des pogroms – mais jamais en uniforme !

Les villes de Berlin et de Vienne (annexée depuis peu au Reich) sont les plus touchées. Concrètement, les juifs sont désarmés, les synagogues sont brûlées et détruites, les vitrines de commerces tenus par des juifs (enregistrés au préalable) sont brisées, et des personnes juives sont massacrées.

La nuit du 9 au 10 novembre 1938, on estime que plus de 250 synagogues (soit presque toutes les synagogues du Reich) sont attaquées, que près de 7500 vitrines sont brisées (ce qui donnera cyniquement l’appellation de « Nuit de Cristal »…), et que 400 personnes juives trouvent la mort, assassinées, suicidées ou suite à leurs blessures.

De plus, 35000 personnes juives sont déportés dans les camps de concentration de Dachau, Buchenwald, Sachsenshausen, où continuent les massacres par les SS. Leurs propriétés personnelles seront récupérés soit par les nazis, soit directement par leurs voisins, réimpulsant ainsi « l’aryanisation des biens ».

La plupart des 35000 personnes déportées seront libérées trois mois plus tard (sous certaines réserves, comme un visa d’émigration), mais plus de 2000 auront été tuées par les nazis entretemps…

Et pour conclure l’affaire, les assurances touchées seront obligatoirement reversées à l’État nazi, qui taxera de plus la communauté juive d’une somme colossale… pour troubles à l’ordre public et tapage nocturne !

La Nuit de Cristal marque un tournant dans la mobilisation nazie de masse. En effet, la plupart des gens sont restés passifs chez eux, à observer les pogroms par la fenêtre. De plus, un ordre d’arrêter les destructions est lancé le 11 novembre, et pourtant les pogroms continueront, ce qui montre l’implication d’une frange de la population non directement liée à l’État.

De ce fait, la Nuit de Cristal marque également un tournant dans la marche à la guerre impérialiste. Car après les accords de Munich, il est clair que la guerre ne sera pas évitée, et la Nuit de Cristal constitue un « test » pour la mobilisation et la militarisation des masses sous les drapeaux nazis. C’est une sorte de « plébiscite par le pogrom ».

Enfin, la Nuit de Cristal marque un tournant vers la politique d’extermination. Auparavant, les SA menaient des campagnes violentes pour le boycott des commerces « juifs », mais les persécutions antisémites avaient été essentiellement légales, dans le but de pousser à l’émigration. Là, il s’agit du plus grand pogrom antisémite vu en Allemagne depuis le Moyen-âge.

Si l’on pense, comme Moishe Postone, que « c’est Auschwitz – et non la prise de pouvoir de 1933 – qui fut la véritable "révolution allemande" », alors les pogroms de novembre 1938 devaient résonner pour les nazis comme une prise de la Bastille…

Voilà pourquoi la dimension antisémite est absolument centrale dans le national-socialisme : elle est une idéologie permettant la mobilisation réactionnaire de masse, dans la marche à la guerre impérialiste.

Herschel Grynszpan, une haine non négociable

Le 7 novembre 1938, un secrétaire de l’ambassade d’Allemagne à Paris est liquidé par un jeune apatride juif, Herschel Grynszpan.

Né en 1921 en Allemagne, de parents juifs polonais immigrés, Herschel Grynszpan a tout d’un tempérament de « voyou » : en rupture avec l’autoritarisme de l’école, et déterminé à ne pas se laisser marcher sur les pieds.

À 14 ans, il rentre dans une yeshiva à Francfort, en espérant apprendre l’hébreu et fuir l’Allemagne nazie pour la Palestine. Mais de fait, ses parents l’envoient chez de la famille en Belgique, où il attend un visa qui lui sera refusé du fait de son jeune âge.

Puis en septembre 1936, il traverse clandestinement la frontière avec la France, où il est hébergé chez un oncle à Paris. Il vit alors en apatride (c’est-à-dire en sans-papiers) dans une communauté parlant yiddish, travaille dans la confection, et se démène pour obtenir un permis de séjour.

Le 31 mars 1938, les Grynszpan sont privés de leur nationalité polonaise par une loi gouvernementale. Le 11 août, Herschel reçoit un « ordre de quitter le territoire français » avant le 15 août (d’après la terminologie de l’État français d’aujourd’hui pour les travailleurs et travailleuses sans-papiers).

Enfin, le 28 octobre, ce sont 35000 personnes juives polonaises qui sont expulsées d’Allemagne vers la Pologne, alors que justement beaucoup ont perdu la nationalité polonaise. Parmi les 12000 déportéEs, 8000 sont coincées entre l’Allemagne et la Pologne dans des conditions terribles.

Ainsi, Herschel Grynszpan est privé d’un visa pour la Palestine, de papiers belges, polonais, français et allemands. C’est un apatride, un sans-papiers.

Mais par dessus tout, il apprend le 3 novembre 1938 que sa famille est expulsée et parquée dans un camp. Et cela, aucune personne juive ne peut l’accepter sans bouillir de rage et de haine.

Le 6 novembre, il se brouille avec son oncle précisément par rapport à la situation de sa famille, et prend une chambre à l’hôtel. Le lendemain à l’aube, il écrit une lettre à ses parents :

« Mes chers parents, je ne pouvais agir autrement. Que Dieu me pardonne. Mon coeur saigne lorsque j’entends parler de la tragédie des 12 000 Juifs. Je dois protester pour que le monde entier entende mon cri et cela, je suis contraint de le faire. Pardonnnez-moi. Herschel. »

Ce 7 novembre 1938 vers 9h30, Herschel Grynszpan arrive à l’ambassade d’Allemagne à Paris, où il est reçu par un conseiller, Ernst vom Rath, pour soi-disant lui remettre un document…

Quand vom Rath le lui demande, Herschel se lève, dégaine son arme, et tire 5 reprises. Le nazi s’effondre ; il mourra le 9 novembre vers 17h30.

La nuit suivant son décès, le Reich nazi déclenchera un pogrom d’une ampleur jamais vue en Allemagne depuis le Moyen-Âge, en prenant comme prétexte cet assassinat (alors qu’il était sans doute prévu depuis presqu’un an) : c’est la Nuit de Cristal, le 9 novembre 1938.

Arrêté à l’ambassade, Herschel Grynszpan explique qu’il a agi pour venger sa famille. Il déclarera également :

« Ce n’est pas un crime d’être juif. Je ne suis pas un chien. J’ai le droit de vivre, et le peuple juif a le droit d’exister en ce monde. Partout où j’ai été, j’ai été pourchassé comme un animal. »

Par la suite, Herschel Grynszpan vivra dans l’attente d’un procès médiatisé, attente qui s’éternisera parallèlement à la marche à la guerre. Puis, balloté de prison en prison, il mourra vers 1944 dans le camp allemand de Sachsenhausen.

De fait, Herschel Grynszpan fut une sorte d’avatar de Sholem Schwartzbard ou de Pierre Goldman, la politique révolutionnaire en moins.

Herschel Grynszpan a agi pour la justice des nôtres, certes, mais il a agi en individualiste. Et il faut bien l’avouer sans toutefois « refaire l’Histoire », mais l’individualisme est relativement étranger aux minorités juives.

Quand on refuse la politique, la révolution, le communisme, il est impossible de donner à sa rage de vivre et à sa haine antinazie une expression à la hauteur : une autodéfense juive, antifasciste, populaire, réaliste, déterminée.

Marcel Rayman, combattant des FTP-MOI

Le saviez-vous ?

Marcel Rayman (ou Rajman) naît à Varsovie le 1er mai 1923. Il arrive en France à l’âge de 8 ans, et rentre un peu plus tard dans les organisations communistes yiddish de masse (les Pionniers pour les enfants, la YASK pour le sport). Il obtient son brevet à 15 ans, et va alors travailler dans le textile.

Lorsque la guerre éclate, les organisations communistes sont interdites. Mais dès que la Jeunesse Communiste est réorganisée, Marcel Rayman s’y engage, jusqu’au début 1942. Il est alors responsable à 18 ans de la J.C. clandestine dans le 11ème arrondissement de Paris.

C’est au début de 1942 qu’il prend contact avec les FTP-MOI, et demande à entrer dans un détachement juif. Il y fait très rapidement ses preuves, notamment par sa vivacité et son audace. Rayman devient alors connu sous plusieurs blazes, comme Simon Maujean, Michel Mieczlav ou bien Faculté (c’est ce nom qui figure dans les rapports de la police française).

Marcel Rayman servira à 19 ans comme formateur militaire, et aidera ainsi à la formation des détachement tchèque et arménien de la MOI. Par exemple, c’est sous sa direction que Manouchian mènera sa première attaque.

Rayman enchaînera alors les actions de lutte armée, au point de devenir l’un des membres les plus expérimentés des FTP-MOI, et de former « l’équipe spéciale » avec les combattants Celestino Alfonso et Léo Kneler. Il est également responsable du groupe d’action « Stalingrad ».

Parmi les attaques de guérilla auxquelles Rayman participe, on peut citer le « grenadage » d’un car de la marine de guerre nazie, le 3 juin 1942 dans le 16ème, ou encore l’attaque – manquée – contre un général nazi responsable des exécutions des résistants en France.

Ces attaques font de Marcel Rayman un combattant activement recherché par les Brigades Spéciales des RG, qui le repèrent en août 1943.

Mais l’action armée qui a connu le plus de retentissement est assurément la liquidation de l’officier SS Julius Ritter, responsable du Service du Travail Obligatoire, et qui envoyait donc des dizaines de milliers de prolétaires de France servir d’esclaves en Allemagne.

Le 28 septembre 1943 vers 8h30 du matin, après 4 mois de filature par les femmes de l’équipe de renseignement de la MOI, un officier SS monte dans sa Mercedes, rue Pétrarque dans le 16ème.

Celestino Alfonso, qui remonte la rue, passe derrière le nazi et tire plusieurs balles, qui sont amorties par la vitre de la voiture. Le nazi tente de s’échapper par la portière opposée, et c’est alors que Marcel Rayman l’exécute de trois coups de feu.

Cette attaque connaîtra un immense retentissement parmi les masses, notamment « grâce » à l’insistance des autorités à dénoncer cet « acte abominable » et à organiser des obsèques officielles, et sèmera la panique jusqu’à Berlin. La MOI apprendra par la presse l’identité du nazi liquidé.

C’est alors que la police française décide d’arrêter ce qu’il reste des combattants des FTP-MOI, et mène un grand coup de filet le 16 novembre 1943. Marcel Rayman sera pris en filature et arrêté ce même 16 novembre, à un rendez-vous avec la résistante Olga Bancic.

Le groupe des 23 combattants du groupe Manouchian sera jugé en février 1944, et tous seront exécutés le 21 février 1944 au fort du Mont Valérien (à part Olga Bancic, décapitée plus tard en Allemagne).

À seulement 20 ans, Marcel Rayman fait donc partie des martyrs communistes qui apparaîtront sur la sinistrement célèbre « Affiche Rouge », avec la mention « Rayman, juif polonais, 13 attentats ».

Sa mère sera gazée à Birkenau, tandis que son petit frère sera déporté à Buchenwald.

Bien plus tard, le nom de Marcel Rayman sera repris par l’organisation révolutionnaire Action Directe.

En effet, en août 1982, plusieurs attaques d’Action Directe ont pour cibles les intérêts sionistes à Paris, alors que fait rage la guerre au Liban. On peut ainsi noter un attentat contre la voiture d’un responsable de l’ambassade, ou encore une attaque contre Citrus Marketing Board of Israel.

Ces actions de lutte armée seront revendiquées par l’Unité Combattante Marcel Rayman, qui regroupait des membres d’Action Directe d’origine juive.

Honneur à Marcel Rayman !

« Ici on noie les Algériens. »

Le soir du 17 octobre 1961, plusieurs manifestations ont lieu à Paris et en banlieue, organisées par le Front de Libération Nationale (FLN) d’Algérie.

En effet, les quelques mois précédents avaient vu une intensification de la guerre entre le FLN et l’État français sur le sol de la « métropole », et donc de la « sale guerre » de la police et de ses supplétifs contre les travailleurs immigrés d’Afrique du Nord.

C’est dans ce contexte que la préfecture de police de Paris impose un couvre-feu le 5 octobre 1961, sous ces termes : « Il est conseillé de la façon la plus pressante aux travailleurs algériens de s’abstenir de circuler la nuit dans les rues de Paris et de la banlieue parisienne, et plus particulièrement entre 20h30 et 5h30 du matin. »

La préfecture de police de Paris ? Oui, celle tenue par Maurice Papon depuis 1958… Ce même Maurice Papon qui avait été secrétaire général de la préfecture de Gironde sous Vichy, qui a été l’un des responsables des 11 convois de 1600 personnes juives partis de Bordeaux entre juillet 1942 et juin 1944 – direction Auschwitz.

Le 3 octobre, aux obsèques d’un policier attaqué par le FLN, Papon avait déjà déclaré : « Pour un coup donné, nous en porterons dix. ». Dans la même journée, il avait fait une tournée des commissariats, en autorisant informellement les policiers et leurs supplétifs à tirer contre tout « Français musulman d’Algérie », en promettant que la préfecture de police les couvrirait.

La terreur coloniale et raciste prend donc une dimension militaire sur le sol français, et c’est à cela que l’organisation émigrée du FLN réagit en appelant (au dernier moment, pour des raisons de sécurité) à manifester le 17 octobre 1961 au soir, afin de braver le couvre-feu.

Plusieurs rassemblements ont lieu à Paris ou en proche banlieue, suivant la provenance géographique des 30000 manifestantEs. La consigne du FLN est très stricte : aucune arme le 17 octobre, et tenue vestimentaire « digne ». Il est également prévu de prolonger la journée d’action par une grève des commerces tenus par des Algériens, ainsi que des manifestations de femmes contre la répression (prévisible).

Seulement voilà, cette répression de l’État français s’avère être d’une férocité sans nom, et tourne rapidement au massacre.

Les affrontements avec la police atteignent un rare niveau de violence, principalement au Pont de Neuilly (où était bloqué le cortège venant de Nanterre, Colombes, Bezons, etc.) et au Pont Saint-Michel. La police tire, tabasse, rafle, et précipite les Algériens dans la Seine.

Les rafles continuent sur plusieurs jours, et remplissent le stade Coubertin ainsi que la cour de la préfecture de police à Saint-Michel. La torture y fait rage pendant plusieurs jours (sous les yeux de Papon), les corps étant rejetés à la Seine toute proche, et plusieurs véritables charniers prennent place dans les rues de Paris.

Certains historiens estiment le nombre de travailleurs algériens assassinés à environ 300 sur ces quelques jours de répression coloniale et de terreur raciste. Beaucoup de personnes détenues seront « reconduites » en Algérie.

Entre Vichy et le régime gaulliste, il existe ainsi sous certains aspects une véritable continuité de l’État français, qui est incarnée par Maurice Papon, l’assassin des Juifs et des Algériens.

C’est à ce titre qu’il est important pour nous de commémorer le 17 octobre 1961, et de rendre hommage aux martyrs de la libération nationale algérienne – arabes, kabyles, juifs.

[Pour simple information, un rassemblement de commémoration aura lieu demain samedi, à 17h à la place Saint-Michel, « là où tant de victimes furent jetées à la Seine il y a 48 ans ».]

L’organisation et les structures des FTP-MOI

Suite à la sortie du film « L’Armée du Crime » sur le groupe Manouchian, il serait bon de rappeler quelques notions sur l’organisation et les structures des FTP-MOI, et de réaffirmer que ceux-ci n’étaient absolument pas des idéalistes ni des boy-scouts.

Le saviez-vous ?

La Main-d’Œuvre Étrangère (MOE) est crée en 1924. Dans les années 1930, elle changera de nom, pour s’appeler Main-d’Œuvre Immigrée (MOI, prononcer « moï »). Elle est initialement une organisation syndicale, regroupant les travailleurs immigrés de la Confédération générale du travail unitaire (CGT-U, communiste).

La MOI développe alors l’entraide ouvrière, et des activités sportives ou culturelles. Chaque structure conserve des spécificités nationales ou linguistiques. Il y a par exemple des sections nationales italienne, roumaine, arménienne, ou encore une section rassemblant les personnes parlant principalement yiddish. La MOI accueille aussi les communistes réfugiés d’Italie, Espagne, Allemagne, etc.

Sur le plan organisationnel, la MOI dépend à l’époque directement de l’Internationale syndicale rouge (ISR ou Profintern), qui est proche de l’Internationale Communiste (IC ou Komintern) de 1921 à 1937.

En septembre 1939, le PCF, la CGT-U et la MOI sont interdits par l’État français. La MOI doit donc subir une réorganisation pour en refaire un organisme militant dans la situation nouvelle de l’Occupation. Ce sont Louis Gronowski et Simon Cukier qui se chargent de diriger la réorganisation.

Celle-ci est effective dès 1941. La MOI mène alors des actions de propagande et d’organisation en direction des différentes populations de travailleurs étrangers. Elle tente ainsi d’inciter la minorité juive (essentiellement les immigréEs) à l’autodéfense face aux rafles.

Fin 1941, les FTP-MOI (Francs-Tireurs et Partisans – Main-d’Œuvre Immigrée) sont créés, en relation avec les FTPF (Francs-Tireurs et Partisans Français), suite à l’Organisation Spéciale du PCF clandestin. Ces groupes communistes mènent la lutte armée dans le cadre d’une guerilla urbaine (de libération nationale et antifasciste).

Un point essentiel sur le plan organisationnel est le fait que les FTP-MOI ne sont initialement pas dépendants du PCF. Ils agissent certes en liaison avec les FTPF (qui sont une structure du PCF clandestin), mais ils relèvent en réalité de l’autorité de Jacques Duclos.

Duclos est alors le vrai leader resté en France du PCF, et est en liaison (presque) directe avec l’Internationale Communiste, à travers un réseau d’informations solide qui aboutit à sa planque (dans la proche banlieue rouge, puis à Bourg-la-Reine, puis à Villebon-sur-Yvette).

Ainsi, les FTP-MOI obéissent aux directives de l’Internationale Communiste et non de sa section française (le PCF). Il y a donc encore moins de place pour l’amateurisme, l’aventurisme, l’indiscipline ou pour les « boy-scouts », d’autant plus que de nombreux combattants échappent de peu à la rafle du Vél d’Hiv.

Des bataillons FTP-MOI existeront dans plusieurs agglomérations en France, aussi bien en zone occupée qu’en zone « libre » : Grenoble (Bataillon Liberté), Lyon-Villeurbanne (Bataillon Carmagnole), Marseille (Compagnie Marat), Toulouse (35ème Brigade / Brigade Marcel Langer), et à Paris (groupe Manouchian-Rayman).

En région parisienne, là où sont cantonnés les FTP-MOI à leur création, c’est Boris Holban (juif roumain) qui dirige initialement la lutte armée. Il sera par la suite remplacé par Missak Manouchian (arménien, dont la famille a été victime du génocide). Quand Manouchian tombera, ce sera Holban qui reprendra la relève.

De même, à partir de 1941, le FTP-MOI Joseph Epstein (juif polonais, ancien des Brigades Internationales en Espagne) sera nommé responsable de l’ensemble des FTP de région parisienne, et chapeautera donc entre autre le groupe Manouchian-Rayman. Joseph Epstein introduit des innovations dans les structures militaires.

En effet, l’unité de base des FTP-MOI est « l’équipe », constituée de 3 personnes. Ce sera par exemple l’équipe de Marcel Rayman, Léo Kneler et Celestino Alfonso qui exécutera le responsable du Service du Travail Obligatoire (STO) en septembre 1943.

Trois équipes constituent un « groupe » de 9 personnes, et trois groupes constituent un « détachement » de 27 personnes. Cette stratégie militaire s’appelle « la boule de mercure ».

Joseph Epstein comprend que pour affirmer la voie de la Résistance au peuple de France, il faut frapper les esprits et semer la panique chez les nazis. Il développe donc le concept d’opérations de grande ampleur, par groupes d’une quinzaine de combattants, qui peuvent ainsi attaquer directement les rassemblements nazis (dans les restaurants, à la sortie des cinémas, etc.) et couvrir leur fuite.

Par le niveau organisationnel et politique qu’ont atteint les FTP-MOI, il s’est avéré assez difficile de les infilter. Les Renseignements Généraux et la Gestapo ont donc dû compter sur de vastes filatures simultanées, ainsi que sur quelques trahisons (comme celle de Joseph Davidovitch, qui est l’un des responsables de la chute du groupe Manouchian). La traque des FTP-MOI de la région parisienne a donc été une des tâches centrales des « Brigades Spéciales » des RG.

Par leur organisation, leur discipline et leur détermination, les bataillons FTP-MOI ont mené des milliers d’actions. Les vaines tentatives de dépolitiser les FTP-MOI et d’en faire des « résistants idéalistes » soi-disant « pas staliniens » n’ont donc strictement aucun sens, et sont du pur révisionnisme historique.

7 octobre 1940 : l’abolition du décret Crémieux

Le saviez-vous ?

Le décret Crémieux est l’acte législatif par lequel la population juive d’Algérie a été naturalisée française. Le 24 octobre 1870, la France déclarait dans le décret 136 que « Les israélites indigènes des départements de l’Algérie sont déclarés citoyens français », donnant ainsi la nationalité française à quelques 35000 personnes juives formant une population extrêmement pauvre.

En réalité, ce décret, supposé « libérer » la population la plus opprimée d’Algérie, s’est rapidement avéré une tactique du colonialisme français dans sa stratégie de « diviser pour mieux régner ». Le révolutionnaire martiniquais Frantz Fanon écrivait ainsi : « Une des manœuvres les plus pernicieuses du colonialisme en Algérie fut et reste la division en juifs et musulmans. Les juifs sont en Algérie depuis plus de 2000 ans ; ils font partie intégrante du peuple algérien. Musulmans et juifs, fils d’une même terre, n’ont pas à tomber dans le piège de la provocation. »

Pendant 70 ans, les juifs auront (parfois difficilement) accordé leur confiance à la République coloniale. Pendant ce temps, l’immense majorité des colons revendiquait l’abrogation du décret Crémieux, jusqu’à fonder des partis dont le seul programme était l’antisémitisme, et tout cela au nom de… l’égalité entre indigènes !

Mais avec le régime fasciste de Vichy, la situation changera du tout au tout : c’est le « deuxième exil » des juifs d’Algérie, après « l’exil intérieur » imposé par le colonialisme français en 1870.

En effet, le 3 octobre 1940 est publié le « statut des juifs », à l’initiative du ministre de l’Intérieur Marcel Peyrouton (et avec la signature notamment du trotskyste Paul Cognet !). Le 7 octobre 1940, Peyrouton abolit le décret Crémieux, et retire même la possibilité de naturalisation aux juifs. Il ne s’agit donc même plus d’une soi-disant « égalité entre indigènes ».

Qui est Marcel Peyrouton ? Nous l’avons dit, c’est le ministre de l’intérieur de Pétain à l’époque. Mais il faut aussi savoir qu’il avait auparavant été secrétaire général du Gouvernement Général à Alger. Il militait alors déjà pour l’abrogation du décret Crémieux, en brandissant l’argument de… « l’antijudaïsme instinctif des musulmans » !

Et d’ailleurs, les colonialistes se réjouissent de cette nouvelle loi vychiste, comme en témoigne à l’époque le maire de Constantine : « La joie s’est emparée des Français quand ils ont appris que le gouvernement Pétain abrogeait l’odieux décret. Nous avons toujours revendiqué contre les juifs la cause de la prépondérance française. Nous n’avons qu’à louer le gouvernement Pétain d’avoir répondu à l’appel des Français de ce pays opprimé depuis 70 ans ! ». Tout simplement hallucinant…

L’aspect de l’abrogation du décret Crémieux qui a le plus traumatisé les mémoires, c’est sans doute l’expulsion de 18000 jeunes juifs et juives (ainsi que des enseignants juifs) des écoles françaises. C’est donc toute une génération qui se voit marquée dès sa jeunesse par la trahison française, et qui parfois devra renoncer à des rêves « d’ascension sociale » : il suffit de demander à la génération de nos grands-parents, ou encore de lire les passages où le philosophe Jacques Derrida z"l parle de son enfance.

Mais en novembre 1942, les troupes américaines entrent en Algérie, largement célébrées par la population juive qui y voit un début de libération. À la fin 1942, c’est le général Giraud qui devient commandant civil et militaire… et pourtant rien ne change pour les juifs – et pour cause : Giraud lui-même était antisémite !

De plus, Giraud choisit comme gouverneur de l’Algérie… Marcel Peyrouton ! Oui, précisément le même colonialiste-en-chef qu’avant la guerre, et précisément le ministre de l’intérieur de Vichy, responsable du « statut des juifs » !

C’est donc peu dire que le nouveau pouvoir traînera des pieds pour réinstaurer le décret Crémieux… Pire encore : en mars 1943, alors qu’il annule toutes les législations de Vichy, Peyrouton abolit de nouveau le décret Crémieux ! Ce décret a donc été abrogé deux fois de suite, par deux régimes distincts, mais par la main d’un même responsable raciste et colonialiste !

En mai 1943, De Gaulle arrive au pouvoir à Alger, et commence alors le « gouvernement bicéphale » de Giraud et De Gaulle. Mais là encore, rien pour les juifs.

Ce n’est que six mois plus tard et après de nombreuses luttes politiques, que le décret Crémieux sera rétabli le 22 octobre 1943, et que les juifs d’Algérie recouvreront leur citoyenneté française : six longs mois où l’Algérie coloniale sera dirigée par la « France libre », et où les juifs seront discriminés comme sous Vichy.

Pour en savoir plus, nous conseillons le livre de Benjamin Stora, « Les trois exils des Juifs d’Algérie », paru en 2006 aux éditions Stock, où l’historien résume parfaitement cet épisode de l’histoire française : « Par simple décret, la France peut retirer ce qu’elle a donné… Plus rien désormais ne sera comme avant. La leçon ne sera pas oubliée. »

Quant à Hapoel, nous ne pouvons que réaffirmer ce que nous disons dans notre présentation :

Juif ! Juive ! Rejette tes illusions sur l’État français.

Le génocide Herero

Le saviez-vous ?

Ce vendredi, nous commémorerons le déclenchement du premier génocide de l’histoire, le 2 octobre 1904.

Car le 2 octobre 1904, l’armée impérialiste allemande donna l’ordre d’exterminer un peuple entier, le peuple Herero en Namibie (Afrique du Sud-Ouest).

Mais plantons rapidement le décor.

Dès 1870, des colons allemands s’installent en Namibie. Mais en 1885, à l’époque précise où naît le capitalisme monopoliste c’est-à-dire l’impérialisme, la conférence internationale de Berlin ouvre la voie de la colonisation systématique de l’Afrique par les puissances européennes.

La colonisation est alors fulgurante et extensive, c’est-à-dire qu’elle consiste en l’appropriation de territoires soi-disant « vierges »… jusqu’à ce que l’Afrique soit presque entièrement partagée, et que naissent des contradictions entre impérialismes (par exemple l’incident de Fachoda en 1899 entre France et Royaume-Uni).

Les impérialistes (allemands et autres) passent alors à une colonisation plus intensive, qui crée des couches colonialistes parasites qui pillent l’Afrique et exploitent toujours plus violemment les peuples. Il en est ainsi en Namibie, connue alors comme « Südwest-Afrika » et gouvernée par le Dr Heinrich Göring (mais l’Histoire retiendra aussi son fils Hermann…), d’autant plus que d’immenses gisements de diamant y sont découverts en 1894.

Bien évidemment, là où il y a oppression, il y a résistance, et l’intensification du pillage impérialiste ne se fait pas dans la tranquillité…

Ainsi, un chef du peuple herero, Samuel Maharero, décide d’assumer la direction des peuples de Namibie, et tente de proposer une unité anti-coloniale aux chefs d’autres peuples de la nation namibienne en formation.

Mais son appel restera vain, et c’est tout seul que le peuple herero se soulève le 12 janvier 1904 contre le colonialisme, en attaquant un poste colonial, et en liquidant plus de 200 colons en trois jours de combat. S’ensuit alors ce qui est connu en Namibie comme la « guerre de libération nationale de 1904-1908 ».

En juin 1904, l’impérialisme allemand dépêche alors sur place ses troupes de choc menées par le général Lothar von Trotha, qui s’était déjà fait connaître par sa barbarie en Tanzanie (et en Chine durant la révolte des Boxers).

En août 1904, les troupes coloniales allemandes mènent donc une campagne d’encerclement et d’anéantissement contre les insurgés hereros. Le 11 août, ce sont donc 7500 Hereros qui se retrouvent encerclés durant la bataille de Waterberg, et qui doivent fuir vers le désert du Kalahari.

Face à l’empoisonnement des puits et aux tirs armes modernes des colonialistes allemands, à peine un millier de survivants (parmi lesquels Samuel Maharero) parviendront  au Botswana, dans leur sanctuaire près du lac Ngami.

Mais le peuple herero n’est pas au bout de son martyre, car le général von Trotha a des projets génocidaires, qu’il expose ainsi à l’empereur d’Allemagne : « J’estime que les Hereros doivent être supprimés en tant que nation. »

Le 2 octobre 1904, il y a 105 ans, le général von Trotha émet donc un « ordre d’extermination » (« Vernichtungsbefehl ») :

« Le général des troupes allemandes envoie cette lettre au peuple Herero.

Les Hereros ne sont dorénavant plus sujets allemands. [...] Tous les Hereros doivent quitter leurs terres. S’ils n’acceptent pas, ils y seront contraints par les armes. Tout Herero aperçu à l’intérieur des frontières allemandes, avec ou sans arme, sera exécuté. Femmes et enfants seront reconduits hors d’ici – ou seront fusillés. [...] Nous ne ferons pas de prisonnier mâle ; ils seront fusillés.

Décision prise pour le peuple Herero.

Signé : le grand général du tout puissant Kaiser,
Lieutenant général Lothar Von Trotha.
Le 2 octobre 1904.
»

Dès le lendemain, le 3 octobre, le Sud de la Namibie s’engage aussi dans l’insurrection nationale, et le peuple nama mènera une guerilla contre l’armée allemande.

Cet ordre d’extermination marque le premier génocide de l’Histoire, au sens de la liquidation totale et systématique d’un peuple.

Pour cela, les impérialistes allemands empoisonnent les puits, affamment et assoiffent, parquent les survivants et les liquident.

Quelques années plus tôt, l’impérialisme anglais avait inventé les camps de concentrations en Afrique du Sud / Azanie, durant la guerre des Boers. L’Empire allemand s’inspire donc des camps de concentrations anglais, et les développe en véritables camps d’extermination, « contribuant » ainsi à sa manière à l’histoire de la barbarie génocidaire.

Le général von Trotha sera limogé en novembre 1905, et l’extermination en tant que telle s’étendra jusqu’à décembre 1905 (mais la guerre coloniale continuera encore très longtemps). On estime que sur une population herero de 80.000, seulement 10.000 auront échappé au génocide en 1911.

Les camps de concentration et d’extermination en Azanie et en Namibie sont donc les premiers exemples de la barbarie génocidaire, et ne peuvent naître qu’à l’époque du capitalisme monopoliste – et ils surviennent d’ailleurs historiquement assez tôt par rapport à la formation de l’impérialisme.

La vérité, c’est que le génocide est totalement indissociable de l’impérialisme : l’un ne va pas sans l’autre. C’est le sens de la thèse communiste, qui dit que l’impérialisme prend une dimension génocidaire pendant la guerre.

Par ailleurs, il faut bien voir qu’il existe une certaine continuité génocidaire, et que la Shoah « doit beaucoup » au génocide herero par l’impérialisme allemand (déjà !). On pensera par exemple à l’héritage de la famille Göring…

Mais de façon encore plus terrifiante, il faut connaître le parcours du généticien Eugen Fischer.

Celui-ci procède dans les camps de concentration hereros à des expérimentations médicales sur les détenus et à des mensurations sur les cadavres dans une optique eugéniste ; il en ressortira le livre « Principes de l’hérédité humaine et de l’hygiène raciale ».

Plus tard, Fischer sera l’ami du philosophe nazi Heidegger, sera promu recteur de l’université de Berlin à l’arrivée de Hitler au pouvoir, et deviendra responsable de l’organisation de la stérilisation de centaines de milliers de personnes considérées comme « attardées » par le régime nazi.

Enfin, il enseignera dès 1934 ses théories racistes aux médecins de la SS. Parmi ses assistants, on retrouvera le très sadique « docteur » Mengele d’Auschwitz… La continuité dans l’horreur.

Juif ! Juive !
Apprends l’histoire des génocides !
Solidarité avec tous les peuples martyrs !
Il n’y aura pas de nouvel holocauste !

[Pour approfondir l'histoire de la Namibie, il existe une brochure éditée par la SWAPO (South West Africa People's Organisation) en 1981 : « Namibie : une tradition de résistance populaire (1670 – 1970) ». Le chapitre 3 traite du génocide herero.]

Goldman le militant, Goldman l’organisateur

Pierre Goldman n’est pas, comme certains voudraient le faire croire, un soldat perdu qui se serait « trompé de guerre ». C’est en tant que jeune juif en phase avec son époque qu’il s’engage dans les rangs communistes.

Le saviez-vous ?

La motivation première de son entrée en politique est la guerre d’Algérie et la remontée du fascisme français appuyé par l’État.

Il dit en effet qu’à son entrée au lycée d’Évreux en 1959, il « découvrit le fascisme. Ou plutôt : qu’il y avait encore des fascistes, que cette espèce n’était pas morte avec la défaite de l’Axe et la libération de la France. [...] Je croyais que les fascistes, mal absolu, avaient disparu de l’espace réel. [...] À Évreux, je rencontrai des jeunes qui défendaient le régime de Vichy (des professeurs aussi) et des fascistes actifs, membres de Jeune Nation. C’était l’époque du retour de De Gaulle, du début des menées ultras en Algérie. J’adhérai à l’Union des Jeunesses Communistes. »

Effectivement, la guerre coloniale en Algérie, menée par l’État français depuis 1954, avait permis à tout ce que la France comptait encore de fascistes (protégés par les bourgeois de l’épuration) de se restructurer et de gagner en influence. Le nationalisme, le racisme et l’anticommunisme explosaient, et les fascistes étaient aux portes du pouvoir en Algérie.

Les ratonnades, les massacres et les actes de barbarie racistes faisaient rage et s’étendaient sur le territoire français. Comme lors de la terrible soirée du 17 octobre 1961, où 400 algériens qui manifestaient contre le couvre-feu raciste furent massacrés par la police française aux ordres de Papon. Pierre Goldman dira alors avoir « pour les policiers pogromistes d’Octobre 61 une haine farouche et juive ».

À 17 ans, lors de la nuit du 22 au 23 avril 1961, alors qu’un débarquement armé de l’OAS à Orly était attendu, il répond à l’appel antifasciste du Parti Communiste et passe la nuit près d’Orly prêt à se battre. Il montera dans son lycée un groupe clandestin, avec un autre élève communiste juif, en vue d’attaquer des personnalités soutenant l’OAS. Ce projet n’aboutira pas, la guerre d’Algérie se terminant enfin, et la nation algérienne obtenant un début de libération.

Par la suite, une fois entré à l’Université, il adhèrera à l’Union des Étudiants Communistes (dont il deviendra membre du Comité National en 1964). À cette époque, l’UEC et les Jeunesses Communistes mènent une lutte systématique contre les groupes fascistes. C’est dans ce cadre qu’il deviendra un des organisateurs du service d’ordre de l’UEC.

Comme il l’expliquera : « Rapidement, je m’oriente vers l’organisation de la lutte contre les groupements d’extrême-droite. [...] C’est ce qu’on appelle le service d’ordre de l’UEC. On attaque les distributeurs de tracts fascistes et monarchistes. »

Révolutionnaire convaincu, il refuse d’aller servir dans l’armée, et entre donc en clandestinité dès 1966.

Malgré cela et après un passage d’un an dans une guerilla d’Amérique latine, il continuera ses activités d’organisateur. Comme en 1969, lors de la venue d’une délégation d’étudiants progressistes nord-vietnamiens dans le cadre d’un festival (organisé par l’UNEF de l’époque) de solidarité avec la guerre populaire du FNL.

Plus tard, après ses années de prison, il continuera à organiser des actions internationalistes (notamment en direction du Pays Basque sous occupation française), et à essayer de mettre sur pied une guerilla en France. Ce qui est certainement la raison de sa liquidation par les fascistes de « Honneur de la Police ».

Par conséquent, Pierre Goldman n’était pas qu’un aventurier. Il n’avait rien à voir avec le mythe fasciste du « rebelle » individualiste qui cherche l’action pour l’action.

Ses convictions antifascistes et communistes lui venaient autant de son histoire familliale, de son identité juive, que d’une prise de position concrète par rapport à son époque. Son inlassable activité d’organisateur militaire était motivée par des convictions politiques fermes.

Il dit à ce sujet : « Elle serait totalement inintelligente la personne qui [...] déduirait que je suis tout entier dans une subjectivité obscure et que ma vie politique y est réduite. [...] J’ai toujours maintenu mes jugements et analyses politiques dans une intacte autonomie. »

« Goldman l’étranger » : sa dernière interview

Être juif aujourd’hui… c’est le thème d’un entretien que Catherine Chaine avait eu récemment avec Pierre Goldman, assassiné le 20 septembre. Il a parlé aussi du nationalisme, de la violence, de son enfance, de sa mort. Parfois excessif, injuste. Mais tel qu’en lui-même…

Être juif aujourd’hui, qu’est-ce que cela veut dire pour vous ?

Je ne peux vraiment vous l’expliquer. Je me suis toujours senti juif, mais je ne me suis jamais posé la question : qu’est-ce que c’est qu’un juif ? Cette question, je la poserai un jour ; j’écrirai un livre dans deux ans, dans dix ans, dans vingt ans ou jamais. J’ai toujours considéré l’État juif comme un donné que je sentais. Et ce sentiment est très important. Je ne veux pas le traiter comme on traite le sentiment dans la philosophie. Je ne crois pas qu’il soit subjectif, illusoire. Jusqu’à présent, la seule chose dont je sois certain – ça c’est vrai – c’est mon sentiment d’être juif. Je pense qu’il appartient à la réalité juive, et je l’ai toujours eu.

Dans votre enfance, vous l’aviez déjà ?

Oui, parce que j’étais le fils de juifs – juifs selon les critères universellement reconnus. Mon père a été élevé à Varsovie par les rabbins ; ma belle-mère me racontait la Bible tous les soirs pour m’endormir, et surtout, pendant toute ma petite enfance, je parlais yiddish. Je suis allé en classe en 1946 et, deux ans après la guerre, les juifs étaient vraiment perçus comme juifs.

Ce sentiment d’être juif, pouvez-vous le définir un peu plus ?

Être juif, c’est peut-être tout simplement être issu d’une famille qui a été marquée par les mœurs, par la culture juive. Ma vie n’est pas remplie de culture juive consciente, ni de musique juive, ni de livres juifs, ni de religion juive. Il y a en moi beaucoup de choses qui n’ont rien à voir avec la judéité, mais ce sont celles d’un juif. Pour moi, être juif, ce n’est pas un contenu, c’est une condition. Même pas. C’est un cadre que je remplis existentiellement de choses et d’autres. Mes livres ne sont pas juifs, mais dans chacun d’eux, il y a la présence du passé juif. Être juif, c’est véhiculer le passé juif. Pourquoi est-ce si important ? A cause de l’antisémitisme. A cause de la haine. La seule réponse, c’est Auschwitz. L’holocauste a renouvelé l’identité juive pour des siècles.

L’holocauste est terminé depuis trente-trois ans et vous en avez trente-quatre.

Oui mais le tissu politique français est encore, à certains interstices, marqué par le vichyisme, et, aujourd’hui on découvre par exemple que le Maurras de la terre, des régions, est présent dans tous les thèmes politiques actuels. En partie parce que la pensée marxiste a été incapable de comprendre certaines choses, comme l’attachement sensuel des hommes et des femmes nés en France, avec leur terre.
Vous me demandez pourquoi c’est important d’être juif : je vous répète, c’est important parce que la haine reste. La haine demeure.
A l’époque de De Gaulle, entre l’extrême droite et la droite, il y avait le sang. Le sang de l’épuration et le sang de l’O.A.S. Aujourd’hui, la Résistance n’est plus là comme un fantôme sanglant planté au milieu de la droite. Un glissement s’est opéré et l’extrême droite a regagné le giron de la droite.

Vous parlez comme Sartre dans ses « Réflexions sur la question juive » : c’est l’antisémitisme qui crée le juif.

Non, je ne pense pas que ce qui fait le juif, c’est le regard de l’autre ; mais je crois en effet que l’antisémitisme a contribué, contribue, à maintenir la réalité juive. Et tous les nationalismes – capitalistes ou communistes – ont vomi le juif puisque le Juif, c’est l’apatride. Il est par conséquent naturel que les nationalismes extrêmes c’est-à-dire les fascistes, le prennent comme cible extrême. L’antisémitisme a été d’autant plus fort que les juifs ont été en quelque sorte « surdoués » pour le capitalisme, comme pour le communisme, parce qu’ils étaient « surdoués » pour ce qui était international.
Je suis plusieurs fois allé en Pologne, voir ma mère, et là l’antisémitisme était redoublé du fait du grand nombre de juifs ayant appartenu à l’appareil stalinien. C’est vrai que les staliniens avaient été plus loin que tout le monde dans l’assimilation des juifs. En Pologne, le ministre de l’intérieur du temps de Staline était juif, et en Roumanie, en Tchécoslovaquie, en Hongrie, le nombre de hauts dignitaires juifs était absolument énorme.

Pourquoi les juifs ont-ils été si impliqués dans les régimes staliniens ?

Je ne peux pas m’empêcher d’avoir une certaine tendresse pour les grands staliniens parce que je pense qu’ils y croyaient. Au fond d’eux-mêmes, il y avait la persistance du rêve qu’un jour tous les hommes seraient frères. Je me souviens de mon père, bouleversé par une pièce qui mettait en scène des communistes juifs de Pologne criant « Vive le communisme ! », « Vive l’Internationale ! », « Vive le peuple juif ! ». Les juifs savaient très bien pourquoi ils devenaient communistes : en tant qu’ouvriers et en tant que juifs. Le rêve messianique est très fort chez les juifs.

Aujourd’hui, comment s’exprime-t-il ?

Ce n’est pas un hasard si le nombre de juifs dans les organisations d’extrême gauche est « anormalement » important…

Je passe du messianisme juif à la Bible. Vous êtes le peuple de la Bible.

Pour moi, la judéité, ce n’est pas du tout la Bible, mais un certain rapport avec la Bible. Les juifs sont le peuple du Livre, mais leur judéité s’est construite dans une dialectique spéciale avec le Livre : un irrespect constant lié à un respect.

Emmanuel Levinas, dans une de ses leçons talmudiques, demande aux juifs : « A-t-on raison de se jeter dans l’histoire ? » N’y a-t-il pas eu pendant des siècles un certain refus de beaucoup de juifs de rentrer dans l’histoire ?

Ah ! Mais il faut comprendre. On leur disait : « dissolvez-vous, nous avons la vérité ». Moi par exemple, je ne m’assimilerai jamais. Notamment pour cette raison : pourquoi devrais-je reconnaître la supériorité d’un système de valeur sur un autre ? Au fond de moi-même, je méprise tous les nationalismes révolutionnaires, y compris le nationalisme israélien. Tous. Au fond, je les comprends ; j’en soutiens certains parce que je pense qu’ils sont nécessaires sur le chemin de l’émancipation de l’humanité ; j’en soutiens d’autres parce que je pense que c’est la seule solution, mais je les méprise tous.

Dans « souvenirs obscurs… », vous dites : « A Evreux, j’eus la transparence définitive que je n’étais pas français… » Être assimilé ou ne pas l’être, qu’est-ce que cela signifie pour vous ?

Pas grand chose. Dans un sens je suis assimilé. Je suis de culture française. Je lis « Le Monde » tous les jours, mais je me reconnais comme juif. Pas seulement d’origine juive. Je ne dis pas : « Je suis » Français comme les autres D’abord, ce n’est pas vrai. Je suis de nationalité française, je suis citoyen français, bien que je sois déchu de mes droits civiques mais ça c’est normal, je n’ai pas à m’en plaindre.

[cette déchéance civile résulte de la condamnation de Pierre Goldman le 4 mai 1976 par la cour d'assises de la Somme - qui l'acquittait du double meurtre du boulevard Richard-Lenoir - à douze ans de réclusion criminelle pour trois agressions à main armée qu'il avait reconnues. Cette dégradation est automatique lorsqu'un inculpé est condamné à une peine criminelle (article 28 du code pénal).]

Mais pourquoi je ne dis pas que « je suis un Français comme les autres ». Parce que cela voudrait dire que je favorise la francité. Or la francité n’est ni plus ni moins valable que la judéité. Le nationalisme, c’est toujours la valorisation d’un fait national, alors pour les Français, c’est la douce France, la littérature, le camembert, le vin…

Vous m’avez dit en me parlant de votre enfance : « Mon père a très tôt rompu avec la religion car il a très vite accusé les rabbins d’avoir enseigné la passivité au peuple juif ». Que pensez-vous de cette « passivité » dont certains ont parlé à propos du peuple juif ?

Maintenant, je ne méprise plus cette passivité. Ce n’était pas du tout de la lâcheté. Mon père lui-même, qui hait cette attitude, me l’a expliquée. Cette passivité procède d’une grandeur : c’était la croyance absolue dans le discours de la Bible. Les rabbins enseignaient aux juifs de ne pas se rebeller contre leur sort, parce que Dieu savait ce qu’il faisait. Et je peux vous dire que pour les grands rabbins dogmatiques, l’holocauste a dû être très dur à expliquer. Et à ce moment là, certains juifs sont devenus fous parce que, normalement, la thèse rabbinique devait être que l’holocauste était le châtiment de Dieu. Mais la tendance générale des juifs a été de voir dans Auschwitz la faillite de la religion juive.

Comment les juifs de la Bible qui étaient des guerriers souvent cruels, regardez les Maccabées, sont-ils devenus des doux ?

A la Havane, j’avais été choqué, écœuré de lire une déclaration d’un chef des Panthères noires disant : « Nous ne nous laisserons pas exterminer comme des moutons, comme les juifs ». D’abord, il y a eu toute une génération de partisans communistes juifs, la plupart des militants du travail spécial du Komintern étaient juifs, et dans les brigades internationales ils étaient très nombreux.
Les juifs ne se sont pas du tout laissé exterminer, mais la défense et l’insurrection sont très difficiles pour une minorité. Un peuple pourvu d’une structure nationale peut se défendre – c’est d’ailleurs le discours préféré des sionistes – mais pas une minorité. Chez les juifs, le degré de passage à l’acte, d’activité combative est le même que chez les autres peuples. Mais leur patrie était devenue le livre, le maniement des idées.
Et puis les juifs étaient non violents, peut-être par négation de l’image guerrière renvoyée sans cesse par les autres nations. Et sans doute aussi pour une autre raison plus profonde, et là, Maurras avait raison, non dans ses conclusions mais dans ses analyses : pour qu’un peuple soit guerrier, il faut qu’il soit enraciné dans une terre. C’est vrai, il n’y a pas de peuple aventurier. Un aventurier peut prendre l’épée et risquer sa vie pour des raisons esthétiques, psychologiques, mythologiques. Mais pas tout un peuple. Vous savez, risquer sa vie, c’est quelque chose de terrible. Les infanteries de Stalingrad ou de Verdun n’étaient pas seulement enivrées de propagande. Elles étaient les infanteries de peuples qui défendaient leur terre.

Oui mais vous parlez de répulsion rabbinique pour la violence dans les « souvenirs d’un juif »…

Je peux vous dire exactement comment mon grand-père a été tué en Pologne. Il était en train de prier quand les fascistes sont venus le chercher. Il a refusé de se lever et d’interrompre sa prière, alors ils l’ont tué.
Je pense que, quelque part en moi demeure cette attitude de mon aïeul, c’est-à-dire que, dans mon rapport à la violence, qui peut être un rapport de partisan politique de la violence, il y a toujours au fond de moi cette haine de la violence. Cette haine de la violence et de la souffrance ; et aussi la tristesse que la violence produit en moi.
Et je pense que dans la Diaspora, les juifs avaient un rapport spécial à la violence. Jamais un juif ne battait sa femme. C’était vraiment un crime, des mœurs de « goys », c’est-à-dire de paysans polonais ou de cosaques. peut-être y a-t-il des femmes battues en Israël, mais, malgré tout, le pouvoir de la mentalité diasporique est encore présent en Israël. Malheureusement, avec Begin, ça va très rapidement aller cers ce que j’appelle la gentilité négative, c’est-à-dire la connerie.

Toujours dans « souvenirs obscurs », vous écrivez : « je hais l’humiliation et l’offense », et vous parlez de vos ancêtres, rabbins ou tailleurs humiliés.

Oui, je hais l’humiliation. Je me trompais en parlant de rabbins humiliés. Mon père m’a expliqué que le juif barbu, dédié au travail intellectuel, qui se faisait cravacher par le cosaque n’était pas du tout humilié. Il méprisait profondément le cosaque. Il avait une conscience de lui être supérieur. Dans la religion juive, il faut le dire, il y a un tel mépris pour les autres.

Vivre quoi qu’il arrive

A votre avis, le judaïsme a-t-il quelque chose de spécifique à apporter au monde d’aujourd’hui ?

Je pense que le judaïsme n’a strictement rien à apporter. Ni plus ni moins que les autres religions qui, pour moi, n’ont plus rien à apporter depuis belle lurette. Je pense que la religion juive est complètement épuisée et qu’à part Schmuel Trigano, qui est un jeune talmudiste éblouissant, il surgira très peu de grands penseurs juifs se référant à la religion.
Ce que peuvent apporter les juifs à la civilisation, c’est l’errance apatride, le sentiment de non-appartenance. Je crois aux valeurs juives que haïssent les antisémites. Je crois au nihilisme, à la négativité. Je crois au juif libertaire qui est là comme principe dissolvant des valeurs positives, parce qu’il n’est ni l’homme d’une terre, ni l’homme d’une patrie, ni l’homme d’une nation.

Vous parlez de vous ?

Oui absolument.

Respectez-vous certaines coutumes juives ?

Si j’ai un fils, je le ferai circoncire, oui… Ce sera plus symbolique qu’autre chose. Mais je ne respecte aucune coutume juive, bien que, le jour du Grand Pardon, je vis dans un certain recueillement. C’est le jour où les juifs demandent pardon pour leurs crimes ou autres infractions à la Loi. Moi, je ne demande pas pardon à Dieu, d’abord parce que je ne connais pas de fautes. Ensuite, parce que je ne crois pas en Dieu. Enfin, parce que je ne suis pas du tout d’accord avec les commandements mosaïques. Mais, ce jour là, je vis dans une espèce de gravité, parce que je sais que c’était un très grand jour pour les juifs : le jour où l’homme dialoguait directement avec Dieu. En prison, je jeûnais le jour du Grand Pardon parce que j’étais dans un endroit où je voulais signifier mon identité. Mais c’est la seule concession que je fais aux coutumes.

Vous avez épousé une femme qui n’est pas juive. Pour vous, est-ce important ?

Pour les juifs, le problème du mariage est très grave, parce qu’en l’absence de structures nationales, si nous nous marions en dehors de la communauté, la judéité risque de se dissoudre. Mais moi, je suis profondément libertaire. Alors le mariage exogame, je l’ai vécu très simplement : j’ai épousé la femme que j’aime, qu’elle soit chinoise, antillaise, etc. Cela dit, c’est vrai qu’au fond de moi, j’avais un rêve, un fantasme : je me marierai avec une juive. Pourquoi ? Pour ne pas disparaître. Mais quand je réfléchis, je me méprise parce que j’ai le plus profond dégoût pour les familles juives qui empêchent leurs rejetons d’épouser une non-juive.
Et puis, je méprise un peu tous les gens qui ont besoin d’autre chose que leur singularité sur quoi s’appuyer, parce que l’immensité de la solitude est quelque chose d’immensément angoissant, et les gens qui aiment être liés à une terre, à une nation, c’est aussi une des clés du nationalisme.

Vous vous sentez étranger partout ?

Ah oui ! Mais je me sens étranger aussi parmi les juifs. C’est métaphysique. J’ai plusieurs niveaux d’ « extraterritorialité ». Il y a le fait que je suis juif, mais il y a aussi le fait que je suis ce que je suis c’est-à-dire que j’ai conscience de ma singularité. J’ai toujours refusé de dissoudre ma singularité, c’est-à-dire ma finitude, c’est-à-dire ma mortalité dans des groupes. Je sais que ni le couple, ni la famille, ni la patrie, ni la musique que j’aime, ni aucun peuple ne me sauvera du fait d’être une personne, c’est-à-dire du fait que, quand je serai mort, je serai mort.

Dans vos livres, la mort revient comme un leitmotiv. Pensez-vous que cette obsession soit liée à votre judéité ?

Je ne sais pas d’où elle vient. Je ne pense pas que ce soit lié au judaïsme, au contraire, le peuple juif a toujours été meurtri par la mort, mais il a un attachement extraordinairement puissant à la vie.

Comment le ressentez-vous ?

Depuis mon enfance, autour de moi… Le concept de « haïm » – vous voyez, je sais même le mot en hébreux – est très, très fort. Pour les juifs, la vie reprend toujours le dessus. Après tout. Même après Auschwitz.
Quand je disais à mon père mon angoisse de la mortalité, il était plus ou moins éberlué que le problème puisse me bouleverser, et pourtant, il a soixante-neuf ans, un âge où les gens reviennent souvent sur leur athéisme.
Je crois qu’il y a un rapport à la vie et à la mort chez les juifs qui n’est pas le même que chez les chrétiens. La vie a une valeur sacrée pour les juifs. Mais pas pour moi. Pas pour moi du tout.

Sartre disait, toujours dans « Réflexions sur la question juive », que l’inquiétude du juif n’est pas métaphysicienne. Vous lui apportez un démenti.

Oui mais c’est vrai aussi que chez les juifs il faut vivre, quoi qu’il arrive. Les veuves doivent se remarier.

Il n’y aurait pas de désespoir métaphysique juif, et pourtant l’Archibald de votre roman est désespéré.

Je ne sais pas s’il n’y a pas de désespoir métaphysique. Personnellement… mais il y a peut-être au fond de l’inconscient juif la croyance que, malgré tout, Dieu est là, qui nous appartient, auquel on appartient et Dieu est juif. Peut-être que chez les juifs même athées, cette chose existe. Peut-être chez moi aussi, je ne sais pas. J’ai très longtemps voulu croire en Dieu mais je n’y arrive pas. Je n’y crois pas. Mais ce n’est pas complètement idiot de dire qu’aucun juif n’est complètement athée. Freud disait : « Au fond de lui-même, aucun homme ne croit à sa propre mort » ; mais peut-être qu’en même temps Freud disait : « Aucun juif ne croit à sa propre mort », parce que Freud était très juif.

Le Monde, 30 septembre 1979

20 septembre 1979 : Pierre Goldman assassiné par les fascistes

Il y a 30 ans, Pierre Goldman, militant communiste d’origine juive, était assassiné par un commando fasciste émanant de la Police française, le commando « Honneur de la Police ».

Enfant de la Shoah, il naît en 1944 dans la clandestinité. En effet, ses parents Alter Goldman et Janine Sochaczewska, juifs polonais tous les deux, sont d’éminents combattants de la Résistance communiste juive. Alter Goldman est l’un des fondateurs et dirigeants de l’UJRE puis des FTP-MOI, tandis que Janine Sochaczewska est membre du PCF et combattante des FTP-MOI. Notons de plus que Pierre Goldman est le demi-frère de Jean-Jacques.

Engagé très jeune dans le militantisme antifasciste et communiste, il rejoint l’extrême-gauche dès le début des années 1960. Internationaliste convaincu, il rejoint la guérilla en Amérique latine. Revenu en France en 1969, il fait plusieurs braquages. Il sera arrêté après la mort de deux pharmaciennes lors d’un hold-up.

À la suite d’un procès particulièrement à charge et aux relents antisémites, il sera condamné à la perpétuité (sans preuve autre qu’un témoignage parlant d’un « type basané »). Mais grâce à une importante campagne de l’extrême-gauche et de la gauche, son procès sera révisé quelques mois plus, et il sera finalement acquitté.

Durant ces 5 années en prison, Pierre Goldman écrit ses magnifiques « Souvenirs obscurs d’un juif polonais né en France ». À sa sortie, il n’abandonne ni ses convictions communistes, ni le militantisme, ni la perspective de la lutte armée. Intellectuel brillant, il écrit des articles pour Libération et l’Arche.

Si on ne sait toujours pas exactement qui se cachait derrière le groupe fasciste « Honneur de la Police » (une branche des services secrets ? de futurs escadrons espagnols qui ont fait régner la terreur au Pays Basque ?), on sait pourquoi il a été exécuté.

Assassiné parce qu’il cherchait toujours à ouvrir une brèche révolutionnaire dans la France de la fin des années 1970. Assassiné parce que trop… trop tout ! Trop rouge, trop juif, trop antiraciste, trop internationaliste !

Pierre Goldman, malgré son côté « aventurier », est un puissant symbole pour nous. Car Pierre Goldman n’a jamais rien renié ! Ni le combat sans concession contre le fascisme, ni celui contre le capitalisme dont il était conscient qu’Auschwitz était l’aboutissement, ni même jamais son identité juive !

Honneur à Pierre Goldman ! Relevons son drapeau, le drapeau rouge de l’internationalisme !

Le Maharal de Prague

Le saviez-vous ?

Demain, nous commémorons les 400 ans de la disparition du Maharal de Prague.

L’abréviation « Maharal » signifie « Morenou HaRav Loew », autrement dit « notre maître le rav Loew » (« maître » au sens de « enseignant »), et désigne le rav Yehudah Loew ben Bezalel.

Le Maharal de Prague est né dans les années 1520, et est décédé le 17 septembre 1609 à Prague (en Bohêmie, actuelle République Tchèque). Il était un grand rabbin du temps des A’haronim, à la fois talmudiste, mystique et philosophe. Il a officié aussi bien à Prague qu’en Moravie (actuellement en République Tchèque) ou qu’à Poznan (actuelle Pologne).

Ses travaux les plus connus consistent entre autres en plusieurs traités sur chaque fête juive (Tif’eret Israel, Netza’h Israel, Gvurot Hashem, Ner Mitzvah, Or ‘Hadash), ainsi que les Netivot ‘Olam ou le Dere’h ‘Haim. Aucun de ces travaux ne traite de la Kabbalah, le Maharal ne se considérant pas assez érudit pour bien saisir sa portée.

Un autre commentaire connu du Maharal sur le Rashi de Troyes s’appelle le « Gur Arieh al haTorah », c’est-à-dire « le lionceau à propos de la Torah ».

Le lion est en effet l’animal attaché au Maharal, puisque c’est à la fois le symbole de la tribu de Yehudah et du royaume de Judée, mais est aussi la signification de « Loew » (comme « Löwe » en allemand). Ainsi, on pense que le nom Yehuda Loew est en fait une redondance, l’un étant en réalité le subsitut de l’autre.

D’ailleurs, on peut aujourd’hui visiter la tombe du Rabbi Loew encore intacte, à l’ancien cimetière juif de Prague à Josefov, et l’on y retrouve bien deux lions gravés sur le sarcophage majestueux.

De très nombreuses légendes courent à propos du Maharal, dont la plupart sont sans doute nées bien après sa mort.

La plus connue (et de très loin) est celle du Golem de Prague. Mais patience, nous y reviendrons demain !

Une autre légende, moins connue, concerne la mort du rav, il y a 400 ans presque jour pour jour – ce qui suffit en ce jour pour que nous la racontions.

En ce temps-là, le Maharal était déjà très âgé (entre 83 ans et 97 ans, selon les versions), et une épidémie sévissait à Prague (la peste ? le typhus ? la grippe porcine ?). Une épidémie avait déjà frappé Prague, et il avait à l’époque fait un rêve qui le menait au cimetière – mais c’est encore une autre légende !

Quoi qu’il en soit, il alla au cimetière en pleine nuit, accompagné de ses meilleurs élèves. Juste quand il allait introduire la clé dans la serrure, la porte s’ouvrit d’elle-même, laissant apparaître un grand homme, blême et maigre : le rav comprit de suite que c’était la Mort, avec à la main sa longue liste de victimes du lendemain.

Voyant son nom inscrit sur la liste, le Maharal s’en empara et la déchira en morceaux. Mais la Mort le mit en garde de ne plus la recroiser une deuxième fois.

Le Rabbi Loew construisit alors une petite montre, qui sonnait quand la Mort rôdait pour lui enlever la vie, en espérant ainsi échapper au destin.

La Mort se cacha sous toutes les formes imaginables : en jeune vendeuse, en pêcheur lui apportant le poisson du Shabbat, en mendiant, ou encore en homme distingué lui présentant ses hommages. Mais pendant des années, le Rabbi Loew lui échappa.

Mais un jour, à l’occasion de son anniversaire, sa famille et ses élèves vinrent célébrer le rav. La plus jeune de ses petites-filles entra la dernière, une magnifique rose à la main.

Se réjouissant, le rav se pencha pour la sentir, et tomba foudroyé. C’était la Mort qui s’était dissimulé dans les gouttes de rosée sur la fleur.

Exposition sur le procès de Nüremberg à Toulouse

Aujourd’hui s’ouvre à Toulouse une exposition sur « le Procès des grands criminels de guerre devant le Tribunal Militaire International de Nüremberg (14 novembre 1945 – 1er octobre 1946) ».

Cette exposition (sponsorisée par le Mémorial de la Shoah) se tient du 1er septembre au 30 septembre à la Maison des Associations de la mairie de Toulouse (81 de la rue Saint Roch, dans l’ancienne caserne Niel).

L’inauguration de l’exposition aura lieu le jeudi 10 septembre à 19h30, et sera suivie à 20h30 d’une conférence sur « la justice internationale de Nüremberg à nos jours » par Yann Jurovics, ancien avocat au TPI pour le Rwanda et au TPI pour la Yougoslavie.

Film sur les rafles d’août 1942 en zone libre

Ce soir sera projeté au Mémorial de la Shoah un documentaire d’Antoine Casubolo sur les rafles d’août 1942 en zone libre.

En zone « libre », c’est-à-dire le Sud de la France géré par l’État français de Vichy sans intervention des nazis, des rafles ont été menées en août 1942, dans la foulée du Vél d’Hiv à Paris. L’État français a ainsi arrêté 10000 personnes juives immigrées, parmi lesquelles seules 270 survivront à la déportation.

La projection a lieu ce soir à 20h, au Mémorial de la Shoah (à Paris, métro Pont-Marie ou Hôtel-de-Ville).

Mais surtout, ce documentaire connaîtra une diffusion nationale, demain mardi 1er septembre sur France 3 à partir de 22h.

27 août 1944 : le ghetto de Łódź est liquidé

Ce jeudi se sont tenues à Lodz en Pologne (Łódź en bon polonais) les cérémonies du 65ème anniversaire de la liquidation définitive du ghetto de Łódź.

Avant la guerre, Łódź était la deuxième plus grande ville de Pologne, et le plus grand centre de l’industrie textile en Europe. La ville comptait ainsi 670000 habitantEs dont 230000 personnes juives (plus du tiers), population juive qui remontait dans la région au 12ème siècle.

Le ghetto de Łódź est historiquement le premier grand ghetto (avant Varsovie). Son établissement s’étale de décembre 1939 jusqu’au 20 avril 1940, quand toute la population juive de la ville et de ses faubourgs est rassemblée dans des quartiers délabrés, fermés deux mois plus tard par des clôtures et des fils barbelés.

En population, c’est le deuxième plus grand ghetto après Varsovie (créé en octobre 1940). En effet, en plus de l’importante population juive de la région, le ghetto de Łódź voit passer 45000 personnes juives venant d’autres pays, ainsi que 5000 roms et sintis.

Originellement, la population du ghetto devait être déportée avant le 1er octobre 1940, mais les nazis décident finalement de mettre le ghetto en esclavage, et de le transformer en usine infernale pour fournir l’armée allemande en uniformes et équipements électriques.

La vie dans le ghetto, c’est une faim extrême qui empire chaque jour, la vie à 6 personnes par pièce en moyenne, le travail à 12 heures par jour en équipes tournantes, en permanence 40 % de la population qui est malade, etc.

C’est aussi les déportations dès décembre 1941, en direction des camps de la mort de Chelmno et d’Auschwitz-Birkenau, dans les camions à gaz auxquels succèdent les chambres à gaz.

Pour assurer le maintien de l’ordre à l’intérieur du ghetto, les nazis mettent en place un Judenrat (conseil juif) qui assure des tâches de ravitaillement, rationnement, distribution, administration… mais aussi la répression des grèves ouvrières du ghetto et le choix des milliers personnes à « sacrifier » à la demande des nazis…

Le Judenrat s’organise autour du collaborateur juif ‘Haim Rumkowski, qui tente de louvoyer honteusement avec les nazis en pensant que la production effrénée peut sauver la population juive.

Mais la collaboration c’est la défaite assurée, et Rumkowski devient vite un « dictateur du ghetto », jusqu’à imprimer des timbres à son effigie, et à contenter les exterminateurs en expliquant aux parents : « Pères et mères : donnez-moi vos enfants ! ».

Seulement voilà, la soumission et la collaboration ne paient jamais, et les nazis décident d’en terminer avec le ghetto en voyant l’avancée de l’Armée Rouge de Staline, synonyme de libération pour les populations juives de l’Est.

À ce moment là, le ghetto de Łódź constitue la plus grande concentration de juifs à l’Est, avec presque 74000 personnes, qui sont déportées en juillet et août 1944 vers Auschwitz et Chelmno. Le 28 août 1944, c’est le collaborateur Rumkowski lui-même qui est dirigé vers les chambres à gaz de Birkenau, dès son arrivée au camp.

On estime que seulement 10000 personnes des 220000 personnes qui passèrent par le ghetto de Łódź survivront à la guerre, et 830 à la liquidation finale (sur plus de 70000). Quant aux « autres », un quart a agonisé et est mort dans le ghetto, et le « reste » a connu l’extermination pure et simple à Birkenau et Chelmno.

Aujourd’hui, Łódź reste une ville industrielle qui se vide de sa population, et qui abrite seulement 350 personnes juives. Elle connaît actuellement une énorme activité néo-nazie, notamment autour de ses deux principaux clubs de foot.

Juif ! Juive !
Plus jamais de collaboration avec les exterminateurs !
Défends ta mémoire, défends ton honneur !

17 août 1915 : lynchage antisémite aux USA

Le saviez-vous ?

Le 27 avril 1913 à 3 heures du matin, le veilleur de nuit d’une usine de crayons d’Atlanta (Géorgie, USA) découvre un corps sans vie : il s’agit de Mary Phagan, jeune ouvrière de 13 ans, retrouvée étranglée et violée.

Après une enquête bâclée, le manager de l’usine, Leo Frank, 29 ans, est inculpé par la justice de Géorgie le 24 mai 1913. Le procès s’ouvre en juillet, devant une très large foule, chauffée à blanc par une campagne antisémite de la presse de Géorgie, voire des USA, l’affaire étant extrêmement médiatisée. Le procès lui-même suscite un déchaînement de racisme antisémite et anti-noir.

Leo Frank est alors condamné à mort, et fait appel. Deux ans plus tard, le 20 juin 1915, le gouverneur de Géorgie avoue que le procès reposait principalement sur des « preuves circonstancielles », ce qui laisse donc un « doute raisonnable » justifiant de ne pas recourir à la peine de mort. Il la commue donc en perpétuité.

La presse bourgeoise attaque alors encore plus violemment Leo Frank, et appelle au lynchage sous l’impulsion notamment de Tom Watson, un éditorialiste et politicien ultra-raciste et ultra-populiste.

C’est précisément ce qui justifie la formation d’un commando pour enlever Leo Frank de prison et le lyncher. Ce commando prend le nom de « Knights of Mary Phagan » (les chevaliers de Mary Phagan), et est composé de presqu’une trentaine de notables bourgeois de Géorgie.

Le 17 août 1915, les notables fascistes lourdement armés attaquent la prison où Leo Frank est enfermé, l’enlèvent, et le mènent à Marietta, Géorgie, pour le pendre à un arbre, selon la tradition

La composition du commando fasciste montre à quel point l’antisémitisme est une arme utilisée par les dominants comme paratonnerre contre la colère du peuple. En effet, il comptait notamment des magistrats, un docteur, un ancien sheriff, un patron, un ancien gouverneur, le fils d’un sénateur US, etc.

Les responsables du lynchage sont ainsi très largement connus, et pourtant aucun n’a été poursuivi. Et pour cause : le juge qui aurait eu la responsabilités des poursuites faisait partie des lyncheurs antisémites !

Par la suite, les « Knights of Mary Phagan », rejoints par des vétérans du Ku Klux Klan (interdit en 1870), formeront en 1915 le noyau d’un second KKK. Celui-ci se développera de manière fulgurante aux USA, selon les conditions concrètes de l’époque, jusqu’à rassembler 4 millions de fascistes en 1924, avant d’être dissout en 1944.

L’affaire Frank Leo est à l’origine de l’exil de 3000 personnes juives de Géorgie, mais aussi de la fondation par le Bnai Brith en 1913 de l’Anti-Defamation League, une grande organisation (bourgeoise) de lutte contre l’antisémitisme aux USA.

Aujourd’hui, l’antisémitisme est en pleine progression aux États-Unis, comme on a pu le voir en janvier – février avec de nombreuses attaques de personnes juives et de synagogues, mais aussi en juin avec l’attentat par un nazi contre le Musée de l’Holocauste.

Le génocide au Rwanda et les puissances impérialistes

Un document maoïste paru dans Révolution #15.
Connaître les génocides, développer la solidarité, combattre l’impérialisme !

Le génocide au Rwanda en 1994 et le rôle des puissances impérialistes, principalement l’impérialisme français

Gregoire Ndahimana, ancien administrateur de Kiivumu pendant le génocide au Rwanda en 1994 et recherché pour le massacre de plus de 2 000 Tutsis, a été arrêté dimanche 9 août en République démocratique du Congo. L’information n’a été communiqué que le 12 août.

L’arrestation de ce génocidaire est ici l’occasion de rappeler le rôle décisif de l’impérialisme français et de sa concurrence avec l’impérialisme US dans le génocide de plus de 800 000 Tutsis.

A l’époque de la colonisation, l’impérialisme belge a appliqué le principe des exploiteurs de « diviser pour mieux régner » en créant de toutes pièces des distinctions liées à des critères physiques et sociaux, sur la base de catégories antérieures liées à leur rôle dans le mode de production. féodale Les « Tutsi » – minoritaires – regroupaient alors les personnes de grande taille, éleveurs et liés à la monarchie rwandaise, les Hutus étant des cultivateurs. L’impérialisme belge a fait des Tutsis une élite servant de relais à sa domination coloniale, puis a soutenu les Hutus face aux aspirations d’indépendance des élites Tutsis, incitant ainsi aux premiers massacres de Tutsis en 1959. C’est à cette époqe que beaucoup de Tutsis se réfugièrent dans l’Ouganda voisin.

Après l’indépendance de façade du Rwanda, l’impérialisme français a « récupéré » le Rwanda qui se situait dans une zone stratégique à la frontière de la zone d’influence de l’impérialisme US, avec notament l’Ouganda.

C’est précisément de l’Ouganda que part l’offensive des exilés Tutsis du FPR (Front Patriotique Rwandais), soutenue par l’impérialisme US en 1990. L’impérialisme français intervient alors pour éviter le basculement du Rwanda dans le camp de l’impérialisme US et former militairement les futurs génocidaires Hutus de 1994, organisés principalement dans les « milices interahamwe ».

Après l’attentat contre l’avion du président rwandais Juvénal Habyarimana le 6 avril 1994, signal du début du génocide qui dura 100 jours jusqu’au 4 juillet, l’impérialisme français continue de vendre des armes et d’offrir un soutien logistique aux génocidaires. En fait, le génocide à coups de machettes des Tutsis et Hutus « modérés » s’est fait sous encadrement de l’impérialisme français et US qui poursuivaient chacun leurs objectifs.

Pendant deux mois à partir du 22 juin 1994, l’opération Turquoise de l’impérialisme français (sous mandat de l’ONU) a permis l’accueil dans l’ambassade française puis l’exfiltration de responsables du génocide vers le Burundi ou le Zaïre (devenu maintenant la RD Congo) de Mobutu, allié de l’impérialisme français, parmi lesquels des proches du président Habyarimana, le président du gouvernement provisoire Théodore Sindikubwabo ou Ferdinand Nahimana, fondateur de la Radio Télévision Libre des Mille Collines qui incitait tous les jours sur ses ondes au génocide.

Finalement, la progression du FPR et sa victoire militaire a porté au pouvoir l’actuel président Paul Kagame, une situation profitable à l’impérialisme US.

Le fonctionnement « habituel » de l’impérialisme est la perprétations de crimes à l’encontre des peuples de la zone des tempêtes et le génocide au Rwanda est une des multiples atrocités planifiées par les forces impérialistes, principalement l’impérialisme français dans ce cas.

La bourgeoisie au service de l’impérialisme sait comment nier la réalité des horreurs qu’elle perpétue et aujourd’hui, quinze ans après les faits, le génocide au Rwanda n’est pratiquement jamais évoqué. En France, la bourgeoisie insiste de manière chauvine sur les actions menées par l’impérialisme US pour mieux se présenter comme une puissance aux pratiques « acceptables ». C’est pourquoi les médias bourgeois parlent toujours de « la France » et non de l’impérialisme français, ce qui conduit les faibles critiques formulées à l’encontre de la diplomatie française à prendre un tour moral et non politique, favorable au statu quo et au renforcement de la démocratie bourgeoise.

De plus, l’éducation nationale au service de la bourgeoisie favorise une approche nationaliste et chauvine en cachant, bien sûr, les crimes impérialistes et en empêchant ainsi d’avoir une vision internationaliste.

En tant que communistes, nous devons donc nous intéresser à l’histoire criminelle et aux atrocités actuelles de l’impérialisme français., ainsi que de tous les impérialismes. Nous devons nous affranchir du cadre réactionnaire de l’éducation bourgeoise, nationale et chauvine pour nous intéresser à l’histoire de tous les peuples du monde. Il s’agit d’une tâche internationaliste indispensable dans le cadre du combat révolutionnaire contre l’impérialisme et pour le communisme!

Exposition sur la Nuit de Cristal

Si vous êtes de région parisienne ou bien simplement de passage, Hapoel s’occupe de vos week-ends !

À l’occasion du 70ème anniversaire de la Nuit de Cristal le 9 novembre 2008, le Mémorial de la Shoah avait organisé une exposition. Celle-ci a de plus été prolongée en janvier dernier, et cela jusqu’au 30 août 2009.

Il ne reste donc plus que trois semaines pour aller visiter cette exposition.

Concrètement, elle se tient au niveau 1 du Mémorial de la Shoah, l’entrée étant bien sûr libre. Le Mémorial de la Shoah se situe à Paris, entre les métros Pont-Marie et Hôtel-de-Ville, et ouvre tous les jours (sauf le samedi) de 10 h à 18 h, et le jeudi jusqu’à 22 h.

Pour plus d’informations, on se reportera au website de l’exposition « La Nuit de Cristal ».

2 août 1944 : la liquidation des tziganes d’Auschwitz

Le camp d’Auschwitz II, plus connu sous le nom de Birkenau, est le pire symbole de l’extermination industrielle des populations juives d’Europe par les nazis. Mais de nombreux personnes tziganes (roms, sintis…) y furent également assassinées.

L’un des épisodes les plus marquants de ce génocide (« Samudaripen » ou « Porajmos ») est ainsi la liquidation, entre le 2 et le 3 août 1944, des 2500 tziganes qui restaient à Birkenau.

En effet, les tziganes avaient été rassembléEs dans une section spéciale, construite à Birkenau en février 1943, et y étaient même regroupéEs par familles. Cela suscitait évidemment de la jalousie parmi la population juive du camp, dont les familles avaient été brisées dès l’entrée du camp (en partie pour finir immédiatement dans les chambres à gaz).

On estime qu’environ 21000 personnes tziganes ont été assassinées à Auschwitz. Les 2500 personnes gazées dans la nuit du 2 août 1944 dans des conditions épouvantables, essentiellement d’origines belge et néerlandaise, étaient donc les dernières, qu’« il fallait un jour » liquider avant de perdre la guerre. Himmler a donc décidé d’en finir, et l’extermination finale fut quasi inattendue.

De manière générale, on estime que le génocide tzigane a touché 200000 à 400000 roms et sintis en Europe. Néanmoins, ce génocide a été beaucoup plus « délocalisé » que le génocide juif, et essentiellement l’œuvre d’Einsatzgruppen (en Pologne) ou des alliés des nazis (en Serbie, en Croatie, avec des camps de tziganes où furent assassinés 99 % de la communauté de Croatie).

Aujourd’hui plus que jamais, à une heure où l’antisémitisme et le racisme anti-rom explosent en parallèle en Europe de l’Est et en Europe centrale (et bientôt en Europe de l’Ouest), il est plus que nécessaire de réaffirmer la solidarité juive – rom, car notre histoire est la même : celle de minorités nationales dans chaque pays, avec des caractéristiques féodales transnationales, et qui se sont trouvées sur le chemin de la barbarie nationaliste la plus frénésique.

Pour nos minorités respectives, il n’y a pas d’autres solutions que de résister main dans la main au fascisme, à une époque où les nazis parlent ouvertement de « solution finale de la question tzigane ». Vive la fraternité juive – rom !