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Aux martyrs de Stalingrad

Nazis ! Vous avez payé cher… mais vous n’avez pas tout payé !!!

Le 2 février 1943, le secteur nord des troupes nazies de Stalingrad capitule. La bataille de Stalingrad, qui aura fait 500 000 morts parmi l’Armée Rouge, les francs-tireurs et la population civile, reste dans nos mémoires comme le tombeau du nazisme, et ceci grâce à la mobilisation antifasciste de tout le peuple soviétique.

La guerre à mort contre le nazisme s’est ainsi faite sous la direction de Staline, dans la « ville de Staline ». Stalingrad fait partie de notre héritage, de notre fierté, et appartient aux peuples du monde entier.

Stalingrad : voici le nom de l’antifascisme total.

Le 27 janvier, symbole d’un espoir…

Enfants de Birkenau montrant leur tatouage aux libérateurs soviétiques, il y a 65 ans.

Le 27 janvier, symbole de la libération…

Le 27 janvier 1945, vers 15h, un détachement de l’Armée Rouge arrive à Auschwitz-Birkenau. Les soldats soviétiques découvrent là 7000 survivantEs, mais aussi 600 cadavres jonchant le sol du camp.

Dix jours auparant, les nazis avaient devancé l’arrivée des libérateurs soviétiques, et avaient fait évacuer 60000 personnes pour les « marches de la mort ».

Au total, 1300000 personnes ont été déportées à Auschwitz, 1100000 n’en sont pas revenues, parmi lesquelles 960000 étaient juives.

Quand les soldats soviétiques sont arrivés à Auschwitz, ils ont été tellement horrifiés par la vision des prisonniers squelettiques, par la vision des enfants qui pleuraient mais qui n’avaient pas de larme, qu’ils ont immédiatement appelé ce camp « l’usine de la mort ».

À propos de la libération d’Auschwitz, on peut trouver de nombreuses et importantes informations ici.

Auschwitz-Birkenau a été le plus grand camp d’extermination nazi, c’est le « symbole » d’une extermination très concrète, et nombreuses sont les personnes parmi nous qui y ont perdu de la famille…

Voilà pourquoi c’est un devoir de célébrer le 27 janvier : c’est le symbole de la libération.

C’est un hommage aux millions de personnes que les nazis ont voulu anéantir de la mémoire humaine.

Et d’autant plus après la profanation du camp de concentration d’Auschwitz, il y a à peine un mois.

Depuis, la plaque volée « Arbeit macht frei » a été retrouvée, et il s’avère qu’un réseau nazi suédois a organisé ce pillage afin de financer ses activités terroristes (dans un pays qui comprend plus de 3000 néonazis actifs).

Depuis la fondation d’Hapoel il y a un an jour pour jour, nous avons déjà plusieurs fois parlé du camp d’Auschwitz :
- Pas de 27 janvier en Catalogne ;
- Les trois Auschwitz ;
- Ces gens n’avaient pas de larmes… ;
- 2 août 1944 : la liquidation des tziganes d’Auschwitz ;
- « Pour les animaux, la vie est un éternel Treblinka. » ;
- Le pillage à Auschwitz et le nihilisme de notre époque ;
- « Arbeit macht frei » et l’esclavage nazi.

Les juifs n’oublient pas ! Les juives n’oublient pas !
Une seule alternative : Stalingrad ou Auschwitz !

« Arbeit macht frei » et l’esclavage nazi

Volée vendredi dernier au camp de concentration d’Auschwitz, l’enseigne « Arbeit macht frei » a été retrouvée lundi.

Cinq personnes ont été arrêtées dans la nuit de dimanche à lundi, au nord de la Pologne. Celles-ci sont passées aux aveux lundi, et la plaque a été retrouvée… découpée en 3 morceaux !

L’occasion de revenir très rapidement sur l’histoire de cette plaque, sans trop de considérations philosophiques…

Le saviez-vous ?

« Arbeit macht frei » signifie en allemand « le travail rend libre ».

Initialement, ce slogan a servi de titre à un roman, d’un pasteur nationaliste allemand, Lorenz Diefenbach. Ce roman a été publié en 1872 dans un journal viennois, puis en 1873 dans une maison d’édition de Brême. Il raconte l’histoire d’un tricheur qui regagne le « droit chemin » en travaillant. Rien de très original, en somme.

Mais ce slogan s’est retrouvé comme devise de plusieurs institutions en Allemagne et en Autriche.

Ainsi, la République de Weimar (née de la répression de la révolution spartakiste, et enterrée par le national-socialisme) a adopté cette devise en 1928 comme guide pour sa politique de grands travaux.

De même, le grand monopole chimiste IG Farben a également adopté cette devise, en l’apposant sur le fronton de ses usines en Allemagne. Or c’est ce même trust industriel qui a été par le suite le principal employeur dans le camp de travail d’Auschwitz III !

Sous le régime nazi, le slogan « Arbeit macht frei » a donc surtout servi à mettre en esclavage la population des camps de travail !

Ainsi, on retrouve cette devise à l’entrée de Dachau d’abord, puis à Gross-Rosen, Sachsenhausen, Theresienstadt (Terezin en Tchéquie)… et surtout à Auschwitz.

En effet, suivant la vieille tradition allemande des inscriptions au-dessus des entrées de bâtiments officiels, le général SS Theodor Eicke (alors inspecteur des camps de concentration et commandant à Dachau) a ordonné que le slogan « Arbeit macht frei » soit généralisé dans les camps.

Dans le cas particulier d’Auschwitz, l’enseigne volée dominait l’entrée du camp d’Auschwitz I dès 1940 sur décision de Rudolf Höß. (Rappelons que ce camp est inauguré en juin 1940.)

L’enseigne elle-même a donc été fabriquée en 1940 par des prisonniers politiques polonais d’Auschwitz I, parmi lesquels Jan Liwacz. On peut remarquer que le B de « Arbeit » est à l’envers : il semblerait que ce soit en signe de protestation de la part des prisonniers.

Cette sous cette enseigne que passaient les détenus d’Auschwitz I chaque matin et chaque soir pour aller travailler en esclavage, dans une marche rythmée par un orchestre d’autres prisonniers…

Mais de fait, rien ne permet d’indiquer que ce slogan était ironique ou cynique de la part des nazis.

Au contraire, même, quand on comprend la mystique du travail « concret », « sain » qu’ont développée les nazis. Ce thème a été approfondi par Moishe Postone, et permet de mieux cerner l’antisémitisme moderne.

9 décembre 1942 : la grande rafle de Tunis

Le saviez-vous ?

Quand éclate la seconde guerre mondiale, la Tunisie abrite une population juive d’environ 90.000 âmes, habitant essentiellement entre Tunis et la Goulette, voire à Djerba, Sfax, etc.

L’Europe et les champs de batailles ont beau paraître loin, mais le colonisateur français occupe la Tunisie, qui subit dès octobre 1940 les lois antisémites de Vichy – comme en Algérie.

Les mesures antisémites sont diversement appliquées en Tunisie, pas toujours comme Vichy l’aurait voulu. Ainsi, le port de l’étoile jaune n’est pas obligatoire à Tunis, mais seulement à Souss et Sfax.

Fait notable, de larges couches des féodaux tunisiens s’opposent aux mesures antisémites, ne serait-ce que pour réaffirmer face à Vichy leur autorité sur la Tunisie et tous les « sujets » du Bey (parmi lesquels les juifs et les juives).

Ainsi, dès son intronisation en juin 1942, Moncef Bey s’opposera à l’antisémitisme de Vichy, et cachera des juifs pendant toute l’occupation à titre personnel, en poussant beaucoup de figures de la féodalité à faire de même. Les exemples en ce sens sont très nombreux.

Mais suite aux avancées des Alliés en Afrique du Nord, les nazis décident d’organiser la défense sur place, et débarquent en Tunisie le 8 novembre 1942. C’est alors que s’ouvre la période de l’occupation nazie en Tunisie, ce qui est unique en Afrique du Nord.

Pour la minorité juive, les persécutions antisémites franchissent un cap, et deviennent semblables à celles qui règnent en Europe : étoiles jaunes, rationnements, spoliations, réquisitions militaires, énormes amendes collectives, travail forcé en public ou dans des camps, et jusqu’à la déportation.

Le 8 décembre 1942, les forces nazies d’occupation exigent à la communauté juive (représentée par Moïse Borgel) un contingent de travailleurs forcés : il lui faut 3000 jeunes adultes juifs pour le lendemain à l’aube.

Mais le lendemain matin, il y a seulement 120 « volontaires » à la caserne Foch de Tunis. Ce sont donc les SS qui vont se charger du travail, et qui vont opérer une rafle sans doute déjà prévue : c’est la rafle de Tunis du 9 décembre 1942.

Ainsi, les SS occupent l’Alliance (l’école de l’Alliance Israélite Universelle) et « cueillent » les personnes qui arrivent. Les nazis iront jusqu’à rafler dans les synagogues, notamment la grande synagogue de Tunis. De plus, ils enlèvent de nombreuses figures notables de la communauté juive, qui serviront comme otages.

Les 4000 juifs raflés ce 9 décembre 1942 iront soit en camp de travail, soit seront envoyés sur les fronts allemands en Europe.

Ce seront au total 5000 juifs de 18 à 50 ans qui iront trimer dans 32 camps de travail en Tunisie dans des conditions de travail extrêmes, principalement vers Bizerte (tout au nord) mais aussi dans les environs de Tunis. À noter que le financement et les ravitaillements des camps seront assurés par la communauté juive… suite à des négociations avec les nazis !

De ces camps, quelques centaines de personnes ne reviendront pas, que ce soit à cause des conditions de vie extrêmement dures ou bien des exécutions sommaires… De même, une soixantaine de très jeunes adultes juifs trouveront la mort dans les fronts allemands en Europe.

Sans compter un convoi de déportés juifs, qui partira en avril 1943 en avion (étant donné que la mer est quadrillée par les Anglais), en direction des camps de Pologne et d’Autriche. De cette déportation, 17 personnes ne reviendront pas – en plus de déportés « individuels » parmi les résistants.

Face aux avancées des forces Alliées, les nazis déserteront les camps de travail en avril 1943, et fuiront la Tunisie en mai 1943. Peu après, les mesures antisémites seront abrogées.

Les six mois d’occupation allemande de la Tunisie ont été trop courts pour mettre en œuvre les véritables plans nazis : l’extermination de la minorité juive de Tunisie.

En effet, il existe des témoignages de cadres de la diplomatie nazie allant très clairement dans ce sens. Cependant, vu que la mer était sous contrôle allié, et que la déportation par « charters » n’était pas envisageable à l’époque, les SS avaient prévu de fusiller les personnes juives en Tunisie même.

Comme quoi l’antisémitisme nazi a une dimension totalement idéologique, jusqu’à aller chercher des personnes juives à génocider au-delà des mers. Voilà qui donne une idée de ce qui resterait des minorités juives dans le monde si les nazis n’avaient pas été écrasés à Stalingrad…

Alfred Nakache, un poisson dans l’eau

Il y a 94 ans, Alfred Nakache voyait le jour. Il connaîtra un destin de nageur exceptionnel, qui le mènera des Jeux Olympiques jusqu’à Auschwitz.

Le saviez-vous ?

Alfred Nakache est né le 18 novembre 1915 dans une famille juive de Constantine, en Algérie « française ». Après avoir surmonté sa grande peur de l’eau, il progresse dans un club de natation de Constantine.

En 1933, à 17 ans, il participe pour la première fois aux championnats de France. L’année suivante, il est sélectionné en équipe nationale française, et part pour Paris avec la réputation d’un grand espoir de la natation en France.

Sélectionné aux Jeux Olympiques de 1936, l’équipe d’Alfred Nakache bat de peu l’équipe allemande au relai 4×200 nage libre. Ceci est évidemment vécu comme un succès anti-nazi, d’autant plus que les Jeux se tiennent à Berlin.

Mais qu’est-ce que cela veut aussi dire ? Qu’Alfred Nakache a décidé de participer aux Jeux Olympiques (ainsi qu’aux Maccabiades de 1935 à Tel-Aviv !), alors que les personnes juives allemandes n’avaient plus accès aux piscines depuis 1933…

Autrement dit, Alfred Nakache a préféré le sport bourgeois (ainsi que sa variante pro-sioniste) au sport populaire, alors que devaient se tenir les Olympiades Populaires à Barcelone en juillet 1936.

Mais après les Jeux Olympiques en Allemagne nazie, vient le temps de la guerre. Nakache est d’abord mobilisé dans l’armée de l’air. Puis après la défaite française, il est privé de sa citoyenneté française en octobre 1940 comme toute la minorité juive d’Algérie.

À ce moment, fuire Paris devient une évidence pour Alfred Nakache et sa femme, et ils s’installeront en décembre 1940 à Toulouse, en zone « libre ». Là, Alfred Nakache est chaleureusement accueilli par les Dauphins du TOEC, le grand club de natation de la ville.

À Toulouse, il connaîtra de très nombreux succès sportifs, comme arracher un record du monde à un nageur allemand, ou bien rafler 5 médailles d’or aux championnats de France de 1942 – alors qu’en même temps commencent les grandes rafles

De fait, Alfred Nakache se sent relativement en sécurité à Toulouse, soutenu par des dirigeants nationaux de la fédération de natation sportive ainsi que par des responsables de l’Église locale. Et pourtant, il est de plus en plus attaqué dans la presse antisémite (particulièrement en Algérie, d’ailleurs).

En 1943, toutes ses illusions volent en éclats quand il est interdit de bassin aux championnats de France à Toulouse. À ce moment, son club lui apporte une grande solidarité, et les 26 autres nageurs des Dauphins du TOEC refusent de participer à la compétition.

Il faut aussi savoir qu’Alfred Nakache est alors en lien avec la résistance juive, et participe à la préparation physique des jeunes combattants. Hapoel n’a pas de documents, mais il s’agit sans doute de l’Organisation Juive de Combat, issue de l’Armée Juive, une organisation sioniste (plutôt révisionniste) fondée à Toulouse.

Alors que les rafles s’intensifient, Alfred Nakache est arrêté à la fin novembre 1943 en compagnie de sa femme et de sa fille. La famille est envoyée à Drancy, pour être déportée à Auschwitz en janvier 1944. Seul Alfred survivra.

À la Libération, il se remettra à la natation, et sera sélectionné aux Jeux Olympiques de 1948 à Londres. Il sera par la suite entraîneur, et professeur d’EPS à l’université de Toulouse.

Le 4 août 1983, il a un malaise lors de son entraînement quotidien dans le port de Cerbère (Pyrénées-Orientales), et décède sur la plage. Sur sa tombe, il avait demandé à ce qu’on inscrive les prénoms de Paule, sa femme, et d’Annie, sa fille, qui n’étaient pas revenues d’Auschwitz.

Aujourd’hui, il existe en France plusieurs piscines portant le nom d’Alfred Nakache.

La piscine municipale de Toulouse, évidemment, qui a été ainsi renommée à la Libération en 1944, alors que Nakache était encore en déportation. Mais aussi une nouvelle piscine à Paris, ouverte en avril dernier tout près du métro Belleville.

Que retenir de la vie d’Alfred Nakache ?

Que c’était juste un homme qui a poussé sa passion à fond, et qui a cru trouver une issue assez individualiste dans le sport bourgeois, en s’imaginant bien à l’abri des tempêtes politiques de son temps.

Seulement voilà, l’Histoire n’oublie personne, et elle se chargera de le lui rappeler en lui enlevant sa femme et sa fille.

En ce sens, Alfred Nakache n’est pas une figure positive pour Hapoel – ni une figure particulièrement négative, en fait. Juste une personne qui est passée à côté de l’Histoire.

La Nuit de Cristal, un tournant dans l’extermination

Le 9 novembre 1938, le régime nazi lance une nuit de pogroms à travers l’Allemagne : c’est la Nuit de Cristal, ou Kristallnacht.

Depuis la conquête du pouvoir par les nazis en 1933, les mobilisations antisémites se succédaient, et les discriminations et persécutions se multipliaient, notamment avec les décrets de Nürnberg en 1935.

Le 7 novembre 1938, le jeune juif Herschel Grynszpan abat un conseiller de l’ambassade d’Allemagne à Paris, en voulant venger sa famille et les milliers d’autres personnes juives polonaises d’Allemagne qui sont « reconduites à la frontière ».

Cela servira de prétexte au déclenchement des Pogroms de Novembre.

En effet, le conseiller allemand visé par Herschel meurt le 9 novembre vers 17h30. Hitler en est informé alors qu’il célèbre le putsch manqué de novembre 1923 avec la « vieille garde » du parti nazi.

Hitler et Goebbels décident alors du lancement des pogroms, qui, en réalité, auraient été « en suspens » depuis presqu’un an. Tout au long de la nuit, ce seront tous les secteurs de l’État nazi, dans le pays entier, qui se lanceront dans les pogroms : Gauleiter, SA, police, SS, Gestapo, SD.

À ce moment, la SA est encore un mouvement de masse, mais sans initiative politique depuis en 1934. Ce sont essentiellement eux et la Hitler-Jugend qui s’illustreront dans la sauvagerie des pogroms – mais jamais en uniforme !

Les villes de Berlin et de Vienne (annexée depuis peu au Reich) sont les plus touchées. Concrètement, les juifs sont désarmés, les synagogues sont brûlées et détruites, les vitrines de commerces tenus par des juifs (enregistrés au préalable) sont brisées, et des personnes juives sont massacrées.

La nuit du 9 au 10 novembre 1938, on estime que plus de 250 synagogues (soit presque toutes les synagogues du Reich) sont attaquées, que près de 7500 vitrines sont brisées (ce qui donnera cyniquement l’appellation de « Nuit de Cristal »…), et que 400 personnes juives trouvent la mort, assassinées, suicidées ou suite à leurs blessures.

De plus, 35000 personnes juives sont déportés dans les camps de concentration de Dachau, Buchenwald, Sachsenshausen, où continuent les massacres par les SS. Leurs propriétés personnelles seront récupérés soit par les nazis, soit directement par leurs voisins, réimpulsant ainsi « l’aryanisation des biens ».

La plupart des 35000 personnes déportées seront libérées trois mois plus tard (sous certaines réserves, comme un visa d’émigration), mais plus de 2000 auront été tuées par les nazis entretemps…

Et pour conclure l’affaire, les assurances touchées seront obligatoirement reversées à l’État nazi, qui taxera de plus la communauté juive d’une somme colossale… pour troubles à l’ordre public et tapage nocturne !

La Nuit de Cristal marque un tournant dans la mobilisation nazie de masse. En effet, la plupart des gens sont restés passifs chez eux, à observer les pogroms par la fenêtre. De plus, un ordre d’arrêter les destructions est lancé le 11 novembre, et pourtant les pogroms continueront, ce qui montre l’implication d’une frange de la population non directement liée à l’État.

De ce fait, la Nuit de Cristal marque également un tournant dans la marche à la guerre impérialiste. Car après les accords de Munich, il est clair que la guerre ne sera pas évitée, et la Nuit de Cristal constitue un « test » pour la mobilisation et la militarisation des masses sous les drapeaux nazis. C’est une sorte de « plébiscite par le pogrom ».

Enfin, la Nuit de Cristal marque un tournant vers la politique d’extermination. Auparavant, les SA menaient des campagnes violentes pour le boycott des commerces « juifs », mais les persécutions antisémites avaient été essentiellement légales, dans le but de pousser à l’émigration. Là, il s’agit du plus grand pogrom antisémite vu en Allemagne depuis le Moyen-âge.

Si l’on pense, comme Moishe Postone, que « c’est Auschwitz – et non la prise de pouvoir de 1933 – qui fut la véritable "révolution allemande" », alors les pogroms de novembre 1938 devaient résonner pour les nazis comme une prise de la Bastille…

Voilà pourquoi la dimension antisémite est absolument centrale dans le national-socialisme : elle est une idéologie permettant la mobilisation réactionnaire de masse, dans la marche à la guerre impérialiste.

Herschel Grynszpan, une haine non négociable

Le 7 novembre 1938, un secrétaire de l’ambassade d’Allemagne à Paris est liquidé par un jeune apatride juif, Herschel Grynszpan.

Né en 1921 en Allemagne, de parents juifs polonais immigrés, Herschel Grynszpan a tout d’un tempérament de « voyou » : en rupture avec l’autoritarisme de l’école, et déterminé à ne pas se laisser marcher sur les pieds.

À 14 ans, il rentre dans une yeshiva à Francfort, en espérant apprendre l’hébreu et fuir l’Allemagne nazie pour la Palestine. Mais de fait, ses parents l’envoient chez de la famille en Belgique, où il attend un visa qui lui sera refusé du fait de son jeune âge.

Puis en septembre 1936, il traverse clandestinement la frontière avec la France, où il est hébergé chez un oncle à Paris. Il vit alors en apatride (c’est-à-dire en sans-papiers) dans une communauté parlant yiddish, travaille dans la confection, et se démène pour obtenir un permis de séjour.

Le 31 mars 1938, les Grynszpan sont privés de leur nationalité polonaise par une loi gouvernementale. Le 11 août, Herschel reçoit un « ordre de quitter le territoire français » avant le 15 août (d’après la terminologie de l’État français d’aujourd’hui pour les travailleurs et travailleuses sans-papiers).

Enfin, le 28 octobre, ce sont 35000 personnes juives polonaises qui sont expulsées d’Allemagne vers la Pologne, alors que justement beaucoup ont perdu la nationalité polonaise. Parmi les 12000 déportéEs, 8000 sont coincées entre l’Allemagne et la Pologne dans des conditions terribles.

Ainsi, Herschel Grynszpan est privé d’un visa pour la Palestine, de papiers belges, polonais, français et allemands. C’est un apatride, un sans-papiers.

Mais par dessus tout, il apprend le 3 novembre 1938 que sa famille est expulsée et parquée dans un camp. Et cela, aucune personne juive ne peut l’accepter sans bouillir de rage et de haine.

Le 6 novembre, il se brouille avec son oncle précisément par rapport à la situation de sa famille, et prend une chambre à l’hôtel. Le lendemain à l’aube, il écrit une lettre à ses parents :

« Mes chers parents, je ne pouvais agir autrement. Que Dieu me pardonne. Mon coeur saigne lorsque j’entends parler de la tragédie des 12 000 Juifs. Je dois protester pour que le monde entier entende mon cri et cela, je suis contraint de le faire. Pardonnnez-moi. Herschel. »

Ce 7 novembre 1938 vers 9h30, Herschel Grynszpan arrive à l’ambassade d’Allemagne à Paris, où il est reçu par un conseiller, Ernst vom Rath, pour soi-disant lui remettre un document…

Quand vom Rath le lui demande, Herschel se lève, dégaine son arme, et tire 5 reprises. Le nazi s’effondre ; il mourra le 9 novembre vers 17h30.

La nuit suivant son décès, le Reich nazi déclenchera un pogrom d’une ampleur jamais vue en Allemagne depuis le Moyen-Âge, en prenant comme prétexte cet assassinat (alors qu’il était sans doute prévu depuis presqu’un an) : c’est la Nuit de Cristal, le 9 novembre 1938.

Arrêté à l’ambassade, Herschel Grynszpan explique qu’il a agi pour venger sa famille. Il déclarera également :

« Ce n’est pas un crime d’être juif. Je ne suis pas un chien. J’ai le droit de vivre, et le peuple juif a le droit d’exister en ce monde. Partout où j’ai été, j’ai été pourchassé comme un animal. »

Par la suite, Herschel Grynszpan vivra dans l’attente d’un procès médiatisé, attente qui s’éternisera parallèlement à la marche à la guerre. Puis, balloté de prison en prison, il mourra vers 1944 dans le camp allemand de Sachsenhausen.

De fait, Herschel Grynszpan fut une sorte d’avatar de Sholem Schwartzbard ou de Pierre Goldman, la politique révolutionnaire en moins.

Herschel Grynszpan a agi pour la justice des nôtres, certes, mais il a agi en individualiste. Et il faut bien l’avouer sans toutefois « refaire l’Histoire », mais l’individualisme est relativement étranger aux minorités juives.

Quand on refuse la politique, la révolution, le communisme, il est impossible de donner à sa rage de vivre et à sa haine antinazie une expression à la hauteur : une autodéfense juive, antifasciste, populaire, réaliste, déterminée.

Marcel Rayman, combattant des FTP-MOI

Le saviez-vous ?

Marcel Rayman (ou Rajman) naît à Varsovie le 1er mai 1923. Il arrive en France à l’âge de 8 ans, et rentre un peu plus tard dans les organisations communistes yiddish de masse (les Pionniers pour les enfants, la YASK pour le sport). Il obtient son brevet à 15 ans, et va alors travailler dans le textile.

Lorsque la guerre éclate, les organisations communistes sont interdites. Mais dès que la Jeunesse Communiste est réorganisée, Marcel Rayman s’y engage, jusqu’au début 1942. Il est alors responsable à 18 ans de la J.C. clandestine dans le 11ème arrondissement de Paris.

C’est au début de 1942 qu’il prend contact avec les FTP-MOI, et demande à entrer dans un détachement juif. Il y fait très rapidement ses preuves, notamment par sa vivacité et son audace. Rayman devient alors connu sous plusieurs blazes, comme Simon Maujean, Michel Mieczlav ou bien Faculté (c’est ce nom qui figure dans les rapports de la police française).

Marcel Rayman servira à 19 ans comme formateur militaire, et aidera ainsi à la formation des détachement tchèque et arménien de la MOI. Par exemple, c’est sous sa direction que Manouchian mènera sa première attaque.

Rayman enchaînera alors les actions de lutte armée, au point de devenir l’un des membres les plus expérimentés des FTP-MOI, et de former « l’équipe spéciale » avec les combattants Celestino Alfonso et Léo Kneler. Il est également responsable du groupe d’action « Stalingrad ».

Parmi les attaques de guérilla auxquelles Rayman participe, on peut citer le « grenadage » d’un car de la marine de guerre nazie, le 3 juin 1942 dans le 16ème, ou encore l’attaque – manquée – contre un général nazi responsable des exécutions des résistants en France.

Ces attaques font de Marcel Rayman un combattant activement recherché par les Brigades Spéciales des RG, qui le repèrent en août 1943.

Mais l’action armée qui a connu le plus de retentissement est assurément la liquidation de l’officier SS Julius Ritter, responsable du Service du Travail Obligatoire, et qui envoyait donc des dizaines de milliers de prolétaires de France servir d’esclaves en Allemagne.

Le 28 septembre 1943 vers 8h30 du matin, après 4 mois de filature par les femmes de l’équipe de renseignement de la MOI, un officier SS monte dans sa Mercedes, rue Pétrarque dans le 16ème.

Celestino Alfonso, qui remonte la rue, passe derrière le nazi et tire plusieurs balles, qui sont amorties par la vitre de la voiture. Le nazi tente de s’échapper par la portière opposée, et c’est alors que Marcel Rayman l’exécute de trois coups de feu.

Cette attaque connaîtra un immense retentissement parmi les masses, notamment « grâce » à l’insistance des autorités à dénoncer cet « acte abominable » et à organiser des obsèques officielles, et sèmera la panique jusqu’à Berlin. La MOI apprendra par la presse l’identité du nazi liquidé.

C’est alors que la police française décide d’arrêter ce qu’il reste des combattants des FTP-MOI, et mène un grand coup de filet le 16 novembre 1943. Marcel Rayman sera pris en filature et arrêté ce même 16 novembre, à un rendez-vous avec la résistante Olga Bancic.

Le groupe des 23 combattants du groupe Manouchian sera jugé en février 1944, et tous seront exécutés le 21 février 1944 au fort du Mont Valérien (à part Olga Bancic, décapitée plus tard en Allemagne).

À seulement 20 ans, Marcel Rayman fait donc partie des martyrs communistes qui apparaîtront sur la sinistrement célèbre « Affiche Rouge », avec la mention « Rayman, juif polonais, 13 attentats ».

Sa mère sera gazée à Birkenau, tandis que son petit frère sera déporté à Buchenwald.

Bien plus tard, le nom de Marcel Rayman sera repris par l’organisation révolutionnaire Action Directe.

En effet, en août 1982, plusieurs attaques d’Action Directe ont pour cibles les intérêts sionistes à Paris, alors que fait rage la guerre au Liban. On peut ainsi noter un attentat contre la voiture d’un responsable de l’ambassade, ou encore une attaque contre Citrus Marketing Board of Israel.

Ces actions de lutte armée seront revendiquées par l’Unité Combattante Marcel Rayman, qui regroupait des membres d’Action Directe d’origine juive.

Honneur à Marcel Rayman !

« Ici on noie les Algériens. »

Le soir du 17 octobre 1961, plusieurs manifestations ont lieu à Paris et en banlieue, organisées par le Front de Libération Nationale (FLN) d’Algérie.

En effet, les quelques mois précédents avaient vu une intensification de la guerre entre le FLN et l’État français sur le sol de la « métropole », et donc de la « sale guerre » de la police et de ses supplétifs contre les travailleurs immigrés d’Afrique du Nord.

C’est dans ce contexte que la préfecture de police de Paris impose un couvre-feu le 5 octobre 1961, sous ces termes : « Il est conseillé de la façon la plus pressante aux travailleurs algériens de s’abstenir de circuler la nuit dans les rues de Paris et de la banlieue parisienne, et plus particulièrement entre 20h30 et 5h30 du matin. »

La préfecture de police de Paris ? Oui, celle tenue par Maurice Papon depuis 1958… Ce même Maurice Papon qui avait été secrétaire général de la préfecture de Gironde sous Vichy, qui a été l’un des responsables des 11 convois de 1600 personnes juives partis de Bordeaux entre juillet 1942 et juin 1944 – direction Auschwitz.

Le 3 octobre, aux obsèques d’un policier attaqué par le FLN, Papon avait déjà déclaré : « Pour un coup donné, nous en porterons dix. ». Dans la même journée, il avait fait une tournée des commissariats, en autorisant informellement les policiers et leurs supplétifs à tirer contre tout « Français musulman d’Algérie », en promettant que la préfecture de police les couvrirait.

La terreur coloniale et raciste prend donc une dimension militaire sur le sol français, et c’est à cela que l’organisation émigrée du FLN réagit en appelant (au dernier moment, pour des raisons de sécurité) à manifester le 17 octobre 1961 au soir, afin de braver le couvre-feu.

Plusieurs rassemblements ont lieu à Paris ou en proche banlieue, suivant la provenance géographique des 30000 manifestantEs. La consigne du FLN est très stricte : aucune arme le 17 octobre, et tenue vestimentaire « digne ». Il est également prévu de prolonger la journée d’action par une grève des commerces tenus par des Algériens, ainsi que des manifestations de femmes contre la répression (prévisible).

Seulement voilà, cette répression de l’État français s’avère être d’une férocité sans nom, et tourne rapidement au massacre.

Les affrontements avec la police atteignent un rare niveau de violence, principalement au Pont de Neuilly (où était bloqué le cortège venant de Nanterre, Colombes, Bezons, etc.) et au Pont Saint-Michel. La police tire, tabasse, rafle, et précipite les Algériens dans la Seine.

Les rafles continuent sur plusieurs jours, et remplissent le stade Coubertin ainsi que la cour de la préfecture de police à Saint-Michel. La torture y fait rage pendant plusieurs jours (sous les yeux de Papon), les corps étant rejetés à la Seine toute proche, et plusieurs véritables charniers prennent place dans les rues de Paris.

Certains historiens estiment le nombre de travailleurs algériens assassinés à environ 300 sur ces quelques jours de répression coloniale et de terreur raciste. Beaucoup de personnes détenues seront « reconduites » en Algérie.

Entre Vichy et le régime gaulliste, il existe ainsi sous certains aspects une véritable continuité de l’État français, qui est incarnée par Maurice Papon, l’assassin des Juifs et des Algériens.

C’est à ce titre qu’il est important pour nous de commémorer le 17 octobre 1961, et de rendre hommage aux martyrs de la libération nationale algérienne – arabes, kabyles, juifs.

[Pour simple information, un rassemblement de commémoration aura lieu demain samedi, à 17h à la place Saint-Michel, « là où tant de victimes furent jetées à la Seine il y a 48 ans ».]

L’organisation et les structures des FTP-MOI

Suite à la sortie du film « L’Armée du Crime » sur le groupe Manouchian, il serait bon de rappeler quelques notions sur l’organisation et les structures des FTP-MOI, et de réaffirmer que ceux-ci n’étaient absolument pas des idéalistes ni des boy-scouts.

Le saviez-vous ?

La Main-d’Œuvre Étrangère (MOE) est crée en 1924. Dans les années 1930, elle changera de nom, pour s’appeler Main-d’Œuvre Immigrée (MOI, prononcer « moï »). Elle est initialement une organisation syndicale, regroupant les travailleurs immigrés de la Confédération générale du travail unitaire (CGT-U, communiste).

La MOI développe alors l’entraide ouvrière, et des activités sportives ou culturelles. Chaque structure conserve des spécificités nationales ou linguistiques. Il y a par exemple des sections nationales italienne, roumaine, arménienne, ou encore une section rassemblant les personnes parlant principalement yiddish. La MOI accueille aussi les communistes réfugiés d’Italie, Espagne, Allemagne, etc.

Sur le plan organisationnel, la MOI dépend à l’époque directement de l’Internationale syndicale rouge (ISR ou Profintern), qui est proche de l’Internationale Communiste (IC ou Komintern) de 1921 à 1937.

En septembre 1939, le PCF, la CGT-U et la MOI sont interdits par l’État français. La MOI doit donc subir une réorganisation pour en refaire un organisme militant dans la situation nouvelle de l’Occupation. Ce sont Louis Gronowski et Simon Cukier qui se chargent de diriger la réorganisation.

Celle-ci est effective dès 1941. La MOI mène alors des actions de propagande et d’organisation en direction des différentes populations de travailleurs étrangers. Elle tente ainsi d’inciter la minorité juive (essentiellement les immigréEs) à l’autodéfense face aux rafles.

Fin 1941, les FTP-MOI (Francs-Tireurs et Partisans – Main-d’Œuvre Immigrée) sont créés, en relation avec les FTPF (Francs-Tireurs et Partisans Français), suite à l’Organisation Spéciale du PCF clandestin. Ces groupes communistes mènent la lutte armée dans le cadre d’une guerilla urbaine (de libération nationale et antifasciste).

Un point essentiel sur le plan organisationnel est le fait que les FTP-MOI ne sont initialement pas dépendants du PCF. Ils agissent certes en liaison avec les FTPF (qui sont une structure du PCF clandestin), mais ils relèvent en réalité de l’autorité de Jacques Duclos.

Duclos est alors le vrai leader resté en France du PCF, et est en liaison (presque) directe avec l’Internationale Communiste, à travers un réseau d’informations solide qui aboutit à sa planque (dans la proche banlieue rouge, puis à Bourg-la-Reine, puis à Villebon-sur-Yvette).

Ainsi, les FTP-MOI obéissent aux directives de l’Internationale Communiste et non de sa section française (le PCF). Il y a donc encore moins de place pour l’amateurisme, l’aventurisme, l’indiscipline ou pour les « boy-scouts », d’autant plus que de nombreux combattants échappent de peu à la rafle du Vél d’Hiv.

Des bataillons FTP-MOI existeront dans plusieurs agglomérations en France, aussi bien en zone occupée qu’en zone « libre » : Grenoble (Bataillon Liberté), Lyon-Villeurbanne (Bataillon Carmagnole), Marseille (Compagnie Marat), Toulouse (35ème Brigade / Brigade Marcel Langer), et à Paris (groupe Manouchian-Rayman).

En région parisienne, là où sont cantonnés les FTP-MOI à leur création, c’est Boris Holban (juif roumain) qui dirige initialement la lutte armée. Il sera par la suite remplacé par Missak Manouchian (arménien, dont la famille a été victime du génocide). Quand Manouchian tombera, ce sera Holban qui reprendra la relève.

De même, à partir de 1941, le FTP-MOI Joseph Epstein (juif polonais, ancien des Brigades Internationales en Espagne) sera nommé responsable de l’ensemble des FTP de région parisienne, et chapeautera donc entre autre le groupe Manouchian-Rayman. Joseph Epstein introduit des innovations dans les structures militaires.

En effet, l’unité de base des FTP-MOI est « l’équipe », constituée de 3 personnes. Ce sera par exemple l’équipe de Marcel Rayman, Léo Kneler et Celestino Alfonso qui exécutera le responsable du Service du Travail Obligatoire (STO) en septembre 1943.

Trois équipes constituent un « groupe » de 9 personnes, et trois groupes constituent un « détachement » de 27 personnes. Cette stratégie militaire s’appelle « la boule de mercure ».

Joseph Epstein comprend que pour affirmer la voie de la Résistance au peuple de France, il faut frapper les esprits et semer la panique chez les nazis. Il développe donc le concept d’opérations de grande ampleur, par groupes d’une quinzaine de combattants, qui peuvent ainsi attaquer directement les rassemblements nazis (dans les restaurants, à la sortie des cinémas, etc.) et couvrir leur fuite.

Par le niveau organisationnel et politique qu’ont atteint les FTP-MOI, il s’est avéré assez difficile de les infilter. Les Renseignements Généraux et la Gestapo ont donc dû compter sur de vastes filatures simultanées, ainsi que sur quelques trahisons (comme celle de Joseph Davidovitch, qui est l’un des responsables de la chute du groupe Manouchian). La traque des FTP-MOI de la région parisienne a donc été une des tâches centrales des « Brigades Spéciales » des RG.

Par leur organisation, leur discipline et leur détermination, les bataillons FTP-MOI ont mené des milliers d’actions. Les vaines tentatives de dépolitiser les FTP-MOI et d’en faire des « résistants idéalistes » soi-disant « pas staliniens » n’ont donc strictement aucun sens, et sont du pur révisionnisme historique.

7 octobre 1940 : l’abolition du décret Crémieux

Le saviez-vous ?

Le décret Crémieux est l’acte législatif par lequel la population juive d’Algérie a été naturalisée française. Le 24 octobre 1870, la France déclarait dans le décret 136 que « Les israélites indigènes des départements de l’Algérie sont déclarés citoyens français », donnant ainsi la nationalité française à quelques 35000 personnes juives formant une population extrêmement pauvre.

En réalité, ce décret, supposé « libérer » la population la plus opprimée d’Algérie, s’est rapidement avéré une tactique du colonialisme français dans sa stratégie de « diviser pour mieux régner ». Le révolutionnaire martiniquais Frantz Fanon écrivait ainsi : « Une des manœuvres les plus pernicieuses du colonialisme en Algérie fut et reste la division en juifs et musulmans. Les juifs sont en Algérie depuis plus de 2000 ans ; ils font partie intégrante du peuple algérien. Musulmans et juifs, fils d’une même terre, n’ont pas à tomber dans le piège de la provocation. »

Pendant 70 ans, les juifs auront (parfois difficilement) accordé leur confiance à la République coloniale. Pendant ce temps, l’immense majorité des colons revendiquait l’abrogation du décret Crémieux, jusqu’à fonder des partis dont le seul programme était l’antisémitisme, et tout cela au nom de… l’égalité entre indigènes !

Mais avec le régime fasciste de Vichy, la situation changera du tout au tout : c’est le « deuxième exil » des juifs d’Algérie, après « l’exil intérieur » imposé par le colonialisme français en 1870.

En effet, le 3 octobre 1940 est publié le « statut des juifs », à l’initiative du ministre de l’Intérieur Marcel Peyrouton (et avec la signature notamment du trotskyste Paul Cognet !). Le 7 octobre 1940, Peyrouton abolit le décret Crémieux, et retire même la possibilité de naturalisation aux juifs. Il ne s’agit donc même plus d’une soi-disant « égalité entre indigènes ».

Qui est Marcel Peyrouton ? Nous l’avons dit, c’est le ministre de l’intérieur de Pétain à l’époque. Mais il faut aussi savoir qu’il avait auparavant été secrétaire général du Gouvernement Général à Alger. Il militait alors déjà pour l’abrogation du décret Crémieux, en brandissant l’argument de… « l’antijudaïsme instinctif des musulmans » !

Et d’ailleurs, les colonialistes se réjouissent de cette nouvelle loi vychiste, comme en témoigne à l’époque le maire de Constantine : « La joie s’est emparée des Français quand ils ont appris que le gouvernement Pétain abrogeait l’odieux décret. Nous avons toujours revendiqué contre les juifs la cause de la prépondérance française. Nous n’avons qu’à louer le gouvernement Pétain d’avoir répondu à l’appel des Français de ce pays opprimé depuis 70 ans ! ». Tout simplement hallucinant…

L’aspect de l’abrogation du décret Crémieux qui a le plus traumatisé les mémoires, c’est sans doute l’expulsion de 18000 jeunes juifs et juives (ainsi que des enseignants juifs) des écoles françaises. C’est donc toute une génération qui se voit marquée dès sa jeunesse par la trahison française, et qui parfois devra renoncer à des rêves « d’ascension sociale » : il suffit de demander à la génération de nos grands-parents, ou encore de lire les passages où le philosophe Jacques Derrida z"l parle de son enfance.

Mais en novembre 1942, les troupes américaines entrent en Algérie, largement célébrées par la population juive qui y voit un début de libération. À la fin 1942, c’est le général Giraud qui devient commandant civil et militaire… et pourtant rien ne change pour les juifs – et pour cause : Giraud lui-même était antisémite !

De plus, Giraud choisit comme gouverneur de l’Algérie… Marcel Peyrouton ! Oui, précisément le même colonialiste-en-chef qu’avant la guerre, et précisément le ministre de l’intérieur de Vichy, responsable du « statut des juifs » !

C’est donc peu dire que le nouveau pouvoir traînera des pieds pour réinstaurer le décret Crémieux… Pire encore : en mars 1943, alors qu’il annule toutes les législations de Vichy, Peyrouton abolit de nouveau le décret Crémieux ! Ce décret a donc été abrogé deux fois de suite, par deux régimes distincts, mais par la main d’un même responsable raciste et colonialiste !

En mai 1943, De Gaulle arrive au pouvoir à Alger, et commence alors le « gouvernement bicéphale » de Giraud et De Gaulle. Mais là encore, rien pour les juifs.

Ce n’est que six mois plus tard et après de nombreuses luttes politiques, que le décret Crémieux sera rétabli le 22 octobre 1943, et que les juifs d’Algérie recouvreront leur citoyenneté française : six longs mois où l’Algérie coloniale sera dirigée par la « France libre », et où les juifs seront discriminés comme sous Vichy.

Pour en savoir plus, nous conseillons le livre de Benjamin Stora, « Les trois exils des Juifs d’Algérie », paru en 2006 aux éditions Stock, où l’historien résume parfaitement cet épisode de l’histoire française : « Par simple décret, la France peut retirer ce qu’elle a donné… Plus rien désormais ne sera comme avant. La leçon ne sera pas oubliée. »

Quant à Hapoel, nous ne pouvons que réaffirmer ce que nous disons dans notre présentation :

Juif ! Juive ! Rejette tes illusions sur l’État français.

Le génocide Herero

Le saviez-vous ?

Ce vendredi, nous commémorerons le déclenchement du premier génocide de l’histoire, le 2 octobre 1904.

Car le 2 octobre 1904, l’armée impérialiste allemande donna l’ordre d’exterminer un peuple entier, le peuple Herero en Namibie (Afrique du Sud-Ouest).

Mais plantons rapidement le décor.

Dès 1870, des colons allemands s’installent en Namibie. Mais en 1885, à l’époque précise où naît le capitalisme monopoliste c’est-à-dire l’impérialisme, la conférence internationale de Berlin ouvre la voie de la colonisation systématique de l’Afrique par les puissances européennes.

La colonisation est alors fulgurante et extensive, c’est-à-dire qu’elle consiste en l’appropriation de territoires soi-disant « vierges »… jusqu’à ce que l’Afrique soit presque entièrement partagée, et que naissent des contradictions entre impérialismes (par exemple l’incident de Fachoda en 1899 entre France et Royaume-Uni).

Les impérialistes (allemands et autres) passent alors à une colonisation plus intensive, qui crée des couches colonialistes parasites qui pillent l’Afrique et exploitent toujours plus violemment les peuples. Il en est ainsi en Namibie, connue alors comme « Südwest-Afrika » et gouvernée par le Dr Heinrich Göring (mais l’Histoire retiendra aussi son fils Hermann…), d’autant plus que d’immenses gisements de diamant y sont découverts en 1894.

Bien évidemment, là où il y a oppression, il y a résistance, et l’intensification du pillage impérialiste ne se fait pas dans la tranquillité…

Ainsi, un chef du peuple herero, Samuel Maharero, décide d’assumer la direction des peuples de Namibie, et tente de proposer une unité anti-coloniale aux chefs d’autres peuples de la nation namibienne en formation.

Mais son appel restera vain, et c’est tout seul que le peuple herero se soulève le 12 janvier 1904 contre le colonialisme, en attaquant un poste colonial, et en liquidant plus de 200 colons en trois jours de combat. S’ensuit alors ce qui est connu en Namibie comme la « guerre de libération nationale de 1904-1908 ».

En juin 1904, l’impérialisme allemand dépêche alors sur place ses troupes de choc menées par le général Lothar von Trotha, qui s’était déjà fait connaître par sa barbarie en Tanzanie (et en Chine durant la révolte des Boxers).

En août 1904, les troupes coloniales allemandes mènent donc une campagne d’encerclement et d’anéantissement contre les insurgés hereros. Le 11 août, ce sont donc 7500 Hereros qui se retrouvent encerclés durant la bataille de Waterberg, et qui doivent fuir vers le désert du Kalahari.

Face à l’empoisonnement des puits et aux tirs armes modernes des colonialistes allemands, à peine un millier de survivants (parmi lesquels Samuel Maharero) parviendront  au Botswana, dans leur sanctuaire près du lac Ngami.

Mais le peuple herero n’est pas au bout de son martyre, car le général von Trotha a des projets génocidaires, qu’il expose ainsi à l’empereur d’Allemagne : « J’estime que les Hereros doivent être supprimés en tant que nation. »

Le 2 octobre 1904, il y a 105 ans, le général von Trotha émet donc un « ordre d’extermination » (« Vernichtungsbefehl ») :

« Le général des troupes allemandes envoie cette lettre au peuple Herero.

Les Hereros ne sont dorénavant plus sujets allemands. [...] Tous les Hereros doivent quitter leurs terres. S’ils n’acceptent pas, ils y seront contraints par les armes. Tout Herero aperçu à l’intérieur des frontières allemandes, avec ou sans arme, sera exécuté. Femmes et enfants seront reconduits hors d’ici – ou seront fusillés. [...] Nous ne ferons pas de prisonnier mâle ; ils seront fusillés.

Décision prise pour le peuple Herero.

Signé : le grand général du tout puissant Kaiser,
Lieutenant général Lothar Von Trotha.
Le 2 octobre 1904.
»

Dès le lendemain, le 3 octobre, le Sud de la Namibie s’engage aussi dans l’insurrection nationale, et le peuple nama mènera une guerilla contre l’armée allemande.

Cet ordre d’extermination marque le premier génocide de l’Histoire, au sens de la liquidation totale et systématique d’un peuple.

Pour cela, les impérialistes allemands empoisonnent les puits, affamment et assoiffent, parquent les survivants et les liquident.

Quelques années plus tôt, l’impérialisme anglais avait inventé les camps de concentrations en Afrique du Sud / Azanie, durant la guerre des Boers. L’Empire allemand s’inspire donc des camps de concentrations anglais, et les développe en véritables camps d’extermination, « contribuant » ainsi à sa manière à l’histoire de la barbarie génocidaire.

Le général von Trotha sera limogé en novembre 1905, et l’extermination en tant que telle s’étendra jusqu’à décembre 1905 (mais la guerre coloniale continuera encore très longtemps). On estime que sur une population herero de 80.000, seulement 10.000 auront échappé au génocide en 1911.

Les camps de concentration et d’extermination en Azanie et en Namibie sont donc les premiers exemples de la barbarie génocidaire, et ne peuvent naître qu’à l’époque du capitalisme monopoliste – et ils surviennent d’ailleurs historiquement assez tôt par rapport à la formation de l’impérialisme.

La vérité, c’est que le génocide est totalement indissociable de l’impérialisme : l’un ne va pas sans l’autre. C’est le sens de la thèse communiste, qui dit que l’impérialisme prend une dimension génocidaire pendant la guerre.

Par ailleurs, il faut bien voir qu’il existe une certaine continuité génocidaire, et que la Shoah « doit beaucoup » au génocide herero par l’impérialisme allemand (déjà !). On pensera par exemple à l’héritage de la famille Göring…

Mais de façon encore plus terrifiante, il faut connaître le parcours du généticien Eugen Fischer.

Celui-ci procède dans les camps de concentration hereros à des expérimentations médicales sur les détenus et à des mensurations sur les cadavres dans une optique eugéniste ; il en ressortira le livre « Principes de l’hérédité humaine et de l’hygiène raciale ».

Plus tard, Fischer sera l’ami du philosophe nazi Heidegger, sera promu recteur de l’université de Berlin à l’arrivée de Hitler au pouvoir, et deviendra responsable de l’organisation de la stérilisation de centaines de milliers de personnes considérées comme « attardées » par le régime nazi.

Enfin, il enseignera dès 1934 ses théories racistes aux médecins de la SS. Parmi ses assistants, on retrouvera le très sadique « docteur » Mengele d’Auschwitz… La continuité dans l’horreur.

Juif ! Juive !
Apprends l’histoire des génocides !
Solidarité avec tous les peuples martyrs !
Il n’y aura pas de nouvel holocauste !

[Pour approfondir l'histoire de la Namibie, il existe une brochure éditée par la SWAPO (South West Africa People's Organisation) en 1981 : « Namibie : une tradition de résistance populaire (1670 – 1970) ». Le chapitre 3 traite du génocide herero.]

Goldman le militant, Goldman l’organisateur

Pierre Goldman n’est pas, comme certains voudraient le faire croire, un soldat perdu qui se serait « trompé de guerre ». C’est en tant que jeune juif en phase avec son époque qu’il s’engage dans les rangs communistes.

Le saviez-vous ?

La motivation première de son entrée en politique est la guerre d’Algérie et la remontée du fascisme français appuyé par l’État.

Il dit en effet qu’à son entrée au lycée d’Évreux en 1959, il « découvrit le fascisme. Ou plutôt : qu’il y avait encore des fascistes, que cette espèce n’était pas morte avec la défaite de l’Axe et la libération de la France. [...] Je croyais que les fascistes, mal absolu, avaient disparu de l’espace réel. [...] À Évreux, je rencontrai des jeunes qui défendaient le régime de Vichy (des professeurs aussi) et des fascistes actifs, membres de Jeune Nation. C’était l’époque du retour de De Gaulle, du début des menées ultras en Algérie. J’adhérai à l’Union des Jeunesses Communistes. »

Effectivement, la guerre coloniale en Algérie, menée par l’État français depuis 1954, avait permis à tout ce que la France comptait encore de fascistes (protégés par les bourgeois de l’épuration) de se restructurer et de gagner en influence. Le nationalisme, le racisme et l’anticommunisme explosaient, et les fascistes étaient aux portes du pouvoir en Algérie.

Les ratonnades, les massacres et les actes de barbarie racistes faisaient rage et s’étendaient sur le territoire français. Comme lors de la terrible soirée du 17 octobre 1961, où 400 algériens qui manifestaient contre le couvre-feu raciste furent massacrés par la police française aux ordres de Papon. Pierre Goldman dira alors avoir « pour les policiers pogromistes d’Octobre 61 une haine farouche et juive ».

À 17 ans, lors de la nuit du 22 au 23 avril 1961, alors qu’un débarquement armé de l’OAS à Orly était attendu, il répond à l’appel antifasciste du Parti Communiste et passe la nuit près d’Orly prêt à se battre. Il montera dans son lycée un groupe clandestin, avec un autre élève communiste juif, en vue d’attaquer des personnalités soutenant l’OAS. Ce projet n’aboutira pas, la guerre d’Algérie se terminant enfin, et la nation algérienne obtenant un début de libération.

Par la suite, une fois entré à l’Université, il adhèrera à l’Union des Étudiants Communistes (dont il deviendra membre du Comité National en 1964). À cette époque, l’UEC et les Jeunesses Communistes mènent une lutte systématique contre les groupes fascistes. C’est dans ce cadre qu’il deviendra un des organisateurs du service d’ordre de l’UEC.

Comme il l’expliquera : « Rapidement, je m’oriente vers l’organisation de la lutte contre les groupements d’extrême-droite. [...] C’est ce qu’on appelle le service d’ordre de l’UEC. On attaque les distributeurs de tracts fascistes et monarchistes. »

Révolutionnaire convaincu, il refuse d’aller servir dans l’armée, et entre donc en clandestinité dès 1966.

Malgré cela et après un passage d’un an dans une guerilla d’Amérique latine, il continuera ses activités d’organisateur. Comme en 1969, lors de la venue d’une délégation d’étudiants progressistes nord-vietnamiens dans le cadre d’un festival (organisé par l’UNEF de l’époque) de solidarité avec la guerre populaire du FNL.

Plus tard, après ses années de prison, il continuera à organiser des actions internationalistes (notamment en direction du Pays Basque sous occupation française), et à essayer de mettre sur pied une guerilla en France. Ce qui est certainement la raison de sa liquidation par les fascistes de « Honneur de la Police ».

Par conséquent, Pierre Goldman n’était pas qu’un aventurier. Il n’avait rien à voir avec le mythe fasciste du « rebelle » individualiste qui cherche l’action pour l’action.

Ses convictions antifascistes et communistes lui venaient autant de son histoire familliale, de son identité juive, que d’une prise de position concrète par rapport à son époque. Son inlassable activité d’organisateur militaire était motivée par des convictions politiques fermes.

Il dit à ce sujet : « Elle serait totalement inintelligente la personne qui [...] déduirait que je suis tout entier dans une subjectivité obscure et que ma vie politique y est réduite. [...] J’ai toujours maintenu mes jugements et analyses politiques dans une intacte autonomie. »

« Goldman l’étranger » : sa dernière interview

Être juif aujourd’hui… c’est le thème d’un entretien que Catherine Chaine avait eu récemment avec Pierre Goldman, assassiné le 20 septembre. Il a parlé aussi du nationalisme, de la violence, de son enfance, de sa mort. Parfois excessif, injuste. Mais tel qu’en lui-même…

Être juif aujourd’hui, qu’est-ce que cela veut dire pour vous ?

Je ne peux vraiment vous l’expliquer. Je me suis toujours senti juif, mais je ne me suis jamais posé la question : qu’est-ce que c’est qu’un juif ? Cette question, je la poserai un jour ; j’écrirai un livre dans deux ans, dans dix ans, dans vingt ans ou jamais. J’ai toujours considéré l’État juif comme un donné que je sentais. Et ce sentiment est très important. Je ne veux pas le traiter comme on traite le sentiment dans la philosophie. Je ne crois pas qu’il soit subjectif, illusoire. Jusqu’à présent, la seule chose dont je sois certain – ça c’est vrai – c’est mon sentiment d’être juif. Je pense qu’il appartient à la réalité juive, et je l’ai toujours eu.

Dans votre enfance, vous l’aviez déjà ?

Oui, parce que j’étais le fils de juifs – juifs selon les critères universellement reconnus. Mon père a été élevé à Varsovie par les rabbins ; ma belle-mère me racontait la Bible tous les soirs pour m’endormir, et surtout, pendant toute ma petite enfance, je parlais yiddish. Je suis allé en classe en 1946 et, deux ans après la guerre, les juifs étaient vraiment perçus comme juifs.

Ce sentiment d’être juif, pouvez-vous le définir un peu plus ?

Être juif, c’est peut-être tout simplement être issu d’une famille qui a été marquée par les mœurs, par la culture juive. Ma vie n’est pas remplie de culture juive consciente, ni de musique juive, ni de livres juifs, ni de religion juive. Il y a en moi beaucoup de choses qui n’ont rien à voir avec la judéité, mais ce sont celles d’un juif. Pour moi, être juif, ce n’est pas un contenu, c’est une condition. Même pas. C’est un cadre que je remplis existentiellement de choses et d’autres. Mes livres ne sont pas juifs, mais dans chacun d’eux, il y a la présence du passé juif. Être juif, c’est véhiculer le passé juif. Pourquoi est-ce si important ? A cause de l’antisémitisme. A cause de la haine. La seule réponse, c’est Auschwitz. L’holocauste a renouvelé l’identité juive pour des siècles.

L’holocauste est terminé depuis trente-trois ans et vous en avez trente-quatre.

Oui mais le tissu politique français est encore, à certains interstices, marqué par le vichyisme, et, aujourd’hui on découvre par exemple que le Maurras de la terre, des régions, est présent dans tous les thèmes politiques actuels. En partie parce que la pensée marxiste a été incapable de comprendre certaines choses, comme l’attachement sensuel des hommes et des femmes nés en France, avec leur terre.
Vous me demandez pourquoi c’est important d’être juif : je vous répète, c’est important parce que la haine reste. La haine demeure.
A l’époque de De Gaulle, entre l’extrême droite et la droite, il y avait le sang. Le sang de l’épuration et le sang de l’O.A.S. Aujourd’hui, la Résistance n’est plus là comme un fantôme sanglant planté au milieu de la droite. Un glissement s’est opéré et l’extrême droite a regagné le giron de la droite.

Vous parlez comme Sartre dans ses « Réflexions sur la question juive » : c’est l’antisémitisme qui crée le juif.

Non, je ne pense pas que ce qui fait le juif, c’est le regard de l’autre ; mais je crois en effet que l’antisémitisme a contribué, contribue, à maintenir la réalité juive. Et tous les nationalismes – capitalistes ou communistes – ont vomi le juif puisque le Juif, c’est l’apatride. Il est par conséquent naturel que les nationalismes extrêmes c’est-à-dire les fascistes, le prennent comme cible extrême. L’antisémitisme a été d’autant plus fort que les juifs ont été en quelque sorte « surdoués » pour le capitalisme, comme pour le communisme, parce qu’ils étaient « surdoués » pour ce qui était international.
Je suis plusieurs fois allé en Pologne, voir ma mère, et là l’antisémitisme était redoublé du fait du grand nombre de juifs ayant appartenu à l’appareil stalinien. C’est vrai que les staliniens avaient été plus loin que tout le monde dans l’assimilation des juifs. En Pologne, le ministre de l’intérieur du temps de Staline était juif, et en Roumanie, en Tchécoslovaquie, en Hongrie, le nombre de hauts dignitaires juifs était absolument énorme.

Pourquoi les juifs ont-ils été si impliqués dans les régimes staliniens ?

Je ne peux pas m’empêcher d’avoir une certaine tendresse pour les grands staliniens parce que je pense qu’ils y croyaient. Au fond d’eux-mêmes, il y avait la persistance du rêve qu’un jour tous les hommes seraient frères. Je me souviens de mon père, bouleversé par une pièce qui mettait en scène des communistes juifs de Pologne criant « Vive le communisme ! », « Vive l’Internationale ! », « Vive le peuple juif ! ». Les juifs savaient très bien pourquoi ils devenaient communistes : en tant qu’ouvriers et en tant que juifs. Le rêve messianique est très fort chez les juifs.

Aujourd’hui, comment s’exprime-t-il ?

Ce n’est pas un hasard si le nombre de juifs dans les organisations d’extrême gauche est « anormalement » important…

Je passe du messianisme juif à la Bible. Vous êtes le peuple de la Bible.

Pour moi, la judéité, ce n’est pas du tout la Bible, mais un certain rapport avec la Bible. Les juifs sont le peuple du Livre, mais leur judéité s’est construite dans une dialectique spéciale avec le Livre : un irrespect constant lié à un respect.

Emmanuel Levinas, dans une de ses leçons talmudiques, demande aux juifs : « A-t-on raison de se jeter dans l’histoire ? » N’y a-t-il pas eu pendant des siècles un certain refus de beaucoup de juifs de rentrer dans l’histoire ?

Ah ! Mais il faut comprendre. On leur disait : « dissolvez-vous, nous avons la vérité ». Moi par exemple, je ne m’assimilerai jamais. Notamment pour cette raison : pourquoi devrais-je reconnaître la supériorité d’un système de valeur sur un autre ? Au fond de moi-même, je méprise tous les nationalismes révolutionnaires, y compris le nationalisme israélien. Tous. Au fond, je les comprends ; j’en soutiens certains parce que je pense qu’ils sont nécessaires sur le chemin de l’émancipation de l’humanité ; j’en soutiens d’autres parce que je pense que c’est la seule solution, mais je les méprise tous.

Dans « souvenirs obscurs… », vous dites : « A Evreux, j’eus la transparence définitive que je n’étais pas français… » Être assimilé ou ne pas l’être, qu’est-ce que cela signifie pour vous ?

Pas grand chose. Dans un sens je suis assimilé. Je suis de culture française. Je lis « Le Monde » tous les jours, mais je me reconnais comme juif. Pas seulement d’origine juive. Je ne dis pas : « Je suis » Français comme les autres D’abord, ce n’est pas vrai. Je suis de nationalité française, je suis citoyen français, bien que je sois déchu de mes droits civiques mais ça c’est normal, je n’ai pas à m’en plaindre.

[cette déchéance civile résulte de la condamnation de Pierre Goldman le 4 mai 1976 par la cour d'assises de la Somme - qui l'acquittait du double meurtre du boulevard Richard-Lenoir - à douze ans de réclusion criminelle pour trois agressions à main armée qu'il avait reconnues. Cette dégradation est automatique lorsqu'un inculpé est condamné à une peine criminelle (article 28 du code pénal).]

Mais pourquoi je ne dis pas que « je suis un Français comme les autres ». Parce que cela voudrait dire que je favorise la francité. Or la francité n’est ni plus ni moins valable que la judéité. Le nationalisme, c’est toujours la valorisation d’un fait national, alors pour les Français, c’est la douce France, la littérature, le camembert, le vin…

Vous m’avez dit en me parlant de votre enfance : « Mon père a très tôt rompu avec la religion car il a très vite accusé les rabbins d’avoir enseigné la passivité au peuple juif ». Que pensez-vous de cette « passivité » dont certains ont parlé à propos du peuple juif ?

Maintenant, je ne méprise plus cette passivité. Ce n’était pas du tout de la lâcheté. Mon père lui-même, qui hait cette attitude, me l’a expliquée. Cette passivité procède d’une grandeur : c’était la croyance absolue dans le discours de la Bible. Les rabbins enseignaient aux juifs de ne pas se rebeller contre leur sort, parce que Dieu savait ce qu’il faisait. Et je peux vous dire que pour les grands rabbins dogmatiques, l’holocauste a dû être très dur à expliquer. Et à ce moment là, certains juifs sont devenus fous parce que, normalement, la thèse rabbinique devait être que l’holocauste était le châtiment de Dieu. Mais la tendance générale des juifs a été de voir dans Auschwitz la faillite de la religion juive.

Comment les juifs de la Bible qui étaient des guerriers souvent cruels, regardez les Maccabées, sont-ils devenus des doux ?

A la Havane, j’avais été choqué, écœuré de lire une déclaration d’un chef des Panthères noires disant : « Nous ne nous laisserons pas exterminer comme des moutons, comme les juifs ». D’abord, il y a eu toute une génération de partisans communistes juifs, la plupart des militants du travail spécial du Komintern étaient juifs, et dans les brigades internationales ils étaient très nombreux.
Les juifs ne se sont pas du tout laissé exterminer, mais la défense et l’insurrection sont très difficiles pour une minorité. Un peuple pourvu d’une structure nationale peut se défendre – c’est d’ailleurs le discours préféré des sionistes – mais pas une minorité. Chez les juifs, le degré de passage à l’acte, d’activité combative est le même que chez les autres peuples. Mais leur patrie était devenue le livre, le maniement des idées.
Et puis les juifs étaient non violents, peut-être par négation de l’image guerrière renvoyée sans cesse par les autres nations. Et sans doute aussi pour une autre raison plus profonde, et là, Maurras avait raison, non dans ses conclusions mais dans ses analyses : pour qu’un peuple soit guerrier, il faut qu’il soit enraciné dans une terre. C’est vrai, il n’y a pas de peuple aventurier. Un aventurier peut prendre l’épée et risquer sa vie pour des raisons esthétiques, psychologiques, mythologiques. Mais pas tout un peuple. Vous savez, risquer sa vie, c’est quelque chose de terrible. Les infanteries de Stalingrad ou de Verdun n’étaient pas seulement enivrées de propagande. Elles étaient les infanteries de peuples qui défendaient leur terre.

Oui mais vous parlez de répulsion rabbinique pour la violence dans les « souvenirs d’un juif »…

Je peux vous dire exactement comment mon grand-père a été tué en Pologne. Il était en train de prier quand les fascistes sont venus le chercher. Il a refusé de se lever et d’interrompre sa prière, alors ils l’ont tué.
Je pense que, quelque part en moi demeure cette attitude de mon aïeul, c’est-à-dire que, dans mon rapport à la violence, qui peut être un rapport de partisan politique de la violence, il y a toujours au fond de moi cette haine de la violence. Cette haine de la violence et de la souffrance ; et aussi la tristesse que la violence produit en moi.
Et je pense que dans la Diaspora, les juifs avaient un rapport spécial à la violence. Jamais un juif ne battait sa femme. C’était vraiment un crime, des mœurs de « goys », c’est-à-dire de paysans polonais ou de cosaques. peut-être y a-t-il des femmes battues en Israël, mais, malgré tout, le pouvoir de la mentalité diasporique est encore présent en Israël. Malheureusement, avec Begin, ça va très rapidement aller cers ce que j’appelle la gentilité négative, c’est-à-dire la connerie.

Toujours dans « souvenirs obscurs », vous écrivez : « je hais l’humiliation et l’offense », et vous parlez de vos ancêtres, rabbins ou tailleurs humiliés.

Oui, je hais l’humiliation. Je me trompais en parlant de rabbins humiliés. Mon père m’a expliqué que le juif barbu, dédié au travail intellectuel, qui se faisait cravacher par le cosaque n’était pas du tout humilié. Il méprisait profondément le cosaque. Il avait une conscience de lui être supérieur. Dans la religion juive, il faut le dire, il y a un tel mépris pour les autres.

Vivre quoi qu’il arrive

A votre avis, le judaïsme a-t-il quelque chose de spécifique à apporter au monde d’aujourd’hui ?

Je pense que le judaïsme n’a strictement rien à apporter. Ni plus ni moins que les autres religions qui, pour moi, n’ont plus rien à apporter depuis belle lurette. Je pense que la religion juive est complètement épuisée et qu’à part Schmuel Trigano, qui est un jeune talmudiste éblouissant, il surgira très peu de grands penseurs juifs se référant à la religion.
Ce que peuvent apporter les juifs à la civilisation, c’est l’errance apatride, le sentiment de non-appartenance. Je crois aux valeurs juives que haïssent les antisémites. Je crois au nihilisme, à la négativité. Je crois au juif libertaire qui est là comme principe dissolvant des valeurs positives, parce qu’il n’est ni l’homme d’une terre, ni l’homme d’une patrie, ni l’homme d’une nation.

Vous parlez de vous ?

Oui absolument.

Respectez-vous certaines coutumes juives ?

Si j’ai un fils, je le ferai circoncire, oui… Ce sera plus symbolique qu’autre chose. Mais je ne respecte aucune coutume juive, bien que, le jour du Grand Pardon, je vis dans un certain recueillement. C’est le jour où les juifs demandent pardon pour leurs crimes ou autres infractions à la Loi. Moi, je ne demande pas pardon à Dieu, d’abord parce que je ne connais pas de fautes. Ensuite, parce que je ne crois pas en Dieu. Enfin, parce que je ne suis pas du tout d’accord avec les commandements mosaïques. Mais, ce jour là, je vis dans une espèce de gravité, parce que je sais que c’était un très grand jour pour les juifs : le jour où l’homme dialoguait directement avec Dieu. En prison, je jeûnais le jour du Grand Pardon parce que j’étais dans un endroit où je voulais signifier mon identité. Mais c’est la seule concession que je fais aux coutumes.

Vous avez épousé une femme qui n’est pas juive. Pour vous, est-ce important ?

Pour les juifs, le problème du mariage est très grave, parce qu’en l’absence de structures nationales, si nous nous marions en dehors de la communauté, la judéité risque de se dissoudre. Mais moi, je suis profondément libertaire. Alors le mariage exogame, je l’ai vécu très simplement : j’ai épousé la femme que j’aime, qu’elle soit chinoise, antillaise, etc. Cela dit, c’est vrai qu’au fond de moi, j’avais un rêve, un fantasme : je me marierai avec une juive. Pourquoi ? Pour ne pas disparaître. Mais quand je réfléchis, je me méprise parce que j’ai le plus profond dégoût pour les familles juives qui empêchent leurs rejetons d’épouser une non-juive.
Et puis, je méprise un peu tous les gens qui ont besoin d’autre chose que leur singularité sur quoi s’appuyer, parce que l’immensité de la solitude est quelque chose d’immensément angoissant, et les gens qui aiment être liés à une terre, à une nation, c’est aussi une des clés du nationalisme.

Vous vous sentez étranger partout ?

Ah oui ! Mais je me sens étranger aussi parmi les juifs. C’est métaphysique. J’ai plusieurs niveaux d’ « extraterritorialité ». Il y a le fait que je suis juif, mais il y a aussi le fait que je suis ce que je suis c’est-à-dire que j’ai conscience de ma singularité. J’ai toujours refusé de dissoudre ma singularité, c’est-à-dire ma finitude, c’est-à-dire ma mortalité dans des groupes. Je sais que ni le couple, ni la famille, ni la patrie, ni la musique que j’aime, ni aucun peuple ne me sauvera du fait d’être une personne, c’est-à-dire du fait que, quand je serai mort, je serai mort.

Dans vos livres, la mort revient comme un leitmotiv. Pensez-vous que cette obsession soit liée à votre judéité ?

Je ne sais pas d’où elle vient. Je ne pense pas que ce soit lié au judaïsme, au contraire, le peuple juif a toujours été meurtri par la mort, mais il a un attachement extraordinairement puissant à la vie.

Comment le ressentez-vous ?

Depuis mon enfance, autour de moi… Le concept de « haïm » – vous voyez, je sais même le mot en hébreux – est très, très fort. Pour les juifs, la vie reprend toujours le dessus. Après tout. Même après Auschwitz.
Quand je disais à mon père mon angoisse de la mortalité, il était plus ou moins éberlué que le problème puisse me bouleverser, et pourtant, il a soixante-neuf ans, un âge où les gens reviennent souvent sur leur athéisme.
Je crois qu’il y a un rapport à la vie et à la mort chez les juifs qui n’est pas le même que chez les chrétiens. La vie a une valeur sacrée pour les juifs. Mais pas pour moi. Pas pour moi du tout.

Sartre disait, toujours dans « Réflexions sur la question juive », que l’inquiétude du juif n’est pas métaphysicienne. Vous lui apportez un démenti.

Oui mais c’est vrai aussi que chez les juifs il faut vivre, quoi qu’il arrive. Les veuves doivent se remarier.

Il n’y aurait pas de désespoir métaphysique juif, et pourtant l’Archibald de votre roman est désespéré.

Je ne sais pas s’il n’y a pas de désespoir métaphysique. Personnellement… mais il y a peut-être au fond de l’inconscient juif la croyance que, malgré tout, Dieu est là, qui nous appartient, auquel on appartient et Dieu est juif. Peut-être que chez les juifs même athées, cette chose existe. Peut-être chez moi aussi, je ne sais pas. J’ai très longtemps voulu croire en Dieu mais je n’y arrive pas. Je n’y crois pas. Mais ce n’est pas complètement idiot de dire qu’aucun juif n’est complètement athée. Freud disait : « Au fond de lui-même, aucun homme ne croit à sa propre mort » ; mais peut-être qu’en même temps Freud disait : « Aucun juif ne croit à sa propre mort », parce que Freud était très juif.

Le Monde, 30 septembre 1979

20 septembre 1979 : Pierre Goldman assassiné par les fascistes

Il y a 30 ans, Pierre Goldman, militant communiste d’origine juive, était assassiné par un commando fasciste émanant de la Police française, le commando « Honneur de la Police ».

Enfant de la Shoah, il naît en 1944 dans la clandestinité. En effet, ses parents Alter Goldman et Janine Sochaczewska, juifs polonais tous les deux, sont d’éminents combattants de la Résistance communiste juive. Alter Goldman est l’un des fondateurs et dirigeants de l’UJRE puis des FTP-MOI, tandis que Janine Sochaczewska est membre du PCF et combattante des FTP-MOI. Notons de plus que Pierre Goldman est le demi-frère de Jean-Jacques.

Engagé très jeune dans le militantisme antifasciste et communiste, il rejoint l’extrême-gauche dès le début des années 1960. Internationaliste convaincu, il rejoint la guérilla en Amérique latine. Revenu en France en 1969, il fait plusieurs braquages. Il sera arrêté après la mort de deux pharmaciennes lors d’un hold-up.

À la suite d’un procès particulièrement à charge et aux relents antisémites, il sera condamné à la perpétuité (sans preuve autre qu’un témoignage parlant d’un « type basané »). Mais grâce à une importante campagne de l’extrême-gauche et de la gauche, son procès sera révisé quelques mois plus, et il sera finalement acquitté.

Durant ces 5 années en prison, Pierre Goldman écrit ses magnifiques « Souvenirs obscurs d’un juif polonais né en France ». À sa sortie, il n’abandonne ni ses convictions communistes, ni le militantisme, ni la perspective de la lutte armée. Intellectuel brillant, il écrit des articles pour Libération et l’Arche.

Si on ne sait toujours pas exactement qui se cachait derrière le groupe fasciste « Honneur de la Police » (une branche des services secrets ? de futurs escadrons espagnols qui ont fait régner la terreur au Pays Basque ?), on sait pourquoi il a été exécuté.

Assassiné parce qu’il cherchait toujours à ouvrir une brèche révolutionnaire dans la France de la fin des années 1970. Assassiné parce que trop… trop tout ! Trop rouge, trop juif, trop antiraciste, trop internationaliste !

Pierre Goldman, malgré son côté « aventurier », est un puissant symbole pour nous. Car Pierre Goldman n’a jamais rien renié ! Ni le combat sans concession contre le fascisme, ni celui contre le capitalisme dont il était conscient qu’Auschwitz était l’aboutissement, ni même jamais son identité juive !

Honneur à Pierre Goldman ! Relevons son drapeau, le drapeau rouge de l’internationalisme !

Le Maharal de Prague

Le saviez-vous ?

Demain, nous commémorons les 400 ans de la disparition du Maharal de Prague.

L’abréviation « Maharal » signifie « Morenou HaRav Loew », autrement dit « notre maître le rav Loew » (« maître » au sens de « enseignant »), et désigne le rav Yehudah Loew ben Bezalel.

Le Maharal de Prague est né dans les années 1520, et est décédé le 17 septembre 1609 à Prague (en Bohêmie, actuelle République Tchèque). Il était un grand rabbin du temps des A’haronim, à la fois talmudiste, mystique et philosophe. Il a officié aussi bien à Prague qu’en Moravie (actuellement en République Tchèque) ou qu’à Poznan (actuelle Pologne).

Ses travaux les plus connus consistent entre autres en plusieurs traités sur chaque fête juive (Tif’eret Israel, Netza’h Israel, Gvurot Hashem, Ner Mitzvah, Or ‘Hadash), ainsi que les Netivot ‘Olam ou le Dere’h ‘Haim. Aucun de ces travaux ne traite de la Kabbalah, le Maharal ne se considérant pas assez érudit pour bien saisir sa portée.

Un autre commentaire connu du Maharal sur le Rashi de Troyes s’appelle le « Gur Arieh al haTorah », c’est-à-dire « le lionceau à propos de la Torah ».

Le lion est en effet l’animal attaché au Maharal, puisque c’est à la fois le symbole de la tribu de Yehudah et du royaume de Judée, mais est aussi la signification de « Loew » (comme « Löwe » en allemand). Ainsi, on pense que le nom Yehuda Loew est en fait une redondance, l’un étant en réalité le subsitut de l’autre.

D’ailleurs, on peut aujourd’hui visiter la tombe du Rabbi Loew encore intacte, à l’ancien cimetière juif de Prague à Josefov, et l’on y retrouve bien deux lions gravés sur le sarcophage majestueux.

De très nombreuses légendes courent à propos du Maharal, dont la plupart sont sans doute nées bien après sa mort.

La plus connue (et de très loin) est celle du Golem de Prague. Mais patience, nous y reviendrons demain !

Une autre légende, moins connue, concerne la mort du rav, il y a 400 ans presque jour pour jour – ce qui suffit en ce jour pour que nous la racontions.

En ce temps-là, le Maharal était déjà très âgé (entre 83 ans et 97 ans, selon les versions), et une épidémie sévissait à Prague (la peste ? le typhus ? la grippe porcine ?). Une épidémie avait déjà frappé Prague, et il avait à l’époque fait un rêve qui le menait au cimetière – mais c’est encore une autre légende !

Quoi qu’il en soit, il alla au cimetière en pleine nuit, accompagné de ses meilleurs élèves. Juste quand il allait introduire la clé dans la serrure, la porte s’ouvrit d’elle-même, laissant apparaître un grand homme, blême et maigre : le rav comprit de suite que c’était la Mort, avec à la main sa longue liste de victimes du lendemain.

Voyant son nom inscrit sur la liste, le Maharal s’en empara et la déchira en morceaux. Mais la Mort le mit en garde de ne plus la recroiser une deuxième fois.

Le Rabbi Loew construisit alors une petite montre, qui sonnait quand la Mort rôdait pour lui enlever la vie, en espérant ainsi échapper au destin.

La Mort se cacha sous toutes les formes imaginables : en jeune vendeuse, en pêcheur lui apportant le poisson du Shabbat, en mendiant, ou encore en homme distingué lui présentant ses hommages. Mais pendant des années, le Rabbi Loew lui échappa.

Mais un jour, à l’occasion de son anniversaire, sa famille et ses élèves vinrent célébrer le rav. La plus jeune de ses petites-filles entra la dernière, une magnifique rose à la main.

Se réjouissant, le rav se pencha pour la sentir, et tomba foudroyé. C’était la Mort qui s’était dissimulé dans les gouttes de rosée sur la fleur.

Exposition sur le procès de Nüremberg à Toulouse

Aujourd’hui s’ouvre à Toulouse une exposition sur « le Procès des grands criminels de guerre devant le Tribunal Militaire International de Nüremberg (14 novembre 1945 – 1er octobre 1946) ».

Cette exposition (sponsorisée par le Mémorial de la Shoah) se tient du 1er septembre au 30 septembre à la Maison des Associations de la mairie de Toulouse (81 de la rue Saint Roch, dans l’ancienne caserne Niel).

L’inauguration de l’exposition aura lieu le jeudi 10 septembre à 19h30, et sera suivie à 20h30 d’une conférence sur « la justice internationale de Nüremberg à nos jours » par Yann Jurovics, ancien avocat au TPI pour le Rwanda et au TPI pour la Yougoslavie.

Film sur les rafles d’août 1942 en zone libre

Ce soir sera projeté au Mémorial de la Shoah un documentaire d’Antoine Casubolo sur les rafles d’août 1942 en zone libre.

En zone « libre », c’est-à-dire le Sud de la France géré par l’État français de Vichy sans intervention des nazis, des rafles ont été menées en août 1942, dans la foulée du Vél d’Hiv à Paris. L’État français a ainsi arrêté 10000 personnes juives immigrées, parmi lesquelles seules 270 survivront à la déportation.

La projection a lieu ce soir à 20h, au Mémorial de la Shoah (à Paris, métro Pont-Marie ou Hôtel-de-Ville).

Mais surtout, ce documentaire connaîtra une diffusion nationale, demain mardi 1er septembre sur France 3 à partir de 22h.

27 août 1944 : le ghetto de Łódź est liquidé

Ce jeudi se sont tenues à Lodz en Pologne (Łódź en bon polonais) les cérémonies du 65ème anniversaire de la liquidation définitive du ghetto de Łódź.

Avant la guerre, Łódź était la deuxième plus grande ville de Pologne, et le plus grand centre de l’industrie textile en Europe. La ville comptait ainsi 670000 habitantEs dont 230000 personnes juives (plus du tiers), population juive qui remontait dans la région au 12ème siècle.

Le ghetto de Łódź est historiquement le premier grand ghetto (avant Varsovie). Son établissement s’étale de décembre 1939 jusqu’au 20 avril 1940, quand toute la population juive de la ville et de ses faubourgs est rassemblée dans des quartiers délabrés, fermés deux mois plus tard par des clôtures et des fils barbelés.

En population, c’est le deuxième plus grand ghetto après Varsovie (créé en octobre 1940). En effet, en plus de l’importante population juive de la région, le ghetto de Łódź voit passer 45000 personnes juives venant d’autres pays, ainsi que 5000 roms et sintis.

Originellement, la population du ghetto devait être déportée avant le 1er octobre 1940, mais les nazis décident finalement de mettre le ghetto en esclavage, et de le transformer en usine infernale pour fournir l’armée allemande en uniformes et équipements électriques.

La vie dans le ghetto, c’est une faim extrême qui empire chaque jour, la vie à 6 personnes par pièce en moyenne, le travail à 12 heures par jour en équipes tournantes, en permanence 40 % de la population qui est malade, etc.

C’est aussi les déportations dès décembre 1941, en direction des camps de la mort de Chelmno et d’Auschwitz-Birkenau, dans les camions à gaz auxquels succèdent les chambres à gaz.

Pour assurer le maintien de l’ordre à l’intérieur du ghetto, les nazis mettent en place un Judenrat (conseil juif) qui assure des tâches de ravitaillement, rationnement, distribution, administration… mais aussi la répression des grèves ouvrières du ghetto et le choix des milliers personnes à « sacrifier » à la demande des nazis…

Le Judenrat s’organise autour du collaborateur juif ‘Haim Rumkowski, qui tente de louvoyer honteusement avec les nazis en pensant que la production effrénée peut sauver la population juive.

Mais la collaboration c’est la défaite assurée, et Rumkowski devient vite un « dictateur du ghetto », jusqu’à imprimer des timbres à son effigie, et à contenter les exterminateurs en expliquant aux parents : « Pères et mères : donnez-moi vos enfants ! ».

Seulement voilà, la soumission et la collaboration ne paient jamais, et les nazis décident d’en terminer avec le ghetto en voyant l’avancée de l’Armée Rouge de Staline, synonyme de libération pour les populations juives de l’Est.

À ce moment là, le ghetto de Łódź constitue la plus grande concentration de juifs à l’Est, avec presque 74000 personnes, qui sont déportées en juillet et août 1944 vers Auschwitz et Chelmno. Le 28 août 1944, c’est le collaborateur Rumkowski lui-même qui est dirigé vers les chambres à gaz de Birkenau, dès son arrivée au camp.

On estime que seulement 10000 personnes des 220000 personnes qui passèrent par le ghetto de Łódź survivront à la guerre, et 830 à la liquidation finale (sur plus de 70000). Quant aux « autres », un quart a agonisé et est mort dans le ghetto, et le « reste » a connu l’extermination pure et simple à Birkenau et Chelmno.

Aujourd’hui, Łódź reste une ville industrielle qui se vide de sa population, et qui abrite seulement 350 personnes juives. Elle connaît actuellement une énorme activité néo-nazie, notamment autour de ses deux principaux clubs de foot.

Juif ! Juive !
Plus jamais de collaboration avec les exterminateurs !
Défends ta mémoire, défends ton honneur !

17 août 1915 : lynchage antisémite aux USA

Le saviez-vous ?

Le 27 avril 1913 à 3 heures du matin, le veilleur de nuit d’une usine de crayons d’Atlanta (Géorgie, USA) découvre un corps sans vie : il s’agit de Mary Phagan, jeune ouvrière de 13 ans, retrouvée étranglée et violée.

Après une enquête bâclée, le manager de l’usine, Leo Frank, 29 ans, est inculpé par la justice de Géorgie le 24 mai 1913. Le procès s’ouvre en juillet, devant une très large foule, chauffée à blanc par une campagne antisémite de la presse de Géorgie, voire des USA, l’affaire étant extrêmement médiatisée. Le procès lui-même suscite un déchaînement de racisme antisémite et anti-noir.

Leo Frank est alors condamné à mort, et fait appel. Deux ans plus tard, le 20 juin 1915, le gouverneur de Géorgie avoue que le procès reposait principalement sur des « preuves circonstancielles », ce qui laisse donc un « doute raisonnable » justifiant de ne pas recourir à la peine de mort. Il la commue donc en perpétuité.

La presse bourgeoise attaque alors encore plus violemment Leo Frank, et appelle au lynchage sous l’impulsion notamment de Tom Watson, un éditorialiste et politicien ultra-raciste et ultra-populiste.

C’est précisément ce qui justifie la formation d’un commando pour enlever Leo Frank de prison et le lyncher. Ce commando prend le nom de « Knights of Mary Phagan » (les chevaliers de Mary Phagan), et est composé de presqu’une trentaine de notables bourgeois de Géorgie.

Le 17 août 1915, les notables fascistes lourdement armés attaquent la prison où Leo Frank est enfermé, l’enlèvent, et le mènent à Marietta, Géorgie, pour le pendre à un arbre, selon la tradition

La composition du commando fasciste montre à quel point l’antisémitisme est une arme utilisée par les dominants comme paratonnerre contre la colère du peuple. En effet, il comptait notamment des magistrats, un docteur, un ancien sheriff, un patron, un ancien gouverneur, le fils d’un sénateur US, etc.

Les responsables du lynchage sont ainsi très largement connus, et pourtant aucun n’a été poursuivi. Et pour cause : le juge qui aurait eu la responsabilités des poursuites faisait partie des lyncheurs antisémites !

Par la suite, les « Knights of Mary Phagan », rejoints par des vétérans du Ku Klux Klan (interdit en 1870), formeront en 1915 le noyau d’un second KKK. Celui-ci se développera de manière fulgurante aux USA, selon les conditions concrètes de l’époque, jusqu’à rassembler 4 millions de fascistes en 1924, avant d’être dissout en 1944.

L’affaire Frank Leo est à l’origine de l’exil de 3000 personnes juives de Géorgie, mais aussi de la fondation par le Bnai Brith en 1913 de l’Anti-Defamation League, une grande organisation (bourgeoise) de lutte contre l’antisémitisme aux USA.

Aujourd’hui, l’antisémitisme est en pleine progression aux États-Unis, comme on a pu le voir en janvier – février avec de nombreuses attaques de personnes juives et de synagogues, mais aussi en juin avec l’attentat par un nazi contre le Musée de l’Holocauste.

Le génocide au Rwanda et les puissances impérialistes

Un document maoïste paru dans Révolution #15.
Connaître les génocides, développer la solidarité, combattre l’impérialisme !

Le génocide au Rwanda en 1994 et le rôle des puissances impérialistes, principalement l’impérialisme français

Gregoire Ndahimana, ancien administrateur de Kiivumu pendant le génocide au Rwanda en 1994 et recherché pour le massacre de plus de 2 000 Tutsis, a été arrêté dimanche 9 août en République démocratique du Congo. L’information n’a été communiqué que le 12 août.

L’arrestation de ce génocidaire est ici l’occasion de rappeler le rôle décisif de l’impérialisme français et de sa concurrence avec l’impérialisme US dans le génocide de plus de 800 000 Tutsis.

A l’époque de la colonisation, l’impérialisme belge a appliqué le principe des exploiteurs de « diviser pour mieux régner » en créant de toutes pièces des distinctions liées à des critères physiques et sociaux, sur la base de catégories antérieures liées à leur rôle dans le mode de production. féodale Les « Tutsi » – minoritaires – regroupaient alors les personnes de grande taille, éleveurs et liés à la monarchie rwandaise, les Hutus étant des cultivateurs. L’impérialisme belge a fait des Tutsis une élite servant de relais à sa domination coloniale, puis a soutenu les Hutus face aux aspirations d’indépendance des élites Tutsis, incitant ainsi aux premiers massacres de Tutsis en 1959. C’est à cette époqe que beaucoup de Tutsis se réfugièrent dans l’Ouganda voisin.

Après l’indépendance de façade du Rwanda, l’impérialisme français a « récupéré » le Rwanda qui se situait dans une zone stratégique à la frontière de la zone d’influence de l’impérialisme US, avec notament l’Ouganda.

C’est précisément de l’Ouganda que part l’offensive des exilés Tutsis du FPR (Front Patriotique Rwandais), soutenue par l’impérialisme US en 1990. L’impérialisme français intervient alors pour éviter le basculement du Rwanda dans le camp de l’impérialisme US et former militairement les futurs génocidaires Hutus de 1994, organisés principalement dans les « milices interahamwe ».

Après l’attentat contre l’avion du président rwandais Juvénal Habyarimana le 6 avril 1994, signal du début du génocide qui dura 100 jours jusqu’au 4 juillet, l’impérialisme français continue de vendre des armes et d’offrir un soutien logistique aux génocidaires. En fait, le génocide à coups de machettes des Tutsis et Hutus « modérés » s’est fait sous encadrement de l’impérialisme français et US qui poursuivaient chacun leurs objectifs.

Pendant deux mois à partir du 22 juin 1994, l’opération Turquoise de l’impérialisme français (sous mandat de l’ONU) a permis l’accueil dans l’ambassade française puis l’exfiltration de responsables du génocide vers le Burundi ou le Zaïre (devenu maintenant la RD Congo) de Mobutu, allié de l’impérialisme français, parmi lesquels des proches du président Habyarimana, le président du gouvernement provisoire Théodore Sindikubwabo ou Ferdinand Nahimana, fondateur de la Radio Télévision Libre des Mille Collines qui incitait tous les jours sur ses ondes au génocide.

Finalement, la progression du FPR et sa victoire militaire a porté au pouvoir l’actuel président Paul Kagame, une situation profitable à l’impérialisme US.

Le fonctionnement « habituel » de l’impérialisme est la perprétations de crimes à l’encontre des peuples de la zone des tempêtes et le génocide au Rwanda est une des multiples atrocités planifiées par les forces impérialistes, principalement l’impérialisme français dans ce cas.

La bourgeoisie au service de l’impérialisme sait comment nier la réalité des horreurs qu’elle perpétue et aujourd’hui, quinze ans après les faits, le génocide au Rwanda n’est pratiquement jamais évoqué. En France, la bourgeoisie insiste de manière chauvine sur les actions menées par l’impérialisme US pour mieux se présenter comme une puissance aux pratiques « acceptables ». C’est pourquoi les médias bourgeois parlent toujours de « la France » et non de l’impérialisme français, ce qui conduit les faibles critiques formulées à l’encontre de la diplomatie française à prendre un tour moral et non politique, favorable au statu quo et au renforcement de la démocratie bourgeoise.

De plus, l’éducation nationale au service de la bourgeoisie favorise une approche nationaliste et chauvine en cachant, bien sûr, les crimes impérialistes et en empêchant ainsi d’avoir une vision internationaliste.

En tant que communistes, nous devons donc nous intéresser à l’histoire criminelle et aux atrocités actuelles de l’impérialisme français., ainsi que de tous les impérialismes. Nous devons nous affranchir du cadre réactionnaire de l’éducation bourgeoise, nationale et chauvine pour nous intéresser à l’histoire de tous les peuples du monde. Il s’agit d’une tâche internationaliste indispensable dans le cadre du combat révolutionnaire contre l’impérialisme et pour le communisme!

Exposition sur la Nuit de Cristal

Si vous êtes de région parisienne ou bien simplement de passage, Hapoel s’occupe de vos week-ends !

À l’occasion du 70ème anniversaire de la Nuit de Cristal le 9 novembre 2008, le Mémorial de la Shoah avait organisé une exposition. Celle-ci a de plus été prolongée en janvier dernier, et cela jusqu’au 30 août 2009.

Il ne reste donc plus que trois semaines pour aller visiter cette exposition.

Concrètement, elle se tient au niveau 1 du Mémorial de la Shoah, l’entrée étant bien sûr libre. Le Mémorial de la Shoah se situe à Paris, entre les métros Pont-Marie et Hôtel-de-Ville, et ouvre tous les jours (sauf le samedi) de 10 h à 18 h, et le jeudi jusqu’à 22 h.

Pour plus d’informations, on se reportera au website de l’exposition « La Nuit de Cristal ».

2 août 1944 : la liquidation des tziganes d’Auschwitz

Le camp d’Auschwitz II, plus connu sous le nom de Birkenau, est le pire symbole de l’extermination industrielle des populations juives d’Europe par les nazis. Mais de nombreux personnes tziganes (roms, sintis…) y furent également assassinées.

L’un des épisodes les plus marquants de ce génocide (« Samudaripen » ou « Porajmos ») est ainsi la liquidation, entre le 2 et le 3 août 1944, des 2500 tziganes qui restaient à Birkenau.

En effet, les tziganes avaient été rassembléEs dans une section spéciale, construite à Birkenau en février 1943, et y étaient même regroupéEs par familles. Cela suscitait évidemment de la jalousie parmi la population juive du camp, dont les familles avaient été brisées dès l’entrée du camp (en partie pour finir immédiatement dans les chambres à gaz).

On estime qu’environ 21000 personnes tziganes ont été assassinées à Auschwitz. Les 2500 personnes gazées dans la nuit du 2 août 1944 dans des conditions épouvantables, essentiellement d’origines belge et néerlandaise, étaient donc les dernières, qu’« il fallait un jour » liquider avant de perdre la guerre. Himmler a donc décidé d’en finir, et l’extermination finale fut quasi inattendue.

De manière générale, on estime que le génocide tzigane a touché 200000 à 400000 roms et sintis en Europe. Néanmoins, ce génocide a été beaucoup plus « délocalisé » que le génocide juif, et essentiellement l’œuvre d’Einsatzgruppen (en Pologne) ou des alliés des nazis (en Serbie, en Croatie, avec des camps de tziganes où furent assassinés 99 % de la communauté de Croatie).

Aujourd’hui plus que jamais, à une heure où l’antisémitisme et le racisme anti-rom explosent en parallèle en Europe de l’Est et en Europe centrale (et bientôt en Europe de l’Ouest), il est plus que nécessaire de réaffirmer la solidarité juive – rom, car notre histoire est la même : celle de minorités nationales dans chaque pays, avec des caractéristiques féodales transnationales, et qui se sont trouvées sur le chemin de la barbarie nationaliste la plus frénésique.

Pour nos minorités respectives, il n’y a pas d’autres solutions que de résister main dans la main au fascisme, à une époque où les nazis parlent ouvertement de « solution finale de la question tzigane ». Vive la fraternité juive – rom !

23 juillet 1944 : l’Armée Rouge libère Majdanek

Majdanek était un camp d’extermination dans la proche banlieue de Lublin en Pologne.

Sa construction est décidée le 21 juillet 1941 par Himmler, le camp est construit en octobre, et la chambre à gaz fonctionne à partir d’avril 1942 jusqu’en juillet 1944. Le camp est évacué vers Auschwitz le 17 juillet 1944 à l’approche de l’Armée Rouge, qui libère Majdanek le 23 juillet 1944.

Les nazis incendient des bâtiments, mais à l’arrivée de l’Armée rouge, la chambre à gaz ainsi que de nombreux baraquements sont préservés. Les Soviétiques retrouvent alors 800 000 paires de chaussures dans le camp, dont on peut voir un infime échantillon à Yad VaShem sous une plaque de verre, juste à côté de boîtes ouvertes de Zyklon B également retrouvées à Majdanek…

On estime que 300 000 personnes sont passées par Majdanek (dont 40 % de personnes juives et 35 % de personnes polonaises non juives), avec une capacité de 50 000 personnes au plus fort de son « activité ». On estime également à 78 000 le nombre de personnes qui n’en sont pas revenues.

Aujourd’hui, Majdanek a la particularité d’être préservé quasi en l’état dans lequel les troupes communistes l’ont trouvé (avec néanmoins un indispensable mausolée), contrairement par exemple à Auschwitz qui est transformé en musée.

Ni oubli ni pardon ! Nizkor !

[Le site du musée du camp de Majdanek ; des photos (extrêmement dures, mais qu'il faut savoir affronter) de Majdanek à l'USHMM ; des informations sur les prisonniers de guerre soviétiques et les chaussures retrouvées à Majdanek par là.]

21 juillet 1911 : le début de l’affaire Beilis

Au tournant des 19ème et 20ème siècles, toute une série d’affaires antisémites éclatent en Europe centrale et orientale. Leur base commune est l’ancestrale accusation de meurtre rituel pour préparer des matzot, préjugé issu de l’antisémitisme médiéval chrétien.

On citera notamment l’affaire de Tiszaeszlár (Hongrie, 1882), l’affaire de Xanten (Allemagne, 1891), l’affaire Hilsner (Tchéquie, 1899), l’affaire de Kishinev (Moldavie, 1903), et enfin l’affaire Beilis (Ukraine, 1913).

Cette dernière affaire est d’ailleurs souvent considérée comme l’équivalent de l’affaire Dreyfus en France, ce qui n’est pas forcément exact, puisque ce n’est pas le même antisémitisme ni les mêmes secteurs de la société qui entrent en jeu.

Le saviez-vous ?

En mars 1911, un jeune ukrainien de 13 ans, Andrei Yushchinsky, disparaît sur le chemin de l’école. Son corps est découvert une semaine plus tard près d’une fabrique de briques. Une enquête est alors ouverte, et il s’avérera plus tard que, dès le début, les soupçons s’orientaient vers la mère du jeune garçon, la police russe ayant déterminé que le jeune garçon allait sécher les cours.

Mais ce sera contre Menahem Mendel Beilis, un juif père de cinq enfants et gérant de l’usine près delaquelle le corps d’Andrei a été retrouvé, que la police tsariste s’orientera. Beilis est donc arrêté le 21 juillet 1911, après le témoignage d’un allumeur de réverbères indiquant que c’est un juif qui a enlevé la jeune victime.

Il reste en prison pendant deux ans, dans l’attente de son procès. Pendant ce temps, la presse tsariste lance une violente campagne antisémite, mettant en avant la traditionnelle accusation de meurtre rituel.

Au cours du procès lui-même, en octobre 1913, l’empire russe lance ses meilleurs experts pour démontrer la culpabilité de Beilis, notamment le prêtre Justinas Pranaitis (auteur en 1892 de la brochure antisémite « Le Talmud démasqué », une véritable référence encore aujourd’hui…) qui confirme la « thèse » du sacrifice rituel juif. Le procureur général aussi y va de sa déclaration antisémite.

L’allumeur de réverbères, le témoin-clé accablant Beilis, avoue alors avoir été manipulé la police secrète du Tsar, la sinistrement célèbre Okhrana. Menahem Mendel Beilis est finalement acquitté par le jury (qui ne comporte aucun membre de la minorité juive). Il s’installe ensuite avec sa famille en Palestine, puis au États-Unis en 1920, où il décède en 1934.

Il est important de comprendre pourquoi ce déchaînement antisémite est lancé en 1911-1913, et pourquoi c’est une accusation carrément médiévale qui est mise en avant.

Pour cela, il faut savoir que la Russie a très longtemps été un pays féodal, où les serfs et le servage n’ont été abolis qu’en 1861, où les masses étaient encore largement enfermées dans l’arriération des campagnes, et où le tsarisme était un colosse aux pieds d’argile profitant de l’immensité de l’empire ainsi que de l’obscurantisme énorme dans la paysannerie.

En 1905 éclate une insurrection, réprimée dans le sang, qui montre le climat d’agitation révolutionnaire qui a pu régner dans les villes. En 1913, on est donc seulement un an avant la guerre mondiale, mais aussi quatre ans avant la révolution d’octobre 1917 menée par le parti bolchevik de Lénine.

Le tsarisme a donc besoin à ce moment précis de maintenir les masses dans des mobilisations réactionnaires, et utilise donc les préjugés antisémites chrétiens des masses paysannes (alors qu’un antisémitisme moderne de type racial naît également en Russie à la même époque, avec par exemple le « Protocole des Sages de Sion »).

Il n’est donc pas plus étonnant que naisse également une forte mobilisation en faveur de Beilis et contre l’antisémitisme, de la part des intellectuels progressistes russes, comme l’écrivain communiste Maxime Gorki.

Aujourd’hui comme en 1911-1913, la crise capitaliste accentue la tendance à la guerre, et il est donc inévitable que s’aiguisent aussi les divisions racistes du peuple, notamment les rumeurs contre les minorités juive, chinoise et rrom.

Commémorations de la Rafle du Vél d’Hiv

Comme chaque année à la date anniversaire du 16 juillet, l’Association « Les Fils et Filles des Déportés Juifs de France » (présidée par Serge Klarsfeld) organise un rassemblement à l’emplacement du Vélodrôme d’Hiver, Bd de Grenelle (Métro Bir Hakeim), devant la plaque commémorative. Ce rassemblement se tiendra ce soir à 18h30.

De plus, chaque année depuis 1995 se déroule une « Journée nationale à la mémoire des victimes des crimes racistes et antisémites de l’État français », pour commémorer la Rafle du Vél d’Hiv.

Une célébration officielle se tient donc un dimanche proche du 16 juillet, au square de la place des Martyrs juifs du Vélodrome d’Hiver (Paris 15ème, à l’intersection des quais de Grenelle et Branly). Cette année, la cérémonie aura lieu le 19 juillet 2009 à 10h30, devant le monument de la Rafle du Vél d’Hiv.

Dans l’après-midi du dimanche, deux projections de film auront lieu au Mémorial de la Shoah à Paris, en présence de leurs réalisateurs respectifs : à 15h30, « Gare de la douleur » d’Henri Jouf (fiction, 1984, 23 min) ; à 16h30, « Drancy avenir » d’Arnaud des Pallières (documentaire, 1996, 84 min).

Tous les détails sont par là.

16 juillet 1942 : nous n’oublions pas…

Les 16 et 17 juillet 1942, la police française mène une énorme rafle, dans le cadre d’une opération européenne cyniquement dénommée « vent printanier » par les nazis. On estime que 4500 policiers (sans compter les bus réservés auprès de la régie de transports) participent à cette rafle, organisée à la demande des nazis, mais sans leur participation propre.

L’opération visait initialement seuls les hommes juifs immigrés, mais dans un accès de zèle, l’État français prend les devant en visant des familles entières (avec femmes et enfants), et même plus « seulement » juives immigrées.

Durant ces deux jours de traque (pendant lesquels sont largement mis à profit les fichiers de recensement), plus de 13000 personnes juives (3000 hommes, 6000 femmes, 4000 enfants) sont arrêtés et emmenées avec le strict minimum sur soi. Les familles sont séparées, si bien que pour beaucoup, c’est la dernière fois que les enfants voient leurs parents.

Environ la moitié est envoyée à Drancy, tandis que l’autre moitié est retenue prisonnière au Vélodrome d’Hiver, dans le XVème arrondissement de Paris. De là vient le nom de Rafle du Vél d’Hiv.

Ce sont donc 7000 personnes juives qui doivent survivre pendant cinq jours, à s’entasser dans les gradins sans nourriture et presque sans eau, en attendant d’être conduites dans un camp de transit (Drancy, Beaune-la-Rolande, Pithiviers).

Et après les camp de transit, la déportation vers les camps de la mort…

Sur les 13000 personnes juives arrêtées lors de la rafle du Vél d’Hiv, une quarantaine seulement survivront à Auschwitz, parmi lesquelles ni femme ni enfant.

Le représentant de René Bousquet (secrétaire général de la police nationale en zone occupée, ami proche de Mitterrand) sera inculpé en 1979, mais il mourra avant d’être jugé.

Juif ! Juive ! Rejette tes illusions sur l’État français, rejoins l’Action Antifasciste !
Les juifs n’oublient rien, les juives n’oublient rien ! Plus jamais le Vél d’Hiv !!!

11 juillet 1995 : l’horreur génocidaire à Srebrenica

Walther Rathenau : grand capitaliste, mais juif

Le saviez-vous ?

Le 24 juin 1922, le ministre des affaires étrangères de la République de Weimar est assassiné par les fascistes, dans ce qu’on appellerait aujourd’hui un « drive-by ».

Il s’agissait de Walther Rathenau, né en 1867 dans une famille de grands industriels allemands, d’origine juive mais ultra-assimilée (comme souvent en Allemagne). Son père était le fondateur de AEG (Allgemeine Elektrizitäts-Gesellschaft), le grand monopole capitaliste de l’électrité, dans lequel a travaillé Walther Rathenau à partir de 1899, et où il prend la direction en 1915 à la mort de son père.

Walther Rathenau était très fortement nationaliste, ce qui l’a fait largement soutenir, en tant que grand capitaliste allemand, la politique impériale de l’Allemagne puis la guerre de 1914-1918 (au point d’appeler à la « guerre totale » en mars 1918).

En tant que nationaliste allemand, il prônait pour la minorité juive une lutte contre le sionisme et contre le marxisme, afin qu’elle s’assimile totalement, afin qu’elle soit « plus allemande que les Allemands ». Clairement, il s’agissait d’intégrer la minorité juive (et ses « élites ») dans le giron de la « nation allemande », de la neutraliser dans la période révolutionnaire qu’a connue l’Allemagne (et où de nombreux révolutionnaires étaient d’origine juive, comme la dirigeante communiste Rosa Luxemburg).

Après la guerre, Walther Rathenau intègre la République de Weimar, c’est-à-dire la république « classiquement bourgeoise » d’Allemagne, soumise au traité de Versailles. Il sera d’abord ministre de la reconstruction, ce qui était naturellement un poste-clé pour la bourgeoisie industrielle allemande. Puis en 1922, il deviendra ministre des affaires étrangères.

En tant que ministre des affaires étrangères, Rathenau essaie de renégocier le traité de Versailles, tout en expliquant qu’il faut s’y soumettre : rien de bien étonnant quand on sait que ce traité pesait principalement sur la classe ouvrière d’Allemagne. Il négocie également le traité de Rapallo avec l’URSS qui sort tout juste de la guerre civile.

Sur le plan politique, Walther Rathenau prend parti contre le communisme, et écrit des textes carrément idéalistes bourgeois (par exemple « Où va le monde ? »). Il participe également à la formation d’un parti centriste libéral bourgeois, le Parti démocratique allemand (Deutsche Demokratische Partei), qui s’effondrera totalement avec la crise de 1929.

Car en effet, la république bourgeoise de Weimar a très vite été confrontée aux exigences de la bourgeoisie impérialiste ; celle-ci poussait plutôt à une politique violemment réactionnaire, mais sous une forme « révolutionnaire », et plus seulement « traditionnellement bourgeoise » comme le DDP le proposait : c’est exactement cela le fascisme.

Ainsi, les « corps francs » (Freikorps) se sont partiellement reconvertis dans des organes paramilitaires de partis fascistes (comme la SA du parti nazi), voire dans des organisations ultra-nationalistes prônant directement le terrorisme (comme l’Organisation Consul).

Seulement voilà, Rathenau le capitaliste allemand « old-school » a oublié qu’il était juif, mais pas les fascistes.

Ceux-ci profitent du très fort antisémitisme traditionnel en Allemagne pour attaquer la figure du « juif Rathenau » qui a pactisé avec l’URSS, attaques qu’il faut aussi comprendre dans le cadre des luttes entre factions de la bourgeoisie allemande. Le parti nazi (alors encore peu connu) expliquait par exemple que Rathenau faisait partie d’un « complot juif communiste ».

Le 24 juin 1922, les terroristes de l’Organisation Consul assassinent Walther Rathenau : trois officiers fascistes passent en cabriolet à côté de sa voiture en la mitraillant, lancent une grenade dans la voiture, et prennent la fuite.

Les assassins se suicideront en étant cernés par la police, le conducteur sera condamné à 15 ans de prison, et il s’avérera que la voiture des fascistes a été prêtée par l’intellectuel nazi Ernst von Salomon, qui écopera de seulement 5 ans de prison car il avait moins de 21 ans au moment des faits.

Le 17 juillet 1933, après la conquête du pouvoir par les nazis, Hitler déclare les assassins de Rathenau comme héros nationaux, et fait du 24 juin un jour de célébrations publiques.

Moralité : quand même les capitalistes d’origine juive sont personnellement confrontés à l’antisémitisme, le pouvoir fasciste n’est plus qu’une histoire de quelques années de crise.

Personne n’attaque impunément l’URSS !

Le 22 juin 1941 à 4h du matin, l’Allemagne lance ses hordes nazies à l’assaut de l’URSS de Staline, en rompant le pacte de non-agression (qui a permis à l’URSS, en temporisant, de se construire une véritable défense anti-nazie).

À ce moment, Hitler ne le sait pas encore, mais il est déjà mort. Car personne n’attaque impunément l’URSS, qui est à l’époque le phare et la brigade de choc de la révolution mondiale.

Nous avons déjà parlé le 2 février dernier de Stalingrad (ici et ), et le 8 mai dernier de la capitulation nazie (ici).

La défense de l’URSS contre le nazisme fait intégralement partie de l’héritage de Hapoel, car l’antifascisme à mort porte un nom : Stalingrad.

19 juin 1953 : les Rosenberg martyrs de l’anticommunisme

Les époux Julius et Ethel Rosenberg étaient des communistes d’origine juive new-yorkaise pauvre (bien que Julius soit parvenu à être ingénieur). Suite à leur collaboration au programme nucléaire américain de la guerre, ils ont été accusés d’espionnage au profit de l’URSS. Arrêtés en 1950, ils sont jugés à un procès à charge (sans aucune personne juive au jury alors que New York comptait une très importante minorité juive…), dans l’ambiance de lynchage anticommuniste du « maccarthysme ».

Malgré la très forte mobilisation mondiale de l’humanité démocrate et progressiste (toutes origines confondues), les Rosenberg sont exécutés sur la chaise électrique, le 19 juin 1953. Nous rendons donc aujourd’hui hommage à ces militants communistes qui ont clamé leur innocence jusqu’au bout, et sont aujourd’hui des martyrs de l’anticommunisme et de l’antisémitisme.

Leurs deux enfants ont été adoptés par Abel Meeropol, dont nous avions parlé à propos de la chanson « Strange Fruit ».

« En tuant les Rosenberg, vous avez tout simplement essayé d’arrêter les progrès de la science. Magie, chasse aux sorcières, autodafés, sacrifices — nous avons atteint ce point : votre pays est malade de peur. Vous avez peur de tout : des Russes, des Chinois, des Européens. Vous avez peur les uns des autres. Vous avez peur de l’ombre de votre propre bombe. »
Jean-Paul Sartre, « Les animaux malades de la rage ».

18 juin 1936 : dissolution des ligues fascistes

Le 9 février 1936 meurt le fasciste Jacques Bainville de l’Action Française. À l’occasion de ses obsèques, la voiture de Léon Blum est attaquée boulevard Saint-Germain à Paris par les royalistes (les « Camelots du Roi »), et celui-ci est blessé.

Cet incident, montrant l’ampleur de la menace fasciste, pousse le Front Populaire à un décret de dissolution des ligues factieuses (suite à une loi déjà passée le 10 janvier 1936).

Le président Lebrun signe le décret de dissolution « des associations et groupement de fait, dénommés ci-après : la Ligue d’Action Française, la Fédération Nationale des Camelots du Roi et la Fédération Nationale des Étudiants d’Action Française ».

Suivent également des perquisitions chez l’Action Française et les Camelots du Roi, ainsi que chez ses dirigeants (Charles Maurras, Maxime Real del Sarte, Pierre Juhel, etc.).

Dès le 21 juin, François de la Rocque transforme la ligue dissoute des Croix-de-Feu en Parti Social Français (qui a inspiré aujourd’hui le « Parti Solidaire Français »). Le 28 juin, c’est le social-fasciste Jacques Doriot (ex-PCF) qui fonde le Parti Populaire Français, qui a largement collaboré.

Encore aujourd’hui existe un délit de reconstitution de ligue dissoute, qui date de ce temps-là et qui a paradoxalement beaucoup servi après 1968…

Soyons à la hauteur de notre époque : construisons le front populaire antifasciste !

Accessoirement, l’histoire a retenu l’appel du 18 juin 1940 d’un jeune général français dissident, exilé à Londres et s’exprimant sur des ondes peu écoutées. Mais le mythe de la France éternelle a fait son œuvre, donc ne le dérangeons pas… Et surtout, l’appel du communiste Charles Tillon, le 17 juin 1940, n’a quant à lui jamais existé, bien entendu ! [retranscription chez l'Action Antifasciste Bordeaux]

Young Perez : Tunis 1911 – Auschwitz 1945

En 1931, Victor Young Perez devient champion du monde de boxe, connaissant son heure de gloire en France et en Tunisie. C’est encore aujourd’hui le record de France du plus jeune champion mondial de boxe.

Le saviez-vous ?

Victor Younki naît en janvier 1911, dans une famille juive du quartier populaire de la Hafsia à Tunis. Il quitte l’école assez tôt, et s’engage au Maccabi de Tunis dans la section boxe. Il part en 1927 en France, où il enchaîne les combats après avoir été remarqué par un manager, et obtient son surnom de « Young Perez ». Ainsi, déjà à l’époque, les pays impérialistes pillaient les meilleurs sportifs des colonies et en accaparaient le prestige populaire.

À l’âge de 20 ans seulement, le 24 octobre 1931 au Palais des Sports de Paris, Victor Young Perez accède à la gloire mondiale : il a battu par KO au deuxième round le champion du monde catégorie poids mouche, à savoir l’Américain Frankie Genaro.

Après sa victoire, Victor Young Perez revient à Tunis couvert de gloire, acclamé par 100 000 personnes, et est décoré par le bey de Tunis. Il sort ses parents du quartier juif pauvre (la Hara, en Tunisie), et partage sa richesse nouvellement acquise.

Néanmoins, comme les champions de boxe étaient les stars de cette époque là, Young Perez est inévitablement happé par les sirènes du showbusiness parisien. Et cela d’autant plus que le caractère viriliste de la boxe « donne droit » à des femmes, comme par exemple Mireille Balin, une mannequin et actrice célèbre.

Le 31 octobre 1932 à Manchester, Young cède son titre de champion du monde. Suite à cette défaite, Mireille Balin le quitte, ne pouvant soi-disant pas assumer leur différence d’origines !

Sa carrière connaît ensuite des hauts et des bas, avec notamment une défaite à Paris face à Panama Al Brown en avril 1934. En novembre 1938, Young Perez se retrouve à boxer en pleine Nuit de Cristal à Berlin, sous les huées du public mais toujours fier de ses origines populaires tunisiennes juives.
Cependant, il avait également connu l’antisémitisme en France, où un débat s’était auparavant engagé pour savoir s’il avait uniquement la nationalité tunisienne, donc s’il pouvait combattre pour la France.

Mais Victor Young Perez a juré qu’il ne rentrerait pas à Tunis avant de reconquérir le titre mondial, ce qui le pousse à rester à Paris. Là, il est pris au piège de l’Occupation, qui en fait désormais rien qu’un juif parmi tous les juifs à liquider.

Ainsi, il est arrêté en 1943 par la Milice, et interné à Drancy. Victor Young Perez est déporté à Auschwitz par le convoi n° 60, en novembre 1943.

À Auschwitz, il travaille en esclavage à Auschwitz 3 – Monovitz (« Buna »), à côté de l’usine de caoutchouc d’IG Farben. Il s’avère alors que le commandant du camp est un amateur de boxe. Ce dernier organise donc deux fois par semaine des combats entre prisonniers anciens boxeurs, pour l’amusement de la direction du camp.

Pendant un combat, Young Perez est opposé à un ancien champion allemand poids-lourd, qu’il envoie au tapis de manière fulgurante. Cela lui permet, pour les 15 mois suivants, de combattre deux fois par semaine (contre une fois pour les autres anciens boxeurs).

Travaillant de plus à la cuisine, Victor Perez vole chaque soir une marmite de 50 litres de soupe pour ses camarades, montrant un grand courage et un grand sens de la solidarité, ne se coupant jamais de ses co-détenus (notamment français, particulièrement ceux plus rares d’Afrique du Nord). Il tente même de s’évader, mais est arrêté et soumis à deux semaines de torture.

À l’hiver 1945, au vu de l’approche de l’Armée Rouge de Staline, les nazis décident d’évacuer Auschwitz, et lancent les sinistrement célèbres « marches de la mort ». Victor Young Perez fait à ce moment partie des 51 survivants du convoi 60.

Le 22 janvier 1945, au cinquième jour de marche, la procession qui crève de faim, de froid et de fatigue s’arrête devant le camp de concentration de Glievitz / Gliwice, près de la frontière tchèque. Là, Young Perez sort du rang pour ramener du pain de la cuisine du camp. En revenant, un SS le pointe de sa mitraillette et lui ordonne de s’arrêter, juste devant un petit fossé. Une courte explication s’engage, et Victor Perez ignore vite le nazi, en enjambant le fossé avec son sac de pain.

Victor Young Perez est abattu sur place, le corps rapidement recouvert d’un manteau blanc, alors qu’il vient d’avoir 34 ans. Il n’aura jamais revu la terre de Tunisie.

[La destinée de Victor Young Perez a inspiré un livre pour enfant : « Champion » de G. Rapaport.
Elle a également inspiré une histoire similaire mais fictive, retranscrite en BD : « Carton Jaune » de D. Daeninckx et A. Hanouka.
Enfin, elle sera portée au cinéma dans un film de S. Suissa, cette année si D.ieu veut.
]

Une brève histoire de la minorité algérienne juive

Les communautés juives d’Algérie étaient très anciennes et très diverses. Très vraisemblablement, elles étaient partiellement issues de communautés berbères converties au judaïsme.

En tout cas, pendant l’invasion musulmane du Maghreb, les berbères de toutes tribus et de toutes religions ont résisté, et ont pu tenir têtes pendant des années dans des « guérillas ». On pensera notamment à la reine judéo-berbère Kahina, qui est jusqu’aujourd’hui une fierté populaire amazigh.

En 1391 et 1492, la puissance féodale violemment catholique et antisémite qu’est l’état espagnol de l’époque expulse les Juifs (qui seraient d’ailleurs eux-mêmes issus de l’Afrique du Nord, justement), qui vont s’installer au Maghreb, voire en Turquie et dans l’Europe du Sud-Est.

Beaucoup viendront en Algérie, principalement dans les villes de la côte (retenons Oran, Alger, Constantine), contrairement aux communautés locales (souvent extrêmement pauvres) qui vivaient aussi bien dans les quartiers juifs des grandes villes de l’artisanat, ou bien dans les villages, jusqu’aux limites du désert.

Sous l’occupation ottomane, les occupants poussent à fond la division des masses en poussant aux pogroms contre les Juifs, soumis au statut de dhimmi.

Les Français viennent balayer l’empire ottoman et occuper militairement l’Algérie en 1830. Les Juifs sont très partagés : certains collaboreront comme tête de pont du colonialisme français (il faut le dire, et remarquer qu’il s’agit souvent des plus riches familles juives « livournaises » qui commerçaient déjà en Méditerrannée et étaient souvent polyglottes) ; les larges masses juives, elles, sont très méfiantes à l’égard des troupes françaises menées par des généraux ouvertement antisémites, mais sont prises entre deux oppressions : l’oppression comme minorité religieuse parmi les masses d’Algérie, ou l’oppression coloniale française.

Bientôt, l’Algérie deviendra aussi une colonie de peuplement de la France désormais impérialiste, et les pieds-noirs étaient très très majoritairement antisémites, ce qui est visible dans l’agitation fasciste des années 30 des Français en Algérie.

Parallèlement, les élites juives françaises ultra-assimilées prendront en pitié les communautés algériennes dans la misère, dans un paternalisme… typiquement français, si bien que Crémieux fait passer en 1870 un décret naturalisant français les Juifs d’Algérie. Cette mesure jette politiquement et culturellement les masses juives derrière l’impérialisme français : « diviser pour mieux régner »…

Il est très important pour nous de ne pas cacher la vérité historique, et de bien comprendre la division impérialiste de la nation algérienne par la manipulation colonialiste des communautés juives.

Ainsi, les communautés algériennes juives (très assimilées à en juger par les prénoms, et la langue arabe qui est abandonnéee au profit du français) qui portaient un grand espoir dans la République Française et dans la gauche « républicaine », sont sans doute celles qui ont payé le plus lourd tribut à l’impérialisme français et à l’antisémitisme pieds-noirs comme arabe.

Il faut bien voir que l’antisémitisme français est hégémonique et justifie même de manière exclusive la création de partis et journaux antisémites (comprendre : dont c’est la principale ligne politique, cf. le célèbre « Petit Oranais »). L’abrogation du décret Crémieux est une revendication traditionnelle de l’immenssissime majorité des colons, contrairement aux arabes qui auraient justement voulu étendre ce décret.

Mais les Français poussent le vice impérialiste en montant les arabes contre les juifs sous prétexte que les juifs ont la citoyenneté française, alors qu’ils n’auraient jamais donné le moindre droit politique ni aucune indépendance à l’ensemble du peuple algérien.

L’abrogation est chose faite sous Vichy, les Juifs sont déchus de leur citoyenneté française et sont soumis à la législation antisémite française, ce qui fait bien sentir que la « protection » de la France est en fait très conditionnelle (ce qui a d’ailleurs fait réflechir le mouvement de libération algérien). Des juifs connaissent la déportation, mais essentiellement, on se souviendra des camps de travail en Algérie même, et les brimades inhumaines des soldats indigènes juifs par exemple dans l’Ouest algérien.

Même après le débarquement allié, l’antisémitisme est tellement fort que le décret Crémieux n’est pas immédiatement rétabli (il faudra attendre six longs mois de plus).

Arrivent ensuite le 1er novembre 1954 les « événements d’Algérie », i.e. la Révolution au million de martyrs contre l’impérialisme français. Des juifs rejoignent avec honneur les rangs de la libération nationale, quelques juifs à la mémoire courte rejoignent l’OAS (qui reste antisémite évidemment et qui compte de nombreux vichystes dans ses rangs) mais la majorité reste « neutre » (si cela a un sens pendant une guerre de libération nationale). Le FLN se dit ouvert à tous les Algériens, arabes, kabyles, chaouis, et juifs, car les juifs d’Algérie font partie de la nation arabe et ont leur place dans la libération de la patrie : « L’Algérie est aux Algériens, à tous les Algériens quelle que soit leur origine. », dira Ferhat Abbas.

Mais les nombreux attentats dans les quartiers juifs, dans les synagogues, etc. jetteront malheureusement la communauté juive d’Algérie derrière l’impérialisme français. L’assassinat de Cheikh Raymond le chanteur de maalouf à Constantine en 1961 scellera la fin de la confiance.

Ainsi en 1962, les algériens juifs émigreront en masse en France (grâce à la nationalité déjà acquise depuis presque un siècle) ; c’est d’ailleurs le seul pays arabe où le sionisme était si peu populaire et où l’émigration vers l’état sioniste d’Israel a été si minoritaire.

L’impérialisme français et la réaction arabe auront donc réussi à déraciner des communautés présentes depuis deux millénaires (contrairement aux colons pieds-noirs), et les masses juives algériennes le vivent concrètement comme un exil final extrêmement douloureux car apparemment définitif, après « l’exil intérieur » du décret Crémieux.

« Pendant ce temps, en Algérie », la bourgeoisie nationale qui avait mené la révolution nationale suit le cours normal de presque toutes les bourgeoisies nationales dans les pays semi-coloniaux semi-féodaux : elle se vend au social-impérialisme soviétique, et ne rompra de fait jamais avec l’impérialisme français (notamment pour l’exploitation des hydrocarbures, ainsi que pour les tests nucléaires qui ont été un véritable crime contre les masses du Sud algérien).

Cette bourgeoisie nouvellement compradore a besoin comme dans les autres « états nationaux » arabes d’une idéologie pour retenir la révolte des masses arabes ; elle développera, exactement comme en Égypte, Syrie, Iraq etc. un véritable antisémitisme d’État, alors précisément qu’il n’y a quasi plus de Juifs en Algérie. Le patrimoine culturel algérien juif est alors souillé et détruit, comme la grande synagogue d’Oran [voir photo] qui est transformée en mosquée…

Jusqu’aujourd’hui, le FLN vendu à la France ne peut d’ailleurs s’empêcher des sorties antisémites, comme le ministre des Anciens Combattants il y a peu.

Quant à nous, nous espérons voir de notre vivant le temps où les juifs arabo-berbères pourront retrouver leur place dans la nation arabe et dans la révolution nationale-démocratique arabe, aux côtés de l’ensemble de la nation arabe.

Le grand écrivain kabyle Kateb Yacine disait ainsi :

« Les Juifs et les Arabes, depuis des millénaires, sont des frères. [...] La religion, le sionisme et le nationalisme sont maintenant du passé. L’avenir exige des vues plus larges, fondées sur la confiance, la coopération, la paix. »

De même, le révolutionnaire martiniquais Frantz Fanon, qui a combattu en Algérie pour l’indépendance (à Blida notamment), était également très explicite :

« Une des manœuvres les plus pernicieuses du colonialisme en Algérie fut et reste la division en juifs et musulmans. Les juifs sont en Algérie depuis plus de 2000 ans ; ils font partie intégrante du peuple algérien. Musulmans et juifs, fils d’une même terre, n’ont pas à tomber dans le piège de la provocation. En revanche, ils se doivent de faire front contre elle, ne pas se laisser duper par ceux qui, il n’y a pas si longtemps, envisageaient avec désinvolture l’anéantissement total des juifs comme une étape salutaire de l’évolution de l’humanité. »

Nous conseillons de plus la lecture du livre de l’historien Benjamin Stora « Juifs d’Algérie, les trois exils ». Son œuvre contient des éléments personnels qui parleront sans doute à nos sœurs et frères originaires d’Algérie.

« Bons baisers de la Goulette »

France 5 diffuse, ce soir à 21h25, un documentaire sur l’histoire de la minorité juive de Tunis, « Bons baisers… de la Goulette ». Rappelons qu’en parallèle a lieu aujourd’hui et demain le pèlerinage de Lag BaOmer à Djerba.

La Goulette est le port de Tunis qui a historiquement abrité une très forte minorité italienne et une forte minorité juive. Minorité juive très ancienne, qui est passée en Tunisie de 110000 à 1200 personnes en moins de cinquante ans.

Il est très important pour toute personne juive et plus généralement pour toute personne arabe (pas seulement juive arabe) de connaître cette histoire tunisienne remontant à plus de 2500 ans, ainsi que l’histoire de la division de la nation arabe entre autres par l’empire ottoman, par l’impérialisme français, par le nazisme, par la pseudo-libération nationale tunisienne, et enfin par les islamistes.

Mais au-delà de l’aspect historique essentiel, on regardera ce documentaire pour les témoignages de la Goulette dans lesquels certainEs ne manqueront pas de se reconnaître, et pour les lumières qui ne manqueront pas de raviver certaines nostalgies…

Enfin, pour celles et ceux qui n’en auraient pas eu assez ce soir, on rappelle l’immanquable site Harissa.com.

Journée nationale de commémoration de la traite négrière

Pour les ParisienNEs, une commémoration se tiendra à Fontenay-sous-Bois dans le 94, de 10h à 22h, au parc de l’hôtel de ville.

Mordechaj Anielewicz, présent !

Le 8 mai 1943, une partie du commandement de la ŻOB, parmi laquelle le dirigeant Mordechaj Anielewicz (HaShomer HaTzair, sioniste socialiste), se sacrifia dans son bunker du 18, rue Miła.

Honneur aux combattantEs du Ghetto de Varsovie !

Mauthausen, dernier camp libéré, le 5 mai 1945

Sur la bannière, il est écrit (en castillan, anglais et russe) :
« Los Españoles Antifascistas saludan a la fuerzas liberadoras »
(= « Les antifascistes espagnolEs saluent les forces de libération »)

29 avril 1945 : libération de Dachau

Il y a 94 ans, le génocide arménien

« Il a été précédemment communiqué que le gouvernement, sur l’ordre du Djémièt, a décidé d’exterminer entièrement tous les Arméniens habitant en Turquie. Ceux qui s’opposeraient à cet ordre et à cette décision ne pourraient faire partie de la forme gouvernementale. Sans égard pour les femmes, les enfants et les infirmes, quelque tragiques que puissent être les moyens de l’extermination, sans écouter les sentiments de la conscience, il faut mettre fin à leur existence. »

Télégramme adressé par Talaat Pacha à la préfecture d’Alep, le 29 septembre 1915.

Il y a 94 ans, les milieux intellectuels arméniens de Constantinople ont subi rafles et exécutions. C’est cette date du 24 avril 1915 qui sera retenue pour commémorer le génocide arménien, qui a fait 1,5 millions de victimes arméniennes, 500 000 victimes assyro-chaldéennes-syriaques, 350 000 victimes grecques, ainsi que des centaines de milliers de victimes kurdes, utilisées puis trahies par les génocidaires turques.

Nos pensées vont aujourd’hui à nos frères et sœurs arménienNEs et à leurs familles, dont la diaspora (de Jérusalem à Marseille) est historiquement issue de cette extermination fasciste.

Le XIXe siècle marque la décadence de l’Empire ottoman, qui avait connu son véritable avènement à partir de 1453 à la prise de Constantinople.

En effet, c’est le siècle du développement des bourgeoisies nationales en Europe ainsi que l’expansionnisme des pays les plus avancés : indépendance de la Grèce en 1821 ; protectorat français sur l’Algérie en 1830 ; expansionnisme tsariste russe qui conduit à la guerre en 1877, aux indépendances dans les Balkans en 1878, et à la scission de l’Arménie ; pénétration impérialiste des capitaux anglais, allemands et autrichiens ; tractations avec l’impérialisme anglais pour Chypre sur le dos de l’Arménie ; etc.

C’est cette ruine et cette décadence de la féodalité ottomane qui font surgir la « question arménienne », notamment avec la guerre russo-turque. Dès 1879, le Grand Vizir fait part de l’intention des dominants ottomans de « faire disparaître à jamais le peuple arménien », avec la complicité de l’impérialisme anglais.

À la fin du XIXe siècle, la majorité du peuple arménien vit dans l’Empire ottoman, essentiellement en Anatolie orientale, mais aussi une importante communauté à Constantinople (ancien nom d’Istanbul). Dans sa grande majorité, le peuple arménien est alors constitué de paysans pauvres, considérés comme des sujets de seconde zone, subissant régulièrement les chantages de nomades kurdes de plus en plus souvent armés par le gouvernement.

Avant 1894, la population de l’actuelle Turquie est composée pour moitié de trois millions de Turcs / Turques et d’autant d’ArménienNEs ; l’autre moitié est totalement multinationale et consiste en des Kurdes, GrecQUEs, Assyro-ChaldéenNEs, Lazes, Tcherkesses, Arabes, Juifs / Juives, etc.

Entre 1885 et 1890 naissent trois partis arméniens importants (l’Armenakan, le Hentchak, le Dachnak) qui pratiquent l’autodéfense contre l’armée turque et les bandits kurdes instrumentalisés par l’Empire ottoman.

Le processus d’extermination du peuple arménien à proprement parler débute en 1894.

Au printemps 1894, les Arméniens à l’ouest du lac de Van se défendent contre les mercenaires Kurde, qui reçoivent du sultan Abdul Hamid d’énormes renforts et se livrent durant plusieurs semaines à des pogroms massifs, avec la complicité des impérialistes. Même Constantinople est le théâtre des massacres, qui doivent alors être suspendus en 1896.

Ces deux ans de massacres transforment l’Arménie en un champ de ruines. Entre les 300 000 personnes tuées, les 50 000 orphelinEs et les 100 000 réfugiéEs, la population arménienne de l’Empire ottoman diminue de plus de 500 000 personnes entre 1894 et 1896.

En 1908, les « Jeunes Turcs » arrivent au pouvoir de l’Empire ottoman, soutenus même par le Dachnak arménien. Ils représentent les intérêts de la bourgeoisie commerçante et des propriétaires terriens turcs. Afin d’éviter la révolution agraire « par en bas », ils opposent des réformes modernisatrices « par en haut » (comme plus tard le kémalisme).

Mais cette bourgeoisie turque a besoin de l’unité nationale pour se développer (notamment contre la bourgeoisie nationale grecque dans l’Empire et en Grèce), et ses mots d’ordres de « fraternité » multinationale ne servent qu’à masquer son idéologie violemment nationaliste voire suprémaciste : le panturquisme / pantouranisme, qui rêve (encore aujourd’hui) d’une Turquie « du Bosphore à la Chine ».

Ce projet d’unification nationale trouve alors naturellement comme obstacle la nation arménienne en gestation, ainsi que les masses paysannes : l’Arménie n’avait qu’à pas se trouver entre le Bosphore et la Chine…

En avril 1909, il y a à peine plus d’un siècle jour pour jour, des massacres éclatent dans la région d’Adana en Cilicie (sur les bords de la Méditerranée), faisant 30 000 mortEs en deux semaines.

En 1913, les trois dirigeants « Jeunes Turcs » de l’Ittihad, Talaat, Enver et Djemal, établissent une dictature militaire, tandis que l’Arménie allait peut-être accéder à son indépendance nationale. À l’approche de la guerre impérialiste, le fascisme turc réquisitionne les armes arméniennes, et réactive l’« Organisation spéciale », chargée de coordonner le programme d’extermination sous la direction du Comité Central du parti Jeune Turc et du Dr Chakir, l’un des théoriciens du génocide.

En 1914, à la veille de la guerre impérialiste, les ArménienNEs n’étaient plus que 2 250 000 dans l’Empire ottoman.

Le 29 octobre 1914, l’impérialisme allemand entraîne l’Empire ottoman dans la guerre impérialiste. La situation est alors « mûre » pour liquider l’obstacle arménien à l’unification nationale panturque.

À l’aube du 24 avril 1915, le coup d’envoi du génocide est donné à Constantinople, par la rafle de 650 intellectuels, notables, religieux, enseignants et dirigeants arméniens, chiffre qui gonflera jusqu’à 2000 les jours suivants : déportés, torturés, assassinés. Dans tout l’Empire ottoman, le scénario est identique : le peuple arménien est décapité, sans direction politique.

Auparavant, en janvier 1915, on désarme les 250 000 soldats arméniens de l’armée ottomane. Ces soldats, affectés au travail forcé, seront plus tard exécutés, dans des fosses communes qu’ils auront creusées. Les masses arméniennes vivant dans l’Empire ottoman sont donc également privées de toute direction militaire.

À l’automne 1915, environ 800 000 ArménienNEs ont été exterminéEs (ou pour quelques milliers convertiEs à l’Islam).

Ce n’est absolument pas un hasard si le génocide arménien est déclenché avec la guerre impérialiste : il en sera plus tard de même avec la « solution finale de la question juive ».

Nous devons considérer comme correcte la thèse communiste comme quoi l’impérialisme prend une dimension barbare et génocidaire pendant les guerres impérialistes. L’extermination est rendue possible et effective par les mobilisations fascistes de masse qui accompagnent la marche à la guerre impérialiste : c’est ce qui s’est produit en Turquie, mais sous la direction d’une bourgeoisie nationale prenant les devants contre la révolution agraire.

À l’automne 1915 commence une deuxième phase du génocide arménien : celle des déportations et des marches de la mort.

Les convois de déportation regroupent 1 000 à 3 000 personnes. Les hommes de plus de 15 ans sont séparés des convois et transportés dans lieux prévus à l’avance pour les assassiner.

Quant aux convois eux-mêmes, ils sont parfois exterminés sur place à la sortie des villages ou des villes, mais surtout envoyés dans le désert syrien par des marches de la mort, privés d’eau et de nourriture, sujets aux exactions turques mais aussi kurdes et tcherkesses. Les survivantEs arrivés à Ras ul-Aïn ou à Deir-Zor seront parquéEs dans des camps de concentration dans le désert et exterminéEs par l’« Organisation spéciale », par la famine, les baïonnettes et le feu.

À l’automne 1916, les deux tiers des ArménienNEs de l’Empire ottoman sont exterminéEs, soit environ 1 500 000 personnes arrachées par la mort à l’Arménie historique.

Il reste à ce moment en vie : les ArménienNEs de Constantinople et d’Izmir, 350 000 refugiéEs en Arménie russe, des résistants arméniens qui résistent dans la montagne, et des milliers de femmes et d’enfants qui ont pu bénéficier d’une solidarité turque, kurde ou arabe.

Au vu de ce qui leur était destiné, il y eut des tentatives de résistance arménienne, avec le peu de moyens du bord. On pensera notamment aux « quarante jours du Moussa-Dagh », qui ont servi de base à un roman connu. Sur cette montagne de la côte méditerranéenne, une héroïque poche de résistance de 600 combattants, protégeant presque 5 000 femmes et enfants, a résisté plus de 40 jours au siège de l’armée turque. Les 4 000 survivantEs purent être secouruEs par un bateau (français).

Il faut être conscientE du rôle de l’impérialisme allemand dans ce génocide. Ce seraient les Allemands qui auraient suggéré la méthode, alors nouvelle, des déportations. Pendant toute la guerre, le militarisme allemand était omniprésent en Turquie, et un général avait validé les déportations. Quant à état-major allemand du gouverneur de Syrie, il s’était « illustré » pour les massacres de Moussa-Dagh et d’Urfa. Enfin, à la capitulation, les dirigeants Jeunes Turcs trouveront l’asile en Allemagne.

Ce génocide ne semblait pas suffire au fascisme turc, puisque les massacres continueront à se succéder jusqu’en 1922.

Ainsi, les génocidaires profiteront de la retraite d’Arménie orientale de l’Armée nouvellement Rouge en 1917, pour lancer une offensive, arrêtée en mai 1918 près d’Erevan par la mobilisation populaire arménienne. Le 28 mai 1918 verra le jour la première République d’Arménie.

À partir de la capitulation ottomane à la fin 1918, se succéderont les promesses et les trahisons des impérialismes anglais et français.

Au chapitre des promesses : le traité de Sèvres et un territoire arménien conséquent, ou les gages donnés par la condamnation à mort par contumace des dirigeants Jeunes Turcs en juillet 1919 (Talaat sera d’ailleurs assassiné en Allemagne en 1921, et le vengeur arménien acquitté).

Mais avec la Sainte-Alliance impérialiste au lendemain de la guerre contre la Révolution d’Octobre, la Turquie pourra servir de base-arrière, ce qui lui permettra de n’être en réalité jamais démobilisée dans sa guerre contre le peuple arménien.

Ainsi, avec l’accession au pouvoir d’un nouveau fascisme modernisateur contre la révolution agraire, le kémalisme, la Turquie mène une offensive contre la jeune République d’Arménie, qui fait encore 200 000 victimes. L’Armée Rouge sauvera l’Arménie, en intervenant au dernier moment.

Car le kémalisme est l’héritier direct des projets pantouranistes, et l’unification nationale passe encore et toujours par la liquidation de la minorité arménienne de Turquie.

Les projets exterminateurs continuent donc leur cours tragique, cette fois contre les rescapéEs des grandes déportations, qui sont revenuEs par exemple dans une poche de Cilicie « protégée » par l’impérialisme français.

Bien évidemment, les français trahissent, et le fasciste Kemal massacre 25 000 ArménienNEs, vouant les autres à l’exil, notamment en Syrie, au Liban, en Palestine (d’où le quartier arménien dans la vieille ville de Jérusalem), ou encore à Marseille et Paris.

Enfin, en 1922 à Izmir, les ArménienNEs furent massacréEs, avec des GrecQUEs, pour la dernière fois en Turquie. Là encore, l’exil forcé.

Ainsi, si le génocide arménien avait été largement réalisé par le sultan Abdul Hamid, puis surtout par le fascisme Jeune Turc, c’est bien le kemalisme qui a « terminé le travail ».

Aujourd’hui, le fascisme kemaliste est encore d’actualité dans l’État turc, d’où le négationnisme officiel le plus éhonté (dont nous parlerons cette après-midi) : c’est la continuité de l’État fasciste à la Papon.

Seule la révolution démocratique assume actuellement en Turquie la nature multinationale de l’Anatolie, la reconnaissance complète du génocide arménien, et la nature fasciste du régime kemaliste. Ce qui explique l’importance des minorités kurdes, arabes, arméniennes, juives, grecques, lazes, alévies dans les rangs communistes.

Pour connaître et comprendre l’histoire du génocide arménien, nous conseillons entre autres le site Imprescriptible. Concernant l’analyse du fascisme turc, nous adhérons entièrement aux thèses maoïstes d’Ibrahim Kaypakkaya.

Vive la fraternité juive – arménienne !
Souvenons-nous des 2,5 millions de martyrEs du fascisme turc.

Honneur à la ŻOB, honneur à Marek Edelman !

Combattant antifasciste polonais de la première heure (avant la guerre), bundiste, Marek Edelman fondera en 1942 la ŻOB, aux côtés de Mordechaj Anielewicz. Sa famille, bundiste aussi, avait auparavant fui vers l’URSS dès 1939.

Après le sacrifice d’Anielewicz le 8 mai 1943, Marek Edelman assumera la direction de l’insurrection du Ghetto. Il parviendra à fuir par les égoûts avant l’incendie général par les nazis, et rejoindra la résistance polonaise, avec laquelle il participera au soulèvement de Varsovie en 1944 (qui coûta la vie à 200 000 VarsovienNEs et se solda par la quasi démolition de la ville par les nazis).

Après la guerre, il comptera parmi les 12 combattantEs du ghetto encore en vie, et il fera le choix de rester en Pologne, malgré les campagnes antisémites social-fascistes dont il sera l’une des victimes.

Marek Edelman a toujours refusé d’assister aux commémorations officielles, mais chaque 19 avril, il marche aux sons des chants yiddish du Bund jusqu’à l’ancien ghetto, et se recueille devant les monuments à la mémoire des combattantEs.

Malgré son témoignage à Jérusalem pendant le procès d’Eichmann, Marek Edelman n’a jamais reçu aucune décoration de l’État sioniste. Et pour cause.

Les sionistes gomment totalement la diversité des combattants du ghetto, hébraïsent tous les noms d’organisations combattantes, et font finalement de l’insurrection du ghetto une insurrection sioniste. D’où les (très justes) honneurs rendus à l’HaShomer, au Beitar, à HeHalutz, mais jamais aux communistes et aux bundistes.

Nous livrons ici quelques citations de Marek Edelman (dont une assez récente), témoignages précieux d’un des rares survivantEs du ghetto.

« On savait parfaitement qu’on ne pouvait en aucun cas gagner. Face à 220 garçons mal armés, il y avait une armée puissante.

Nous, nous n’avions pour nous tous qu’une seule mitrailleuse, des pistolets, des grenades, des bouteilles avec de l’essence et tout juste deux mines dont une n’a même pas explosé. »

« On savait qu’on devait mourir.

Comme tous ceux qui étaient envoyés à Treblinka.

Mais c’était plus facile de mourir une arme à la main que dans une chambre à gaz. Leur mort était beaucoup plus héroïque que la nôtre.

Nous, on ne savait pas à quel moment une balle allait nous atteindre. Eux, ils devaient attendre une mort certaine, dévêtus dans une chambre à gaz, ou debout au bord d’une fosse commune, attendant une balle dans la nuque. »

« Les Allemands ne s’attendaient pas à une quelconque résistance et encore moins à une vraie action armée. Pourtant on a tenu trois semaines, surtout grâce au soutien de la population qui était de notre côté et qui nous masquait.

Toute guérilla dans une ville, que ce soit à Varsovie en 1943, ou maintenant en Irak, est la lutte la plus difficile à combattre. »

Apprendre de l’histoire de la Żydowska Organizacja Bojowa !

L’insurrection du ghetto de Varsovie, du 19 avril au 16 mai 1943, est l’un des plus grands symboles de résistance antifasciste.

La lutte des 60 000 juifs et juives enferméEs dans le ghetto n’avait aucune chance de réussir. Illes le savaient, mais elle devait être un symbole de résistance, un soutien à la lutte générale contre le nazisme, une manière d’alerter le monde et ce alors que 270 000 personnes juives de la ville avaient déjà été déportées.

Le ghetto s’étalait sur une surface de 400 hectares, faisant 2,4 % de la superficie totale de Varsovie ; il y avait 27 000 appartements sur ce territoire fermé par un mur de 3 mètres de haut (sur 18 kilomètres).

La résistance du ghetto a été chapeautée par une organisation, la Żydowska Organizacja Bojowa (Organisation Juive de Combat – en yiddish יידישע קאמף ארגאניזאציע, Yiddishe Kampf Organizatzya), fondée le 22 juillet 1942.

Son dirigeant était Mordechai Anielewicz. En janvier 1943 il avait mené la première attaque contre l’armée allemande dans le ghetto. Cette attaque avait amené l’arrêt des déportations et eut un grand écho dans la population, qui entreprit alors de cesser sa soumission et suivit les plans de résistance de la ŻOB [note de Hapoel : prononcer JOB !] particulièrement par la construction de centaines d’abris souterrains pour résister à la déportation finale.

La ŻOB avait été précédée dans l’organisation de la résistance par le Front Antifasciste créé en mars 1942 sous l’impulsion de Joseph Lewartowski – envoyé par le Komintern pour reconstruire le Parti Communiste et organiser la lutte antifasciste. Il regroupait le Parti des Ouvriers Polonais (PC) et des partis sionistes de gauche.

Les premières actions de la ŻOB furent d’apprendre ce qui advenait aux personnes emmenées dans les trains et de se procurer des armes. Pour se procurer des armes, plusieurs émissaires furent envoyés auprès des différents fronts de résistance (Armée Nationale liée à Londres et l’Armée intérieur (AK) liée au POP-PC), mais peu les aideront, l’antisémitisme étant très fort parmi les partis nationalistes polonais. Seul le Parti Communiste, pourtant très petit, fournit un nombre conséquent d’armes et quelques combattantEs.

Lorsque les nazis décidèrent de liquider le ghetto le 19 avril 1943 (le soir de Pessa’h), la ŻOB regroupait 3 000 membres, dont seulEs combattantEs 600 disposaient de pistolets, et les autres d’explosifs de fortune (comme les cocktails molotov). La ŻOB formait le cœur de la lutte des 30 000 personnes juives restant dans le ghetto. Les rues étaient vides et les nazis durent faire face à la guérilla. Ils décidèrent alors de tout détruire.

Les nazis mirent 27 jours pour achever leur sombre plan et marquer leur victoire par la destruction, le 16 mai 1943, de la Grande Synagogue de la rue Tlomacki.

Le général SS Jürgen Stroop estima alors avoir capturé 56 065 Juifs et détruit 631 abris, tuant 7 000 personnes juives durant la révolte, alors que 7 000 autres étaient immédiatement déportées et exterminées à Treblinka.

Beaucoup de membres de la ŻOB et de personnes juives du ghetto préférèrent se suicider plutôt que d’être priSEs et déportéEs par les nazis ; comme par exemple le leader de la ŻOB, Mordechaj Anielewicz, qui se suicida le 8 mai 1943 plutôt que de finir dans les camps.

La ŻOB était un front uni de différentes organisations juives, soit communistes, soit socialistes, soit sionistes-socialistes :

- PPR (Parti des Ouvriers Polonais – Parti Communiste) avec 4 équipes ;
- Dror HeHalutz (Liberté – le pionnier) avec 5 équipes ;
- HaShomer HaTzair (la Jeune Garde) avec 4 équipes ;
- le Bund (socialistes) avec 4 équipes ;
- Gordonia (de A.D. Gordon, dirigeant sioniste socialiste) avec 1 équipe ;
- Akiva (Bnei Akiva, un mouvement religieux) avec 1 équipe ;
- HaNo’ar HaTziyoni (Jeunesse sioniste) avec 1 équipe ;
- Po’alei Tzion Smol (Ouvriers de Sion – gauche) avec 1 équipe.

À côté de la ŻOB existait le ŻZW (Żydowski Zwiazek Wojskowy – Union Militaire Juive) dirigé par Pavel Frenkel, une organisation générée par le Betar, qui étant nationaliste a été considérée comme n’ayant pas sa place dans la ŻOB.

Il va de soi également que les sionistes réécrivent l’histoire, inventant un rôle prééminent du ŻZW sur le plan militaire (alors que sa stratégie consistait en une concentration de force en un seul point au dépens de la ligne de masse-guérilla prônée par la ŻOB), en surestimant leur nombres et évidemment en hébraïsant les noms au dépens du yiddish et du polonais (« Irgoun Yehoudi Lohem » pour la ŻOB, « Irgoun Hatzvaït Hayehoudi » pour le ZZW).

[Document commun de l'Action Antifasciste, corrigé par nos soins, disponible dans la section documents de Hapoel, mais aussi par ici.]

Et sans jamais nous rendre !

« Sachez donc qu’aujourd’hui comme hier,
chaque seuil du Ghetto sera une forteresse.

Sachez que nous tous,
nous voilà prêts à mourir au combat,
et sans jamais nous rendre !

Comme vous, nous désirons la revanche,
nous voulons le châtiment de tous les crimes perpétrés par l’ennemi commun.

Nous nous battons pour notre liberté et la vôtre,
pour notre honneur et pour le vôtre,
pour notre dignité humaine, sociale, nationale et pour la vôtre !

Vengeons les crimes d’Auschwitz, de Treblinka, de Belzec, de Majdanek !

Vive la fraternité d’âme et de sang de la Pologne combattante !

Morts aux bourreaux, mort aux tortionnaires !

Vive le combat à vie et à mort contre l’occupant ! »

Organisation juive de combat, 23 avril 1943.

Honneur aux insurgéEs du Ghetto de Varsovie !

À la veille de la guerre et de l’invasion nazie en septembre 1939, Varsovie abrite une forte minorité juive de 380 000 personnes, soit 30 % de la population varsovienne.

Le jour de Kippour 1940 est établi le ghetto, dans le centre-ville de Varsovie, cerné par un mur de 18 km de long, haut de plusieurs mètres et renforcé de barbelés.

C’est bien simple : la vie dans le ghetto, c’est l’antichambre de l’enfer sur Terre.

Misère extrême, famine permanente, froid glacial, maladies rongeant vieillards et enfants, cadavres dans les rues. Et l’incessante menace d’une Aktion nazie, où n’importe qui peut être torturéE, violéE, abattuE arbitrairement.

À l’été 1942 commence la déportation vers Treblinka.

La première vague de déportations vers les camps d’extermination, avec des rafles à n’importe quelle heure du jour et de la nuit, ramène la population du ghetto de 450 000 à 70 000 âmes début 1943.

En janvier 1943, les organisations de résistance juive s’opposent militairement aux déportations, prenant le contrôle du ghetto.

Les forces d’occupation mettent un certain temps à réagir, mais le soir de Pessa’h 1943, les nazis entrent dans le ghetto, prévoyant de le prendre en trois jours.

Le 19 avril 1943, ce sont donc quelques centaines de jeunes combattantEs du ghetto qui choisissent de résister les armes à la main, et lancent l’insurrection du ghetto de Varsovie.

L’Organisation Juive de Combat (ŻOB) et l’Union Militaire Juive (ŻZW) tiendront 27 jours.

Jusqu’au 16 mai, avec l’incendie total du ghetto et la liquidation finale de la population juive de Varsovie par les nazis, marquée également par la destruction de la Grande Synagogue.

Environ 7 000 personnes juives sont tuées durant les combats, 6 000 autres sont brûlées vives ou gazées durant l’anéantissement du ghetto, et les survivantEs seront déportéEs à Treblinka et Majdanek.

L’insurrection du ghetto était vouée à la défaite militaire et à l’extermination. Les résistantEs le savaient. Mais illes ont livré leur dernière bataille, refusant d’aller à l’abattoir comme des bêtes.

Les martyrEs du ghetto de Varsovie sont l’honneur et la dignité du peuple juif. L’honneur et la dignité des peuples du monde, et de l’humanité toute entière.

Aucun hommage ne sera jamais à la hauteur de leur courage.

« Nous ne voulons pas sauver notre vie.
Personne ne sortira vivant d’ici.
Nous voulons sauver la dignité humaine.
»

Arie Wilner, combattant de la ŻOB.

La photo ci-dessus est de début mai 1943, en pleine insurrection du ghetto. Elle n’est pas une image « symbole », une image « emblématique ». Cette photo renvoie très concrètement à la liquidation du ghetto de Varsovie. Une liquidation qui n’a rien eu d’abstrait ni de symbolique.

[Nous poursuivrons demain l'hommage à la révolte du ghetto de Varsovie.]

Drancy, l’antichambre de la mort

Le camp de Drancy a été d’août 1941 à août 1944 un lieu central dans la déportation des personnes juives de France.

Ce camp était en fait une Habitation Bon Marché jamais finalisée, qui fut d’office transformée en camp d’internement, puis de transit, puis de concentration. Il s’agit d’un bâtiment en forme de U, dans la cité de la Muette à Drancy, dans l’actuelle Seine-Saint-Denis (alors dans le département de la Seine)

En août 1939, à la veille de la guerre, le Parti Communiste est interdit, et nombre de militantEs sont emprisonnéEs dans le « fer à cheval », jusqu’à juin 1940 : il suffit en effet de barbelés et de miradors pour en faire un camp d’internement.

Dès la déclaration de guerre, en septembre 1939, le ministère de la guerre en fait un camp de prisonniers de guerre, qui restera par conséquent un peu vide… à part l’emprisonnement des communistes bien sûr.

Le 14 juin 1940, les troupes allemandes entrent dans Paris, et le camp de Drancy est d’office réquisitionné, ce qui est officialisé lors de la capitulation pétainiste le 17 juin. Jusqu’en août 1941, les occupants nazis y enferment des prisonniers de guerre anglais et français en transit vers l’Allemagne, ainsi que des civilEs britanniques, grecQUEs, yougoslaves.

L’histoire du camp de Drancy comme camp spécifiquement juif se subdivise en trois phases, correspondant aux trois directions nazies. C’est le 20 août 1941 que s’opère ce tournant des nazis.

En effet, ce 20 août, la police parisienne cerne le XIe arrondissement et arrête presque 3000 juifs. Les rafles s’étendent les jours suivants à tout Paris, et au final, ce sont presque 4300 personnes juives, majoritairement étrangères, qui sont internées à Drancy, ouvert le 20 août.

La première période est donc celle de Drancy sous Dannecker, qui s’étend du 20 août 1941 au 16 juillet 1942.

Suite à la rafle du XIe arrondissement, rien n’a été prévu à Drancy pour accueillir tant d’hommes, les « aménagements » ne sont pas achevés, et la famine sévit (d’où le marché noir dont profitent allègrement les gendarmes français en charge du camp). Suite aux morts de faim, les internés auront le droit recevoir des colis alimentaires. Drancy servira notamment aussi de « vivier » d’otages pour les occupants.

Quant à l’administration du camp, elle est sous la tutelle du nazi Dannecker, mais il est essentiel de comprendre qu’elle est en fait assurée par la gendarmerie française, qui logeait déjà depuis bien avant la guerre dans le reste de la cité de la Muette.

Le 22 juin 1942 part le premier convoi de Drancy, le convoi 3 (les deux premiers étant partis de Compiègne). Ce convoi, composé de 934 hommes de Drancy et de 66 femmes du camp des Tourelles, partira de la gare du Bourget-Drancy où passaient déjà traditionnellement les trains vers l’Allemagne… puis vers la Pologne. 34 survivantEs de ce convoi sont rentréEs en 1945.

La deuxième période est celle de Drancy sous Röthke, qui s’étend du 16 juillet 1942 au 2 juillet 1943.

Elle commence avec la Rafle du Vel’ d’Hiv des 16 et 17 juillet 1942, où plus de 13000 personnes juives sont arrêtés. Parmi elles, 5000 personnes seules ou des couples sans enfants sont internéEs à Drancy. Et seront déportéEs dès le 19.

Les autres rafléEs (1000 hommes, 3000 femmes, 4000 enfants) seront transféréEs vers Pithiviers et Beaune-la-Rolande. Les parents sont déportéEs directement à Auschwitz jusqu’au début août. Danneker demande alors à Eichmann l’autorisation de déporter également les enfants, mais le temps que celle-ci arrive, les parents ont déjà été déportéEs. Ce sont donc 3000 enfants seulEs qui arrivent à Drancy à partir du 15 août, pour être déportéEs.

La troisième période est celle de Drancy sous Aloïs Brünner, qui s’étend du 2 juillet 1943 au 17 août 1944.

En effet, le 2 juillet 1943, c’est une équipe dirigeante allemande qui prend le contrôle du camp. L’administration française est relevée de ses fonctions, et la gendarmerie française n’assure « plus que » la garde extérieure.

Drancy devient alors un véritable camp de concentration nazi, dont les prisonniers assument une part importante de l’administration, car le régime de la « responsabilité collective » est instauré (comprendre : tout le monde est otage, par « paquets » de cinquante)

Ce régime de la « responsabilité collective » oblige donc toute résistance à s’assumer comme collective et massive, au service de l’ensemble des personnes juives internées.

En septembre 1943, les résistants du camp creusent donc un tunnel, prévu pour faire évader la totalité du camp, en une nuit. Lorsqu’il est découvert par les SS, le tunnel mesure 38,5m de long, est consolidé et éclairé, et doit aboutir dans 1,5m.

Les SS arrêtent alors 14 résistants. Aucun ne parle, même sous la torture nazie. Ils seront déportés par le convoi 62, le 20 novembre 1943, et douze parviendront à s’évader et rejoindre la Résistance.

Pour finir, le 31 juillet, alors que les Alliés s’approchent de Paris, les dernierEs enfants et adolescentEs sont déportéEs par le convoi 77.

Suite à des rumeurs comme quoi tout le camp doit être déporté, les prisonnierEs se mettent en lien avec la Résistance, se procurent des armes, et font sortir une liste des noms.

Enfin, le 17 août 1944, le SS Aloïs Brünner prend la fuite, deux jours avant l’insurrection de Paris.

En effet, les SS quittent le camp, avec 50 otages, essentiellement des résistants en prison à Fresnes ou au Cherche Midi. La plupart parviendront à s’évader.

Les sorties du Camp de Drancy commencent officiellement le vendredi 18 et se terminent le dimanche, sous la supervision de la Croix Rouge.

Que deviendront les dirigeants du camp de Drancy ?

Dannecker, qui était chef du service des affaires juives de la Gestapo en France, crèvera en 1945 dans une prison américaine en Allemagne. Röthke deviendra avocat en Allemagne, et mourra en 1966. Alois Brünner sera condamné à mort par contumace en 1954, mais se réfugiera en Syrie, qui a toujours été plus que tolérante avec les nazis.

Pendant trois ans, le camp de Drancy a été le principal lieu de déportation vers les camps d’extermination nazis : 67 des 79 convois de déportéEs d’origine juive partiront de Drancy, soit 67000 sur 76000 personnes juives déportéEs de France (presque 9 sur 10). Moins de 2 000 personnes reviendront, soit à peine 3 %.

C’est ce lieu de mémoire universelle que des nazis viennent de souiller.

Le génocide rwandais, 15 ans après

Il y a 15 ans, le 6 avril 1994, était abattu au dessus de Kigali l’avion du président rwandais Habyarimana, le pion de Mitterrand.

Dès le lendemain et pendant « seulement » trois mois, ce sont plus d’un million de RwandaiSEs qui sont génocidéEs (800 000 entre la mi-avril et la mi-mai…), parmi lesquelLEs une immense majorité de TutsiEs, et des opposantEs démocratiques hutuEs. Sans compter les viols massifs, les mutilations, les traumatismes, les orphelinEs qui sont parvenuEs à se cacher mais ont vu leurs parents massacréEs, les fœtus tués dans le ventre de leur mère. Pour « extirper la race tutsi » jusqu’au bout.

Le génocide au Rwanda a été une véritable mobilisation ultra-réactionnaire et ultra-violente des masses contre la minorité tutsie, notamment des larges organisations de jeunesse hutues au service du pouvoir, qui se sont militarisées et se sont constituées en milices (Interahamwe, Impuzamugambi), aidées par l’armée. Ce génocide a été en partie une « extermination entre voisins », guidée par la sinistrement célèbre « Radio des Mille Collines » et par la machette.

Le génocide était, semble-t-il, en préparation depuis 1990, et les masses hutues étaient « mûres » depuis longtemps, préparées par le fascisme rwandais, un fascisme racial typique des pays semi-coloniaux semi-féodaux. L’idéologie du fascisme rwandais agitait alors le mythe d’un plan de domination tutsi, le fantasme de « l’Empire Hima-Tutsi », en fait proche de délires à la « Protocoles des Sages de Sion ».

Voilà l’horreur sadique du fascisme, et son aboutissement barbare dans le génocide.

Personne ne peut pardonner à l’impérialisme français son implication dans l’extermination. N’oublions pas que l’opération militaire impérialiste « Turquoise » n’est intervenue que pour couvrir le génocide (et même y participer), sous prétexte de « neutralité », et que c’est dans les zones « sécurisées » par les français (contre le Front Patriotique Rwandais, davantage soutenu par les USA) que les massacres se sont le plus prolongés.

Souvenons-nous du génocide au Rwanda,
affirmons notre solidarité humaine universelle,
car cette histoire est aussi notre histoire,
c’est l’histoire des peuples du monde.

1492 ou la liquidation des communautés juives d’Espagne

Puisque nous sommes sur une lancée de célébrations d’anniversaires, continuons, mais cette fois-ci à propos d’un anniversaire réellement tragique (mais en lien un peu lointain avec l’anniversaire d’hier, si vous avez bien suivi !).

En effet, le 31 mars 1492 paraissait le célèbre décret d’Alhambra (palais de Grenade, récemment conquis aux arabes), signé par les Rois Catholiques, Ferdinand d’Aragon et Isabelle la Catholique.

Ce décret prévoit l’expulsion des populations juives non converties au christianisme sous un délai de quatre mois, c’est-à-dire pour le 31 juillet 1492. Concètement, il est dit :

« Nous avons décidé d’ordonner à tous les juifs, hommes et femmes, de quitter nos royaumes et de ne jamais y retourner. A l’exception de ceux qui accepteront d’être baptisés, tous les autres devront quitter nos territoires à la date du 31 juillet 1492 et ne plus rentrer sous peine de mort et de confiscation de leurs biens. »

Les persécutions antisémites avaient déjà connu un pic d’une violence extrême un siècle auparavant, en 1391. Les émeutes antisémites avaient alors enflammé de nombreuses provinces du royaume, de Séville à Barcelone. De nombreuses communautés furent décimées, de nombreux quartiers juifs, les aljamas, furent en proie aux flammes.

Bilan : des milliers de personnes juives massacrées, des milliers de convertiEs de force, une communauté réduite à la terreur des ghettos (officialisés en 1422).

Mais aussi une grande vague d’émigration vers les villes d’Algérie, de Tlemcen à Alger, et même à Oujda au Maroc où la tradition juive disait que le mythique rabbin Sidi Yahia Ben Younes aurait pu être issu de cette émigration. D’ailleurs, les descendantEs des expulséEs d’Espagne en gardent souvent des traces culturelles jusqu’aujourd’hui, notamment par l’attachement à la langue, et cela après des siècles d’exil (regardez tout simplement dans vos familles, même lointaines !).

La grande expulsion de 1492 avait été précédée de la mise en place de l’Inquisition par Torquemada, en 1480, Inquisition qui faisait aussi la chasse aux convertiEs, les « conversos », les « marranes » (= porcs), qui continuaient souvent à pratiquer leur foi juive.

Entre le 31 mars et le 31 juillet 1492, les communautés juives ne se révolteront globalement pas, ce qui est évident au vu de sa condition depuis un siècle. Les juifs riches sont expropriés par n’importe qui, les pauvres et les infirmes ne peuvent fuir et doivent se convertir.

On estime généralement que 150 000 personnes juives choisissent la conversion, tandis que 150 000 à 200 000 émigrent. Parmi ces exiléEs, la moitié ira dans l’Empire ottoman, où le sultan leur donnera refuge, et les autres iront en Afrique du Nord, en Hollande (pensez aux origines de Spinoza), dans les Balkans ou au Portugal (quitte, pour ces dernierEs, à revenir quelques mois ou quelques années plus tard et à se convertir).

Les siècles qui suivirent, l’Espagne fut prise d’une véritable fièvre, qu’on pourrait appeler un « antisémitisme sans juifs », notamment « à cause » des conversos, ces « ennemis invisibles ». Cet antisémitisme prendra une tournure raciale, avec des questions de pureté du sang, ce qui était tout à fait étranger à l’Espagne arabe, même sous les persécutions antisémites des Almohades (dont nous parlions hier avec Moshe ben Maimon de Cordoue).

En 1800, le décret d’Alhambra est reconduit, et il faudra attendre 1967 pour que le décret soit aboli

Pourquoi parlons-nous de cette histoire, par ailleurs bien connue ?

Certainement pas pour nous poser en éternelles victimes des persécutions antisémites, car nous ne sommes pas des fatalistes, mais pour comprendre les ressorts historiques généraux qui ont mené à ces persécutions antisémites.

L’Espagne n’était pas le seul pays à expulser ses juifs, puisque l’Angleterre et la France l’avaient fait beaucoup plus tôt, respectivement en 1290 et 1306…

Mais l’exemple de l’Espagne met en relief le triomphe du capitalisme marchand naissant contre les rapports de productions féodaux (du moins dans les villes, car dans les campagnes, la base sociale est restée féodale jusqu’à relativement récemment), et le lien qu’a l’histoire de ces luttes de classes avec le développement de l’antisémitisme occidental.

En effet, l’année 1492 est une année emblématique dans le développement du capitalisme en Espagne, dans la naissance de l’Espagne (ou plutôt des provinces de Castille, Léon, Aragon, etc.) comme nation.

Car le 2 janvier 1492, Grenade et son palais l’Alhambra, c’est-à-dire le dernier bastion arabe au nord de Gibraltar, tombent aux mains des armées de la Reconquista chrétienne. C’est un pas énorme dans l’unification politique et militaire de l’État espagnol par la royauté.

À ce titre, les populations juives, qui étaient le plus souvent liées aux arabes et représentaient un élément « étranger », furent dans la foulée victimes du décret de l’Alhambra (ce lieu n’étant évidemment pas choisi par hasard).

Il faut également savoir que l’œuvre d’unification de l’État avait déjà « bien » commencé avec la mise en place de l’Inquisition. L’Inquisition est un jalon essentiel en Occident dans la marche vers un appareil judiciaire centralisé, méthodique, moderne.

La formation de l’État espagnol (castillan en fait) s’est donc faite dès le départ dans la violence, dans la mise au pas militaire et judiciaire des minorités (juives avec les autodafés et les expulsions, arabes converties avec l’expulsion des moriscos en 1609, tziganes avec l’expulsion en 1499, basques avec la conquête du royaume de Navarre en 1521, etc.).

Nous disions que 1492 était une année emblématique pour le capitalisme marchand castillan, avec la Reconquista et la liquidation de la minorité juive.

Mais le fait marquant auquel beaucoup penseront est évidemment la « découverte » de l’Amérique par Christophe Colomb, date qui marquera le début d’un pillage sauvage (typique des colonialismes espagnol et portugais), de conversions brutales, et du génocide des population indigènes.

D’ailleurs, à titre purement documentaire, les caravelles de Christophe Colomb sont parties début août de Séville, et celui-ci rapporte sur ses carnets de voyages qu’il a dépassé des bateaux emmenant massivement des familles juives vers leur exil. Ce qui peut paraître un hasard prend donc tout son sens à la lumière du développement économique du royaume de Castille.

Ainsi, 1492 est une date symbole pour le capitalisme espagnol, et pour la domination coloniale du monde par les puissance occidentales. Et l’exemple de l’Espagne (mais aussi de l’Angleterre en 1290, dans ce pays capitaliste très précoce) nous permet d’affirmer, avec Marx, que « le Capital arrive au monde suant le sang et la boue par tous les pores ».

Mais quel rapport entre l’antisémitisme et la naissance sanglante du capitalisme marchand dans la lutte économique contre les rapports de productions féodaux ?

Les communautés juives apparaissaient comme des obstacles à l’unification nationale selon les principes capitalistes, car elles avaient conservé des traits communautaires antérieurs au capitalisme, elles étaient au centre des contradictions du rapport entre féodalité et capitalisme.

L’unification nationale du royaume de Castille s’est faite militairement avec la conquête de Grenade, étatiquement avec la royauté triomphante, judiciairement avec l’Inquisition, économiquement avec la colonisation de l’Amérique : il ne restait plus que l’unification culturelle, donc religieuse, à mener à terme.

Et cette unification culturelle s’est faite sur le dos de la minorité juive, avec un caractère tout à fait génocidaire. Mais aussi avec la production d’une idéologie raciste du « sang pur », contre les éléments « abstraits » qui empêchaient l’édification du capitalisme marchand, et qui s’appelaient en réalité : les rapports féodaux de production.

Il est d’ailleurs révélateur que la même histoire se produisait partout en Europe, de l’Angleterre à l’Europe centrale en passant par la France. C’est par exemple à cette même époque que la Pologne, encore féodale, devint un refuge pour les populations juives pourchassées.

Il est finalement extrêmement important de comprendre qu’en fait, la naissance du capitalisme en Europe a paradoxalement ouvert l’ère des ghettos.

Il est aussi extrêmement important d’avoir à l’esprit que cette histoire du caractère féodal résistant à la centralisation des nations dans le capitalisme est toujours d’actualité partout dans le monde.

C’est en fait toute l’histoire des peuples non constitués en nations, qui n’ont jamais eu d’État propre. On pensera évidemment aux peuples juifs, mais aussi aux peuples rroms et sintis, aux samis de Laponie, aux peuples indigènes en Amérique, aux aborigènes en Océanie, aux populations tribales en Inde, à la nation kurde en formation, à la nation tamil actuellement génocidée, etc.

Souvenons-nous de l’exil de 1492, car c’est dans notre histoire un événement où notre minorité fut victime du capitalisme naissant. Et ce caractère génocidaire est revenu plus récemment dans notre histoire, notamment avec la formation de l’État impérialiste moderne en Allemagne, où les nazis ont liquidé les vestiges féodaux d’avant 1870, sur le dos de la minorité nationale juive.

Voilà pourquoi il est essentiel de saisir l’économie politique de l’antisémitisme, et diffuser cette compréhension au sein des masses populaires juives.

Sholem Schwartzbard ou l’autodéfense juive d’Ukraine

[Cet article très intéressant nous vient de camarades anarchistes au sein de l'Action Antifasciste, qui tiennent le blog Être Libre. Nous avons modifié quelques détails, mais rien sur le texte lui-même. Merci à Être Libre.]

Le saviez-vous ?

Sholem Schwartzbard (ou Sholom Schwartzbard ou Samuil Isaakovich Shvartsburd, ou Shulem Shmil Shvartsburd) est un anarchiste et poète de culture juive, né le 18 aout 1886 à Izmail (actuelle Ukraine) et décédé au Cap en Afrique du Sud, le 3 mars 1938.

Né en Béssarabie en 1886 de Isaak Schwartzbard et Haia Vainberg, sa famille est contrainte de fuir, suite à l’interdiciton faite aux juifs de vivre en zone frontalière, par décision du Tsar. La famille s’installe alors dans la ville de Balta où Sholem grandit. En 1900, il devient apprenti horloger. Au cours de cette période, il rejoint un groupe communiste juif nommé « Funk », relié à l’Iskra (l’étincelle), organe de presse du POSDR, dirigé par Lénine, Martov et Plekhanov. Plateformiste convaincu, Schwartzbard prend part à la révolution russe de 1905.

Il participe aussi à l’auto-défense des Juifs de Balta, ce qui lui vaudra trois mois de prison pour « provocation au pogrom ». En 1906, il s’enfuit de Bessarabie vers l’ouest, il part pour Tchernivtsi, Lviv, et arrive finalement à Vienne.

En 1909, il prend part aux côtés d’anarchistes à une action d’expropriation d’une banque à Vienne. Arrêté, il est alors condamné aux travaux forcés pour attaque à main armée. Après quatre mois de détention, Schwartzbard s’enfuit et prend part à un nouveau braquage, cette fois-ci dans un restaurant de Budapest. Schwartzbard est arrêté et expulsé de l’Empire austro-hongrois. Il s’installe à Paris en 1910, il n’est alors agé que de 24 ans. Il travaille dans une horlogerie, il est affecté à l’atelier de réparation.

Inquiété par la Police en raison de son activisme, il s’engage, comme son frère, dans la Légion étrangère le 24 août 1914, peu après le début de la Première Guerre mondiale. Affecté au 363e régiment d’infanterie, il participe à la bataille de Carency, en Artois. En mars 1916, lors d’une patrouille, il est gravement blessé par le souffle d’une grenade : ses poumons sont perforés et son bras gauche est hors d’usage. Il reçoit la Croix de guerre.

En août 1917, Schwartzbard est démobilisé et, le mois suivant, part avec sa femme en Russie. Sur le bateau français « le Melbourne », il est arrêté pour agitation communiste et livré aux autorités tsaristes d’Arkhangelsk. Il fuit et rejoind ensuite Pétrograd, où il s’engage comme garde Rouge, puis est affecté dans un bataillon spécial de la Tchéka envoyé en Ukraine. En 1919, Schwartzbard est responsable d’une brigade spéciale de cavalerie juive avec 90 hommes dans le sud de l’Ukraine sous les ordres de Grigory Kotovski , commandant l’Armée Rouge.

Equipé d’un canon et de munitions fournies par l’armée rouge, le groupe « Rochelle » que Schwarzbard commande, se bat durant deux ans de Tiraspol à Kharkiv, contre les armées Austro-Hongroise, Allemandes, celles du nationaliste Petliura et des blancs de Denikin.

Durant la guerre en Ukraine, Schwartzbard perd 15 membres de sa famille dans des pogroms, tandis que son frère est expulsé de France « pour agitation et propagande communistes ».

En 1920, déçu par le comportement de ses camarades révolutionnaires, notamment en Ukraine, il retourne à Paris et ouvre un atelier de réparation d’horloges. Il continue évidemment ses activités politiques, apparaissant comme un membre actif du mouvement ouvrier juif de France. Plus tard, il rejoint un groupe d’anarchistes et fait la connaissance de militants qui avaient émigré de Russie et d’Ukraine, tels Voline, Alexander Berkman, Emma Goldman ou encore Nestor Makhno et son ami Piotr Archinov. Schwartzbard devient aussi un membre de l’Union des citoyens ukrainiens. Il obtient la nationalité française en 1925.

Il apprend en 1926 que le dirigeant nationaliste bourgeois ukrainien Simon Petlioura vit à Paris, Schwarzbard savait les troupes nationalistes coupables de nombreux pogroms pendant la guerre civile. D’après son autobiographie, on sait que Schwarzbard tient Petlioura pour responsable des pogroms contre les Juifs et Tsiganes d’Ukraine, ayant fait environ 100 000 morts, dont les parents de Schwartzbald.

Certain de reconnaître Petlioura grâce à une photo parue dans l’Ecyclopédie Larousse, il s’approche le 25 mai 1926 d’un homme qui emprunte la rue Racine, à proximité du boulevard Saint-Michel.

Schwarzbard interpelle l’homme en Ukrainien : « Êtes-vous Petlioura ? », Petlioura lève sa canne, prêt à frapper, mais Schwarzbard sort un revolver et tire. Cinq balles frappent Petlioura alors qu’il est debout, deux autres alors qu’il s’est effondré, au huitième coup, l’arme s’enraye. A l’arrivée de la Police, Schwarzbard rapporte : « J’ai tué un fameux assassin ».

Sholem Schwartzbard est défendu par l’avocat Henry Torrès, avocat de renom, (petit-fils de Isaiah Levaillant, fondateur de la « Ligue pour la Défense des Droits civils et Humains » durant l’affaire Dreyfus), qui a précédemment assuré la défense d’anarchistes tels que Buenaventura Durruti et Ernesto Bonomini, et qui représente également consulat Soviétique en France.

Au cours du procès, les services spéciaux allemands informent leurs confrères français que Sholem Schwartzbard aurait assassiné Petlioura sur ordre de Galip, un émissaire de l’Union des citoyens ukrainiens, Galip ayant lui même reçu ses ordres de Christian Rakovsky, un ancien premier ministre de la RSS d’Ukraine. L’acte enfin, aurait été appuyé par Mikhaïl Volodine, un agent du GPU arrivé en France le 8 août 1925. Selon l’ancien directeur de la CIA, Allen Dulles, Sholem Schwartzbard était un agent au service des Soviétiques. Des journaux tels que L’action Française, L’intransigeant ou L’echo de Paris véhiculent largement ces élèments. Ces allégations tombent à point nommé pour le procureur Reynaud, qui cherchait à innocenter le criminel Petlioura, allié de la France des le début du soulèvement de l’Ukraine.

Henry Torres tenait à la disposition des jurés 80 témoignages de veuves survivantes des pogroms ordonnés par Petlioura.

A l’issue de son procès, qui commence le 18 octobre 1927, Sholem Schwartzbard est déclaré non coupable par le jury populaire, bien qu’il ait clairement revendiqué l’assassinat de Petlioura.

Libéré de la prison de « La Santé » le 26 octobre 1927, Schwartzbard s’est par la suite consacré à la lutte contre l’antisémitisme et a contribué à la formation de la Ligue Internationale Contre l’Antisémitisme, en compagnie notamment de Caroline Remy.

Après s’être vu refuser l’entrée en Palestine, alors administrée par les autorités britanniques, il se rend en Afrique du Sud en 1937, afin de rassembler des fonds pour la création d’une Encyclopédie en langue Yiddish. Il décède d’une crise cardiaque le 3 mars 1938, au Cap. Sa dépouille sera transférée en Israël pour y être ensevelie depuis 1967, à Moshav Avihayil.

Sholem Schwartzbard consacra également une partie de sa vie à la poésie (Troymen un Virklikhkayt (Rêves et réalités), 1920 ; In Krig – Mit Zikh Aleyn (A la guerre – avec soi-même), 1933 ; et à son autobiographie, In’m Loyd Fun Yorn (Au fil des ans, 1934) ; toutes ses œuvres sont rédigées en yiddish, souvent sous le pseudonyme de Bal-hakhaloymes [Traduction de Hapoel : le maître des rêves ?].

Le 27 mai 2007, à Paris au Cimetière du Montparnasse, s’est déroulé une cérémonie pour commémorer le 81e anniversaire de la mort de Simon Petliura. De nombreuses gerbes au nom de Symon Petlura ont été déposées sur sa tombe, dont l’une par l’ambassadeur d’Ukraine en France Kostiantyn Tymoshenko. Petlioura est aujourd’hui considéré comme un des pères de la Nation Ukrainienne. Sholem Schwartzbard est évincé de l’Histoire officielle.

Plusieurs villes d’Israël honorent la mémoire de Sholem Schwarzbard, en donnant notamment son nom à des rues, comme Jérusalem et Beersheba. Schwartzbard est considéré comme le « nokem » – le vengeur – des Juifs Ukrainiens.

Béla Kun, judéo-bolchevik !

La Révolution d’Octobre 1917 a eu un immense retentissement mondial parmi le prolétariat et les nations opprimées. De là la naissance de partis communistes dans la foulée de la révolution. De là aussi la révolution allemande en 1918-1919.

De là enfin la révolution en Hongrie, et la proclamation de la République des Conseils (Tanácsköztársaság en hongrois), le 21 mars 1919, il y a exactement 90 ans.

Cette République était dirigée par un front entre le Parti Communiste de Hongrie (fondé fin 1918) et les socialistes, et mit en place la collectivisation des terres, des banques, etc., ainsi qu’une armée rouge.

Béla Kun (Kun Béla en hongrois) est le dirigeant principal, qui avait été libéré de prison le 20 mars 1919 pour mettre en place la coalition.

La République des Conseils sera brisée le 1er août 1919, par les troupes roumaines menées par un général de l’impérialisme français, Berthelot, qui dégagera la voie pour la dictature de Horthy.

De nombreux / nombreuses révolutionnaires de Hongrie se réfugieront en Autriche, où illes grossiront les rangs de la gauche du KPÖ, le Parti Communiste d’Autriche.

Lénine critiqua de manière juste Béla Kun en 1920, en disant que « il oublie ce qui est la substance même, l’âme vivante du marxisme : l’analyse concrète d’une situation concrète ».

« Kun » est la transcription hongroise de Cohn, car Béla Kun était en effet d’origine juive, comme plusieurs autres dirigeants de la République des Conseils (on citera par exemple Tibor Szamuely).

Cela est est un détail plus que secondaire, dans le sens où ce qui compte, c’est le tsunami révolutionnaire qu’a déclenché Octobre, et non les origines de quelques individus.

Néanmoins, il faut bien voir qu’Octobre a aussi suscité une immense espérance parmi les minorités nationales juives d’Europe, notamment dans cette Europe de l’Est et cet Empire austro-hongrois qui étaient de véritables prisons des peuples.

Comprenons d’où nous vient l’espoir !