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Le 20 janvier 1942, la conférence de Wannsee — Voie Lactée

Il y a 70 ans : la conférence de Wannsee

Il y a 70 ans, le 20 janvier 1942, se tenait la conférence de Wannsee, dans la banlieue de Berlin, en Allemagne nazie. Alors que l’extermination massive, par balles, des Juifs et Juives d’URSS avait déjà commencé, la conférence devait établir l’organisation industrielle de la destruction de la population juive d’Europe.

Cet événement, cette planification, cette organisation méthodique et systématique, est unique dans l’histoire : si les forces impérialistes et réactionnaires en général ont déjà mené des génocides, jamais ils n’ont organisé celui-ci à cette échelle, organisant l’ensemble du système politico-militaire et économique en ce sens.

L’antisémitisme est une idéologie raciste qui a un rôle extrêmement particulier dans l’histoire du capitalisme ; cela est la base de sa fonction dans l’impérialisme, et c’est cela qui donne à l’antisémitisme une puissante identité destructrice dans les pays capitalistes.

SeulEs les marxistes-léninistes-maoïstes authentiques ont compris cela et considèrent l’antisémitisme comme une réelle menace, alors que par définition tout ce qui ne se tient pas sur le terrain du marxisme authentique tombe inévitablement dans un idéalisme servant l’antisémitisme.

Il est facile de voir que l’extrême-gauche française est antisémite de fait ; les personnes juives ne peuvent rejoindre celle-ci, en raison de sa nature anarcho-trotskyste basculant dans un idéalisme forcément poreux à l’antisémitisme.

Les personnes juives qui ont rejoint le trotskysme présentent d’ailleurs cette particularité de nier leur culture juive et d’utiliser le trotskysme comme un moyen de « s’assimiler » en se niant. Quant à l’anarchisme (dans sa variante française naturelle, l’anarcho-syndicalisme et le syndicalisme révolutionnaire), historiquement il a toujours été d’une nature outrageusement petite-bourgeoise, économiste au point de nier l’antisémitisme.

La conférence de Wannsee est ainsi incompréhensible pour les anarcho-trotskystes, qui ont historiquement en France toujours été poreux à l’antisémitisme, au négationnisme, dont l’un des témoignages les plus abjects est la perpétuelle diffusion du texte « Auschwitz ou le grand alibi. »

Cela est logique, quand on y pense au fond. L’alternative est obligatoirement communisme ou fascisme. Mais les anarcho-trotskystes ne peuvent pas assumer une pensée systématique, ils ne peuvent pas assumer le communisme, alors ils basculent dans le systématique sous la forme fasciste.

La destruction de la population juive d’Europe, de par sa dimension systématique, n’est compréhensible qu’à la lumière du matérialisme dialectique ; les économistes nieront forcément, en définitive, l’antisémitisme, car ils ne peuvent pas comprendre que les nazis aient privilégié la destruction à la course au profit.

Le fait que les nazis aient tué, sans même utiliser comme esclave, des millions de personnes, est impossible à comprendre sans utiliser le matérialisme dialectique.

Et encore faut-il pour cela comprendre l’apport de Mao Zedong, sur le rôle et la fonction de l’idéologie, de l’appareil d’Etat.

C’est également ce qui fait que la compréhension de l’antisémitisme est un critère très important pour savoir qui est authentiquement marxiste et qui ne l’est pas.

Cette question de l’antisémitisme, dont la « solution finale » décidée à la conférence de Wannsee est l’expression impérialiste la plus poussée, est donc un des points importants qui fait que le PCMLM ne s’intéresse pas à l’extrême-gauche, petite-bourgeoise sur le plan social et largement poreuse à l’antisémitisme.

L’extrême-gauche française est, de fait, antisémite ; le fait que jamais il n’est parlé d’antisémitisme en est une preuve, parmi de nombreuses autres.

Toute personne juive en France le sait, comme elle sait que l’antisémitisme est un composante de l’identité de la société capitaliste. Par conséquent, elle doit savoir où est sa place : comme dans les années 1920-1930, comme à l’époque de Staline, dans les rangs communistes

9 décembre 1942 : la grande rafle de Tunis

Quand éclate la seconde guerre mondiale, la Tunisie abrite une population juive d’environ 90.000 âmes, habitant essentiellement entre Tunis et la Goulette, ainsi qu’à Djerba, Sfax, etc.

L’Europe et les champs de batailles ont beau paraître loin, mais le colonisateur français occupe la Tunisie, qui subit dès octobre 1940 les lois antisémites de Vichy, comme en Algérie.

Les mesures antisémites sont diversement appliquées en Tunisie, pas toujours comme Vichy l’aurait voulu. Ainsi, le port de l’étoile jaune n’est pas obligatoire à Tunis, mais seulement à Souss et Sfax.

Fait notable, de larges couches des féodaux tunisiens s’opposent aux mesures antisémites, ne serait-ce que pour réaffirmer face à Vichy leur autorité sur la Tunisie et tous les « sujets » du Bey – parmi lesquels la minorité juive de Tunisie, donc.

Ainsi, dès son intronisation en juin 1942, Moncef Bey s’opposera à l’antisémitisme de Vichy, et cachera des juifs pendant toute l’occupation à titre personnel, en poussant beaucoup de figures de la féodalité à faire de même. Les exemples en ce sens sont très nombreux.

Mais suite aux avancées des Alliés en Afrique du Nord, les nazis décident d’organiser la défense sur place, et débarquent en Tunisie le 8 novembre 1942. C’est alors que s’ouvre la période de l’occupation nazie en Tunisie, ce qui est unique en Afrique du Nord.

Pour la minorité juive, les persécutions antisémites franchissent un cap, et deviennent semblables à celles qui règnent en Europe : étoiles jaunes, rationnements, spoliations, réquisitions militaires, énormes amendes collectives, travail forcé en public ou dans des camps, jusqu’à la déportation.

Le 8 décembre 1942, les forces nazies d’occupation exigent à la communauté juive, représentée par Moïse Borgel, un contingent de travailleurs forcés : il leur faut 3000 jeunes adultes juifs pour le lendemain à l’aube.

Mais le lendemain matin, il y a seulement 120 « volontaires » à la caserne Foch de Tunis. Ce sont donc les SS qui vont se charger du travail, et qui vont opérer une rafle sans doute déjà prévue : c’est la rafle de Tunis, le 9 décembre 1942.

Ainsi, les SS occupent l’école de l’Alliance et « cueillent » les personnes qui arrivent. Les nazis iront jusqu’à rafler dans les synagogues, notamment la grande synagogue de Tunis. De plus, ils enlèvent de nombreux « notables » de la communauté juive, qui serviront comme otages.

Les 4000 juifs raflés ce 9 décembre 1942 iront soit en camp de travail, soit sur les fronts allemands en Europe.

Ce seront au total 5000 juifs de 18 à 50 ans qui iront trimer dans 32 camps de travail en Tunisie dans des conditions de travail extrêmes, principalement vers Bizerte mais aussi dans les environs de Tunis. À noter que le financement et les ravitaillements des camps devaient être assurés par la communauté juive elle-même…

De ces camps, quelques centaines de personnes ne reviendront pas, que ce soit à cause des conditions de vie extrêmement dures ou bien à cause des exécutions sommaires. De même, une soixantaine de très jeunes adultes juifs trouveront la mort sur les fronts allemands en Europe.

Sans parler d’un convoi de déportés juifs qui, la mer étant quadrillée par les Anglais, partira en avril 1943 en avion en direction des camps de Pologne et d’Autriche. De cette déportation, 17 personnes ne reviendront pas – en plus de déportés « individuels » parmi les résistants.

Face aux avancées des forces Alliées, les nazis déserteront les camps de travail en avril 1943, et fuiront la Tunisie en mai 1943. Peu après, les mesures antisémites seront abrogées.

Les six mois d’occupation allemande de la Tunisie ont été trop courts pour mettre en œuvre les véritables plans nazis : l’extermination de la minorité juive de Tunisie, ni plus ni moins.

En effet, il existe des témoignages de cadres de la diplomatie nazie allant très clairement dans ce sens. Cependant, vu que la mer était sous contrôle allié, et que la déportation par avion n’était pas envisageable à l’époque, les SS avaient prévu de fusiller les personnes juives en Tunisie même.

Comme quoi l’antisémitisme nazi a une dimension totalement idéologique, jusqu’à aller chercher des personnes juives à génocider au-delà des mers. Aujourd’hui, les juifs se souviennent, les juives se souviennent.

Abraham Serfaty, figure passée de la révolution marocaine [novembre 2010]

Aujourd’hui 18 novembre 2011, c’est « l’année » d’Abraham Serfaty, militant historique de la gauche marocaine. Nous reproduisons ici l’article publié par Hapoel le lendemain de son décès.

Quand on connaît la situation actuelle au Maroc, on ne prend pas beaucoup de risques en disant que, au cours des années 2010, le Maroc va devenir une « poudrière ».

Une poudrière où les rébellions populaires vont se multiplier, où le régime de Mohammed VI va réprimer les peuples marocain et sahraoui ainsi que les minorités imazighen, où la concurrence entre la France et les USA va devenir de plus en plus intense.

Le peuple marocain en lutte doit impérativement rencontrer en France la solidarité qu’il mérite, d’autant plus que chaque avancée révolutionnaire au Maroc ne sera pas seulement une défaite de l’impérialisme français, ni seulement une avancée pour la révolution arabe en général… mais aussi un progrès pour la conscience révolutionnaire en France !

À chacune de ses avancées, la révolution marocaine aura un écho certain en France même : elle laminera les positions des islamistes au sein des masses populaires arabes de France, elle fera tomber les murs entre les minorités nationales juive et arabe, elle contribuera à l’unité populaire pour la libération totale… ici en France !

Voilà pourquoi il est indispensable de faire vivre la solidarité avec le mouvement révolutionnaire marocain, qui fait actuellement face avec une détermination absolue aux tortures, à la prison et aux assassinats.

Le mouvement révolutionnaire marocain puise ses racines dans ce qu’on a appelé au Maroc les « années de plombs », c’est-à-dire dans la grande agitation révolutionnaire qui a secoué le régime fasciste de Hassan II dans les années 1970, en s’inspirant elle-même de la révolution culturelle en Chine populaire.

Seulement aujourd’hui, il s’agit de dépasser les années 1970, et pour cela les révolutionnaires du Maroc analysent méthodiquement et critiquent systématiquement l’expérience des années de plomb.

L’une des bases de leur identité politique, justement, est la critique féroce de la trahison des principales organisations révolutionnaires des années 1970, qui sont devenues dès 1979 des forces « néo-révisionnistes » vivant sur le prestige immense de leurs martyrs passés.

C’est précisément sur cette base (leur attitude est-elle réellement antagoniste, réellement révolutionnaire ?) qu’il faut critiquer des gens comme Abraham Serfaty, et d’ailleurs il était critiqué de son vivant autant par les maoïstes du Maroc que par ceux de France.

De son vivant, oui, car Abraham Serfaty est décédé hier à Marrakech, à l’âge de 84 ans, marquant ainsi la fin d’une époque… et le début d’une autre.

Qui était Abraham Serfaty ?

Né en 1926 dans une famille juive originaire de Tanger, Abraham Serfaty adhère en 1944 à l’âge de 18 ans aux jeunesses communistes marocaines. Puis il va faire ses études en France de 1945 à 1949, où il adhère au PCF.

De retour au Maroc, il entre au Parti Communiste Marocain, qui lutte contre l’impérialisme français et pour l’indépendance. Pour ses activités anti-coloniales, Abraham Serfaty est assigné à résidence de 1950 à 1956.

Au lendemain de la pseudo-indépendance, il entre au gouvernement dans le cabinet du ministère de l’économie, où il oriente la politique minière du Maroc. À partir de 1960, au début du règne de Hassan II, il est haut cadre de l’Office Chérifien des Phosphates, mais il se fait limoger après avoir soutenu la grève des mineurs à Khouribga.

En 1968, le Parti Communiste Marocain devient le Parti de la Libération et du Socialisme, ce qui scelle définitivement son tournant « révisionniste », c’est-à-dire contre-révolutionnaire et pro-soviétique.

Abraham Serfaty quitte donc ce parti en 1970 et fonde l’organisation maoïste Ilal Amam (« en avant ») avec Abdellatif Laâbi (dirigeant de l’excellente revue « Souffles ») et Raymond Benhaïm. C’est l’acte de naissance du « MMLM » des années 1970, le mouvement marxiste-léniniste marocain.

En janvier 1972, Abraham Serfaty est arrêté pour ses activités révolutionnaires et est sauvagement torturé, mais est libéré sous la pression des masses populaires. En mars, il passe à la clandestinité avec Abdellatif Zeroual – un des grands martyrs de la révolution marocaine.

Mais en 1974, Serfaty et Zeroual sont de nouveau arrêtés : Zeroual est assassiné en prison par ses bourreaux, et Serfaty sera jugé en 1977 avec presque 150 révolutionnaires – dont la grande martyre Saïda Menebhi.

Abraham Serfaty fait partie des 5 inculpés qui sont condamnés à la perpétuité à la prison centrale de Kenitra, notamment pour son soutien à la libération nationale sahraouie et au Front Polisario. En prison, il épousera Christine Daure, qu’il avait rencontrée en clandestinité.

Après 17 ans d’enfermement et grâce à une campagne internationale en sa faveur, Abraham Serfaty est libéré de prison en septembre 1991 et ausitôt exilé en France.

Deux mois après la mort de Hassan II, il est autorisé en septembre 2000 à revenir au Maroc. Serfaty est aussitôt nommé conseiller à l’Office National de Recherches et d’Exploitations Pétrolières (Onarep).

À ce moment là, il est clair qu’Abraham Serfaty a définitivement rompu avec la révolution, qu’il s’est fait tromper par Mohammed VI… ou plutôt qu’il a bien voulu être trompé. Bref, Serfaty a été atteint par les « balles enrobées de miel », après avoir accompagné en prison le tournant néo-révisionniste du MMLM.

Que reste-t-il alors de l’héritage d’Abraham Serfaty ?

Pour Hapoel, il reste la figure d’un révolutionnaire juif-arabe, qui a fait la révolution dans son pays le Maroc, qui a analysé précisément la minorité marocaine juive, et qui a exprimé sa solidarité avec le reste de la nation arabe – en particulier avec le peuple palestinien sous occupation sioniste.

Dans l’identité des gens qui ont donné naissance à Hapoel, la figure d’Abraham Serfaty occupait une place très importante, et il n’est pas difficile de comprendre pourquoi. Mais il n’y a jamais eu d’illusion à propos des perspectives qu’il représentait.

On trouve dans les archives internationales des marxistes-léninistes-maoïstes une liste de documents d’Abraham Serfaty de son époque révolutionnaire.

Les contradictions de l’ennemi et la perspective révolutionnaire au Maroc (avec Abdellatif Zeroual)

Le judaïsme marocain et le sionisme

Le devoir des juifs marocains (1967)

Salut aux Afro-américains ! (1969)

Révolution en Afrique et direction du prolétariat (1970)

Lumumba vivant (1971)

La francophonie contre le développement

Obscurantisme néo-colonial et acrobaties bourgeoises

Dictature et démocratie (1971)

La révolution marocaine vit et se bat, avec à sa tête la Voie Démocratique Basiste (an-Nahj ad-Dimoukrati al-Qaidi). Vive la VDB, sa lutte, ses martyrs !

Il y a 50 ans, on noyait les Algériens

Il y a 50 jans jours pour jour, le soir du 17 octobre 1961, plusieurs manifestations ont lieu à Paris et en banlieue, organisées par le Front de Libération Nationale (FLN) d’Algérie.

En effet, les quelques mois précédents avaient vu une intensification de la guerre entre le FLN et l’État français sur le sol de la « métropole », et donc de la « sale guerre » de la police et de ses supplétifs contre les travailleurs immigrés d’Afrique du Nord.

C’est dans ce contexte que la préfecture de police de Paris impose un couvre-feu le 5 octobre 1961, sous ces termes : « Il est conseillé de la façon la plus pressante aux travailleurs algériens de s’abstenir de circuler la nuit dans les rues de Paris et de la banlieue parisienne, et plus particulièrement entre 20h30 et 5h30 du matin. »

La préfecture de police de Paris ? Oui, celle tenue par Maurice Papon depuis 1958… Ce même Maurice Papon qui avait été secrétaire général de la préfecture de Gironde sous Vichy, qui a été l’un des responsables des 11 convois de 1600 personnes juives partis de Bordeaux entre juillet 1942 et juin 1944 – direction Auschwitz.

Le 3 octobre, aux obsèques d’un policier attaqué par le FLN, Papon avait déjà déclaré : « Pour un coup donné, nous en porterons dix. ». Dans la même journée, il avait fait une tournée des commissariats, en autorisant informellement les policiers et leurs supplétifs à tirer contre tout « Français musulman d’Algérie », en promettant que la préfecture de police les couvrirait.

La terreur coloniale et raciste prend donc une dimension militaire sur le sol français, et c’est à cela que l’organisation émigrée du FLN réagit en appelant (au dernier moment, pour des raisons de sécurité) à manifester le 17 octobre 1961 au soir, afin de braver le couvre-feu.

Plusieurs rassemblements ont lieu à Paris ou en proche banlieue, suivant la provenance géographique des 30000 manifestantEs. La consigne du FLN est très stricte : aucune arme le 17 octobre, et tenue vestimentaire « digne ». Il est également prévu de prolonger la journée d’action par une grève des commerces tenus par des Algériens, ainsi que des manifestations de femmes contre la répression (prévisible).

Seulement voilà, cette répression de l’État français s’avère être d’une férocité sans nom, et tourne rapidement au massacre.

Les affrontements avec la police atteignent un rare niveau de violence, principalement au Pont de Neuilly (où était bloqué le cortège venant de Nanterre, Colombes, Bezons, etc.) et au Pont Saint-Michel. La police tire, tabasse, rafle, et précipite les Algériens dans la Seine.

Les rafles continuent sur plusieurs jours, et remplissent le stade Coubertin ainsi que la cour de la préfecture de police à Saint-Michel. La torture y fait rage pendant plusieurs jours (sous les yeux de Papon), les corps étant rejetés à la Seine toute proche, et plusieurs véritables charniers prennent place dans les rues de Paris.

Certains historiens estiment le nombre de travailleurs algériens assassinés à environ 300 sur ces quelques jours de répression coloniale et de terreur raciste. Beaucoup de personnes détenues seront « reconduites » en Algérie.

Entre Vichy et le régime gaulliste, il existe ainsi sous certains aspects une véritable continuité de l’État français, qui est incarnée par Maurice Papon, l’assassin des Juifs et des Algériens.

C’est à ce titre qu’il est important pour nous de commémorer le crime d’État du 17 octobre 1961, et de rendre hommage aux martyrs de la libération nationale algérienne – arabes, kabyles, juifs.

Défendre le souvenir du Vél’ d’Hiv, comprendre sa signification

Demain samedi aura lieu à Paris la commémoration de la Rafle du Vél’ d’Hiv, sous le nom officiel de « journée nationale à la mémoire des victimes des crimes racistes et antisémites de l’État français et d’hommage aux Justes de France ». Cette rafle est le symbole le plus marquant du génocide juif en France, et son souvenir est au cœur de notre identité.

Les 16 et 17 juillet 1942, la police française mène une énorme rafle de personnes juives à Paris et en banlieue, dans le cadre d’une opération européenne cyniquement appelée « Vent Printanier » par les nazis.

On estime que 9000 policiers participent à cette rafle, avec de nombreux bus réservés auprès de la régie de transports. Une rafle organisée à la demande des nazis… mais sans leur participation propre.

L’opération visait initialement seuls les hommes juifs immigrés, mais dans un accès de zèle antisémite, l’État français prend les devants en visant des familles entières, et pas « uniquement » juives immigrées.

Durant ces deux jours de traque pendant lesquels sont largement mis à profit les fichiers de recensement, plus de 13000 personnes juives sont arrêtées et emmenées avec le strict minimum sur soi : 3000 hommes, 6000 femmes, 4000 enfants.

Les familles sont séparées, si bien que pour beaucoup, c’est la dernière fois que les enfants voient leurs parents.

Environ la moitié des personnes raflées est envoyée à Drancy, tandis que l’autre moitié est retenue prisonnière au Vélodrome d’Hiver (« Vél’ d’Hiv »), dans le 15ème arrondissement de Paris.

À Drancy, ce sont 5000 personnes juives qui sont en transit vers Auschwitz, essentiellement des personnes seules ou des couples sans enfants. Les convois vers les camps de la mort commenceront dès le 19 juillet.

Au même moment au Vél d’Hiv, ce sont donc 8000 personnes juives qui doivent survivre pendant cinq jours, à s’entasser dans les gradins sans nourriture et presque sans eau, en attendant d’être conduites vers les camps de transit de Beaune-la-Rolande, Pithiviers et Drancy. Les parents de familles sont déportéEs directement à Auschwitz jusqu’au début août.

Dans le même temps, l’administration nazie demande à Eichmann l’autorisation de déporter également les enfants, mais celle-ci arrive trop tard, et les parents ont déjà été déportéEs. Ce sont donc 3000 enfants seulEs qui arrivent à Drancy à partir du 15 août, pour être déportéEs à Auschwitz. Un musée des enfants du Vél’ d’Hiv a été inauguré en début d’année à Orléans.

Sur les 13000 personnes juives arrêtées lors de la rafle du Vél’ d’Hiv, seules 25 survivront à Auschwitz – parmi lesquelles ni femme ni enfant.

Dans la foulée de la rafle du Vél d’Hiv à Paris, des rafles seront menées en août 1942 en zone « libre », c’est-à-dire le Sud de la France géré par l’État français de Vichy… toujours sans intervention des nazis. L’État français a ainsi arrêté 10000 personnes juives immigrées, parmi lesquelles seules 270 survivront à la déportation.

Aujourd’hui, la mémoire des personnes juives raflées au Vél’ d’Hiv est devenue un symbole terrible.

Pourquoi ? Parce que l’État français est directement engagé dans la rafle du Vél’ d’Hiv : celle-ci a été conduite exclusivement par la police française, sans aucun uniforme nazi.

Le Vél d’Hiv est donc au cœur de ce qu’a été l’identité juive en France après la guerre, et cela jusque dans les années 1980.

Car si l’on comprend la signification historique des rafles de l’État français, alors nécessairement cet État en particulier, et l’appareil de l’État bourgeois en général (police, administration, etc.), devient au minimum suspect, sinon à renverser directement.

De là l’importance de lutter aujourd’hui contre la culture du légitimisme, contre la foi et la confiance en l’État français, répandue dans les masses juives par les sionistes et les institutions bourgeoises de la communauté.

Car au vu du développement inédit de la crise capitaliste en Europe, demain ou après-demain la question de l’avenir des minorités juives sera de nouveau à l’ordre du jour, et il va falloir être à la hauteur.

On peut penser que l’expérience de la Shoah ferait que les masses juives répondraient de manière conséquente, seulement rien ne se fait de manière spontanée.

Si pendant toutes ces années le poison du légitimitisme continue à être déversé par la bourgeoisie d’origine juive, alors ce seront l’aveuglement et la confiance en l’État qui prédomineront, pas l’antifascisme et la résistance.

Juif ! Juive ! Il n’y aura pas de nouveau Vél’ d’Hiv, pas de nouveau Drancy ! Rejette les illusions sur la nature de l’État français !

Rapide histoire de la minorité algérienne juive

Les communautés juives d’Algérie étaient très anciennes et très diverses. Très vraisemblablement, elles étaient partiellement issues de communautés berbères converties au judaïsme.

En tout cas, pendant l’invasion musulmane du Maghreb, les berbères de toutes tribus et de toutes religions ont résisté, et ont pu tenir têtes pendant des années dans des « guérillas ». On pensera notamment à la reine judéo-berbère Kahina, qui est jusqu’aujourd’hui une fierté populaire amazigh.

En 1391 et 1492, la puissance féodale violemment catholique et antisémite qu’est l’état espagnol de l’époque expulse les Juifs (qui seraient d’ailleurs eux-mêmes issus de l’Afrique du Nord, justement), qui vont s’installer au Maghreb, voire en Turquie et dans l’Europe du Sud-Est.

Beaucoup viendront en Algérie, principalement dans les villes de la côte (retenons Oran, Alger, Constantine), contrairement aux communautés locales (souvent extrêmement pauvres) qui vivaient aussi bien dans les quartiers juifs des grandes villes de l’artisanat, ou bien dans les villages, jusqu’aux limites du désert.

Sous l’occupation ottomane, les occupants poussent à fond la division des masses en poussant aux pogroms contre les Juifs, soumis au statut de dhimmi.

Les Français viennent balayer l’empire ottoman et occuper militairement l’Algérie en 1830. Les Juifs sont très partagés : certains collaboreront comme tête de pont du colonialisme français (il faut le dire, et remarquer qu’il s’agit souvent des plus riches familles juives « livournaises » qui commerçaient déjà en Méditerrannée et étaient souvent polyglottes) ; les larges masses juives, elles, sont très méfiantes à l’égard des troupes françaises menées par des généraux ouvertement antisémites, mais sont prises entre deux oppressions : l’oppression comme minorité religieuse parmi les masses d’Algérie, ou l’oppression coloniale française.

Bientôt, l’Algérie deviendra aussi une colonie de peuplement de la France désormais impérialiste, et les pieds-noirs étaient très très majoritairement antisémites, ce qui est visible dans l’agitation fasciste des années 30 des Français en Algérie.

Parallèlement, les élites juives françaises ultra-assimilées prendront en pitié les communautés algériennes dans la misère, dans un paternalisme… typiquement français, si bien que Crémieux fait passer en 1870 un décret naturalisant français les Juifs d’Algérie. Cette mesure jette politiquement et culturellement les masses juives derrière l’impérialisme français : « diviser pour mieux régner »…

Il est très important pour nous de ne pas cacher la vérité historique, et de bien comprendre la division impérialiste de la nation algérienne par la manipulation colonialiste des communautés juives.

Ainsi, les communautés algériennes juives (très assimilées à en juger par les prénoms, et la langue arabe qui est abandonnéee au profit du français) qui portaient un grand espoir dans la République Française et dans la gauche « républicaine », sont sans doute celles qui ont payé le plus lourd tribut à l’impérialisme français et à l’antisémitisme pieds-noirs comme arabe.

Il faut bien voir que l’antisémitisme français est hégémonique et justifie même de manière exclusive la création de partis et journaux antisémites (comprendre : dont c’est la principale ligne politique, cf. le célèbre « Petit Oranais »). L’abrogation du décret Crémieux est une revendication traditionnelle de l’immenssissime majorité des colons, contrairement aux arabes qui auraient justement voulu étendre ce décret.

Mais les Français poussent le vice impérialiste en montant les arabes contre les juifs sous prétexte que les juifs ont la citoyenneté française, alors qu’ils n’auraient jamais donné le moindre droit politique ni aucune indépendance à l’ensemble du peuple algérien.

L’abrogation est chose faite sous Vichy, les Juifs sont déchus de leur citoyenneté française et sont soumis à la législation antisémite française, ce qui fait bien sentir que la « protection » de la France est en fait très conditionnelle (ce qui a d’ailleurs fait réflechir le mouvement de libération algérien). Des juifs connaissent la déportation, mais essentiellement, on se souviendra des camps de travail en Algérie même, et les brimades inhumaines des soldats indigènes juifs par exemple dans l’Ouest algérien.

Même après le débarquement allié, l’antisémitisme est tellement fort que le décret Crémieux n’est pas immédiatement rétabli (il faudra attendre six longs mois de plus).

Arrivent ensuite le 1er novembre 1954 les « événements d’Algérie », i.e. la Révolution au million de martyrs contre l’impérialisme français. Des juifs rejoignent avec honneur les rangs de la libération nationale, quelques juifs à la mémoire courte rejoignent l’OAS (qui reste antisémite évidemment et qui compte de nombreux vichystes dans ses rangs) mais la majorité reste « neutre » (si cela a un sens pendant une guerre de libération nationale). Le FLN se dit ouvert à tous les Algériens, arabes, kabyles, chaouis, et juifs, car les juifs d’Algérie font partie de la nation arabe et ont leur place dans la libération de la patrie : « L’Algérie est aux Algériens, à tous les Algériens quelle que soit leur origine. », dira Ferhat Abbas.

Mais les nombreux attentats dans les quartiers juifs, dans les synagogues, etc. jetteront malheureusement la communauté juive d’Algérie derrière l’impérialisme français. L’assassinat de Cheikh Raymond le chanteur de maalouf à Constantine en 1961 scellera la fin de la confiance.

Ainsi en 1962, les algériens juifs émigreront en masse en France (grâce à la nationalité déjà acquise depuis presque un siècle) ; c’est d’ailleurs le seul pays arabe où le sionisme était si peu populaire et où l’émigration vers l’état sioniste d’Israel a été si minoritaire.

L’impérialisme français et la réaction arabe auront donc réussi à déraciner des communautés présentes depuis deux millénaires (contrairement aux colons pieds-noirs), et les masses juives algériennes le vivent concrètement comme un exil final extrêmement douloureux car apparemment définitif, après « l’exil intérieur » du décret Crémieux.

« Pendant ce temps, en Algérie », la bourgeoisie nationale qui avait mené la révolution nationale suit le cours normal de presque toutes les bourgeoisies nationales dans les pays semi-coloniaux semi-féodaux : elle se vend au social-impérialisme soviétique, et ne rompra de fait jamais avec l’impérialisme français (notamment pour l’exploitation des hydrocarbures, ainsi que pour les tests nucléaires qui ont été un véritable crime contre les masses du Sud algérien).

Cette bourgeoisie nouvellement compradore a besoin comme dans les autres « états nationaux » arabes d’une idéologie pour retenir la révolte des masses arabes ; elle développera, exactement comme en Égypte, Syrie, Iraq etc. un véritable antisémitisme d’État, alors précisément qu’il n’y a quasi plus de Juifs en Algérie. Le patrimoine culturel algérien juif est alors souillé et détruit, comme la grande synagogue d’Oran [voir photo] qui est transformée en mosquée…

Jusqu’aujourd’hui, le FLN vendu à la France ne peut d’ailleurs s’empêcher des sorties antisémites, comme le ministre des Anciens Combattants il y a peu.

Quant à nous, nous espérons voir de notre vivant le temps où les juifs arabo-berbères pourront retrouver leur place dans la nation arabe et dans la révolution nationale-démocratique arabe, aux côtés de l’ensemble de la nation arabe.

Le grand écrivain kabyle Kateb Yacine disait ainsi :

« Les Juifs et les Arabes, depuis des millénaires, sont des frères. [...] La religion, le sionisme et le nationalisme sont maintenant du passé. L’avenir exige des vues plus larges, fondées sur la confiance, la coopération, la paix. »

De même, le révolutionnaire martiniquais Frantz Fanon, qui a combattu en Algérie pour l’indépendance (à Blida notamment), était également très explicite :

« Une des manœuvres les plus pernicieuses du colonialisme en Algérie fut et reste la division en juifs et musulmans. Les juifs sont en Algérie depuis plus de 2000 ans ; ils font partie intégrante du peuple algérien. Musulmans et juifs, fils d’une même terre, n’ont pas à tomber dans le piège de la provocation. En revanche, ils se doivent de faire front contre elle, ne pas se laisser duper par ceux qui, il n’y a pas si longtemps, envisageaient avec désinvolture l’anéantissement total des juifs comme une étape salutaire de l’évolution de l’humanité. »

Conseillons de plus la lecture du livre de l’historien Benjamin Stora « Juifs d’Algérie, les trois exils ». Son œuvre contient des éléments personnels qui parleront sans doute aux personnes originaires d’Algérie.

Shavua Tov – שבוע טוב

19 avril 1943 : honneur aux insurgéEs du Ghetto de Varsovie !

Aujourd’hui nous célébrons en même temps le premier jour de Pessa’h et l’insurrection du ghetto de Varsovie, qui fut déclenchée le 19 avril 1943, c’est-à-dire justement la veille de Pessa’h. Voici un bref rappel historique ; il existe de plus un document de l’Action Antifasciste sur l’Organisation Juive de Combat (ŻOB).

À la veille de la guerre et de l’invasion nazie en septembre 1939, Varsovie abrite une forte minorité juive de 380 000 personnes, soit 30 % de la population varsovienne.

Le jour de Kippour 1940 est établi le ghetto, dans le centre-ville de Varsovie, cerné par un mur de 18 km de long, haut de plusieurs mètres et renforcé de barbelés.

C’est bien simple : la vie dans le ghetto, c’est l’antichambre de l’enfer sur Terre.

Misère extrême, famine permanente, froid glacial, maladies rongeant vieillards et enfants, cadavres dans les rues. Et l’incessante menace d’une Aktion nazie, où n’importe qui peut être torturéE, violéE, abattuE arbitrairement.

À l’été 1942 commence la déportation vers Treblinka.

La première vague de déportations vers les camps d’extermination, avec des rafles à n’importe quelle heure du jour et de la nuit, ramène la population du ghetto de 450 000 à 70 000 âmes début 1943.

En janvier 1943, les organisations de résistance juive s’opposent militairement aux déportations, prenant le contrôle du ghetto.

Les forces d’occupation mettent un certain temps à réagir, mais le soir de Pessa’h 1943, les nazis entrent dans le ghetto, prévoyant de le prendre en trois jours.

Le 19 avril 1943, ce sont donc quelques centaines de jeunes combattantEs du ghetto qui choisissent de résister les armes à la main, et lancent l’insurrection du ghetto de Varsovie.

L’Organisation Juive de Combat (ŻOB) et l’Union Militaire Juive (ŻZW) tiendront 27 jours.

Jusqu’au 16 mai, avec l’incendie total du ghetto et la liquidation finale de la population juive de Varsovie par les nazis, marquée également par la destruction de la Grande Synagogue.

Environ 7 000 personnes juives sont tuées durant les combats, 6 000 autres sont brûlées vives ou gazées durant l’anéantissement du ghetto, et les survivantEs seront déportéEs à Treblinka et Majdanek.

L’insurrection du ghetto était vouée à la défaite militaire et à l’extermination. Les résistantEs le savaient. Mais ils et elles ont livré leur dernière bataille, refusant d’aller à l’abattoir.

Les martyrEs du ghetto de Varsovie sont l’honneur et la dignité des peuples martyrs. Aucun hommage ne sera jamais à la hauteur de leur courage.

« Nous ne voulons pas sauver notre vie.
Personne ne sortira vivant d’ici.
Nous voulons sauver la dignité humaine.
»

Arie Wilner, combattant de la ŻOB.

[La photo ci-dessus date du début mai 1943, en pleine insurrection du ghetto. Elle n'est pas une image « symbole », une image « emblématique ». Cette photo renvoie très concrètement à la liquidation du ghetto de Varsovie. Une liquidation qui n'a rien eu d'abstrait ni de symbolique.]

Shavua Tov – שבוע טוב

Rwanda 1994 : guerre à la guerre génocidaire !

Il y a 17 ans, le 6 avril 1994, était abattu au dessus de Kigali l’avion du président rwandais Habyarimana, le pion de Mitterrand.

Dès le lendemain et pendant seulement trois mois, ce sont plus d’un million de RwandaiSEs qui sont génocidéEs (dont 800 000 entre la mi-avril et la mi-mai).

Nous diffusons ici un document de Contre-Informations sur le génocide rwandais et la complicité de l’impérialisme français, qui a son importance aujourd’hui vu l’actualité de la guerre impérialiste en Côte-d’Ivoire ou en Lybie.

Connaître les génocides, faire vivre la mémoire, combattre l’impérialisme !

Le génocide au Rwanda en 1994
et le rôle des puissances impérialistes,
principalement l’impérialisme français

Gregoire Ndahimana, ancien administrateur de Kiivumu pendant le génocide au Rwanda en 1994 et recherché pour le massacre de plus de 2 000 Tutsis, a été arrêté dimanche 9 août en République démocratique du Congo. L’information n’a été communiqué que le 12 août.

L’arrestation de ce génocidaire est ici l’occasion de rappeler le rôle décisif de l’impérialisme français et de sa concurrence avec l’impérialisme US dans le génocide de plus de 800 000 Tutsis.

A l’époque de la colonisation, l’impérialisme belge a appliqué le principe des exploiteurs de « diviser pour mieux régner » en créant de toutes pièces des distinctions liées à des critères physiques et sociaux, sur la base de catégories antérieures liées à leur rôle dans le mode de production. féodale Les « Tutsi » – minoritaires – regroupaient alors les personnes de grande taille, éleveurs et liés à la monarchie rwandaise, les Hutus étant des cultivateurs. L’impérialisme belge a fait des Tutsis une élite servant de relais à sa domination coloniale, puis a soutenu les Hutus face aux aspirations d’indépendance des élites Tutsis, incitant ainsi aux premiers massacres de Tutsis en 1959. C’est à cette époqe que beaucoup de Tutsis se réfugièrent dans l’Ouganda voisin.

Après l’indépendance de façade du Rwanda, l’impérialisme français a « récupéré » le Rwanda qui se situait dans une zone stratégique à la frontière de la zone d’influence de l’impérialisme US, avec notament l’Ouganda.

C’est précisément de l’Ouganda que part l’offensive des exilés Tutsis du FPR (Front Patriotique Rwandais), soutenue par l’impérialisme US en 1990. L’impérialisme français intervient alors pour éviter le basculement du Rwanda dans le camp de l’impérialisme US et former militairement les futurs génocidaires Hutus de 1994, organisés principalement dans les « milices interahamwe ».

Après l’attentat contre l’avion du président rwandais Juvénal Habyarimana le 6 avril 1994, signal du début du génocide qui dura 100 jours jusqu’au 4 juillet, l’impérialisme français continue de vendre des armes et d’offrir un soutien logistique aux génocidaires. En fait, le génocide à coups de machettes des Tutsis et Hutus « modérés » s’est fait sous encadrement de l’impérialisme français et US qui poursuivaient chacun leurs objectifs.

Pendant deux mois à partir du 22 juin 1994, l’opération Turquoise de l’impérialisme français (sous mandat de l’ONU) a permis l’accueil dans l’ambassade française puis l’exfiltration de responsables du génocide vers le Burundi ou le Zaïre (devenu maintenant la RD Congo) de Mobutu, allié de l’impérialisme français, parmi lesquels des proches du président Habyarimana, le président du gouvernement provisoire Théodore Sindikubwabo ou Ferdinand Nahimana, fondateur de la Radio Télévision Libre des Mille Collines qui incitait tous les jours sur ses ondes au génocide.

Finalement, la progression du FPR et sa victoire militaire a porté au pouvoir l’actuel président Paul Kagame, une situation profitable à l’impérialisme US.

Le fonctionnement « habituel » de l’impérialisme est la perprétations de crimes à l’encontre des peuples de la zone des tempêtes et le génocide au Rwanda est une des multiples atrocités planifiées par les forces impérialistes, principalement l’impérialisme français dans ce cas.

La bourgeoisie au service de l’impérialisme sait comment nier la réalité des horreurs qu’elle perpétue et aujourd’hui, quinze ans après les faits, le génocide au Rwanda n’est pratiquement jamais évoqué. En France, la bourgeoisie insiste de manière chauvine sur les actions menées par l’impérialisme US pour mieux se présenter comme une puissance aux pratiques « acceptables ». C’est pourquoi les médias bourgeois parlent toujours de « la France » et non de l’impérialisme français, ce qui conduit les faibles critiques formulées à l’encontre de la diplomatie française à prendre un tour moral et non politique, favorable au statu quo et au renforcement de la démocratie bourgeoise.

De plus, l’éducation nationale au service de la bourgeoisie favorise une approche nationaliste et chauvine en cachant, bien sûr, les crimes impérialistes et en empêchant ainsi d’avoir une vision internationaliste.

En tant que communistes, nous devons donc nous intéresser à l’histoire criminelle et aux atrocités actuelles de l’impérialisme français., ainsi que de tous les impérialismes. Nous devons nous affranchir du cadre réactionnaire de l’éducation bourgeoise, nationale et chauvine pour nous intéresser à l’histoire de tous les peuples du monde. Il s’agit d’une tâche internationaliste indispensable dans le cadre du combat révolutionnaire contre l’impérialisme et pour le communisme !

Révolution #15, août 2009.

Shavua Tov – שבוע טוב

Autour de Pourim : les légendaires Izzy & Moe

Les États-Unis ont connu une période de leur histoire marquée par l’interdiction de vendre de l’alcool : c’était la « Prohibition », qui a servi de cadre à tant de films…

Mais chez certains, l’humour n’avait pas été pas prohibé, et ce fut l’occasion pour deux policiers très spéciaux de briller : Izzy Einstein et Moe Smith.

Quand on dit « policiers », on devrait dire en fait les deux showmen !

Car ces deux juifs d’origine autrichienne ne restèrent pas longtemps dans la police, seulement de 1920 à 1925 : le temps de se faire éjecter, non pas en raison de leurs résultats, mais surtout à cause de leurs extravagances !

Le saviez-vous ?

Isidor « Izzy » Einstein est né en Autriche, sa langue maternelle était le yiddish, et il émigra aux USA à l’adolescence. C’était lui le joyeux luron de l’équipe. Quant à Moe Smith, il est né à New York de parents juifs austro-galiciens, et était plutôt le « chef des opérations ».

Dès le début de la Prohibition, Izzy Einstein et Moe Smith abandonnent leurs anciens métiers, et s’engagent dans la police de New York. Leur job : fermer les bars servant de l’alcool.

Et leur méthode secrète ? Entrer dans un « club » avec les costumes les plus délirants, se faire servir de l’alcool, et constater le flagrant délit !

Une méthode quasi infaillible pour ces deux génies du déguisement !

Ainsi, entre 1920 et 1925, ils eurent le temps de procéder à 4932 arrestations de « bootleggers », dont 95 % se conclurent par une condamnation. Leur prise record : 5.000.000 de bouteilles de Hooch d’un coup.

Concernant leur créativité, il est aisé d’en juger : déguisements de footballeur américain, de délégué du Congrès démocrate, de Texas Ranger… ou encore de couple ashkénaze ! Quant à l’audace, ils en avaient assez pour se jeter dans l’eau glacée et venir demander de quoi se réchauffer… Pire encore : une fois, Izzy Einstein demanda, l’air lassé, « un verre pour un agent méritant de la Prohibition » : le barman le servit, pensant à un mot d’humour !

De quoi devenir la terreur des trafiquants… mais aussi des icônes populaires d’une époque très impopulaire !

Oui mais voilà, la hiérarchie policière ne l’entendait pas de cette oreille…

Ainsi, un responsable de la police expliqua que « le service doit rester digne », alors que « Izzy et Moe appartiennent à une scène de vaudeville ».

Pour leurs extravagances, Moe Smith et Izzy Einstein seront mutés en 1925 à Chicago, soi-disant « pour le bien des services ». Refusant de se plier à la hiérarchie, ils démissionneront immédiatement.

Le décalage est donc absolu : d’un côté la culture juive (en l’occurrence ashkénaze), toute dans le délire créatif quasi punk ; de l’autre, la culture de la répression policière, prenant tout au premier degré.

Comme quoi la culture populaire juive ne saurait s’insérer dans la culture de l’État et de sa police…

Au moins avec Izzy & Moe, c’était Pourim tous les jours !

Shavua Tov – שבוע טוב

« La mort n’éblouit pas les yeux des partisans »

Le 21 février 1944, à 15 heures au Mont Valérien (Suresnes), furent exécutées 22 des 23 figures de la sinistrement célèbre Affiche Rouge.

Ces 23 « terroristes », c’étaient en réalité des résistants communistes des Francs-Tireurs et Partisans – Main-d’Œuvre Immigrée (FTP-MOI), qui constituaient un groupe dirigé par Missak Manouchian.

L’Affiche Rouge, voilà le symbole de la résistance du prolétariat immigré – juif, espagnol, italien, arménien, etc. – sous la direction de l’Internationale Communiste, voilà le symbole de la lutte à mort pour vivre libre !

- Les martyrs de l’Affiche Rouge ;
- La dernière lettre de Manouchian ;
- Le poème d’Aragon et la chanson de Ferré ;
- Les FTP-MOI, Action Antifasciste ;
- L’organisation et les structures des FTP-MOI.

Shavua Tov – שבוע טוב

Le 27 janvier, jour de libération

Le 27 janvier 1945, vers 15h, un détachement de l’Armée Rouge arrive à Auschwitz-Birkenau. Les soldats soviétiques découvrent là 7000 survivantEs, mais aussi 600 cadavres jonchant le sol du camp.

Dix jours auparant, les nazis avaient devancé l’arrivée des libérateurs soviétiques, et avaient fait évacuer 60000 personnes pour les « marches de la mort ».

Au total, 1300000 personnes ont été déportées à Auschwitz, 1100000 n’en sont pas revenues, parmi lesquelles 960000 étaient juives.

Quand les soldats soviétiques sont arrivés à Auschwitz, ils ont été tellement horrifiés par la vision des prisonniers squelettiques, par la vision des enfants qui pleuraient mais qui n’avaient pas de larme, qu’ils ont immédiatement appelé ce camp « l’usine de la mort ».

À propos de la libération d’Auschwitz, on peut trouver de nombreuses et importantes informations ici.

Auschwitz-Birkenau a été le plus grand camp d’extermination nazi, c’est le « symbole » d’une extermination très concrète, et nombreuses sont les personnes parmi nous qui y ont perdu de la famille…

Voilà pourquoi c’est un devoir de célébrer le 27 janvier : c’est le symbole de la libération.

C’est un hommage aux millions de personnes que les nazis ont voulu anéantir de la mémoire humaine.

De nombreuses publications d’Hapoel ont déjà été consacrées à Auschwitz en particulier et aux camps de la mort en général. Ils offrent une vision synthétique de ce que signifie Auschwitz, de ce que signifie une extermination systématique :

- Pas de 27 janvier en Catalogne ;
- Les trois Auschwitz ;
- Ces gens n’avaient pas de larmes… ;
- 2 août 1944 : la liquidation des tziganes d’Auschwitz ;
- « Pour les animaux, la vie est un éternel Treblinka. » ;
- Le pillage à Auschwitz et le nihilisme de notre époque ;
- « Arbeit macht frei » et l’esclavage nazi ;
- La chanson « Nuit et brouillard » de Jean Ferrat, une triste ambiguïté tristement révélatrice ;
- Les camps de la mort, un défi à la civilisation ;
- The Auschwitz Album – Yad Vashem ;
- Pourquoi étudier la Shoah aujourd’hui ? ;
- Incendie à Majdanek : des milliers de mémoires anéanties.

Les juifs n’oublient pas ! Les juives n’oublient pas !
Il n’y aura pas de nouvel holocauste !

9 décembre 1942 : la grande rafle de Tunis

Quand éclate la seconde guerre mondiale, la Tunisie abrite une population juive d’environ 90.000 âmes, habitant essentiellement entre Tunis et la Goulette, ainsi qu’à Djerba, Sfax, etc.

L’Europe et les champs de batailles ont beau paraître loin, mais le colonisateur français occupe la Tunisie, qui subit dès octobre 1940 les lois antisémites de Vichy, comme en Algérie.

Les mesures antisémites sont diversement appliquées en Tunisie, pas toujours comme Vichy l’aurait voulu. Ainsi, le port de l’étoile jaune n’est pas obligatoire à Tunis, mais seulement à Souss et Sfax.

Fait notable, de larges couches des féodaux tunisiens s’opposent aux mesures antisémites, ne serait-ce que pour réaffirmer face à Vichy leur autorité sur la Tunisie et tous les « sujets » du Bey – parmi lesquels la minorité juive de Tunisie, donc.

Ainsi, dès son intronisation en juin 1942, Moncef Bey s’opposera à l’antisémitisme de Vichy, et cachera des juifs pendant toute l’occupation à titre personnel, en poussant beaucoup de figures de la féodalité à faire de même. Les exemples en ce sens sont très nombreux.

Mais suite aux avancées des Alliés en Afrique du Nord, les nazis décident d’organiser la défense sur place, et débarquent en Tunisie le 8 novembre 1942. C’est alors que s’ouvre la période de l’occupation nazie en Tunisie, ce qui est unique en Afrique du Nord.

Pour la minorité juive, les persécutions antisémites franchissent un cap, et deviennent semblables à celles qui règnent en Europe : étoiles jaunes, rationnements, spoliations, réquisitions militaires, énormes amendes collectives, travail forcé en public ou dans des camps, jusqu’à la déportation.

Le 8 décembre 1942, les forces nazies d’occupation exigent à la communauté juive, représentée par Moïse Borgel, un contingent de travailleurs forcés : il leur faut 3000 jeunes adultes juifs pour le lendemain à l’aube.

Mais le lendemain matin, il y a seulement 120 « volontaires » à la caserne Foch de Tunis. Ce sont donc les SS qui vont se charger du travail, et qui vont opérer une rafle sans doute déjà prévue : c’est la rafle de Tunis, le 9 décembre 1942.

Ainsi, les SS occupent l’école de l’Alliance et « cueillent » les personnes qui arrivent. Les nazis iront jusqu’à rafler dans les synagogues, notamment la grande synagogue de Tunis. De plus, ils enlèvent de nombreux « notables » de la communauté juive, qui serviront comme otages.

Les 4000 juifs raflés ce 9 décembre 1942 iront soit en camp de travail, soit sur les fronts allemands en Europe.

Ce seront au total 5000 juifs de 18 à 50 ans qui iront trimer dans 32 camps de travail en Tunisie dans des conditions de travail extrêmes, principalement vers Bizerte mais aussi dans les environs de Tunis. À noter que le financement et les ravitaillements des camps devaient être assurés par la communauté juive elle-même…

De ces camps, quelques centaines de personnes ne reviendront pas, que ce soit à cause des conditions de vie extrêmement dures ou bien à cause des exécutions sommaires. De même, une soixantaine de très jeunes adultes juifs trouveront la mort sur les fronts allemands en Europe.

Sans parler d’un convoi de déportés juifs qui, la mer étant quadrillée par les Anglais, partira en avril 1943 en avion en direction des camps de Pologne et d’Autriche. De cette déportation, 17 personnes ne reviendront pas – en plus de déportés « individuels » parmi les résistants.

Face aux avancées des forces Alliées, les nazis déserteront les camps de travail en avril 1943, et fuiront la Tunisie en mai 1943. Peu après, les mesures antisémites seront abrogées.

Les six mois d’occupation allemande de la Tunisie ont été trop courts pour mettre en œuvre les véritables plans nazis : l’extermination de la minorité juive de Tunisie, ni plus ni moins.

En effet, il existe des témoignages de cadres de la diplomatie nazie allant très clairement dans ce sens. Cependant, vu que la mer était sous contrôle allié, et que la déportation par avion n’était pas envisageable à l’époque, les SS avaient prévu de fusiller les personnes juives en Tunisie même.

Comme quoi l’antisémitisme nazi a une dimension totalement idéologique, jusqu’à aller chercher des personnes juives à génocider au-delà des mers.

Aujourd’hui, les juifs se souviennent, les juives se souviennent.

Abraham Serfaty, figure passée de la révolution marocaine

Quand on connaît la situation actuelle au Maroc, on ne prend pas beaucoup de risques en disant que, au cours des années 2010, le Maroc va devenir une « poudrière ».

Une poudrière où les rébellions populaires vont se multiplier, où le régime de Mohammed VI va réprimer les peuples marocain et sahraoui ainsi que les minorités imazighen, où la concurrence entre la France et les USA va devenir de plus en plus intense.

Le peuple marocain en lutte doit impérativement rencontrer en France la solidarité qu’il mérite, d’autant plus que chaque avancée révolutionnaire au Maroc ne sera pas seulement une défaite de l’impérialisme français, ni seulement une avancée pour la révolution arabe en général… mais aussi un progrès pour la conscience révolutionnaire en France !

À chacune de ses avancées, la révolution marocaine aura un écho certain en France même : elle laminera les positions des islamistes au sein des masses populaires arabes de France, elle fera tomber les murs entre les minorités nationales juive et arabe, elle contribuera à l’unité populaire pour la libération totale… ici en France !

Voilà pourquoi il est indispensable de faire vivre la solidarité avec le mouvement révolutionnaire marocain, qui fait actuellement face avec une détermination absolue aux tortures, à la prison et aux assassinats.

Le mouvement révolutionnaire marocain puise ses racines dans ce qu’on a appelé au Maroc les « années de plombs », c’est-à-dire dans la grande agitation révolutionnaire qui a secoué le régime fasciste de Hassan II dans les années 1970, en s’inspirant elle-même de la révolution culturelle en Chine populaire.

Seulement aujourd’hui, il s’agit de dépasser les années 1970, et pour cela les révolutionnaires du Maroc analysent méthodiquement et critiquent systématiquement l’expérience des années de plomb.

L’une des bases de leur identité politique, justement, est la critique féroce de la trahison des principales organisations révolutionnaires des années 1970, qui sont devenues dès 1979 des forces « néo-révisionnistes » vivant sur le prestige immense de leurs martyrs passés.

C’est précisément sur cette base (leur attitude est-elle réellement antagoniste, réellement révolutionnaire ?) qu’il faut critiquer des gens comme Abraham Serfaty, et d’ailleurs il était critiqué de son vivant autant par les maoïstes du Maroc que par ceux de France.

De son vivant, oui, car Abraham Serfaty est décédé hier à Marrakech, à l’âge de 84 ans, marquant ainsi la fin d’une époque… et le début d’une autre.

Qui était Abraham Serfaty ?

Né en 1926 dans une famille juive originaire de Tanger, Abraham Serfaty adhère en 1944 à l’âge de 18 ans aux jeunesses communistes marocaines. Puis il va faire ses études en France de 1945 à 1949, où il adhère au PCF.

De retour au Maroc, il entre au Parti Communiste Marocain, qui lutte contre l’impérialisme français et pour l’indépendance. Pour ses activités anti-coloniales, Abraham Serfaty est assigné à résidence de 1950 à 1956.

Au lendemain de la pseudo-indépendance, il entre au gouvernement dans le cabinet du ministère de l’économie, où il oriente la politique minière du Maroc. À partir de 1960, au début du règne de Hassan II, il est haut cadre de l’Office Chérifien des Phosphates, mais il se fait limoger après avoir soutenu la grève des mineurs à Khouribga.

En 1968, le Parti Communiste Marocain devient le Parti de la Libération et du Socialisme, ce qui scelle définitivement son tournant « révisionniste », c’est-à-dire contre-révolutionnaire et pro-soviétique.

Abraham Serfaty quitte donc ce parti en 1970 et fonde l’organisation maoïste Ilal Amam (« en avant ») avec Abdellatif Laâbi (dirigeant de l’excellente revue « Souffles ») et Raymond Benhaïm. C’est l’acte de naissance du « MMLM » des années 1970, le mouvement marxiste-léniniste marocain.

En janvier 1972, Abraham Serfaty est arrêté pour ses activités révolutionnaires et est sauvagement torturé, mais est libéré sous la pression des masses populaires. En mars, il passe à la clandestinité avec Abdellatif Zeroual – un des grands martyrs de la révolution marocaine.

Mais en 1974, Serfaty et Zeroual sont de nouveau arrêtés : Zeroual est assassiné en prison par ses bourreaux, et Serfaty sera jugé en 1977 avec presque 150 révolutionnaires – dont la grande martyre Saïda Menebhi.

Abraham Serfaty fait partie des 5 inculpés qui sont condamnés à la perpétuité à la prison centrale de Kenitra, notamment pour son soutien à la libération nationale sahraouie et au Front Polisario. En prison, il épousera Christine Daure, qu’il avait rencontrée en clandestinité.

Après 17 ans d’enfermement et grâce à une campagne internationale en sa faveur, Abraham Serfaty est libéré de prison en septembre 1991 et ausitôt exilé en France.

Deux mois après la mort de Hassan II, il est autorisé en septembre 2000 à revenir au Maroc. Serfaty est aussitôt nommé conseiller à l’Office National de Recherches et d’Exploitations Pétrolières (Onarep).

À ce moment là, il est clair qu’Abraham Serfaty a définitivement rompu avec la révolution, qu’il s’est fait tromper par Mohammed VI… ou plutôt qu’il a bien voulu être trompé. Bref, Serfaty a été atteint par les « balles enrobées de miel », après avoir accompagné en prison le tournant néo-révisionniste du MMLM.

Que reste-t-il alors de l’héritage d’Abraham Serfaty ?

Pour Hapoel, il reste la figure d’un révolutionnaire juif-arabe, qui a fait la révolution dans son pays le Maroc, qui a analysé précisément la minorité marocaine juive, et qui a exprimé sa solidarité avec le reste de la nation arabe – en particulier avec le peuple palestinien sous occupation sioniste.

Dans l’identité des gens qui ont donné naissance à Hapoel, la figure d’Abraham Serfaty occupait une place très importante, et il n’est pas difficile de comprendre pourquoi. Mais il n’y a jamais eu d’illusion à propos des perspectives qu’il représentait.

On trouve dans les archives internationales des marxistes-léninistes-maoïstes une liste de documents d’Abraham Serfaty de son époque révolutionnaire.

Les contradictions de l’ennemi et la perspective révolutionnaire au Maroc (avec Abdellatif Zeroual)

Le judaïsme marocain et le sionisme

Le devoir des juifs marocains (1967)

Salut aux Afro-américains ! (1969)

Révolution en Afrique et direction du prolétariat (1970)

Lumumba vivant (1971)

La francophonie contre le développement

Obscurantisme néo-colonial et acrobaties bourgeoises

Dictature et démocratie (1971)

La révolution marocaine vit et se bat, avec à sa tête la Voie Démocratique Basiste (an-Nahj ad-Dimoukrati al-Qaidi). Vive la VDB, sa lutte, ses martyrs !

Contre la tendance au pogrom, les juifs sont déterminés ! Plus jamais de novembre 1938 !

Aujourd’hui comme chaque année, nous commémorons la Nuit de Cristal du 9 novembre 1938, la nuit des pogroms nazis en Allemagne. On estime que 250 synagogues ont été attaquées cette nuit là, que 400 personnes juives sont mortes dans le pogrom, et que 35000 furent déportées à Dachau, Buchenwald, etc.

L’année dernière, l’État fédéral allemand a profité du 20ème anniversaire de la chute du Mur de Berlin – le 9 novembre 1989 – pour passer sous silence les « pogroms de novembre », c’est-à-dire au final pour considérer que l’Allemagne n’avait plus à parler des persécutions nazies, qu’il y en avait assez d’une soi-disant « repentance », etc.

Ainsi en Allemagne le mouvement néonazi s’affirme, et en même temps l’État abandonne tout semblant d’antifascisme, se permet de célébrer la nation allemande (autour du football par exemple), et évidemment se révèle totalement impuissant face aux nazis.

Quelques documents à propos de la Nuit de Cristal :
Herschel Grynszpan, une haine non négociable
La Nuit de Cristal, un tournant dans l’extermination
L’appel à la manifestation annuelle de l’Initiative Antifasciste de Moabit à Berlin

Majdanek, une plaie encore à vif


[Les soldats de l'Armée Rouge de Staline, découvrant les 800 000 paires
de chaussures de Majdanek en juillet 1944.
]


[Un échantillon de ces chaussures, dont 10 000 paires sont parties
en fumée dans la nuit de lundi à mardi.
]

Naftali Botwin, tombé pour la justice populaire

Naftali Botwin était un jeune communiste polonais d’origine juive. En 1925 il exécuta un informateur de la police, et fut condamné à mort dans un procès sommaire. Son nom sera plus tard honoré par les Brigades Internationales en Espagne.

Le saviez-vous ?

Naftali Botwin est né dans une famille juive très pauvre de Lvov en 1907 – et non en 1905 comme l’indiquaient ses papiers officiels. Lvov est une ville polonaise proche de l’Ukraine, et sera occupée par l’Ukraine à partir de 1918.

Naftali Botwin était le 8ème enfant de la famille, est devenu très tôt orphelin de père, avait une santé assez fragile, et a reçu une instruction scolaire très courte. Il a commencé à travailler très jeune, et enchaînait les petits boulots.

Par sa condition de jeune ouvrier pauvre, il se politise très tôt et très à gauche. Ainsi en 1921 à l’âge de 13 ou 14 ans, Botwin rejoint un syndicat. Puis en 1922 le mouvement Tsukunft (« avenir »), le mouvement de jeunesse du Bund.

En 1923, il entre dans l’Union de la Jeunesse Communiste de Pologne, rompant donc avec le bundisme. Et enfin en 1925, il devient membre du Parti Communiste de Pologne et d’Ukraine occidentale.

Naftali Botwin est chargé par le Parti Communiste d’exécuter Józefa Cechnowski, un ancien communiste qui a retourné sa veste et a trahi en devenant informateur de la police.

Le 28 juillet 1925, c’est-à-dire il y a 85 ans presque jour pour jour, Naftali Botwin applique la justice prolétaire.

Seulement voilà, il est rattrapé par la police, et se fait arrêter. Son procès sera sommaire et sans pitié, et la cour refusera un procès régulier.

Au procès, Botwin défendu par l’avocat Maurice Aksner. En revanche aucune organisation juive ne s’impliquera dans sa défense, parce que la bourgeoisie légaliste et légitimiste juive ne s’intéresse pas aux ouvriers juifs, et encore moins aux ouvriers communistes.

Face au juge, Naftali Botwin défend l’honneur du Parti Communiste. Il déclare également qu’il regrette d’avoir tué un être humain, mais qu’il ne regrette pas du tout d’avoir exécuté une balance.

Finalement, le verdict tombe le 7 août 1925 : Naftali Botwin est condamné à mort. Le soir juste avant son exécution, on apprend également que la grâce présidentielle est rejetée.

Ce 7 août, Botwin est conduit à la prison de Lvov à 11h. Dans sa cellule, on lui envoie un rabbin, mais Botwin refuse. Puis le soir à 23h, il est conduit au poteau d’exécution, où il doit être fusillé.

L’attitude de Naftali Botwin face aux assassins est exemplaire et héroïque. Face au peloton d’exécution, il refuse d’avoir les yeux bandés, et entonne des chants communistes. Quand la sentence est lue, il s’écrie : « À bas la bourgeoisie ! Vive la révolution sociale ! », puis les tirs des fusils résonnent.

Naftali Botwin, en tant qu’exécuteur de la justice populaire et martyr de la répression, est l’honneur du mouvement communiste de Pologne.

Il lui sera d’ailleurs rendu un hommage en 1937, quand une compagnie des Brigades Internationales sera renommée Compagnie Naftali Botwin.

En effet en 1936, la République espagnole subit un soulèvement conduit par le général Franco, et soutenu par l’Italie de Mussolini et l’Allemagne de Hitler.

Aussitôt sont créées des brigades de volontaires venant du monde entier – du Canada à la Palestine, mais principalement d’Europe – pour défendre la République espagnole, sous la direction de l’Internationale Communiste : ce seront les Brigades Internationales.

En octobre 1936, des cercles communistes juifs de Paris proposent, sous l’impulsion d’Albert Nahumi (Arieh Weitz), de former une unité de combattants d’origine principalement juive.

L’idée mettra du temps à se concrétiser, mais le 12 décembre 1937 est établie la Compagnie Naftali Botwin, composée de 150 personnes juives de Pologne, de France, et même de Palestine.

Celle-ci dépendra du Bataillon Dombrowski composé essentiellement de personnes polonaises et russes, et dont les dirigeants étaient bien souvent des hauts cadres de l’Armée Rouge de Staline.

Il y sera parlé yiddish, et d’ailleurs le drapeau de la Compagnie Botwin sera marqué de la devise du Bataillon Dombrowski, « Pour votre liberté et la nôtre », en polonais et en yiddish.

Il faut savoir que sur environ 40000 combattants qui sont passés par les Brigades Internationales, presque 8000 étaient d’origine juive. Les survivants s’engageront pour la plupart également dans la résistance au nazisme.

Défendre la mémoire du Vél’ d’Hiv

Les 16 et 17 juillet 1942, la police française mène une énorme rafle de personnes juives, dans le cadre d’une opération européenne cyniquement appelée « Vent Printanier » par les nazis.

On estime que 4500 policiers participent à cette rafle, sans compter les bus réservés auprès de la régie de transports. Une rafle organisée à la demande des nazis, mais sans leur participation propre.

L’opération visait initialement seuls les hommes juifs immigrés, mais dans un accès de zèle, l’État français prend les devants en visant des familles entières, et pas « uniquement » juives immigrées.

Durant ces deux jours de traque pendant lesquels sont largement mis à profit les fichiers de recensement, plus de 13000 personnes juives sont arrêtées et emmenées avec le strict minimum sur soi : 3000 hommes, 6000 femmes, 4000 enfants.

Les familles sont séparées, si bien que pour beaucoup, c’est la dernière fois que les enfants voient leurs parents.

Environ la moitié des personnes raflées est envoyée à Drancy, tandis que l’autre moitié est retenue prisonnière au Vélodrome d’Hiver, dans le 15ème arrondissement de Paris. De là vient le nom de Rafle du Vél’ d’Hiv.

Ce sont donc 7000 personnes juives qui doivent survivre pendant cinq jours, à s’entasser dans les gradins sans nourriture et presque sans eau, en attendant d’être conduites dans un camp de transit (Drancy, Beaune-la-Rolande, Pithiviers).

Et dans la foulée des camp de transit, la déportation vers les camps de la mort…

Sur les 13000 personnes juives arrêtées lors de la rafle du Vél’ d’Hiv, une quarantaine seulement survivront à Auschwitz – parmi lesquelles ni femme ni enfant.

Aujourd’hui, la mémoire des personnes juives raflées au Vél’ d’Hiv est devenue un enjeu.

Pourquoi ? Parce que l’État français est directement engagé dans la rafle du Vél’ d’Hiv : celle-ci a été conduite exclusivement par la police française, sans aucun uniforme nazi.

Pour les nationalistes français, cette responsabilité de l’appareil d’État est encore inacceptable – pour le moment – et il est impératif pour eux d’attaquer et de souiller la mémoire.

Ce n’est pas pour rien que, depuis le début de l’année, Jean-Marie Le Pen a déjà insulté à deux reprises les personnes juives raflées au Vél’ d’Hiv, une fois en janvier pendant une « galette des rois » du Front National, une fois en avril… lors de la journée nationale de la déportation !

Et rappelons que suite à cette dernière déclaration négationniste, Marine Le Pen a gardé le silence un certain temps… avant d’expliquer que « [son] père connaît bien l’histoire ». Sans commentaires.

À l’inverse, il convient de respecter des initiatives comme le film « La Rafle », malgré ses limites culturelles de classe.

Pour information, la « journée nationale à la mémoire des victimes des crimes racistes et antisémites de l’État français et d’hommage aux Justes de France » aura lieu ce dimanche, avec toutes les commémorations semi-hypocrites de l’État français.

Et demain samedi 17 juillet aura lieu une soirée sur la chaîne de télé Direct 8, à partir de 20h40. Au programme de la soirée : deux téléfilms et un documentaire de Marek Halter.

Ni oubli, ni pardon ! Rejetter ses illusions sur l’État français !

Il y a 15 ans, l’horreur génocidaire à Srebrenica

Carlos, du mercenaire au proto-nazi

Hier est sorti au cinéma le film « Carlos » d’Olivier Assayas. Il s’agit en fait de la version condensée pour le cinéma d’un tryptique télévisuel de 5h30, diffusé et financé par Canal+.

Le film – tout comme la série diffusée en mai – jouit d’une hallucinante campagne de communication : publicités partout dans le métro, au cinéma, chez les distributeurs du type Fnac ou Virgin, etc. D’ailleurs le DVD de la série télé est sorti il y a peu.

Ce film est appuyé par les critiques comme « un grand moment de cinéma », « bluffant », « époustouflant », « un grand film d’action », etc. Bref, comme c’est parti, « Carlos » sera assurément le grand film français de l’été…

Carlos y est présenté comme un « révolutionnaire » qui aurait dérivé vers l’individualisme par narcissisme et égocentrisme. Il est présenté comme « typique » des luttes armées d’extrême-gauche des années 1970 – 1980.

Mais qui est réellement Carlos ?

Le saviez-vous ?

Ilich Ramírez Sánchez, alias Carlos, alias « le Chacal » (« El Jacal » en castillan) est né en 1949 à Caracas au Venezuela. Son père était un avocat communiste – d’où son prénom, Illich étant le deuxième prénom de Lénine.

Il s’engage très jeune dans la Jeunesse Communiste du Venezuela. Puis il part étudier à l’Université Patrice Lumuba de Moscou, dont le rôle était de siphonner les « élites » intellectuelles des pays nouvellement « indépendants » pour les placer dans l’orbite de l’impérialisme russe (ce que les maoïstes appellent « social-impérialisme »).

Mais le pire, c’est que Carlos arrive à se faire exclure de cette université en raison de son attitude assez alcoolisée… Une attitude nihiliste et décadente qui le suivra jusqu’à aujourd’hui.

Carlos s’engage ensuite dans les camps d’entraînement du Front Populaire pour la Libération de la Palestine – Opérations Extérieures (FPLP-OE) du célèbre Wadi Haddad, qu’il rejoint officiellement en 1973.

Il organise et participe à un certain nombre d’attaques au nom du FPLP-OE, principalement en France – y compris contre le magazine « L’Arche »…

Le 27 juin 1975, rue Toullier en plein Paris, Carlos abat deux membres de la DST et un de leurs indics. Pour ce triple meurtre, il sera en 1992 condamné à la perpétuité, mais par contumace.

Son fait d’arme le plus connu de cette époque est la prise d’otage de 11 ministres au siège de l’OPEP, le 21 décembre 1975 à Vienne. Il s’enfuit avec ses otages en avion, avec le soutien de Kadhafi, dans un parcours Vienne – Alger – Bagdad – Tripoli – Alger.

À la suite de cette action, Carlos se rend à un « débriefing » au Yémen, et là se fait exclure du FPLP-OE par Wadi Haddad. En effet il a désobéi à l’ordre d’exécuter deux ministres – un saoudien et un iranien – et aurait détourné une partie de la rançon pour lui-même.

Car il faut le dire, Carlos a un style de vie très individualiste, absolument pas progressiste, et qui en plus ne compte pas se plier à la discipline révolutionnaire.

Suite à son exclusion du FPLP, Carlos s’engage dans une sanglante carrière de mercenaire au service du social-impérialisme russe et de ses satellites, principalement la Lybie de Kadhafi et la Syrie d’Hafez El Assad.

Pendant les 10 ans qui suivent, son activité consistera surtout en du terrorisme pour faire libérer ses compagnons emprisonnés, à base d’attentats à la bombe contre des trains.

Puis à partir de 1985, Carlos se cachera avec sa femme en Syrie puis au Soudan, où il sera « kidnappé » par les les services secrets français en 1994. Depuis, il est en prison en France, en ce moment à la centrale de Poissy (78).

Au bout du compte, Carlos n’a jamais été d’extrême-gauche, il n’a jamais été révolutionnaire.

Carlos a toujours été un « individu » croyant pouvoir louvoyer en free-lance entre divers impérialismes (URSS fasciste, France aujourd’hui), diverses bourgeoisies bureaucratiques (Syrie, Libye, RDA, Venezuela aujourd’hui), tout en s’appropriant le prestige de la résistance palestinienne (FPLP).

Et si Carlos a été typique de quelquechose, c’est bien de la ligne objectivement fasciste de l’URSS des années 1970 – 1980, qui nourrissait et « utilisait » des pseudo-révolutionnaires afin de renforcer ses positions et celles de ses bourgeoisies bureaucratiques arabes…

En bref, un mercenaire fasciste mégalo au service du social-impérialisme russe.

Mais un mercenaire fasciste mégalo sur lequel les antisémites d’extrême-droite comme de la « gauche radicale » ont pu tripper allègrement depuis 15 ans…

Car idéologiquement, Carlos est à lui tout seul une synthèse historique de ce qu’est le soi-disant « nationalisme-révolutionnaire ».

D’abord parce qu’il a toujours combattu sur une ligne élitiste et nationaliste, et jamais au service du peuple en armes : sa ligne soi-disant « anti-impérialiste » se concentrait en fait surtout sur l’anti-américanisme et l’antisionisme, en accordant une valeur « positive » à l’impérialisme russe et à ses pions réactionnaires.

Puis parce qu’avec l’effondrement du bloc impérialiste de l’URSS et son incarcération, il a fallu une nouvelle synthèse idéologique, dans la continuité de ce « nationalisme-révolutionnaire ».

Il faut bien avoir en tête que Carlos est une figure typique d’une vaste tendance « anticapitaliste romantique », fascinée de manière morbide par le « héros » patriarcal qui se révolte « seul contre tous » et se « sacrifie ».

Cette idéologie fasciste a donc trouvé une cohérence dans l’Islam politique, mais dans sa version ultra-nationaliste et soi-disant « de gauche » (Carlos s’étant d’ailleurs converti dès 1975).

Ainsi, bien que lié aux bourgeoisies bureaucratiques arabes (Libye, Syrie, Soudan), Carlos accorde également une valeur « anti-impérialisme » à l’Iran, et en fait ses thèses sont très proche de l’idéologie de la « révolution » islamique.

Carlos a d’ailleurs écrit en prison un manifeste, « L’Islam révolutionnaire », dans lequel il développe une synthèse entre « nationalisme-révolutionnaire » et ce qu’on pourrait appeler « proto-islamisme »…

Rien d’étonnant, donc, à ce que toute l’histoire de Carlos soit indissociable de son profond antisémitisme déguisé en « antisionisme ».

Rien d’étonnant non plus à ce qu’il soit désormais proche de la fine fleur du négationnisme français…

Ainsi parmi les défenseurs passés et présents de Carlos, on retrouve Jacques Vergès, l’avocat du nazi Klaus Barbie, qui a servi d’intermédiaire au mercenaire pour publier de prison dans des revues « nationalistes-révolutionnaires ».

Ou bien Isabelle Coutant-Peyre, qui a défendu aussi bien le négationniste Roger Garaudy (et qui dirige sa revue « À contre-nuit ») que Kemi Seba… et même Youssouf Fofana, c’est dire le niveau sordide d’antisémitisme. Coutant-Peyre a d’ailleurs épousé Carlos en 2001.

Sans parler de sa proximité avec la négationniste Ginette Skandrani, qu’il a appelée de prison en mai 2009, en pleine réunion électorale de Dieudonné… pour apporter son soutien à la Liste « Anti-Sioniste » !

Carlos s’était alors franchement lâché dans l’antisémitisme brutal, en parlant de « cette bande de gitans et de juifs qui te taxent d’antisémitisme. Ces gens [...] sont protégés par l’anti-France, excusez-moi d’employer une expression vichyste, c’est l’anti-France. ».

Bref, un parcours finalement très logique, où la question révolutionnaire est systématiquement évacuée par Carlos au profit du « romantisme » antisémite.

En revanche, ce qui au fond est assez inquiétant, c’est que ce genre de fasciste est suffisamment « à la mode » en 2010 pour en faire une véritable saga cinématographique à l’image « hyper-radicale »…

Mississippi Burning

« Mississippi Burning » est un film très connu d’Alan Parker, sorti en 1988 et qui a eu de nombreuses nominations aux Oscars.

Mais en fait, ce film retrace l’enquête du FBI (présenté faussement comme étant « sympathique ») autour d’un événement qui s’était déroulé en 1964 : l’assassinat dans le Mississippi de 3 militants pour les droits civiques de la minorité africaine-américaine.

Le saviez-vous ?

En 1964, la ségrégation raciale est une réalité officielle dans les États du Sud des USA, où la minorité africaine-américaine est dans de nombreux endroits majoritaire. Les personnes noires sont victimes d’une oppression raciste – en fait coloniale – d’autant plus insupportable qu’elle prend la forme de l’arbitraire le plus total.

En juin 1964, les grandes organisations de défense des « droits civiques », c’est-à-dire des droits démocratiques des personnes noires américaines, lancent une campagne d’inscription des noirEs sur les listes électorales. Ce sera le « Freedom Summer » du Mississippi.

Cette campagne légale et pacifiste sera menée essentiellement par de jeunes militantEs venuEs du Nord des USA… dont une importante fraction de militantEs d’origine juive.

À la mi-juin 1964, une église pro-droits civiques est incendiée dans le comté de Neshoba, Mississippi. Une équipe de 3 militants prend l’initiative d’enquêter sur cet incendie, en connaissant plus ou moins le danger.

Ces trois militants sont : James Chaney (21 ans), un activiste noir de Meridian, Mississippi, à 80 km du comté de Neshoba ; Andrew Goodman (20 ans), un étudiant juif de New York, ami des célèbres Simon & Garfunkel ; Michael Schwerner (24 ans), un activiste juif du Congress Of Racial Equality (CORE) à New York.

Le 21 juin 1964 peu après minuit, ces trois militants démocratiques seront lynchés par le Ku Klux Klan avec l’appui de la police locale.

Retraçons rapidement le jour qui leur a été fatal.

Le 20 juin en fin d’après-midi, Chaney, Goodman et Schwerner se dirigent en voiture vers Longdale, là où l’église a été réduite en cendres. C’est Chaney qui conduit, et la voiture se fait arrêter par le shériff-adjoint Cecil Price, qui accuse Chaney d’excès de vitesse.

En réalité Cecil Price est membre du Ku Klux Klan (KKK), et a sans doute été averti des descriptions des voitures et des plaques d’immatriculation des volontaires du Freedom Summer.

Toujours est-il que Chaney, Goodman et Schwerner sont embarqués au poste, d’où il ne pourront pas appeler leur organisation, et où leur organisation ne pourra les joindre puisque la police locale répondra au téléphone qu’il n’y a aucun activiste en garde-à-vue.

Mais pendant ce temps, le shériff-adjoint Cecil Price prévient de son côté le KKK, qui décidera de comment assassiner les trois militants des droits civiques.

À leur sortie de garde-à-vue dans la nuit, les activistes sont sommés de quitter le comté de Neshoba. En fait il s’agit d’une embuscade : le shériff-adjoint les suit puis les fait s’arrêter, en attendant l’arrivée des assassins du KKK.

Les 3 militants sont alors enlevés, lynchés, et enfin abattus ; leur voiture est brûlée et leur corps jeté dans une retenue d’eau.

L’autopsie révèle que Goodman et Schwerner ont été abattus d’une balle dans le cœur, tandis que Chaney a été abattu de 3 balles. De plus le corps de Chaney présentait de nombreuses fractures (aux deux bras, à l’épaule, à la mâchoire), mais comme par hasard les preuves de cette brutalité fasciste seront fâcheusement détruites…

La disparition mystérieuse de ces militants pro-démocratiques fera un scandale, pendant lequel des lois fédérales anti-ségrégations seront passées. Les corps seront retrouvés seulement le 4 août 1964.

Mais pendant ce temps, le shériff de Neshoba ira jusqu’à déclarer que les activistes des droits civiques se cacheraient afin de donner une mauvaise réputation au Mississippi, et le gouverneur du Mississippi dira que ces activistes pourraient très bien être à Cuba !

Un procès a eu lieu à partir de 1967, mais relevait de la franche mascarade : l’État du Mississippi ne voulait pas poursuivre les fascistes pour meurtre, donc une procédure très spécifique a été engagée ; au final les peines étaient au plus de seulement 10 ans, elles ont commencé en 1970, mais le dernier sorti a été libéré en 1976.

Plus récemment, le procès a été réouvert en 2005 pour juger un fasciste qui n’avait pas été inquiété en 1967 mais qui s’est avéré être le responsable des assassinats. Il a été condamné il y a 5 ans jour pour jour à 60 ans de prison, mais a été libéré sous caution 2 mois plus tard, en août 2005.

Que montre cet épisode de la lutte de la minorité africaine-américaine, qui date de 46 ans presque jour pour jour ?

D’abord que la démarche légaliste-pacifiste ne protège pas et ne protégera jamais des fascistes. Même dans une organisation comme le SNCC – qui avait participé au Freedom Summer du Mississippi – on fera ce constat, et une grande partie de ce mouvement noir se radicalisera en 1966 derrière la figure de Stokely Carmichael.

Mais aussi et surtout que l’unité antiraciste du peuple est toute-puissante, comme ici en particulier avec l’unité entre masses noires et masses juives. Nous en avions déjà parlé dès les premiers jours d’Hapoel à propos de Frantz Fanon, ou bien à propos de la chanson « Strange Fruit ».

Participe à la bataille pour l’unité antiraciste du peuple !
James Chaney, Andrew Goodman et Michael Schwerner sont immortels !

« Mémoires d’un anarchiste juif »

L’autodéfense juive est un mouvement qui prend racine en Europe de l’Est à la fin du 19ème siècle et au début du 20ème. Face aux pogroms, des juifs défendent les leurs l’arme à la main.

Dès le début, la gauche juive impulsera ou investira le mouvement d’autodéfense, que ce soient les bolcheviks, les anarchistes, les bundistes ou les sionistes de gauche.

Ainsi Samuel Schwarzbard (ou Sholem Schwartzbard) était un révolutionnaire ukrainien juif, d’obédience anarchiste, qui a participé à l’autodéfense juive et à la justice contre les antisémites.

C’est lui qui, en 1926, avait abattu à Paris le chef nationaliste ukrainien Simon Petlioura, responsable d’immenses pogroms antisémites pendant la guerre civile qui a suivi la révolution de 1917 en Russie.

Sorti victorieux de son procès bien qu’il ait publiquement revendiqué avoir assassiné le pogromiste-en-chef Petlioura, il décédera en 1938 en Afrique du Sud.

Entretemps, Samuel Schwarzbard avait écrit ses mémoires en 1934, intitulées « In’m Loyd Fun Yorn » (« Au fil des ans » en yiddish). Seulement cette autobiographie n’avait jamais été traduite en français depuis ce temps.

Un manque qui est aujourd’hui comblé, puisque les Éditions Syllepse l’ont traduite et publiée, sous le titre « Mémoires d’un anarchiste juif ». Toutes les informations par ici.

Nous relayons ici la présentation du livre, puis dans la suite on retrouve une biographie de Schwarzbard inspirée par des anarchistes de l’Action Antifasciste.

22 janvier 2010 : Stepan Bandera, héros leader de l’indépendance ukrainienne auquel on attribue la responsabilité du massacre de milliers de Juifs durant la Deuxième guerre mondiale, est élevé à la dignité de « Héros de l’Ukraine » à titre posthume par le président Viktor Iouchtchenko.

27 mai 2006 : des cérémonies à la mémoire du Général Simon Petlioura sont organisées par l’État ukrainien en plein Paris avec un dépôt de gerbe au cimetière du Montparnasse, là où il est enterré, mais aussi sur la tombe du Soldat inconnu à l’occasion du 80ème anniversaire de son assassinat par Samuel Schwarzbard.

Les tentatives de réhabiliter les responsables des pogromes qui frappèrent les Juifs, notamment en Ukraine, se multiplient dans une relative indifférence. Les mémoires inédites de Samuel Schwarzbard invitent plus que jamais à revenir sur cette page d’histoire pour mieux lutter contre le retour de ce révisionnisme au service du nationalisme.

Témoin et acteur des grands cataclysmes du début du 20ème siècle, enfant miséreux du Yiddishland, Samuel Schwarzbard a dix-neuf ans lors de la révolution de 1905, presque trente quand il s’engage dans l’armée française sans renier son internationalisme, et quelques années de plus lorsqu’il file vers la Russie à l’aube de la révolution des soviets. Anarchiste au sein de la Garde rouge, il combat sans relâche les ennemis de la Révolution.

Parfait héritier du judaïsme prophétique le plus radical, il est convaincu qu’il faut lutter sur un double front : la révolution sociale partout où cela est possible et l’autodéfense juive. De retour en France, il entre dans l’Histoire en assassinant Simon Petlioura, responsable des massacres qui ont ensanglanté les communautés juives d’Ukraine. Son procès devient celui des pogromes et enflamme l’opinion mondiale.

Ses écrits, traduits et rassemblés pour la première fois à partir d’archives dispersées à travers le monde, évoquent de façon saisissante, à la manière d’une épopée, la boucherie des tranchées, le souffle qui parcourut l’Ukraine libertaire, les tentatives d’y construire une société nouvelle et le destin d’un homme hors du commun.

Le saviez-vous ?

Sholem Schwartzbard (1886 – 1938) était un révolutionnaire et poète juif ukrainien, qui a pris part au mouvement pour l’autodéfense juive.

Né en Bessarabie en 1886, sa famille est contrainte de fuir, suite à l’interdiciton faite aux juifs de vivre en zone frontalière, par décision du Tsar. La famille s’installe alors dans la ville de Balta où Sholem grandit. En 1900, il devient apprenti horloger.

Au cours de cette période, il rejoint un groupe communiste juif nommé « Funk », relié à l’Iskra (« l’étincelle »), journal communiste russe dirigé par Lénine, Martov et Plékhanov. Plateformiste convaincu, Schwartzbard prend part à la révolution russe de 1905.

Il participe aussi à l’auto-défense des Juifs de Balta, ce qui lui vaudra trois mois de prison pour « provocation au pogrom ». En 1906, il s’enfuit de Bessarabie vers l’ouest, il part pour Tchernivtsi, Lviv, et arrive finalement à Vienne.

En 1909, il prend part aux côtés d’anarchistes à une action d’expropriation d’une banque à Vienne, pour laquelle il est condamné aux travaux forcés. Après quatre mois de détention, Schwartzbard s’enfuit et prend part à un nouveau braquage, cette fois-ci dans un restaurant de Budapest.

Schwartzbard est arrêté et expulsé de l’Empire austro-hongrois. Il s’installe à Paris en 1910, il n’est alors agé que de 24 ans. Il travaille dans une horlogerie, à l’atelier de réparation.

Inquiété par la police en raison de son activisme, il s’engage avec son frère dans la Légion étrangère au début de la Première Guerre mondiale. En mars 1916, lors d’une patrouille, il est gravement blessé par une grenade : ses poumons sont perforés et son bras gauche est hors d’usage. Il reçoit la Croix de guerre.

En août 1917, Schwartzbard est démobilisé et, le mois suivant, il part avec sa femme en Russie. Sur le bateau français qui le ramène en Russie, il est arrêté pour agitation communiste et livré aux autorités tsaristes.

Schwartzbard s’évade et rejoint Pétrograd, où il s’engage comme garde rouge, puis est affecté dans un bataillon spécial de la Tchéka envoyé en Ukraine. Suite à la Révolution d’Octobre 1917, la guerre civile fait alors rage.

En 1919, Schwartzbard est responsable, dans l’Armée Rouge, d’une brigade spéciale de cavalerie juive avec 90 hommes dans le sud de l’Ukraine. Équipé d’un canon et de munitions fournies par l’armée rouge, son groupe se bat durant deux ans contre les armées austro-hongroise, allemande, celles du nationaliste Petlioura et des celle des Blancs de Dénikine.

Durant la guerre révolutionnaire, Schwartzbard perd 15 membres de sa famille dans les pogroms en Ukraine, tandis que son frère est expulsé de France pour « agitation et propagande communistes ».

En 1920, déçu par certains camarades – communiste ou anarchistes – en Ukraine, il retourne à Paris et ouvre un atelier de réparation d’horloges. Il continue ici ses activités politiques, apparaissant comme un membre actif du mouvement ouvrier juif de France.

Plus tard, il rejoint un groupe anarchiste et fait la connaissance de militants qui avaient émigré de Russie et d’Ukraine : Voline, Alexander Berkman, Emma Goldman, Nestor Makhno, Piotr Archinov…

Schwartzbard devient aussi un membre de l’Union des Citoyens Ukrainiens, et obtient la nationalité française en 1925. Il adopte un jeune orphelin juif ukrainien.

En 1926, Schwartzbard apprend que le dirigeant nationaliste ukrainien Simon Petlioura vit à Paris.

Durant la guerre civile en Ukraine, les troupes nationalistes, alliées de la France, ont été coupables de pogroms ayant fait 100 000 morts parmi les populations juives et tziganes – dont les parents de Schwartzbard…

Certain de reconnaître Petlioura grâce à une photo parue dans l’encyclopédie Larousse, Schwartzbard s’approche le 25 mai 1926 d’un homme qui emprunte la rue Racine, près du boulevard Saint-Michel.

Schwartzbard interpelle l’homme en Ukrainien : « Êtes-vous Petlioura ? ». Petlioura lève sa canne, prêt à frapper, mais Schwartzbard sort un revolver et tire. Cinq balles frappent Petlioura alors qu’il est debout, deux autres alors qu’il s’est effondré, au huitième coup l’arme s’enraye.

À l’arrivée de la police, celui qui sera connu comme le « Nokem » (« vengeur ») déclare : « J’ai tué un fameux assassin. »

À son procès, Schwartzbard est défendu par Henry Torrès, avocat de renom qui a précédemment défendu d’autres anarchistes, et qui représente également le consulat soviétique en France. Torrès a recueilli 80 témoignages de veuves survivantes des pogroms ukrainiens.

Au cours du procès, les services spéciaux allemands présentent Schwartzbard comme un agent du Guépéou soviétique (GPU). Les journaux antisémites (Action Française, L’Intransigeant, L’Écho de Paris…) véhiculent cette campagne, qui tombe à point nommé pour une justice française cherchant à innocenter le pogromiste-en-chef Petlioura.

À l’issue de son procès (débuté le 18 octobre 1927), Schwartzbard est déclaré non coupable par le jury populaire, bien qu’il ait clairement revendiqué l’assassinat de Petlioura.

Libéré de prison le 26 octobre 1927, Schwartzbard s’est par la suite consacré à la lutte contre l’antisémitisme et a contribué à la formation de la Ligue Internationale Contre l’Antisémitisme (LICA).

Après s’être vu refuser l’entrée en Palestine britannique, Schwartzbard émigre en Afrique du Sud en 1937, afin de rassembler des fonds pour la création d’une encyclopédie en yiddish.

Le révolutionnaire consacra également une partie de sa vie à la poésie. Toutes ses œuvres sont écrites en yiddish, souvent sous le pseudonyme de « Bal HaKhaloymes » (le maître des rêves ?). Il publie son autobiographie en 1934.

Il décède d’une crise cardiaque le 3 mars 1938, au Cap. Sa dépouille sera transférée en Israel, et Sholem Schwartzbard repose depuis 1967 au Moshav Avihayil.

La révolution sera aussi juive et arabe !

Affiche anonyme de Belleville en juin 1968, pendant les affrontements racistes du 2 au 4 juin. Format : 64 cm sur 85 cm.

La révolution sera aussi juive et arabe !

BELLEVILLE
Une partie de carte
= 5000 flics

Que cherche le pouvoir ?
- présenter ses brigades spéciales comme des arbitres pacifiques
- présenter les travailleurs immigrés comme la « pègre »
- dresser les communautés les unes contre les autres

ATTENTION !
Nouvelles provocations !

Mais tous unis les travailleurs français et immigrés poursuivent le combat.

Juin 1968 : les émeutes de Belleville

Les mois de mai et de juin 1968 évoquent instantanément l’un des plus grands mouvements de la classe ouvrière et de la jeunesse qu’aient connus la France.

Mais ce que l’on sait moins, c’est que dans le quartier de Belleville à Paris s’est déroulée une émeute entre arabes juifs et musulmans, dans les tout premiers jours de juin.

Le saviez-vous ?

Belleville est un quartier qui a toujours été l’un des points d’arrivée des vagues d’immigration prolétaires à Paris, et le principal point d’arrivée des prolétaires d’origine juive. Pendant l’entre-deux-guerres, c’est ainsi le quartier de l’immigration ashkénaze, le bastion de la gauche communiste et socialiste juive, puis celui de la Résistance pendant la guerre.

À partir du début des années 1960, Belleville se peuple de prolétaires maghrébins, principalement Tunisiens juifs et Algériens musulmans. On estime qu’à partir de 1965, la population juive de Belleville est quasi exclusivement tunisienne.

Quand la jeunesse progressiste et révolutionnaire se soulève en mai – juin 1968, l’État français est en panique, et l’entrée de la classe ouvrière dans le mouvement ne fait qu’accentuer la situation révolutionnaire.

Mais pendant ce temps, le soir du dimanche 2 juin, une bagarre éclate entre deux jeunes Tunisiens, un juif et un musulman, autour d’une partie de Rami. Cette bagarre dégénère vite en bagarre générale, qui elle-même dégénère en émeutes.

Ces émeutes continueront pendant deux jours, jusqu’au 4 juin. Plus d’une cinquantaine de magasins sont saccagés et brûlés, la synagogue de la rue Julien Lacroix subit un début d’incendie, et des rumeurs évoquent même un mort (bien que rien ne soit prouvé).

Ce genre d’affrontement entre juifs et musulmans ne s’était alors jamais produit à Belleville, et ne se reproduira d’ailleurs jamais.

Que s’est-il donc passé en ce début de juin 1968 ?

Du côté des autorités politiques arabes (c’est-à-dire en fait des représentants des États du Maghreb) on évoque un complot « sioniste », tandis que du côté des autorités religieuses juives on évoque une manipulation du Fatah naissant. Dans les deux cas, il est fait référence à une sorte de « commémoration » de la guerre des Six Jours, en juin 1967.

Or ces affrontements se sont produits quelques jours avant l’anniversaire de la guerre des Six-Jours, et se sont surtout arrêtés la veille de cet anniversaire, le 4 juin. Et de toute façon, lors de la guerre de 1967 le quartier n’avait vu absolument aucun engagement public d’une minorité ou d’une autre.

Les juifs et les musulmans de Belleville avaient l’habitude de vivre ensemble : parfois des personnes voisines en Tunisie se retrouvaient par hasard dans le même quartier à Paris. Le point de départ de ces émeutes (une banale embrouille autour d’une table de Rami un jour de fête religieuse) le montre d’ailleurs très bien.

L’activisme sioniste commençait certes à se faire sentir auprès de la jeunesse juive-arabe, mais n’était que balbutiant et très peu influent. De même aucun activisme pour la Palestine n’était franchement notable à l’époque : c’est à partir de 1969 et surtout de Septembre Noir en 1970 que les maoïstes impulseront le mouvement de solidarité avec la révolution palestinienne.

Alors qu’en est-il réellement ?

Cela semble assez clair : les émeutes de Belleville ont en fait été liées à la situation insurrectionnelle que connaissait Paris en mai – juin 68.

En effet, la disproportion de l’intervention policière (plus de 5000 policiers mobilisés dans le quartier pour une embrouille au Rami) ainsi que la présence remarquée de provocateurs gaullistes pendant les émeutes (!) prouvent bien la manipulation du pouvoir.

Ce qui a tout de suite été vu et dénoncé par une partie de l’extrême-gauche, et même par le P"C"F ou le MRAP. Une manifestation d’une centaine d’activistes – principalement maoïstes – s’est même dirigée du Quartier Latin jusqu’à Belleville.

Que révèlent finalement ces émeutes ?

D’abord elles éclairent sur l’attitude du pouvoir face aux masses populaires arabes et juives-arabes immigrées en France : l’État français a une posture carrément coloniale.

En effet ce n’est pas seulement la police qui est envoyée à Belleville, mais aussi le Service d’Assistance Technique (SAT), qui était le service principal utilisé par Papon pour réprimer le FLN algérien.

De plus l’action des agents gaullistes pour faire dégénérer cette embrouille en affrontement entre minorités relève en fait d’un grand classique de l’impérialisme français en Afrique du Nord.

Ainsi, au moment où l’État français subissait l’assaut révolutionnaire le plus puissant depuis la guerre, l’unité des masses populaires arabes et juives-arabes représentait pour lui un danger qu’il fallait désamorcer en jouant la carte de la division du peuple : quand les masses populaires vivent et luttent ensemble, la bourgeoisie française n’est jamais très sereine.

À la télé : admirer Noam Chomsky, ou bien les « Justes » des pays arabes ?

Hapoel ne parle pas assez de télé. Pourtant pour saisir les tendances contradictoires de notre époque, la télévision est un bon indicateur.

1. Ainsi hier soir sur France 3, l’émission Ce soir ou jamais de Frédéric Taddéi a tourné autour du sport, et a invité l’intellectuel américain Noam Chomsky, en « tournée » en France.

Noam Chomsky, c’est cet intellectuel de la « gauche radicale » américaine, adulé par la « gauche radicale » française, et qui avait préfacé un bouquin de Faurisson puis avait signé une pétition en sa faveur. Encore aujourd’hui, Chomsky traîne avec des gens comme l’universitaire belge Bricmont, qui est un véritable appui aux antisémites proto-nazis.

Quant à Ce soir ou jamais, cette émission de France 3 est un véritable laboratoire pour se qui se fait de plus « branché » chez les fascistes. Taddéi y invite ainsi régulièrement des fascistes ou assimilés, comme Alain Soral, Alain de Benoist, Houria Bouteldja et même Dieudonné récemment.

On a donc à la télévision française une émission qui ouvre ses micros à plusieurs courants du mouvement fasciste, et qui par ailleurs invite l’idôle de toute la gauche radicale française.

Et tout cela comme si de rien n’était : les fascistes et les antisémites effacent toutes les frontières, et la gauche à la Siné Hebdo n’y voit que du feu.

2. D’autre part, une émission d’histoire sera diffusée demain soir à 21h25 sur Arte, la chaîne bourgeoise franco-allemande.

Le thème : l’occupation des nazis et de leurs alliés en Afrique du Nord, et la résistance qu’a opposée une partie des masses aux politiques antisémites génocidaires. Voici le synopsis de l’émission, pour celles et ceux que cela intéresse :

Le Maghreb sous la croix gammée

Une enquête historique qui, du Proche-Orient au Maghreb, rend justice aux « Justes » oubliés du monde arabe.
Mercredi 2 juin 2010 à 21:25.

Depuis longtemps, l’historien américain Robert Satloff se demandait pourquoi aucun nom arabe ne figurait dans la liste des « Justes parmi les Nations » du mémorial de Yad Vashem à Jérusalem. Cinq ans de recherches au Maroc, en Tunisie, en Algérie et en Libye lui ont permis de publier en 2007 un ouvrage remarqué sur le sujet. Ce travail, également mené au Proche-Orient, est au coeur de ce documentaire.
La situation était différente selon les pays : les Allemands occupant la Tunisie et les Italiens la Libye ont rapidement interné des juifs autochtones dans des camps. Alors que, malgré les pressions de Vichy, Mohammed V au Maroc réussit à protéger les juifs marocains et que les imams algériens interdirent aux fidèles de profiter de la liquidation des biens juifs. Des sites des anciens camps de travail aux domiciles de personnes qui furent sauvées par des voisins et amis, les informations recueillies montrent qu’il serait « juste » qu’un hommage soit enfin rendu à ces musulmans courageux.

Le Consistoire de Paris et les communautés de banlieue [troisième partie]

Entre 1956 et 1967, les populations juives d’Afrique du Nord ont connu une grande vague d’émigration vers la France, et une part importante de ces populations s’est retrouvée dans les « grands ensembles » de la banlieue parisienne. Face aux « problèmes » que leur posait cette population, les institutions juives dominantes ont réagi de deux manières différentes.

Hier nous avons vu qu’une petite-bourgeoisie commerçante et des professions libérales avait réussi à se maintenir en France, et mobilisait plus largement pour ses intérêts propres, en utilisant la situation spécifique en banlieue et l’attachement à la « tradition ». Les institutions juives dominantes y ont répondu en intégrant la petite-bourgeoisie juive-arabe à l’encadrement « officiel » de la minorité juive.

2. L’autre option politique des institutions juives, c’est-à-dire principalement du Consistoire à l’époque, consistait à organiser les masses juives-arabes de banlieue directement sous sa coupe, sans l’intermédiaire de la petite-bourgeoisie.

En effet, quand le Consistoire voit débarquer en France les exilés du Maroc puis de Tunisie, c’est pour lui une véritable aubaine : les populations juives-arabes sont plus religieuses que la minorité juive française, traumatisée par la Shoah.

C’est donc l’occasion idéale pour lui de réimpulser sa domination réactionnaire religieuse, en « embrigadant » les immigrés directement dans les rangs du judaïsme consistorial.

Pourtant cela ne va pas se passer comme prévu :

- D’une part les rapports sociaux qui existaient en Afrique du Nord sont pour ainsi dire « transplantés » en France, comme nous l’expliquions hier. De plus le Consistoire est absent des nouvelles cités de banlieue (bien que la banlieue est ait gardé des synagogues construites avant-guerre pour l’immigration ashkénaze).

Ce premier aspect fait qu’au début de la vague d’immigration, la vie religieuse en banlieue ne passe pas du tout par les structures consistoriales.

- D’autre part, une partie des masses juives-arabes immigrées s’éloigne tout simplement de la religion. Alain de Rothschild, président du Consistoire de Paris, parlera plus tard de « la maladie des HLM ».

En effet l’exil en France est très mal vécu : arrachement soudain et brutal à sa terre, incertitude totale sur la vie en France, misère pour les prolétaires et déclassement pour les autres, crise du logement puis vie dans des cités construites à la va-vite, sans compter le climat déprimant de la région parisienne.

Il s’agit donc de reconstruire sa vie en France, et face à la situation d’urgence et de pauvreté, il faut dire que le Shabbat et la synagogue passent bien souvent à la trappe.

- Un troisième problème va se poser plus tard pour le Consistoire, mais dont la base matérielle est liée au premier : les rapports sociaux qui existaient en Afrique du Nord se développent en la « fronde » de la petite-bourgeoisie juive-arabe dont nous avons parlé hier, essentiellement entre 1962 et 1965.

Il faut bien noter que sur la période 1956 – 1967, cette « fronde » n’est pas l’aspect principal du point de vue du Consistoire : l’aspect principal est la réimpulsion de la religion par les programmes de modernisation, dont nous parlons aujourd’hui.

Mais Hapoel a choisi d’en parler en premier pour saisir l’état d’esprit de défiance qui régnait chez les juifs-arabes de banlieue, et donc pour comprendre l’échec relatif des politiques du Consistoire. Si l’on faisait une chronologie, il faudrait remettre les choses « à l’endroit ».

Comme nous l’avons dit, le Consistoire de Paris voit débarquer une énorme immigration juive-arabe, et il compte bien prendre en charge les besoins cultuels de cette immigration, afin de réimpulser la religion.

Évidemment l’accueil d’urgence a un coût, et l’État français est tout sauf à la hauteur : il ne prend en compte que l’immigration algérienne, car elle a la nationalité française contrairement aux Marocains et Tunisiens, et en plus il est incapable de gérer quoi que ce soit, au point que le ministère des rapatriés ferme en 1964.

Plusieurs institutions vont donc s’en charger, tout en se « professionalisant » : le Consistoire de Paris avec son Comité de Bienfaisance Israélite de Paris (CBIP) transformé en 1963 en Comité d’Action Sociale Israélite de Paris (CASIP), le Fonds Social Juif Unifié (FSJU) et son Bureau d’Information et d’Orientation (BIO), ou le Comité Juif d’Action Sociale et de Reconstruction (COJASOR). Tout cela sous perfusion des institutions juives américaines.

Mais ce coût sur le plan social ne sert pas seulement à la « solidarité communautaire » : il sert aussi à « valoriser » le coût sur le plan religieux.

Autrement dit, un franc utilisé pour construire une synagogue est plus efficace s’il est accompagné d’un franc (plutôt 4 ou 5 en réalité) pour aider les familles pauvres : ce n’est rien qu’un raisonnement très classique chez les religieux.

Et revenons justement aux communautés de banlieue, où le Consistoire implante des « centres communautaires ».

À ce moment, l’idée de « centres communautaires » est très pratique, concrète, et surtout nouvelle en France : ceux-ci servent à encadrer toute l’activité culturelle juive d’une localité de banlieue, avec au centre la religion.

En comparaison, chez l’immigration ashkénaze de l’entre-deux-guerres, il y avait d’un côté les organisations culturelles de masse (notamment les Landmanschaften), et de l’autre les synagogues.

Ainsi en 1958, le Consistoire de Paris va lancer les « Chantiers du Consistoire », qui consistent en un programme de construction de centres communautaires en banlieue. À partir de 1961, les constructions s’accélèrent en banlieue, au point que l’argent vient à manquer, et que les Chantiers du Consistoire deviennent en 1962 une institution permanente, et non plus une simple campagne.

En 1962 est donc inauguré un grand centre communautaire à Villiers-le-Bel, qui sera suivi en 1965 de celui de Sarcelles. De même en octobre 1963 est inauguré le centre de Massy ; ce centre servira également à la communauté voisine d’Antony, qui y va à pied sans problème.

Pourtant au début de l’année 1966, le Consistoire annonce que « l’état d’urgence est passé », et donc que le programme de modernisation va ralentir. Quant à l’encadrement religieux consistorial, il faut avouer qu’il est assez débordé, puisque beaucoup de rabbins doivent s’occuper de plusieurs communautés.

Mais une « coïncidence » est très révélatrice : évidemment les années 1962 – 1965 correspondent à l’urgence suite à l’immigration algérienne, mais elles correspondent également aux années de la « fronde » anti-consistoriale !

On peut donc penser que les Chantiers du Consistoire servaient aussi à prendre de vitesse la petite-bourgeoisie commerçante de banlieue. En effet, en essayant d’organiser les masses populaires juives dans la religion directement sous son autorité, le Consistoire compte couper l’herbe sous le pied de la petite-bourgeoisie.

Et quand, sur un « second front », le Consistoire arrive à intégrer en 1965 les responsables de la contestation petite-bourgeoise, la course à l’hégémonie prend fin, et le Consistoire peut relâcher son programme de construction de centres communautaires.

À partir de 1966 et surtout à partir de 1968, au moment où Alain de Rothschild est remplacé à la tête du Consistoire de Paris, cela va même plus loin, avec une sorte de politique d’austérité par rapport aux communautés de banlieue, qui doivent désormais gérer leur budget. Rien d’étonnant : une fois la petite-bourgeoisie bien intégrée, le Consistoire préfère que ce soit elle qui gère localement les centres communautaires.

Or force est de constater que les Chantiers du Consistoire sont un échec relatif : non seulement une partie de la communauté s’éloigne de la religion, non seulement une partie des croyants s’organise indépendamment du Consistoire, mais en plus le programme de construction n’est pas forcément bien pensé.

Ainsi les centres communautaires sont d’une laideur effarante, et en plus ils ne sont pas toujours bien situés par rapport aux cités où vivent les immigrés juifs-arabes.

Aussi le Consistoire central déplore-t-il en 1965 : « Notre déception c’est le judaïsme nord-africain. Partout on crée des temples et des centres culturels pour ne pas les laisser à l’abandon, mais il n’y mettent pas les pieds. »

D’autres politiques culturelles accompagnent donc les Chantiers du Consistoire, et rencontreront plus de succès.

Ainsi le Consistoire de Paris lance en octobre 1962 l’émission « Source de Vie », présentée le dimanche matin à la télé publique par l’indéboulonnable Josy Eisenberg. Cette émission est très largement suivie en banlieue, car le Consistoire joue sur l’idée de briser l’isolement.

Cette stratégie est très intelligente, car la minorité juive de France est une minorité nationale, et donc du point de vue d’une personne juive immigrant en France, l’idée de briser l’isolement a un sens. Mais le Consistoire manipule ce caractère de minorité nationale pour le détourner en une question de minorité religieuse, et réimpulser ainsi la domination réactionnaire religieuse.

De même en mai 1962, un mouvement de jeunesse est lancé en France sous la direction du FSJU et connaît une croissance exponentielle : c’est le Département Éducatif de la Jeunesse Juive, le célèbre DEJJ où nos parents ont pu connaître leurs premiers amours…

Ce mouvement de jeunesse ressemble beaucoup aux « Zéis », mais il est en fait « importé » du Maroc par son fondateur arrivé en France en 1962, Edgard "Lynclair" Guedj. La particularité du DEJJ est donc d’enfin s’adresser à la jeunesse populaire juive-arabe, et a fortiori à celle des banlieues.

Le parcours d’Edgard Guedj est assez intéressant, puisqu’après son activisme pour embrigader la jeunesse juive, il organisera des séminaires de formation pour les responsables des communautés de banlieue, et sera plus tard à l’origine des structures chapeautant les écoles juives.

Il s’agit donc à chaque fois de conserver l’hégémonie des institutions juives, en réimpulsant la religion parmi la jeunesse populaire juive-arabe.

Hapoel a donc plus ou moins fait le tour des relations entre le Consistoire et les communautés juives-arabes de la banlieue parisienne, durant la vague d’immigration entre 1956 et 1967.

Et que voit-on, en conclusion ?

Que tout cela est à comprendre à travers la concurrence entre bourgeoisie déjà installée et petite-bourgeoisie immigrée, et que ces deux couches courent derrière les masses populaires juives-arabes pour y conquérir l’hégémonie.

Les armes pour conquérir cette hégémonie sont diverses : soit l’assistance sociale et la religion pour les institutions bourgeoises juives, soit le populisme et la mise en avant de la « tradition » par la petite-bourgeoisie immigrée commerçante et libérale.

Mais au final, la petite-bourgeoisie se vend et est intégrée aux institutions, en trahissant les masses prolétaires juives. Avec le recul, cela est peut-être à l’origine du développement de la « radicalité » religieuse Loubavitch dans les années 1970 et 1980.

Quelle est la leçon historique de tout cela ?

Que les masses populaires juives ne peuvent compter ni sur les institutions juives, ni sur la petite-bourgeoisie démagogue. Elles doivent développer une politique autonome des classes dominantes, une politique autonome qui serve également l’ensemble du peuple de France.

Cela est crucial aujourd’hui dans la lutte antifasciste, pour savoir qui sont nos amis, qui sont nos ennemis… et qui sont nos faux amis.

Fin.

Pour plus d’informations : vos parents et grands-parents ! Ou bien un mémoire soutenu en 1999 à Paris 1 par Charlotte Siney-Lange.

Le Consistoire de Paris et les communautés de banlieue [deuxième partie]

Nous expliquions hier que lorsque les populations juives d’Afrique du Nord ont émigré en France essentiellement entre 1956 et 1967, une part importante a dû s’installer dans les nouvelles cités de la banlieue parisienne.

Face à cet afflux, les instances consistoriales ont dû développer deux politiques différentes : d’une part l’intégration de l’encadrement petit-bourgeois juif-arabe, qui au départ était méfiant ; d’autre part le lancement de programmes de modernisation, afin de contourner cette petite-bourgeoisie immigrée en réimpulsant la religion.

1. Arrivées en France, les personnes juives-arabes sont plus pratiquantes que la moyenne : environ 60 % des Algériens font Shabbat, et 75 % des Marocains et Tunisiens. De plus elles vivent dans le « désert consistorial » qu’est la banlieue parisienne : ni synagogues, ni boucheries kasher.

Il existe donc une demande religieuse de type féodale, ou plus précisément une demande de conserver les « traditions », ce qui n’est pas exactement pareil. Cette demande est comblée tant bien que mal par les communautés exilées, surtout avant 1958 voire jusqu’à après 1962.

Ainsi au début, les offices en banlieue ont lieu « chez les gens », c’est-à-dire fatalement chez les familles des cités qui avaient une certaine position sociale avant l’exil. De même, les premières boucheries qui ouvrent sont des boucheries non consistoriales, comme en Afrique du Nord, et ce sont les mêmes personnes qui occupent cette fonction commerciale.

Résultat : les rapports sociaux d’Afrique du Nord sont en quelque sorte « transplantés » en France, et la petite-bourgeoisie commerçante et libérale qui quadrillait là-bas les communautés conserve un certain degré de domination.

Nous avons déjà expliqué cela, et fait une comparaison avec la situation des Marocains en Israel (12).

Autre résultat : les communautés se maintiennent suivant la ville d’origine, que ce soit à cause de l’État français qui regroupe dans les cités suivant ce critère, ou bien à cause tout simplement du besoin de « repères connus » dans les métropoles absurdes et monstrueuses de l’impérialisme.

Ce regroupement par ville, puis par pays, fait qu’en France les gens se définissent comme des juifs de telle ou telle ville, ou bien comme des juifs de tel ou tel pays, et non d’emblée comme des juifs-arabes.

Ainsi les rapports issus du féodalisme et le « communautarisme » empêchent l’émergence des questions démocratiques : conscience nationale arabe avant l’exil, conscience de minorité nationale juive une fois en France.

La preuve en est que la petite-bourgeoisie immigrée des commerçants et des professions libérales se regroupe par rapport au pays d’origine : Association des Juifs Originaires d’Algérie à partir de 1962, Amicale des Israélites du Maroc, Association des Juifs du Maroc en 1963, Association des Juifs Originaires de Tunisie, etc.

À ce sujet, il faut bien noter qu’à part les Algériens qui se constituent en groupe de pression, les Marocains et les Tunisiens ne se font que très peu entendre.

À cela il faut ajouter que cette petite-bourgeoisie commerçante immigrée compte mobiliser de plus larges masses prolétaires pour leurs intérêts propres, sur la base de revendications culturelles concrètes, de type traditionnaliste.

Car autant les prolétaires juifs ont abandonné depuis longtemps l’idée de ne pas travailler le samedi, autant la Kashrut est un socle culturel minimum, et le fait de devoir se déplacer jusqu’à Belleville devient usant. Les femmes juives-arabes de banlieue sont bien entendu les premières concernées…

Aussi connaît-on à Paris et en banlieue une sorte de « fronde » des boucheries non consistoriales, et cela au moins jusqu’à la fin des années 1960.

Les intérêts capitalistes derrière cette « fronde » sont limpides : les anciens bouchers, rabbins et Sho’hatim veulent continuer à profiter de leur position, mais se heurtent à des normes d’hygiène imposées par le Consistoire, qui est plus ancien, plus organisé et plus riche.

Bref, une banale histoire de concurrence capitaliste, mais qui se recoupe avec les contradictions entre Paris et banlieue, et entre ashkénazes et séfarades. Cette situation devient donc une base de mobilisation mise à profit par la petite-bourgeoisie non consistoriale.

De plus beaucoup ne supportent pas que ce soit le Consistoire de la ville de Paris qui monopolise la « gestion » des communautés de banlieue, puisque ces communautés n’y sont pas représentées.

C’est aussi sur ce point qu’arrive à mobiliser la petite-bourgeoisie immigrée, que ce soit celle des banlieues mais surtout celle de Paris (qui utilise justement la contradiction Paris – banlieue alors qu’elle est de Belleville ou Montmartre).

Ainsi en 1964, un centre communautaire est construit à Auteuil, dans le 16ème arrondissement. Face à la rareté et à la laideur des centres communautaires nouveaux en banlieue, la pilule passe mal, et le FSJU vit un certain scandale en interne.

Récapitulons : ceux qui formaient la petite-bourgeoisie en Afrique du Nord, mais qui ont dû s’installer dans les cités de banlieue, arrivent à s’y maintenir en tant que petite-bourgeoisie, et arrivent à mobiliser contre le Consistoire.

Cette petite-bourgeoisie utilise la contradiction entre Paris et la banlieue, ainsi que le ressort de la « tradition », plus que véritablement celui de la religion.

La « tradition » est une question très concrète dans le vécu populaire juif-arabe, et cette question empêche les masses prolétaires juives de poser les questions démocratiques (de minorité nationale) et les questions révolutionnaires (d’unité avec le prolétariat de France pour renverser le gaullisme).

Le fait est que finalement, les communautés immigrées de banlieue adhèrent très peu à l’ACIP, l’association communautaire dirigée par le Consistoire de Paris : il faut comprendre cela à la lumière des luttes de classes au sein même de la minorité nationale juive.

Comment le Consistoire de Paris réagit-il à la persistance en banlieue des structures sociales d’avant l’exil ?

C’est justement le but de l’une des deux politiques qui sont mises en place par le Consistoire : face à la « fronde » de la petite-bourgeoisie immigrée des banlieues, le Consistoire joue la carte de l’intégration aux institutions.

Car au fond, que veut la petite-bourgeoisie, si ce n’est une position plus favorable, plus officielle, plus bourgeoise ?

Seulement quelques mois après le pic d’immigration de 1962, le FSJU expliquait ainsi que « les représentants des communautés du Maroc, de Tunisie et d’Algérie doivent prendre une part déterminante aux activités qui doivent aboutir à l’intégration des rapatriés du Maghreb à la communauté israélite de métropole. »

Ces « représentants », ce sont justement les petits-bourgeois commerçants et libéraux des communautés immigrées, puisque par exemple l’Association des Juifs Originaires d’Algérie (AJOA) s’est constituée à l’été 1962.

Suite à l’activisme communautaire de l’AJOA, une commission régulière à la fin 1964 voit le jour, destinée à répondre aux problèmes des banlieues. À cette occasion se pose le problème de la « représentation », c’est-à-dire de l’intégration aux institutions.

Et justement au cours de l’année 1965 voit le jour un Conseil Consultatif, où chaque communauté est censée être représentée. De même en 1965, les statuts du Consistoire de Paris sont modifiés : le conseil d’administration de l’ACIP passe de 24 à 30 membres.

Le but affiché par son président Alain de Rothschild : « faire participer aux responsabilités communautaires les dirigeants des institutions religieuses d’Afrique du Nord ».

Et comme par hasard, c’est exactement à ce moment, en 1965, que les responsables de l’AJOA interviennent dans la « fronde » des boucheries non consistoriales, en faveur de la « pacification ». Ainsi le dirigeant de l’AJOA écrit dans le journal Information Juive (lancé en 1963 et en croissance exponentielle) : « Nous devons adopter les règles en pratique au sein de la communauté juive organique, et verser à la cultuelle notre cotisation annuelle. »

Le message est très clair : pour l’intégration au sein du Consistoire et des institutions juives. Et les organisations de la petite-bourgeoisie immigrée apparaissent pour ce qu’elles sont : un simple groupe de pression, qui lâche l’affaire dès que le Consistoire veut bien l’intégrer.

C’est là que l’on constate comment cette petite-bourgeoisie immigrée a fait « monter les enchères » en mobilisant les masses prolétaires juives, puis les a plantées une fois bien intégrée à la marche normale des institutions bourgeoises juives.

Et pourtant cette leçon de l’immigration juive-arabe est inconnue et incomprise en France : quand on voit aujourd’hui le populisme éhonté d’une certaine extrême-gauche envers les islamistes et les sociaux-religieux arabes-musulmans, on comprend à quel point cette extrême-gauche est prête à trahir les masses prolétaires arabes, et en particulier les femmes.

À suivre.

Le Consistoire de Paris et les communautés de banlieue [première partie]

Le Consistoire est depuis Napoléon l’institution qui, aux yeux de l’État français, représente la religion juive en France, ou plus précisément le culte juif organisé.

Légitimisme et paternalisme : voilà deux traditions historiques du Consistoire, qui se sont manifestées notamment dans l’accueil réservé aux vagues d’immigration juive ashkénaze avant la guerre.

Il existait alors une sorte de « ségrégation » entre les juifs français d’une part, parmi lesquels la frange religieuse était représentée par le Consistoire, et les juifs immigrés d’autre part, dont les représentations politiques allaient se regrouper dans la Résistance au sein du Crif.

En effet les premiers prenaient en pitié les seconds, mais ne se mélangeaient pas avec eux, ne serait-ce que pour des raisons d’implantation géographique (typiquement Belleville, Montmartre ou la proche banlieue ouvrière pour l’immigration juive).

Ce même phénomène allait se reproduire après la guerre, mais cette fois avec l’immigration juive-arabe d’Afrique du Nord.

Entre 1956 et 1967, la France accueille environ 200 000 personnes juives issues des colonies d’Afrique du Nord (ainsi que d’Égypte), avec un pic lors de l’indépendance algérienne en 1962, quand c’est une communauté de 110 000 personnes qui est exilée en l’espace de quelques mois voire quelques semaines.

Quand nous disons 1956 et 1967, nous pensons évidemment aux indépendances marocaine et tunisienne d’une part, et à la guerre sioniste des Six Jours d’autre part. Ces deux dates ne sont pas arbitraires, car elles délimitent à peu près une vague d’immigration juive-arabe.

L’immigration juive-arabe s’est de nouveau intensifiée en 1967 mais dans une moindre mesure, et a continué jusque dans les années 1980, principalement à partir du Maroc. Mais nous considérons que cela est une « autre histoire » !

À cette même époque entre 1956 et 1967, la France assiste à des bouleversements sociaux, parallèles au cycle d’accumulation capitaliste de 1945 à 1975.

Ainsi l’exode rural et l’immigration répondent aux exigences capitalistes (à quoi s’ajoute le « rapatriement » d’Algérie), et l’État français lance la politique urbaine des « grands ensembles » en banlieue, principalement parisienne.

De ce fait, non seulement un tiers de l’immigration juive-arabe s’installe en région parisienne, mais de plus elle s’installe en majorité dans les nouvelles cités de banlieue. En 1968, on estime que sur 300 000 personnes juives en région parisienne, la moitié est composée de personnes juives-arabes vivant dans les cités de banlieue :

Sarcelles et Villiers-le-Bel, Créteil, Champigny-sur-Marne, Antony et Massy, Aulnay-sous-Bois et le Blanc-Mesnil, Épinay-sur-Seine et Saint-Denis, la Courneuve et Aubervilliers, Les Lilas et Pantin, Bobigny et Bondy, Montrouge et Bagneux et Fontenay-aux-Roses, Nanterre et Boulogne-Billancourt, Orly et Athis-Mons, Savigny-sur-Orge et Ris-Orangis, Sevran et Livry-Gargan, etc.

Il y a énormément à dire sur les rapports entre le Consistoire et la culture séfarade. Par exemple que l’image du Consistoire n’était pas forcément très bonne parmi les masses juives-arabes, avant même leur exil en France.

En effet le « Consistoire central des israélites de France et d’Algérie » avait une attitude franchement coloniale-paternaliste, et envoyait en Algérie des cadres religieux pour « former » les rabbins « indigènes », ce qui était très mal vécu. De même le domaine de la Kashrut et de la Sh’hita avait donné lieu à d’importantes tensions entre le Consistoire et les bouchers algériens juifs au tournant du 20ème siècle.

Tout cela a son importance dans les relations entre les masses juives-arabes immigrées et le Consistoire, mais ici nous ne parlerons que des relations entre le Consistoire de Paris et les communautés juives de banlieue (quasi exclusivement juives-arabes) entre 1956 et 1967 : le vécu populaire n’est pas le même à Toulouse ou à Paris, à Sarcelles ou à Belleville.

Qu’est-ce que précisément le « Consistoire de Paris » ? C’est en fait l’instance décisionnaire de l’Association Consistoriale Israélite de Paris (ACIP), qui regroupe les personnes religieuses qui s’inscrivent dans les activités consistoriales.

Entre 1954 et 1968, le président du Consistoire de Paris était Alain de Rothschild, c’est-à-dire un éminent représentant de la très haute bourgeoisie « philantrope ». Quant à Élie de Rothschild, il est l’un des responsables du FSJU.

Quand commence le gros de l’immigration juive-arabe, puis surtout après 1962, tout le monde est pris au dépourvu, aussi bien l’État français que les institutions « représentatives », et personne ne sera à la hauteur.

Ainsi l’État français sera vite débordé, alors que c’est très clairement lui le responsable de l’exil, et c’est la soi-disant « solidarité communautaire » qui prend le relai. Et cela d’autant plus que les Tunisiens et Marocains sont en réalité considérés comme apatrides, et ne peuvent rien attendre de l’État.

Du point de vue objectif des institutions juives, cette « solidarité communautaire » revient d’une part à « acheter » les immigrés juifs-arabes et leur encadrement, qui à la base se méfiaient des institutions juives françaises, et d’autre part à les contenir par la religion.

On a là deux aspects contradictoires mais complémentaires.

À suivre.

Ce dimanche, Fête de l’Insurrection Gitane

Une initiative de la Voix des Rroms, présentée par nos camarades les Red Lions 94.


 

Dimanche prochain, le 16 mai, aura lieu à St Denis (93)

la Fête de l’Insurrection Gitane

[Dès 18h30, Métro 13 - St Denis Basilique]

Cette fête est organisée pour célébrer l’insurrection des Rroms qui étaient enferméEs dans le camps d’extermination nazi de Birkenau le 16 mai 1944.

« Les morts se commémorent, les insurgés se célèbrent ! »
Voxrromorum – La voix des Rroms

Nous avons déja évoqué la situation des Tziganes à plusieurs reprises. Nous nous remémorons aussi Fransesca et Stéfan, deux enfants Rroms qui sont morts dans un bidonville d’Orly en février dernier.

À ce moment là, nous disions que, en France, les personnes Rroms sont traitées comme des moins que rien : racisme, humiliation, mépris, expulsion systématique de leur lieux d’installations ou refus de scolarisation des enfants sont leur lot quotidien.

En cette période de montée du fascisme, les Rroms font partie des principales victimes des haines raciales et des délires nationalistes.

La haine à l’encontre des Rroms prend de plus en plus un caractère génocidaire : beaucoup de personnes n’hésitent plus à parler des Rroms comme de parasites desquels ils voudraient se débarrasser.

En Italie, le peuple Rrom doit faire face à de véritables pogroms.

Face à cela, nous devons construire le front populaire antifasciste et soutenir l’autodéfense populaire. Le sort de touTEs les opriméEs est lié. Nous sommes toutes et tous des victimes du fascisme !

Nous soutenons cette initiative de la part de la Voix des Rroms et nous vous invitons toutes et tous à vous y rendre afin de faire vivre la solidarité antifasciste !

Nous reproduisons ci-dessous ce superbe texte qui raconte l’histoire de l’nsurrection gitane et nous rappelle que la révolte est toujours le meilleur espoir pour le Peuple.

« Le 16 mai 1944 les soldats allemands de Birkenau s’apprêtent à conduire les Rroms internés vers les chambres de la mort.

Avertis de ce projet final par le secrétaire polonais du camp, les Rroms s’organisent, s’arment de pioches et de pieds de biche et refusent de sortir de leurs baraquements lorsque l’ordre leur en est donné.

Dedans, armés, prêts à frapper, ils attendent l’entrée des SS afin de saisir leurs fusils et étendre l’insurrection à tout le camp.

Face à la force organisée qui leur résiste, les assassins abandonnent ce jour-là leur plan de mort.

Pour la première fois, la a href= »http://la-voix-des-rroms.agence-presse.net/ »>Voix des Rroms célèbrera l’acte vivant de cette insurrection.

Dans la fête, le chant, la danse, la fièrté et la joie, l’assemblée des vivants rappellera que c’est par la révolte organisée, le poing levé, que la vie digne repousse les forces noires quand elles approchent et qui parfois sont déja là. »

Texte de Voxrromorum – La voix des Rroms

[Il s'agit du texte cette très émouvante vidéo.]

Masha Bruskina, symbole de la résistance juive soviétique !

En Ukraine ou en Biélorussie, l’extermination des populations juives a été presque totale. Ainsi sur les territoires soviétiques occupés par les nazis, 2.8 millions de personnes juives sur 3 millions ont été assassinées par la barbarie fasciste.

Mais face au déchaînement génocidaire, des résistantEs se sont levéEs, et leur nom doit être honoré.

Le saviez-vous ?

Masha Bruskina était une très jeune communiste juive soviétique, assassinée par les nazis pour sa résistance antifasciste.

Objectivement on sait très peu de choses sur elle, et ce n’est qu’à la fin des années 1960 qu’elle a été identifiée, avant que son nom ne soit rendu public en 1996. Le blog féministe Pélénop lui avait déjà rendu un hommage.

Née en 1924, Masha était une membre active du Parti Communiste à Minsk en Biélorussie, où elle vivait avec sa mère.

Quand les troupes allemandes sont arrivées à Minsk en juin 1941, elle quitta le ghetto avec sa mère. Masha a alors rejoint la résistance communistes de la région de Minsk, et travaillait comme volontaire dans une infirmerie allemande pour les prisonniers de guerre soviétiques.

De là, elle participait à un trafic de documents et d’armes, afin de permettre aux francs-tireurs communistes d’attaquer une patrouille allemande. Elle aidait également à s’évader les soldats soviétiques qui étaient remis sur pied. Malheureusement en octobre 1941, un des évadés fut repris par les nazis et la dénonça.

Masha Bruskina n’avait que 17 ans, et elle allait devenir la première martyre assassinée en public en Union Soviétique occupée par les nazis.

Le 26 octobre 1941, Masha et ses camarades partisans furent penduEs au centre de Minsk, par les soldats de la 707ème division d’infanterie de Gustav Freiherr Von Bechstolsheim, qui avait à son actif 19000 assassinats dont la plupart de personnes juives.

Mais avant la pendaison, une parade fut organisée. Une femme juive antifasciste, cela était insupportable pour les nazis qui s’imaginaient avoir affaire à des « sous-hommes », et Masha fut la seule à porter une pancarte autour du cou où il était inscrit : « Nous sommes des partisans et nous avons tiré sur des soldats allemands. »

Jusqu’au dernier instant, Masha a eu une attitude héroïque qui méprisait la mort et les nazis : la mort n’éblouit pas les yeux des partisanes !

Une photo prise par les bouchers fascistes est restée célèbre : les nazis ont voulu assassiner Masha, ils l’ont rendue immortelle ! Quant à la mère de Masha, elle fut tuée par les nazis dans le ghetto de Minsk, seulement un mois après sa fille.

« Je voyais les soldats armés allemands et lithuaniens dans la rue. Ils escortaient 3 prisonniers qui avaient les mains enchaînées dans le dos. Au milieu, une fille avait une pancarte autour du cou. Ils étaient dirigés vers l’entrée de l’usine. Je remarquai comment ces gens avançaient calmement. La fille ne regardait pas. Quand ils s’arrêtèrent, l’un des fascistes commença à frapper contre la porte de ma voisine et exigea une chaise. Mais elle avait peur et n’ouvrit pas la porte. Un peu plus tard un soldat revenait avec un tabouret sous le bras de l’un des bâtiments de l’usine. Les portes de l’usine étaient grande ouvertes. L’officier jeta un câble sur une poutre transversale et fit un nœud coulant. La première dirigée vers le gibet était la fille. »
Témoignage d’Antona Zhevzhik.

« Quand on la mettait sur le tabouret, la fille tournait la tête vers le mur. Les bourreaux voulaient qu’elle tourne le visage vers le groupe, mais elle se détournait toujours et restait ainsi. Peu importe combien de fois ils tentaient de la tourner vers eux, elle tournait toujours le dos au groupe. Enfin, ils abandonnèrent et donnèrent un coup de pied dans le tabouret afin de le pousser sous elle. »
Témoignage de Pyotr Pavlovich Borisenko.

Shavua Tov – שבוע טוב

Honneur aux insurgéEs du Ghetto de Varsovie !

C’était hier la célébration de l’insurrection du ghetto de Varsovie, qui fut déclenchée le 19 avril 1943. Suite au court hommage que nous avons rendu hier, voici un bref rappel historique. Il existe de plus un document de l’Action Antifasciste sur l’Organisation Juive de Combat (ŻOB).

À la veille de la guerre et de l’invasion nazie en septembre 1939, Varsovie abrite une forte minorité juive de 380 000 personnes, soit 30 % de la population varsovienne.

Le jour de Kippour 1940 est établi le ghetto, dans le centre-ville de Varsovie, cerné par un mur de 18 km de long, haut de plusieurs mètres et renforcé de barbelés.

C’est bien simple : la vie dans le ghetto, c’est l’antichambre de l’enfer sur Terre.

Misère extrême, famine permanente, froid glacial, maladies rongeant vieillards et enfants, cadavres dans les rues. Et l’incessante menace d’une Aktion nazie, où n’importe qui peut être torturéE, violéE, abattuE arbitrairement.

À l’été 1942 commence la déportation vers Treblinka.

La première vague de déportations vers les camps d’extermination, avec des rafles à n’importe quelle heure du jour et de la nuit, ramène la population du ghetto de 450 000 à 70 000 âmes début 1943.

En janvier 1943, les organisations de résistance juive s’opposent militairement aux déportations, prenant le contrôle du ghetto.

Les forces d’occupation mettent un certain temps à réagir, mais le soir de Pessa’h 1943, les nazis entrent dans le ghetto, prévoyant de le prendre en trois jours.

Le 19 avril 1943, ce sont donc quelques centaines de jeunes combattantEs du ghetto qui choisissent de résister les armes à la main, et lancent l’insurrection du ghetto de Varsovie.

L’Organisation Juive de Combat (ŻOB) et l’Union Militaire Juive (ŻZW) tiendront 27 jours.

Jusqu’au 16 mai, avec l’incendie total du ghetto et la liquidation finale de la population juive de Varsovie par les nazis, marquée également par la destruction de la Grande Synagogue.

Environ 7 000 personnes juives sont tuées durant les combats, 6 000 autres sont brûlées vives ou gazées durant l’anéantissement du ghetto, et les survivantEs seront déportéEs à Treblinka et Majdanek.

L’insurrection du ghetto était vouée à la défaite militaire et à l’extermination. Les résistantEs le savaient. Mais ils et elles ont livré leur dernière bataille, refusant d’aller à l’abattoir.

Les martyrEs du ghetto de Varsovie sont l’honneur et la dignité des peuples martyrs. Aucun hommage ne sera jamais à la hauteur de leur courage.

Concurrence au sein de la bourgeoisie : l’exemple historique du nazisme

Fascisme et concurrence au sein de
la bourgeoisie : schéma général
de l’exemple allemand
, PCMLM.

L’attention qu’il faut porter en France à la concurrence au sein des fractions de la bourgeoisie est d’un intérêt certain pour la révolution.

Les mouvements de la contre-révolution, la progression du fascisme, puisent leur source dans les mouvements de fond de l’infrastructure de la société capitaliste ; l’antifascisme, pour être concret, doit comprendre les tendances générales de l’époque, et voir comment le fascisme tente de grandir.

L’exemple allemand apporte beaucoup de leçons ; il aide à comprendre que non seulement la démagogie fasciste mute en fonction des situations, ce que l’on sait dès qu’on étudie le fascisme, mais également pourquoi il mute.

De plus, certains moments clefs de l’histoire de la concurrence au sein de la bourgeoisie allemande sont relativement connus en France : la nuit des longs couteaux surtout, mais aussi la tentative de putsch contre Hitler en 1944.

Il y a donc lieu de s’intéresser à l’histoire de la concurrence au sein de la bourgeoisie allemande, même sommairement.

1. La situation avant 1933

À la suite de l’effondrement du régime monarchique et de l’instauration de la république de Weimar, la bourgeoisie impérialiste n’a qu’un seul but : la réinstauration de la monarchie.

Différentes tentatives sont faites, la plus grande étant le putsch mené par Wolfgang Kapp et Walther von Lüttwitz en 1920, putsch échouant devant la résistance populaire.

La bourgeoisie impérialiste mit alors en avant un parti politique, le DNVP (parti populaire national-allemand) d’Alfred Hugenberg. Le DNVP prônait le retour à la monarchie, mettait en avant le nationalisme, son idéologie était ultra-conservatrice et sur le plan culturel, le populisme et l’idéologie « völkisch » prédominaient.

Sur le plan électoral, le DNVP n’a atteint au maximum qu’un peu plus de 20 %, mais il faut voir que le DNVP est une structure putschiste : son but restait le coup d’État.

Le parti nazi, qui est alors également subventionné par la bourgeoisie impérialiste, vise à compenser la faiblesse du DNVP, en obtenant une base de masse aux dépens des socialistes et des communistes.

Avec la crise de 1929, le parti nazi va devenir prépondérant, et en 1931 le front de Harzbourg réunit les organisations nationalistes, avant que le NSDAP n’obtienne l’hégémonie à l’extrême-droite.

2. La « fraction américaine » et la fraction « parcours en solitaire »

Le principal historien antifasciste d’Allemagne de l’est, Kurt Gossweiler (qui s’est opposé historiquement au révisionnisme, même si de manière imparfaite), a étudié justement les fractions existant au sein de la bourgeoisie impérialiste allemande entre 1918 et 1933.

Il constate la présence de deux fractions principales.

La « fraction américaine » est tournée vers un accord avec les USA (et l’Angleterre) ; elle est composée principalement de la Danat-Bank (Darmstädter- und Nationalbank) et la Dresdner Bank, son représentant est Hjalmar Schacht, président de la banque du Reich.

Elle a également une composante industrielle, celle du konzern Thyssen, représenté par Fritz Thyssen et actif dans l’acier.

La fraction « parcours en solitaire » est elle représentée par les monopoles de la chimie. Elle vise l’indépendance absolue de l’Allemagne, son autarcie et une stratégie indépendante des autres puissances.

3. Le « second livre » d’Hitler

Une conséquence de ce conflit sera l’écriture par Hitler, en 1928, d’une suite à « Mein Kampf ». Cette suite, connue sous le nom de « second livre d’Hitler », ne sera jamais publiée ; la direction nazie cachera les manuscrits, considérant que la stratégie nazie était trop révélée.

Hitler y met en effet en avant des choix qui sont celles d’une partie de la bourgeoisie impérialiste: celle partisane de la lutte « en solo ». Dans ce « second livre », Hitler met ainsi l’accent sur la conquête de « l’espace vital » (absolument nécessaire pour la politique impériale en solitaire), mais aussi sur l’opposition aux USA.

Voilà pourquoi, contrairement à dans « Mein Kampf », dans ce « second livre » les USA étaient présentés par Hitler comme un pays puissant, concurrent, présentant la particularité d’être « aryen », donc « efficace », tout en étant dominé par une « ploutocratie » juive.

Hitler présente alors les USA comme le second ennemi avec l’URSS, le combat final devant même se dérouler contre eux, autour de 1980, après que l’Allemagne ait soumis l’Europe et ait réussi à s’allier à l’Angleterre.

4. L’offensive d’IG Farben

IG Farben, entreprise de chimie et l’un des principaux monopoles dans le monde alors, envisageait non pas un putsch militaire, mais une dictature populiste profitant de la social-démocratie, ainsi que des « nationaux révolutionnaires ».

Le programme économique devant servir de fondement à cette dictature consistait en un populisme aux dépens d’autres fractions de la bourgeoisie impérialiste, principalement par la nationalisation de l’industrie de l’acier (aux dépens de gens comme Thyssen) et de la Dresdner Bank.

Sur le plan stratégique, IG Farben pose donc une ligne aux dépens de la « fraction américaine », et d’ailleurs prône une alliance avec la France.

Les choses s’accélèrent alors avec les élections du 6 novembre 1932, où le parti nazi recule sur le plan électoral. Il est alors évident que ce n’est que le début du reflux et que les nazis vont perdre du terrain.

Hitler accepte alors la nomination comme vice-chancelier de Gregor Strasser. Mais Thyssen et Schacht interviennent pour empêcher cela : Strasser représente le courant national-révolutionnaire, subordonné à IG Farben.

Les différentes composantes de la bourgeoisie impérialiste firent alors un compromis, car ou Hitler était mis en avant, ou le parti nazi s’effondrait. Hitler fut donc mené chancelier.

Mais si la première étape était la liquidation des structures communistes et socialistes, la prise du pouvoir par Hitler devait forcément être accompagnée d’un second moment : celui de l’affrontement des différentes fractions de la bourgeoisie impérialiste.

5. La nuit des longs couteaux

Cette expression désigne une opération de liquidation de représentants nazis, par l’État nazi lui-même, le 30 juin 1934 ; il s’agit d’une opération directement menée contre la fraction représentant les intérêts d’IG Farben.

Sont éliminés tous les cadres pouvant servir à l’établissement du projet de dictature populiste mis en avant par IG Farben : Röhm le chef des sections d’assaut (les SA), Edmund Heines le numéro 2 des SA, Gregor Strasser ancien idéologue de la « gauche » nazie et des SA, le général von Schleicher chancelier pendant un mois juste avant Hitler, Erich Klausener le dirigeant de l’action catholique, Herbert von Bose un important dirigeant de la « révolution conservatrice », etc.

Le 2 août 1934, Hindenburg meurt et le statut d’Hitler passe de celui de chancelier à celui de « Führer ». Le régime national-socialiste est définitivement mis en place, et il est également organisé avec l’intégration par la force des 4 millions de SA.

C’est une victoire pour la fraction américaine en ce qui concerne la forme de l’État, mais également de la fraction ultra-conservatrice de l’appareil d’État, représentée par les Junkers, les grands propriétaires terriens. Cette fraction de la bourgeoisie impérialiste est systématiquement oubliée, or son existence est très importante, puisqu’elle a joué un rôle important dans la liquidation des SA.

6. L’hégémonie temporaire de la « fraction américaine »

À la suite de la nuit des longs couteaux, Schacht dirige alors en pratique l’économie, organisant la relance, notamment par l’industrie de guerre. L’Allemagne est alors ouverte au capital américain: on retrouve Ford, IBM, Coca Cola (la marque Fanta sera par la suite en Allemagne « l’ersatz » du Coca Cola durant la guerre).

Mais l’accumulation capitaliste lancée par cette fraction de la bourgeoisie impérialiste montre rapidement ses limites. Le régime a pourtant besoin, et cela de manière impérative, d’une vague de fond permettant de galvaniser une large partie des masses : il en va de la survie du régime.

Les partisans du « parcours en solitaire » reprennent alors le dessus, cette fois par l’intermédiaire de Göring (proche d’IG Farben) et de Himmler (avec le « cercle d’amis » du Reichsführer SS).

À ceci près que les partisans du « parcours en solitaire » doivent faire avec un type de régime dont ils n’étaient pas partisans : ils doivent accepter le régime tel quel, ce qui n’est pas sans friction. On a ainsi l’affaire Blomberg – Fritsch, où les deux plus hauts gradés de l’armée sont éjectés au profit de l’hégémonie de l’équipe de Hitler pour la guerre à venir. De même, Fritz Thyssen, qui a largement participé à financer le parti nazi, quitte l’Allemagne en 1939 (arrêté en France, il sera interné en Allemagne).

Ici la préparation à la guerre impérialiste est inévitable et prend le dessus dans tout l’appareil d’État : le seul moyen de sauver le régime, c’est la fuite en avant.

7. L’attentat du 20 juillet 1944

À partir de la victoire soviétique de Stalingrad, il est clair pour la bourgeoisie impérialiste que la défaite de l’Allemagne nazie est inévitable.

L’armée surtout était dans une position difficile : elle avait accepté la prise du pouvoir par Hitler au lieu du retour à la monarchie, en échange de son indépendance. Le lancement de la guerre, tel qu’il était proposé, avait posé des soucis à certaines fractions de l’armée. Mais là, avec la chute du régime, c’est toute la tradition des Junkers qui risquait de disparaître.

Une fraction de l’armée a donc tenté de mener un putsch, afin d’essayer d’obtenir un accord avec les États capitalistes, en se présentant comme essentielle en tant qu’avant-poste anticommuniste. Il existait de fait de nombreux cercles (comme celui de Kreisau) qui faisaient du « brainstorming » pour préparer l’après-Hitler.

C’est en ce sens également, par rapport à l’après-guerre, qu’il faut comprendre le meurtre en 1944 des derniers dirigeants révolutionnaires encore emprisonnés, dont Ernst Thälmann. La bourgeoisie agit en fait selon des impulsions historiques.

Ce putsch du 20 juillet 1944 a échoué, mais de fait cette stratégie a réussi : c’est ainsi qu’est née la République Fédérale Allemande. La RFA a largement profité de l’appareil d’État nazi et n’a pas mené de rupture avec l’ancien régime, si ce n’est en façade et au niveau institutionnel.

La bourgeoisie allemande, totalement affaiblie, a réagi à l’impulsion de l’impérialisme US et s’est placée sous sa protection.

8. Le PCMLM, parti de la science

Mao Zedong a parfaitement analysé la nature du capitalisme bureaucratique, de type compradore, dans les pays opprimés par l’impérialisme.

Ces leçons de Mao Zedong permettent de comprendre avec plus de profondeur comment la bourgeoisie est organisée, avec son État, dans les pays impérialistes. Il est possible de voir avec plus de finesse les tendances générales, et de voir concrètement le mouvement historique de la bourgeoisie, comment elle subit la loi de la contradiction.

Pourquoi ? Parce qu’on profite de l’exemple de la bourgeoisie bureaucratique dans les pays colonisés, on peut voir comment elle réagit aux impulsions de l’impérialisme, se plaçant sous sa protection.

De la même manière, les tendances historiques au monopolisme, inévitables dans le capitalisme, font que les différentes fractions de la bourgeoisie subissent elles aussi des impulsions irrésistibles.

Cela permet de déchiffrer les mouvements de la bourgeoisie, tant au niveau économique qu’au niveau idéologique. Voilà une démarche précieuse, portée par le PCMLM.

Révolution #21, février 2010.

The Auschwitz Album – Yad Vashem

Montrer le camp d’Auschwitz dans ce qu’il avait de plus concret et de plus immédiat, voilà le but de cette vidéo produite par l’Institut Yad Vashem et sous-titrée : « Les preuves visuelles du meurtre de masse à Auschwitz-Birkenau ». Nizkor !

65 ans après la libération des camps : Nizkor !

Depuis hier soir, Yom HaShoah commémore les 6 millions de victimes juives de la barbarie nazie.

6 millions de personnes qui ne sont pas revenues pour la seule et unique raison qu’elles étaient nées juives.

6 millions de personnes passées par l’enfer des ghettos, des exécutions devant une fosse commune, des camps de concentration, et par l’horreur des camps de la mort.

La Shoah a consisté en la destruction systématique des populations juives d’Europe, et en ce sens elle porte une spécificité irréductible.

Car très concrètement, on a voulu anéantir les nôtres. Et même de manière prioritaire sur l’effort de guerre nazi, à des centaines de kilomètres du Reich.

La Shoah n’est pas une idée abstraite. Elle est l’aboutissement historique et planifié de la barbarie fasciste.

En ce Yom HaShoah, 65 ans après la libération des camps, nos pensées vont – à travers les membres de nos familles qui ont été victimes de la barbarie nazie ou qui y ont réchappé – à toutes les victimes du nazisme.

Il est indispensable d’affronter la réalité de ce qu’a été l’extermination des populations juives d’Europe. Chaque personne, d’origine juive ou pas, doit comprendre la portée de la Shoah, et comprendre que le mot barbarie n’est pas une simple incantation.

Voilà pourquoi il est également indispensable de connaître l’histoire des génocides en Namibie, en Arménie, des Rroms et Sintis en Europe, au Bangladesh, au Burundi, au Kurdistan, en Bosnie, au Rwanda, au Congo, au Darfour, au Sri Lanka.

Car malheureusement, rien ne crée plus de solidarité que d’avoir tutoyé les abîmes et le néant.

Ami, amie, l’oubli est un deuxième anéantissement.
Souvenons-nous. Nizkor.

Honorer le souvenir du génocide rwandais !

Il y a 16 ans, le 6 avril 1994, était abattu au dessus de Kigali l’avion du président rwandais Habyarimana, le pion de Mitterrand.

Dès le lendemain et pendant seulement trois mois, ce sont plus d’un million de RwandaiSEs qui sont génocidéEs (dont 800 000 entre la mi-avril et la mi-mai).

Nous diffusons ici un document du Parti Communiste Marxiste-Léniniste-Maoïste sur le génocide rwandais et la complicité de l’impérialisme français.

Connaître les génocides, faire vivre la mémoire, combattre l’impérialisme !

Le génocide au Rwanda en 1994
et le rôle des puissances impérialistes,
principalement l’impérialisme français

Gregoire Ndahimana, ancien administrateur de Kiivumu pendant le génocide au Rwanda en 1994 et recherché pour le massacre de plus de 2 000 Tutsis, a été arrêté dimanche 9 août en République démocratique du Congo. L’information n’a été communiqué que le 12 août.

L’arrestation de ce génocidaire est ici l’occasion de rappeler le rôle décisif de l’impérialisme français et de sa concurrence avec l’impérialisme US dans le génocide de plus de 800 000 Tutsis.

A l’époque de la colonisation, l’impérialisme belge a appliqué le principe des exploiteurs de « diviser pour mieux régner » en créant de toutes pièces des distinctions liées à des critères physiques et sociaux, sur la base de catégories antérieures liées à leur rôle dans le mode de production. féodale Les « Tutsi » – minoritaires – regroupaient alors les personnes de grande taille, éleveurs et liés à la monarchie rwandaise, les Hutus étant des cultivateurs. L’impérialisme belge a fait des Tutsis une élite servant de relais à sa domination coloniale, puis a soutenu les Hutus face aux aspirations d’indépendance des élites Tutsis, incitant ainsi aux premiers massacres de Tutsis en 1959. C’est à cette époqe que beaucoup de Tutsis se réfugièrent dans l’Ouganda voisin.

Après l’indépendance de façade du Rwanda, l’impérialisme français a « récupéré » le Rwanda qui se situait dans une zone stratégique à la frontière de la zone d’influence de l’impérialisme US, avec notament l’Ouganda.

C’est précisément de l’Ouganda que part l’offensive des exilés Tutsis du FPR (Front Patriotique Rwandais), soutenue par l’impérialisme US en 1990. L’impérialisme français intervient alors pour éviter le basculement du Rwanda dans le camp de l’impérialisme US et former militairement les futurs génocidaires Hutus de 1994, organisés principalement dans les « milices interahamwe ».

Après l’attentat contre l’avion du président rwandais Juvénal Habyarimana le 6 avril 1994, signal du début du génocide qui dura 100 jours jusqu’au 4 juillet, l’impérialisme français continue de vendre des armes et d’offrir un soutien logistique aux génocidaires. En fait, le génocide à coups de machettes des Tutsis et Hutus « modérés » s’est fait sous encadrement de l’impérialisme français et US qui poursuivaient chacun leurs objectifs.

Pendant deux mois à partir du 22 juin 1994, l’opération Turquoise de l’impérialisme français (sous mandat de l’ONU) a permis l’accueil dans l’ambassade française puis l’exfiltration de responsables du génocide vers le Burundi ou le Zaïre (devenu maintenant la RD Congo) de Mobutu, allié de l’impérialisme français, parmi lesquels des proches du président Habyarimana, le président du gouvernement provisoire Théodore Sindikubwabo ou Ferdinand Nahimana, fondateur de la Radio Télévision Libre des Mille Collines qui incitait tous les jours sur ses ondes au génocide.

Finalement, la progression du FPR et sa victoire militaire a porté au pouvoir l’actuel président Paul Kagame, une situation profitable à l’impérialisme US.

Le fonctionnement « habituel » de l’impérialisme est la perprétations de crimes à l’encontre des peuples de la zone des tempêtes et le génocide au Rwanda est une des multiples atrocités planifiées par les forces impérialistes, principalement l’impérialisme français dans ce cas.

La bourgeoisie au service de l’impérialisme sait comment nier la réalité des horreurs qu’elle perpétue et aujourd’hui, quinze ans après les faits, le génocide au Rwanda n’est pratiquement jamais évoqué. En France, la bourgeoisie insiste de manière chauvine sur les actions menées par l’impérialisme US pour mieux se présenter comme une puissance aux pratiques « acceptables ». C’est pourquoi les médias bourgeois parlent toujours de « la France » et non de l’impérialisme français, ce qui conduit les faibles critiques formulées à l’encontre de la diplomatie française à prendre un tour moral et non politique, favorable au statu quo et au renforcement de la démocratie bourgeoise.

De plus, l’éducation nationale au service de la bourgeoisie favorise une approche nationaliste et chauvine en cachant, bien sûr, les crimes impérialistes et en empêchant ainsi d’avoir une vision internationaliste.

En tant que communistes, nous devons donc nous intéresser à l’histoire criminelle et aux atrocités actuelles de l’impérialisme français., ainsi que de tous les impérialismes. Nous devons nous affranchir du cadre réactionnaire de l’éducation bourgeoise, nationale et chauvine pour nous intéresser à l’histoire de tous les peuples du monde. Il s’agit d’une tâche internationaliste indispensable dans le cadre du combat révolutionnaire contre l’impérialisme et pour le communisme !

Révolution #15, août 2009.

Le programme Aktion T4 comme laboratoire de la Solution Finale

Hapoel a récemment expliqué les bases du social-darwinisme.

Pour résumer, le social-darwinisme est une conception barbare qui justifie l’extermination des personnes supposées « improductives ». Le social-darwinisme fait inévitablement partie de la matrice idéologique du fascisme. Et il faudrait peut-être même préciser : les pratiques social-darwinistes ont un caractère de guerre impérialiste.

Justement, quelles sont ces pratiques ?

Le saviez-vous ?

Historiquement, il a existé sous le Reich nazi un programme d’extermination des individus handicapés.

Il faut savoir que, dans la communauté médicale de l’époque, l’eugénisme contre les personnes handicapées mentales et physiques était très largement admis.

L’eugénisme et le social-darwinisme avaient été ainsi théorisés aux États-Unis au tournant du 20ème siècle, et y étaient très répandus dans les années 1920 – notamment à cause de l’industriel Henry Ford, qui était également un grand propagandiste antisémite.

De plus, le mouvement eugéniste s’est largement développé et structuré en Allemagne à la même époque. Alfred Hoche et Karl Binding ont ainsi développé en 1920 le concept fasciste de « lebensunwertes Leben » (= vie sans valeur, indigne de vivre), et évoquaient explicitement la liquidation.

Le social-darwinisme a donc été très tôt intégré à la matrice idéologique du national-socialisme.

Il est par conséquent logique que, dès leur conquête du pouvoir en 1933, les nazis aient mis en place un programme de stérilisation forcée des personnes présentant des maladies supposées héréditaires.

Ainsi, dès 1934, plus de 400.000 hommes et femmes ont été stériliséEs de force, d’abord en Allemagne, puis aussi dans les pays occupés par le Reich.

Ce programme de stérilisation n’avait rien de secret, et une certaine propagande a même été faite en sa faveur. Il existe ainsi un exemple assez connu d’exercice de mathématiques où il faut calculer les économies réalisées si l’État ne s’occupait pas des personnes handicapées.

Mais dans les délires raciaux, la stérilisation ne suffit pas, et il faut véritablement aller à l’extermination pour « purifier la race » : le nazisme monte donc un programme de liquidation des personnes handicapées.

Ce programme était cyniquement désigné à l’époque comme « Euthanasie Aktion », mais son nom de code était Aktion T4. Ce code provient de l’adresse de la villa où était basé le quartier général de cette opération, à savoir au Tiergartenstraße 4 à Berlin.

Dès 1935, Hitler avait annoncé au chef de l’ordre des médecins que la soi-disant « euthanasie » serait plus facile à mettre en œuvre pendant une guerre, et qu’il voulait « en cas de guerre résoudre radicalement le problème des asiles ».

C’est donc le 1er octobre 1939, c’est-à-dire seulement un mois après le déclenchement de la guerre, qu’Hitler donne l’ordre d’ « accorder une mort miséricordieuse aux malades qui auront été jugés incurables selon une appréciation aussi rigoureuse que possible ».

C’est le début de l’extermination, et cela avant la « Solution Finale » nazie, c’est-à-dire la liquidation systématique des populations juives et tziganes d’Europe.

Dans un premier temps, les personnes hospitalisées ou handicapées sont signalées par les médecins, et subissent une injection léthale. Ainsi, toutes les personnes juives qui se trouvaient dans des hôpitaux du Reich ont été exterminées.

Mais rapidement, l’injection léthale est jugée inefficace, et les nazis passent directement au gazage au monoxyde de carbone. Le programme Aktion T4 est donc d’ailleurs la première occasion pour le nazisme d’utiliser le gaz comme arme d’assassinat de masse.

À cet effet, des chambres à gaz sont aménagées dans des châteaux transformés en « centres d’euthanasie ». Ces centres se situaient tous dans le Reich allemand (Autriche comprise), contrairement aux camps d’extermination qui étaient tous en Pologne occupée.

Entre janvier 1940 et août 1941, le programme Aktion T4 a déporté, assassiné et incinéré 70.300 individus. Ces assassinats sont répartis ainsi selon les « centres d’euthanasie » : 9.800 à Grafeneck, 9.800 à Brandenburg an der Havel, 18.300 à Schloss Hartheim, 13.700 à Sonnenstein, 8.600 à Bemburg, 10.100 à Hadamar.

Le programme Aktion T4 s’arrête officiellement le 24 août 1941, suite à un ordre de Hitler.

En effet, malgré tout le secret qui entoure les opérations, des familles de victimes protestent, avec plus tard l’appui d’une partie du clergé catholique – alors que l’Église ne voyait pas de problème au programme de stérilisation. En avril 1941, des figures religieuses protestent publiquement, ce qui permet d’en finir officiellement avec le « programme d’euthanasie ».

Cependant, l’extermination des personnes handicapées continuera en réalité jusqu’à la fin de la guerre (notamment à partir des camps de concentration), et fera 30.000 victimes supplémentaires, ce qui fait au total 100.000 personnes handicapées qui ont été purement et simplement assassinées par la barbarie nazie.

Un point essentiel de cette extermination, c’est qu’elle est mise en œuvre par le système médical lui-même, et pas par des SS.

Ainsi, de la pseudo-justification pseudo-scientifique jusqu’au robinet qui ouvre le monoxyde de carbone, en passant par le fichage et la déportation, ce sont des blouses blanches qui ont mis en œuvre la stérilisation et l’assassinat des individus handicapés.

Cela tient précisément à l’idéologie du social-darwinisme, qui est présentée comme une réalité scientifique, et qui est l’aboutissment inévitable de l’effondrement de la médecine bourgeoise.

Enfin, c’est principalement le programme de liquidation des personnes handicapées qui a ouvert concrètement la voie aux camps d’extermination : le social-darwinisme porte en germe le génocide.

Hommage à Adam Rayski

Le 11 mars 2008, il y a 2 ans déjà, Adam Rayski nous quittait.

Le saviez-vous ?

Adam Rayski est né en 1913 en Pologne, de son vrai nom Abraham Rajgrodski. Il s’est engagé très tôt dans le parti communiste, alors clandestin, et dirigea la jeunesse communiste de Byalistok.

À l’âge de 19 ans, il émigra à Paris, et étudia pour devenir journaliste. Il a effectivement été journaliste, en français à l’Humanité, et en yiddish à la Naye Presse (nouvelle presse) de la sous-section juive du PCF.

Pendant la guerre, Adam Rayski est fait prisonnier mais s’évade et revient à Paris, où il participe à réorganiser la Main-d’Œuvre Immigrée comme structure militarisée. Il devient d’ailleurs responsable national de la MOI en septembre 1941.

En mai 1943 à Paris, Adam Rayski est l’un des principaux acteurs de l’unité des juifs immigrés au sein du Comité Général de Défense Juive (CGD).

Le CGD était un regroupement général de résistantEs d’origine juive, communistes, bundistes, socialistes, sionistes, principalement immigréEs d’Europe de l’Est. Son but était de sauver la minorité juive en organisant la clandestinité.

Ce regroupement résistant, indépendant du Consistoire, était justifié par une question de vie ou de mort : même après le Vél d’Hiv, le Consistoire ne comprenait pas le sort qui attendait la minorité juive de France – et encore moins le sort des immigréEs.

En septembre 1944 à Lyon, le Comité de Défense se transforme en un nouveau regroupement, le Conseil Représentatif des Israélites de France (avant que le i de Crif ne devienne « institutions »…).

Ainsi, Adam Rayski a été, en tant que représentant du courant communiste au sein de l’immigration juive, l’un des cofondateurs du Crif.

Après la guerre, Adam Rayski retourne en Pologne, et revient en France en 1957.

Il restera proche de la ligne de l’Union Juive pour la Résistance et l’Entraide (UJRE), dont il deviendra président d’honneur quelques années avant sa mort. Il sera aussi président de l’Union des Résistants et Déportés juifs de France.

Adam Rayski a écrit de nombreux livres sur la résistance juive en France (dont certains avec l’historien anticommuniste Stéphane Courtois…).

Aujourd’hui, Adam Rayski repose au Père Lachaise à Paris.

Ce 11 mars est donc aussi l’occasion de rappeler l’une des traditions àlaquelle Hapoel rend hommage : l’histoire de la MOI, de la sous-section juive du PCF, de la résistance communiste juive au fascisme, de l’unification de la résistance.

De Februaristaking : la classe ouvrière a défendu et défendra les siens !

On a compté pendant la guerre beaucoup d’exemples de solidarité ouvrière envers les populations juives traquées par les nazis et leur alliés. Mais l’exemple le plus frappant, le plus massif et le mieux organisé fut sans doute la grève générale antifasciste qui toucha les Pays-Bas en 1941, la seule grève contre l’antisémitisme recensée dans l’Europe occupée.

Le saviez-vous ?

Le 25 février 1941, éclata à Amsterdam une grève générale populaire en protestation contre les persécutions antisémites, qui s’étendit le lendemain à d’autres villes aux Pays-Bas, et qui fut réprimée dans le sang par les nazis et les fascistes néerlandais.

Pour comprendre l’origine de cette grève, connue sous le nom de Februaristaking, il faut retracer un peu l’histoire de l’occupation allemande aux Pays-Bas.

Les Pays-Bas capitulent le 10 mai 1940 contre l’Allemagne nazie. À cette date, 140.000 personnes d’origine juive vivent aux Pays-Bas, dont une minorité issue des expulséEs d’Espagne de 1492, et 15.000 réfugiéEs de l’Allemagne nazie.

Sous l’occupation, les Pays-Bas sont soumis administrativement au Reichskommissar, Arthur Seyss-Inquart, nazi autrichien. Dans la pratique, les Allemands manquent d’hommes et l’exécution des politiques antisémites incombe à l’administration locale, soutenue par le Nationaal-Socialistische Beweging (NSB) et le Weerbaarheidsafdeling (WA), sa « section de défense ».

En juillet 1940, les juifs doivent quitter la défense aérienne ; suivent les fonctionnaires juifs et juives ; puis les étudiantEs et universitaires d’origine juive. En octobre 1940, les commerces ou entreprises appartenant à des membres de la communauté juive doivent déclarer leurs bien. En décembre 1940, les cafés et les cinémas sont interdits aux juifs et juvies.

Plus tard, les personnes juives doivent se faire enregistrer (à leurs frais) comme telles, ce qui facilitera largement la tâche lorsque viendra le temps des déportations…

En novembre 1940, les étudiantEs de Delft et de Leiden suspendent les cours en solidarité avec leurs camarades et les professeurs juifs et juives. Le Sicherheitsdienst (SD), le « service de sécurité » allemand, occupe ces deux universités et les fait fermer.

De nombreux mouvements de défense prolétarienne se développent, notamment sur les chantiers navals et parmi les dockers, où les forces d’occupation veulent exploiter les ouvriers et ouvrières directement en Allemagne.

En janvier et février 1941, l’offensive antisémite se déchaîne.

Les troupes en chemises noires des WA attaquent des magasins juifs et des cafés refusant de poser un panneau interdisant l’accès aux juifs et juives, et multiplient les provocations fascistes dans les quartiers à minorité juive, jusqu’à des pogroms suivant des manifestations antisémites organisées par les nazis.

Le dimanche 9 février 1941, sur la place Rembrandt non loin du quartier juif, de violents affrontements éclatent. Les groupes d’autodéfense juive, parmi lesquelles de nombreux sportifs du Maccabi, attaquent des nazis qui venaient à nouveau perpétrer leurs exactions.

Les affrontements d’autodéfense juive culminent deux jours plus tard, le 11 février au soir, quand a lieu une bataille rangée contre le WA sur la place Waterloo. Le fasciste Hendrik Koot reste sur le carreau et crèvera le 14 février à l’hôpital.

Entretemps, le 12 février, les Allemands bouclent l’ancien quartier juif, le cernent de barbelés, installent des barrières, coupent les ponts, et positionnent des check-points aussi bien des forces d’occupation que de la police néerlandaise.

Le quartier juif est officiellement transformé en ghetto.

Le 19 février, la police allemande prend d’assaut le salon de glaces Koco de la Van Woustraat, tenu par des réfugiés allemands juifs, Kohn et Cahn. Les policiers reçoivent de l’ammoniac dans la figure, et dans la bagarre, plusieurs policiers allemands sont blessés. Cahn et Kohn sont arrêtés.

En représaille, le week-end des 22 et 23 février 1941, le couvre-feu est imposé au quartier juif d’Amsterdam, et les nazis opèrent une rafle. Ils prennent en otage 427 hommes juifs sur la place Jonas Daniël Meijer. Ceux-ci sont déportés à Buchenwald et Mathausen, et il ne restera qu’un seul survivant de ces convois.

Cette rafle susciste l’indignation et la révolte parmi les masses populaires d’Amsterdam.

Le 24 au soir, un rassemblement ouvrier a lieu sur la place du Noordermarkt. La grève est décidée, essentiellement pour lutter contre l’antisémitisme nazi, mais aussi contre le travail forcé en Allemagne et pour la souveraineté des Pays-Bas occupés.

Cette nuit-là, un appel rédigé par le Parti communiste des Pays-Bas (clandestin depuis le 15 mai 1940, illégal depuis juin) est imprimé en différents endroits d’Amsterdam. Le mot d’ordre : « La grève, la grève, la grève ! ».

De fait, cette grève est essentiellement portée et organisée par le Parti communiste clandestin, ce que la bourgeoisie tentera longtemps de nier après-guerre.

L’organisation de la grève antifasciste est extrêmement rapide, ce qui permet de court-circuiter les mouchards collabos.

Le 25 février 1941 à l’aube, l’appel du Parti est distribué à l’entrée de nombreuses entreprises. Le tramway d’Amsterdam est le premier à suivre la grève, dès 4 heures du matin.

Le peuple d’Amsterdam comprend alors, à l’ouverture du service, qu’il se passe quelque chose, et bientôt suivent les fonctionnaires municipaux, les dockers, les chantiers navals, les bureaux, les grands magasins, les lycées, etc.

Le matin du 25 février 1940, les forces d’occupation sont complètement affolées face à un mouvement si massif : elles n’avaient jamais eu affaire nulle part ailleurs à une grève contre la persécution de la minorité nationale juive.

Suite à l’appel du Parti Communiste, les masses descendent spontanément dans la rue dans le centre d’Amsterdam, et affrontent les nazis. La grève s’étend le 26 février à Zaanstreek (Zaanstad), Kennemerland (Haarlem et Velsen), Utrecht, Hilversum et Weesp.

La répression démarre dans l’après-midi du 25 février et est sanglante. Des SS, venus en urgence de La Haye, tirent sur la foule et jettent des grenades. Neuf personnes sont tuées au cours de ces manifestations, une cinquantaine grièvement blessées, et 200 arrêtées et torturées.

Après la grève, trois organisateurs communistes sont fusillés, douze communistes envoyés en prison. Et malgré la suspension provisoire des rafles (comme résultat du mouvement de masse), dix-huit organisateurs et grévistes sont exécutés en mars 1941.

Ainsi se termina la Februaristaking : dans le sang ouvrier, versé pour la solidarité au sein du peuple des Pays-Bas.

Le journal clandestin Het Parool écrira dans la foulée que la grève est « une page inoubliable de l’histoire glorieuse de notre patrie, car pour la première fois dans l’histoire de l’humanité, juifs et non-juifs se sont opposés activement contre les horreurs de l’antisémitisme ».

Au final, les Pays-Bas restent le pays d’Europe de l’Ouest où la minorité juive paya le plus lourd tribut à la Shoah, puisque plus de 100.000 personnes d’origine juive (soit plus des 3/4 de la communauté) furent exterminées par la barbarie fasciste. En 1944, la ville d’Amsterdam était quasi vidée de sa minorité juive.

Néanmoins, cette grève montre que le nazisme a été essentiellement étranger à la classe ouvrière – qui est le cœur du prolétariat – voire au prolétariat en général. Elle reste dans les mémoires comme une véritable fierté de la classe ouvrière des Pays-Bas.

Encore aujourd’hui, des manifestations antiracistes y sont organisées ce jour en mémoire de cet acte de solidarité massive, près d’une statue de docker inaugurée en 1952 en l’honneur de cette grève, à l’endroit même où furent rassemblés les otages juifs des 22 et 23 février 1941.

La Februaristaking marqua la mémoire du peuple d’Amsterdam au point de lui laisser la devise de la ville (« héroïque, déterminée, généreuse »), et peut-être même un certain « philosémitisme » parmi les supporters du club de foot Ajax Amsterdam…

« La justice viendra sur nos pas triomphants »

« La mort n’éblouit pas les yeux des partisans »

Le 21 février 1944, à 15 heures au Mont Valérien (Suresnes), furent exécutées 22 des 23 figures de la sinistrement célèbre Affiche Rouge.

Ces 23 « terroristes », c’étaient en réalité des résistants communistes des Francs-Tireurs et Partisans – Main-d’Œuvre Immigrée (FTP-MOI), qui constituaient un groupe dirigé par Missak Manouchian.

L’Affiche Rouge, voilà le symbole de la résistance du prolétariat immigré – juif, espagnol, italien, arménien, etc. – sous la direction de l’Internationale Communiste, voilà le symbole de la lutte à mort pour vivre libre !

- Les martyrs de l’Affiche Rouge ;
- La dernière lettre de Manouchian ;
- Le poème d’Aragon et la chanson de Ferré ;
- Les FTP-MOI, Action Antifasciste ;
- L’organisation et les structures des FTP-MOI.

Aux martyrs de Stalingrad

Nazis ! Vous avez payé cher… mais vous n’avez pas tout payé !!!

Le 2 février 1943, le secteur nord des troupes nazies de Stalingrad capitule. La bataille de Stalingrad, qui aura fait 500 000 morts parmi l’Armée Rouge, les francs-tireurs et la population civile, reste dans nos mémoires comme le tombeau du nazisme, et ceci grâce à la mobilisation antifasciste de tout le peuple soviétique.

La guerre à mort contre le nazisme s’est ainsi faite sous la direction de Staline, dans la « ville de Staline ». Stalingrad fait partie de notre héritage, de notre fierté, et appartient aux peuples du monde entier.

Stalingrad : voici le nom de l’antifascisme total.

Le 27 janvier, symbole d’un espoir…

Enfants de Birkenau montrant leur tatouage aux libérateurs soviétiques, il y a 65 ans.

Le 27 janvier, symbole de la libération…

Le 27 janvier 1945, vers 15h, un détachement de l’Armée Rouge arrive à Auschwitz-Birkenau. Les soldats soviétiques découvrent là 7000 survivantEs, mais aussi 600 cadavres jonchant le sol du camp.

Dix jours auparant, les nazis avaient devancé l’arrivée des libérateurs soviétiques, et avaient fait évacuer 60000 personnes pour les « marches de la mort ».

Au total, 1300000 personnes ont été déportées à Auschwitz, 1100000 n’en sont pas revenues, parmi lesquelles 960000 étaient juives.

Quand les soldats soviétiques sont arrivés à Auschwitz, ils ont été tellement horrifiés par la vision des prisonniers squelettiques, par la vision des enfants qui pleuraient mais qui n’avaient pas de larme, qu’ils ont immédiatement appelé ce camp « l’usine de la mort ».

À propos de la libération d’Auschwitz, on peut trouver de nombreuses et importantes informations ici.

Auschwitz-Birkenau a été le plus grand camp d’extermination nazi, c’est le « symbole » d’une extermination très concrète, et nombreuses sont les personnes parmi nous qui y ont perdu de la famille…

Voilà pourquoi c’est un devoir de célébrer le 27 janvier : c’est le symbole de la libération.

C’est un hommage aux millions de personnes que les nazis ont voulu anéantir de la mémoire humaine.

Et d’autant plus après la profanation du camp de concentration d’Auschwitz, il y a à peine un mois.

Depuis, la plaque volée « Arbeit macht frei » a été retrouvée, et il s’avère qu’un réseau nazi suédois a organisé ce pillage afin de financer ses activités terroristes (dans un pays qui comprend plus de 3000 néonazis actifs).

Depuis la fondation d’Hapoel il y a un an jour pour jour, nous avons déjà plusieurs fois parlé du camp d’Auschwitz :
- Pas de 27 janvier en Catalogne ;
- Les trois Auschwitz ;
- Ces gens n’avaient pas de larmes… ;
- 2 août 1944 : la liquidation des tziganes d’Auschwitz ;
- « Pour les animaux, la vie est un éternel Treblinka. » ;
- Le pillage à Auschwitz et le nihilisme de notre époque ;
- « Arbeit macht frei » et l’esclavage nazi.

Les juifs n’oublient pas ! Les juives n’oublient pas !
Une seule alternative : Stalingrad ou Auschwitz !

« Arbeit macht frei » et l’esclavage nazi

Volée vendredi dernier au camp de concentration d’Auschwitz, l’enseigne « Arbeit macht frei » a été retrouvée lundi.

Cinq personnes ont été arrêtées dans la nuit de dimanche à lundi, au nord de la Pologne. Celles-ci sont passées aux aveux lundi, et la plaque a été retrouvée… découpée en 3 morceaux !

L’occasion de revenir très rapidement sur l’histoire de cette plaque, sans trop de considérations philosophiques…

Le saviez-vous ?

« Arbeit macht frei » signifie en allemand « le travail rend libre ».

Initialement, ce slogan a servi de titre à un roman, d’un pasteur nationaliste allemand, Lorenz Diefenbach. Ce roman a été publié en 1872 dans un journal viennois, puis en 1873 dans une maison d’édition de Brême. Il raconte l’histoire d’un tricheur qui regagne le « droit chemin » en travaillant. Rien de très original, en somme.

Mais ce slogan s’est retrouvé comme devise de plusieurs institutions en Allemagne et en Autriche.

Ainsi, la République de Weimar (née de la répression de la révolution spartakiste, et enterrée par le national-socialisme) a adopté cette devise en 1928 comme guide pour sa politique de grands travaux.

De même, le grand monopole chimiste IG Farben a également adopté cette devise, en l’apposant sur le fronton de ses usines en Allemagne. Or c’est ce même trust industriel qui a été par le suite le principal employeur dans le camp de travail d’Auschwitz III !

Sous le régime nazi, le slogan « Arbeit macht frei » a donc surtout servi à mettre en esclavage la population des camps de travail !

Ainsi, on retrouve cette devise à l’entrée de Dachau d’abord, puis à Gross-Rosen, Sachsenhausen, Theresienstadt (Terezin en Tchéquie)… et surtout à Auschwitz.

En effet, suivant la vieille tradition allemande des inscriptions au-dessus des entrées de bâtiments officiels, le général SS Theodor Eicke (alors inspecteur des camps de concentration et commandant à Dachau) a ordonné que le slogan « Arbeit macht frei » soit généralisé dans les camps.

Dans le cas particulier d’Auschwitz, l’enseigne volée dominait l’entrée du camp d’Auschwitz I dès 1940 sur décision de Rudolf Höß. (Rappelons que ce camp est inauguré en juin 1940.)

L’enseigne elle-même a donc été fabriquée en 1940 par des prisonniers politiques polonais d’Auschwitz I, parmi lesquels Jan Liwacz. On peut remarquer que le B de « Arbeit » est à l’envers : il semblerait que ce soit en signe de protestation de la part des prisonniers.

Cette sous cette enseigne que passaient les détenus d’Auschwitz I chaque matin et chaque soir pour aller travailler en esclavage, dans une marche rythmée par un orchestre d’autres prisonniers…

Mais de fait, rien ne permet d’indiquer que ce slogan était ironique ou cynique de la part des nazis.

Au contraire, même, quand on comprend la mystique du travail « concret », « sain » qu’ont développée les nazis. Ce thème a été approfondi par Moishe Postone, et permet de mieux cerner l’antisémitisme moderne.

9 décembre 1942 : la grande rafle de Tunis

Le saviez-vous ?

Quand éclate la seconde guerre mondiale, la Tunisie abrite une population juive d’environ 90.000 âmes, habitant essentiellement entre Tunis et la Goulette, voire à Djerba, Sfax, etc.

L’Europe et les champs de batailles ont beau paraître loin, mais le colonisateur français occupe la Tunisie, qui subit dès octobre 1940 les lois antisémites de Vichy – comme en Algérie.

Les mesures antisémites sont diversement appliquées en Tunisie, pas toujours comme Vichy l’aurait voulu. Ainsi, le port de l’étoile jaune n’est pas obligatoire à Tunis, mais seulement à Souss et Sfax.

Fait notable, de larges couches des féodaux tunisiens s’opposent aux mesures antisémites, ne serait-ce que pour réaffirmer face à Vichy leur autorité sur la Tunisie et tous les « sujets » du Bey (parmi lesquels les juifs et les juives).

Ainsi, dès son intronisation en juin 1942, Moncef Bey s’opposera à l’antisémitisme de Vichy, et cachera des juifs pendant toute l’occupation à titre personnel, en poussant beaucoup de figures de la féodalité à faire de même. Les exemples en ce sens sont très nombreux.

Mais suite aux avancées des Alliés en Afrique du Nord, les nazis décident d’organiser la défense sur place, et débarquent en Tunisie le 8 novembre 1942. C’est alors que s’ouvre la période de l’occupation nazie en Tunisie, ce qui est unique en Afrique du Nord.

Pour la minorité juive, les persécutions antisémites franchissent un cap, et deviennent semblables à celles qui règnent en Europe : étoiles jaunes, rationnements, spoliations, réquisitions militaires, énormes amendes collectives, travail forcé en public ou dans des camps, et jusqu’à la déportation.

Le 8 décembre 1942, les forces nazies d’occupation exigent à la communauté juive (représentée par Moïse Borgel) un contingent de travailleurs forcés : il lui faut 3000 jeunes adultes juifs pour le lendemain à l’aube.

Mais le lendemain matin, il y a seulement 120 « volontaires » à la caserne Foch de Tunis. Ce sont donc les SS qui vont se charger du travail, et qui vont opérer une rafle sans doute déjà prévue : c’est la rafle de Tunis du 9 décembre 1942.

Ainsi, les SS occupent l’Alliance (l’école de l’Alliance Israélite Universelle) et « cueillent » les personnes qui arrivent. Les nazis iront jusqu’à rafler dans les synagogues, notamment la grande synagogue de Tunis. De plus, ils enlèvent de nombreuses figures notables de la communauté juive, qui serviront comme otages.

Les 4000 juifs raflés ce 9 décembre 1942 iront soit en camp de travail, soit seront envoyés sur les fronts allemands en Europe.

Ce seront au total 5000 juifs de 18 à 50 ans qui iront trimer dans 32 camps de travail en Tunisie dans des conditions de travail extrêmes, principalement vers Bizerte (tout au nord) mais aussi dans les environs de Tunis. À noter que le financement et les ravitaillements des camps seront assurés par la communauté juive… suite à des négociations avec les nazis !

De ces camps, quelques centaines de personnes ne reviendront pas, que ce soit à cause des conditions de vie extrêmement dures ou bien des exécutions sommaires… De même, une soixantaine de très jeunes adultes juifs trouveront la mort dans les fronts allemands en Europe.

Sans compter un convoi de déportés juifs, qui partira en avril 1943 en avion (étant donné que la mer est quadrillée par les Anglais), en direction des camps de Pologne et d’Autriche. De cette déportation, 17 personnes ne reviendront pas – en plus de déportés « individuels » parmi les résistants.

Face aux avancées des forces Alliées, les nazis déserteront les camps de travail en avril 1943, et fuiront la Tunisie en mai 1943. Peu après, les mesures antisémites seront abrogées.

Les six mois d’occupation allemande de la Tunisie ont été trop courts pour mettre en œuvre les véritables plans nazis : l’extermination de la minorité juive de Tunisie.

En effet, il existe des témoignages de cadres de la diplomatie nazie allant très clairement dans ce sens. Cependant, vu que la mer était sous contrôle allié, et que la déportation par « charters » n’était pas envisageable à l’époque, les SS avaient prévu de fusiller les personnes juives en Tunisie même.

Comme quoi l’antisémitisme nazi a une dimension totalement idéologique, jusqu’à aller chercher des personnes juives à génocider au-delà des mers. Voilà qui donne une idée de ce qui resterait des minorités juives dans le monde si les nazis n’avaient pas été écrasés à Stalingrad…