Archives de Hapoel

Shavua Tov – שבוע טוב

Le 27 janvier, jour de libération

Le 27 janvier 1945, vers 15h, un détachement de l’Armée Rouge arrive à Auschwitz-Birkenau. Les soldats soviétiques découvrent là 7000 survivantEs, mais aussi 600 cadavres jonchant le sol du camp.

Dix jours auparant, les nazis avaient devancé l’arrivée des libérateurs soviétiques, et avaient fait évacuer 60000 personnes pour les « marches de la mort ».

Au total, 1300000 personnes ont été déportées à Auschwitz, 1100000 n’en sont pas revenues, parmi lesquelles 960000 étaient juives.

Quand les soldats soviétiques sont arrivés à Auschwitz, ils ont été tellement horrifiés par la vision de ces prisonniers squelettiques, par la vision de ces enfants qui pleuraient mais qui n’avaient pas de larmes, qu’ils ont immédiatement appelé ce camp « l’usine de la mort ».

À propos de la libération d’Auschwitz, on peut trouver de nombreuses et importantes informations ici.

Auschwitz-Birkenau a été le plus grand camp d’extermination nazi, c’est le « symbole » d’une extermination très concrète, et nombreuses sont les personnes parmi nous qui y ont perdu de la famille…

Voilà pourquoi c’est un devoir de célébrer le 27 janvier : en tant que symbole de la libération.

C’est un hommage aux millions de personnes que les nazis ont voulu anéantir de la mémoire humaine.

De nombreuses publications d’Hapoel ont déjà été consacrées depuis trois ans à Auschwitz en particulier et aux camps de la mort en général. Ils offrent une vision synthétique de ce que signifie Auschwitz, de ce que signifie une extermination systématique :

- Pas de 27 janvier en Catalogne ;
- Les trois Auschwitz ;
- Ces gens n’avaient pas de larmes… ;
- 2 août 1944 : la liquidation des tziganes d’Auschwitz ;
- « Pour les animaux, la vie est un éternel Treblinka. » ;
- Le pillage à Auschwitz et le nihilisme de notre époque ;
- « Arbeit macht frei » et l’esclavage nazi ;
- La chanson « Nuit et brouillard » de Jean Ferrat, une triste ambiguïté tristement révélatrice ;
- Les camps de la mort, un défi à la civilisation ;
- The Auschwitz Album – Yad Vashem ;
- Pourquoi étudier la Shoah aujourd’hui ? ;
- Incendie à Majdanek : des milliers de mémoires anéanties.

Les juifs n’oublient pas ! Les juives n’oublient pas !
Il n’y aura pas de nouvel holocauste !

« Que ce lieu où les nazis ont assassiné un million et demi d’hommes, de femmes et d’enfants, en majorité des Juifs de divers pays d’Europe, soit à jamais pour l’humanité un cri de désespoir et un avertissement. »

Shavua Tov – שבוע טוב

Shavua Tov – שבוע טוב

Shanah Tovah – שנה טובה

Shavua Tov – שבוע טוב

Shavua Tov – שבוע טוב

Shavua Tov – שבוע טוב

Crise, guerre, fascisme : l’arbre préfère le calme, mais le vent continue de souffler

Il y a quelques années, lorsque l’Action Antifasciste s’est lancée, les gens et les groupes qui y étaient associés pouvaient encore passer pour des « catastrophistes », des « illuminés », voire pour des « mystiques millénaristes » aux yeux de l’extrême-gauche cartésienne franco-française. Aujourd’hui on peut faire les comptes, et constater qui avait vu juste.

Nous parlions de crise capitaliste, aujourd’hui toute la société ne parle plus que de cela. Nous parlions de guerre impérialiste, aujourd’hui on a la Côte-d’Ivoire, la Libye, et des tensions insoutenables au niveau européen et international.

Nous parlions de fascisme, aujourd’hui on a un Front National qui n’a jamais été aussi optimiste, tout un mouvement qui gravite autour, et le populisme « social et national » encerclant idéologiquement les masses.

Nous parlions d’antisémitisme, aujourd’hui les antisémites ne ratent plus une occasion pour s’exprimer – et être entendus – dès qu’il est question des « juifs » d’une manière ou d’une autre.

Nous parlions de décadence et de barbarie, aujourd’hui il n’est pas difficile de voir que la barbarie a explosé, que la décadence est devenue la règle dans la culture imposée par la bourgeoisie.

Voilà le tableau archi-sordide et archi-explosif de la société capitaliste aujourd’hui.

Et si les sionistes et l’extrême-gauche décriaient Hapoel et l’Action Antifasciste, impossible pourtant de ne pas voir de quel côté se trouvent l’économie politique, la clairvoyance, le sérieux – et la rage de vaincre et vivre.

Depuis des années, nous disons ce que chacunE pressent aujourd’hui comme inévitable : demain la crise en France sera générale et complète, et cela va mal tourner, très mal tourner.

Crise, guerre, fascisme : voilà la spirale infernale dans laquelle le capitalisme entraîne la société, l’humanité, mais également toute la vie sur cette planète.

À moins que… À moins que les masses populaires ne s’unissent dans le feu de leurs luttes, s’érigeant en un rempart tout-puissant contre lequel le fascisme viendrait se briser.

C’est cela aujourd’hui l’actualité principale : la construction du front populaire antifasciste, unissant l’ensemble du peuple contre le racisme, le sexisme, le saccage de la planète, le fascisme et la guerre impérialiste. Bref, contre la barbarie du capitalisme en crise.

Comment ? En devenant dès aujourd’hui unE activiste antifasciste, en menant l’agitation et la propagande antifascistes à partir de son vécu concret, car la culture devient une force matérielle dès lors qu’elle pénètre les masses.

C’est cela la politique, et c’est également le projet du fascisme, qui cherche tout autant à impulser la mobilisation générale de la société… dans une direction réactionnaire et barbare, cela va de soi.

En ce qui nous concerne, nous considérons que la forme de base de la mobilisation antifasciste à l’heure actuelle, c’est le groupe autonome antifasciste construisant l’union populaire à la base.

On ne saurait trop insister sur chacun des aspects de ce qu’est un groupe autonome antifasciste, en particulier sur ce que signifie être autonome dans la guerre de position que mène aujourd’hui le mouvement fasciste.

Un groupe autonome se forme sur une base affinitaire, il a un caractère immédiatement pratique puisqu’il se confronte au quotidien à la culture de son « milieu » – son quartier, sa boîte, sa communauté, etc.

C’est ainsi qu’un groupe autonome peut produire de la culture et des initiatives antifascistes : en synthétisant la vie quotidienne des masses parmi lesquelles il a vu le jour.

Il est ainsi un détachement avancé des masses populaires, qui unit ses efforts à ceux d’autres groupes autonomes, pour impulser la mobilisation antifasciste et entraîner les masses dans la bataille.

C’est cela le projet, difficile et demandant de l’abnégation, mais immense et enthousiasmant : le front populaire antifasciste, la lutte de classe contre la barbarie.

L’arbre préfère le calme, mais le vent continue de souffler, et demain il n’y aura pas le temps d’hésiter : lance-toi dans l’Action Antifasciste !

Face à la crise et à la barbarie du capitalisme, fonde ton groupe autonome antifasciste ! Deviens activiste !

Extrême-gauche : la révolution sera aussi judéo-arabe

[Document d'Hapoel datant de juillet 2009.]

Dans les années 1950-1960, beaucoup de personnes juives se sont engagées à l’extrême-gauche… Du côté trotskyste on trouve par exemple Daniel Gluckstein, Henri Weber, Alain Krivine, Daniel Bensaïd, Barta, Pierre Franck, Pierre Lambert, du côté anarchiste on a bien sûr Daniel Cohn-Bendit, du côté maoïste on a Robert Linhart, Alain Geismar, Benny Levy…

Les deux organisations les plus créatives et les plus actives, la Ligue Communiste Révolutionnaire et la Gauche Prolétarienne, ont compté dans leurs rangs beaucoup de personnes juives, au point même que cette composante juive doit être vraiment prise en compte pour comprendre l’histoire de ces organisations.

Il y a ainsi cette blague datant de la LCR des années 1970 : « Pourquoi ne parle-t-on pas yiddish au bureau politique de la Ligue communiste ? Parce que Bensaïd est séfarade ! »

Alors pourquoi en 2009 se retrouve-t-on avec une extrême-gauche française qui, dans sa très grande majorité, ne parle pas d’Ilan et considère l’antisémitisme comme quelque chose de finalement « tout à fait secondaire » ?

Une des raisons est simple : l’extrême-gauche de mai 1968 voulait la révolution. Aujourd’hui l’extrême-gauche française se contente d’un style de vie petit-bourgeois, sans grandes idées ni envie de tout renverser.

Pas étonnant que les masses restent à l’écart, y compris donc les masses juives, qui en raison de l’antisémitisme sont pourtant prêtes à aller de l’avant.

Mais l’extrême-gauche française, dans sa grande majorité, n’a pas de grande ambition. Alors, tant qu’à faire du légalisme, les intellectuels progressistes issus de la communauté juive s’enferment directement dans la social-démocratie, dans la gauche « raisonnable ».

Et les masses juives ont perdu tout rapport avec les intellectuels progressistes passés dans le camp de la révolution, qui ont en quelque sorte « oublié » d’où ils venaient.

Le même phénomène touche les personnes d’origine arabe : pourquoi iraient-elles faire confiance à une extrême-gauche qui se bat pour quelque chose d’idéaliste ? Sans compter que les personnes arabes ont un grand patrimoine culturel, qu’elles ne comptent pas abandonner dans un grand élan idéaliste.

Ainsi, le peuple souffre concrètement, les travailleurs souffrent concrètement, les minorités nationales souffrent concrètement, voilà pourquoi il n’y aura pas de révolution en France sans que les personnes juives et arabes se lancent dans la bataille : elles sont le témoin d’une juste ligne de masse.

Il n’y aura aucun progrès de la révolution en France sans que la lumière de l’amitié judéo-arabe ne brille comme lumière témoin de l’unité de tout le peuple balayant le vieux monde.

L’extrême-gauche ferait donc bien de tout faire pour abattre les projets fascistes visant à monter les personnes juives contre les personnes arabes et vice-versa. Il en va de la possibilité même de la révolution.

Et Hapoel est une contribution à cette bataille pour l’unité populaire, cette longue marche, cette longue quête…

‘Hatima Tova ! – ! חתימה טובה

David Bensamon, un fils du peuple assassiné par la prison

Déjà un an. Déjà un an que David Bensamon nous a quittés à l’âge de 30 ans, dans la nuit du 6 au 7 octobre 2010 à l’hôpital de Valence (Drôme). Quelques nuits auparavant, c’était dans l’ombre de la prison de Valence que s’était noué le drame.

À peine rentré en maison d’arrêt le 30 septembre, David avait été rejoint en détention par un codétenu de 20 ans, Sofien Ben Bouazza, en attente de comparution immédiate. Agité et violent, il a donc été « logiquement » placé avec David, réputé plus calme.

Mais à peine quelques nuits plus tard, David est retrouvé étranglé avec un drap. Privé d’oxygène pendant plus de 20 minutes, on imagine que le coma de David a été irréversible.

Avec sa famille à ses côtés pour ses derniers moments, David Bensamon s’est éteint il y a tout juste un an, en laissant derrière lui deux enfants, 8 et 10 ans, et une famille et inconsolable révoltée.

La tragédie de David et de la famille Bensamon est le cruel rappel d’une réalité trop souvent étouffée au sein de notre minorité, que ce soit à cause de la « honte » familiale qui entoure les « déviants », ou bien, pire, à cause du déni du vécu de la jeunesse prolétaire juive par la mentalité servile et hypocrite des « notables » juifs.

Pourtant, des juifs en prison il y en a, des jeunes et des moins jeunes. Certes, bien souvent pour des histoires tournant autour des poisons de la drogue, ou bien des violences sexistes – comme c’était le cas pour David Bensamon à Crest (Drôme), qui avait d’ailleurs déjà fait de la détention avant d’être finalement assassiné par la prison.

Assassiné par la prison, car dans la même maison d’arrêt de Valence, exactement le même scénario s’était déroulé deux ans auparavant : le jeune Jérémy Martinez, 19 ans, avait été tué par son codétenu Raphaël Loubières, lui aussi détenu dangereux en préventive.

Dans ces affaires, l’administration pénitentiaire est responsable : c’est la prison qui a tué Jérémy, c’est la prison qui a tué David. Car pour l’administration pénitentiare, miser sur la division entre prisonniers est un véritable mode de gestion de la surpopulation carcérale dans les maisons d’arrêt. L’administration pénitentiaire fait exprès de placer ensemble des détenus « incompatibles », pour casser toute solidarité et toute sociabilité.

Ce qui est certain, en tout cas, c’est qu’on n’entre pas en prison pour y être tué.

Mais voilà, la prison est une zone d’ombre, d’où rien ne doit filtrer pour l’État capitaliste. Et ceux qui propagent la mentalité de servilité et de déni sont complices du silence imposé par l’État, complices de l’omerta complète qui entoure la jeunesse prolétaire – juive ou non – pour qui l’ombre de la prison est un spectre quotidien. Et ce ne sont certainement pas les quelques rabbins qui prônent la soumission religieuse et la passivité en prison qui y changeront quelque chose.

La prison assassine les fils et les filles du peuple : justice pour David !
La justice méprise le peuple, sa dignité, ses résistances : honneur à la famille Bensamon !

Shavua Tov – שבוע טונ

Une bonne et douce année 5772 !

Ce soir une nouvelle année pointe le bout de son nez !

En effet nous célébrons dès ce soir Rosh HaShanah, littéralement la « tête de l’année », qui s’étend sur deux jours en « diaspora ». Nous entrerons donc dans la nouvelle année 5772 ce soir à 19h15 ; Rosh HaShana se terminera vendredi à 20h18, et on enchaînera immédiatement sur le Shabbat.

La coutume pour Rosh HaShanah est de consommer notamment des graines de grenade (qui seraient supposément au nombre de 613, comme les Mitzvot), des quartiers de pommes trempés dans le miel (à remplacer avantageusement par du sirop d’agave, de datte, voire d’érable), ou encore des poissons morts qu’il faut savoir refuser, même et surtout dans un contexte familial religieux. Sur le plan religieux justement, l’office de ce soir est l’occasion de sonner le Shoffar, une corne arrachée à un bélier, vestige de temps complètement dépassés aujourd’hui.

Hapoel tient aujourd’hui à souhaiter une bonne et douce année juive à toutes les personnes juives qui fêtent Rosh HaShanah.

Rappelons que la législation française du travail autorise à déposer un jour demain et après-demain. Et pour les personnes religieuses qui iront à la synagogue en cette période de fêtes, ou pour les personnes non religieuses qui y accompagneront de la famille, rappelons les trop classiques précautions d’usage : ne pas aller et venir seulE ; ne pas s’éterniser à la sortie ; prévenir de tout détail qui pourrait sembler suspect ; avoir l’esprit lucide et disponible, vigilant mais sans céder à la panique ; avoir l’esprit de responsabilité et d’initiative, etc.

Mais comme chaque année, il ne faut baisser ni la garde, ni les bras, et jurer fidélité à la vie !

Shanah Tova OuMetouka !

! שנה טובה ומתוקה

Une bonne et douce année !

Auschwitz & Stalingrad [octobre 2009]

Hapoel s’est fondé sur un constat simple : notre époque est celle de la crise générale du capitalisme.

Ainsi la crise capitaliste fait rage, ceux qui ont un travail souffrent, ceux qui n’en ont pas survivent difficilement, les femmes subissent une violence quotidienne, le racisme se répand et se revendique, les animaux sont exterminés et la planète est saccagée, la guerre règne sans discontinuer depuis 1945.

Ainsi l’antisémitisme s’affirme de manière de plus en plus décomplexée avec un caractère de plus en plus génocidaire : le capitalisme pourrit sur pied, la petite-bourgeoisie s’effondre, l’antisémitisme explose.

Et que voit-on ? Quelles sont les voies proposées à la minorité nationale juive ?

Les sionistes poussent au repli raciste et veulent imposer la fuite vers un ailleurs fantasmé. Les religieux croient se préserver de la politique et écartent les femmes. Les institutions juives enseignent la soumission à la bourgeoisie française et prônent la confiance en son État. Quant aux intellectuels juifs « de gauche », ils nient jusqu’à l’existence de l’antisémitisme.

Bref : l’arbre préfère le calme.

L’arbre préfère le calme, mais le vent continue de souffler !

Car la crise du capitalisme, et ce qu’elle charrie comme barbaries, constituent une tendance inéluctable. Et plus le capitalisme s’enfonce dans sa crise, plus il est féroce dans sa quête de profit : c’est la marche au fascisme et à la guerre impérialiste.

Il est donc temps d’assimiler l’enseignement de Mao Zedong : « Ou bien la révolution conjurera la guerre, ou bien c’est la guerre qui déclenchera la révolution. »

Sauf que pour les juifs, pour les juives, pour les minorités nationales, pas besoin de dessin pour comprendre ce que signifierait la guerre impérialiste…

Reste donc la révolution, reste donc le drapeau rouge.

L’alternative pour la minorité juive se pose ainsi en ces termes : socialisme ou barbarie.

Stalingrad ou Auschwitz.

Et l’existence même d’Hapoel relève d’une course contre la montre, car chaque jour qui passe sous le capitalisme est un jour qui nous rapproche d’Auschwitz.

Certains se moquent, demandent où sont aujourd’hui les parades nazies.

C’est là qu’on voit qui est né avec Auschwitz et Stalingrad gravés dans les tripes, et qui a vendu sa rage de vivre aux dominants et aux racistes.

Car quand la bourgeoisie basculera entièrement derrière la dictature des monopoles, quand la marche au fascisme et à la guerre s’accélerera, il sera déjà trop tard pour construire le rempart antifasciste des masses.

Et il sera déjà trop tard pour nos familles…

En ce sens, Hapoel est peut-être une proposition encore trop en avance, afin d’espérer conjurer Auschwitz. En avance oui, mais pas éternellement…

Voilà pourquoi Hapoel affirme comme unique perspective pour les masses populaires juives : s’organiser pour vaincre, vaincre pour vivre !

Juif ! Juive ! Rejoins l’Action Antifasciste !
Car si ce n’est toi, qui ? Si ce n’est maintenant, quand ?
Et si ce n’est Stalingrad, quoi ?

HaPoel HaAntifashisti, octobre 2009.

Shavua Tov – שבוע טונ

L’école juive, au cœur de ce qu’est une minorité nationale

Si Hapoel existe sous cette forme, c’est-à-dire comme proposition antifasciste juive, c’est parce que dès le départ nous avons considéré que la minorité juive de France avait une structure de minorité nationale.

C’est-à-dire que, dans la perspective antifasciste des personnes qui ont lancé Hapoel à l’époque, une analyse concrète avait été faite : il existe une minorité nationale juive, donc si l’on veut s’adresser aux masses populaires juives, il faut une proposition adaptée aux réalités d’une minorité nationale – même, voire surtout, s’il s’agit de dépasser cela dans l’union métissée et universaliste contre le fascisme.

Normalement l’existence d’une minorité nationale juive ne fait pas de doute, et cela ne sert pas à grand-chose de s’étendre là-dessus. Pourtant c’est une réalité souvent mal comprise, réduite à un caractère culturel, voire carrément religieux… De plus, si l’on veut un mouvement antifasciste juif aux bases solides, il faut connaître les piliers de cette structure de minorité nationale, pour les critiquer et les dépasser.

Prenons donc un exemple de ce qu’est cette structure de minorité nationale, qui est à nos yeux l’un des plus frappants : les écoles juives.

Ce jeudi matin, des dizaines de milliers d’enfants juifs et juives ont effectué leur rentrée scolaire dans un établissement juif, de la maternelle au lycée en passant par l’école primaire – voire jusqu’à bac+2. Comme chaque année, cette rentrée a lieu un peu avant celle de l’école publique, pour compenser les journées banalisées liées aux fêtes (Rosh Hashanah, Kippour, etc.).

Les chiffres des institutions juives estiment qu’environ un tiers des enfants de la communauté sont scolariséEs dans leurs établissement (certainement encore plus dans la région parisienne), et que la moitié de la jeunesse est déjà passée par l’école juive à un moment de sa scolarité. Et avec la flambée d’antisémitisme des années 2000, c’est toute une génération pour qui l’école juive a été une actualité, d’une manière ou d’une autre.

C’est dire à quel point cette réalité est massive et à quel point elle cimente la minorité juive pour en faire une minorité nationale. Mais aussi à quel point elle est sous-estimée – si ce n’est niée – par toutes les organisations de la gauche. Pourtant, une réalité aussi massive et quotidienne mériterait d’être étudiée de manière précise et concrète.

Quelle est l’histoire de l’école juive en France ? Quel est le vécu des enfants dans les écoles juives ? Quelle différence dans le vécu entre les filles et les garçons ? Entre une école à Paris dans le 19ème, dans le 13ème, à Boulogne, en banlieue, en « province » comme à Marseille ou Strasbourg ? Pourquoi et comment les parents ont choisi l’école juive ? Quel est le vécu du personnel non enseignant ?

Quels sont les différents courants « concurrents » parmi les écoles ? Comment ceux-ci sont chapeautés et organisés par les institutions juives ? Comment les écoles sont-elles financées, et suivant quelles politiques de l’État et des « collectivités territoriales » ? Comment s’organise concrètement l’encadrement de la jeunesse juive dans les écoles ?

Comme on le voit il y aurait énormément à dire sur l’école juive, mais chaque sujet particulier mériterait des pages à lui tout seul. Une structure comme Hapoel doit nécessairement développer des positions sur ces sujets, pour espérer pouvoir mobiliser les premierEs concernéEs.

Quoi qu’il en soit, s’il s’agit de retenir une chose, c’est que le développement de l’école juive s’est fait complètement sous l’impulsion et sous le contrôle des institutions juives (en particulier le FSJU), en alliance avec l’État français et ses échelons – mais aussi avec la Sokhnout (l’Agence Juive).

Qu’est-ce que nous voulons dire par là ? Quand on regarde l’évolution des effectifs de l’école juive, on voit qu’il y a eu un développement énorme dans les années 1970 – 1980, puis de nouveau à partir du début des années 2000. Ce que nous prétendons, c’est que l’aspect principal de ce développement n’est pas « la demande » – même si bien entendu cela correspond à une partie de la réalité.

Quand on veut critiquer et transformer l’état actuel des choses, il faut partir du principe inverse : l’aspect principal, c’est que le développement de l’école juive est pour ainsi dire un choix des classes dominantes de la société, un choix venant d’en haut.

Bourgeoisie juive organisée dans ses institutions, État français qui « gère » la minorité juive, mais aussi les institutions de l’État sioniste ayant un besoin vital de la « diaspora » comme oxygène : ce sont ces forces là qui ont impulsé l’école juive, et qui en ont fait une actualité pour la minorité juive.

C’est de ce point de vue qu’il faut partir, sinon on se laisse aveugler par des conceptions à proprement parler libérales, comme quoi les dominants ne font que répondre par une « offre » à la « demande » des masses juives. Il faut considérer à l’inverse que la « spontanéité » n’existe pas… surtout dans une minorité aussi quadrillée que la nôtre par les institutionnels et para-institutionnels.

Une telle erreur désarme forcément toute aspiration révolutionnaire, d’une manière ou d’une autre, en refusant de considérer que la jeunesse populaire juive exige la rébellion. Si l’on ne saisit pas cela, on ne peut voir que l’école juive est aussi une forme d’enfermement pour nos jeunes, et que la pression exercée par « l’autorité parentale » revêt une forme particulière, spécifique aux minorités nationales, qui est donc à critiquer de manière particulière.

Voilà le fil rouge : si on veut un antifascisme concret, il faut partir de la réalité concrète, et la critiquer concrètement. Autrement dit : la minorité juive a une structure de minorité nationale, l’école juive est un de ses principaux piliers, et il y a une politique antifasciste à mener en direction de la jeunesse des écoles juives. Voilà ce qui doit être notre point de départ.

Shavua Tov – שבוע טוב

Shavua Tov – שבוע טוב

Shavua Tov – שבוע טוב

Shavua Tov – שבוע טוב

Shavua Tov – שבוע טוב

Hapoel ciblé par la famille Renault : défendre la mémoire et la vérité historique !

Voilà une semaine que le site Hapoel est inaccessible, mais pas pour des raisons techniques. En réalité, Hapoel a été fermé par son hébergeur internet, sur demande de la famille Renault.

Pourquoi ? Parce que cette famille veut réhabiliter la mémoire du collabo Louis Renault, fondateur du groupe industriel du même nom.

Le 9 mai dernier, les petits-enfants de Louis Renault ont ainsi porté plainte contre l’État pour contester et obtenir réparation du décret de nationalisation de la régie Renault au lendemain de la guerre, décret se basant sur la production massive de véhicules Renault pour la France de Vichy et l’armée allemande.

Quelques jours après cette plainte de la famille Renault, Hapoel a diffusé un article de la presse révolutionnaire intitulé « Putréfaction fasciste à l’époque de la crise générale : les cas de John Demjanjuk et de l’action en justice des petits-enfants de Louis Renault ».

Cet article expliquait assez précisément le contexte dans lequel s’effectuait cette plainte : frictions et tractations entre les grandes composantes de la bourgeoisie en France (industrielle contre financière, principalement), et ambiance générale de progression du nationalisme et du fascisme dans la société française.

Seulement voilà, on est en France, et pas question de toucher au capitalisme industriel familial tel qu’on le connaît depuis le 19ème siècle et le début du 20ème – et qui encore aujourd’hui constitue la moitié des 250 plus grandes boîtes françaises.

Pas touche à ce bon vieux capitalisme familial français, fondé sur ces inventeurs et ingénieurs magnifiés par Sarkozy, qui auraient donné leur vie – ou celle de leurs ouvriers – pour leurs usines, qui ont fondé de véritables dynasties capitalistes… et qui ont massivement pris parti pour Pétain, Vichy et la Collaboration. Le Comité des Forges, L’Oréal, Renault : les exemples ne manquent pas.

Mais aujourd’hui le vent tourne à nouveau pour la bourgeoisie traditionnelle française, et finalement cela arrange pas mal de monde de passer sous silence la collaboration industrielle avec l’Allemagne nazie : il y a ici un terrain d’entente possible, peut-être le dernier, entre industriels en perte de vitesse et financiers offensifs – qui eux mènent campagne exactement en même temps pour réhabiliter leur Céline.

C’est dans ce contexte qu’il faut comprendre la procédure de la famille Renault contre l’État français, au nom des « principes fondamentaux du droit de la propriété »… Et c’est cette réalité sociale spécifiquement française qu’il ne faudrait surtout pas mettre en lumière.

Les descendants de Louis Renault se sont plaints d’allégations diffamatoires auprès de l’hébergeur d’Hapoel en invoquant la Loi pour la Confiance dans l’Économie Numérique (LCEN). L’hébergeur a donc fermé le site.

De son côté, Hapoel a « accepté » de retirer les passages incriminés dans le courrier adressé par la famille Renault à notre hébergeur. Ces gens ont les moyens de se payer des procédures judiciaires et des avocats connus – en l’occurrence l’avocat « de gauche » Thierry Lévy.

Thierry Lévy est depuis longtemps ce que la presse appelle complaisamment un « ténor du barreau ». En 2008 il a publié un livre, sous le titre « Lévy oblige », où il exprimait son exaspération d’être individuellement assimilé à la minorité juive, quoi qu’il dise et quoi qu’il fasse, du simple fait de son nom de famille.

Pourtant, si Thierry Lévy en a assez d’être en permanence renvoyé à ses origines, est-ce qu’il ne lui est pas apparu que la famille Renault était peut-être intéressée à avoir un avocat d’origine spécifiquement juive ? Pour pouvoir réhabiliter la mémoire de Louis Renault, tout en pouvant s’en défendre si besoin, peut-être fallait-il quelqu’un dans le rôle de « l’avocat juif » ?

Voilà en tout cas la situation de manière schématique : l’avocat Thierry Lévy défend la famille Renault, qui défend la mémoire de l’industriel Louis Renault.

Louis Renault, qui lui même appelait son concurrent André Citroën « le petit juif », qui a contribué à la guerre nazie en produisant des véhicules et en réparant des chars Renault, qui avait pour neveu le secrétaire d’État à la production industrielle de Vichy, et qui d’ailleurs allait dans les salons automobiles d’Allemagne avant même la guerre (la photo ci-dessus de Louis Renault avec Hitler et Göring date de… février 1939).

Il y a donc actuellement une campagne pour réhabiliter la mémoire d’un collabo, mais il ne faudrait pas en parler car ce serait de la « diffamation » ?

On peut comprendre que la famille Renault se sente lésée par la nationalisation de la régie, alors que la collaboration battait son plein au sein de la bourgeoisie industrielle française et qu’aucune épuration véritable n’a été menée par les gaullistes. On peut comprendre qu’il y là un « manque à gagner » qui ferait rager n’importe quel capitaliste.

Pourtant quand on comprend ce que représente Renault avant, pendant et après la guerre, on préfère mille fois rendre hommage aux ouvriers de Renault qui ont mené la lutte pour le Front Populaire, la Résistance et la grève politique de 1968 – à Boulogne-Billancourt, Flins et ailleurs.

On préfère rendre hommage aux ouvriers de Renault qui ont résisté au nazisme dans les usines et qui ont été fusillés au Mont Valérien. Rendre hommage à Gilles Tautin, lycéen maoïste, mort noyé à Flins en juin 1968. Rendre hommage à Pierre Overney, ouvrier maoïste, licencié de Renault puis assassiné par un vigile à Billancourt en février 1972.

Contre les magouilles révisionnistes au sommet de la société, défendre la mémoire et la vérité historique ! Il en va de la justice et de la dignité, il en va de la mémoire populaire et de l’antifascisme !

Shavua Tov – שבוע טוב

Plateforme politique de l’Alliance Communiste Révolutionnaire / Maavak (septembre 1970)

Dans les années 1960 et 1970, il a existé une extrême-gauche en Israel, qui avait réussi à trouver quelques échos dans les masses populaires. Cette extrême-gauche regroupait aussi bien des juifs que des arabes habitant en Israel, et entretenait des relations avec les organisations révolutionnaires arabes palestiniennes.

L’organisation la plus connue est Matzpen (= boussole), qui est en fait le nom du journal de l’Organisation Socialiste Israelienne. Cette organisation est issue dans les années 1960 d’un groupe d’exclus du Maki, le Parti Communiste Israelien. C’est de cette organisation, particulièrement sujette à la répression, que sont sortis plusieurs autres groupes d’extrême-gauche.

Ces groupes avaient des idéologies différentes, et il faut remarquer ici l’influence de l’extrême-gauche française (prestigieuse à l’époque) sur les débats idéologiques dans l’extrême-gauche judéo-arabe d’Israel. Ainsi il y a eu en Israel des gens se revendiquant « pablistes » ou « lambertistes » comme en France, mais aussi… des maoïstes, très marqués par le style de travail de la Gauche Prolétarienne en France.

Ce courant se revendiquant maoïste est sorti de Matzpen avec Septembre Noir, c’est-à-dire avec la répression en septembre 1970 du mouvement palestinien par le royaume de Jordanie, avec en arrière-plan les intérêts américains.

Ainsi en septembre 1970, l’Alliance Communiste Révolutionnaire (HaBrit HaKomunistit HaMahapakhnit) a fait scission et a publié le premier numéro de son organe de presse, Maavak (= lutte), organe de presse trimestriel paraissant en deux versions : en hébreu et en arabe.

Hapoel a traduit ici sa plateforme politique, rédigée à la fin septembre 1970, et parue dans le premier numéro de Maavak en octobre. La traduction est faite de manière très littérale à partir de la version anglaise, avec la version en hébreu pour contrôler.

Au-delà du contenu très clair de cette plateforme, il faut comprendre pourquoi Hapoel publie cette archive : pour rappeler que quand on est juif, juive, il existe un chemin pour la contestation, pour la révolte.

Une démarche organisée est possible, l’engagement révolutionnaire est possible, pas seulement de manière théorique, mais pour s’engager concrètement sur le long terme et en finir véritablement avec l’exploitation, l’oppression, le racisme, le sexisme, la destruction de la planète. Pour réaliser la libération totale.

Plateforme politique de l’Alliance Communiste Révolutionnaire

1. Notre position est basée sur le Marxisme-Léninisme et sur l’internationalisme prolétarien. Cette attitude n’est pas seulement une question d’éthique et de conscience révolutionnaires, elle est aussi une condition pour la victoire de la révolution socialiste, même dans le cadre national ou régional le plus limité. Cette attitude est construite sur :

2. La vision de la Révolution d’Octobre comme point de départ de la révolution mondiale.

3. La vision de la Révolution Chinoise comme la continuation directe d’Octobre et un pas important vers la révolution mondiale.

4. L’identification avec le peuple vietnamien, le peuple cubain, le peuple palestinien et touts les peuples dont la résistance héroïque à l’Impérialisme ne mène pas seulement à la voie révolutionnaire et à participer à la lutte de classe internationale, mais constitue aussi une précieuse source de leçons pour les révolutionnaires de partout.

5. La solidarité avec les masses opprimées de partout contre leurs maîtres, qu’ils soient féodaux, bourgeois ou bureaucratiques ; qu’ils soient nationaux ou étrangers ; que leur ordre soit imposée au nom de Dieu, de la Nation, de la Liberté, ou même de leur propre conception du « socialisme ». La solidarité avec les masses de travailleurs exploités de partout dans leur lutte contre le Capitalisme.

6. L’identification active avec les révolutionnaires de partout, ce qui signifie de tendre à unir ses forces sur une base démocratique avec tous les éléments combattant maintenant pour les mêmes objectifs ; l’Union des forces à une échelle régionale et l’intégration de la lutte nationale ou régionale à une stratégie globale, afin d’isoler l’Impérialisme et de constituer un Front révolutionnaire mondial.

7. Le soutien au prolétariat et à la jeunesse révolutionnaire des pays Impérialistes dans leurs luttes contre le capitalisme, le racisme et l’impérialisme ainsi que contre le révisionnisme, le réformisme et les forces de classe collaborationnistes.

8. La participation au débat international du mouvement révolutionnaire, comme contribution à lutte pour la démocratie socialiste mondiale.

 

9. Armés de cette attitude internationaliste, nous, révolutionnaires juifs et arabes, résidant dans l’État d’Israel, voyons en la puissance sioniste – qui assure la continuation de l’ordre social existant dans le domaine politique de notre action – notre principal ennemi tactique.

10. L’entreprise sioniste est partiellement implantée hors de cette région. Si bien qu’une partie de la lutte contre celui-ci est de la responsabilité des révolutionnaires qui travaillent dans ces pays où le sionisme a ses racines.

11. L’État d’Israel en croissance et en expansion – toutes ses institutions politiques, militaires et syndicales – est l’expression de la réalisation sioniste.

12. L’État sioniste d’Israel est le résultat d’un processus colonisateur accompli avec l’aide de l’impérialisme mondial, et aux dépens du peuple arabe. Ce processus – accompli à l’aide de lois racistes justifiant la confiscation de terre, l’immigration juive organisée suivant la « Loi du Retour » et l’implantation juive aux dépens des résidents palestiniens – détermine le caractère colonial de l’existence même de l’État sioniste. C’est-à-dire qu’Israel n’est pas une société dans laquelle les contradictions internes de classe constituent la base pour une révolution socialiste israelienne indépendante, autonome par rapport au processus révolutionnaire de toute la région.

13. La société israelienne, malgré son caractère colonial, et l’artificialité de son économie subventionnée, est une société de classe, intégrée dans le marché capitaliste mondial, et dans laquelle de larges couches de travailleurs souffrent comme dans toute société capitaliste de l’exploitation et de l’oppression sociale. C’est cette contradiction sociale qui constitue le terrain potentiel pour le détachement de ces couches de l’entreprise sioniste pro-impérialiste.

14. Le principal obstacle pour cette désolidarisation consiste en la puissance idéologique du sionisme, qui se présente aux yeux des masses juives, en Israel aussi bien qu’à l’étranger, comme l’unique alternative à la persécution éternelle et au génocide. Nous devons nous souvenir que c’est l’idéologie sioniste, en tant que telle, qui a canalisé le désespoir politique de la petite-bourgeoisie juive, appauvrie et persécutée par la réaction antisémite, et qui l’a transformé en énergie colonisatrice, servant objectivement les intérêts de l’impérialisme occidental.

15. Sans qu’une partie de la population juive ne se détache de l’idéologie sioniste, les contradictions sociales ne joueront pas leur rôle historique, et l’implantation israelienne restera une force intégrée, constituant une puissante armée contre le mouvement de libération arabe et la révolution socialiste.

16. Cette déconnexion ne peut se produire seulement à travers le développement de trois processus, indissociables les uns des autres :
     A. La disparition progressive de la supériorité militaire israelienne.
     B. L’aggravation de la crise économique interne en Israel.
    C. L’émergence d’une alternative internationaliste dans le mouvement de libération palestinien et dans le mouvement révolutionnaire arabe, parallèlement à la pénétration de l’idéologie anti-impérialiste parmi les masses de travailleurs juifs en Israel.

17. Afin d’accomplir cet objectif, il est de la toute première importance de combattre les attitudes et politiques chauvines qui continuent d’exister dans le mouvement de libération arabe ; des politiques qui ne voient pas l’existence d’une entité nationale juive en Palestine – Eretz Israel, ni la question politique découlant de l’existence de cette minorité nationale et de ses droits. Seule une claire reconnaissance de ces droits politiques peut créer la base objective et subjective pour que les masses exploitées d’Israel soient capables de rejoindre la lutte révolutionnaire commune.

18. Le peuple arabe palestinien a été depuis plusieurs décennies la victime principale de l’alliance objective entre le sionisme et la réaction arabe. Son agitation politique après la guerre de 1967 constitue l’un des signes les plus importants et les plus sains du changement révolutionnaire et de la destruction de l’ordre social existant dans cette région.

19. De par sa situation historique, le mouvement palestinien se tient en première ligne de la lutte, non seulement contre le sionisme et la réaction arabe pro-impérialiste, mais également contre la force et l’idéologie de la petite-bourgeoisie, qui prétend faire passer son réformisme nationaliste pour du socialisme.

20. La question palestinienne ne peut seulement être résolue dans le cadre de la révolution socialiste, qui ne peut se produire sans l’union – sur une base internationaliste – de toutes les forces révolutionnaires de la région.

21. La Palestine – Eretz Israel est un territoire dont le caractère est binational ; l’actuelle concentration territoriale de la population juive n’est qu’une fonction du rapport de force, qui assure la permanence de l’expulsion de la population arabe de sa terre. La séparation territoriale entre les deux peuples sur la base du rapport de force sioniste contredit le principe démocratique selon lequel tout citoyen, indépendamment de sa nationalité, peut vivre et travailler là où il le choisit.

22. Ces affirmations suggèrent une conclusion claire et unique : la seule alternative à la guerre nationale, la guerre entre les peuples, est la lutte révolutionnaire commune aux Arabes et aux Juifs.

23. Le sionisme et la question israelienne ne sont ni le seul moteur, ni le seul obstacle à la Révolution dans le monde arabe. Au contraire, la question palestinienne ainsi que le sionisme sont des manifestations de la domination Impérialiste sur une région de la première importance économique et stratégique. Cette région est encore prisonnière de cadres idéologiques et politiques qui garantissent la continuation de l’ordre Impérialiste. Non seulement la bourgeoisie locale, organiquement liée à l’impérialisme, mais aussi la petite-bourgeoisie « progressiste », ont démontré leur incapacité totale à diriger le mouvement de libération des peuples arabes. Cet échec de la révolution nationale-démocratique au Proche-Orient constitue la base objective pour la radicalisation révolutionnaire du mouvement national arabe, tandis que le développement du prolétariat dans les pays arabes est en train de créer le sujet qui est appelé à diriger ce processus.

24. Sur la base des lignes générales de cette analyse, nous croyons possible et nécessaire d’établir le pouvoir populaire révolutionnaire – une alliance des paysans, des ouvriers et des intellectuels sous direction prolétarienne – dans l’Est Arabe.

25. L’Est Arabe ne constitue pas une unité géopolitique complète et définie. Cette région est liée, historiquement, à l’Ouest Arabe (le Maghreb : l’Afrique du Nord) ainsi qu’aux processus sociaux englobant les parties non arabes de l’Asie de l’Ouest. Si bien que l’union socialiste de l’Est Arabe, avec ses minorités libres, ne peut être autre chose qu’une zone libérée.

26. Nous sommes conscients de la contradiction entre la nécessité d’organiser la lutte révolutionnaire sur la base du centralisme le plus rigoureux et l’aspiration démocratique à la décentralisation et à l’autogestion de la société par les citoyens eux-mêmes en tout endroit ; mais nous voyons cette contradiction comme dialectique, et non antagoniste.

27. Il ne peut y avoir de victoire du socialisme sans la construction d’un parti révolutionnaire de toute la région, qui dirigera les masses de la région entière à la conquête du pouvoir.

28. Cela est l’objectif momentané : contribuer à la construction d’un parti commun, à travers la lutte révolutionnaire – qui détermine la forme de l’organisation à cette étape. Nous ne sommes pas encore organiquement liés aux larges masses sans lesquelles il ne peut y avoir aucune action politique significative.

29. Nous voyons comme une nécessité immédiate la formation d’un front révolutionnaire en Israel, qui sera ouvert à quiconque sera en accord avec les principes et objectifs formulés dans cette plateforme, et à quiconque acceptera sa discipline, en accord avec le principe de centralisme démocratique.

30. L’objectif du Front à long terme doit être de préparer, organiser et diriger – par tous les moyens qu’il considérera comme nécessaires – la guerre contre le régime sioniste dans un esprit d’internationalisme prolétarien ; en même temps que l’objectif final de la lutte est l’établissement du Pouvoir révolutionnaire du Peuple dans l’Est Arabe, comme zone libérée et comme bastion de la révolution socialiste mondiale.

31. L’objectif du Front à cette étape est de coordonner les énergies révolutionnaires existant dans le champ de notre action, jusqu’à ce que les conditions soient créées pour la transformation du Front en Parti. Ces conditions sont principalement :
     A. Un programme politique incluant une analyse théorique des dynamiques sociales au Proche-Orient, et accepté par la majorité des membres du Front.
     B. Une stratégie politique enracinée dans les luttes objectives des couches sociales exploitées, et l’engagement actif du Front dans ces luttes.

Le 29 septembre 1970.

Shavua Tov – שבוע טוב

La révolution sera aussi juive et arabe [document de juillet 2009]

Dans les années 1950-1960, beaucoup de personnes juives se sont engagées à l’extrême-gauche… Du côté trotskyste on trouve par exemple Daniel Gluckstein, Henri Weber, Alain Krivine, Daniel Bensaïd, Barta, Pierre Franck, Pierre Lambert, du côté anarchiste on a bien sûr Daniel Cohn-Bendit, du côté maoïste on a Robert Linhart, Alain Geismar, Benny Levy…

Les deux organisations les plus créatives et les plus actives, la Ligue Communiste Révolutionnaire et la Gauche Prolétarienne, ont compté dans leurs rangs beaucoup de personnes juives, au point même que cette composante juive doit être vraiment prise en compte pour comprendre l’histoire de ces organisations.

Il y a ainsi cette blague datant de la LCR des années 1970 : « Pourquoi ne parle-t-on pas yiddish au bureau politique de la Ligue communiste ? Parce que Bensaïd est séfarade ! »

Alors pourquoi en 2009 [au moment du verdict dans le premier procès pour Ilan Halimi] se retrouve-t-on avec une extrême-gauche française qui, dans sa très grande majorité, ne parle pas d’Ilan et considère l’antisémitisme comme quelque chose de finalement « tout à fait secondaire » ?

Une des raisons est simple : l’extrême-gauche de mai 1968 voulait la révolution. Aujourd’hui l’extrême-gauche française se contente d’un style de vie petit-bourgeois, sans grandes idées ni envie de tout renverser.

Pas étonnant que les masses restent à l’écart, y compris donc les masses juives, qui en raison de l’antisémitisme sont pourtant prêtes à aller de l’avant.

Mais l’extrême-gauche française, dans sa grande majorité, n’a pas de grande ambition. Alors, tant qu’à faire du légalisme, les intellectuels progressistes issus de la communauté juive s’enferment directement dans la social-démocratie, dans la gauche « raisonnable ».

Et les masses juives ont perdu tout rapport avec les intellectuels progressistes passés dans le camp de la révolution, qui ont en quelque sorte « oublié » d’où ils venaient.

Le même phénomène touche les personnes d’origine arabe : pourquoi iraient-elles faire confiance à une extrême-gauche qui se bat pour quelque chose d’idéaliste ? Sans compter que les personnes arabes ont un grand patrimoine culturel, qu’elles ne comptent pas abandonner dans un grand élan idéaliste.

Ainsi, le peuple souffre concrètement, les travailleurs souffrent concrètement, les minorités nationales souffrent concrètement, voilà pourquoi il n’y aura pas de révolution en France sans que les personnes juives et arabes se lancent dans la bataille : elles sont le témoin d’une juste ligne de masse.

Il n’y aura aucun progrès de la révolution en France sans que la lumière de l’amitié judéo-arabe ne brille comme lumière témoin de l’unité de tout le peuple balayant le vieux monde.

L’extrême-gauche ferait donc bien de tout faire pour abattre les projets fascistes visant à monter les personnes juives contre les personnes arabes et vice-versa. Il en va de la possibilité même de la révolution.

Et Hapoel est une contribution à cette bataille pour l’unité populaire, cette longue marche, cette longue quête…

Shavua Tov – שבוע טוב

Shavua Tov – שבוע טוב

Juif ! Juive ! Le racisme déforme ta vie ! [document de juin 2010]

En France l’antisémitisme est une réalité quotidienne, tellement banale qu’elle en devient omniprésente, écrasante, suffoquante.

Pour tout dire, c’est une réalité bien plus acceptée et intériorisée qu’on ne veut bien l’avouer.

L’antisémitisme traverse le vécu des masses populaires juives, tantôt de manière franche et massive, tantôt de manière imperceptible et plus difficile à interpréter.

En vérité, le racisme « déforme » la vie des masses populaires juives.

Parfois niés ou passés sous silence, parfois oubliés tellement ils crèvent les yeux, d’innombrables aspects de la vie quotidienne sont trop souvent incompris pour ce qu’ils sont, tant la schizophrénie est généralisée face à l’oppression.

Pourtant tous les exemples suivants sont des expressions plus ou moins directes de l’ambiance antisémite qui se développe. Des expressions qui nous empoisonnent la vie.

✡ Ainsi pour les hommes qui pratiquent un minimum, la très classique casquette a depuis bien longtemps remplacé la kippa, notamment à Shabbat.

✡ Quand par exemple un religieux monte dans le métro, la « gêne » est parfois palpable ; pareil quand on s’affirme juif ou juive et que la personne en face ne s’y attendait pas. C’est là qu’on s’aperçoit que l’antisémitisme français est un antisémitisme hypocrite.

✡ Alors qu’on a passé sa scolarité dans le public, on voit de plus en plus nos petits frères et petites sœurs, nos jeunes cousins et cousines, être massivement inscrits dans les écoles juives. Même dans les familles où la religion n’est pas la priorité.

✡ Quand on est un jeune père ou une jeune mère d’origine juive dans une famille populaire, quand on voit tous ses horizons bouchés dans un quartier déprimant, il est déjà terrible de ne pas savoir ce qui attend ses enfants… mais il est encore plus terrible de le savoir !

Voilà pourquoi dans certains quartiers populaires, les familles qui le peuvent s’endettent et se ruinent pour aller vivre ailleurs. Car en plus de la galère permanente dans la jungle de béton, elles ne supportent plus l’angoisse pour leurs enfants chaque matin et chaque soir.

✡ Plus insidieusement, beaucoup de personnes se contorsionnent pour éviter certaines conversations. Au sein du peuple c’est la franchise qui prévaut, mais cela peut vite devenir exaspérant face à des petits-bourgeois qui se croient très malins avec leurs sous-entendus antisémites.

✡ Dans le même registre, les blagues racistes au sein du peuple sont usantes, même quand elles viennent d’amiEs sur un mode ironique. Les juifs ont de l’autodérision, certes, mais parfois on aimerait juste être tranquille.

✡ Summum de la négation de soi, parfois on évite même de donner son nom à n’importe qui quand il sonne trop juif, voire son prénom quand il sonne trop israelien.

✡ Quand les jeunes reviennent de l’école, par exemple, le premier réflexe dans certains quartiers est de rentrer en groupe, au moins jusqu’au bus, au métro, etc. C’est une évidence pour beaucoup, mais cela a des implications plus profondes.

Car quand on est jeune, on aimerait parfois pouvoir se retrouver seulE avec unE amiE. Mais dans une groupe d’adolescentEs (et la mentalité qui va souvent avec), l’individualité se trouve étouffée, et on doit faire des compromis par rapport aux sentiments.

✡ De même, combien d’histoires d’amour n’ont pas pu prendre la dimension qu’elles méritaient, à cause du racisme ?

On se disait que c’était « le bon » ou « la bonne », mais quand cela a commencé à être sérieux, ses parents ou les nôtres ont fait comprendre – franchement ou hypocritement – que cela n’allait pas être possible…

Ou encore pire : au moment où l’on s’y attendait le moins, on a eu droit à une remarque, à un préjugé antisémite de la part de celui ou celle qu’on aime, et cela a brisé la confiance et le sentiment de « sécurité ».

✡ Parfois face à l’antisémitisme, la haine de soi l’emporte… et pas seulement chez l’UJFP ! Ainsi énormément de juifs racistes d’extrême-droite se heurtent à une réalité qu’ils ne peuvent nier : ce sont des juifs-arabes… et disons que cela se voit !

Le racisme anti-arabe est donc en partie une haine de soi ! Et cette schizophrénie due à l’antisémitisme amène tout droit dans les bras de l’extrême-droite franco-française… qui est tout autant antisémite.

Bref, cette liste pourrait être sans fin, au point que beaucoup d’entre nous arrivent à la conclusion qu’ils ou elles n’ont plus leur place en France : tragique constat.

Ce que l’on voit sur ces quelques exemples, c’est que le racisme « déforme » les relations humaines dans ce qu’elles ont de plus profond.

Et les sionistes peuvent alors bien nier les aspects qui ne correspondent pas à leurs fantasmes de l’homme juif fort et fier !

Seulement voilà, même face au racisme les hommes et les femmes ne sont pas à égalité…

Cela, c’est une réalité très simple : les femmes prolétaires juives vivent bien souvent dans un grand isolement, ou au contraire elles n’ont aucun moment à elles, en tant qu’individualités.

En effet les hommes s’interposent entre les femmes et la vie sociale comme des ombres, et donc l’expérience du racisme n’est pas vécue de la même manière.

L’isolement en tant que femmes laisse alors la place à l’isolement en tant que victimes de l’antisémitisme quotidien, et la vie est trop souvent dominée par l’angoisse, l’impuissance, la honte de soi.

Tant d’aspects que les sionistes ne voient pas, ne veulent pas voir !

Et quand parfois ils en perçoivent l’écho, ils détournent la question en « protection » des femmes, des filles, des sœurs… qui se transforme bien vite en quasi chantage.

Car dans la logique des identitaires sionistes et dans leurs fantasmes de « guerriers », la sensibilité n’existe pas.

Les femmes juives doivent impérativement vivre au sein la communauté voire au sein de la famille, et renoncer à leur soif de tout connaître pour espérer être « protégées » plus facilement.

L’antisémitisme déforme la vie des masses populaires juives… mais pour les femmes prolétaires juives, cela prend une dimension monstrueuse !

Une autre réalité que les sionistes ne veulent pas et ne peuvent pas voir : le vécu face au racisme n’est pas le même en province que sur Paris.

En région parisienne il existe des quartiers où se concentrent les familles juives ou la « vie juive », ce qui d’ailleurs donne un sens à l’autodéfense juive.

Mais en dehors de Paris, non cela ne passe pas toujours ainsi. Et le sentiment de protection « communautaire » est remplacé par une attitude plus « profil bas », en fonction de la situation locale.

Là encore, c’est un aspect bien réel, mais que les sionistes ne veulent pas voir.

Il n’y aura pas en France d’autodéfense juive à la hauteur tant qu’on n’aura pas affirmé que l’antisémitisme est une réalité bien plus intériorisée que ce que les sionistes veulent bien admettre.

Il n’y aura pas d’autodéfense juive à la hauteur tant qu’on n’aura pas dépassé le stade juridique-religieux du « Mais qu’est-ce qu’on a fait pour mériter cela ? », tant qu’on n’aura pas liquidé le légitimisme par rapport aux institutions.

Il n’y aura pas d’autodéfense juive à la hauteur sans les femmes prolétaires juives, sans les masses populaires juives de province !

Autrement dit, il n’y aura pas en France d’autodéfense juive sans lutte contre les mentalités féodales !

Car finalement, l’antisémitisme pousse les masses juives vers l’isolement, vers l’enfermement, vers la « communauté » et la famille.

En ce sens l’antisémitisme emprisonne nos vies, et davantage encore celles des femmes. Cela est un gigantesque gâchis d’énergie !

Pour espérer abattre définitivement l’antisémitisme, il faut briser les piliers de la mentalité féodale : légitimisme, communautarisme, sexisme ! Il faut libérer la créativité des masses populaires juives et la rage de vivre des femmes !

Juif ! Juive ! Le racisme déforme ta vie !
Face à l’antisémitisme, assume la nécessité de renverser l’ordre existant !
La conquête de la dignité passe par la bataille révolutionnaire !

HaPoel HaAntifashisti, juin 2010.

Shavua Tov – שבוע טוב

Shavua Tov – שבוע טוב

Shavua Tov – שבוע טוב

Shavua Tov – שבוע טוב

Shanah Tovah – שנה טובה

Procès Halimi en appel : un début de bilan

Voilà, c’en est fini du volet judiciaire de l’assassinat d’Ilan Halimi, le 13 février 2006. Vendredi soir au tribunal de Créteil, le verdict est tombé pour les 17 personnes jugées en appel depuis la fin octobre.

Comme par hasard, la cour a réussi comme au premier procès à rendre son verdict après l’entrée du Shabbat, vers 19h, ce qui fait que la famille d’Ilan n’a pu assister à ce moment crucial pour elle. Il ne s’agirait tout de même pas qu’une famille meurtrie interfère dans une machine judiciaire si bien huilée…

Ainsi, seule Stéphanie la fiancée d’Ilan a pu être présente. Elle s’est d’ailleurs exprimée – certainement pour la première fois – devant les caméras de télévision, c’est-à-dire à visage découvert, marquant ainsi un nouveau départ dans sa vie, ou en tout cas la fin d’un deuil bien trop long.

Concernant le verdict lui-même, les peines ont été alourdies de 1 à 3 ans de prison pour 7 des complices de Youssouf Fofana. Quant aux autres, leurs peines sont restées identiques, y compris pour les deux personnes mineures au moment des faits : l’appât qui a ciblé Ilan, et un geôlier ayant torturé Ilan avec la circonstance aggravante d’antisémitisme.

Nous recopions ici le verdict tel qu’il apparaît sur le blog d’Elsa Vigoureux. Il va de soi que les pseudonymes, les verbes au conditionnel et certaines tournures sont très parlants et sont de la responsabilité d’Elsa Vigoureux, de même que l’impasse faite sur l’antisémitisme avéré de « Jicé » (Jean-Christophe Gavarin).

Alcino R. (père d’un des geôliers, il n’a pas dénoncé les faits) : 8 mois de prison, comme en première instance.
Jérémy P. (a prêté sa voiture à Youssouf Fofana, a participé une tentative d’enlèvement) : 3 ans de prison, acquitté dans l’affaire Ilan Halimi, comme en première instance.
Franco L. (poursuivi pour sa participation à trois tentatives d’enlèvement, et pour associations de malfaiteurs): 5 ans de prison, acquitté pour cinq infractions sur six, comme en première instance.

Nour (l’appât, mineure à l’époque des faits) : 9 ans de prison, avec diminution de peine compte tenu de sa minorité, comme en première instance.
Gilles S. (le gardien d’immeuble qui a donné les clefs des lieux de séquestration) : 10 ans de réclusion criminelle, contre 9 ans en première instance.
Jérôme R. (geôlier, qui a abandonné au cinquième jour de séquestration) : 10 ans de réclusion criminelle, comme en première instance.

Tifenn G. (« rabatteuse » de plusieurs appâts) : 11 ans de réclusion criminelle, contre 9 ans en première instance.
Christophe M. (aurait entre autre conduit l’appât à son rendez vous avec Ilan Halimi, et participé à plusieurs tentatives d’enlèvement) : 12 ans de réclusion criminelle, acquitté sur une tentative d’enlèvement, contre 10 ans de réclusion criminelle en première instance.
Yahia K. (geôlier intermittent) : 11 ans de réclusion criminelle, comme en première instance.

Fabrice P. (geôlier sur la fin de la séquestration) : 12 ans de réclusion criminelle, contre 11 ans en première instance.
Cédric B-S-Y (geôlier sur la fin de la séquestration) : 12 ans de réclusion criminelle, contre 11 ans en première instance.
Nabil M. (geôlier) : 14 ans de réclusion criminelle, contre 13 ans en première instance.

Jicé (geôlier, mineur à l’époque des faits) : 15 ans de réclusion criminelle, malgré la diminution de peine liée à sa minorité, comme en première instance.
Samir (aurait assuré le lien entre les geôliers, les ravisseurs, le gardien d’immeuble et Youssouf Fofana, dont il aurait été le bras droit) : 18 ans de réclusion criminelle, soit trois années de plus qu’en première instance.
Jean-Christophe S. (ravisseur d’Ilan Halimi) : 18 ans de réclusion criminelle, comme en première instance.

Chez Hapoel, nous sommes les premiers à penser que ce n’est pas sur les peines qu’il faut se concentrer, mais sur l’impact de l’affaire Halimi dans les masses, puisque c’est en définitive cela qui restera dans la mémoire populaire.

Mais là, que voit-on ? On voit qu’avec le huis-clos, avec le silence des médias et sans aucune campagne démocratique autour de ce procès en appel, il ne restait finalement pour la famille Halimi qu’à espérer des peines plus lourdes qu’en première instance. Ce qui justement n’a pas été le cas.

Et à ce titre, on comprend le désarroi de la famille Halimi quand on voit que les deux personnes mineures au moment des faits n’ont pas vu leur peine alourdie, alors que l’appât a eu comme consigne de cibler des juifs, et que le geôlier mineur a été suffisamment clair sur les motivations antisémites de ses brutalités.

C’est au final un terrible sentiment d’amertume qui entoure pour nous ce procès en appel.

L’État français et sa « justice » ont réussi à faire exactement ce qu’ils entendaient faire : ils se sont « préservés » en maintenant le status quo et en empêchant délibérément par le huis-clos toute prise de conscience antiraciste.

Comme l’a toujours dit Hapoel, le huis-clos a été une redoutable arme antidémocratique, qui arrangeait finalement bien l’État, ainsi que la police française qui a abandonné Ilan à ses ravisseurs.

L’État français a joué très finement, cela est indéniable, et à l’inverse il doit être affirmé nettement que dans ce procès en appel, c’est le peuple qui a subi une défaite. Le peuple est passé à côté d’un moment important pour se forger une indispensable conscience antifasciste.

Car sans aucune campagne autour de ce procès autre que celle des antisémites, il a été au final terriblement facile de noyer l’assassinat d’Ilan, de noyer sa signification aux implications trop importantes dans l’esprit des masses.

Ainsi les médias ont pu parler pendant tout le week-end de la neige plutôt que du verdict du procès après deux mois de blackout total, et en tout cas rien n’a jamais dépassé pour eux la dimension d’un fait divers, rien n’a jamais été expliqué.

Ainsi les avocats de la défense ont pu faire des déclarations absolument scandaleuses après la tombée du verdict : Françoise Cotta a expliqué que ce verdict prouvait que la justice française était « indépendante » et que l’on pouvait « s’opposer au pouvoir », tandis que son collègue Antonowicz a poussé la provocation jusqu’à clamer que… « la mémoire d’Ilan Halimi méritait mieux que ça » !

Et ainsi le déroulement du procès a été ce qu’il a été, les peines ont été ce qu’elles ont été, et demain l’assassinat d’Ilan notre frère sera incompris et oublié – au mieux…

Dans cet échec, dans ce rendez-vous manqué, la responsabilité des institutionnels juifs est patente. À aucun moment les institutions n’ont voulu mobiliser, tout comme au premier procès. Les institutions juives ont montré ici leur servilité envers l’État français et ses intérêts.

On voit d’ailleurs que les institutions ont délibérément laissé le terrain aux « sionistes radicaux » de la LDJ, qui a certes mobilisé au début et à la fin du procès en appel, mais pour ainsi dire « à l’arrache » et sans aucun contenu.

Un certain nombre de jeunes étaient ainsi venus au tribunal avec les stickers de la LDJ, mais la seule impression que l’on en retire, c’est que tout cela a été fait pour les caméras de télé – notamment la sortie « bruyante » du tribunal au moment du Shabbat.

Bref, une sorte de mise en scène où la jeunesse juive sert de « figurante » aux sionistes identitaires pour se vendre le plus cher possible au Front National.

En comparaison avec la LDJ qui n’a rien dit et qui n’a rien à dire, même l’institutionnel Gil Taïeb (responsable de l’Association de Bien-Être du Soldat Israélien…) a eu des mots étonnamment justes :

« Une page se tourne certes, mais Ilan est devenu l’enfant de tous. On ne l’oubliera pas. On ne l’oubliera jamais. Il faut rester vigilants… Avec la montée de l’extrême-droite aujourd’hui, il faut se dire qu’Ilan peut demain aussi bien être musulman que juif. Nous devons faire de ce cas le symbole de l’horreur du racisme. »

La vérité, c’est que sans contenu il est impossible de soulever la pression démocratique des masses populaires, juives ou pas ; il est impossible d’établir un rapport de force non théâtralisé qui aurait servi à construire quelque chose, à forger la conscience antiraciste.

Et impossible, en vérité, de faire le deuil véritable d’Ilan Halimi, un deuil digne et déterminé qui aurait servi à ce que demain, il n’y ait pas d’autre Ilan.

Ilan, les juifs ne t’oublient pas, le peuple t’oublie pas !
On peut arracher un Arbre, mais on ne peut arrêter la marche du printemps !

Shavua Tov – שבוע טוב

Justice pour Ilan ! Rendez-vous ce vendredi à Créteil !

Ce vendredi se clôt le procès en appel des assassins d’Ilan Halimi, notre frère, notre fils. Un procès qui n’a été l’occasion d’aucune mobilisation de la part des institutionnels juifs ni des « para-institutionnels », ce qui laisse forcément un goût amer à toutes celles et tous ceux qui exigent la justice pour Ilan.

Néanmoins, il y a pour ce vendredi 17 décembre un appel à mobilisation au tribunal de Créteil (métro Créteil Université), impulsé par Radio J :

Procès en appel du « Gang des Barbares » : Radio J émettra Vendredi 17 décembre 2010 en direct du Palais de Justice de Créteil

Radio J émettra Vendredi 17 décembre 2010 en direct du Palais de Justice de Créteil. A l’approche du verdict du procès du Gang dit “des Barbares”, toute l’équipe de Radio J s’est mobilisée depuis le 25 octobre pour communiquer coûte que coûte sur ce procès en appel à huis-clos, en soutien et hommage à la famille Halimi.

Rendez-vous à Créteil, ce vendredi 17 décembre, pour la mémoire d’Ilan (zal)

Michel Zerbib, Directeur de l’Information Radio J

Comme heure de rendez-vous, il a été parlé par certains de 13h, par d’autres de 14h, et quoi qu’il en soit il faut espérer que le verdict tombera avant Shabbat. Hapoel confirmera donc l’horaire d’ici vendredi, et ne peut entretemps qu’inviter à surveiller les appels à mobilisation sur Facebook.

Justice pour Ilan ! Solidarité avec la famille Halimi !
On peut arracher un Arbre, mais on ne peut arrêter la marche du printemps !

Shavua Tov – שבוע טוב

Faire groover les anges…

Aujourd’hui, cela fait exactement 7 ans que la jeunesse juive regrette DJ Lam.C, assassiné dans la nuit du mercredi 19 novembre 2003 dans le parking de sa résidence.

En novembre 2003, Sébastien Selam a 23 ans et vit avec sa mère et son frère dans une cité de la rue Louis Blanc, près de la place du Colonel Fabien. Il est connu sous le blaze de DJ Lam-C (le verlan de Selam, évidemment).

Seulement depuis quelque temps, son voisin et camarade d’enfance Adel Amastaibou, 23 ans aussi, multiplie les actes antisémites : insultes antisémites, cadavres de poulets égorgés devant la porte des Selam, agression d’un rabbin, etc.

Le soir du 19 novembre 2003, Adel Amastaibou (seul ? avec des complices ?) tend un piège à Lam-C : il l’attire dans le parking de l’immeuble, et l’égorge à coups de couteau.

Le visage sans vie de Sébastien témoignait de façon horrifiante des traces de la barbarie antisémite.

Pire encore : remontant en courant chez sa mère, le meurtrier s’écrie : « J’ai tué un juif ! J’irai au paradis ! ». Il rajoutera, devant les policiers : « C’est Allah qui l’a voulu. »

Le motif antisémite de l’assassinat était donc limpide, terriblement limpide.

Et pourtant. Pourtant en 2006, Adel Amastaibou est déclaré irresponsable au moment des faits, et interné à Villejuif – un comble pour un antisémite… Le même verdict est prononcé à nouveau après 6 ans de procédures en 2009, privant la famille Selam d’un procès, et en même temps de toute dignité.

Aujourd’hui toutes nos pensées vont à la mémoire de Lam.C, à Juliette sa mère et Stéphane son frère. Jamais sa mémoire ne sera souillée par des racistes comme Éric Zemmour, qui dans son livre « Petit Frère » récupère et salit le sort tragique de Sébastien.

Là où il est, Lam.C doit faire groover les anges… Vérité et justice pour Lam.C !

Un rassemblement en hommage à Sébastien Selam aura lieu dimanche matin au cimetière de Pantin. Plus de détails sur Facebook.

 

Shavua Tov – שבוע טוב

Shavua Tov – שבוע טוב

Au cœur de notre identité, le souvenir d’Ilan

Presque 5 ans ont passé, et pourtant la cicatrice est toujours à vif dans les cœurs et les consciences.

Ilan Halimi était un fils du peuple, un jeune juif de 23 ans d’origine marocaine. Un fils du peuple avec la vie qui va avec : son amour, ses projets, sa mère qui le trouvait « trop gentil », ses sœurs, ses amis Karim et Jérémy, ses passions, etc.

Mais aussi bien entendu son travail dans un magasin de téléphonie mobile, ses parents séparés, sa lucidité sur l’antisémitisme en France, ses quelques perspectives de partir d’ici.

Bref, c’est sur Ilan que la barbarie s’est abattue simplement parce qu’il était juif… mais cela aurait pu être n’importe qui d’autre.

Et la jeunesse juive sait que cela n’est pas une affirmation en l’air. Chaque jeune juif de Paris et de sa banlieue sud sait qu’en ces jours glaciaux de janvier – février 2006, il aurait pu être à la place d’Ilan.

La preuve en est que seulement deux semaines avant l’enlèvement d’Ilan, c’était Mickael Douieb d’Antony qui avait été ciblé par le gang de Fofana, tabassé, insulté de « sale juif », laissé pour mort, baignant dans son sang dans un hall d’immeuble de Bagneux.

Mickael Douieb a échappé au kidnapping uniquement parce que Fofana le croyait déjà mort. Il a dû subir de nombreuses interventions chirurgicales depuis, mais a surtout dû affronter le mépris de la police, qui n’a tenu compte d’aucune de ses indications sur le gang de Fofana. Des indications qui auraient peut-être pu sauver Ilan.

C’est sur cette réalité que se fonde la conscience d’une partie de la jeunesse juive. En 2006, un certain état d’esprit et un certain niveau de conscience avaient été atteints, avec évidemment des illusions, des impasses, etc.

Voilà pourquoi, chez Hapoel comme chez beaucoup de jeunes juifs et juives, le souvenir d’Ilan est au cœur de notre identité.

L’assassinat barbare d’Ilan Halimi est une réalité terriblement concrète, et c’est au cœur de cette réalité que se construit une conscience, une identité. Car tout est là, tout est dans ce drame en particulier.

L’antisémitisme. Ilan a été ciblé, enlevé, torturé en tant que juif, et il a été liquidé parce que juif. Un rabbin a même été contacté pour payer la rançon. Les préjugés racistes tuent.

La prédation. Dans l’esprit de l’antisémitisme le plus barbare, les juifs sont des fantômes, ils n’ont rien de concret. Plus rien n’empêche donc qu’ils soient traqués, soumis à la merci de leurs bourreaux, et enfin liquidés.

Le caractère génocidaire. Ilan a vécu 24 jours de torture et de terreur, incertain de son sort. Puis un jour il a été tondu, « lavé » à l’acide, brûlé vif, retrouvé près d’une voie de chemin de fer. Il n’y a malheureusement pas besoin d’insister sur toute cette symbolique.

Le silence. La barbarie génocidaire va toujours de pair avec la dissimulation, avec le silence. Une quarantaine de personnes savaient à Bagneux, et aucune n’a réagi. C’est ce même silence qui a pesé et pèse encore dans le huis clos des deux procès.

La division du peuple. Ilan et ses assassins auraient bien pu être voisins, mais le fait qu’il soit juif en a fait une proie. L’indifférence, l’absence de solidarité et de conscience de classe ont permis qu’Ilan soit séquestré aussi longtemps, sans réaction.

La police. Elle a été en-dessous de tout, elle s’est crue infaillible, elle ne mérite que le mépris. La police n’a pas écouté Mickael Douieb, elle ne s’adressait qu’au père d’Ilan au détriment de sa mère, elle a nié l’antisémitisme, et à la fin elle a abandonné Ilan à ses assassins.

C’est sur la base de ces quelques éléments que peut et doit se forger une conscience antifasciste au sein de la minorité juive.

Les antisémites saisissent très bien la portée de l’assassinat d’Ilan, voilà pourquoi ils attaquent la conscience des masses populaires juives, leur compréhension du fait que c’est l’antisémitisme qui a tué Ilan.

Ainsi pendant des années, il a fallu supporter le discours prétendant que le meurtre d’Ilan serait simplement crapuleux, qu’Ilan aurait certes été visé parce que juif mais qu’au fond viser des juifs n’est pas de l’antisémitisme (qu’est-ce que c’est alors ?), ou bien que cela aurait pu être n’importe qui d’autre.

Pendant des années, il a fallu supporter le discours ultra-populiste sur les « deux poids deux mesures », repris en avril dernier à l’occasion de la mort de Saïd, vigile à Bobigny.

Le nazi Dieudonné n’avait alors pas tardé à faire un « sketch » où il scandait « Libérez Fofana » et où il déclarait que les bénéfices de ses spectacles iraient à Fofana, avec des paroles à glacer le sang comme : « cette chance qu’a eue Ilan d’être accueilli et de mourir quand même dans les bras fraternels des secouristes ».

De même pour la sénatrice bourgeoise Alima Boumediene-Thiery, qui chaque jour se révèle plus antisémite. Ainsi dans les manifestations pour Saïd, elle avait opposé Ilan à Saïd, en niant l’antisémitisme, en parlant des médias (pourquoi ?), etc. Même logique chez la CAPJPO-Europalestine, qui déjà en 2006 tenait un discours répugnant.

De même, enfin, pour l’UJFP, non seulement pour sa position lâche en 2006, non seulement pour sa réaction incroyable au moment de l’appel, mais aussi pour son exploitation insupportable du thème antisémite du « deux poids deux mesures » et sa quasi justification de pogroms au moment de la mort de Saïd.

Il ne faut pas que la mémoire d’Ilan soit souillée par les antisémites, qui ont très bien compris où cette mémoire pouvait nous mener. Il ne faut pas que le souvenir d’Ilan retombe dans le silence du huis clos.

Voilà pourquoi, pour l’ouverture du procès en appel ce lundi, Hapoel a rassemblé ses publications concernant Ilan notre frère, ce qui permettra également de suivre le procès tant que possible, ainsi que les mobilisations.

Les textes rassemblés permettent de se faire des idées assez précises sur de nombreux points, et sont accessibles directement par l’adresse internet justicepourilan.hapoel.fr, ou encore en cliquant sur le bouton correspondant dans la colonne de droite :

D’autres sites couvriront également le procès en appel jusqu’en décembre. Il y a par exemple le blog d’Elsa Vigoureux, journaliste au Nouvel Observateur, qui avait déjà couvert le premier procès dans ce blog – de manière parfois trop « neutre ».

Juif ! Juive !
Forge ta conscience antifasciste dans le souvenir d’Ilan !
Les antisémites paieront ! Justice pour Ilan !

Meurtre de David Bensamon : le Dauphiné Libéré au service de la prison de Valence ?

Cela fait aujourd’hui presque deux semaines que David Bensamon est décédé à l’hôpital de Valence (Drôme), après avoir été étranglé avec un drap dans sa cellule de prison par son codétenu dangereux.

Ce vendredi, la famille Bensamon a été reçue par la direction de la maison d’arrêt de Valence en présence de leur avocat. De plus la famille a enfin pu emporter le corps de leur fils, de leur frère, afin d’enterrer David et pour qu’il puisse enfin reposer en paix.

À propos de la rencontre à la prison, on peut lire l’article suivant dans la presse locale, à savoir dans le Dauphiné Libéré de samedi :

VALENCE / APRÈS LA MORT DE DAVID BENSAMON EN PRISON
« Nous voulons un procès. Dire qu’il est fou, ce serait trop facile. »

La famille Bensamon comprend aujourd’hui un peu mieux les tragiques faits de la nuit du 2 au 3 octobre, à défaut de les accepter. Hier, le directeur de la maison d’arrêt de Valence a reçu la mère et les sœurs de David Bensamon avec leur avocat Me Ivan Flaud. « Sofien Ben Bouazza présentait un risque suicidaire au moment de son incarcération. David Bensamon a alors été désigné comme son “ange gardien”. Et il est en fait devenu sa victime », expliquait hier Me Flaud lors d’une conférence de presse. David Bensamon avait été retrouvé inanimé dans sa cellule, il présentait des marques de strangulation. Il est décédé après plusieurs jours de coma.

Une expertise psychiatrique urgente avait été demandée

Le conseil pointait du doigt les carences du système pénitentiaire qui ont conduit selon lui, à ce qu’un détenu doive assurer la sécurité d’un autre. Me Flaud regrettait aussi que l’ordonnance du juge des libertés et de la détention au sujet de M. Ben Bouazza, qui préconisait une expertise psychiatrique urgente, n’ait pas été suivie : « il a été incarcéré vendredi soir. C’était peut-être difficile de faire venir un psy mais on pouvait peut-être aussi taper du poing sur la table. Aujourd’hui David Bensamon est décédé parce qu’il était en cellule avec un homme dangereux ».

Sofien Ben Bouazza a été mis en examen pour homicide volontaire. Incarcéré à Corbas (69), il faisait de nouveau parler de lui en agressant un surveillant avec une lame de rasoir la semaine dernière. Son avocate a la conviction qu’il relève davantage de la psychiatrie que de la justice. Une idée qui irrite d’ores et déjà la famille Bensamon : « Nous voulons un procès. Dire qu’il est fou, ce serait trop facile. Il n’était pas fou pour le juge, quand il l’a mis en cellule avec David ».

Par la rédaction du DL le 16/10/2010 à 05:51

À la lecture de ce (court) article du Dauphiné Libéré, plusieurs remarques peuvent venir à l’esprit. Bien entendu, Hapoel n’a rien à dire sur la stratégie choisie par l’avocat de la famille Bensamon. Sur les manipulations du Dauphiné Libéré, par contre, il y a beaucoup à redire…

Tout d’abord, l’article du Daubé commence déjà très mal. Car où est-ce que le journal veut en venir quand il écrit : « La famille Bensamon comprend aujourd’hui un peu mieux les tragiques faits [...] à défaut de les accepter » ?

Il y a ici l’idée à peine voilée que, quand on fait partie du peuple, « on ne peut pas tout avoir » : pour les classes dominantes, le peuple ne pourrait pas avoir à la fois la vérité et la justice.

Vérité et justice : voilà pourtant deux revendications centrales pour espérer pouvoir faire le deuil de David, deuil d’autant plus difficile que son corps est resté sans tombe une bonne dizaine de jours.

Ainsi donc, le « Daubé » démarre son article par une remarque qui est d’un profond paternalisme… mais uniquement dans la forme ! Car dans le fond, ce n’est pas du paternalisme : c’est de l’intimidation.

En effet ce qui est sous-entendu, c’est bien que : le directeur de la prison a expliqué ce que, dans sa logique, la famille Bensamon avait le droit de savoir… mais il ne faudrait surtout pas qu’elle ose insister jusqu’à obtenir justice, n’est-ce pas, car elle risquerait alors de tout perdre…

Ce n’est pas jouer sur les mots que de dire que, dans un article aussi court, « comprendre à défaut d’accepter » n’est pas équivalent à « comprendre mais ne pas accepter ».

« Comprendre à défaut d’accepter » : cela veut bien dire qu’en définitive, il faudra à un moment se résigner, lâcher l’affaire, capituler.

Tout cela se confirme à la toute fin de l’article : « L’avocate [de Sofien Ben Bouazza] a la conviction qu’il relève davantage de la psychiatrie que de la justice. Une idée qui irrite d’ores et déjà la famille Bensamon. »

« Une idée qui irrite » ? On croit vraiment halluciner ! Non seulement la terrible absence de David n’est pas une simple « idée », mais en plus, parler d’une famille qui vient de perdre son fils en la présentant comme « d’ores et déjà irritée », cela est véritablement révoltant !

La manœuvre est ici très claire : le Daubé fait littéralement son « casting », dans un film qui a déjà été joué et rejoué… le film des morts de la prison.

Ainsi la justice a soi-disant tiré la sonnette d’alarme, comme d’habitude. La prison est comme toujours victime de « carences » et de « défaillances », pour reprendre les mots de l’avocat de la famille Bensamon. Les matons, de Valence à Corbas, apportent la charge dramatico-pathétique indispensable pour une diffusion sur TF1. Et l’avocate de l’assassin, elle, est parfaitement dans son rôle en récitant la tirade terriblement classique des « troubles psychiatriques ».

Quant à la fin du téléfilm, elle est déjà toute trouvée : soit l’affaire est enterrée, comme la justice a tenté de le faire dans le cas de Jérémy Martinez, tué en mars 2008 dans la même prison et dans les mêmes circonstances que David ; soit l’assassin est jugé pénalement irresponsable, comme dans le cas de Sébastien Sellam après 6 ans de procédures…

Il ne reste donc au Daubé qu’à intégrer la famille Bensamon dans son téléfilm, en la présentant comme… « d’ores et déjà irritée ». Une manière plus que cynique de dire que le scénario est joué d’avance… Chaque partie est dans son « rôle » habituel, et doit s’y cantonner.

Seulement la famille de David n’entend pas en rester à la fatalité toute tracée par l’administration pénitentiaire, la justice et la presse locale. Et c’est cette mécanique faite de cynisme et de mépris qui est brisée quand la famille Bensamon affirme, avec des mots clairs et justes :

« Nous voulons un procès. Dire qu’il est fou, ce serait trop facile. Il n’était pas fou pour le juge, quand il l’a mis en cellule avec David. »

Le Dauphiné Libéré se rend-il au moins compte qu’avec son article, il rend service d’avance à la maison d’arrêt de Valence ? Est-ce ainsi que ce journal imagine soutenir la famille de David ?

Quand on pense à Jérémy et à Lam.C, on se dit qu’avec une presse locale aussi lamentablement au service de l’administration pénitentiaire, la bataille pour obtenir la justice risque de paraître très longue…

De la première phrase à la dernière, l’article du Dauphiné Libéré donne nettement le ton, concernant la couverture des suites de l’affaire David Bensamon : tout est joué d’avance, mais il faudrait faire semblant d’y croire, avant de capituler en silence.

Objectif de la presse ? Décourager les solidarités, isoler la famille de David, pousser à la résignation.

Cela ne doit pas se passer ainsi. L’État français ne parviendra pas à replonger David et Jérémy dans l’ombre et le silence des prisons.

Vérité et justice pour David !

Hier Sébastien Sellam et Ilan Halimi, aujourd’hui David Bensamon…

Rappelons que, comme aujourd’hui pour le meurtre en prison de David Bensamon, l’assassin antisémite de Sébastien Sellam avait joué sur le registre de la démence et de la schizophrénie… et avait fini par être jugé pénalement irresponsable en janvier 2010 (1234).

Avec tout notre cœur, tout notre désir de justice, toute notre aspiration à la dignité, souhaitons que la famille de David n’ait pas à revivre le même calvaire que la famille de Lam.C.

Rappelons également que le procès en appel des assassins d’Ilan Halimi s’ouvrira dans deux semaines à Créteil : Quelques questions et quelques pistes autour du procès en appel pour Ilan Halimi.

Justice pour Lam.C, Ilan et David !
Les juifs n’oublient pas ! Le peuple n’oublie pas !

Shavua Tov – שבוע טוב

Enlèvement d’un juif à Paris pendant 48 heures

Alors que le procès en appel pour Ilan Halimi commence dans moins d’un mois, un « fait divers » sordide a ranimé des souvenirs douloureux.

C’est la radio RTL qui a révélé ce fait divers ce matin : un jeune juif a été enlevé mardi soir, alors qu’il rentrait chez lui après le travail. Puis il a été séquestré dans un coffre de voiture pendant 48 heures. Ce n’est qu’hier soir que Jérémy, 28 ans, a pu être libéré par la police.

En effet, les ravisseurs avaient demandé une rançon d’un million d’euros à la famille de Jérémy. À partir de d’interceptions téléphoniques, de surveillances et de filatures, la police a pu retrouver la voiture dans laquelle était enfermé Jérémy.

Certains des kidnappeurs ont été arrêtés alors qu’ils roulaient dans le 9ème arrondissement à Paris, avec Jérémy dans le coffre. Deux autres complices ont été interpelés tôt ce matin, mais le commanditaire est toujours recherché.

Retrouvé en état de choc, Jérémy a été conduit à l’hôpital hier soir, après 48 heures de frayeur pour sa famille.

Un jeune juif enlevé ? Séquestré ? Avec une demande de rançon ?

Aucune personne juive en France ne peut oublier le sort d’Ilan Halimi, notre frère, notre fils… d’autant plus que Jérémy aurait travaillé dans le même magasin de téléphonie qu’Ilan, boulevard Voltaire.

Aucune personne juive… à part peut-être cette poignée de voyous maffieux qui a orchestré cet enlèvement.

Il semblerait en effet que le commanditaire de l’enlèvement soit lui-même d’origine juive, et qu’il aurait ciblé Jérémy parce que son frère aurait contracté une dette auprès de lui. Une dette qui, d’après ces voyous, justifie d’enlever quelqu’un qui n’a rien à voir avec l’affaire.

Rappelons qu’il y a à peine plus de deux semaines, le 14 septembre, c’était un commerçant juif qui avait été abattu par deux hommes à moto, Porte Maillot dans le 17ème arrondissement.

Deux règlement de compte en deux semaines, en pleine période des fêtes de début d’année… voilà qui est une véritable honte, et il faut que cela soit dit clairement.

L’antisémitisme est de plus en plus palpable au quotidien, les agressions deviennent de plus en plus fréquentes et de plus en plus violentes, la campagne électorale pour les présidentielles de 2012 va être une immense course à l’antisémitisme…

Et pendant ce temps, il y a des petits maffieux égoïstes qui rêvent de devenir de gros maffieux.

Pendant ce temps, il y a des voyous sans aucune mémoire qui ont « oublié » le sort d’Ilan au point d’imiter le gang de Fofana.

Pendant ce temps, il y a des voyous sans aucune morale qui ne trouvent rien de mieux que de faire pleurer nos mères.

Les masses populaires juives savent ce que c’est, les « affaires ». Presque chaque jeune homme juif a un frère, un cousin, un ami qui baigne ou a baigné – même peu, même de loin – dans de telles activités, quand ce n’est pas lui-même.

Seulement cette situation n’est plus supportable pour la moitié des masses populaires juives : les femmes juives sont systématiquement réduites au silence par l’isolement, les rapports de dépendance, la brutalité.

Face au racisme qui touche l’ensemble du peuple, face à l’antisémitisme qui touche en premier lieu les masses populaires juives, il faut que cessent les guerres fratricides.

Les temps vont être durs, très durs, bien plus durs qu’aujourd’hui, et il n’y a plus de place pour l’égoïsme et la brutalité au sein du peuple. Il va falloir du sérieux et de la discipline, il va falloir de l’unité et de la détermination.

Tout le reste n’est qu’illusions de petits voyous qui s’imaginent grands capitalistes.

Quelques questions et quelques pistes autour du procès en appel pour Ilan Halimi

Voilà, c’est dans un mois qu’aura lieu le procès en appel des assassins d’Ilan Halimi. En effet ce procès s’étalera du 25 octobre au 17 décembre, à Créteil, devant la cour d’assises des mineurs du Val-de-Marne (94).

Rappelons rapidement le contexte : le 10 juillet 2009 se terminait le procès des assassins d’Ilan. Youssouf Fofana avait été condamné à perpétuité ; quant au reste du verdict, il avait été globalement inférieur aux peines requises.

Un appel du ministère de la « justice » a donc été effectué, pour des raisons qui ont été analysées à l’époque dans quelques documents d’Hapoel : « Que se cache-t-il derrière l’appel au procès Ilan Halimi ? », « Enfin l’UJFP évoque Ilan ».

Le procès en appel aura donc lieu dans un mois. Sur les 27 personnes accusées, 19 passeront en appel. Fofana lui-même avait fait appel, puis s’était rétracté en février, une semaine avant le 4ème anniversaire de la mort d’Ilan.

Parmi ces 19, on retrouve des complices qui étaient mineures quand Ilan a été assassiné, ce qui avait justifié le huis-clos du premier procès.

La première question qui se pose inévitablement est : l’appel se déroulera-t-il cette fois-ci de manière publique ? C’est une première revendication qu’il faut avoir, mais qui ne se suffit néanmoins pas à elle-même.

En effet la cour d’assises des mineurs de Créteil n’est pas un tribunal du peuple, où c’est le peuple qui mène l’enquête, pose ses propres questions, oriente le débat selon sa propre conception du monde, etc.

La cour d’assises de Créteil est un tribunal établi par les classes dominantes, et même si le procès est public, tout ce qui en pourrait en sortir serait conforme au mode de fonctionnement, aux préjugés, au déni de démocratie des classes dominantes.

Rappelons simplement ici les mots justes et dignes de Ruth Halimi :

« Si jamais le débat est public, la France et les Français sauront ce qui est arrivé à un jeune qui a été enlevé, séquestré, torturé et tué parce qu’il était juif et que l’antisémitisme est là et qu’il ne faut absolument pas ignorer ce fait… c’est très dangereux parce qu’aujourd’hui c’est l’antisémitisme, demain c’est le racisme total à l’égard des autres, il faut absolument être vigilant là-dessus. »

La deuxième question qui se pose est : du point de vue d’une justice du peuple, que méritent les complices de Fofana ?

Car concernant Youssouf Fofana, la revendication qui est ressortie depuis 2006 au sein des masses populaires juives est très simple : c’est la peine capitale.

Il ne s’agit pas là d’une surenchère répressive comme elle existe chez les sionistes pour apparaître très « radicaux » et pour mobiliser dans le racisme, alors qu’ils ne font que soutenir l’état des choses tel qu’il existe actuellement.

Non, c’est une question de justice du peuple, dans un système où le peuple aurait le pouvoir, et où il serait confronté à des ennemis, à des tentatives de division, à des survivances barbares, etc. C’est la question d’un système où la division raciste du peuple serait un chef d’accusation inscrit en noir sur blanc dans le code pénal.

Dans un système où c’est le peuple qui applique sa justice, un individu qui enlève un juif spécifiquement parce qu’il est juif, puis le torture pendant trois semaines, et le liquide en brûlant son corps près d’une voie de chemin de fer (quels symboles insupportables !), un tel individu a un caractère de génocidaire et doit être réprimé comme tel.

Le cas particulier de Fofana est donc très simple, de même que celui des barbares qui ont massacré William Modolo (12) trois mois seulement après l’assassinat d’Ilan Halimi.

Sauf que voilà, Fofana n’est justement pas partie prenante de ce procès en appel, et il ne reste plus que des « complices ». Et ce qui est plus « complexe », c’est précisément le cas de ces complices.

Ce n’est pas une question qui peut se résoudre par « décret », c’est une question de justice dont le peuple doit s’emparer, et dont il s’emparera.

Car justement, ce qui est le plus affreux et le plus sordide, c’est qu’il y avait une trentaine de personnes qui ont été impliquées d’une manière ou d’une autre dans l’assassinat d’Ilan, et qu’aucune n’a rien dit, aucune n’a voulu sauver Ilan.

Parmi ces « complices », il y avait des gens qui savaient qu’Ilan était juif mais qui n’ont rien dit, il y avait des antisémites comme ce geôlier qui a torturé et humilié Ilan car il était juif et qui n’a pris que 15 ans de prison, il y avait une personne qui possédait de la propagande nazie, etc.

En définitive, ce sont aussi le silence, la lâcheté et l’indifférence qui ont tué Ilan. La barbarie ne va pas sans la dissimulation, le génocide ne va pas sans l’anéantissement des corps.

Bien entendu il y a une vérité fondamentale que la « justice » française est incapable de comprendre, voire seulement d’imaginer : le peuple ne balance pas aux flics.

Seulement, dans la justice du peuple, comment doivent être jugées des personnes qui savaient mais qui n’ont pas protesté ? Comment juger des personnes qui abandonnent toute morale prolétarienne par indifférence, par lâcheté ou, pire, pour de l’argent ?

Comment doivent être jugées des personnes indifférentes aux tentatives de division raciste du peuple ? Ou bien, pour les personnes qui étaient au courant mais qui pensaient à un énième réglemement de comptes, comme juger la lâcheté face aux guerres fratricides qui ravagent une partie de la jeunesse populaire ?

Hapoel ne prétend pas avoir de réponse, car Hapoel n’a pas l’intention de donner dans le populisme et la démagogie. Il s’agit là de la question profonde de savoir quelle justice le peuple doit mettre en œuvre quand il prendra le pouvoir, car demain se construit aujourd’hui.

Hapoel prétend simplement rappeler un principe sacré, un principe qui doit animer toute personne qui place l’amour du peuple au-dessus de toute autre valeur :

Oui, le peuple a un droit de regard sur ce qui se passe dans ses quartiers ! Oui, le peuple a le droit de se mêler de ce qui, d’après la morale individualiste, ne le « regarde pas » !

Car si ce n’est pas le peuple qui veille sur les siens et les siennes, si ce n’est pas le peuple qui applique sa justice d’après la morale prolétarienne, alors ce sera la police, la justice et les prisons de l’État français qui enfermeront et assassineront des fils et des filles du peuple !

Or justement, parmi ceux qu’il faut désigner comme complices de l’assassinat d’Ilan, il y a également la police française, qui dans la gestion de l’enlèvement n’a rien pris au sérieux, malgré les photos terribles qui parvenaient à la famille Halimi.

Une police française complice de la barbarie, en préférant finalement abandonner Ilan, notre frère, notre fils.

Aujourd’hui plus que jamais, justice pour Ilan !

Shavua Tov – שבוע טוב

Contacter Hapoel

Hapoel est un outil au service des masses populaires juives. Son objectif : devenir un point de repère, une « base » stratégique à laquelle se rattacher, à laquelle rattacher son activisme.

Autrement dit : assumer un rôle de média dans l’activité antifasciste, un média parmi d’autres au sein de l’Action Antifasciste.

Hapoel doit donc être facile à contacter, afin d’assurer une liaison ininterrompue. Dès lors Hapoel change d’adresse mail, et on peut désormais nous contacter à cette adresse-ci :

*** contact STRUDEL hapoel.fr ***

L’ancienne adresse mail (hapoel STRUDEL hushmail.com) reste en service, notamment s’il est question d’établir un contact sécurisé.

Il va ainsi de soi qu’il vaut mieux contacter Hapoel à partir d’une adresse mail qui ne mentionne pas votre nom, et qui n’est pas liée à votre fournisseur d’accès internet.

Juif ! Juive ! Rejoins Hapoel !
Rejoins l’Action Antifasciste !