Shavua Tov – שבוע טוב

À l’occasion de la sortie de « A Serious Man », le dernier film des frères Coen, Hapoel ressort un extrait du film « The Big Lebowski ».
Cette scène est située vers la fin du film, et montre Walter Sobchak dans toute sa splendeur de grande gueule… Éloignez les enfants !
Walter Sobchak, c’est ce polonais catholique converti au judaïsme pour épouser sa femme, qui depuis a divorcé. Mais comme l’explique Walter, on ne rend pas son permis de conduire quand on divorce, et on n’arrête pas non plus d’être juif. Il met donc un point d’honneur à ne pas jouer au bowling le shabbat…
La qualité de notre vidéo est mauvaise, les sous-titres sont en anglais et un peu désynchronisés… mais on comprend ce qu’il y a à comprendre !
En fait, l’extrait est en anglais pour une raison très précise : la réplique finale de cette scène est traduite en français par « Nihilistes de mes d… », ce qui n’a rien à voir avec la version originale ! Et pour le coup, c’est tellement français…
S’il y a un problème d’affichage ou de compatibilité avec la vidéo, on peut la télécharger par ici, et utiliser un logiciel de vidéo gérant le format MP4 (par exemple VLC).
C’est ce qu’on peut lire dans le générique de « A Serious Man ».
« A Serious Man », c’est le 14ème film des frères Coen, qui vient de sortir ce mercredi au cinéma.
Et évidemment, Hapoel était obligé d’en parler, ne serait-ce qu’à cause de nos références régulières à un personnage de « The Big Lebowski » (1 – 2 – 3 – 4).
« A Serious Man » commence par un petit conte cruel en yiddish, qui se déroule dans un shtetl au 19ème siècle : un homme laissé pour mort vient dans une famille par une nuit enneigée, mais est pris pour un fantôme. La fin est un peu gore…
En réalité, ce conte est inventé de toutes pièces par les frères Coen. Mais son esthétique, du type film expressionniste yiddish des années 1920 – 1930, établit le lien avec la culture anéantie des shtetls – et tout ce qu’elle pouvait contenir de dérision absurde…
Un siècle plus tard en 1967, dans la classe moyenne juive du Midwest américain.
Larry Gopnik (interprété par Michael Stuhlbarg) est un professeur de physique à l’université, et attend une titularisation. Sur le plan personnel, il vit dans un pavillon de banlieue dans le Minnesota, avec sa femme Judith, sa fille et son fils (qui prépare sa Bar Mitzvah, et a donc le même âge que Joel Coen).
Dans la vie si conventionnelle de ce « Serious Man », tout va bien… jusqu’au jour où tout va mal.
Sa femme le quitte pour un amant donneur de leçons et demande un divorce religieux. Son frère débarque et squatte son salon en tentant de trouver une combine imparable aux cartes. Sa fille pique dans son portefeuille pour se faire refaire le nez. Son fils prépare sa Bar Mitzvah en fumant des joints et en écoutant du rock au Talmud Torah. À l’université, un étudiant le harcèle pour acheter un diplôme puis le couvre de calomnies. Sa hiérarchie reçoit des lettres anonymes le diffamant pour empêcher sa promotion. Quant à son voisinage, il est cerné d’une part par des fachos antisémites, et d’autre part par une quadragénaire qui lui fait des avances.
Devant ces plaies d’Égypte, notre avatar de Job se retourne… vers les rabbins, qui se révèlent encore plus conventionnels et protocolaires que lui…
« A Serious Man », c’est la synthèse savoureuse d’une certaine culture juive américaine, celle des communautés du Midwest, dont l’esprit est différent de celui de « Jew York » ou de « Los Anjewles ».
D’ailleurs, on retrouve un esprit proche dans les comics « Americain Splendor » de Harvey Pekar, un dessinateur juif de Cleveland, et dans le film qui en est tiré.
Pour celles et ceux qui n’ont pas vu ce film, il se déroule en gros à la même époque que « A Serious Man » avec le même ton grisâtre dans les images. Le héros, Harvey Pekar lui-même, est aussi un anti-héros qui enchaîne les malheurs.
À ceci près que Harvey Pekar est un « intello précaire » et non un prof d’université, et qu’il prend part à la contre-culture underground de l’époque – au lieu d’être un « Serious Man ».
En fait, « A Serious Man » et « Americain Splendor » montrent deux aspects contradictoires d’une même réalité, tout comme les valeurs conventionnelles des communautés juives américaines se sont retournées à New York en la rébellion de type punk.
Et justement, les frères Coen ont grandi dans une famille proche de celle dans leur film, mais ont par la suite baigné dans la contre-culture américaine des années 1970. Ce film est donc enfin une affirmation de l’ambiance qui a paradoxalement façonné leur culture, et qui est une des clés de compréhension de leur œuvre.
Comme aperçu de l’humour juif désespéré de « A Serious Man », voici la bande-annonce du film, qui est déjà en soi un montage millimétré avec une bande-son mixée chirurgicalement :
Et n’oubliez pas de nous envoyer vos critiques du film !
Le 4 du mois de Shvat, c’est-à-dire aujourd’hui, les juifs religieux marocains célèbrent l’anniversaire de la mort de Baba Salé, qui donne lieu à une Hilloula, à un pèlerinage commémoratif.
Le saviez-vous ?
Baba Salé, cela signifie en arabe marocain « le père qui prie ». C’est le surnom donné à un très célèbre rabbin marocain, le rabbi Israel Abu’hatzeira.
Descendant d’une dynastie de rabbins, Sidna Baba Salé est né en 1890 à Rissani, un village du Tefilalet, près de l’Atlas au Maroc.
Sa famille s’appelait originellement Elbaz. Mais selon la légende, son ancêtre le rabbi Shmuel Elbaz ne pouvait payer le bateau, et a utilisé une natte comme radeau. Il aurait ce jour là changé son nom en Abou’hatzeira, qui signifie en arabe « le père de la natte ».
Ce Shmuel Elbaz était originaire de Palestine, et a vécu à Damas avant de s’installer avec sa famille au Maroc. Son petit-fils, Ya’akov Abou’hatzeira, lui-même grand-père de Baba Salé, était une figure du judaïsme marocain au 19ème siècle, et est mort en Égypte sur la route de la Palestine.
À Rissani, la famille Abou’hatzeira possédait des terres et dirigeait une yeshiva, et avait donc un rôle social important dans la structure féodale des communautés juives des campagnes.
Quand le rabbi Messaoud Abou’hatzeira, le père d’Israel et lui-même rabbin de Rissani, meurt en 1909, c’est Sidna Baba Salé qui va prendre la direction de la communauté, à l’âge de 18 ans.
En effet, Israel Abou’hatzeira s’est révélé depuis son enfance très doué pour l’étude, aussi bien des aspects révélés que de la dimension cachée de la Torah. Plus prosaïquement, c’est une dynastie de propriétaires terriens et de rabbins, d’où la succession assurée.
Pendant la première guerre mondiale, une rébellion chasse les Français de la région du Tafilalet. Mais étant dirigée par des forces féodales, elle ne comprend pas la question nationale marocaine (donc les droits démocratiques des minorités), et s’en prend par la suite aux communautés juives.
En 1920, juste après ‘Hanukkah, il est alors décrété que les communautés juives du Tefilalet seront massacrées. Le frère de Baba Salé, David Abou’hatzeira, sera assassiné, ce qui poussera la communauté entière à déménager de Rissani.
En 1922, le futur Baba Salé effectue un voyage à Jérusalem en Palestine pour faire éditer les documents de son frère – en marquant d’ailleurs une halte sur la tombe de son grand-père en Égypte. Il y reste un an avant de revenir au Maroc, pour devenir un important dirigeant de plusieurs communautés du Tefilalet.
Puis dans les années 1950, Baba Salé ira assez fréquemment en France mais aussi dans le nouvel État sioniste, tout en restant rattaché au Maroc.
Mais en 1963, Baba Salé s’installe définitivement en Israel.
D’abord à Yavneh (Yibnah), une ville de développement au sud de Tel Aviv, puis à Ashkelon (Asqelon), une ville portuaire au nord de la bande de Gaza, et enfin en 1970 à Netivot, une ville de développement à l’est de la bande de Gaza.
Il vivra alors à Netivot, où il accomplira de prétendus miracles, et sera vénéré par une partie des masses marocaines d’Israel.
Et cela jusqu’à sa mort le 8 janvier 1984 à l’âge de 93 ans, après deux semaines d’agonie très médiatisées.
Tout cela, il faut le comprendre dans un contexte historique.
En effet, la minorité juive marocaine est littéralement vendue par Hassan II à l’État sioniste, et s’exile très majoritairement en Israel (certains resteront au Maroc, d’autres s’exileront en France ou au Canada).
Mais pour les familles juives très pauvres qui vont rejoindre l’État sioniste, c’est un nouveau cauchemar qui commence.
Ces familles arrivent en effet dans des camps d’internement, où elles sont littéralement désinsectisées et servent parfois de « cobayes » pour des tests médicaux, et sont enfin parquées dans des villes de développement.
Les villes de développement, ce sont concrètement des cités-dortoirs pour juifs-arabes (originaires de Tunisie, Maroc, Irak, Iran, Yemen, etc.), où encore aujourd’hui la misère domine, et où il n’y a rien à faire à part traîner au centre commercial (le « Kenyon »).
Ainsi Netivot – la ville où Baba Salé s’installe finalement – est une ville de développement créée comme ghetto pour Marocains, et qui est d’ailleurs aujourd’hui à portée de Qassams de la bande de Gaza.
Mais alors pourquoi une telle adoration populaire de Baba Salé ?
Parce que les masses juives des campagnes marocaines, très « arriérées », ont été exilées dans un pays qui leur était totalement incompréhensible, absurde et au fond étranger, et où l’oppression raciste était énorme envers les masses juives-arabes.
Brutalement passées des campagnes marocaines aux cités-dortoirs israeliennes, les secteurs les plus pauvres des masses juives marocaines se sont donc – en partie – accrochés à leur repères, c’est-à-dire au judaïsme marocain avec ses spécificités.
Or une des spécificités les plus connues du judaïsme marocain, c’est le culte des saints, culte qui se retrouve dans l’islam marocain avec les « waliy ».
Sur le plan « théorique », ce culte populaire est justifié par la notion de « Tzaddik », de « juste », qui dans la tradition kabbalistique désigne des personnes quasi consacrées, servant de relai direct entre D.ieu et les « fidèles » du Tzaddik.
Voilà pourquoi Baba Salé a été véritablement vénéré comme un saint, et pourquoi plus de 100000 personnes ont accompagné son corps à sa « dernière demeure ».
Voilà aussi pourquoi le mausolée de Baba Salé à Netivot est tellement visitée, par exemple hier soir à l’occasion de sa Hilloula, et pourquoi on peut retrouver son portrait chez certaines familles marocaines pratiquantes, en France ou en Israel.
Le « culte » de Baba Salé, comme celui du Rabbi de Loubavitch, a certes un aspect mystique populaire, en tant qu’expression d’aspirations présentes au sein du peuple.
Seulement voilà, lorsque les masses se mettent en mouvement et se soulèvent, les illusions religieuses volent en éclat.
Or c’est précisément pendant les années 1970 que s’est développé un fort mouvement juif-arabe en Israel, héritier des émeutes des villes de développement dans les années 1950 – 1960.
Ainsi, au moment même où se développait une perspective révolutionnaire dans les franges avancées des masses marocaines, les franges « arriérées » se cramponnaient elles à une perspective mystique-religieuse… derrière la figure de Baba Salé !
La vérité, c’est que face à la situation d’oppression des masses juives-arabes, cela ne sert strictement à rien de porter un fil rouge au poignet : ce qu’il faut, c’est porter le drapeau rouge au ciel !
Voici une information qui peut intéresser les personnes religieuses, ou celles qui vivent dans des familles religieuses : récemment est apparu un calendrier juif pour iPhone.
Il s’agit en effet d’une application gratuite produite par Cal J (qui est dans les liens d’Hapoel depuis des mois et des mois).
Celle-ci indique les fêtes juives, les Parashiyot, les dates dans le calendrier juif aussi bien que dans le calendrier commun, et permet aussi de consulter directement une date (juive ou commune), notamment pour les anniversaires ou les commémorations.
Un problème, cependant, et de taille : la version actuelle n’inclut pas les horaires d’entrée dans les fêtes et les Shabbatot.
Mais ce problème sera sans doute réglé bientôt, puisqu’il est résolu dans la version Java de ce calendrier juif, disponible depuis plus de 5 ans pour les « anciens » téléphones portables.
Concernant les horaires, justement, cette version Java prend en compte dans ses calculs la ville, si on est en diaspora ou pas, etc.
Cette application plus ancienne est aussi gratuite (hors coût de la connexion WAP)… et conviendra à la très grande majorité de gens qui n’ont pas d’iPhone.
Ainsi, c’est cette version que nous avons testée, non seulement parce que l’iPhone est encore cher, mais aussi parce qu’il n’est pas pratique pour les prolétaires conscientEs et les révolutionnaires…
La page Cal J pour iPhone est par ici, celle pour les « anciens » portables est par là.
En hommage à Sébastien Sellam z"l, Hapoel met en ligne un extrait de Back To New Jack, sorti en mars 2003 avant Summer Groove.
On vous laisse apprécier le doigté de DJ Lam.C dans l’introduction de cette compilation, qui contient de magnifiques classiques New Jack Swing du début des années 1990.
Le 19 novembre 2003 dans un parking de la rue Louis Blanc, c’était l’un des meilleurs espoirs des platines qui était assassiné par l’antisémitisme.
Mais là où il est, Lam.C doit faire groover les anges…
JUSTICE POUR LAM.C !!!

Demain samedi, c’est le huitième et dernier jour de ‘Hanukkah, et par conséquent, ce soir est le dernier soir où l’on allume les bougies.
L’occasion donc d’évoquer la tradition des toupies de ‘Hanukkah, qui, comme toujours pour ‘Hanukkah, est une tradition populaire et joyeuse.
La coutume est extrêmement simple : à ‘Hanukkah, les enfants jouent à la toupie.
Mais la toupie elle-même est un peu spéciale : elle a un profil carré, et sur chaque face est inscrite une lettre en hébreu.
Dans l’ordre (de droite à gauche, est-il besoin de le rappeler ?), on lit les lettres Noun (נ), Gimmel (ג), Hei (ה), Pe (פ), qui sont les initiales de « Ness Gadol Haya Po » (נס גדול היה פה), ce qui signifie « un grand miracle s’est produit ici ». Mais traditionnellement en « diaspora », la lettre Pe est remplacée par la lettre Shin (ש), pour « Ness Gadol Haya Sham » (« un grand miracle s’est produit là-bas »).
Cette toupie s’appelle en hébreu moderne le « Sevivon », un terme dérivé de la racine du mot « tourner ». D’après la légende de la culture sioniste, le mot aurait été inventé par le fils de l’inventeur de l’hébreu moderne, alors enfant. En yiddish, on parle de « Dreidel », qui est encore l’appellation répandue aux USA.
Il existe un jeu de hasard basé sur le Sevivon, et qui se joue avec des mises de médailles en chocolat.
Chaque enfant mise un chocolat, et tourne la toupie à tour de rôle. Suivant la face sur laquelle elle tombe, soit on récupère tout, soit la moitié, soit rien, soit on doit encore miser. Les lettres sur le Sevivon sont en effet interprétées comme des initiales de yiddish (« nisht », « gantz », « halb », « shtelen »).
À propos du Sevivon, il existe aussi plusieurs chanson de ‘Hanukkah.
Ainsi, la chanson « Sevivon sov sov sov » (« Toupie tourne tourne tourne ») est très connue, et d’ailleurs, les paroles changent en Israel ou en « diaspora » suivant la rime avec « Po » ou « Sham »…
Enfin, il existe aussi une chanson de ‘Hanukkah dont les paroles ont été écrites par Bialik, le « poète officiel » du mouvement sioniste originel, et dont la dernière strophe parle du Sevivon.
Dans cette strophe, il est question d’une toupie en plomb fondu (‘Oferet Yetzukah, עופרת יצוקה). Or c’est précisément le nom officiel des opérations militaires à Gaza de l’année dernière !
En effet, pour les personnes qui auraient la mémoire courte, l’État sioniste a osé déclencher les massacres de Gaza le 27 décembre 2008, c’est-à-dire… exactement pour le Shabbat de ‘Hanukkah ! Et cela alors que ‘Hanukkah est censée être une fête de joie, de persévérance, d’espoir…
Le nom de « Plomb Fondu » exprès pour ‘Hanukkah est donc d’un cynisme terrible, d’un cynisme assassin. Mais la joie des enfants du peuple, cela est étranger aux dirigeants sionistes…
‘Hanukkah Samea’h ! – ! חנוכה שמח
Le saviez-vous ?
Le principal symbole de ‘Hanukkah, c’est bien sûr la ‘Hanukkiah (חנכיה), le chandelier à 9 branches.
Le terme de ‘Hanukkiah est en soi assez récent, puisqu’il est né avec l’hébreu moderne il y a environ un siècle. Mais c’est ce mot qui s’est imposé, du moins en France, notamment pour le différencier de la Menorah, le chandelier à 7 branches qui fut longtemps le symbole du judaïsme.
Rappelons brièvement l’origine religieuse de la ‘Hanukkiah.
Lorsqu’en 165 avant l’ère chrétienne, les Maccabim victorieux arrivent au Temple de Jérusalem, ils ne trouvent que quelques gouttes d’huile d’olive, qui auraient suffi à faire briller la Menorah un seul jour alors qu’il faudrait huit jours pour refaire un stock d’huile.
Là s’opère le miracle bien connu : les quelques gouttes d’huile d’olive parviennent à brûler pendant 8 jours de suite, juste le temps que « tout rentre dans l’ordre ».
Au moment où se fixe le judaïsme rabbinique, dans les siècles autour de la destruction du Second Temple, les décisionnaires célèbrent donc ce miracle en instituant la fête de ‘Hanukkah (= « inauguration »), et en imposant la « publication du miracle » (c’est-à-dire de le proclamer et de le faire connaître).
La ‘Hanukkiah est donc censée rappeler à la fois la grande Menorah du Second Temple (dont on a d’ailleurs récemment découvert une reproduction d’époque sur un bas-relief près du lac de Tibériade), et le miracle des 8 jours.
Oui, mais pourquoi 9 branches pour 8 jours de fête ?
Parce que l’on rajoute une neuvième bougie, une bougie principale censée allumer toutes les autres bougies.
Cette bougie s’appelle le Shamash, ce qui signifie « le serviteur », mais qui provient aussi de la racine de Shemesh, « le soleil ». Une fois toutes les bougies du jour allumées, on fait fondre la base du Shamash avec une autre bougie, et on le pose sur son bougeoir un peu surélevé.
Et comment allumer les autres bougies ?
Sur ce point, le rituel actuel est le résultat d’un long débat des premiers décisionnaires, entre l’école de Shammai et l’école d’Hillel – et ce n’est qu’une des centaines de controverses entre ces deux écoles.
L’école de Shammai était partisane d’allumer 8 bougies le premier jour, 7 bougies le deuxième, etc. À l’opposé, l’école d’Hillel prônait d’allumer une bougie le premier jour, 2 bougies le deuxième, etc. Dans les deux cas, on allume en tout (1+1)+(1+2)+…+(1+8) = 44 bougies pendant ‘Hanukkah (et on remarque que 44 = 18+26 !).
Finalement c’est l’école d’Hillel qui l’a emporté historiquement, et on dispose les bougies de droite à gauche (c’est-à-dire que chaque soir, on ajoute une bougie à gauche de la dernière allumée), et on allume ces bougies de gauche à droite (pour que les personnes droitières ne se brûlent pas ?).
Ce soir, il y aura donc 6 bougies à allumer.
Autre chose sur le rituel de la ‘Hanukkiah ?
‘Hanukkah étant une fête avant tout familiale, et aussi bien les femmes que les hommes sont habilitéEs à allumer la ‘Hanukkiah.
L’allumage des bougies a lieu si possible à la tomber de la nuit en présence de toute la famille, ou alors plus tard si ce n’est pas possible.
Il existe également des commandements halakhiques sur où poser la ‘Hanukkiah, et des bénédictions relativement connues que nous ne développons pas.
De plus, il faut préférer si possible les mèches baignant dans l’huile d’olive plutôt que les bougies.
‘Hanukkah Samea’h LeKoulam !

Ce soir à 16h35 commence le 25 Kislev, qui marque le premier des 8 jours de ‘Hanukkah ! Une fête qui, il faut bien l’avouer, est très très attendue par les plus jeunes dans nos familles !
‘Hanukkah est une fête d’origine rabbinique qui célèbre à la fois la victoire militaire de la révolte des Maccabim, la « victoire spirituelle » sur les « Juifs hellénisants », l’institution d’un royaume indépendant sur la Judée… mais surtout le fameux « miracle de la fiole ».
Rappelons de quoi il s’agit : les Maccabim victorieux arrivent au Temple de Jérusalem (HaBeit HaMikdash), où la Menorah (chandelier à 7 branches) doit briller en permanence. Mais ils n’y trouvent que quelques gouttes d’huile d’olive consacrée, qui auraient suffi à faire briller la Menorah un seul jour alors qu’il en faudrait huit pour refaire un stock d’huile.
Et c’est là que s’opère le miracle : les quelques gouttes d’huile d’olive parviennent à brûler pendant 8 jours de suite, et « tout est bien qui finit bien ».
Voilà donc l’origine de l’allumage pendant 8 jours de la ‘Hanukkiah, ce chandelier à 9 branches qui porte 8 bougies, plus une bougie « principale » (le Shamash) utilisée pour allumer les autres.
D’autres coutumes se sont greffées avec le temps. Ainsi, il est coutume de manger des Soufganyot (des beignets fourrés), de donner de l’argent aux enfants (coutume qui s’est transformée soit en cadeaux, soit en médailles en chocolat), ou encore de faire tourner une toupie (« Sevivon, sov sov sov… »).
Voilà pourquoi ‘Hanukkah est une fête si attendue par les plus jeunes !
Quoi qu’il en soit, nous reviendrons au cours de ces 8 jours sur certains aspects de cette fête, car en réalité ‘Hanukkah est une fête de résistance et d’espoir !
Entretemps, Hapoel souhaite très très chaleureusement une bonne fête à toutes les personnes juives – ou pas, d’ailleurs.
'Hanukkah Samea'h ! – ! חנוכה שמח
Comme nous expliquions vendredi, c’est aujourd’hui Rosh HaShanah de la ‘Hassidout.
Pour les marxistes, la religion est une expression réactionnaire et patriarcale, mais parfois, le peuple s’en empare pour y insuffler ses propres valeurs : la paix, l’amour, l’aspiration à vivre tout simplement en harmonie avec l’humanité et la nature.
Pour les mystiques, tout cela connaîtra son avènement dans un avenir messianique, et c’est très précisément l’objet de cette chanson de Matisyahu, qui a d’ailleurs été ‘Habadnik jusqu’en 2007 et qui vit encore à Crown Heights (Brooklyn, New York).
Cette chanson s’appelle « One Day », ce qui résume en deux mots l’esprit messianiste, et est extraite de son dernier album « Light » (sorti à la rentrée 2009).
Malgré une perspective religieuse-pacifiste qui ne peut servir à rien à notre époque, c’est une belle chanson aux paroles émouvantes, avec un clip métis et populaire… où apparaissent même des étoiles rouges !
Le Youd-Teth Kislev est une date importante pour le mouvement Loubavitch partout dans le monde.
En effet, le 19 Kislev, qui commence ce samedi soir et se termine dimanche soir, marque l’anniversaire de la libération de Shneur Zalman de Liadi des prisons tsaristes. Étant considéré comme une intervention divine, ce jour a donc été consacré par les Loubavitch comme « Rosh HaShanah de la ‘Hassidout ».
Qui était Shneur Zalman de Liadi ? Et surtout, pourquoi chez Hapoel parle-t-on de la doctrine de ‘Habad ?
Le Rabbi Shneur Zalman de Liadi, aussi connu par les ‘Hassidim comme « Alter Rebbe », est le fondateur du mouvement ‘Habad, dont la seule branche restante est aujourd’hui celle de Loubavitch.
Né en 1745, descendant du Maharal, il commença principalement comme talmudiste. Puis il étudia auprès du Maggid Dovber de Mezeritch, lui-même quasi successeur du Baal Shem Tov, le père fondateur du ‘Hassidisme.
Le ‘Hassidisme est un grand mouvement juif né en Europe de l’Est au 18ème siècle, qui mettait en avant la joie (Sim’ha), le mysticisme et l’étude de la dimension cachée de la Torah (et donc toute la tradition kabbalistique).
Celui-ci est né plus ou moins en opposition à la sécheresse doctrinale des talmudistes de l’époque, qui était elle-même une réaction aux grandes espérances messianistes des masses populaires juives – opprimées et misérables à l’extrême dans la féodalité tsariste – qui s’étaient cristallisées en la personne du « messie » Shabbatai Tzvi au milieu du 17ème siècle.
Ainsi l’on voit que les espérances populaires juives d’une délivrance prennent une forme tout à fait baroque et très expressive, face au formalisme desséché des talmudistes.
C’est entre autres pour cela qu’Hapoel ne nie pas l’existence de courants mystiques et populaires dans la religion juive, qui sont l’expression d’une attente messianiste de la « Guéoulah », la Rédemption – ou bien de ce que les révolutionnaires appellent le « besoin de communisme », mais qui ne pouvait s’exprimer de manière scientifique à l’époque.
Ces deux aspects (baroque des ‘Hassidim, formalisme des talmudistes) ne correspondaient en fait pas exactement aux mêmes couches sociales de la féodalité, notamment dans la contradiction entre les villes (et leurs ghettos) d’une part, et les campagnes (et leurs shtetls) d’autre part. Mais une étude matérialiste systématique et approfondie reste à faire.
Quoi qu’il en soit, donc, le rabbi Shneur Zalman fut le fondateur à Liadi (actuelle Lituanie) de la branche ‘Habad du ‘Hassidisme (= ‘Hokhma, Binah, Daat = sagesse, compréhension, connaissance, qui sont des sefirot de la Kabbale). Il est l’auteur du très fameux Tanya, publié en 1797 et republié après sa mort en 1814.
Cependant, le mouvement ‘hassidique suscita lui-même une réaction des grands talmudistes comme le Gaon de Vilna, qui se constitua comme les « Mitnagdim » (= « opposants », pour ne pas dire « réactionnaires » !).
Les Mitnagdim étaient prêts à tout pour torpiller le ‘Hassidisme, qu’ils voyaient comme un faux judaïsme dont l’aspect joyeux, mystique, populaire serait un obstacle à l’étude de la doctrine talmudiste.
C’est ainsi que l’on rapporta des calomnies au Gaon de Vilna à propos des ‘Hassidim. De même, les Mitnagdim de Vilna (Vilnius) sont allés expliquer aux autorités tsaristes en 1798 que les ‘Hassidim envoyaient de l’argent en Palestine (pour les familles juives pauvres), alors que l’Empire ottoman était ennemi de la Russie.
Le rabbi Shneur Zalman de Liadi fut alors emprisonné dans une forteresse de St-Pétersbourg, et cela pendant 53 jours. Il fut libéré le 19 Kislev de l’année civile 1798, et c’est cette date qui est considérée comme le fait d’une intervention divine.
De plus, étant la célébration d’une Libération, on comprend l’importance que peut avoir cette date dans le messianisme Loubavitch. D’où le « jour de l’an de la ‘Hassidout ».
Une anecdote – amusante aujourd’hui, mais qui a une certaine signification « politique » – est la suivante : après sa libération, Shneur Zalman fut conduit par erreur chez un Mitnaged. Pendant 3 heures, le Mitnaged enchaîna les questions désagréables, et Shneur Zalman expliqua par la suite que ces 3 heures étaient pires que les 53 jours de prison.
Les Loubavitch racontent également que le Baal Shem Tov et Maggid de Mezeritch vinrent visiter le Alter Rebbe en prison. Mais comment aurait-ce été possible, puisque tous deux étaient déjà morts ? Il est expliqué qu’ils se seraient incarnés dans le corps d’un des visiteurs, ce qui est « confirmé » par la question (apparue au début du 20ème siècle) de savoir s’il y avait la place pour 3 personnes dans la cellule : le prisonnier, le visiteur, et l’âme du maître.
Voilà plus ou moins quelle est l’histoire du 19 Kislev, le « Rosh HaShana de la ‘Hassidout ».
Plus d’information sur le site américain de ‘Habad : par ici.
Pour les personnes religieuses, une célébration se tiendra lundi soir à 20h30 au Cirque d’Hiver de Paris (rue Amelot dans le 11ème).
C’est Yossef qui revient de la synagogue, et en passant sur un pont, il voit quelqu’un qui s’apprête à sauter par-dessus la rembarde. Il se précipite vers lui en criant :
« Stop, stop, ne faites pas ça !!!
– Pourquoi je ne devrais pas ?
– Parce qu’il y a plein de choses magnifiques que vous avez encore à vivre sur cette terre !
– Comme quoi ?
– Eh bien… je ne sais pas : vous êtes Juif ou Goy ?
– Juif.
– Moi aussi ! Vous êtes Orthodoxe ou Libéral ?
– Orthodoxe.
– Moi aussi ! Vous êtes ‘Haredi ou Modern-Orthodox ?
– ‘Haredi.
– Moi aussi ! Vous êtes ‘Hassidique ou Litvish [Lituanien] ?
– Litvish.
– Incroyable ! Moi aussi ! Vous êtes Litvish Yerushalmi ou Bnei-Braker [de Jérusalem ou de Bnei-B'rak] ?
– Litvish Yerushalmi.
– Moi aussi ! Vous êtes Litvish Yerushalmi Moussarnik ou Litvish Yeroushalmi Brisker ?
– Litvish Yerushalmi Moussarnik.
– Mais c’est fou, moi aussi ! Et vous êtes Litvish Yerushalmi Moussarnik Slobodkaniker ou Litvish Yerushalmi Moussarnik Kelmer ? »
Là, la personne encore à moitié sur la rembarde répond : « Litvish Yerushalmi Moussarnik Slobodkaniker ». Et Yossef le pousse dans le vide : « Meurs, espèce d’hérétique ! »
La 8ème édition du Festival Jazz’n’Klezmer s’est ouverte samedi dernier à Paris, et se poursuit jusqu’au 3 décembre. Voici le programme en résumé :
Jeudi 19 novembre (ce soir !) : Mor Karbasi, à l’Espace Rachi ;
Samedi 21 novembre : Suites Africaines, à l’Espace Rachi ;
Jeudi 26 novembre : Freylekh Trio & Amsterdam Klezmer Band & Tsimtsoum, à La Bellevilloise ;
Lundi 30 novembre : Faren Khan & David Krakauer, à La Bellevilloise ;
Jeudi 3 décembre : Oy Division & DJ Click & Brad Scott, au Centre Fleury Goutte d’Or.
Évidemment, ce festival semble avoir un gros arrière-goût de « branchitude bobo parisienne », mais c’est l’occasion d’aller voir sur scène Klezmer Madness (avec David Krakauer et Socalled, dont nous avions déjà parlé).
Toutes les informations se retrouvent de manière détaillée sur le site du Festival Jazz’n’Klezmer.

Ce jeudi 19 novembre a lieu une soirée en hommage à DJ Lam-C.
DJ Lam-C, c’était Sébastien Sellam, ce jeune juif de 23 ans, torturé et assassiné il y a 6 ans par son voisin, dans le parking de sa cité de la rue Louis Blanc (Paris 10ème).
L’assassin n’a cessé de revendiquer son antisémitisme, mais l’État français et sa justice ont décidé d’enterrer l’affaire, en prétendant qu’il était irresponsable en raison de son état psychiatrique.
Une soirée est donc organisée à Paris en hommage à Lam-C, ce jeudi 19 novembre au Pavillon Rouge (Porte de la Chapelle). Une soirée avec des invités célèbres, comme Alibi Montana, Princess Aniès, Matt Houston, DJ Goldfingers, DJ Maze, etc.
Un bel hommage à Sébastien Sellam, qui vivait la musique à fond et qui essayait d’offrir à sa mère une vie meilleure.
Mais un hommage qui vit des mêmes illusions que celles de Sébastien : excès d’optimisme immédiat, échappatoire apolitique dans la fête, espoir d’une issue individuelle.
Quoi qu’il en soit, tous les détails se retrouvent sur Paris Qui Bouge, Feuj Night (avec inscription) ou évidemment Facebook.
Car c’est bien de cela qu’il s’agit, au fond : savoir lire entre les lignes, savoir être à l’écoute du mouvement, des contradictions, des retournements. Voici d’ailleurs ce que nous disions à l’occasion de Pourim :
L’histoire de Pourim est elle-même une merveille de dialectique, où chaque chose se retourne en son contraire (Mordekhai en habits royaux escorté par Haman, Haman pendu à la potence qu’il avait réservée à Mordekhai), où ce qui est caché prend tout son sens (Hadassa la juive sous le nom perse d’Esther, aucune mention dans toute la Meguilah à D.ieu alors que c’est Lui qui tire les ficelles), etc.
C’est là le sens du mot « Pour » (le singulier de Pourim), qui veut dire le « sort » : l’histoire de Pourim est un sort et un jeu du sort. D’où les déguisements et le carnaval, qui incarnent presque la dialectique de l’histoire.

Les États-Unis ont connu une période de leur histoire marquée par l’interdiction de vendre de l’alcool : c’était la « Prohibition », qui a servi de cadre à tant de films…
Mais chez certains, l’humour n’avait pas été pas prohibé, et ce fut l’occasion pour deux policiers très spéciaux de briller : Izzy Einstein et Moe Smith.
Quand on dit « policiers », on devrait dire en fait les deux showmen !
Car ces deux juifs d’origine autrichienne ne restèrent pas longtemps dans la police, seulement de 1920 à 1925 : le temps de se faire éjecter, non pas en raison de leurs résultats, mais surtout à cause de leurs extravagances !
Le saviez-vous ?
Isidor « Izzy » Einstein est né en Autriche, sa langue maternelle était le yiddish, et il émigra aux USA à l’adolescence. C’était lui le joyeux luron de l’équipe. Quant à Moe Smith, il est né à New York de parents juifs austro-galiciens, et était plutôt le « chef des opérations ».
Dès le début de la Prohibition, Izzy Einstein et Moe Smith abandonnent leurs anciens métiers, et s’engagent dans la police de New York. Leur job : fermer les bars servant de l’alcool.
Et leur méthode secrète ? Entrer dans un « club » avec les costumes les plus délirants, se faire servir de l’alcool, et constater le flagrant délit !
Une méthode quasi infaillible pour ces deux génies du déguisement !
Ainsi, entre 1920 et 1925, ils eurent le temps de procéder à 4932 arrestations de « bootleggers », dont 95 % se conclurent par une condamnation. Leur prise record : 5.000.000 de bouteilles de Hooch d’un coup.
Concernant leur créativité, il est aisé d’en juger : déguisements de footballeur américain, de délégué du Congrès démocrate, de Texas Ranger… ou encore de couple ashkénaze ! Quant à l’audace, ils en avaient assez pour se jeter dans l’eau glacée et venir demander de quoi se réchauffer… Pire encore : une fois, Izzy Einstein demanda, l’air lassé, « un verre pour un agent méritant de la Prohibition » : le barman le servit, pensant à un mot d’humour !
De quoi devenir la terreur des trafiquants… mais aussi des icônes populaires d’une époque très impopulaire !
Oui mais voilà, la hiérarchie policière ne l’entendait pas de cette oreille…
Ainsi, un responsable de la police expliqua que « le service doit rester digne », alors que « Izzy et Moe appartiennent à une scène de vaudeville ».
Pour leurs extravagances, Moe Smith et Izzy Einstein seront mutés en 1925 à Chicago, soi-disant « pour le bien des services ». Refusant de se plier à la hiérarchie, ils démissionneront immédiatement.
Le décalage est donc absolu : d’un côté la culture juive (en l’occurrence ashkénaze), toute dans le délire créatif quasi punk ; de l’autre, la culture de la répression policière, prenant tout au premier degré.
Comme quoi la culture populaire juive ne saurait s’insérer dans la culture de l’État et de sa police…
La preuve : l’ancien commissaire Sammy Ghozlan, qui en prétendant combattre l’antisémitisme par ses « talents » répressifs, passe à côté d’un pan entier de l’identité juive, et se nie au profit du sionisme.
Au moins avec Izzy & Moe, c’était Pourim tous les jours !
Voici le clip de la chanson « Youth », un des tubes de Matisyahu, le chanteur reggae ‘habad new-yorkais.
Une chanson et un clip universalistes, qui appellent la jeunesse à se lever et à remettre le monde en mouvement.
Jeune, « make the right move », rejoins Hapoel, rejoins l’Action Antifasciste.
[Dans la suite, les paroles en anglais.]
Depuis hier soir jusqu’à ce soir, nous célébrons Sim’hat Torah. Comme son nom l’indique, il s’agit de « réjouissances » pour la Torah (Sim’ha = שמחה = joie). Cette fête clôt Soukkot, la fête de la joie justement, ainsi que la période des fêtes du début d’année.
Sur le plan religieux, Sim’hat Torah termine le cycle annuel de lecture de la Torah. Les personnes religieuses bouclent donc la dernière parasha des Dvarim (VeZot HaBrakha – « Et c’est la bénédiction »), et redémarrent sur la première parasha de Bereshit (Bereshit – « Au commencement »).
Mais le rite le plus attendu est certainement celui qui se tient le soir de Sim’hat Torah (donc hier soir), quand on sort les rouleaux de la Torah pour partir en procession dans la synagogue (ou plus souvent en mini-procession…) avec des chants particulièrement chaleureux.
À cette occasion, les hommes bénissent les rouleaux, et s’ils arrivent à se frayer un chemin dans la foule, il peuvent éventuellement les toucher avec les tzitzit. Inutile de préciser que ce rituel est également attendu avec impatience par les enfants, puisqu’on a coutume de lancer des bonbons dans la synagogue…
‘Hag Samea’h à toutes et à tous !
La révolution est la Sim’ha des oppriméEs !
Ce dimanche s’ouvre à Paris une exposition s’intitulant « L’immigration juive et son intégration dans la nation, 1880 – 1948 ».
Cette exposition photographique est organisée par l’association Mémoire Juive de Paris, et se tiendra du 11 au 18 octobre à la mairie du 19ème arrondissement.
Voici la présentation de l’événement :
« Cette exposition couvre les années 1880-1948 et illustre la vie au quotidien des juifs en France pendant cette période mais aussi leur apport dans les domaines des arts et des sciences ainsi que le lourd tribut payé par la communauté juive pendant la Shoah.
Ces photos, ces documents, se mettent à vivre et déroulent sous nos yeux un ecxeptionnel livre d’histoire, suscitant de nombreuses retrouvailles et toujours une grande émotion.
La nouvelle édition du livre de l’association « Images de la mémoire juive» sera présentée lors de cette exposition. »
Pour plus d’informations :
- le Mémorial de la Shoah (pour voir l’affiche de l’expo ainsi que la couverture du livre de l’association),
- la mairie du 19ème (pour les horaires d’ouverture en haut à gauche),
- et le mail de l’association : memoirejuivedeparis STRUDEL free.fr

Sortie de Souccot dimanche à 20h12. Suit une période demi-fériée (‘Hol HaMo’ed), jusqu’à Hosh’ana Rabba ce vendredi.

Entrée vendredi à 19h09, sortie de Shabbat samedi à 20h11, sortie de Souccot dimanche à 20h12.
Ce soir commence la fête de Souccot, la « fête des cabanes » qui dure deux jours. La fête débute donc à la tombée de la nuit, à 19h09, Shabbat se termine demain à 20h11, et Souccot se termine dimanche à 20h12.
La tradition à Souccot est de construire des cabanes (« Souccah » au singulier, « Souccot » au pluriel), selon certaines règles très précises. Ces Souccot deviennent alors un lieu de célébration (religieuse entre autres), de convivialité, où l’on invite souvent de la famille ou des amis pour partager un repas – du moins dans les pays où il fait encore chaud à la période des fêtes…
Mais pourquoi des cabanes ? Pour commémorer l’errance dans le désert à la sortie d’Égypte, pendant laquelle les Hébreux ont dû vivre sous des cabanes.
Un rite religieux connu consiste en la mitzvah du Loulav, c’est-à-dire bénir la Souccah en tenant en main le Loulav et l’Etrog. L’Etrog est une sorte de citron (le cédrat, pour être précis), tandis que le Loulav est une appellation collective pour trois branches de plantes : le Loulav pour le dattier, le Hadass pour la myrte et la ‘Aravah pour le saule.
Les cabanes, les branches, la fin de l’été, le début des pluies… Tout cela n’appartient-il pas au registre de l’agriculture ? Oui, précisément.
Car au-delà de l’aspect religieux, il faut bien garder à l’esprit que Souccot est une fête agricole de réjouissances, à l’occasion de la moisson. D’ailleurs, elle fait partie des trois pèlerinages qui étaient en vigueur à l’époque du Temple : Pessa’h, Shavuot et Souccot, qui marquent trois moments de l’année agricole.
Sous la couche des rituels parfois étranges de Souccot (tourner sept fois autour de la Souccah, etc.), cette fête n’est donc absolument pas déconnectée de la question de la production (comme tout, d’ailleurs) : elle en est simplement un écho mystique, censé se réaliser comme pèlerinage de toutes les Nations à Jérusalem dans les temps messianiques (= le communisme, en termes scientifiques).
‘Hag Souccot Samea’h !
! חג סכות שמח
À ceux qui sont dans la moyenne,
À ceux qui n’ont jamais volé,
À ceux de confession chrétienne,
À ceux d’opinion modérée,
À ceux qui savent bien se plaindre,
À ceux qui ont peur du bâton,
À tous ceux qui n’ont rien à craindre,
Je dis que Pierre est en prison.Dormez en paix, monsieur le juge.
Lorsque vous rentrez du travail,
Après le boulot, le déluge,
Tant pis pour les petits détails.
Aujourd’hui, cette affaire est close.
Une autre attend votre réveil.
La vie d’un homme est peu de chose
À côté de votre sommeil.Soyez contents, jurés, notables,
Vous avez vengé proprement
La vie tristement respectable
Que vous meniez depuis longtemps.
Qu’on vous soit différent suppose
Par obligation qu’on ait tort.
La vie d’un homme est peu de chose
À côté de votre confort.Soyez satisfait, commissaire,
Vous n’avez pas été trop long
Pour mettre un nom sur cette affaire.
Tant pis si ce n’est pas le bon.
Tant pis si chez vous, on dispose
De moyens pas toujours très clairs.
La vie d’un homme est peu de chose
À côté d’un rapport à faire.Rassurez-vous, témoins du drame,
Qui n’étiez pas toujours d’accord
Puisqu’aujourd’hui on le condamne
C’est donc que vous n’aviez pas tort.
Vous êtes pour la bonne cause.
Vous avez fait votre devoir.
La vie d’un homme est peu de chose
À côté de votre mémoire.Tu n’aimes pas la pitié, Pierre,
Aussi je ne te plaindrai pas.
Accepte juste ma colère,
J’ai honte pour ce peuple-là.
Je crie à ceux qui se reposent,
À ceux qui bientôt t’oublieront.
La vie d’un homme est peu de chose
Et Pierre la passe en prison.
Nous commémorons aujourd’hui les 400 ans de la disparition du Rabbi Loew, le Maharal de Prague, dont nous avions parlé hier.
Le nom du Rabbi Loew est encore aujourd’hui largement attaché au mythe du Golem, et sans vouloir faire insulte à sa mémoire, on peut affirmer que c’est presque grâce au Golem qu’il reste vivant dans la mémoire juive d’Europe.
En 1580, sous le règne de Rudolphe II, un dignitaire religieux antisémite de Prague, Taddaüs, lance des rumeurs de crime rituel, aussitôt suivies par des pogroms contre le ghetto.
Le Rabbi Loew adressa alors ses prières pour savoir comment défendre le ghetto, et reçut dix mots classés dans l’ordre alphabétique : « Ata Bra Golem Devuk Ha’Homer, VeTigzar Zedim ‘Hevel Torfe Israel », c’est-à-dire « Tu crées un Golem avec de l’argile et tu détruis les méchants qui dévorent Israel ». On remarquera que les initiales sont les dix premières lettres de l’alphabet hébreu, qui correspondent donc aux Dix Commandements.
Le Maharal alla donc chercher de l’argile à la sortie de la ville, sur la rive droite de la Moldau, et confectionna avec deux de ses meilleurs élèves une énorme figurine en argile. Chaque élève représentait le feu et l’eau, tandis que le Maharal était l’air, et qu’il s’agissait d’insuffler ces trois éléments au quatrième, à savoir la terre du Golem.
Après avoir tourné sept fois dans le sens anti-horaire autour du Golem, en récitant des invocations, des psaumes et un verset de la Genèse, deux versions existent pour la mise en mouvement finale du tas d’argile : soit glisser le nom de D.ieu dans la bouche du Golem, soit lui écrire sur le front le mot « Emet » (אמת), c’est-à-dire la Vérité.
Quoi qu’il en soit, le Golem se leva instantanément, et écouta (sans parler, puisqu’il était muet) le Rabbi Loew lui expliquant le pourquoi de son existence ainsi que son devoir d’obéissance à lui seul.
Le Golem assura alors l’autodéfense du ghetto pendant plusieurs années, et cet homme muet et mystérieux devint une célébrité à Prague. On notera cependant qu’il existe une version un peu édulcorée qui dit que le Golem ne servait pas à la défense de la communauté, mais simplement parce que le Maharal voulait un fils…
Le Rabbi Loew avait pour habitude de donner des ordres au Golem avant Shabbat, pour ne pas avoir à lui parler pendant le Shabbat. Mais une fois il oublia de définir ces tâches, et dès la tombée de la nuit, le Golem devint comme fou, traversant la ville et semant la destruction. D’autres versions (sans doute plus récentes) disent que le Golem était tombé amoureux mais a été éconduit, et est donc devenu fou de douleur.
Quand le Rabbi Loew fut prévenu de la panique qui régnait en ville, il sortit immédiatement de sa synagogue et cria au ciel : « Golem, reste où tu es ! ». Et le Golem se figea.
Après cela, l’empereur Rudolf II promit qu’il arrêterait les persécutions contre la communauté juive, et supplia le Maharal de détruire le Golem.
Au début de l’année 1593, le Rabbi Loew convoqua ses deux meilleurs élèves, et ils désactivèrent le Golem. Là encore, selon les deux versions de sa naissance, il y a deux versions pour sa désactivation : soit enlever le nom de D.ieu de sa bouche et refaire toutes les prières et invocations en les lisant en sens inverse ; soit effacer la première lettre de « Emet » pour en faire « Met » (מת), c’est-à-dire « mort ».
Le corps sans vie du Golem fut stocké dans la remise de la synagogue, là où étaient gardés les livres anciens, et il fut interdit d’y monter. On dit qu’il y est encore aujourd’hui, mais la visite est interdite au public.

[À gauche, la couverture de la première édition de « Der Golem » en 1915 par Gustav Meyrink. À droite, le film du même nom, par Paul Wegener en 1920.]
De manière plus générale, les Golems sont des créatures faites d’argiles, dans lesquelles un humain suffisamment puissant a insufflé la vie. En fait, il en est de même pour le Golem que pour Adam, le premier homme à propos duquel il est dit dans la Genèse : « Il fit pénétrer dans ses narines un souffle de vie et l’homme devint un être vivant. »
La légende du Golem est ancienne, et dans le Talmud déjà, il est fait référence à des créatures d’argile au service de rabbins. Le mot « Golem » (גולם) est encore plus ancien, proviendrait de « Gelem » (= la matière brute), et se retrouve aussi bien dans les Tehilim (psaume 139) que dans les Pirkei Avot. On retrouve aussi en yiddish le mot « Goylem », qui désigne une personne un peu maladroite, pas très fine.
Au cours des âges, la légende du Golem s’est considérablement enrichie en détails, et c’est une version assez aboutie que celle du Golem de Prague.
Cependant, il semblerait que cette légende pragoise soit née bien après la mort du Maharal (il y a 400 ans jour pour jour). En effet, cette légende comme telle est apparue dans un livre de légendes juives de Prague en 1847 (« Galerie der Sippurim », par Wolf Pascheles). Elle fut republiée en yiddish en 1911, puis en 1915 par Gustav Meyrink avec des illustrations désormais célèbres de Hugo Steiner. En 1920 est sorti le premier volet d’une trilogie de films expressionnistes sur la légende du Golem, et c’est le seul épisode qui nous est parvenu.
Le mythe du Golem se retrouve assurément dans le dessin animé « Fantasia » de Walt Disney, mais aussi peut-être dans le « Frankenstein » de Mary Shelley (si elle connaissait cette légende en 1818, ce qui n’est pas certain). On peut aussi penser à la notion même de « Robot », qui est née sous la plume de l’écrivain tchèque Karel Čapek en 1921.
Mais le fait que cette légende puisse être en réalité si tardive a bien une signification : elle serait née à l’âge du capitalisme, où l’aliénation devient extrêmement aiguë. En effet, le mythe du Golem rejoint l’idée que les créations humaines peuvent échapper à l’humanité et devenir destructrices. Ainsi, des intellectuels universitaires ont récemment relu Marx à la lumière du Golem, dans un article de 2008.
« Juifs, Polonais, Hongrois, Roumais, Italiens, Espagnols, Arméniens,
Jeunes, Héros, Résistants. »
Demain mercredi 16 septembre, le film « L’Armée du Crime » de Robert Guédiguian sort au cinéma.
Ce film traite des FTP-MOI (Francs-Tireurs et Partisans – Main-d’Œuvre Immigrée) et de leur dirigeant Missak Manouchian. Le titre du film fait référence à l’Affiche Rouge, une affiche de propagande pétainiste dénonçant les 23 partisanEs tombéEs le 21 février 1944 comme n’étant pas « des libérateurs » mais « l’armée du crime ».
Les FTP-MOI étaient une structure communiste de guerilla anti-nazie en France qui regroupait des partisans d’origine immigrée, et qui relevait directement de la responsabilité de l’Internationale Communiste.
Les vaines tentatives de dépolitiser les FTP-MOI et d’en faire des « résistants idéalistes » soi-disant « pas staliniens » n’ont donc strictement aucun sens, et sont du pur révisionnisme historique : pour entrer dans une organisation de lutte armée de l’Internationale Communiste sous le nazisme, les critères idéologiques n’étaient certainement pas laxistes.
Ce film est en quelque sorte le pendant responsable du film « Inglorious Basterds », dans le sens où il prend clairement parti dans l’Histoire, et n’est pas un simple prétexte à de la violence, à de l’histoire-fiction (certes sympathique), ou à une glorification du cinéma « en soi ».
Une présentation des FTP-MOI par l’Action Antifasciste : par là.
Ci-dessous, l’affiche de « L’Armée du Crime », qui pointe vers le site officiel du film.
Depuis hier soir ont commencé les Sli’hot ashkénazes, qui consistent en des prières de « pardon » qui durent jusqu’à Yom Kippour. Elles commencent chez les ashkénazes à la sortie du dernier shabbat avant Rosh HaShanah.
Traditionnnellement, l’office du samedi soir est alors plus fréquenté que d’habitude, pour profiter des chants liturgiques. Les Sli’hot ashkénazes ont toujours la même structure : le psaume 145, puis un demi Kaddish, puis une Sli’hah.
Rappelons que nous avons parlé des Sli’hot séfarades au début du mois d’Elul, en expliquant ce que signifie la « repentance » d’un point de vue révolutionnaire.
Rappelons également que se tient aujourd’hui la cérémonie (religieuse) des DéportéEs, à 10h30 à la grande synagogue de la Victoire.
« Notre culture est une culture de vie, une culture vivante. Malgré les destructions, les juifs continuent de danser, de chanter, de tout faire pour vivre dans la joie. »
Klezmer Madness est un groupe fondé par le grand clarinettiste klezmer américain David Krakauer. Dans la veine de la culture juive progressiste américaine (et ashkénaze), ils revisitent les classiques du klezmer en les mixant avec de la musique éléctronique, du free jazz, etc.
Une petite vidéo d’un concert donné à Cracovie, où tant des nôtres vécurent et furent exterminés :
Le saviez-vous ? Les Juifs sont des punks !
Non, pas tous, c’est vrai… Mais justement. Les communautés juives étant marquées par des valeurs conventionnelles, la rébellion est d’autant plus explosive culturellement, et le punk a été une parfaite excentricité.
Si l’on rajoute à cela le traumatisme du nazisme, on voit facilement comment les personnes juives ont contribué au punk, jusqu’à en donner des figures notables.
Si en France Serge Gainsbourg et Daniel Darc ne sont pas liées à la musique punk, ils sont les figures d’un certain esprit punk juif autodestructeur, que l’on retrouve justement à la base du punk.
Qu’on pense aux Beastie boys, au départ un groupe de punk hardcore, qui a ensuite évolué vers le hip hop. Dès le départ le groupe de « funky jews » – Michael Diamond, Adam Yauch et Adam Horovitz… – a cultivé les incessantes provocations et revendications (« Fight for your rights to party! »), et – il faut le savoir – Michael Diamond n’est pas qu’un feuj qui a été punk : il est aussi vegan !
Mais on retrouve des figures juives dès le début du punk. Il y a déjà les ancêtres du punk : Lou Reed, Jonathan Richman, Bob Dylan.
Et il y a la première vague, celle qui naît à New York. Le vrai nom de Joey Ramone est Jeffrey Hyman, celui de Tommy Ramone est Thomas Erdelyi, et ils ont grandi dans le quartier juif de Forest Hill, dans le Queens à New York. Le manager qui les a fait tourner en Angleterre en 1976, donnant naissance au punk, était Danny Fields, juif également.
Sylvain Sylvain (Sylvain Mizrahi) était le guitariste des « New York Dolls », les vrais noms des deux membres de « Suicide » Martin Rev et Alan Vega sont Martin Reverby et Boruch Alan Bermowitz, Lenny Kaye était le guitariste de Patti Smith, 5 membres sur 6 des « Dictators » étaient juifs (Shernoff, Friedman, Kempner, Blum…), Nancy Spungen était la fameuse fiancée de Sid Vicious, Dave Rubinstein jouait dans Reagan Youth…
Le fondateur du CBGB, le club new yorkais où sont passés tous les groupes punks d’alors, a été fondé par Hilly Kristal, qui a grandi dans un collectif socialiste juif : le CBGB a appliqué le principe du « do it yourself » (fais le toi-même) dans la continuité de l’esprit d’autodétermination qu’il a acquis là-bas.
Et l’ombre du nazisme plane sur l’esprit punk juif, qui cherche à s’en moquer, à l’exorciser. Serge Gainsbourg – qui a porté l’étoile jaune enfant – y a consacré un album (Rock Around the Bunker), il y a la chanson « Blitzkrieg bop » des Ramones dont deux membres sont juifs dont le chanteur, le groupe « Blondie » (nom du chien d’Adolf Hitler) où l’on retrouve Chris Stein, les croix gammées des « Sex Pistols » dont le manager et grand organisateur était le juif anglais Malcolm Mclaren, Daniel Darc reprenant l’écrivain torturé mais antisémite Drieu La Rochelle…
Il va de soi qu’on trouve des personnes juives dans d’autres genres que le punk (Marc Bolan de T. Rex, David Lee Roth de Van Halen, Gene Simmons de Kiss, Evan Seinfeld de Biohazard…). Et sans doute y aurait-il également beaucoup de choses à dire sur l’esprit juif punk en France.
Pour les personnes intéressées, la recherche qui a déclenché un véritable retour sur cette question est le livre de Steven Lee Beeber, « The heebie-jeebie’s at CBGB’s ».
Et pour la petite histoire, Beeber a essuyé le refus de l’artiste Richard Hell (Meyers de son vrai nom), qui a nié ses origines juives et affirmé qu’il ne voulait être rattaché à aucun groupe. Hell a finalement admis que son père était juif, mais qu’il a été élevé comme communiste et athée. Beeber a alors répondu : « C’est la définition d’un juif ! »
Aujourd’hui, premier dimanche de septembre, se tient comme depuis 9 ans la Journée Européenne de la Culture et du Patrimoine Juifs, dans une trentaine de pays européens dont la France. Le thème en 2009 est « Fêtes et Traditions », à deux semaines de Rosh HaShana.
De nombreuses portes ouvertes, conférences, concerts, visites se tiennent donc aujourd’hui en France, que ce soit en Alsace-Lorraine, en Provence, dans le Sud-Ouest, ou bien sûr à Paris (y compris au Centre Medem, d’obédience bundiste).
Toutes les informations pratiques de la journée se retrouvent par là.
Pour clôre le mois d’août ainsi que notre trilogie sur les superstitions juives (1 – 2 – 3), voici un court article sur la khamsa.
Le saviez-vous ?
La khamsa est un symbole courant dans une partie du monde arabe (Afrique du Nord et Proche-Orient). Il représente une main stylisée censée protéger contre le mauvais œil, avec justement souvent un œil au milieu de la paume. « Khamsa » signifie « cinq » en arabe (« ‘hamesh » en hébreu), ce qui fait directement référence aux cinq doigts de la main.
La khamsa est un symbole culturel arabe, commun aussi bien aux personnes musulmanes qu’aux personnes juives. Elle n’a initialement aucune signification religieuse, et même au contraire puisqu’elle pourrait renvoyer à la pratique de l’idolâtrie…
Ainsi, la khamsa est totalement inexistante en Arabie Saoudite, où le monothéisme le plus rigide a mené une bataille réactionnaire et patriarcale contre des expressions populaires antérieures à l’Islam.
Cependant, des significations religieuses se sont greffées sur le symbole culturel, souvent en contournant les clergés et les hiérarchies religieuses : « khamsa » peut faire référence aussi bien aux cinq livres de la Torah qu’aux cinq piliers de l’Islam ou aux cinq nom sacrés de l’Islam chiite. De même, on trouve des interprétations religieuses avec les quatorze phalanges de la main.
Dans la culture juive arabe, la khamsa se décline aussi bien en bijoux, en amulettes (éventuellement avec une courte prière), en décorations murales… qu’en désodorisants pour voiture à accrocher au rétroviseur ! Cela montre à quel point ce symbole culturel est populaire au-delà de l’aspect simplement superstitieux – jusqu’à être recyclé par des capitalistes.
D’autres appellations de la khamsa peuvent être la « Main de Myriam » chez les personnes juives, ou bien la « Main de Fatima » chez les personnes musulmanes. Ces prénoms de femmes des textes sacrés sont à relier directement aux fortes superstitions présentes plus particulièrement chez les femmes que chez les hommes.
En effet, « les idées justes ne tombent pas du ciel », mais « ne peuvent venir que de la pratique sociale, de trois sortes de pratique sociale : la lutte pour la production, la lutte de classes et l’expérimentation scientifique » (Mao). Par conséquent, quand la domination sexiste isole les femmes et les empêche de mener leurs propres expériences sociales, elles ne peuvent se raccrocher qu’aux superstitions, d’autant plus quand elles passent brutalement de la féodalité à l’absurdité des métropoles impérialistes.
Cependant, on entend souvent parler en France de la khamsa comme de la « Main de Fatma » : c’est simplement une déformation de « Fatima » par les colonialistes français en Afrique du Nord. Le fait d’avoir adopté cette appellation en France (notamment pendant les « débats » sur les « signes religieux ostensibles ») relève clairement d’un mépris raciste, faisant de la khamsa ou bien une question religieuse musulmane, ou bien une superstition de « bonne femme » arabe.
Rien d’étonnant, donc, à ce que la bourgeoisie raciste française ait parlé d’interdire le port de la khamsa dans les écoles comme « signe religieux ostensible ». Rien d’étonnant non plus à ce que les trotskystes de Lutte Ouvrière (LO) et du Nouveau Parti Anticapitaliste (NPA, anciennement LCR) aient largement applaudi – et même pris les devants – dans cette entreprise raciste méprisant une partie du patrimoine du peuple et des femmes.
La khamsa est un symbole populaire de l’unité culturelle juive-arabe, et la bourgeoisie raciste ne nous empêchera pas de conjurer le mauvais œil capitaliste !
Ce matin ont débuté les Sli’hot séfarades, qui sont des prières de demande de pardon à D.ieu, à réciter chaque matin avant le lever du soleil.
Les Sli’hot (סליחות) commencent chez les séfarades avec le mois d’Elul, mais ni à Rosh ‘Hodesh (le premier jour du mois), ni un shabbat. Étant donné que Elul a commencé vendredi, cela repousse donc le début des Sli’hot à aujourd’hui.
Elles se poursuivent pendant quarante jours, jusqu’au 10 Tishri, c’est-à-dire Yom Kippour, qui marquent également la fin des Yamim Noraim, les « jours terribles » de la repentance entre Rosh HaShana et Kippour.
Chez les ashkénazes, les Sli’hot commencent après le dernier shabbat avant Rosh HaShana (ou le shabbat d’avant, selon les années).
Selon la tradition rabbinique, il existe trois niveaux de pardon : Sli’hah, Me’hilah, et Kapparah (à ne pas confondre avec de l’argot israelien…), qui correspondent respectivement :
- à la repentance (comme on dit en hébreu « sli’hah » pour « pardon ») ;
- au fait de revenir dans sa relation à D.ieu au moment avant de pécher (comme on quand on « passe l’éponge ») ;
- à la consolation du remords (qui n’est accessible qu’à D.ieu).
Au cours des quarante jours, les prières énumèrent les treize attributs de D.ieu, parallèlement aux « fautes » qui ont pu être commises durant l’année. Ainsi, on se repent notamment… de s’être révoltéE ! (sous-entendu : contre l’autorité de D.ieu)
Les personnes révolutionnaires considèrent qu’on n’a de pardon à demander à rien ni personne. Pour les révolutionnaires, la repentance n’a aucun sens, si ce n’est par rapport au critère de la soumission religieuse : c’est l’autocritique qui est une arme véritable aux mains du peuple !
La critique et l’autocritique, c’est persister dans la voie révolutionnaire, c’est servir le peuple sans avoir peur de la remise en cause permanente.
Et c’est exactement cela que les religieux dévient en appelant à chercher le péché en soi-même, jusqu’à se repentir pour des fautes que l’on n’a pas commises.
« Lutte, échec, nouvelle lutte, nouvel échec, nouvelle lutte encore, et cela jusqu’à la victoire – telle est la logique du peuple. » Mao Zedong.
Voilà pourquoi le peuple n’a pas peur de l’autocritique : le peuple a besoin de la libération, pas de la mauvaise foi bourgeoise !
D.ieu pardonne, pas le prolétariat !
« On est dans la liquidation de nazis, et les affaires sont en plein boom ! »
Le film « Inglorious Basterds » de Quentin Tarantino est sorti hier au cinéma. Ici un synopsis du film :
Dans la France occupée, Shosanna Dreyfus assiste à l’exécution de sa famille juive par le colonel nazi Hans Landa. Shosanna parvient à s’échapper et se retrouve à Paris où elle se construit une nouvelle identité en tant que gérante d’un cinéma.
Ailleurs en Europe, le lieutenant Aldo Raine forme un groupe de soldats juifs spécialisés dans des actions ciblées et risquées. Connus sous le nom de « The Basterds », Raine et ses hommes vont faire équipe avec l’actrice allemande et agent-double Bridget von Hammersmark pour tenter d’assassiner les leaders du Troisième Reich. Ils vont ainsi croiser Shosanna qui mène sa propre vendetta.
Le côté « fiction » du film semble à la fois être sa force et sa faiblesse : d’une part « l’attaque au cœur de l’État » est foncièrement sympathique, mais d’autre part où est le peuple ? où est la Résistance réelle ?
Quoi qu’il en soit, partagez vos critiques à ce mail : hapoel STRUDEL hushmail.com
Cela fait plus de six mois que nous n’avons pas publié de blague juive, donc nous nous rattrapons avec celle-là (que vous ne trouverez nulle part ailleurs !), à méditer pour shabbat. Cette blague est révélatrice des petits arrangements avec la foi : un peu schizophrènes, mais tout simplement populaires…
C’est Robinson Krouzaoui (le cousin juif de Robinson Crusoé, bien sûr !) qui échoue sur une île déserte. Dans l’attente d’un bateau qui viendrait le sauver, il construit deux synagogues.
Lorsqu’enfin arrive un bateau, le capitaine lui demande :
« Mais… pourquoi deux synagogues alors que vous êtes seul ? »Et Krouzaoui répond tout naturellement :
« Eh bien… celle-ci, j’y vais chaque shabbat, et celle-là… j’y mets jamais les pieds ! »

La photo est tirée du film juif polonais « Dybuk » de 1937, d’après la pièce d’Ansky de 1914, « Der Dybbuk, oder zwischen zwei Welten » (= « le Dibbouk, ou entre deux mondes »), qui n’a été jouée qu’après la mort de son auteur.
Ce film constitue un témoignage essentiel de la vie des communautés juives à la veille de la Shoah, et est souvent considéré comme le meilleur film en yiddish.
De plus, Ansky a également écrit l’hymne du Bund, un parti social-démocrate juif de Pologne, Russie et Lituanie.
Dans la suite, nous avons reproduit le résumé du film par Wikipedia, mais évidemment, ça peut gâcher un peu le plaisir…
Lire la suite »
En mars dernier est sorti au cinéma un film d’horreur, « The Unborn ». Au-delà de l’intérêt cinématographique (assez faible, paraît-il), ce film possède une composante juive, mais en fait très abstraite voire fumeuse – jusqu’à faire appel de manière un peu déplacée à Auschwitz.
Il s’agit grosso modo de transposer « L’Exorciste » avec des références juives au lieu de catholiques, et en prime une histoire de jumeau maléfique… Bref, une transposition très « forcée », très « mécanique », qui dénature la culture juive à des fins de marketing « ésotérique ».
Une transposition de « L’Exorciste » ? Mais qu’y a-t-il donc à exorciser ? C’est là la soi-disant originalité du film, puiqu’il s’agit d’une lutte contre un fantôme qui hanterait la famille depuis trois générations, plus précisément un « Dibbouk ».
Le saviez-vous ?
Dans la culture yiddish, le Dibbouk est un esprit maléfique qui « s’attache » à une personne, et « possède » le corps de cette personne afin d’accomplir sa propre volonté.
Le nom de « Dibbouk » provient de la tradition ‘hassidique et kabbalistique du 18ème siècle en Europe de l’Est. Sa racine est la même que « devek » (דבק), qui signifie « la colle », ce qui exprime bien ce que cela veut dire.
Néanmoins, il existe de nombreuses allusions aux « mauvais esprits » dans la Torah, bien avant l’apparition du mot « Dibbouk ». Ainsi, Shaoul HaMelekh (le roi Saül) aurait été affecté par un Dibbouk. Plus tard, Eliyahou HaNavi (le prophète Élie) est également possédé par l’esprit d’un mort, qui essaie alors de convaincre son roi de partir en guerre.
Selon la tradition kabbalistique, le Dibbouk n’est pas un démon, mais une âme en peine, une âme qui n’a pas pu s’insérer dans le « Gilgul Neshamot », c’est-à-dire le cycle des réincarnations. Par exemple, une personne suicidée se verra refuser même l’accès en enfer, et devra errer sur terre. De même, l’âme d’une personne morte avant d’avoir pu accomplir ce qu’elle voulait pourra également rester dans le monde des vivants.
On ne peut pas comprendre cela sans voir que, dans la conception mystique juive du monde, le corps et l’âme interagissent et sont en quelque sorte « connectés », « imbriqués ».
Si le corps et l’âme ne sont pas « en phase », ne sont pas « connectés », alors au moment où le corps part de ce monde, l’âme peut ne pas suivre, et rester parmi les vivants : elle est alors « entre deux mondes », « tsvishn tsvey Veltn » en yiddish (qui est précisément le sous-titre de la célèbre pièce de théâtre d’Ansky, « Der Dybbuk »).
Cette âme doit alors s’agripper à une personne vivante pour poursuivre ses buts – le plus souvent négatifs dans le cas du Dibbouk. Cela n’est à son tour possible seulement si la personne « possédée » souffre d’une discontinuité entre le corps et l’âme, exactement comme chez la personne morte dont est issu le Dibbouk.
Concrètement, on peut prendre l’exemple d’une personne qui meurt en effectuant une mauvaise action, et dont l’âme devient un Dibbouk. Celui-ci ira posséder le corps d’une personne qui aurait des envies d’effectuer la même mauvaise action, afin de l’accomplir.
Cependant, les conceptions kabbalistiques du Gilgul expliquent qu’il peut aussi exister de « bons » Dibboukim, c’est-à-dire des âmes de Justes qui s’attachent à une personne, et agissent comme les « anges-gardiens » de la croyance populaire catholique. C’est ce que l’on appelle « Sod Ha’Ibbur », le « secret de l’imprégnation ».
Comment comprendre alors la croyance populaire du Dibbouk ? Quel sens lui donner ?
Résumons un peu : notre corps est déconnecté de notre âme, de notre volonté, et il existe une entité invisible, insaisissable, qui prend le contrôle de nous et nous fait accomplir des tâches qui nous sont étrangères et imposées de l’extérieur…
Mais ne serait-ce donc pas l’exact écho mystique de ce que les marxistes appellent l’aliénation ?
L’aliénation, c’est-à-dire le fait d’être étranger à soi-même, a été expliquée de manière approfondie par Marx dans ses « Manuscrits de 1844 ». Après avoir montré que le travailleur est étranger au produit de son travail, Marx y écrit :
« L’aliénation de l’objet du travail n’est que le résumé de l’aliénation, du dessaisissement, dans l’activité du travail elle-même.
Or, en quoi consiste l’aliénation du travail ?
D’abord, dans le fait que le travail est extérieur à l’ouvrier, c’est-à-dire qu’il n’appartient pas à son essence, que donc, dans son travail, celui-ci ne s’affirme pas mais se nie, ne se sent pas à l’aise, mais malheureux, ne déploie pas une libre activité physique et intellectuelle, mais mortifie son corps et ruine son esprit. En conséquence, l’ouvrier n’a le sentiment d’être auprès de lui-même qu’en dehors du travail et, dans le travail, il se sent en dehors de soi. [...]
Enfin, le caractère extérieur à l’ouvrier du travail apparaît dans le fait qu’il n’est pas son bien propre, mais celui d’un autre, qu’il ne lui appartient pas, que dans le travail l’ouvrier ne s’appartient pas lui-même, mais appartient à un autre. »
Marx relie également la question de l’aliénation à la propriété privée des moyens de production, à la valeur (qui a le même caractère « insaisissable » que le Dibbouk !) ainsi qu’à la division du travail entre travail manuel et travail intellectuel… qui n’est que la mauvaise « connexion » entre le corps et l’esprit, mais à l’échelle de l’humanité !
La croyance au Dibbouk a persisté parmi les masses juives des shtetls jusqu’à la veille de la Shoah. Mais c’est seulement à la lumière des concepts d’aliénation et de séparation du travail manuel et du travail intellectuel que l’on peut le comprendre.
En effet, selon les « rationnalistes » bourgeois, les superstitions féodales devraient être balayées par l’essor du capitalisme et de la science. Or ce n’est pas toujours ce que l’on observe, exactement comme pour la croyance au mauvais œil.
Cela ne s’explique uniquement si l’on comprend que l’exploitation et l’aliénation sont encore plus importantes sous le capitalisme, et que paradoxalement cela nourrit les superstitions féodales qui faisaient déjà écho à l’exploitation et à l’aliénation.
Juif ! Juive !
Lutte pour une société qui n’aurait plus besoin d’illusions,
une société où travail manuel et travail intellectuel seraient unifiés,
une société sans exploitation ni aliénation !
Participe à la bataille pour le communisme !
Nous nous souvenons aujourd’hui du grand poète palestinien Mahmoud Darwish, qui nous a quittés il y a un an. Une biographie wikipédia par ici, un site en arabe et en anglais par là, et un site en français là encore. Le poème qui suit est issu du recueil « Rameaux d’olivier » (1964), et s’appelle « Identité (Inscris : je suis Arabe) ».
Inscris !
Je suis Arabe
Je travaille à la carrière avec mes compagnons de peine
Et j’ai huit bambins
Leur galette de pain
Les vêtements, leur cahier d’écolier
Je les tire des rochers…
Oh ! je n’irai pas quémander l’aumône à ta porte
Je ne me fais pas tout petit au porche de ton palais
Et te voilà furieux !
Inscris !
Je suis Arabe
Sans nom de famille – je suis mon prénom
« Patient infiniment » dans un pays où tous
Vivent sur les braises de la Colère
Mes racines…
Avant la naissance du temps elles prirent pied
Avant l’effusion de la durée
Avant le cyprès et l’olivier
…avant l’éclosion de l’herbe
Mon père… est d’une famille de laboureurs
N’a rien avec messieurs les notables
Mon grand-père était paysan – être
Sans valeur – ni ascendance.
Ma maison, une hutte de gardien
En troncs et en roseaux
Voilà qui je suis – cela te plaît-il ?
Sans nom de famille, je ne suis que mon prénom.
Inscris !
Je suis Arabe
Mes cheveux… couleur du charbon
Mes yeux… couleur de café
Signes particuliers :
Sur la tête un kefiyyé avec son cordon bien serré
Et ma paume est dure comme une pierre
…elle écorche celui qui la serre
La nourriture que je préfère c’est
L’huile d’olive et le thym
Mon adresse :
Je suis d’un village isolé…
Où les rues n’ont plus de noms
Et tous les hommes… à la carrière comme au champ
Aiment bien le communisme
Inscris !
Je suis Arabe
Et te voilà furieux !
Inscris
Que je suis Arabe
Que tu as rafflé les vignes de mes pères
Et la terre que je cultivais
Moi et mes enfants ensemble
Tu nous as tout pris hormis
Pour la survie de mes petits-fils
Les rochers que voici
Mais votre gouvernement va les saisir aussi
…à ce que l’on dit !
Donc
Inscris !
En tête du premier feuillet
Que je n’ai pas de haine pour les hommes
Que je n’assaille personne mais que
Si j’ai faim
Je mange la chair de mon Usurpateur
Gare ! Gare ! Gare
À ma fureur !
Derrière toute superstition populaire, il y a une raison objective, une base matérielle. Et quand cette superstition est commune à toutes les cultures de la Méditerranée voire d’ailleurs, il est encore plus absurde de la prendre avec condescendance et mépris.
C’est justement le cas du « mauvais œil », ou « ayin hara » en hébreu, ou encore « el ayin » (= « l’œil ») en arabe.
Le saviez-vous ?
Le mauvais œil consiste en un mauvais sort jeté par un simple regard envieux, parfois sans même s’en rendre compte. Ainsi, une personne peut faire vous faire des compliments, mais avec des arrières-pensées – avouées ou pas – de jalousie, et… hop, elle vous a « jeté l’œil » !
Les enfants, les animaux, les moyens de transport sont particulièrement sensibles à l’ayin, et il est donc traditionnel, après des éloges, de répondre par une invocation du type « D.ieu préserve » (les personnes musulmanes superstitieuses répondront, elles, « Mash’allah » = « c’est ce que veut D.ieu »).
Une fois atteinte par le mauvais œil, une personne perd son dynamisme et son appétit, semble plus fatiguée, et peut cumuler les maladresses et autres poisses…
Les amulettes sont un moyen traditionnel de se protéger de l’œil. Le fil rouge au poignet gauche est ainsi censé éloigner le mauvais œil, mais il est spécifique aux personnes juives (évitez la laine par respect pour les animaux !). Plus généralement, on pensera au khamsa ou « 5amsa » (= « cinq » en arabe, pour les cinq doigts de la main), voire à une amulette en forme… d’œil justement, le plus souvent bleu.
D’ailleurs, les yeux peints sur les bateaux de l’Antiquité, qu’ils soient grecs, égyptiens ou phéniciens, montrent à quel point cette superstition est ancienne et répandue autour de la Méditerranée.
Il faut également savoir que le mauvais œil existe également chez les ashkénazes. En effet, la Torah elle-même parle de ayin hara, déjà à propos de Sarah qui était stérile et jalouse de sa servante Hagar, mais aussi à propos du roi Shaoul qui est jaloux du futur roi David. Le Talmud en parle également, et précise même que les poissons sont insensibles au mauvais œil !
Voilà pour quelques éléments rapides à propos du mauvais œil.

Mais pourquoi cette superstition est-elle encore aujourd’hui si vivace ? Il faut en fait comprendre que quand on est « déboussolé » par ce qui est nouveau, on se fait happer par l’ancien, qui peut être très ancien…
C’est pourquoi la croyance au mauvais œil est encore très ancrée chez les masses populaires arabes de France, qu’elles soient juives ou musulmanes, qui sont souvent passées brutalement d’Afrique du Nord en France, des campagnes aux villes, bref de la féodalité à l’impérialisme.
Le mauvais œil est donc une trace culturelle de la féodalité, qui n’est sans doute pas prête de disparaître, tellement la vie quotidienne dans le capitalisme peut être absurde, incompréhensible, et tellement nos relations humaines sont déformées par la concurrence… donc par la jalousie qui est justement la base du mauvais œil !
La persistance de cette superstition est encore plus flagrante chez les femmes. En effet, les femmes marquées par tout le poids du féodalisme interprètent les « coups du sort » comme des processus mystérieux, hors de leur portée, car elles subissent une énorme oppression supplémentaire : à tous les niveaux de leur vie, les hommes s’interposent entre les femmes et le monde – comme des ombres…
Pour finir, en quoi la croyance au mauvais œil est-elle populaire ?
Tout simplement parce que cette peur reflète la situation d’oppression, de concurrence et d’isolement qui est le sort des individus exilés dans les métropoles inhumaines du capitalisme. En réaction – évidemment irrationnelle – à cette situation, la lutte contre le mauvais oeil reflète un refus violent de toute hypocrisie, jalousie et mesquinerie.
Le peuple n’en peut plus de la concurrence malsaine, le peuple exige la sincérité ! Seulement voilà, sans drapeau rouge, la lutte contre l’aliénation prend elle-même une forme aliénée !
Nous aimerions revenir sur le match IFK Göteborg – Hapoel Tel Aviv de jeudi dernier, ou plus précisément sur la « troisième mi-temps » qui a suivi. En effet, un incident sexiste aurait suivi la victoire d’Hapoel Tel Aviv, un incident qui remet en cause l’attitude que nous avions jusque là par rapport au football.
Après le match, deux joueurs de Hap TA auraient tenté de violer deux jeunes femmes de Göteborg (Suède), soi-disant pour fêter leur victoire. Une jeune femme a alors porté plainte, et ces deux joueurs (Itai Shekhter et Douglas De Silva) ont été arrêtés à l’aéroport, placés en GAV, et relâchés dès le lendemain.
Le traitement même de l’affaire est déjà écœurant de sexisme, jusque dans le conditionnel que Hapoel est bien obligé d’utiliser.
Nous n’avons aucune idée de ce qu’il s’est réellement passé ce jeudi soir à Göteborg, mais il est clair que la presse met systématiquement en avant la version tellement « virile » des footballeurs, qui expliquent que les jeunes femmes tentent de les faire chanter et qui ramènent une véritable tentative de viol à un simple différend financier.
Le comportement qu’ont eu ces quelques joueurs d’Hapoel Tel Aviv n’est pas un phénomène isolé : ces débordements font partie intégrante de l’environnement des sportifs en déplacement, sur leur terrain de « conquête ».
On peut ainsi citer les joueurs du Barça malmenant une hôtesse de l’air en mai dernier après leur écrasante victoire à Madrid, le saccage de l’avion ramenant les sportifs français d’Atlanta en 1996, ou encore le viol de la lanceuse de marteau Catherine Moyon de Baecque lors d’un stage avec la complicité de l’encadrement national de la fédération d’athlétisme.
On a donc là une pure expression de la brutalité patriarcale dans toute son beauferie sexiste, dont le sport est un des vecteurs privilégiés. Dans le capitalisme, le sport incarne les fantasmes de domination propres au guerrier viril issu du processus de sélection naturelle, à qui tout est permis. Et cela encore plus particulièrement en « terrain ennemi » !
En fait, ces comportements de « troisième mi-temps » sont banalisés à tous les niveaux, du sport professionnel à l’échelon le plus local, avec le consentement tacite de l’idéologie patriarcale dominante. C’est ainsi que ce type de brutalités passent quasiment inaperçues, ce qui les légitime encore davantage.
Mais pour les capitalistes, peu importe le drame vécu par les victimes de la violence sexiste, censées se taire en affichant un sourire de circonstance pour ne pas passer pour des « rabat-joie ».
En raison de la culture d’extrême-gauche du public (et plus généralement de la fédération sportive Hapoel), en raison du prestige qu’a acquis le club en France (notamment suite à la victoire contre le PSG en novembre 2006), en raison du véritable métissage qui règne dans l’équipe elle-même (inimaginable par exemple au Beitar Jerusalem), nous avons toujours suivi et supporté Hapoel Tel Aviv ainsi que l’équipe arabe de Bnei Sakhnin.
Seulement voilà, cette présumée tentative de viol nous ramène durement à la réalité du football capitaliste, pétri de sexisme. Car la culture populaire des supporters, aussi progressiste soit-elle, n’a aucune valeur pour les capitalistes… ni même pour certains footballeurs qui oublient bien souvent d’où ils viennent !
La morale est donc sans appel : malheur aux personnes qui « oublient » le système capitaliste le temps d’un match, car plus dure sera la chute et plus cruelle sera la trahison !
Pas de compromis avec la brutalité sexiste et la culture bourgeoise de la compétition !
Pour un sport du peuple, par le peuple, pour le peuple !
Cela faisait longtemps que l’on n’avait pas parlé de football, mais les compétitions européennes nous ramènent de l’actualité sportive…
Ainsi, Hapoel Tel Aviv, Bnei Yehuda et Maccabi Netanya ont joué cette semaine, dans le cadre des matchs aller du troisième tour qualificatif de la coupe de l’UEFA.
Mardi soir au stade Bloomfield de Tel Aviv, Bnei Yehuda a battu l’équipe portugaise du FC Paços de Ferreira par le score de 1 – 0. Hier soir, toujours à Bloomfield, Maccabi Netanya s’est incliné contre la grande équipe turque de Galatasaray, en marquant en premier mais en encaissant 4 buts par la suite.
Et enfin… Hapoel Tel Aviv est allé s’imposer à Göteborg en Suède, par 3 buts à 1, en partant outsider contre une équipe de l’IFK Göteborg qui a commencé très fort son championnat de Suède.
Les matchs retour se joueront le 6 août. Allez les Rouges !
Comme on fait semblant d’être fair-play, il faut aussi évoquer en passant les matchs du Maccabi ‘Haifa, qui est en qualifications pour la Champions’ League.
Il y a une semaine, ‘Haifa a décroché le ticket pour le troisième (et dernier) tour, en battant l’équipe nord-irlandaise de Glentoran par 6 – 0 à domicile et 4 – 0 à l’extérieur.
Mardi, Maccabi ‘Haifa a donc joué en déplacement contre l’équipe kazakhe d’Aktobe, en concédant un score vierge. Le retour s’annonce donc délicat pour ‘Haifa, d’autant plus avec les règles européennes sur les buts compte-double. Quel dommage pour le football ultra-capitaliste…
— Aucun roman ne doit être plus long que Guerre et Paix. Même Guerre et Paix est trop long. Si la Bible se composait de dix-huit volumes, il y a beau temps qu’on l’aurait oubliée.
— Mais pourtant, le Talmud a trente-six volumes, et les juifs ne l’ont pas oublié…
— Les juifs se souviennent trop. C’est là notre malheur.
Entretien avec Isaac Bashevis Singer.
Juif ! Juive ! Liquide le sioniste sentimental qui dort en toi !

Nous sommes aujourd’hui à la veille de Tisha BeAv / Tish’ah BeAv / 9 Av / תשעה באב, qui est la commémoration de nombreux deuils historiques. Le jeûne de Tisha BeAv débute donc ce soir à 21h33, et se termine demain à 22h18.
Le saviez-vous ?
Tish’ah BeAv, c’est-à-dire le 9 du mois de Av, est un jour de deuil et de lamentations, qui suit de 3 semaines le jeûne du 17 Tammuz, et est accompagné d’un jeûne de 25 heures comme à Kippour.
Traditionnellement, ce jeûne commémore les destructions du premier et second Temples de Jérusalem : d’abord par l’armée de Nabuchodonosor en 586 avant l’ère chrétienne, puis par les l’armée romaine de Titus en l’an 70 de l’ère chrétienne. Il ne reste aujourd’hui du Beth HaMikdash que le Kotel HaMa’aravi, c’est-à-dire le Mur des Lamentations.
Cependant, de nombreuses autres désastres sont survenus un 9 Av aux différentes communautés juives dans le monde :
- le retour des explorateurs envoyés par Moïse en terre de Canaan, qui par leur rapport catastrophique feront regretter aux hébreux le temps de l’Égypte, ce qui retardera de 40 ans l’entrée en Canaan ;
- la destruction du Premier Temple en -586, et la déportation à Babylone ;
- la destruction du Second Temple en l’an 70, et l’exil en diaspora (thèse aujourd’hui controversée) ;
- la chute de la forteresse de Betar en l’an 135, qui marque la fin de la révolte de Bar Kokhba ;
- la destruction de Jérusalem en l’an 136 ;
- l’appel à la première croisade par le pape Urbain II en 1095 ;
- la destruction des communautés rhénanes lors des Croisades, sachant que c’est dans l’ouest de l’Allemagne que l’on trouvait les plus anciennes synagogues d’Europe ;
- l’autodafé du Talmud à Paris en 1242 ;
- le décret d’expulsion des communautés juives d’Angleterre par le roi Édouard 1er en 1290 ;
- l’expulsion des communautés juives d’Espagne en 1492, suite au décret de l’Alhambra ;
- l’attentat antisémite de Buenos Aires en 1994, qui a assassiné 84 personnes.
Au 9 Av, il est donc interdit de se réjouire, de s’embrasser, de manger, de boire, de se laver les mains, de respirer des épices, de porter des chaussures en cuir, et même d’étudier la Torah (ce qui est censé être une réjouissance…).
La veille de Tisha BeAv, donc ce soir, on lit le Livre des Lamentations de Jérémie, ou Meguilat Eikhah. Cette Meguilah s’organise autour de 5 poèmes se lamentant de la destruction du premier Temple, et demandant le pardon à D.ieu pour les péchés des générations précédentes.
À la sortie du jeûne du 9 Av, on a coutume de se laver les mains. Puis suivent sept shabbatot de consolation jusqu’à Rosh HaShanah, dont le premier s’appelle justement Shabbat Na’hamou (« Na’hamou » = « consolez »).
Pour l’aspect plus culturel et moins religieux de Tisha BeAv, il est amusant de constater que certaines communautés d’Afrique du Nord ont déformé au cours des siècles « Tisha BeAv » en judéo-arabe, pour donner un mot qui désigne les personnes trop sérieuses et graves, voire sinistres…
Enfin, on raconte que le Melekh HaMashia’h naîtra un 9 Av, ce jour devenant donc un jour de réjouissance à la rédemption…
Pour les personnes rationnelles et matérialistes, la religion a un caractère contradictoire, en étant « tout à la fois l’expression de la misère réelle et la protestation contre la misère réelle » (Marx). Comme « protestation contre la misère », la religion peut donc porter en elle des valeurs populaires, des expressions du besoin de libération.
Parmi les valeurs qui nous appartiennent, la fraternité entre les peuples tient une place fondamentale. Et donc quoi de plus normal de trouver des formes de fraternité entre les peuples dans la religion, ou au moins dans la manière dont s’en emparent les masses populaires juives ?
Le saviez-vous ?
On peut par exemple citer les sept lois noahides (= «שבע מצוות בני נח » = « sheva mitzvot bnei Noa’h »), qui sont des principes moraux dont l’application par des personnes non-juives peut être une alternative à la conversion (et donc à l’application des 613 mitzvot, pour les personnes pratiquantes).
Dans le Mishneh Torah du Rambam, il est ainsi expliqué dans la lignée du Talmud que « les justes parmi toutes les nations ont une part au monde à venir » (Ha’Olam HaBa), où il faut comprendre « nations » comme « peuples non-juifs ». On trouve aussi chez ‘Habad la traduction (meilleure) : « Tous les pieux parmi les nations détiennent une part au monde futur. ».
Ces « pieux parmi les nations » correspondent aux « ‘Hassidei Oumot Ha’Olam » (חסידי אומות העולם), les personnes non-juives qui les appliquent deviennent des Bnei Noa’h (בני נח), des « fils de Noé », et sont même considérées comme aussi élevées que HaKohen HaGadol (le grand prêtre à l’époque du Temple).
Bibliquement, les sept lois proviennent d’un pacte scellé entre D.ieu et Noé dans la Genèse. Adam et Ève avaient déjà reçu six commandements, résumés dans un verset interprété comme important car il n’apporte « rien » : « L’Éternel Dieu donna cet ordre à l’homme : Tu pourras manger de tous les arbres du jardin. » (juste avant l’interdiction de manger les fruits de l’arbre de la connaissance du bien et du mal).
Mais quelles sont ces sept lois noahides ? Maïmonide les donne dans cet ordre :
1) interdiction de l’idôlatrie ;
2) interdiction du blasphème ;
3) interdiction du meurtre ;
4) interdiction des « unions illicites » ;
5) interdiction du vol ;
6) interdiction d’arracher un membre à une créature ;
7) impératif d’établir des lois justes.
Une meilleure traduction (encore de Loubavitch) serait :
1) la foi en un D.ieu unique ;
2) le respect dû à D.ieu ;
3) le respect de la vie humaine ;
4) le respect de la propriété d’autrui ;
5) le respect de l’intégrité familiale ;
6) l’institution d’une justice équitable ;
7) le respect dû aux animaux.
On trouve également chez les ‘hassidim des connexions entre ces sept lois noahides et sept sefirot de la Kabbale.
Bien entendu, ces lois prennent un caractère contradictoire : elles sont spontanément comprises comme l’expression de justes aspirations populaires, mais ne sortent pas du cadre de la religion féodale et patriarcale. Les valeurs populaires sont donc tronquées, partielles, aliénées.
Par exemple, l’interdiction du meurtre englobe l’interdiction de l’avortement et le respect de l’intégrité familiale englobe l’interdiction de l’homosexualité, alors que ce sont aujourd’hui deux revendications démocratiques indispensables.
Être à la hauteur de notre époque, cela signifie donc d’assimiler les valeurs que les masses populaires juives assument avec les sept lois noahides (avec au premier plan la fraternité entre les peuples), mais en les développant dans une perspective de libération totale, de démocratie, de communisme.
Par exemple, l’exigence de ne pas arracher de membre à un animal vivant (et de ne pas consommer de sang) ne peut être cohérente à notre époque uniquement en l’étendant à toute exploitation des animaux (viande, lait, œufs, cuir, vivisection, etc.).
En réalité, le peuple trouve toujours un moyen de s’exprimer et de mettre en avant ses valeurs dans sa propre compréhension de la religion. Il en est ainsi de même dans le catholicisme, où on retrouve le principe des lois noahides dans les limbes (qui sont un intermédiaire entre enfer et paradis, où vont les âmes des personnes justes mais non baptisées).
Les masses ont ainsi toujours porté en elles l’exigence de tolérance, de fraternité entre les peuples, d’internationalisme. C’est pourquoi même la piété populaire juive dit avec Mao Zedong :
« Ou bien il y aura le communisme pour tout le monde,
ou bien il n’y aura le communisme pour personne. »
[Deux liens loubavitch mais intéressants : Wikinoah et 7 lois pour l'humanité (notez bien l'étoile rouge sur le drapeau de la Yougoslavie !)]
Matisyahu est un chanteur juif new-yorkais de reggae, né le 30 juin 1979, ce qui lui fait donc 30 ans aujourd’hui… sauf qu’il a fait teshuva et est devenu ‘hassid à Crown Heights chez ‘Habad ! C’est donc par le reggae qu’il exprime la grâce. Matisyahu exprime ainsi l’aspiration populaire à la libération et à la joie, par une musique non moins métisse et populaire.
Son site par ici, son MySpace par là (qui se trouvaient depuis longtemps déjà dans nos liens).
Yom huledet samea’h – יום הולדת שמח