Eprhyme – « Punklezmerap »
Après le clip de Y-Love pour la sauvegarde du Golfe du Mexique, voici le clip « Punklezmerap » (punk-klezmer-rap) du rappeur Eprhyme, toujours chez le label new-yorkais Shemspeed.
Après le clip de Y-Love pour la sauvegarde du Golfe du Mexique, voici le clip « Punklezmerap » (punk-klezmer-rap) du rappeur Eprhyme, toujours chez le label new-yorkais Shemspeed.
Quelques jours avant le match PSG – Maccabi Tel Aviv, nous avions en même temps parlé des matchs d’Hapoel Tel Aviv en qualifications pour la Champions League, contre l’équipe autrichienne de Salzburg.
Ainsi mercredi 18 août, Hapoel s’était déplacé en Autriche… et a battu le Red Bull Salzbourg par 3 buts à 2. Le match retour s’est joué ce mardi, et s’est soldé par un match nul à 1 but partout, avec heureusement une égalisation in extremis par Hap T"A.
À noter que le match à Salzburg a été très fortement médiatisé en Israel, mais aussi en Autriche, à cause d’un « incident » qui a suivi le 3ème but d’Hapoel, dont nous parlons dans un article à la suite de celui-ci.
Quoi qu’il en soit, Hapoel Tel Aviv est donc qualifié en Champions League ! Pour la première fois de son histoire !
Et justement, hier a eu lieu le tirage au sort des poules. Résultat, Hapoel Tel Aviv est dans le groupe B, avec Benfica Lisbonne, Schalke 04 et… l’Olympique Lyonnais !
Hapoel recevra donc Lyon dans un mois, le 29 septembre ; le match retour se jouera, lui, le 7 décembre à Lyon. Une rencontre à risque, a priori.
Toujours en Champions League, les Yids de Tottenham joueront contre le FC Twente, le Werder de Brême, et l’Inter de Milan ; quant aux Joden de l’Ajax Amsterdam, ils joueront dans le « groupe de la mort » contre le Real Madrid et l’AC Milan, avec heureusement l’AJ Auxerre pour se rattraper.
Enfin, le PSG s’est déplacé hier à Tel Aviv, pour jouer le match retour contre le Maccabi, et y a perdu par 4 buts à 3. Heureusement pour le PSG, il avait gagné par 2 – 0 à Paris, ce qui le qualifie tout de même pour l’Europa League.
Hapoel Tel Aviv ‘Ad HaMavet !

Le mercredi 18 août, Hapoel Tel Aviv s’est déplacé en Autriche… et a battu le Red Bull Salzbourg par 3 buts à 2. Le match retour s’est joué ce mardi, et s’est soldé par un match nul à 1 but partout, avec heureusement une égalisation in extremis par Hap T"A.
Hapoel Tel Aviv est donc en Champions League ! Pour la première fois de son histoire !
À noter que le match à Salzburg a été très fortement médiatisé en Israel, mais également en Autriche, à cause d’un « incident » qui a suivi le 3ème but d’Hapoel.
En effet c’est l’attaquant Itay Shechter (ou Shekhter) qui a marqué le but du 3 – 1. Sauf que dans la foulée, pour célébrer son « goal », il a sorti une kippa cachée dans sa chaussette, l’a mise sur son crâne rasé, et a récité le Shema sur le terrain !
On remarquera d’ailleurs, au moment du but, un drapeau national autrichien frappé d’un aigle, juste derrière les buts. Un drapeau montrant bien l’ambiance nationaliste qui régnait dans le stade, et qui résume bien pourquoi le geste de Shechter a fait « scandale ».
Un geste tellement inimaginable pour le public autrichien que Shechter a immédiatement été sifflé par le stade entier, et a reçu un carton jaune – totalement inexplicable et injuste.
Concernant la kippa elle-même, on peut voir qu’elle est à l’image du logo de la fédération Hapoel, avec sa faucille et son marteau :

Suite au match, Itay Shechter a donné une explication fort mélodramatique à propos de la kippa : ce serait un jeune religieux atteint d’un cancer qui la lui aurait donnée en Israel à l’aéroport, et Shechter aurait donc plus ou moins « prémédité » son coup au cas où il marquerait un but.
Un religieux fan d’un club dont les supporters mettent en avant une identité très rouge ? Apparemment cela existe… et le supporter malade en question a déclaré après le match qu’il se sentait subitement mieux… Tant mieux, après tout…
D’autre part il faut savoir que Itay Shechter est plutôt croyant – ou supersitieux, c’est selon – et qu’il met les Téfilines tous les matins.
Évidemment le geste de Shechter a été énormément médiatisé en Israel, dans un élan de nationalisme. Le symbole est en effet puissant : un juif marque un but puis met une kippa en Autriche, dans la région même où est né Hitler.
Il n’en fallait pas plus pour que les médias israeliens s’en emparent : cela est dans l’ordre des choses.
Évidemment l’attitude de Shechter peut être « compréhensible », tout comme peut être compréhensible la fierté ressentie par des millions de personnes juives dans le monde, particulièrement en Israel.
Cette attitude joue de manière évidente sur le ressort de la dignité juive, mais cette valeur est dévoyée par l’idéologie sioniste en chauvinisme à tendance « testostéronée ».
Car il faut être réaliste : le geste de Shechter après son but sert davantage l’idéologie dominante en Israel que la contre-culture progressiste.
La geste de Shechter part d’une réaction complètement individualiste, en refusant de faire passer l’identité de ses supporters avant ses propres valeurs religieuses.
La direction d’Hapoel Tel Aviv en a d’ailleurs profité au match retour, ce mardi, pour attaquer l’identité rouge des supporters du club.
En effet, le club a fait fabriquer des kippot qu’il a distribuées, avec malheureusement un certain succès, aux supporters d’Hapoel Tel Aviv qui accueillaient le Red Bull Salzbourg.
D’ailleurs, cette nouvelle kippa était blanche avec le logo en rouge, alors que la kippa de Shechter était rouge avec le logo en blanc : un détail qui ne trompe pas.
Il est de la responsabilité des franges les plus rouges des supporters d’Hapoel Tel Aviv de mettre en avant une contre-culture sans compromis, qui résiste à la pression culturelle du sionisme et à la faiblesse idéologique qui règne dans le football.
Car à ce rythme, on se dirige vers une hégémonie des valeurs chauvines au sein d’Hapoel Tel Aviv, et donc vers un club qui se fait happer par l’idéologie dominante en Israel.
Pourtant on se souviendra d’Itay Shechter agitant un drapeau rouge de l’Antifaschistische Aktion à Hamburg !

Le saviez-vous ?
L’expression « Mazal Tov » est récente et vient du yiddish. Le terme de « Mazal » (מזל) signifie la chance, la destinée, ou le destin lui-même, et les mots de « Mazal Tov », venant de l’hébreu, signifient donc « bonne chance », « bonne constellation ».
On emploie couramment l’expression « Mazal Tov » pour les mariages, car le « Mazal » joue un rôle essentiel dans le choix du conjoint : un mariage selon la tradition juive nécessite la réciprocité absolue des conjoints, car l’union est le fruit d’une sorte de magie.
Les conjoints ne se choisissent pas, ce sont les affinités électives qui font que l’union se fait – c’est le Mazal.
Traditionnellement le proverbe biblique suivant est cité :
« Il y a trois choses qui sont trop merveilleuses pour moi, et même quatre que je ne comprends pas :
le chemin que suit l’aigle dans le ciel,
celui du serpent sur le rocher,
celui du navire en haute mer
et celui de l’homme chez la jeune fille. »
Aujourd’hui encore cette conception du « Mazal » dans le choix du conjoint prédomine largement dans la culture des personnes juives en France.
Que faut-il en penser ? Principalement deux choses, et même une troisième.
1. D’abord, on voit comment la culture juive, tout comme la culture arabe et islamique, a emprunté à Aristote et son astrologie, puisque les astres jouent un rôle quant à la nature du Mazal. C’est encore une démonstration de l’unité historique culturelle judéo-arabe.
2. On voit très bien ici que la population juive a une conception romancée de l’union qui relève de ce qu’on va appeler l’orient, très éloignée de l’individualisme ultra-libéral marquant les sociétés capitalistes.
3. En conséquence, la conception du « Mazal » comme « feeling » essentiel pour l’union entre deux individus est un apport très intéressant à la culture populaire – c’est le principe même de la romance, en fait.
Et cette romance devrait ainsi s’orienter vers tous les êtres humains et non pas seulement vers les personnes juives ou musulmanes – en fait c’est toute la conception populaire de la romance au sein du peuple qui est dévoyée vers le mariage religieusement non mixte.
En ce sens, seule l’union universaliste et métissée marque un véritable Mazal à la hauteur de notre époque !
Cela fait presque dix jours que la nouvelle est tombée, et que tout Paris sait qu’à Tel Aviv, il n’y a pas seulement Hapoel comme club de foot.
En effet, le PSG est en lice dans les barrages de l’Europa League, et le tirage au sort de vendredi dernier (le 6 août) a fait que Paris affrontera Maccabi Tel Aviv.
Le match aller se déroulera ce jeudi 19 août au Parc des Princes, tandis que le retour se jouera le 26 au stade Bloomfield de Yaffo.
Comme chacun sait, les équipes israeliennes réussissent assez mal au PSG, qui avait été éliminé de coupes européennes en 1998 par Maccabi ‘Haifa et en 2006 par Hapoel Tel Aviv – avec l’atmosphère de pogrom qui a suivi le match parisien.
Et quand on sait que Maccabi Tel Aviv (3èmes du championnat l’année dernière) a éliminé l’Olympiakos au tour précédent, le PSG risque d’avoir un peu de mal…
Pourquoi est-ce que nous n’en parlons que maintenant, et pas dès que le tirage au sort a été connu ?
Tout d’abord parce que… cela ne nous intéresse pas forcément !
Maccabi Tel Aviv est une équipe dans laquelle nous ne nous reconnaissons pas, et même au contraire. Depuis son rachat cet été, c’est d’ailleurs le club le plus riche du championnat israelien, et l’équipe a déjà recruté plusieurs joueurs – dont un ancien parisien.
Rien à voir, donc, avec Hapoel Tel Aviv, Bnei Sakhnin, ou encore la petite équipe d’Hapoel Katamon, des clubs dont les supporters mettent en avant une identité clairement rouge et antiraciste.
Et d’ailleurs, Hapoel Tel Aviv (champions 2009 – 2010) vient de battre Maccabi Tel Aviv par 3 buts à 2, hier soir dans le derby de la Toto Cup.
En parlant d’Hapoel Tel Aviv (c’est pour nous la moindre des choses…), l’équipe affrontera ce mercredi en barrages de la Champions’ League le club autrichien de Salzburg, après avoir éliminé le club kazakh d’Aktobe.
Quant au championnat israelien à proprement parler (précisément la Ligat Ha’Al), il recommencera ce samedi 21 août, avec notamment Hapoel ‘Haifa contre Hapoel Tel Aviv, et Maccabi Tel Aviv contre Maccabi ‘Haifa.
Mais surtout, si nous n’avons pas parlé de Maccabi Tel Aviv jusque là, c’est parce que personne ne savait vraiment si le match parisien serait public ou pas, et si oui, à quelle heure il se tiendrait.
En effet, la préfecture de police de Paris a voulu avancer le match, pour prévenir les « débordements ». Comprendre : pour éviter les lynchages antisémites, ce qui en dit très long sur l’ambiance en France…
Justement, ce n’est que ce jeudi 12 août vers midi que l’UEFA a autorisé le PSG à avancer le match : le coup d’envoi sera donc sifflé à 18h30.
Par contre pour les personnes qui voudraient aller au Parc, cela n’est pas donné : pour une place dans la tribune réservée aux supporters du Maccabi, il faudra débourser 65 €.
Disons-le clairement : non seulement les prix des billets au Parc des Princes augmentent en permanence, mais en plus on a ici un véritable racket raciste !
Car avec la toute nouvelle politique du PSG de vendre des places aléatoires, les personnes qui voudraient supporter Maccabi Tel Aviv – et qui ne veulent pas se sentir menacées pendant 90 minutes – seront obligées d’acheter des places à 65 € dans la tribune réservée (une tribune présidentielle), alors que les tarifs commencent à 40 € (ou 12 € dans les virages).
Pour les gestionnaires capitalistes du PSG, la sécurité des supporters de Maccabi Tel Aviv – dans le stade et en dehors – se monnaie donc très cher…
Malgré tout ce que l’on peut penser de Maccabi Tel Aviv, espérons simplement qu’en cas de nouvelle défaite du PSG, on ne revivra pas la soirée du 23 novembre 2006…
Nous sommes aujourd’hui à la veille de Tisha BeAv, qui est la commémoration religieuse de nombreux deuils historiques.
Tisha BeAv, c’est-à-dire le 9 du mois de Av, est un jour de deuil et de lamentations, qui suit de 3 semaines le jeûne du 17 Tammuz. Ce jour est accompagné, chez les personnes religieuses, d’un jeûne de 25 heures comme à Kippour, qui débute donc ce soir à 21h45 et se termine demain à 22h34.
Traditionnellement, ce jeûne commémore les destructions du premier et second Temples de Jérusalem : d’abord par l’armée de Nabuchodonosor en 586 avant l’ère chrétienne, puis par les l’armée de Titus en l’an 70 de l’ère chrétienne. Il n’en reste aujourd’hui que le Mur des Lamentations, le Kotel HaMa’aravi.
Cependant, il existe toute une liste de catastrophes qui sont survenues un 9 Av aux différentes communautés juives dans le monde, qui va de l’époque de Moïse jusqu’aux persécutions du Moyen-Âge en Europe et même jusqu’à aujourd’hui.
En revanche, on raconte que le Melekh HaMashia’h naîtra un 9 Av, ce jour devenant donc un jour de réjouissance à la rédemption.
Qu’en est-il de la pratique des personnes religieuses ?
Dans la période du 17 Tammuz au 9 Av, il est interdit de se réjouir en célébrant des fêtes ou des mariages. Mais à Tisha BeAv, les restrictions sont plus sévères : interdit de s’embrasser, de manger, de boire, de se laver les mains, de respirer des épices, et même d’étudier la Torah puisque cela est censé être une réjouissance.
Pour l’aspect plus culturel et moins religieux de Tisha BeAv, il est amusant de constater que certaines communautés d’Afrique du Nord ont déformé au cours des siècles « Tisha BeAv » en judéo-arabe, pour donner des mots qui désignent les personnes trop sérieuses, voire sinistres…
À l’inverse, Hapoel est dans un état d’esprit différent, avec sans doute moins de « mortification » : Hapoel a juré fidélité à la vie.
Voilà pourquoi nous relayons aujourd’hui la vidéo suivante, une vidéo paradoxalement très émouvante sur laquelle on peut voir un grand-père australien, Adolek Kohn, qui danse avec ses petits-enfants sur l’air de « I will survive ».
Sauf que Adolek Kohn est un rescapé d’Auschwitz, et que la vidéo est précisément tournée dans divers endroits du camp !
Difficile de commenter cette initiative, car autant elle peut paraître choquante pour certainEs, même parmi les survivantEs, autant il s’agit justement d’un rescapé d’Auschwitz, et qui sommes-nous pour juger son vécu et sa façon de l’exprimer et de le vaincre ?
Bref, tout le contraire de l’esprit « passif » de Tisha BeAv, qui considère que les catastrophes s’enchaînent inévitablement, jusqu’à la rédemption finale.
Ce dimanche Hapoel parlait d’une cérémonie de remise de médaille pour deux « Justes parmi les Nations », près du Chambon-sur-Lignon. À propos de ce titre, il était dit qu’il avait « malheureusement une certaine connotation morale-religieuse qui est toutefois très secondaire par rapport à l’action des Justes ».
Et en effet, l’idée de « Justes parmi les Nations » vient directement de la religion, du concept de ‘Hassidei Oumot Ha’Olam, qui est lié sur le plan « juridique » aux lois noahides.
Le saviez-vous ?
Les sept lois noahides (= « שבע מצוות בני נח » = Sheva Mitzvot Bnei Noa’h) sont des principes moraux dont l’application par des personnes non-juives peut être une alternative à la conversion, et donc à l’application des 613 mitzvot pour les personnes pratiquantes.
Dans le Mishneh Torah du Rambam, il est ainsi expliqué dans la lignée du Talmud que « les justes parmi toutes les nations ont une part au monde à venir » (Ha’Olam HaBa), où il faut comprendre « nations » comme « peuples non-juifs ». On trouve aussi chez ‘Habad la traduction suivante : « Tous les pieux parmi les nations détiennent une part au monde futur. ».
Ces « pieux parmi les nations » correspondent aux ‘Hassidei Oumot Ha’Olam (חסידי אומות העולם), les personnes non-juives qui appliquent les lois noahides. Celles-ci deviennent des Bnei Noa’h (בני נח), des « fils de Noé », et sont même considérées comme aussi élevées que HaKohen HaGadol de l’époque du Temple.
Bibliquement, les sept lois proviennent d’un pacte scellé entre D.ieu et Noé dans la Genèse. Adam et Ève avaient déjà reçu six commandements, résumés dans un verset interprété comme important car il n’apporte… rien.
Ce verset intervient juste avant l’interdiction de manger les fruits de l’arbre de la connaissance du bien et du mal : « L’Éternel Dieu donna cet ordre à l’homme : Tu pourras manger de tous les arbres du jardin. »
Quelles sont ces sept lois noahides ? Maïmonide les donne dans cet ordre :
1. interdiction de l’idôlatrie ;
2. interdiction du blasphème ;
3. interdiction du meurtre ;
4. interdiction des « unions illicites » ;
5. interdiction du vol ;
6. interdiction d’arracher un membre à une créature ;
7. impératif d’établir des lois justes.
Une traduction de ‘Habad serait :
1. la foi en un D.ieu unique ;
2. le respect dû à D.ieu ;
3. le respect de la vie humaine ;
4. le respect de la propriété d’autrui ;
5. le respect de l’intégrité familiale ;
6. l’institution d’une justice équitable ;
7. le respect dû aux animaux.
On trouve également chez les ‘Hassidim des connexions entre ces sept lois noahides et sept Sefirot de la Kabbale.
Bien entendu, ces lois prennent un caractère contradictoire : elles sont spontanément comprises comme l’expression d’aspirations justes, populaires, universelles… mais elles ne sortent pas du cadre de la religion féodale et patriarcale. Les valeurs populaires sont donc tronquées et aliénées.
Par exemple, l’interdiction du meurtre englobe l’interdiction de l’avortement et le respect de l’intégrité familiale englobe l’interdiction de l’homosexualité, qui sont pourtant aujourd’hui deux revendications démocratiques indispensables.
De même, l’exigence de ne pas arracher de membre à un animal vivant – qui correspond aussi à l’interdiction de consommer du sang – a un écho particulier à notre époque où se pose cruellement la question animale, mais évidemment elle ne peut englober toute l’exploitation animale telle qu’elle existe aujourd’hui.
Mais en vérité, c’est la « foi religieuse » dans son ensemble qui a un caractère contradictoire : à la fois « expression de la misère réelle » et « protestation contre la misère réelle ».
Comme « protestation contre la misère », la religion peut donc refléter des valeurs populaires et universelles, qui sont autant d’expressions du besoin de libération. En réalité, le peuple n’est jamais « passif », et il trouve toujours un moyen de s’exprimer et de mettre en avant ses valeurs dans sa propre compréhension de la religion.
Quoi de plus normal, donc, de trouver des formes (faussées car juridiques et idéalistes) de fraternité entre les peuples dans la religion… ou du moins dans la manière dont s’en emparent les masses populaires juives ?
Sales nègres
Eh bien voilà ;
nous autres
les nègres
les niggers
les sales nègres
nous n’acceptons plus
c’est simple
fini
d’être en Afrique
en Amérique
vos nègres
vos niggers
vos sales nègres
nous n’acceptons plus
ça vous étonne
de dire : oui missié
en cirant vos bottes
oui mon pé
aux missionnaires blancs
ou maître
en récoltant pour vous
la canne à sucre
le café
le coton
l’arachide
en Afrique
en Amérique
en bons nègres
en pauvres nègres
que nous étions
que nous ne serons plus
Fini vous verrez bien
nos yes Sir
oui blanc
si Senor
et
garde à vous, tirailleur
oui, mon commandant,
quand on nous donnera l’ordre
de mitrailler nos frère Arabes
en Syrie
en Tunisie
au Maroc
et nos camarades blancs grévistes
crevant de faim
opprimés
spoliés
méprisés comme nous
les nègres
les niggers
les sales nègres
Surprise
quand l’orchestre dans vos boîtes
à rumba et blues
vous jouera tout autre chose
que n’attendait la putainerie blasée
de vos gigolos et salopes endiamantées
pour qui un nègre
n’est qu’un instrument
à chanter, n’est-ce pas,
à danser, of course
à forniquer, natürlich
rien qu’une denrée
à acheter à vendre
sur le marché du plaisir
rien qu’un nègre
un nigger
un sale nègre
Surprise
jésusmariejoseph
surprise
quand nous attraperons
en riant effroyablement
le missionnaire par la barbe
pour lui apprendre à notre tour
à coups de pieds au cul
que nos ancêtres
ne sont pas des Gaulois
que nous nous foutons
d’un Dieu qui
s’il est le Père
eh bien alors c’est que nous autres
les nègres
les niggers
les sales nègres
font croire que nous sommes pas que ses bâtards
et inutile de gueuler
jésusmariejoseph
comme une vieille outre de mensonges débondée
il faut bien
que nous t’apprenions
ce qu’il coûte en définitive
de nous prêcher à coups de chicote et confiteors
l’humilité
la résignation
à notre sort maudit
de nègres
de niggers
de sales nègres
Les machines à écrire mâcheront les ordres de répression
en claquant des dents
fusillez
pendez
égorgez
ces nègres
ces niggers
ces sales nègres
Englués comme des mouches à viande affolées
dans la toile d’araignée des graphiques de
cours de bourse effondrés
les gros actionnaires des compagnies minières et forestières
les propriétaires de rhumeries et de plantations
les propriétaires
de nègres
de niggers
de sales nègres
et la TSF délirera
au nom de la civilisation
au nom de la religion
au nom de la latinité
au nom de Dieu
au nom de la Trinité
au nom de Dieu nom de Dieu
des troupes
des avions
des tanks
des gaz
contres ces nègres
ces niggers
ces sales nègres
Trop tard
jusqu’au cœur des jungles infernales
retentira précipité le terrible bégaiement
télégraphique des tams-tams répétant infatigables
répétant
que les nègres
n’acceptent plus
n’acceptent plus
d’être vos niggers
vos sales nègres
trop tard
car nous aurons surgi
Des cavernes de voleurs des mines d’or du Congo
et du Sud-Afrique
trop tard il sera trop tard
pour empêcher dans les cotonneries de Louisiane
dans les Centrales sucrières des Antilles
la récolte de vengeance
des nègres
des niggers
des sales nègres
il sera trop tard je vous dis
car jusqu’aux tams-tams auront appris le langage
de l’internationale
car nous aurons choisi notre jour
le jour des sales nègres
des sales indiens
des sales hindous
des sales indochinois
des sales arabes
des sales malais
des sales juifs
des sales prolétaires
Et nous voici debout
Tous les damnés de la terre
tous les justiciers
marchant à l’assaut de vos casernes
et vos banques
comme une forêt de torches funèbres
pour en finir
une
fois
pour
toutes
avec ce monde
de nègres
de niggers
de sales nègres.
Hapoel présente ici la chanson « Rêve Enterré » de Grain D’Caf, sortie sur son dernier album « Thomas Traoré » (en featuring avec Liffting, un jeune rappeur prometteur du 78). Grain D’Caf est l’un des rappeurs d’Octobre Rouge, le groupe du 19ème.
« On avait un rêve commun, il était pas communautaire,
Un blanc empêchait un noir d’frapper un reubeu à terre.
Rester groupés, maintenant c’est ça l’moteur,
Il est enterré, le rêve de Luther. »
Grain D’Caf est aujourd’hui endeuillé : DJ Manifest d’Octobre Rouge a été récemment victime d’un accident de voiture en Guinée, alors qu’il participait à la tournée de Grain D’Caf. Ceci est un hommage.
Depuis 5 ans, un festival des cultures juives se tient chaque été à Paris. Si l’année dernière le thème était la culture juive américaine (Hapoel en avait parlé), cette année le festival est consacré à la Russie.
Le festival des cultures juives est à l’initiative des institutionnels du Fonds Social (FSJU), et se déroulera à partir d’aujourd’hui, jusqu’au 28 juin, avec des pauses pour Shabbat.
Le site du festival est accessible par ici, et il faut absolument jeter un coup d’œil à la brochure du programme, dont la réalisation est comme chaque année très réussie.
Concrètement, ce festival consiste en des expositions, des concerts, du cinéma, du théâtre, des « rencontres », etc. dans des lieux comme les mairies du 3ème et 4ème arrondissements, le Mémorial de la Shoah, le centre Bernard Lazare, etc.
Il va de soi qu’une partie du festival sera consacrée à l’époque de l’URSS révolutionnaire. Ensuite il ne faut pas se faire d’illusion : le festival est organisé par les institutions juives, appuyées par la ville de Paris et même par l’État d’Israel.
La tonalité sera par conséquent très anticommuniste, très pro-sioniste, et il suffit de voir les présentations faites par les organisateurs du festival pour s’en rendre compte. Par contre on notera certains thèmes qui peuvent être passionnants :
- Mardi 15 juin aura lieu une conférence intitulée « Du Shtetl au Kolkhoze. Artisans et paysans du Yiddishland (1921-1938) », qui sera suivie du vernissage d’une exposition, « Artisans et paysans du Yiddishland (1921-1938) », à la mairie du 3ème. Cela tournera essentiellement autour de l’ORT, qui est un organisme russe à l’origine, mais qui a depuis très longtemps des écoles techniques en France.
Le programme explique : « L’exposition présente [...] un épisode relativement peu connu de l’histoire contemporaine des communautés juives : la création et le développement de « colonies agricoles juives » par les nouvelles autorités soviétiques, au début des années 1920. Implantées, entre autre, en Union soviétique, ces colonies ont pour objectif de « normaliser » la vie juive dans le cadre d’activités professionnelles considérées comme productives et de parvenir ainsi à résoudre la « question juive ». »
Comme quoi les travaux théoriques autour des contradictions ville / campagne et travail manuel / travail intellectuel ne sont ni hors-sujet, ni déconnectés d’un certain héritage historique !
- Dans le même esprit (de notre point de vue), il y aura une conférence sur « les relations entre Tolstoï et les Juifs dans la Russie tsariste ». Quand on connaît justement l’influence de Tolstoï sur la pensée « agraire » du sionisme, on voit qu’il faut passer par là pour comprendre A.D. Gordon.
- Lundi 21 juin à la mairie du 4ème, l’après-midi tournera autour du Birobidjan. Le Birobidjan, c’est une république soviétique créée par Staline en 1934 près de la frontière avec la Chine, et qui était la « région autonome juive » avec pour langue officielle le yiddish.
Difficile à comprendre quand on connaît l’opposition de l’URSS au sionisme… et pourtant, venant de Staline le spécialiste bolchevik des questions de minorités nationales, il y a certainement des points à approfondir sur cette « terre promise » soviétique !
Dans ce cadre un film sera projeté, un documentaire de 2005 nommé « À la recherche du bonheur ». Il faut savoir – et Hapoel est là pour faire savoir ce genre de détails – que ce titre fait référence à un film soviétique de 1934, « Les chercheurs de bonheur », qui était très en faveur de l’expérience du Birobidjan.
- Toujours lundi 21 dans le 4ème, une présentation d’An-ski, l’écrivain yiddish qui avait donné naissance à la pièce « Der Dybbuk, oder zwischen zwei Welten ». Il avait également écrit l’hymne du Bund, un parti de gauche, mais aux conceptions combattues par les révolutionnaires communistes.
- Mercredi 23 juin au Mémorial de la Shoah, on pourra (re)voir des films du cycle Kinojudaïca, sur « Le cinéma juif de Russie et d’Union soviétique (1910 – 1960) ».
Hapoel en avait déjà parlé en mars 2009, entre autres ici et là.
D’autres « animations » sont sans nul doute intéressantes, par exemple sur la Shoah. Mais chacunE peut se reporter directement au programme et aux informations pratiques !
En 1945, le Maroc compte une minorité juive de 300 000 personnes. En 2010 il n’en reste plus que 3000. Entretemps la grande majorité s’est exilée en Israel, et le reste en France ou au Canada.
Aujourd’hui sort au cinéma un film maroco-canadien de Hassan Benjelloun, « Où vas-tu Moshé ? » (« Fin mashi ya Moshé ? »), qui traite justement de cet exode des Marocains d’origine juive.
Le film date en réalité de 2007, mais ce n’est qu’aujourd’hui qu’il sort en France… et encore, dans très peu de cinémas. Le film est en arabe, du moins en arabe marocain, et dure 1h30.
L’histoire se déroule à Bejjad, un village de l’Atlas, en 1963.
Comme partout au Maroc, les organisations sionistes orchestrent les départs clandestins de familles juives. Dans ce village, c’est le rabbin de la communauté qui arrive à convaincre tous les juifs de partir pour Israel.
Tous ? Non ! Car un irréductible juif résiste encore et toujours aux sirènes du sionisme. Il s’agit de Shlomo, horloger de son état, et fin gratteur de oud à ses heures.
En réalité l’exode des juifs se fait durement ressentir dans le village, car l’unique bar de Bejjad menace alors de fermer.
En effet, les officiels musulmans comptent bien fermer cet endroit où se vend de l’alcool, et où surtout se côtoient juifs et musulmans, hommes et femmes. Mais voilà, la loi prévoit que cette interdiction ne peut être imposée aux non-musulmans.
Shlomo devient alors un enjeu : les uns essaient de le faire fuir en Israel, les autres veulent le retenir… au point de renommer le bar de Bejjad « Chez Shlomo » !
Pourtant le dilemme est cruel pour Shlomo, tiraillé entre son village et sa patrie d’une part, et sa famille partie en Israel d’autre part.
De là-bas, sa fille Rachel lui envoie des lettres disant le quotidien terrible des familles marocaines, retenues dans les camps de réfugiés de l’État sioniste… ce qui rend la décision finale encore plus douloureuse.
Un film rare, donc, sur l’exil de la minorité marocaine juive, et qui d’ailleurs en 2007 était très mal passé chez les réactionnaires de plusieurs pays arabes.
L’acteur principal, Simon Elbaz, est lui-même un joueur réputé de oud. Quant au réalisateur, Hassan Benjelloun, c’est un cinéaste marocain pro-démocratique, qui a réalisé des films notamment sur la condition des femmes ou le quotidien du peuple marocain, et même sur la répression du mouvement marxiste-léniniste marocain (MMLM) par le régime fasciste de Hassan II.
Les Marocains n’oublient pas ! Les juifs sont des arabes comme les autres !

Vos majestés, vos altesses royales, mesdames et messieurs,
Les gens me demandent souvent : « Pourquoi écrivez-vous dans une langue en voie de disparition ? » Et je voudrais expliquer cela en quelques mots.
Premièrement, j’aime écrire des histoires de fantômes, et rien ne convient mieux à un fantôme qu’une langue mourante. Plus la langue est morte, plus vivant est le fantôme. Les fantômes aiment le yiddish, et pour autant que j’en sache ils le pratiquent tous.
Deuxièmement, je crois non seulement aux fantômes, mais aussi à la résurrection. Je suis certain que des millions de morts parlant yiddish se lèveront un jour de leur tombe, et leur première question sera : « Quel est le dernier livre en yiddish à lire ? » Pour eux le yiddish ne sera pas mort.
Troisièmement, pendant 2000 ans l’hébreu a été considéré comme une langue morte, et soudain il est devenu étrangement vivant. Ce qui est arrivé à l’hébreu pourrait aussi arriver au yiddish un jour – même si je n’ai pas la moindre idée de comment ce miracle pourrait se produire.
Il y a encore une quatrième raison mineure pour ne pas délaisser le yiddish : le yiddish est peut-être une langue en voie de disparition, mais c’est la seule langue que je connais bien. Le yiddish est ma langue maternelle, et une mère n’est jamais vraiment morte.
Isaac Bashevis Singer, 10 décembre 1978, discours à la remise du prix Nobel de littérature.
Depuis hier soir les personnes juives religieuses célèbrent Shavuot, qui signifie « semaines » et qui marque la fin de la période de l’Omer (les sept semaines qui suivent le deuxième jour de Pessa’h).
Shavuot dure d’hier soir jusqu’à jeudi soir à 22h30. La fête dure en France deux jours, comme partout en « diaspora ».
Dans la doctrine des religieux, Shavuot marque le don de la Torah et des dix commandements à Moshé Rabbeinu sur le Sinai. Ce don scelle définitivement l’alliance entre D.ieu et le peuple « élu », mais correspond en fait aux deuxièmes tables de la loi, après celles brisées par Moshé face à l’idôlatrie du veau d’or (qui est plus ou moins du type « faux matriarcat »).
C’est du moins la tradition rabbinique qui affirme tout cela, bien que ce ne soit pas explicitement mentionné comme tel dans la Torah. Mais par exemple pour les pratiquants originaires d’Afrique du Nord, il est coutume de se lever pendant la lecture des dix commandements, pour célébrer en particulier le don des tables de la loi.
De même il est coutume, notamment chez les kabbalistes, de consacrer toute la nuit à l’étude, en mémoire de la « grasse matinée » dans laquelle étaient plongés les Hébreux le matin où Moshé reçut la Torah, ne se montrant ainsi pas à la hauteur de leur supposée « mission historique ».
Mais d’un point de vue rationnel et matérialiste, si l’on ne s’en tient pas uniquement à la tradition rabbinique, la fête de Shavuot est très liée à la terre, à l’agriculture, comme d’ailleurs beaucoup de fêtes juives.
En effet, Pessa’h est supposée ouvrir la saison de la récolte du grain, qui est refermée sept semaines plus tard par Shavuot ; et Shavuot ouvre en même temps la période de récolte des fruits, qui refermée par Soukkot.
C’est pourquoi il était prescrit à l’époque du Temple de faire des offrandes de grains ainsi que des premiers fruits. Et soit dit en passant, la Torah prescrit trois pèlerinages au Beth HaMikdash, comme par hasard… à Pessa’h, Shavuot et Soukkot ! La dimension agricole saute donc aux yeux !
Dans la religion chrétienne on retrouve une fête similaire, puisque la Pentecôte est célébrée 50 jours après la Pâques, comme Shavuot est célébrée 49 jours (= 7 semaines) après Pessa’h.
‘Hag Shavuot Samea’h ! – ! חג שבועות שמח

Joyeuse fête de Lag Ba’Omer à toutes et tous !
Une courte explication du pourquoi de Lag Ba’Omer par ici. Les croyances populaires autour du Rashbi sont bien plus mystiques… et donc bien plus passionnantes !
Une présentation de la Ghriba de Djerba et de son pèlerinage annuel par là. Une pensée spéciale pour les TunisienNEs.
C’est l’heure des brasiers, et il ne faut voir que la lumière !

Ce qui suit est un remaniement d’une présentation parue en février 2009 juste après le lancement d’Hapoel, et qui permet de voir Spock sous une lumière différente d’à l’époque.
Ce remaniement est justifié par le travail d’Hapoel sur le « formalisme » et le « baroque » dans la culture juive (populaire ou pas), travail qui avait commencé dans un article sur le nouvel an Loubavitch.
Sans saisir cette contradiction entre formalisme et baroque, on passe à côté de la « psychologie de masse » de la minorité nationale juive, et on passe à côté de l’antifascisme populaire concret.
Le saviez-vous ? Spock est juif !
Enfin, pas exactement… mais en tout cas son « salut vulcain » est calqué sur la Birkat HaKohanim, la bénédiction bien connue des Kohanim !
De fait, la série originelle de Star Trek est truffée de références culturelles à la mystique juive, et est globalement assez progressiste pour les États-Unis de l’époque.
Ainsi, ce fameux salut vulcain a été « importé » par Leonard Nimoy, l’acteur de Spock en personne.
Ce dernier racontait dans son autobiographie (bien après la série, donc) qu’étant enfant il avait été emmené par son grand-père dans une synagogue ultra-orthodoxe, qu’il avait bravé l’interdiction religieuse de regarder les Kohanim pendant leur bénédiction (sous peine de cécité, d’après la superstition…), et qu’il avait été fortement impressionné par ce rituel.
En fait ce signe, effectué des deux mains tendues en avant, mime la lettre Shin (ש), pour le mot « Shaddai » (שדי). Shaddai veut dire « le Tout-Puissant », mais c’est aussi l’abréviation de « Shomer Dlatot Israel » (= gardien des portes d’Israel), d’où le Shin des Mezuzot…
On peut par exemple retrouver ce signe sur les tombes de Kohanim (ce qui atteste alors qu’on vient d’une famille de Cohen). Ainsi sur cette photo prise dans un cimetière juif de Lodz en Pologne, on peut retrouver les deux mains faisant le « salut vulcain » (gros plan par ici).
Plus globalement, la mystique juive a imprégné d’autres références de Spock.
Par exemple, dans un épisode de la première série où il doit rester alité à l’hôpital, Spock s’ennuie et lit un livre – évidemment en tournant les pages à toute vitesse. À la fin, on voit son air satisfait, puis la couverture du livre : il s’agit de Spinoza ! Il faut savoir que le philosophe libéral hollandais Spinoza était d’origine juive, et selon certaines thèses il aurait été adepte de la Kabbalah…
Rappelons aussi que l’acteur qui jouait Captain Kirk était aussi juif, et que c’est dans cette série de Star Trek qu’a eu lieu le premier baiser « inter-racial » à la télé américaine – ce qui était très progressiste à la fin des années 60.
Enfin, une petite touche psychologique : Spock est un personnage schizophrène, étant semi-humain et semi-vulcain.
Son côté vulcain le pousse à la logique la plus froide, tandis qu’il lutte contre ses propres sentiments issus de son côté humain. D’où cette citation très drôle dans le tout premier épisode, jouant sur les sentiments refoulés de Spock :
Kirk : « Je veux que sa fin soit citée en exemple. Il n’avait pas demandé ce qui lui est arrivé. »
Spock : « Je suis désolé pour lui… »
Kirk : « Je crois qu’après tout, il y a de l’espoir pour vous, Monsieur Spock. »
Spock est donc l’incarnation parfaite de la schizophrénie des personnes juives immigrées d’Europe de l’Est en Amérique du Nord.
Face à la misère extrême et aux pogroms, ces personnes ont fuit les shtetls et se sont retrouvées dans le pays des gratte-ciels : il y a de quoi devenir fou devant cette contradiction entre les communautés campagnardes et les métropoles modernes…
D’autant plus quand il s’agit de s’assimiler à la société américaine tout en gardant sa culture d’origine : là encore, il y a de quoi devenir schizophrène quand on porte un nom de famille totalement distordu pour correspondre aux noms américains courants…
Ce qu’il faut par conséquent remarquer, c’est que l’aspect semi-vulcain de Spock correspond parfaitement à l’image des talmudistes juifs, en particulier ashkénazes : intellectuels, abstraits, sans joie. En un mot : formalistes.
L’allusion à la bénédiction des Kohanim est donc tout à fait frappante, puisqu’elle provient du côté vulcain de Spock !
De là à dire que dans l’imaginaire collectif américain, les juifs sont des « extraterrestres »… Eh bien justement !
On peut par exemple penser à Superman, qui vit parmi les humains mais vient de la planète Krypton. Lui aussi vit une véritable schizophrénie entre Clark Kent et Superman, et doit nier ses sentiments.
Il faudrait même aller plus loin, en remarquant qu’aussi bien Spock que Superman sont des humanoïdes qui ont d’ailleurs la peau blanche. Ces extraterrestres forment donc une « minorité » qui peut se fondre dans la société américaine de manière « invisible »… ou presque, ce qui est justement le fondement de leur psychologie.
Autant il est possible d’affirmer que certains extraterrestres sont le reflet culturel des formes de vie incomprises sur Terre (autrement dit les animaux), autant certains autres extraterrestres symbolisent des minorités nationales, et pas seulement juive d’ailleurs – il suffit de penser à Petit Cœur dans Dragon Ball Z.
En vérité, il est même possible d’affirmer que cette correspondance entre extraterrestres et personnes juives est l’un des fondamentaux de l’antisémitisme aux État-Unis ! À ce titre, il y a un grand travail culturel à faire concernant le film « Invasion of the Body Snatchers » (1956) et ses nombreux remakes, ou bien certains films de John Carpenter.
Spock avec nous !

Aujourd’hui sort au cinéma le nouveau film d’Alexandre Arcady, « Comme les 5 doigts de la main ».
D’office, on peut penser que la référence très évidente à la khamsa est peut-être un peu lourde…
À l’affiche du film, on retrouve entre autres Patrick Bruel, Vincent Elbaz, Pascal Elbé, Eric Caravaca et Mathieu Delarive. Pour Patrick Bruel, c’est la 5ème fois qu’il travaille pour Alexandre Arcady, qui l’avait lancé à 20 ans dans « Le coup de sirocco ».
« Comme les 5 doigts de la main » raconte l’histoire à Marseille des cinq frères Hayoun, ou plutôt des quatre frères, puisque le cadet est absent et resurgit dans la vie de la famille avec une balle dans le ventre…
Pour avoir une petite idée du film, il suffit de regarder la bande-annonce, qui est franchement explicite, ou bien de lire le synopsis :
Ils sont 5 frères, semblables et pourtant différents, élevés par une mère devenue veuve trop tôt. L’un d’eux, qui s’était éloigné, resurgit. Poursuivi par des trafiquants, il se réfugie parmi les siens et leur révèle un secret. Ensemble, ils feront tout pour se défendre et venger la mémoire de leur père assassiné.
Bien entendu, on pense immédiatement à une transposition marseillaise du « Grand Pardon », où les valeurs familiales l’emportent à travers la vengance du frère enlevé et surtout de la figure du père.
En fait, il faut remarquer qu’il y a une certaine dimension autobiographique dans ce film, évidemment pas dans son aspect film-noir-d’action-à-Marseille-avec-des-snipers, mais dans son aspect comédie-dramatique-familiale-avec-une-mère-juive-algérienne.
Dans cette intéressante interview d’Alexandre Arcady, on apprend en effet que lui aussi est issu d’une famille de cinq frères, et que les tempéraments des frères Hayoun font diversement écho à la famille Egry – de son vrai nom.
On y apprend également que sa fratrie est plutôt marquée à gauche : l’un des frères est engagé à l’extrême-gauche, un autre dans la gauche sioniste, etc.
Et d’ailleurs, il faut remarquer que même dans les films « algériens » d’Arcady, il y a souvent une dimension critique et autocritique : soldat déserteur en Algérie joué par Arcady dans « Avoir 20 ans dans les Aurès », critique du racisme entre juifs et arabes dans « Le Grand Pardon » ou dans « L’union sacrée », critique de la famille « féodale » dans « Mariage mixte », etc.
Naturellement, tout cela est enrobé de nostalgie et de sentimentalisme – parfois touchant si on y met de la bonne volonté…
Par contre dans « Comme les 5 doigts de la main », on ne voit pas trop où pourrait être la dimension critique, à part dans une certaine forme d’autodéfense apolitique un peu musclée et très déterminée.
Et de fait, la bande-annonce laisse surtout penser à un repli sur la famille présentée comme le seul refuge sûr dans un monde brutal.
Pour celles et ceux qui iront voir ce film d’Alexandre Arcady, envoyez-nous vos critiques !

Le saviez-vous ?
La Ronda ou Rounda est un jeu de cartes très populaire au Maroc, si ce n’est le plus populaire, et qui est donc aussi répandu parmi les familles marocaines d’origine juive.
1. D’où vient la Ronda ?
Il est assez difficile de savoir où et quand est née la Ronda.
A-t-elle été introduite par le colonisateur espagnol au début du 20ème siècle ? Ou bien plus tôt par l’exil des populations juives puis arabes « morisques » d’Espagne ? Ou encore est-ce un jeu d’origine arabe qui a été joué avec les cartes espagnoles quand elles ont été introduites ?
Certaines sources affirment que c’est la deuxième hypothèse qui est correcte, et celle-ci n’est d’ailleurs pas farfelue, mais la première est peut-être plus vraisemblable.
En effet, bien qu’il existe des termes arabes pour les règles du jeu, ce sont bien plus souvent les termes espagnols / castillans qui sont utilisés, notamment dans les familles juives qui ont été exilées (et dont les usages ont donc été « figés »).
De plus, la Ronda est extrêmement populaire au Nord du Maroc, dans une ceinture qui va de Tanger et Tétouan jusqu’à Oujda en passant par les colonies espagnoles de Ceuta et Melilla. Or le Nord du Maroc et le Rif ont été colonisés par l’État espagnol.
Aussi faut-il savoir que la Ronda est très proche dans la forme du jeu espagnol de l’Escoba (ou Quinta), ainsi que du jeu italien de la Scopa (avec des cartes italiennes) : c’est principalement le système de comptage des points qui diffère.
Cela n’est pas réellement un argument contre l’hypothèse de l’importation morisque de la Ronda, mais quand on sait qu’il existe en Tunisie et dans l’Est algérien la Chkobba / Chkouba, qui est proche de la Scopa italienne et qui se joue avec des cartes italiennes, on se dit qu’il est possible que la Ronda a été importée au Maroc par le commerce avec l’Espagne, comme la Chkobba l’a été en Tunisie avec les migrants d’Italie.
2. Avec quoi se joue la Ronda ?
Tout d’abord, avec un jeu de 40 cartes espagnoles. Les cartes espagnoles se comptent de 1 à 12, avec les 10, 11 et 12 qui sont incarnés par un valet, un cavalier et un roi. Avec quatre couleurs, cela fait 48 cartes.
Pour avoir un jeu de Ronda, il faut enlever les 8 et les 9 : on passe donc directement de 7 à 10 (cela a son importance pour la Ronda !).
Les cartes espagnoles se répartissent en quatre couleurs : Oros (ou Dhab ou Dinar en arabe : les pièces d’or ou deniers), Copas (la coupe), Esapadas (ou Chbada en arabe : les épées), et Bastos (ou Khal en arabe : les bâtons).
Les cartes espagnoles ressemblent aux cartes italiennes, et leur signification est d’ailleurs intéressante : Oros pour la bourgeoisie, Copas pour le clergé, Espadas pour la noblesse, et Bastos pour la paysannerie.
Les cartes espagnoles affirment donc l’existence de classes sociales… mais pour mieux nier les luttes de classes dans la féodalité ! Que chaque classe sociale reste à sa place !
Puis à part les cartes, il faut aussi des joueurs et des joueuses !
On peut jouer à deux, trois, quatre (= deux couples) ou six (= trois couples), qui sont les diviseurs de 12, d’après ce calcul rapide : (40-4)/3=12. Attention ! Les seuils de points à la fin de chaque tour changent, suivant qu’on joue à 2 ou 4, ou bien à 3 ou 6.
Justement, pour compter les scores il faut des jetons (de 1, 5 et 10 points), ou bien, comme cela se faisait… des pois chiches (crus !) pour les points et autre chose pour les 5 points.
Et enfin, particulièrement pour la cas fréquent où l’on joue à deux contre deux, il faut s’armer de beaucoup d’acharnement… et d’une bonne dose de mauvaise foi !
3. Comment se joue la Ronda ?
La Ronda se joue tour à tour, le but étant de « ramasser » le plus de cartes sur le tapis en formant des couples avec les cartes qu’on a dans la main, et d’arriver donc le plus vite à un certain nombre de points. Il existe des points qui proviennent des cartes qu’on a ramassées, et des points qui s’obtiennent au cours de chaque manche, suivant certaines règles.
Il existe un certain nombre de variantes de Ronda, suivant de là où on vient au Maroc, et les mots consacrés durant le jeu peuvent aussi varier, avec diverses combinaisons entre l’espagnol, l’arabe et le français. Nous allons donc expliquer uniquement la Ronda à quatre joueurs, qui est la plus fréquente, mais surtout celle avec le meilleur rapport amusement / mauvaise foi / durée de jeu.
On se place à quatre autour d’une table, et les équipes sont formées des personnes se faisant face. À chaque manche, la personne qui mélange les paquet et qui donne les cartes change.
Au premier tour de chaque manche, on distribue trois cartes à chaque personne, et on pose quatre cartes découvertes sur la table. S’il y a des répétitions parmi ces dernières cartes, on les change en les replaçant au milieu du paquet de cartes.
Voici le fonctionnement de base du jeu : au tour à tour, chacunE pose une carte sur la table. Si cette carte est déjà sur la table, la personne ramasse toutes les cartes qui la suivent dans l’ordre des numéros. Sinon notre carte vient s’ajouter à celles qui sont sur la table.
Par exemple s’il y a sur la table les cartes 5 – 6 – 7 – 10 et que l’on pose un 6, notre équipe ramassera 6 – 7 – 10. Mais si l’on pose un 2, il reste sur la table.
Quand les trois cartes de la main sont épuisées, on redistribue trois cartes à chacunE (sans rien ajouter sur la table), et cela jusqu’à la fin du talon de cartes. On comprend donc bien que la Ronda est un jeu où il vaut mieux avoir une bonne mémoire des cartes qui sont déjà passées.
La manche s’arrête après cette dernière main, la personne qui distribue doit annoncer qu’il n’y a plus de cartes, celles qui restent sur la table à la fin vont à l’équipe qui a fait le dernier pli, et on procède au décompte de points.
Chaque équipe compte le nombre de cartes qu’elle a ramassées, et prend un point par carte au-delà du seuil des 20 cartes (sachant qu’il y a 40 cartes). Par exemple si une équipe a ramassé 17 cartes, l’autre équipe doit en avoir 23, et cette dernière obtient 3 points.
Le but du jeu est d’arriver les premiers à 41 points. Mais 41 points, cela fait 21 + 20, et de fait on reverse les jetons ou les pois chiches une fois arrivés à l’étape intermédiaire des 21 points. Il faut donc obtenir 21 points, puis à nouveau 20 points.
Voilà les règles de base de la Ronda.
Aux points que l’on gagne à la fin de chaque manche, s’ajoutent les points que l’on gagne durant les phases de jeu.
Quand on ne joue pas en équipes, on peut prendre ces points là en échangeant les cartes qu’on a déjà ramassées : soit une personne donne une carte de son tas à une autre, soit tout le monde donne une carte à une certaine personne, etc.
Le problème est qu’au début de chaque manche, on n’a pas ramassé de cartes. De plus, cela suppose que l’on encaisse ces points uniquement à la fin de la manche lorsque l’on compte les cartes, et que l’on ne peut pas gagner en plein milieu du jeu : cela enlève du piquant à la Ronda.
Mieux vaut donc se baser sur des jetons ou des pois chiches que l’on gagne au fur et à mesure, ce qui est aussi certainement moins compliqué quand on joue en équipes…
Comme première occasion de gagner des points, il y a la « Ronda », c’est-à-dire quand on a deux fois la même carte dans sa main. La Ronda s’annonce aussitôt les cartes distribuées, et donne droit à 1 point. S’il y a plusieurs Rondas, les points sont mis en balance jusqu’à la fin de la main, et c’est la Ronda la plus forte qui emporte tous les points. S’il y a égalité, chaque équipe remporte ses points propres.
Dans le même esprit, il existe aussi la Tringla, qui correspond à trois fois la même carte dans sa main. La Tringla fait gagner 5 points, avec les mêmes règles en cas de plusieurs Tringlas, et surtout supériorité de la Tringla sur la Ronda : si quelqu’unE a Tringla et quelqu’unE d’autre une Ronda, la Tringla prend 6 points dès le début.
Quand une personne lève toutes les cartes qui sont sur la table, on dit qu’elle a fait Missa, et son équipe gagne 1 points. Cela peut arriver quand il n’y a qu’une carte sur la table, ou bien quand il y a une suite.
Et enfin, la dernière règle qui est sans doute la plus amusante en pratique : la règle de la Caida ou du « Tapé » (ou encore Bouah’d en arabe). Les points de la Caida se cumulent avec ceux de la Missa : on peut donc faire « Tapé Missa » ou bien « Bouah’d ouMissa ouJouj » en arabe (= Caida et Missa et 2 points).
Ainsi quand quelqu’unE pose une carte sur la table sans rien ramasser, et que la personne suivante dans le tour de jeu a la même carte dans sa main, elle peut « taper » en ramassant immédiatement la nouvelle carte : son équipe gagne alors 1 point.
Mais attention ! Si le joueur suivant / la joueuse suivante a la même carte, elle peut encore « taper », et faire gagner 5 points à son équipe. En arabe, on dit B’khamsa, pour les 5 points gagnés.
Mais attention attention ! Si la dernière personne dans le tour a encore la même carte (cela arrive vraiment !!!), elle « sur-tape » et elle obtient 10 points, ainsi que la haine éternelle de l’équipe adverse.
Voilà en gros quelles sont les règles de la Ronda à quatre joueurs / joueuses. Mais la règle d’or est bien entendu de garder son sang-froid !
Ce soir a lieu à Paris une « performance » d’un artiste juif américain, Tobaron Waxman.
Tobaron Waxman est ce qu’il appelle un « FTM », l’abréviation pour « Female To Male » : il est biologiquement une femme, mais se reconnaît dans une « identité genrée » d’homme. En gros, il est un peu le contraire de Dana International.
Cette « performance » s’intitule « GenderfluXXXors Uncoded : an FTM supornova », et a lieu au Palais de Tokyo sur l’initiative du séminaire « queer » « F*uck My Brain ». La présentation de cet événement est par ici.
1. Qu’est-ce que la « théorie queer » ?
« Identité genrée » ? « Supornova » ? « Séminaire queer » ? À première vue, tout cela est juste incompréhensible.
Et en fait ça l’est, à moins de savoir ce qu’est la « théorie queer ».
La question de la sexualité est une question extrêmement épineuse, où les révolutionnaires doivent faire preuve d’un grand matérialisme, c’est-à-dire d’une part garder le sens des réalités, connaître les oppressions à abattre, et d’autre part reconnaître à sa valeur correcte le vécu de chaque individuE.
Hapoel n’a pas vocation à être spécialisé dans les questions de sexualité, même si nous avons déjà abordé notamment le féminisme ou bien l’homosexualité masculine – comme dernièrement avec Ivri Lider, l’exemple même du « gay pacifié ».
Cela dit, on ne peut pas contourner la question de la « théorie queer » si l’on parle de cette performance de Tobaron Waxman. Voici ce que nous en avons compris, sans aucune prétention à être complets ni même consensuels…
La « théorie queer » est une construction intellectuelle d’universitaires expliquant qu’au fond, rien n’a de sens à part le « désir » et l’ « identité » de l’individu. La « théorie queer » remet en question les sexes et préfère parler de « genres », un concept fourre-tout qui se base sur le refus même des définitions.
Le sexisme et le patriarcat consisteraient, quant à eux, en une hiérarchie « socialement construite » entre différentes « identités genrées », hiérarchie qu’il faudrait « déconstruire » pour se libérer. Autrement dit, le patriarcat ne serait pas une oppression concrète qu’il faut abattre, mais une sorte de fantôme qu’il suffirait de nommer pour qu’il disparaisse.
Il n’est donc pas difficile de voir que la « théorie queer » est une forme s’opposant quant au fond au féminisme matérialiste et révolutionnaire (comme mis en avant par le groupe Pélénop de l’Action Antifasciste), en étant ouvert à la pornographie ou à la prostitution…
Et il n’est pas non plus difficile de voir que la « théorie queer » n’a rien de populaire, et tout du petit-bourgeois en pleine décadence : le séminaire « F*uck My Brain » est un regroupement d’universitaires et d’artistes bobos, et la performance de ce soir a lieu au Palais de Tokyo dans le 16ème arrondissement de Paris.
L’idéologie de la classe ouvrière est limpide comme le cristal et tranchante comme l’acier, et il suffit de lire le début de la présentation Wikipédia pour voir qu’une théorie qui rejette toute définition limpide et tranchée n’a strictement rien de révolutionnaire. Une présentation qui apparemment se veut incompréhensible :
« Considérant le genre comme un construit et non comme un fait naturel, la théorie queer est avant tout une possibilité de repenser les identités en dehors des cadres normatifs d’une société envisageant la sexuation comme constitutive d’un clivage binaire entre les humains, ce clivage étant basé sur l’idée de la complémentarité dans la différence et censé s’actualiser principalement par le couple hétérosexuel. »
Une critique claire et accessible de la « théorie queer » est faite par le Parti Communiste Marxiste-Léniniste-Maoïste (PCMLM) : « Le queer, une idéologie fétichiste nihiliste et anti-féministe ».
2. Quel rapport entre « queer » et tradition religieuse juive ?
Rien n’est clair sur le site du séminaire « F*uck My Brain », car le nom de la performance (« GenderfluXXXors Uncoded: an FTM supornova ») n’a rien à voir avec ce qui en est dit.
Ce qui est décrit sur la page de présentation de l’événement de ce soir, c’est plutôt la performance « Opshersnish », qui est d’ailleurs intéressante à analyser en deux mots.
Rappelons que Tobaron Waxman est une femme qui se reconnaît dans une « identité » d’homme. Dans sa performance « Opshersnish », il fait donc le parallèle entre d’une part sa transformation de femme en homme – pas nécessairement chirurgicale, d’ailleurs – et d’autre part le rituel juif orthodoxe de l’Upsherin.
L’Upsherin, c’est ce « rite de passage » pour les jeunes garçons de 3 ans qui consiste à se faire couper les cheveux pour la première fois.
L’Upsherin est une tradition relativement récente du judaïsme orthodoxe – tout au plus 300 ans – mais qui a dû être popularisée dans l’ancien foyer juif de Palestine depuis plus longtemps, sous l’impulsion des maîtres kabbalistes de Tzfat.
Dans la tradition de la Kabbale, l’arbre est un symbole plus que récurrent – comme nous l’avons déjà rappelé à Tou BiShvat – d’après le principe que « l’arbre du champ est l’homme lui-même » (Dvarim dans la Torah).
Or dans la juridiction agricole religieuse (dans VaYikra, évidemment…), les arbres sont « Orlah » jusqu’à l’âge de 3 ans, c’est-à-dire qu’il est interdit d’en récolter les fruits. Il n’y a donc qu’un pas à franchir chez les orthodoxes pour interdire de couper les cheveux avant l’âge de 3 ans !
Qu’est-ce que Tobaron Waxman doit y voir, avec sa « théorie queer » ? Que la cérémonie de l’Upsherin est l’acte marquant la « construction du genre » de l’enfant. Peut-être même plus, pour Tobaron Waxman, que la Brith Milah…
C’est-à-dire qu’avant les 3 ans, il n’y a pas de différences entre filles et garçons, mais qu’après les orthodoxes coupent les cheveux des garçons, qui doivent alors porter la kippa. C’est donc à ce moment que les garçons « deviennent » garçons, et que par défaut les filles « deviennent » filles.
3. L’art « conceptuel » de Tobaron Waxman, un art ultra-formaliste prisonnier de la religion
Tobaron Waxman fait donc le parallèle avec sa transformation « identitaire » de femme en homme dans sa performance, qui a eu lieu au musée juif de San Francisco – haut lieu du « queer » s’il en est ! – en s’étant laissé pousser les cheveux depuis la première fois où il a effectué cette performance (à Chicago en 2000).
Dans cette performance, Tobaron Waxman se fait en effet accrocher les cheveux longs avec des câbles fixés au plafond, et se les fait couper par le public. Un peu comme dans le rituel de l’Upsherin, donc.
De plus, il faut savoir que la performance de San Francisco fin 2009 avait lieu dans le cadre d’une exposition « Reinventing Ritual », c’est-à-dire la démarche typique du judaïsme libéral, qui vit en permanence une véritable schizophrénie entre la tradition juridique du judaïsme et les aspirations « modernistes » d’un clergé qui se veut « éclairé »…
Ainsi, le mode de raisonnement est ici l’analogie… voire l’analogie bancale…
Cela est un point essentiel à comprendre, puisque cela est typique de la pensée juive midrashique, d’après le principe du « Remez », de « l’indice », c’est-à-dire le niveau allusif de l’exégèse. Tobaron Waxman sombre donc dans le formalisme rabbinique, qui est un mode de pensée plus que dépassé depuis la dialectique de Hegel puis de Marx – Engels.
Cela montre bien l’ironie de la situation.
D’une part on a une performance en apparence très « branchée », une théorie en apparence très « radicale ». De plus, en se laissant aller à un « délire d’interprétation » (si on a la patience avec ce genre d’art bobo), on peut éventuellement lire une critique vaguement antisexiste de la religion.
Mais d’autre part et de façon très ironique, Tobaron Waxman ne comprend même pas à quel point il est prisonnier du mode de pensée religieux réactionnaire, tout en se croyant très radical avec son nihilisme « queer » !
Si l’on rajoute à cela le fait qu’au fond, Tobaron Waxman n’a pas grand’chose à dire avec une performance longue de 10 ans, on voit bien à quel point tout cela se résume à de la pure forme, à de la pure apparence de modernité et de « radicalité ».
Ainsi, la forme de la performance est donc purement intellectuelle, et en plus à tendance bobo franchement insuppportable…
Bref, l’art « conceptuel » de Tobaron Waxman est du pur formalisme qui n’a rien à dire… et qui ne s’adresse certainement pas au peuple, seul créateur de la culture universelle positive à notre époque !
Il suffit d’ailleurs de voir ses autres travaux artistiques, comme « Le’hem Oni / Prusa » qui consiste en un empilement de savons et de Matzot, qui est censé rappeler les empilements de cadavres retrouvés dans les camps de la mort à leur libération.
Cela est simplement odieux, d’autant plus quand il est expliqué que cela est fait « avec l’intention de critiquer le mauvais usage de l’Holocauste comme moyen de biaiser l’opinion publique ».
Si Tobaron Waxman comprenait quelque chose à la Shoah au lieu de la « parodier » de façon ultra-formaliste, il serait dans le camp de la libération animale – d’autant plus parmi la minorité juive des USA !
Et pourtant, force est de constater que les animaux sont totalement absents. De même la nature n’existe tout simplement pas pour Tobaron Waxman. Très exactement comme dans la tradition rabbinique talmudiste, qui est éloignée au possible de la nature !
C’est bien la peine de se la jouer ultra-radical avec la théorie « queer » pour ne rien comprendre à la libération animale et à la libération de la planète…
Ainsi, même ce qui est censé être de la « contestation » est transformé en quelque chose d’abstrait et d’intellectuel, où toute rage est évacuée au profit d’un formalisme pacifié.
En bref, c’est de l’art de petit-bourgeois pour d’autres petits-bourgeois, qui se croient très radicaux alors qu’ils ne font que nier le féminisme, et qu’ils ne voient même pas à quel point ils sont prisonniers de la pensée religieuse.
Dixième et dernière lithographie de la série « ‘Had Gadya » d’El Lisstizky (1919).

Le saviez-vous ?
Hier soir, c’était en « diaspora » le deuxième Seder de Pessa’h. L’occasion de revenir sur une chanson populaire de Pessa’h, « ‘Had Gadya », qui chez certainEs a trouvé un contenu progressiste.
1. La chanson ‘Had Gadya
‘Had Gadya est une chanson populaire d’origine médiévale ashkénaze, écrite en araméen. C’est la chanson par laquelle se termine le Seder traditionnel ashkénaze, mais qui se retrouve plus généralement chez beaucoup de familles israeliennes juives.
C’est en fait une chanson enfantine, très gaie et très « pétillante ». La structure de la chanson est « cumulative » : à chaque fois on reprend la strophe précédente en ajoutant un vers en tête de la strophe, et en terminant par « ‘Had Gadya, ‘Had Gadya ».
Cette structure « cumulative » se retrouve d’ailleurs dans une autre chanson incontournable de Pessa’h, « E’had, Mi Yode’a ? », qui associe les chiffres de 1 à 13 à des concepts religieux juifs (de l’unicité de D.ieu jusqu’aux 13 attributs de la miséricorde).
« ‘Had Gadya », cela signifie en araméen « un chevreau », l’enfant de la chèvre. L’histoire est simple, mais il faut suivre un peu :
Un père de famille achète un chevreau pour deux Zuzim (monnaie antique qui vaut un demi Shekel), chevreau qui se fait manger par le chat, chat qui se fait mordre par le chien, chien qui se fait battre par le bâton, bâton qui se fait brûler par le feu, feu qui se fait éteindre par l’eau, eau qui se fait boire par le bœuf, bœuf qui se fait abattre rituellement par le Sho’het, Sho’het qui se fait tuer par Malakh HaMavet (l’ange de la mort), Malakh HaMavet qui se fait tuer par HaKadosh Baroukh Hou (D.ieu).
Il existe des adaptations de ‘Had Gadya dans plusieurs langues : en yiddish et en hébreu évidemment, mais aussi en arabe ou en ladino.
De plus, de nombreux et nombreuses artistes ont interprété ‘Had Gadya à leur manière, souvent en insufflant un contenu progressiste.
2. L’interprétation pacifiste de ‘Hava Alberstein
‘Hava Alberstein est une célèbre chanteuse folklorique israelienne née en Pologne, qui est ultra-prolifique et connue pour sa sensibilité de gauche sioniste.
Elle a chanté une très belle reprise en hébreu de ‘Had Gadya en 1989, sur un ton tragique qui prend la tradition à contre-pied.
Mais cette chanson avait été interdite sur les ondes israeliennes à cause de son pacifisme, à l’époque de la première Intifada (commencée fin 1987).
Cette chanson consiste d’abord en ‘Had Gadya en hébreu, puis en des couplets personnels qui font de nombreuses références à Pessa’h, essentiellement la chanson « Mah Nishtanah ? ».
Mais aux quatre questions de « Mah Nishtanah ? », ‘Hava Alberstein ajoute une cinquième question : jusqu’à quand continuera le cercle de la terreur ?
‘Hava Alberstein explique alors qu’elle (= Israel) a été un chevreau, mais qu’elle a changé (référence à « Mah Nishtanah ? ») et qu’elle est désormais un loup (reprenant l’image répandue mais injustifiée du loup…). Puis elle reprend en disant qu’elle (= Israel encore) a été une colombe, mais qu’aujourd’hui elle ne sait plus ce qu’elle est.
De fait, il s’agit d’un remarquable condensé du doute qui s’est emparé de la gauche sioniste schizophrène pendant la première Intifada, puisqu’en 1989 c’était une coalition Shamir – Peres qui réprimait le soulèvement national palestinien.
Cette version de ‘Had Gadya a été reutilisée dans la scène finale – avec Natalie Portman – du film « Free Zone » d’Amos Gitai.
Enfin, on retrouve une transcription « américaine » et une traduction anglaise des couplets de ‘Hava Alberstein par ici.
3. L’interprétation révolutionnaire de El Lissitzky
Plus loin dans le temps mais plus proche idéologiquement d’Hapoel, l’interprétation d’El Lissitkzy est un modèle pour une approche révolutionnaire de la culture populaire juive.
Lazar « El » Lissitzky était un artiste juif soviétique, qui a beaucoup travaillé sur des thèmes et éléments populaires juifs, mais qui est largement plus connu pour son affiche « Avec un coin rouge, battez les blancs » (que l’on retrouve sur un badge du collectif 1000 Fleurs).
Hapoel reviendra sans doute sur l’apport d’El Lissitzky à la culture juive soviétique et à l’art constructiviste en général, en analysant son formalisme comme cela a pu être fait pour Georges Pérec, ou encore comme cela a été amorcé pour le ‘Hassidisme.
Quoi qu’il en soit, El Lissitzky a produit une série de 10 lithographies en 1919 pour illustrer ‘Had Gadya en version yiddish… et ‘Had Gadya seulement ! C’est-à-dire qu’El Lissitzky n’a pas illustré une Hagaddah entière, mais seulement cette chanson, à laquelle il attribuait donc une certaine valeur.
Par cette œuvre en yiddish et pas en araméen, El Lissitzky s’adresse aux masses populaires juives de Russie, marquées par la tradition mais placées face à une guerre civile entre les Rouges et les Blancs. C’est-à-dire entre les communistes d’une part et les réactionnaires d’autre part, qui se sont souvent livrés à des pogroms antisémites.
Lissitzky donne ainsi une dimension progressiste à ‘Had Gadya, une dimension qui correspond à ce que les communistes appellent l’optimisme révolutionnaire. Pour cela, Lissitsky utilise le symbolisme mystique et populaire, mais lui insuffle un contenu révolutionnaire.
En effet, le schéma général de la chanson ‘Had Gadya est très simple : le monde est un monde d’oppression, où chacunE est agresséE par plus fortE que soi. Le chevreau représente l’opprimé parmi les oppriméEs, mais à la fin la justice divine est rétablie.
Autrement dit, pour Lissitzky : les masses populaires juives sont les opprimées parmi les oppriméEs – dans la « prison des peuples » qu’était la Russie tsariste – et la révolution communiste de 1917 rétablit la justice et incarne la Rédemption.
Le symbolisme est parfois flagrant : le coq crachant des flammes fait référence aux pogroms et l’Ange de la Mort (Malakh HaMavet) est representé avec une couronne tsariste, tandis que l’épée de la justice divine est peinte à la fin en rouge et que l’aspect messianiste ressort avec le chevreau sonnant le Shoffar.
Tout cela est analysé dans un article de Haia Friedberg en anglais, publié dans le Journal of Jewish Art de l’université hebraïque de Jérusalem en 1987. Mais le sujet était déjà connu dans les annees 1970, notamment avec Alan Birnholz.
Ainsi on voit comment une chanson populaire est réinterprétée dans un sens progressiste. Le peuple est le seul créateur de la culture universelle, et dans la moindre de ses expressions artistiques se lit son aspiration à la justice, son besoin de communisme.
Après avoir chanté les camps, voici une exposition intitulée « Filmer les camps, de Hollywood à Nuremberg ». Celle-ci s’est ouverte il y a quelques jours, au Mémorial de la Shoah de Paris.
Mais là encore, comme avec Jean Ferrat, il s’agit des camps de concentration et non des camps d’extermination.
La raison en est simple : l’exposition suit les cinéastes John Ford, Samuel Fuller et George Stevens, qui accompagnaient l’armée américaine pour filmer la libération des camps, notamment avec un souci de recueillir des preuves des crimes nazis.
Dès lors, l’exposition « Filmer les camps » ne pouvait s’intéresser à la libération des camps d’extermination, c’est-à-dire le cœur sanglant de la Shoah proprement dite, puisque ceux-ci avaient été libérés par l’Armée Rouge de Staline.
Et en effet, ce qui est filmé, c’est les camps de concentration de Dachau et de Falkenau (une dépendance de Flossenburg), ce qui évidemment est très intéressant pour comprendre ce que signifie la répression sous le fascisme.
Cependant, un cycle de conférences et de films se tient au Mémorial de la Shoah depuis l’ouverture de l’exposition le 10 mars.
Par exemple, hier a eu lieu la projection du film « Le journal d’Anne Frank » (USA, 1959), alors qu’il y a seulement deux mois était décédée Miep Gies, l’amie d’Anne Frank qui avait sauvé son journal.
Quant aux images des camps de concentration, une soirée a lieu ce jeudi avec deux films documentaires réalisés dans l’immédiat après-guerre par les services d’information alliés. Ces deux documentaires montreront Dachau, Bergen-Belsen, Buchenwald.
Enfin, lundi prochain sera diffusé un film de 1944 sur la libération du camp d’extermination de Majdanek par l’Armée Rouge, avec des images issues d’une collaboration soviéto-polonaise.
Pour en savoir plus sur l’exposition « Filmer les camps », tous les détails ainsi que plusieurs vidéos se trouvent sur le mini-site de l’exposition réalisé par le Mémorial de la Shoah.
La chanson « Nuit et brouillard » est souvent mentionnée en ce moment, parmi tous les hommages qui sont faits à Jean Ferrat.
Bien entendu nous respectons la dimension « engagée » de Ferrat, même si on ne peut certainement pas dire qu’il était une personne révolutionnaire. Au moins sa démarche partait-elle de bons sentiments, avec tous les défauts que peuvent avoir ici les artistes.
Mais non, la chanson « Nuit et brouillard » n’est pas une belle chanson, non elle ne concerne pas la Shoah, et il est même possible de dire : la chanson « Nuit et brouillard » est antisémite, car elle nie l’existence des personnes juives.
En effet, la chanson « Nuit et brouillard » ne parle pas de la Shoah, mais de la déportation politique. Ce qui n’est pas un mal en soi, bien entendu ! Il faut saluer la mémoire de ceux et celles ayant dû affronter les camps de concentration.
Mais Ferrat n’aborde donc en absolument rien la Shoah. On doit même dire que dans sa chanson, les personnes juives sont catégoriquement niées.
Tout comme le révèle d’ailleurs le titre : « Nuit et brouillard » est un documentaire français de 1956 parlant de déportation, et où le mot « juif » n’est prononcé… qu’une seule fois.
La chanson de Ferrat est dans le même esprit, comme on peut le voir à de nombreux éléments du texte.
Il est ainsi dit :
« Ils s’appelaient Jean-Pierre, Natacha ou Samuel
Certains priaient Jésus, Jéhovah ou Vichnou
D’autres ne priaient pas mais qu’importe le ciel
Ils voulaient simplement ne plus vivre à genoux. »
Or, les personnes juives déportées et exterminées ne l’ont pas été pour des actes de résistance (« ne plus vivre à genoux ») mais parce qu’elles étaient juives.
Et elles sont toutes mortes, à très peu d’exceptions près, car les camps d’extermination étaient différents des camps de concentration. Dans les camps d’extermination, il y avait des chambres à gaz, des meurtres en série, et pas comme dans la chanson une surveillance brutale et longue au moyen de miradors, de chiens policiers, etc.
Quand Ferrat dit ainsi « Ceux qui sont revenus peuvent-ils être heureux ? », il est très clair qu’il ne parle absolument pas de la Shoah et des personnes juives. Environ 60 % des déportés dans les camps de concentration sont revenus en France, mais seulement 3 % des déportés dans les camps d’extermination.
Jean Ferrat ne formule pas ici quelque chose d’exceptionnel : dans les années 1950, il a existé une tendance erronée en URSS, dans tous les pays de l’Est ainsi que dans les Partis Communistes.
Cette tendance a, au nom de l’universalisme, purement et simplement placé le génocide juif dans l’ensemble des meurtres nazis, sans jamais en mentionner la spécificité.
Une erreur grave, absolument anti-matérialiste. Et beaucoup de personnes juives ont soutenu cette initiative, considérant qu’ainsi, les personnes juives atteignaient un degré d’universalité.
Seulement ce n’est pas ainsi que les choses marchent. L’antisémitisme est quelque chose de très particulier dans le capitalisme. Ne pas le voir a de lourdes conséquences.
Une polémique a eu lieu en 2005 au sujet de cette chanson, et voici la réponse absolument odieuse de Jean Ferrat à une critique qui lui est faite à ce sujet :
Monsieur,Je viens de prendre connaissance de votre interview publiée par Nouvelles d’Arménie Magazine de janvier 2005 et ne saurais rester sans réagir à vos déclarations me concernant et concernant aussi ma chanson Nuit et brouillard, car c’est la première fois depuis 42 ans qu’elle suscite une réaction de cette nature. C’est la première fois qu’on me reproche, en définitive, de n’avoir pas parlé uniquement de l’extermination des Juifs. Vous osez le faire. J’ai envie de dire : « Tant pis pour vous », mais je vous rappelle que justement, Nuit et brouillard est dédié à toutes les victimes des camps d’extermination nazis quelles que soient leurs religions et leurs origines, à tous ceux qui croyaient au ciel ou n’y croyaient pas et bien sûr, à tous ceux qui résistèrent à la barbarie et en payèrent le prix.
Que vous puissiez justement, faire un compte dérisoire en regrettant que « Le seul moment ou l’identité juive apparaît est dans Samuel et Jéhovah » me paraît particulièrement indigne. Je ne puis également accepter vos interprétations tendancieuses qui concernent les résistants que je célèbre et qui seraient, d’après vous, « essentiellement communistes ». Je passe sur l’évocation de « Vishnou » que je n’aurais utilisé que pour la rime alors qu’il symbolisait pour moi toutes les autres croyances possibles.
Si j’avais aujourd’hui à regretter quelque chose, c’est de n’avoir pas cité les autres victimes innocentes des nazis, les handicapés, les homosexuels et les Tsiganes. Mais il est temps, à présent, d’en venir à votre affirmation finale : « Aujourd’hui, un tel texte (vous parlez, bien entendu, de Nuit et brouillard) serait attaqué pour négationnisme implicite ».
Je me demande par quelle dérive de la pensée on peut en arriver là, et si vos propos ne relèvent pas simplement de la psychiatrie.
Jean Ferrat
Jean Ferrat traite les gens de fous, mais sa position ne tient absolument pas, car il est absolument faux de dire comme il le fait que « Nuit et brouillard est dédié à toutes les victimes des camps d’extermination nazis » !
Justement en raison de la différence entre camps de concentration et camps d’extermination. Une différence qui est très peu connue en France, et cela nuit énormément à la compréhension de l’antisémitisme et du fascisme.
La position de Ferrat est de toutes manière ridicule car jamais dans sa chanson il ne parle des personnes juives. Le terme de « Jehovah » dans la chanson fait bien plutôt référence aux témoins de Jehovah qui ont été déportés également.
Quant à Samuel, mis sur le même plan que Jean-Pierre et Natacha, cela ne veut rien dire car Jean-Pierre et Natacha pourraient être juif et juive, alors que Samuel non, etc.
Inversement on pourrait parfaitement légitimement constater que Jean Ferrat a abandonné le nom de son père, Tenenbaum, qui pour le coup fait juif, alors que Ferrat, non.
C’est un choix, qui est grosso modo le même que Patrick Bruel, qui s’appelle en réalité… Maurice Benguigi !
Patrick est plus « snob » que Maurice, et il faut croire que Ferrat était plus « adéquat » pour chanter la France et ses campagnes que Tenenbaum… Tout cela est bien triste, surtout quand on sait que le père de Ferrat est mort à Auschwitz…
Et en tout cas la chanson « Nuit et brouillard » a une dimension profondément odieuse ; elle a contribué à l’incompréhension de ce qu’a été la Shoah, et en ce sens elle nuit à l’antifascisme aujourd’hui.
C’est la crise économique, Shlomo Cohen arrive en fin de droits pour les Assedics (qui a dit les ‘Hassidiques ???), et il n’y a plus de boulot nulle part… Nulle part sauf à la permanence locale du Front National !
Seulement voilà, Shlomo Cohen n’a vraiment plus le choix, et il postule pour travailler chez le FN. Là, on lui donne un formulaire à remplir.
Première question : le nom.
« Oy ! Surtout pas Cohen ! Allez, au hasard je vais mettre Dupont. »
Deuxième question : le prénom.
« Oy ! Surtout pas Shlomo ! Allez, au hasard je vais mettre Jean. »
Troisième question : le lieu de naissance.
« Oy ! Surtout pas Sarcelles ! Allez, au hasard je vais mettre Rambouillet. »
Dernière question : la religion.
« Haha, ils ont cru qu’ils m’auraient comme ça ?! Tout le monde sait qu’il faut répondre Goy ! »
Ce mercredi marque la sortie nationale au cinéma du film « La Rafle » de Rose Bosch, avec Gad Elmaleh, Mélanie Laurent, Jean Reno, Raphaëlle Agogué, Sylvie Testud, Hugo Leverdez (dans le rôle du jeune Joseph Weismann).
« La Rafle », c’est l’histoire de la Rafle du Vél d’Hiv vue par un jeune garçon juif de 11 ans de la Butte Montmartre. Il s’agit d’une histoire vraie, et ce personnage d’enfant est en réalité un rescapé.
En effet, Joseph Weismann est encore en vie, et a fait partie des 4000 enfants parmi les 13000 personnes juives raflées les 16 et 17 juillet 1942 par l’État français.
Voici une présentation du film :
1942. Joseph a onze ans. Et ce matin de juin, il doit aller à l’école, une étoile jaune cousue sur sa poitrine… Il reçoit les encouragements d’un voisin brocanteur. Les railleries d’une boulangère.
Entre bienveillance et mépris, Jo, ses copains juifs comme lui, leurs familles, apprennent la vie dans un Paris occupé, sur la Butte Montmartre, où ils ont trouvé refuge. Du moins le croient-ils, jusqu’à ce matin de 16 juillet 1942, où leur fragile bonheur bascule…
Du Vélodrome d’Hiver, où 13 000 raflés sont entassés, au camp de Beaune-La-Rolande, de Vichy à la terrasse du Berghof, La Rafle suit les destins réels des victimes et des bourreaux.
De ceux qui ont orchestré.
De ceux qui ont eu confiance.
De ceux qui ont fui.
De ceux qui se sont opposés.
Tous les personnages du film ont existé. Tous les évènements, même les plus extrêmes, ont eu lieu cet été 1942.
Une soirée spéciale était hier consacrée à ce film sur France 2 avec de nombreuses personnes invitées, aussi bien des rescapés que des historiens ou des protagonistes du film.
Le site du film, quant à lui, comporte un « dossier d’accompagnement pédagogique » assez complet.
Ni oubli, ni pardon, ni confiance en l’État français !
Concernant le débat sur le formalisme, on est en pleine confusion.
Celui-là dit : vous ne changez que la forme, pas le contenu.
Les autres ont l’impression suivante : tu sacrifies d’autant plus le contenu à la forme qu’il s’agit de la forme conventionnelle.
Ce que beaucoup n’ont pas encore saisi, c’est ceci : face aux exigences toujours nouvelles d’un environnement social en constante transformation, s’en tenir aux formes anciennes et conventionnelles, cela aussi, c’est du formalisme.
Est-ce que nous pouvons vraiment nous permettre de nous prononcer contre l’art expérimental, nous, les révolutionnaires ?
Quoi, « on n’aurait pas dû prendre les armes » ?
Mieux vaudrait expliquer les défauts du putsch en expliquant en même temps les avantages de la révolution ; mais non ceux de l’évolution.
Faire du réalisme une question de forme, le lier à une forme, à une seule, et à une vieille, c’est le stériliser.
Faire une littérature réaliste n’est pas affaire de forme.
Jetons par-dessus bord toutes les formes qui nous empêchent de révéler en pleine lumière la causalité sociale, il faut s’en débarrasser ; et à nous toutes les formes qui nous aident à le faire.
Quand on veut parler au peuple, il faut se faire comprendre de lui. Mais là encore, ce n’est pas affaire de forme. Le peuple ne comprend pas seulement les formes anciennes.
Pour dévoiler la causalité sociale, Marx, Engels, Lénine n’ont cessé de recourir à des formes nouvelles. Lénine ne disait pas seulement autre chose que Bismarck, il le disait autrement.
Au vrai, il n’entendait parler ni dans les formes anciennes, ni dans les formes nouvelles : il parlait dans la forme appropriée.
Bertolt Brecht, Le débat sur l’expressionnisme in Réalisme et formalisme.
Pour aller plus loin :
- Formalisme et réalisme, Bertolt Brecht ;
- Sur le formalisme, Bertolt Brecht ;
- La culture de la société française devient grotesque (et nécessite une critique réaliste s’opposant au formalisme), PCMLM
Je n’ai pas de souvenir d’enfance. Jusqu’à ma douzième année à peu près, mon histoire tient en quelques lignes : j’ai perdu mon père à quatre ans, ma mère à six ; j’ai passé la guerre dans diverses pensions de Villard-de-Lans. En 1945, la sœur de mon père et son mari m’adoptèrent.
Cette absence d’histoire m’a longtemps rassuré : sa sécheresse objective, son évidence apparence, son innocence, me protégeaient, mais de quoi me protégeaient-elles, sinon précisément de mon histoire vécue, de mon histoire réelle, de mon histoire à moi qui, on peut le supposer, n’était ni sèche, ni objective, ni apparemment évidente, ni évidemment innocente.
« Je n’ai pas de souvenirs d’enfance » : je posais cette affirmation avec assurance, avec presque une sorte de défi. L’on n’avait pas à m’interroger sur cette question. Elle n’était pas inscrite à mon programme. J’en étais dispensé : une autre histoire, la Grande, l’Histoire avec sa grande hache, avait déjà répondu à ma place : la guerre, les camps.
Georges Perec, W ou le souvenir d’enfance.
Le vieux monde produit une vieille culture, et des expressions artistiques qui vont avec. Une de ces tendances culturelles consiste en le formalisme.
Le formalisme, cela signifie d’accorder de l’importance principalement à la forme et non au contenu, que ce soit en défendant des formes artistiques anciennes et académiques, ou bien au contraire en créant de toutes pièces des formes qui s’imaginent innovantes.
À l’inverse, une œuvre artistique au contenu réaliste et révolutionnaire doit trouver une forme pour dire la réalité : ni une forme « ancienne », ni une forme « nouvelle », mais simplement une forme vivante et appropriée.
Pourtant dans certains cas, l’aspect principal peut être le suivant : l’artiste reste un individu, avec son histoire et ses traumatismes.
Et la forme artistique, en prenant un tour « excessivement nouveau », peut servir à l’artiste de « carapace », presque pour « détourner l’attention » d’un contenu tragique.
C’est peut-être l’un des aspects de la vie du Mime Marceau, un monument de la culture formaliste, dont le père a été assassiné à Auschwitz.
Et sans doute que l’écrivain Georges Perec est aussi de ces artistes là.
Le saviez-vous ?
Le 3 mars 1982, l’écrivain français Georges Perec s’éteignait d’un cancer des bronches, peu avant l’âge de 46 ans.
Perec est né le 7 mars 1936 à Belleville, de parents tous deux juifs polonais.
Quand la guerre éclate, son père s’engage dans l’armée mais est tué en juin 1940. Pour le sauver, sa mère envoie Georges en zone « libre » en 1941. Elle sera quant à elle déportée à Auschwitz en 1943 – et n’en reviendra jamais.
Le jeune Georges Peretz se retrouve donc à Villard-de-Lans dans le Vercors, près de Grenoble, où de nombreuses personnes juives ont été protégées entre autres par des œuvres catholiques.
Là, son nom polonais est francisé, et Georges s’appellera désormais Perec.
À la Libération, Georges Perec retourne orphelin à Paris à l’âge de 9 ans, et est adopté par ses tantes.
La Shoah – et plus particulièrement la perte de ses parents – sera un profond traumatisme pour Georges Perec.
Et de fait, ce thème se retrouvera dans plusieurs de ses œuvres… mais de manière dissimulée et quasi ésotérique !
Car il faut savoir que, parallèlement à son métier de documentaliste, Geroges Perec a fait partie dès 1967 d’un collectif littéraire qui a poussé le formalisme à l’extrême et l’a théorisé. Il s’agit de l’Oulipo, « OUvroir de LIttérature POtentielle », fondé entre autres par Raymond Queneau.
Il sera rejoint 2 ans plus tard au sein de l’Oulipo par son ami Marcel Bénabou, avec qui il avait fait ses études et avait fait ses premières « expérimentations » formalistes.
En 1969, Georges Perec publie « La Disparition », un roman de 300 pages où… il n’utilise jamais la lettre E ! Ce qui d’ailleurs ne sera même pas remarqué à sa sortie !
Et pourtant, sous des airs ultra-formalistes, « La Disparition » aborde de façon détournée la disparition de ses parents, et toute la question de l’absence…
Pour la petite histoire, Perec écrira en 1972 un roman avec pour unique voyelle le E, qui s’intitulera « Les Revenentes » (sic).
En 1975, Georges Perec publie « W ou le souvenir d’enfance ». Ce livre consiste à moitié en une autobiographie, à moitié en une « fable » que Perec avait écrite à l’âge de 13 ans à propos d’une île imaginaire du nom de W.
Cette île isolée se présente d’abord comme une société parfaitement réglée et codifiée, où toute la vie est orientée vers le sport et les compétitions. Mais il s’avère au fur et à mesure que c’est l’arbitraire et la cruauté qui règnent sur W, qui ressemble finalement au système concentrationnaire…
Les chapitres de ces deux récits parallèles s’alternent, avec les chapitres de fiction en italique. Quant au titre, pourrait-il être issu du double V de Villard-de-Lans et de Vercors ?
Parmi les les autres œuvres connues de Georges Perec, on compte notamment « Les Choses », un roman sur la société de consommation des années 1960, ou bien le long poème « Je me souviens », qui égrène 480 souvenirs de ses jeunes années.
Et surtout, il y a « La Vie, mode d’emploi », sans doute le roman le plus abouti de Perec – ou plutôt « les romans », comme l’indique le sous-titre du livre.
On y découvre la vie d’un immeuble et de ses habitants, qui forment en réalité un gigantesque puzzle – presque au sens propre, puisque c’est la passion des deux personnages principaux.
Les chapitres s’enchaînent d’une manière assez particulière, puisque Perec fait la revue des appartements en suivant les mêmes mouvements (sur une vue en coupe de l’immeuble) qu’un cavalier sur un échiquier.
La vérité, c’est que tout cela est tellement juif…
D’un côté l’aspect juridique et formaliste du Talmud, qui s’incarne dans les contraintes d’écriture. De l’autre les différents niveaux d’interprétation, presque d’exégèse, comme dans le Midrash ou bien dans la tradition mystique.
Mais pourquoi tout ce formalisme ?
Peut-être bien, comme nous disions, pour se former une « carapace » contre le traumatisme de la Shoah et le fond tragique de certaines de ses œuvres ?
Comme on mettrait un code indéchiffrable pour protéger un coffre que l’on préférerait ne jamais rouvrir…
Mais sans doute aussi que Georges Perec n’avait pas saisi le sens de cette affirmation de l’écrivain antifasciste allemand Bertolt Brecht : « Le fascisme est le plus grand des formalismes. »
Aujourd’hui c’est Pourim ! L’occasion donc, comme chaque 14 Adar, de rendre hommage à l’une des premières femmes résistantes juives : la reine Esther.
Dans la tradition juive, Pourim est toujours un moment de Sim’ha, de déguisements, de saynètes, de crécelles (le « Ra’ashan ») – voire d’enivrement pour certains…
Traditionnellement, on mange aussi des « Oznei Haman » (« oreilles d’Haman), des pâtisseries triangulaires farcies de confiture ou de dattes.
Quant aux plus jeunes, ils se font un honneur tout particulier à se déguiser au mieux, d’après la coutume qui vient en fait d’Italie au 16ème siècle (puisque les communautés juives d’Irak, Iran, Yemen, etc. n’ont jamais eu cette tradition).
La fête de Pourim, c’est notre carnaval, mystique et populaire.
L’histoire de Pourim est elle-même une merveille de « dialectique », où chaque chose se retourne en son contraire (Mordekhai en habits royaux escorté par Haman, Haman pendu à la potence qu’il avait réservée à Mordekhai), où ce qui est caché prend tout son sens (Hadassa la juive sous le nom perse d’Esther, aucune mention dans toute la Meguilah à D.ieu alors que c’est Lui qui tire les ficelles), etc.
C’est là le sens du mot « Pour », qui veut dire le « sort » : l’histoire de Pourim est à la fois un sort et un jeu du sort. D’où les déguisements du carnaval, qui incarnent presque la dialectique de l’histoire.
Rappelons rapidement cette histoire, contenue dans la Meguilah d’Esther, qui se serait déroulée sur neuf ans.
Après avoir répudié sa femme à Shoushan (Suse en Iran), le roi de Perse A’hashverosh (sans doute Xerxès 1er) écoute Mordekhai, un sage juif, et choisit comme future reine la nièce de celui-ci, Hadassa bat Avigail. Cachant ses origines juives par prudence, Hadassa se fait appeler Esther.
Un jour, Mordekhai surprend un complot contre le roi, et prévient la reine Esther. Cela est noté dans les annales du roi, mais il y a comme de la rétention d’information.
Parallèlement, Haman, un des hommes les plus puissants de son temps, un dominant, s’indigne que Mordekhai ne se prosterne pas devant lui. Il persuade le roi A’hashverosh de faire exterminer les « Judéens » le 13 Adar (date du calendrier juif).
Cela arrive finalement aux oreilles d’Esther, via Mordekhai. D’abord réticente à dissuader le roi, elle demande préalablement à son peuple un jeûne (d’où le jeûne d’Esther, un des quatre jeûnes de l’année, qui s’est tenu vendredi).
Esther organise un banquet avec A’hashverosh et Haman, mais garde le silence. Troublé, le roi cherche le sommeil en lisant les annales, et découvre donc la déposition de Mordekhai.
Il convoque alors Haman pour demander comment récompenser cet acte, et, par suite d’un quiproquo, Haman escorte Mordekhai en habits royaux devant la foule. Haman rumine sa vengeance, et fait préparer une potence pour Mordekhai.
Lors d’un second festin, Esther dévoile son identité juive et le complot d’extermination qui vise son peuple, et démasque Haman. Celui-ci est alors pendu à la potence réservée à Mordekhai, qui est nommé vizir.
Les Juifs prennent les armes, sur autorisation du roi, et vainquent militairement le complot d’Haman. Une grande vague de réjouissances submerge alors les peuples de l’empire perse.
חג פורים שמח
‘Hag Pourim samea’h !
Ce mercredi est sorti au cinéma un film de Tony Gatlif, Liberté.
À travers l’histoire d’une communauté tzigane qui, pendant la guerre, est tant bien que mal acceptée dans un village de la zone occupée, Tony Gatlif nous raconte une page trop souvent oubliée de l’histoire de Vichy : la traque de la minorité tzigane de France, et sa déportation en direction des camps de la mort.
À l’affiche de ce film de 1 h 51, on retrouve notamment Marc Lavoine, Marie-Josée Croze ou bien James Thiérrée. Quant au réalisateur, Tony Gatlif, rappelons qu’il est d’origine kabyle et gitane, et qu’il a déjà réalisé plusieurs films autour de la question nationale rom.
À noter aussi le fait qu’un livre est sorti en même temps que le film, qui est une version romancée du scénario du film. Il porte le même nom que le long-métrage, et est signé Tony Gatlif et Éric Kannay.
Aujourd’hui encore, la réalité du génocide tzigane est niée en Europe – ou plutôt « oubliée », ce qui revient au même.
Car dans les idéologies nationales, c’est-à-dire des bourgeoisies constituées en États nationaux, les individus d’origine rom sont perçuEs comme des ombres, comme des fantômes, qui au fond n’appartient pas à ce monde mais « ne font que passer ».
Une fois la minorité transnationale rom perçue comme abstraite et invisible, la porte est ouverte au génocide, et elle reste ouverte pour l’oubli.
Pour tous les personnes traquées par les nazis et leur alliés, honneur et mémoire !
Voici une chanson récente de la chanteuse Goapele, qui figurera sur son prochain album, justement intitulé Milk & Honey.
‘Halav OuDvash : inutile de s’étendre sur ce titre !
Goapele est une chanteuse américaine de soul et de r’n'b, d’origine métisse puisqu’elle est de père sud-africain et de mère israelienne. Les Red Lions 94 avaient déjà mis en avant cette artiste (ici et là).
Le son a pu être entendu à la radio et vaut largement d’être écouté, mais le clip lui-même est assez plat, inutile, où il n’y a pas une seule image ne relevant pas de l’ancien monde…
D’autant plus quand on voit le style se conformant à l’image des femmes que notre société veut imposer, et alimentant donc en partie le sexisme ; ou bien les images pas vraiment métaphoriques de lait et de miel, qui sont des produits de l’exploitation et de la souffrance animale (voir ce tract sur le lait) ; ou bien encore un fauteuil en cuir évoquant clairement un cadavre de vache.
Bref, un très mauvais clip sur un bon son – ce qui, il faut le dire, n’est pas le cas des chansons mises en avant par les Red Lions 94.
Mais on attend quand même l’album !
Dans l’une des toutes premières scènes de « A Serious Man » des frères Coen, un étudiant vient se plaindre auprès de Larry Gopnik de ses résultats, en prétendant qu’il ne savait pas qu’il y aurait des mathématiques dans son examen de physique :
L’étudiant : Ce n’est pas juste, je ne savais pas que examiné sur mathématiques.
Larry : Eh bien, vous ne pouvez pas faire de la physique sans mathématiques, n’est-ce pas ?
L’étudiant : Je comprends la physique. Je comprends le chat mort.
Larry : Vous comprenez le chat mort ? Mais… vous… vous ne pouvez pas véritablement comprendre la physique sans comprendre les mathématiques. Les maths expliquent comment les choses fonctionnent vraiment. Les histoires que je vous donne en classes servent juste d’illustration ; elles sont comme, disons, des fables. Je veux dire… même moi je ne comprends pas l’histoire du chat mort. Les maths expliquent comment les choses fonctionnent vraiment.
Quand on connaît un peu le cinéma des frères Coen, on sait qu’aucune scène n’est gratuite – tout comme, d’après les religieux, aucun mot n’est gratuit dans la Torah. Et par conséquent, il faut voir dans cette scène une des clés de compréhension de « A Serious Man ».
Car comment ne pas faire le lien entre d’une part cette histoire de mathématiques illustrées par des « fables », et d’autre part les procédés mathématiques développés pour déchiffrer le sens caché des textes religieux ?
Sans entrer dans des considérations sur la philosophie de Pythagore ou du Talmud, ou sur les influences mutuelles des pensées grecque et juive, rappelons simplement quelques bases – assez connues – sur la Gematria.
Le saviez-vous ?
La Gematria, c’est un ensemble d’outils mathématiques ou algorithmiques pour décrypter le sens non littéral des textes du Tanakh, mais aussi des textes relevant de la Kabbalah. C’est-à-dire que c’est une méthode d’exégèse basée sur la numérologie.
Le terme de « Gematria » (גימטריה) vient directement du grec, de la racine qui donnera aussi « géométrie ».
L’idée générale de la Gematria, c’est d’attribuer une valeur numérique aux mots, selon divers procédés qui peuvent parfois être complexes, et de déchiffrer le sens de ces mots en fonctions de ces valeurs, notamment par analogie avec d’autres mots de même valeur.
Pour cela, il faut rappeler que dans la tradition juive, on compte dans un système décimal où les chiffres sont en fait les lettres (encore aujourd’hui dans le calendrier religieux juif).
Ce n’est donc absolument pas « farfelu » de vouloir attribuer des valeurs numériques aux mots, et d’ailleurs cela est évoqué dans le Talmud, et très utilisé dans tout le Midrash – sans même parler du Zohar et de la tradition kabbalistique !
Un exemple très simple de cela, c’est le « fétichisme » autour des nombres 18 et 26, l’un codant ‘Hai (חי), l’autre codant le nom de D.ieu (יהוה).
Un autre exemple traditionnel, c’est quand on lit chaque année dans la Haggadah de Pessa’h le même passage sur le décompte des plaies d’Égypte : divers avis de divers commentateurs sont donnés, pour savoir s’il y aurait eu plutôt 10 plaies ou plutôt 250.
Tout cela a été théorisé au début de l’ère chrétienne notamment par le sage Hillel, le Rabbi Na’hum de Gamzo, le Rabbi Akiba, le Rabbi Ichmael, qui ont établi quelques dizaines de règles pour la Gematria.
Puis le judaïsme espagnol médiéval a développé la théorie, notamment avec Abraham Aboulafia qui ajoutera une dimension mystico-extatique, mais surtout avec le Rabbi Moshe Cordovero qui tentera de théoriser systématiquement l’étude de la Kabbalah.
Bref, tout cela pour dire qu’il existe une assise « théorique » solide aux développements de la Gematria, jusque dans toute la tradition mystique juive – même si pour les talmudistes, il s’agit comme dans la symbolique de ‘Hanukkah de simplement « relever le goût » de leur étude avec de l’huile d’olive…
Mais alors, quels sont tous ces procédés mathématiques de la Gematria ? Il n’est pas question d’être exhaustifs, puisqu’il en existe des centaines et des centaines (au bas mot 300 ou 400).
Et c’est sans compter la Temurah, qui consiste à mélanger ou échanger les lettres selon des algorithmes très précis, et qui n’est pas davantage farfelue que la Gematria (ou alors autant farfelue…), ou bien le Notarikon qui est l’étude des abréviations et des initiales (comme pour Shaddai = Tout-Puissant = Shomer Dlatot Israel).
Mais pour en venir aux choses concrètes, l’alphabet hébreu comporte 22 lettres + 5 versions finales de lettres. Soit l’on attribue aux lettres une valeur égale à leur rang dans l’alphabet (donc de 1 à 22), soit beaucoup plus classiquement, on suit cette table :
- les 9 premières (de Alpeh à Tet) comptent les unités de 1 à 9 ;
- les 9 suivantes (de Youd à Tzadi) comptent les dizaines de 10 à 90 ;
- les 4 dernières (de Resh à Tav) comptent les centaines de 100 à 400 ;
- pour compter de 500 à 900, ou bien on combine deux – voire trois – lettres de Resh à Tav (comme cela se fait classiquement pour les années), ou bien les mystiques rajoutent les 5 versions finales de lettres (Kaf, Mem, Noun, Peh, Tzadi).
Un ajout beaucoup plus rare est de comptabiliser aussi les Nekoudot en-dessous des lettres, qui servent en hébreu de voyelles.
À partir de cette base, de très nombreuses variantes existent :
- la méthode la plus classique, qui consiste à ajouter les valeurs détaillées ci-dessus : c’est le Mispar HaPanim (la valeur faciale) ;
- la variante des mystiques, qui prennent de plus en compte les versions finales des lettres : c’est le Mispar Gadol ;
- épeler chaque lettre, et appliquee le Mispar HaPanim à chaque nom de lettre : c’est le Mispar Shemi ou Milluy ;
- comme dit précédemment, attribuer aux lettres des valeurs de 1 à 22 : c’est le Mispar Siduri ;
- pour chaque lettre, sommer tous les nombres de 1 jusqu’à la valeur de la lettre (par exemple au lieu de Dalet = 4, on prendra 1+2+3+4=10) : c’est le Mispar Kidmi ;
- sommer les carrés des valeurs de chaque lettre (16 au lieu de 4 pour Dalet) : c’est le Mispar Merubah Prati ;
- le carré de la somme plutôt que la somme des carrés : c’est le Mispar Merubah Klali ;
- la variante avec les cubes au lieu des carrés : c’est le Mispar Meshulash ;
- le très intéressant procédé qui consiste à multiplier la valeur de la lettre par le rang de sa place dans le mot (que ce soit de droite à gauche ou de gauche à droite) : c’est le Mispar HaAkhor (la valeur de derrière);
- on peut également faire intervenir le Kolel, qui est le nombre de lettres ou de mots dans une « chaîne de caractères ».
Tout cela est au fond très simple derrière une apparence ésotérique : cela est « mécanique » mais demande une grande connaissance.
Rien d’étonnant, donc, à ce que la Gematria ait pu acquérir un aspect populaire, avec une certaine fascination pour le sens profond, la dimension cachée.
Mais rien d’étonnant, non plus, à ce que cela ait attiré au 19ème siècle des dandys décadents et occultistes, fascinés par la Kabbalah et se la jouant très profonds – de Grant aux USA aux satanistes en Angleterre, en passant par Vuillaud le délirant en France.
Et rien d’étonnant, toujours, à ce qu’aujourd’hui les franges les plus délirantes parmi les complotistes (mais pas les moins significatives historiquement) se fassent des films à base de numérologie sur le 11 septembre voire sur Michael Jackson, en étalant leur méconnaissance totale du Talmud et de la Kabbalah.
Mais tout cela est logique : autant la Gematria peut avoir un aspect populaire parmi certains secteurs des masses juives, autant cela est totalement étranger à une vision du monde conforme à la classe ouvrière.
Par conséquent, ceux qui s’emparent aujourd’hui de la numérologie, ce sont les produits de la décadence du capitalisme, qui se raccrochent à un élitisme ésotérique fantasme : soit les fascistes, soit l’ultra-gauche de type « Tiqqun ».
Et à l’inverse, la classe ouvrière doit assumer à notre époque l’affirmation de la science, et n’a donc certainement pas besoin de lire entre les lignes des textes « sacrés ».
Le saviez-vous ?
Une nouvelle que connaissent déjà touTEs les fans : aujourd’hui c’est l’anniversaire d’Ivri Lider.
Ivri Lider (עברי לידר), c’est un chanteur israelien qui est une véritable star là-bas, et est de plus connu comme « icône gay ».
De fait, Ivri Lider est assez représentatif de la pop-rock israelienne mainstream, y compris du travers typiquement israelien de croire que les chansons un peu molles seraient plus « spirituelles »…
Ivri Lider est né d’un père argentin et d’une mère polonaise le 10 février 1974 – ce qui lui fait donc 36 ans aujourd’hui.
Depuis son premier album en 1997, il a enchaîné les hits, parmi lesquels (dans un ordre plus ou moins chronologique, et avec uniquement la transcription pour ne pas alourdir) :
- Melatef OuMeshaker (caresser et mentir) ;
- Tamid Ahava (l’amour toujours) ;
- Yoter Tov Klum Mikim’at (mieux vaut rien plutôt que presque) ;
- ‘Hultzat Passim (chemise rayée) ;
- HaKos HaK’hula (le verre bleu) ;
- Ha’Anashim Ha’Hadashim (les nouveaux gens) ;
- Batei Kafe (les cafés) ;
- Geshem A’haron (dernière pluie) ;
- Ze Lo Oto Davar (c’est pas la même chose) ;
- Nissim ;
etc.
En janvier 2002, Ivri Lider a fait son coming-out dans une interview à Ma’ariv, le grand hebdomaire israelien.
De plus, il a participé aux bandes originales des films d’Eytan Fox, lui aussi homosexuel :
- sur Yossi VeJagger (Yossi & Jagger), un film très peu connu en France sur deux soldats gays, il avait composé Bo (viens), une reprise de la chanteuse Rita ;
- sur Lalekhet ‘Al HaMayim (Tu marcheras sur l’eau), un film « un peu compliqué », il avait composé Cinderella Rockefeller et Mary LaNetza’h (Mary pour toujours) ;
- enfin sur HaBu’ah (The Bubble), un film vaguement autobiographique sur la jeunesse de Tel Aviv, il avait composé The Man I Love.
Parmi toutes ces chansons, certaines sont au minimum sympathiques, mais d’autres sont molles, très molles.
Par conséquent, même quand Ivri Lider parvient à dépeindre une réalité (notamment sur l’homosexualité, voire sur les travailleurs et travailleuses immigréEs), toute conflictualité est évacuée, tout est lisse.
Toutes les contradictions d’Ivri Lider se résument en cette anecdote qui date de l’été 2007 : Lider devait se produire en faveur de l’association israelienne pour les soldats, mais a été annulé 3 jours avant le concert parce qu’il avait refusé de signer une lettre réglementaire disant qu’il aimait Tzahal et respectait ses valeurs.
Bref, d’un côté le refus de se confronter au nationalisme, de l’autre la méfiance légitime envers une armée d’assassins.
Et pareillement : d’un côté l’appartenance à une minorité sexuelle, de l’autre un esprit mainstream pacifié.
Le site d’Ivri Lider, sur lequel on peut écouter l’intégralité de ses albums, est par ici.
Ci-dessous, le beau clip de la belle chanson Ze Lo Oto Davar.
À l’occasion de la sortie de « A Serious Man », le dernier film des frères Coen, Hapoel ressort un extrait du film « The Big Lebowski ».
Cette scène est située vers la fin du film, et montre Walter Sobchak dans toute sa splendeur de grande gueule… Éloignez les enfants !
Walter Sobchak, c’est ce polonais catholique converti au judaïsme pour épouser sa femme, qui depuis a divorcé. Mais comme l’explique Walter, on ne rend pas son permis de conduire quand on divorce, et on n’arrête pas non plus d’être juif. Il met donc un point d’honneur à ne pas jouer au bowling le shabbat…
La qualité de notre vidéo est mauvaise, les sous-titres sont en anglais et un peu désynchronisés… mais on comprend ce qu’il y a à comprendre !
En fait, l’extrait est en anglais pour une raison très précise : la réplique finale de cette scène est traduite en français par « Nihilistes de mes d… », ce qui n’a rien à voir avec la version originale ! Et pour le coup, c’est tellement français…
S’il y a un problème d’affichage ou de compatibilité avec la vidéo, on peut la télécharger par ici, et utiliser un logiciel de vidéo gérant le format MP4 (par exemple VLC).
C’est ce qu’on peut lire dans le générique de « A Serious Man ».
« A Serious Man », c’est le 14ème film des frères Coen, qui vient de sortir ce mercredi au cinéma.
Et évidemment, Hapoel était obligé d’en parler, ne serait-ce qu’à cause de nos références régulières à un personnage de « The Big Lebowski » (1 – 2 – 3 – 4).
« A Serious Man » commence par un petit conte cruel en yiddish, qui se déroule dans un shtetl au 19ème siècle : un homme laissé pour mort vient dans une famille par une nuit enneigée, mais est pris pour un fantôme. La fin est un peu gore…
En réalité, ce conte est inventé de toutes pièces par les frères Coen. Mais son esthétique, du type film expressionniste yiddish des années 1920 – 1930, établit le lien avec la culture anéantie des shtetls – et tout ce qu’elle pouvait contenir de dérision absurde…
Un siècle plus tard en 1967, dans la classe moyenne juive du Midwest américain.
Larry Gopnik (interprété par Michael Stuhlbarg) est un professeur de physique à l’université, et attend une titularisation. Sur le plan personnel, il vit dans un pavillon de banlieue dans le Minnesota, avec sa femme Judith, sa fille et son fils (qui prépare sa Bar Mitzvah, et a donc le même âge que Joel Coen).
Dans la vie si conventionnelle de ce « Serious Man », tout va bien… jusqu’au jour où tout va mal.
Sa femme le quitte pour un amant donneur de leçons et demande un divorce religieux. Son frère débarque et squatte son salon en tentant de trouver une combine imparable aux cartes. Sa fille pique dans son portefeuille pour se faire refaire le nez. Son fils prépare sa Bar Mitzvah en fumant des joints et en écoutant du rock au Talmud Torah. À l’université, un étudiant le harcèle pour acheter un diplôme puis le couvre de calomnies. Sa hiérarchie reçoit des lettres anonymes le diffamant pour empêcher sa promotion. Quant à son voisinage, il est cerné d’une part par des fachos antisémites, et d’autre part par une quadragénaire qui lui fait des avances.
Devant ces plaies d’Égypte, notre avatar de Job se retourne… vers les rabbins, qui se révèlent encore plus conventionnels et protocolaires que lui…
« A Serious Man », c’est la synthèse savoureuse d’une certaine culture juive américaine, celle des communautés du Midwest, dont l’esprit est différent de celui de « Jew York » ou de « Los Anjewles ».
D’ailleurs, on retrouve un esprit proche dans les comics « Americain Splendor » de Harvey Pekar, un dessinateur juif de Cleveland, et dans le film qui en est tiré.
Pour celles et ceux qui n’ont pas vu ce film, il se déroule en gros à la même époque que « A Serious Man » avec le même ton grisâtre dans les images. Le héros, Harvey Pekar lui-même, est aussi un anti-héros qui enchaîne les malheurs.
À ceci près que Harvey Pekar est un « intello précaire » et non un prof d’université, et qu’il prend part à la contre-culture underground de l’époque – au lieu d’être un « Serious Man ».
En fait, « A Serious Man » et « Americain Splendor » montrent deux aspects contradictoires d’une même réalité, tout comme les valeurs conventionnelles des communautés juives américaines se sont retournées à New York en la rébellion de type punk.
Et justement, les frères Coen ont grandi dans une famille proche de celle dans leur film, mais ont par la suite baigné dans la contre-culture américaine des années 1970. Ce film est donc enfin une affirmation de l’ambiance qui a paradoxalement façonné leur culture, et qui est une des clés de compréhension de leur œuvre.
Comme aperçu de l’humour juif désespéré de « A Serious Man », voici la bande-annonce du film, qui est déjà en soi un montage millimétré avec une bande-son mixée chirurgicalement :
Et n’oubliez pas de nous envoyer vos critiques du film !
Le 4 du mois de Shvat, c’est-à-dire aujourd’hui, les juifs religieux marocains célèbrent l’anniversaire de la mort de Baba Salé, qui donne lieu à une Hilloula, à un pèlerinage commémoratif.
Le saviez-vous ?
Baba Salé, cela signifie en arabe marocain « le père qui prie ». C’est le surnom donné à un très célèbre rabbin marocain, le rabbi Israel Abu’hatzeira.
Descendant d’une dynastie de rabbins, Sidna Baba Salé est né en 1890 à Rissani, un village du Tefilalet, près de l’Atlas au Maroc.
Sa famille s’appelait originellement Elbaz. Mais selon la légende, son ancêtre le rabbi Shmuel Elbaz ne pouvait payer le bateau, et a utilisé une natte comme radeau. Il aurait ce jour là changé son nom en Abou’hatzeira, qui signifie en arabe « le père de la natte ».
Ce Shmuel Elbaz était originaire de Palestine, et a vécu à Damas avant de s’installer avec sa famille au Maroc. Son petit-fils, Ya’akov Abou’hatzeira, lui-même grand-père de Baba Salé, était une figure du judaïsme marocain au 19ème siècle, et est mort en Égypte sur la route de la Palestine.
À Rissani, la famille Abou’hatzeira possédait des terres et dirigeait une yeshiva, et avait donc un rôle social important dans la structure féodale des communautés juives des campagnes.
Quand le rabbi Messaoud Abou’hatzeira, le père d’Israel et lui-même rabbin de Rissani, meurt en 1909, c’est Sidna Baba Salé qui va prendre la direction de la communauté, à l’âge de 18 ans.
En effet, Israel Abou’hatzeira s’est révélé depuis son enfance très doué pour l’étude, aussi bien des aspects révélés que de la dimension cachée de la Torah. Plus prosaïquement, c’est une dynastie de propriétaires terriens et de rabbins, d’où la succession assurée.
Pendant la première guerre mondiale, une rébellion chasse les Français de la région du Tafilalet. Mais étant dirigée par des forces féodales, elle ne comprend pas la question nationale marocaine (donc les droits démocratiques des minorités), et s’en prend par la suite aux communautés juives.
En 1920, juste après ‘Hanukkah, il est alors décrété que les communautés juives du Tefilalet seront massacrées. Le frère de Baba Salé, David Abou’hatzeira, sera assassiné, ce qui poussera la communauté entière à déménager de Rissani.
En 1922, le futur Baba Salé effectue un voyage à Jérusalem en Palestine pour faire éditer les documents de son frère – en marquant d’ailleurs une halte sur la tombe de son grand-père en Égypte. Il y reste un an avant de revenir au Maroc, pour devenir un important dirigeant de plusieurs communautés du Tefilalet.
Puis dans les années 1950, Baba Salé ira assez fréquemment en France mais aussi dans le nouvel État sioniste, tout en restant rattaché au Maroc.
Mais en 1963, Baba Salé s’installe définitivement en Israel.
D’abord à Yavneh (Yibnah), une ville de développement au sud de Tel Aviv, puis à Ashkelon (Asqelon), une ville portuaire au nord de la bande de Gaza, et enfin en 1970 à Netivot, une ville de développement à l’est de la bande de Gaza.
Il vivra alors à Netivot, où il accomplira de prétendus miracles, et sera vénéré par une partie des masses marocaines d’Israel.
Et cela jusqu’à sa mort le 8 janvier 1984 à l’âge de 93 ans, après deux semaines d’agonie très médiatisées.
Tout cela, il faut le comprendre dans un contexte historique.
En effet, la minorité juive marocaine est littéralement vendue par Hassan II à l’État sioniste, et s’exile très majoritairement en Israel (certains resteront au Maroc, d’autres s’exileront en France ou au Canada).
Mais pour les familles juives très pauvres qui vont rejoindre l’État sioniste, c’est un nouveau cauchemar qui commence.
Ces familles arrivent en effet dans des camps d’internement, où elles sont littéralement désinsectisées et servent parfois de « cobayes » pour des tests médicaux, et sont enfin parquées dans des villes de développement.
Les villes de développement, ce sont concrètement des cités-dortoirs pour juifs-arabes (originaires de Tunisie, Maroc, Irak, Iran, Yemen, etc.), où encore aujourd’hui la misère domine, et où il n’y a rien à faire à part traîner au centre commercial (le « Kenyon »).
Ainsi Netivot – la ville où Baba Salé s’installe finalement – est une ville de développement créée comme ghetto pour Marocains, et qui est d’ailleurs aujourd’hui à portée de Qassams de la bande de Gaza.
Mais alors pourquoi une telle adoration populaire de Baba Salé ?
Parce que les masses juives des campagnes marocaines, très « arriérées », ont été exilées dans un pays qui leur était totalement incompréhensible, absurde et au fond étranger, et où l’oppression raciste était énorme envers les masses juives-arabes.
Brutalement passées des campagnes marocaines aux cités-dortoirs israeliennes, les secteurs les plus pauvres des masses juives marocaines se sont donc – en partie – accrochés à leur repères, c’est-à-dire au judaïsme marocain avec ses spécificités.
Or une des spécificités les plus connues du judaïsme marocain, c’est le culte des saints, culte qui se retrouve dans l’islam marocain avec les « Waliy ».
Sur le plan « théorique », ce culte populaire est justifié par la notion de « Tzaddik », de « juste », qui dans la tradition kabbalistique désigne des personnes quasi consacrées, servant de relai direct entre D.ieu et les « fidèles » du Tzaddik.
Voilà pourquoi Baba Salé a été véritablement vénéré comme un saint, et pourquoi plus de 100000 personnes ont accompagné son corps à sa « dernière demeure ».
Voilà aussi pourquoi le mausolée de Baba Salé à Netivot est tellement visité, par exemple hier soir à l’occasion de sa Hilloula, et pourquoi on peut retrouver son portrait chez certaines familles marocaines pratiquantes, en France ou en Israel.
Le « culte » de Baba Salé, comme celui du Rabbi de Loubavitch, a certes un aspect mystique populaire, en tant qu’expression d’aspirations présentes au sein du peuple.
Seulement voilà, lorsque les masses se mettent en mouvement et se soulèvent, les illusions religieuses volent en éclats.
Or c’est précisément pendant les années 1970 que s’est développé un fort mouvement juif-arabe en Israel, héritier des émeutes des villes de développement dans les années 1950 – 1960.
Ainsi, au moment même où se développait une perspective révolutionnaire dans les franges avancées des masses marocaines, les franges « arriérées » se cramponnaient elles à une perspective mystique-religieuse… derrière la figure de Baba Salé !
La vérité, c’est que face à la situation d’oppression des masses juives-arabes, cela ne sert strictement à rien de porter un fil rouge au poignet : ce qu’il faut, c’est porter le drapeau rouge au ciel !
Voici une information qui peut intéresser les personnes religieuses, ou celles qui vivent dans des familles religieuses : récemment est apparu un calendrier juif pour iPhone.
Il s’agit en effet d’une application gratuite produite par Cal J (qui est dans les liens d’Hapoel depuis des mois et des mois).
Celle-ci indique les fêtes juives, les Parashiyot, les dates dans le calendrier juif aussi bien que dans le calendrier commun, et permet aussi de consulter directement une date (juive ou commune), notamment pour les anniversaires ou les commémorations.
Un problème, cependant, et de taille : la version actuelle n’inclut pas les horaires d’entrée dans les fêtes et les Shabbatot.
Mais ce problème sera sans doute réglé bientôt, puisqu’il est résolu dans la version Java de ce calendrier juif, disponible depuis plus de 5 ans pour les « anciens » téléphones portables.
Concernant les horaires, justement, cette version Java prend en compte dans ses calculs la ville, si on est en diaspora ou pas, etc.
Cette application plus ancienne est aussi gratuite (hors coût de la connexion WAP)… et conviendra à la très grande majorité de gens qui n’ont pas d’iPhone.
Ainsi, c’est cette version que nous avons testée, non seulement parce que l’iPhone est encore cher, mais aussi parce qu’il n’est pas pratique pour les prolétaires conscientEs et les révolutionnaires…
La page Cal J pour iPhone est par ici, celle pour les « anciens » portables est par là.