Archives de Antisémitisme

Honorer le souvenir d’Ilan, détruire ce qui nous détruit

Aujourd’hui cela fait 6 ans déjà qu’Ilan Halimi notre frère nous a quittés.

Le 13 février 2006 au matin, après 24 jours de tortures, Ilan avait été retrouvé agonisant au bord d’une route de l’Essonne, près d’un chemin de fer, totalement rasé, décharné, nu en plein hiver, et brûlé sur la moitié du corps.

Ilan avait 23 ans, vendait des téléphones portables sur le boulevard Voltaire à Paris, vivait avec sa fiancée Stéphanie, et était d’origine marocaine juive.

Ilan a été enlevé parce qu’il était juif, torturé parce qu’il était juif, assassiné parce qu’il était juif. Cela, nous le répéterons tant qu’il le faudra, tant que la mémoire d’Ilan sera insultée par les antisémites ou bafouée par la « justice » de l’État français (rappelons par exemple que « l’appât » de l’affaire vient d’être libérée de prison il y a quelques semaines).

Rien ne pourra effacer le traumatisme ressenti par chacun et chacune en cet hiver 2006, où l’on a vu un jeune juif ciblé, séquestré, torturé, liquidé à cause des préjugés antisémites. Rien ne pourra effacer le souvenir des actualités du 13 février, jour de Tou BiShvat, au moment où l’on ne connaissait pas encore le nom de la victime mais où tout le monde avait compris qu’il était juif. Et surtout, rien ne pourra effacer la lancinante douleur de la famille Halimi et de sa fiancée Stéphanie.

La mémoire d’Ilan est l’un des piliers de notre identité antifasciste, de l’indispensable identité antifasciste qui doit prendre racine dans notre minorité. Car l’Arbre (« Ilan » en hébreu) préfère le calme, mais le vent continue de souffler. On ne peut pas permettre que le sang d’autres de nos fils et de nos filles soit répandu par les racistes, les antisémites, les barbares.

Depuis deux ans qu’Hapoel existe, de nombreuses actualités, hommages, réflexions ont été publiées à propos d’Ilan. Celles-ci sont rassemblées sur une page spéciale accessible à partir de tout le site, tant nous considérons que le sort d’Ilan est « symbolique » et a une signification historique :

On peut arracher un Arbre, mais on ne peut arrêter la marche du printemps ! Les juifs n’oublient pas ! Il n’y aura pas d’autre Ilan !

Faire groover les anges…

Aujourd’hui, cela fait exactement 7 ans que la jeunesse juive regrette DJ Lam.C, assassiné dans la nuit du mercredi 19 novembre 2003 dans le parking de sa résidence.

En novembre 2003, Sébastien Selam a 23 ans et vit avec sa mère et son frère dans une cité de la rue Louis Blanc, près de la place du Colonel Fabien. Il est connu sous le blaze de DJ Lam-C (le verlan de Selam, évidemment).

Seulement depuis quelque temps, son voisin et camarade d’enfance Adel Amastaibou, 23 ans aussi, multiplie les actes antisémites : insultes antisémites, cadavres de poulets égorgés devant la porte des Selam, agression d’un rabbin, etc.

Le soir du 19 novembre 2003, Adel Amastaibou (seul ? avec des complices ?) tend un piège à Lam-C : il l’attire dans le parking de l’immeuble, et l’égorge à coups de couteau. Le visage sans vie de Sébastien pouvait témoigner des traces horrifiantes de la barbarie antisémite.

Pire encore : remontant en courant chez sa mère, le meurtrier s’écrie : « J’ai tué un juif ! J’irai au paradis ! ». Il rajoutera, devant les policiers : « C’est Allah qui l’a voulu. » Le motif antisémite de l’assassinat était donc limpide, terriblement limpide.

Et pourtant. Pourtant en 2006, Adel Amastaibou est déclaré irresponsable au moment des faits, et interné à Villejuif – un comble pour un antisémite… Le même verdict est prononcé à nouveau après 6 ans de procédures en 2009, privant la famille Selam d’un procès, et en même temps de toute dignité.

Aujourd’hui Sébastien Selam repose au cimetière de Pantin. Toutes nos pensées vont à sa mémoire, à Juliette sa mère et Stéphane son frère. Jamais la mémoire de Lam.C ne sera souillée par des racistes comme Éric Zemmour, qui dans son livre « Petit Frère » récupère et salit le sort tragique de Sébastien.

Là où il est, Lam.C doit faire groover les anges… Vérité et justice pour Lam.C !

Que montre la prise d’otage dans un Pôle Emploi par un informaticien au chômage ?

« Hegel fait quelque part cette remarque que tous les grands événements et personnages historiques se répètent pour ainsi dire deux fois. Il a oublié d’ajouter : la première fois comme tragédie, la deuxième fois comme farce. »

Karl Marx, « Le 18 Brumaire de Louis Bonaparte »

En juillet dernier, la Norvège avait été secouée par un massacre dans un camp d’été de l’organisation de jeunesse du parti social-démocrate au pouvoir. Plus de 70 personnes avaient trouvé la mort dans l’attaque par un fasciste armé jusqu’aux dents, se prenant pour un chevalier de l’Europe, et ayant auparavant rédigé un manifeste de 1500 pages où il mettait en avant une Chrétienté médievale fantasmée.

Avant-hier à Paris, on a eu un remake de ce scénario barbare, mais bien entendu dans une version factice, grotesque, théâtralisée, lâche, pathétique. En deux mots : so French

En effet, un informaticien au chômage longue durée a pris en otage ce lundi vers midi deux cadres d’un Pôle Emploi du 11ème arrondissement de Paris (à la limite du 3ème arrondissement).

Le preneur d’otage a aussitôt appelé la rédaction du journal internet pseudo-radical Rue89 (ici l’article écrit en direct), et a formulé ses revendications dans un « manifeste » de 20 pages – rien à voir avec les 1500 pages du vrai bourgeois fasciste en Norvège. L’essentiel de la conversation téléphonique était retranscrit sur Twitter par le rédacteur-en-chef complètement voyeur de Rue89, trop content d’être « sur le coup ».

L’informaticien au chômage a ainsi expliqué au téléphone qu’il n’avait pas l’intention d’utiliser ses otages comme boucliers humains (à quoi bon cette mise en scène, alors ?), mais qu’il utiliserait son arme de poing pour se défendre (arme s’avérant finalement factice, comme prévisible dès le départ), et qu’il voulait juste faire passer ses « revendications »… au journal de TF1 et de France 2 !

Comme cela était là encore prévisible dès le départ, le preneur d’otage a libéré les cadres du Pôle Emploi au bout de quelques heures, s’est rendu à la police… et le journal télévisé n’a même pas parlé de ses revendications.

En réalité, l’informaticien n’avait pas envisagé une seule seconde d’aller jusqu’au bout, montrant bien la véritable valeur de la petite-bourgeoisie française en crise, qui met en scène sa « révolte » jusqu’à croire à son propre cinéma.

Alors finalement, en quoi consistent les « revendications » de cet informaticien, écrites dans son « manifeste » ?

Dans les 5 premières pages le preneur d’otage parle de son parcours de chômeur – très, trop classique. Un parcours qui passe certainement par le déclassement en tant qu’informaticien (un secteur qui soi-disant ne connaît pas la crise), l’attente de réponses qui n’arrivent jamais, le chômage qui s’installe dans la durée, la morosité, la précarité, l’invisibilité, la désocialisation, la fin de droits, la pauvreté, le désespoir, la haine de soi.

Mais sur les 20 pages que comporte son « manifeste », l’informaticien au chômage en consacre une quinzaine à revendiquer… « la dissolution des groupuscules sionistes violents » !

S’il est certain que les initiatives violentes des groupements ultra-sionistes restent relativement impunies par la « justice » de ce pays, il ne s’agit clairement pas de la priorité numéro en France quand on veut abolir l’ordre des choses existant et vivre libre. Ne serait-ce que pour la raison que les agissement des brutes ultra-sionistes ne dépassent pas Paris et sa proche banlieue.

Et si l’on voit qu’une prise d’otage dans un Pôle Emploi a pu être considérée avec un minimum de sympathie dans les masses populaires, la revendication soi-disant « antisioniste » a facilité la ridiculisation de ce « coup d’éclat » individualiste, effectivement ridicule et coupé de toute culture de révolte prolétaire.

Tout ce qui bouge n’est pas rouge, loin de là, surtout dans la France de 2011 avec sa masse de petits-bourgeois déclassés par la brutalité de la crise capitaliste et se raccrochant hystériquement à un passé révolu.

Crise capitaliste, spécificités françaises des masses petites-bourgeoises, antisémitisme se faisant passer pour de « l’antisionisme », mix infernal entre « social » et « national », anticapitalisme romantique version fasciste : voilà le cocktail explosif de la petite-bourgeoisie basculant dans le fascisme derrière les fractions les plus chauvines, agressives et impérialistes de la classe dominante.

Et au fond, quand on y pense, la base sociale des altermondialistes d’hier et des « Indignés » parisiens d’aujourd’hui (ou encore du rappeur Orelsan) n’est pas très différente de celle de l’informaticien preneur d’otages : la petite-bourgeoisie en proie à la crise, et qui aimerait continuer « comme avant » la fin de l’âge d’or de l’impérialisme.

Pas étonnant, donc, qu’on ait pu assister à des infiltrations fascistes de haut niveau dans ce mouvement des « Indignés » parisiens, et que leur peu d’économie politique soit complètement poreuse à l’anticapitalisme romantique.

Pourtant, la revendication antisémite de l’informaticien preneur d’otage ne tombe pas du ciel.

Demander de façon faussement naïve « pourquoi on traite différemment la vie d’un Noir, d’un Arabe et celle d’un juif », parler de « types protégés par la justice, la police et les médias », de « la puissance de cette communauté », et conclure au téléphone que « oui, aujourdhui, je suis antisémite »… tout cela n’a strictement rien de « spontané », et encore moins de révolté.

L’antisémitisme est profondément ancré dans la société française, certes, mais insister sur « la dissolution des groupuscules sionistes violents » (y compris un organisme bourgeois comme le Crif !) comme unique revendication politique est tout sauf innocent : cette revendication est bel et bien issue de l’agitation politique concrète des antisémites.

La réalité, c’est que les fascistes ont lancé ce mot d’ordre comme objectif « stratégique » il y a deux ans, avec une pétition dans la foulée de l’attaque sioniste contre la librairie d’Europalestine… et que toute la « gauche radicale » leur avait à l’époque emboîté le pas.

Cette agitation passe, dans le même mouvement, par les initiatives des antisémites au moment de la mort de Saïd à Bobigny, avec toujours Europalestine aux commandes.

Et c’est comme cela qu’on se retrouve à la rentrée 2011 avec un petit-bourgeois antisémite précarisé qui se met en scène dans une prise d’otage bidon, et qui appelle un journal internet soi-disant « radical » pour relayer ses revendications pseudo-antisionistes.

Mais au fond, rien d’étonnant quand on se souvient que c’est dans les colonnes de Rue89 qu’Esther Benbassa, une intellectuelle proche de l’UJFP, avait pu tenir quasiment les mêmes propos que ceux de l’informaticien preneur d’otage :

« Le Crif fait régner sa loi à l’intérieur de la communauté juive, bannissant l’un, qui n’obéit pas à ses injonctions, l’autre, qui publie un livre non conforme, un troisième encore qui ose critiquer la politique d’Israël. [...]

Mais le Crif fait aussi la loi à l’extérieur de la communauté, accusant qui ils veulent d’antisémitisme, suscitant des procès contre tel journaliste, contre tel intellectuel, contre tel militant. Le Crif, en un mot, terrorise psychologiquement certains Juifs et tous les non-Juifs au nom de la défense d’Israël. »

Rien n’est spontané, tout est politique, et l’antisémitisme ne tombe pas du ciel : il a ses professionnels, et eux-même leurs complices…

Par ailleurs, si l’on se souvient des réactions des antisémites au drame de Bobigny, on peut facilement imaginer les réactions frisant la pornographie de certains « antisionistes » si la prise d’otage avait « mal » tourné…

Mais heureusement on est en France, le pays où rien ne va jusqu’au bout. Pour l’instant.

La France, pays de la délation [août 2010]

Quand on se confronte de manière lucide et réaliste à la culture nationale-bourgeoise, on voit très vite que la France est la pays de la délation et du fichage.

Et quand nous affirmons cela, tout le monde comprend très bien ce que nous voulons dire.

À quoi cela tient-il ?

Comme l’explique Marx, la France est historiquement le pays de la petite propriété parcellaire.

Cette petite propriété parcellaire était en réalité maintenue à bout de bras par le capitalisme français, un capitalisme très spécifique qui jusque dans l’entre-deux-guerres avait une grande composante usuraire, reposant sur la rente foncière.

C’est ce capitalisme usuraire qui a très longtemps maintenu à la campagne des vestiges sociaux et culturels de la féodalité, qui se retrouvent encore aujourd’hui dans l’appareil d’État de la république bourgeoise française.

La petite propriété parcellaire a donc donné naissance à une couche sociale typiquement française, les petits notables des campagnes.

Une couche sociale dépendante du capitalisme foncier à la française, et qui se range donc tout à tour derrière le Second Empire après 1848, derrière la Troisième République après la Commune, et enfin derrière Vichy.

Au final, ce sont ces rapports sociaux de la petite production rurale qui ont façonné l’identité des couches possédantes et dominantes de la « France profonde » : jalousie et mesquinerie, paternalisme et hypocrisie, méfiance de la grande ville et réaction panique face à la « subversion » qui y règne.

Mais aussi commérages, rumeurs et délation contre tout ce qui est perçu comme étranger à la « terre » de Barrès ou au « pays réel » de Maurras.

Or dans l’idéologie fasciste, c’est précisément « le juif » qui a un caractère universel et cosmopolite, étranger et mobile, abstrait et insaisissable. « Le juif » est un fantôme, une ombre, un être virtuel, et l’on peut alors laisser libre cours à la délation.

À ce titre il faut remarquer que, si les personnes d’origine chinoise sont perçues par les racistes comme pratiquant l’infiltration et les personnes d’origine rrom comme ayant une dimension transnationale, les personnes d’origine juive cumulent ces deux « caractères » supposés.

Ainsi toute la mentalité nationale-bourgeoise française est imprégnée de manière incontournable par la délation, en particulier des personnes juives.

[...]

Jean-Michel Larqué fait dans l’antisémitisme ordinaire français

On avait déjà l’habitude des commentaires de Thierry Roland, qui faisait dans le chauvinisme le plus franchouillard et dans le racisme gratuit tout azimut – contre les personnes chinoises, coréennes, tunisiennes, portugaises, roumaines, etc.

Désormais c’est son collègue Jean-Michel Larqué qui le rejoint dans l’expression banale et ordinaire du racisme à la française. Ainsi, la semaine dernière, Larqué a pu faire dans son émission sur la radio RMC une tirade antisémite, le plus tranquillement du monde.

Commentant le probable départ de Samir Nasri de l’équipe d’Arsenal vers Manchester City, celui-ci a trouvé une explication simple et convaincante : c’est encore les juifs. Voici la retranscription des propos qu’il a tenus sur les ondes les plus écoutées de tous les « footix » de France :

« Je me rappelle toujours d’une réflexion d’Arsène Wenger, qui résume un petit peu quand même la philosophie du board d’Arsenal.

Il m’a dit le jour où j’ai vu que le board d’Arsenal, qui est plutôt de confession juive… [Un correspondant qui sent venir la suite lui fait remarquer qu'en fait non...]

À cette époque il l’était [juif] donc, et qu’ils se sont mis autour d’une table avec les représentants d’Emirates. Il m’a dit : « J’ai tout compris, j’ai compris ce jour-là qu’il y avait une chose importante pour le board d’Arsenal. C’était l’argent. »

Et aujourd’hui l’argument selon lequel Nasri vaudrait zéro livres, c’est insupportable. »

Et c’est tout. Pas d’autre affirmation, juste deux mots d’excuse arrachés en fin d’émission à un Jean-Michel Larqué étonné qu’on puisse le soupçonner d’antisémitisme. Pourtant il faudrait expliquer : quel intérêt de mentionner d’hypothétiques origines juives pour justifier… un transfert de footballeur ?

Quel rapport ici entre les juifs et « l’argent », alors que l’ensemble du foot professionnel est un immense champ d’investissements pour les capitalistes – en même temps qu’un puissant vecteur culturel des valeurs les plus capitalistes, les plus patriarcales et les plus tribales ?

On n’en saura pas plus, à part « l’évidence » réactionnaire française selon laquelle, quand on est « de confession juive », notre « philosophie » c’est « l’argent ». Pas d’explications non plus sur la radio juive RCJ, où Jean-Michel Larqué était interrogé hier.

En fait ce n’est pas compliqué : les préjugés antisémites se suffisent à eux-mêmes, leur simple évocation est comprise immédiatement, sans besoin de justification élaborée. Les juifs et l’argent, quoi de plus banal sur une radio comme RMC où les racistes ne se sont jamais gênés ?

Pourtant il y a des choses importantes à saisir dans cette histoire, qui concernent la culture française.

Le point principal, qu’Hapoel a déjà expliqué plusieurs fois, c’est que la culture française dominante est un reflet de ce qu’a été très longtemps la réalité française, c’est-à-dire l’hégémonie sociale, culturelle et politique de la petite propriété privée.

En France les campagnes ont été plus longtemps qu’ailleurs sous la domination des petits propriétaires fonciers, de même que dans les villes les petits commerçants ont exercé une certaine hégémonie sur les masses issues de l’exode rural.

De là découle la culture française du petit propriétaire. Conservatisme, car rien ne doit venir troubler le fragile équilibre du petit-bourgeois qui voudrait se croire éternellement à l’abri de la crise capitaliste et de la ruine.

Silence, non-dit, hypocrisie, car rien ne doit « dépasser » ou « faire des vagues » chez les notables. Esprit délateur qui va avec, car il faut bien protéger l’ordre social contre les éléments « étrangers » qui « s’infiltrent » (et Jean-Michel Larqué donne un exemple très parlant de cet esprit délateur, en ciblant la direction d’Arsenal comme étant « de confession juive »).

Préjugés racistes, évidemment. Dépolitisation et appel au « bon sens », comme il se doit en France. Tradition, ritualisation et théâtralisation, jusqu’à l’autocaricature consciente (comme le duo formé par Thierry Roland et Jean-Michel « toutafé thierry » Larqué).

Et par dessus tout, stabilité et immobilisme. C’est là un point essentiel : la culture réactionnaire qui domine en France a un poids énorme, écrasant, car elle provient du « centre de la société » (selon le concept théorisé par l’Action Antifasciste en Allemagne).

Ainsi quand Jean-Michel Larqué fait sa sortie antisémite, quand Thierry Roland déballe son racisme comme un forcené, quand tous les commentateurs sportifs appuient le nationalisme en permanence… ils se font l’écho d’une culture réactionnaire écrasante, à laquelle on ne peut pas échapper au quotidien.

Et cette culture réactionnaire a en France l’hégémonie absolue, qui impose l’ombre et le silence à toutes ses minorités, aux femmes du peuple étouffées par l’hypocrisie, à la classe ouvrière qui ne peut tolérer le non-dit. L’ambiance est au moisi, à l’immobilisme, mais un immobilisme prêt à prendre les devants pour défendre ce qu’il croit être éternel.

Dans cette France fantasmée de la petite propriété privée, il n’y a pas de place, il ne saurait y avoir de place pour les minorités nationales – à part dans un assimilationnisme de style « Empire français ». Le racisme ordinaire est une immense base de mobilisation pour la démagogie fasciste de demain – en brutale contradiction avec la réalité métissée du peuple en France.

Par conséquent, quand on veut se défendre contre le racisme, les préjugés et l’injustice, il ne peut pas non plus y avoir de place pour la conciliation avec la culture dominante. Si l’on veut un antifascisme qui ait un écho profond, cet antifascisme doit nécessairement se placer comme antagonique avec la culture réactionnaire française.

Antiracisme, antisexisme, anticapitalisme, refus des institutions et des traditions, ouverture aux animaux et à la planète, mise en avant de la rébellion et de la sincérité : il n’y a pas d’autre possibilité si l’on veut ouvrir une voie vers la libération en France.

Et l’hallucinante servilité des sionistes institutionnels (CRIF, Consistoire…) comme des « sionistes » identitaires (LDJ et consorts) envers la culture française dominante est bien la preuve qu’ils ne veulent pas d’une minorité nationale juive réellement émancipée.

13 février 2006 – 13 février 2011 : être à la hauteur de la mémoire d’Ilan

Aujourd’hui cela fait 5 ans déjà qu’Ilan Halimi notre frère nous a quittés.

Le 13 février 2006 au matin, après 24 jours de tortures, Ilan avait été retrouvé agonisant au bord d’une route de l’Essonne, près d’un chemin de fer, totalement rasé, décharné, nu en plein hiver, et brûlé sur la moitié du corps.

Ilan avait 23 ans, vendait des téléphones portables sur le boulevard Voltaire à Paris, vivait avec sa fiancée Stéphanie, et était d’origine marocaine juive.

Ilan a été enlevé parce qu’il était juif, torturé parce qu’il était juif, assassiné parce qu’il était juif. Cela, nous le répéterons tant qu’il le faudra, tant que la mémoire d’Ilan sera insultée par les antisémites ou bafouée par la « justice » de l’État français.

La mémoire d’Ilan est l’un des piliers de notre identité antifasciste, de l’indispensable identité antifasciste qui doit prendre racine dans notre minorité. Car l’Arbre préfère le calme, mais le vent continue de souffler. On ne peut pas permettre que le sang d’autres de nos fils et de nos filles soit répandu par les racistes, les antisémites, les barbares.

Depuis deux ans qu’Hapoel existe, de nombreuses actualités, hommages, réflexions ont été publiées à propos d’Ilan. Celles-ci sont rassemblées sur une page spéciale accessible à partir de tout le site, tant nous considérons que le sort d’Ilan est « symbolique » et a une signification historique :

Nous rappelons que ce soir, un rassemblement en mémoire à Ilan a lieu à 19h au 229 boulevard Voltaire, dans le 11ème arrondissement de Paris.

Les juifs se souviennent ! Il n’y aura pas d’autre Ilan !
On peut arracher un Arbre, mais on ne peut arrêter la marche du printemps !

Rassemblement ce dimanche en mémoire d’Ilan Halimi

Ce dimanche, cela fera 5 ans que notre frère Ilan Halimi a été assassiné, le 13 février 2006. Assassiné parce qu’il était juif. La « justice » a été rendue en décembre, mais le verdict ainsi que le déroulement même du procès ont été tout sauf une victoire du peuple contre le racisme.

Car rien ne pourra effacer le traumatisme ressenti par chacun et chacune en cet hiver 2006, où l’on a vu un jeune juif ciblé, séquestré, torturé, liquidé à cause des préjugés antisémites. Rien ne pourra effacer le souvenir des actualités du 13 février, au moment où l’on ne connaissait pas encore le nom de la victime mais où tout le monde avait compris qu’il était juif. Et surtout, rien ne pourra effacer la douleur de la famille Halimi et de sa fiancée Stéphanie.

Nous diffusons ici un appel de la Fraternité Judéo-Noire pour un rassemblement en mémoire à Ilan Halimi. Les juifs n’oublient pas ! Les juives n’oublient pas !

La Fraternité Judéo-Noire et les Juifs Noirs de France appellent à la

Manifestation à la mémoire d’Ilan le 13 février 2011
devant le magasin de téléphonie du boulevard Voltaire,
229 [bd Voltaire] dans le XIe arrondissement.
Manifestation silencieuse avec une bougie de 19h à 20h30.

Ce dernier avait été retrouvé agonisant laisser pour mort à Bagneux.
Venez nombreux

Les faits …

Le soir du 20 janvier 2006, Ilan Halimi se rend à son travail dans un magasin de téléphone du XIe arrondissement, à Paris, où il rencontre une jeune femme venue pour le séduire et l’attirer dans un guet-apens. Le jeune homme est ensuite kidnappé et séquestré dans une cité de Bagneux (Hauts-de-Seine). Les organisateurs du rapt réclament une rançon à sa famille et profèrent des menaces de mort. 24 jours après, Ilan Halimi est découvert près de la gare de Sainte-Geneviève-des-Bois (Essonne) nu, bâillonné, menotté et portant des traces de tortures et de brûlures. Il meurt pendant son transfert à l’hôpital.

Ilan a-t-il été tué parce qu’il était juif ?

C’est bien la haine des juifs et des idées malsaines sur les juifs (tous les juifs sont riches), conception parfois partagée par quelques notables juifs et quelques uns de leurs amis proches du pouvoir, qui ont mené directement Ilan à sa mort. Ilan a été sequestré et torturé pendant plus de trois semaines, alors que ses ravisseurs négociaient une rançon.

Rendez-vous pour Ilan Halimi au tribunal de Créteil, aujourd’hui à 13h

C’est finalement aujourd’hui, au bout de sept semaines, que se clôt le procès en appel des assassins d’Ilan Halimi. Le verdict devrait tomber semblerait-il d’ici 15h30, c’est-à-dire avant l’entrée du Shabbat.

Rendez-vous est donc donné aujourd’hui à 13h au tribunal de grande instance de Créteil dans le 94. Pour s’y rendre en transports en commun, il faut descendre au métro Créteil Université, ligne 8.

Voici donc le programme de l’après-midi à Créteil :

13h : rendez-vous à l’intérieur du tribunal de Créteil ;
14h : émission spéciale de Radio J en direct du tribunal ;
15h30 : heure attendue du verdict ;
16h15 : allumage de bougies pour la mémoire d’Ilan ;
16h36 : entrée du Shabbat, dispersion du rassemblement.

Pour Ilan Halimi notre frère, un seul mot d’ordre : dignité, détermination, justice !
On peut arracher un Arbre, mais on ne peut arrêter la marche du printemps !

Dernière ligne droite au procès Halimi en appel

Aujourd’hui s’ouvre donc la dernière semaine du procès en appel des assassins d’Ilan Halimi.

Jusqu’à mercredi, ce sont les avocats de la défense qui plaident. Puis vendredi 17 décembre, on connaîtra enfin le verdict final, presque 5 ans après l’assassinat d’Ilan.

La semaine qui vient de s’écouler, quant à elle, a été très chargée. Mercredi, ce sont en effet les avocats des parties civiles qui ont plaidé, c’est-à-dire les avocats de la famille Halimi, de la fiancée d’Ilan, de la famille Douieb, du jeune Marc Krief, etc.

Puis jeudi c’est l’avocat général qui a exposé son réquisitoire… pendant près de 8 heures ! Un réquisitoire où il était explicitement fait allusion au « climat d’antisémitisme » dans lequel baignait le « Gang des Barbares ».

Jeudi vers 19h, les réquisitions sont tombées. Les réquisitions les plus lourdes sont globalement plus élevées qu’au procès en première instance, tandis que les réquisitions les moins lourdes sont globalement allégées, établissant ainsi une certaine hiérarchie des responsabilités.

Voici la liste des réquisitions pour les 17 personnes rejugées en appel :

Jean-Christophe Soumbou : 20 ans (18 ans en première instance) ;
Samir Aït-Abdelmalek : 20 ans (20 ans en première instance) ;
Jean-Christophe Gavarin : 18 ans, avec prise en compte de la motivation antisémite et sans diminution de peine due à la minorité au moment des faits (15 ans en première instance) ;

Nabil Moustapha : 16 ans (13 ans en première instance) ;
Cédric Birot-Saint-Yves : 14 ans (12 ans en première instance) ;
Fabrice Polygone : 13 ans (12 ans en première instance) ;

Tifenn Gourret : 12 à 13 ans (10 ans en première instance) ;
Emma Arbalzadek-Hashémi : 12 à 13 ans, sans diminution de peine due à la minorité au moment des faits (10 à 12 ans en première instance) ;
Christophe Martin-Vallet : 12 ans (8 à 10 ans en première instance) ;

Yahia Kaba : 12 ans (12 ans en première instance) ;
Gilles Serrurier : 10 ans (10 ans en première instance) ;
Jérôme Ribeiro : 10 ans (12 ans en première instance) ;

Franco Louise : 7 ans (8 à 10 ans en première instance) ;
Jérémy Pastisson : 5 ans dont 2 ans avec sursis (7 ans en première instance) ;
Sabrina Fontaine : 5 ans dont 2 ans avec sursis (5 ans en première instance) ;

Alcino Ribeiro : 1 an (1 an avec sursis en première instance) ;
Alhassane Diallo : acquittement (5 ans avec sursis en première instance).

Les avocats des parties civiles ont salué ce réquisitoire, considérant que la hiérarchie des responsabilités dans l’assassinat d’Ilan avait été respectée. Quant à Ruth, la mère d’Ilan, on comprend le soulagement qu’elle peut avoir face à ce réquisitoire, mais aussi son appréhension face au verdict véritable.

Tout cela est bien. Mais malgré tout, il y a un problème dans tout cela, un problème de taille qui concerne l’ensemble des masses en France.

Car finalement, à l’issue de ce procès en appel, on n’en sait pas beaucoup plus sur les circonstances qui ont mené à l’enlèvement d’Ilan, à sa séquestration, à son calvaire, à sa liquidation.

Au-delà de la quête de justice de la famille Halimi, il fallait profiter de ce procès pour servir l’ensemble du peuple de France, pour montrer comment on en arrive à une telle barbarie à cause du racisme « acceptable » qu’est l’antisémitisme.

Mais le huis-clos a fait son œuvre ; et si l’horreur de l’assassinat d’Ilan a éclaté au cours du procès (notamment quand ont été exposées les photos de l’autopsie d’Ilan, ou quand ont été diffusés des enregistrements téléphoniques qui n’avaient pas été diffusés en première instance), elle a malheureusement éclaté dans le silence pesant du huis-clos.

Dans ces conditions, il était inévitable qu’on en arrive à une situation où le seul écho régulier du procès Halimi était une chronique matinale sur Radio J, ce qui est clairement très insuffisant par rapport à la signification profonde de l’assassinat d’Ilan, mais aussi par rapport à ce que les masses méritaient de savoir et de connaître.

Et il était tout aussi inévitable, dans les conditions du huis-clos, que les avocats de la défense puissent mener leurs campagnes médiatiques librement, en faisant filtrer leur version des faits, leur version du procès, leur point de vue, etc.

Ainsi, comme c’était prévisible et prévu, le blog judiciaire de la journaliste Elsa Vigoureux est devenu une simple tribune des avocats les plus médiatiques de la défense : Didier Seban, Françoise Cotta, William Bourdon, etc.

Par exemple, Hapoel avait parlé de la campagne que mèneraient inévitablement ces avocats pour faire comparaître Michèle Alliot-Marie devant la cour d’assises de Créteil.

Début novembre, le président de la cour s’était plus ou moins défaussé, et laissé la responsabilité à MAM de venir au procès ou pas. Et comme prévu depuis avant même le début du procès, MAM a refusé de comparaître, mettant en avant le culte de la hiérarchie et de l’État bourgeois.

Les avocats de la défense ont donc sorti un document contenant les questions qu’ils souhaitaient poser à MAM selon une obscure procédure judiciaire, et qui est disponible… uniquement sur le blog d’Elsa Vigoureux.

Un document qui contient des questions très nettement hors-sujet du style « N’avez-vous pas le sentiment par votre intervention d’avoir pris le risque de nourrir l’antisémitisme ? » ou bien « Existe-t-il à votre connaissance des liens entre Nicolas Sarkozy ou son entourage et Bernard-Henri Lévy ? ».

Et la provocation a été poussée jusqu’à menacer d’un troisième procès si MAM ne comparaissait pas, alors même qu’il s’agissait pour les avocats de la défense de contester le deuxième procès. Tout simplement indécent…

Ainsi, quand on s’intéresse au procès Halimi, on se retrouve nécessairement coincé entre d’un côté une campagne jouant avec le feu de l’antisémitisme en profitant du huis-clos, et de l’autre côté un État bourgeois et antidémocratique qui au fond souhaitait tout autant le huis-clos.

C’est difficile et malheureux à dire, mais du point de vue des masses populaires de France, le deuxième procès Halimi est un échec. Un échec car rien n’a été fait pour mettre en avant sa valeur dans la lutte contre le racisme.

Et dans cette lutte, ce n’est certainement pas sur la « justice » française qu’il fallait compter, qui par sa logique cartésienne, formaliste et procédurière, isole les faits entre eux au lieu de les remettre dans le contexte d’une société traversée par le racisme de part en part, au lieu de proclamer l’absolue priorité de la bataille antiraciste.

Il ne fallait pas davantage compter sur l’État français, qui ne voyait pas d’inconvénient au huis-clos étant donnée la responsabilité de sa police dans la mort d’Ilan, et étant donné surtout l’écho qu’aurait eu un procès public parmi les masses populaires de France, juives ou pas.

Bref, il reste aujourd’hui à attendre vendredi pour connaître le verdict final du procès. Vendredi… en toute logique après la tombée de la nuit, empêchant ainsi cruellement Ruth Halimi d’assister à la fin du procès comme cela avait déjà été fait en juillet 2009 (où de plus Shabbat débute bien plus tard qu’en décembre…).

Aujourd’hui plus que jamais, justice pour Ilan !
Solidarité jusqu’au bout avec la famille Halimi !

Encore une fois sur le « pays réel », l’anticapitalisme romantique, et l’esprit antisémite de notre époque

Dans l’idéologie antisémite telle qu’on la connaît en France, le juif est un étranger, en ce sens qu’il est étranger à la « terre » française, étranger à ses campagnes idéalisées avec le clocher au milieu du village. Et par conséquent, le juif est un étranger qui ne sera jamais tout à fait assimilé à la « Nation » – ni jamais tout à fait loyal. Voilà une idée sur laquelle Hapoel n’insistera jamais assez.

Alors quand on voit à l’heure actuelle la véritable déferlante de chauvinisme et de nationalisme entretenue par la bourgeoisie et relayée par la petite-bourgeoisie en crise, on comprend facilement qu’il va y avoir besoin de cibles à dénoncer. Et comme toujours dans l’esprit délateur français, la cible c’est le juif, c’est le rrom, ce sont les banlieues soi-disant « bling bling », etc.

Un exemple de tout cela, qui permet de sentir l’air du temps ? En France il y a désormais deux concours ultra-sexistes supposés définir la « beauté à la française » : Miss France et Miss Nationale. Rien que le nom de « Miss Nationale », qui n’a rien de particulièrement « glamour », est un signe de quelque chose.

Mais surtout, le concours Miss Nationale, présidé par l’indéboulonnable Geneviève de Fontenay, se pose explicitement comme le concours « légitime » contre le concours « légal » d’Endemol. Le « pays réel » contre le « pays légal », dans la grande tradition nationaliste française.

Ajoutez à cela la croix de Lorraine qui orne le ruban de Miss Nationale alors que Geneviève de Fontenay s’enorgueillissait de voter Arlette Laguiller, et on voit très bien la tendance lourde au chauvinisme, qui dans ce cas particulier est un appui culturel au néo-gaullisme.

Mais au-delà du véritable et inévitable psychodrame qui a été monté autour de cette histoire de Miss France, l’actualité récente regorge de revendications romantiques du « pays réel » et de promotions du chauvinisme.

Par exemple, aujourd’hui Éric Cantona appelle à vider les banques. Chaque « citoyen » est appelé à se présenter à son guichet de banque, à y retirer ses économies (sous-entendu évident chez les petits-bourgeois : pour celles et ceux qui en ont), et ainsi ce sera mécaniquement la révolution. Pas moins.

Cantona appelle cela « un coup à la Spaggiari » – du nom d’un truand de l’extrême-droite mafieuse niçoise lié à l’OAS et aux régimes fascistes d’Amérique du Sud – pour ce qui relève très clairement d’une critique fasciste de l’usure, avec l’équation anti-scientifique « capitalisme = capital bancaire ».

On voit ici les références, relayées bien évidemment par tout ce que la France compte de pseudo-anticapitalistes romantiques, qu’ils soient sociaux-démocrates ou proto-nazis… et qui finiront par happer ceux qui à l’extrême-gauche refusent la clarté idéologique et la démarche scientifique.

Dans la même veine, il y a tout le tapage fait autour de WikiLeaks, un site qui déclassifie des documents diplomatiques confidentiels. En France, la révélation de notes diplomatiques américaines sur Sarkozy a fait grand bruit. On a ainsi un Sarkozy décrit par les journaux comme « Sarkozy l’américain », avec des références faites à ses soi-disant origines juives, etc.

Il n’y a pas besoin de beaucoup insister, les lecteurs et les lectrices d’Hapoel comprennent immédiatement les implications de tout cela. Et comme une image peut être tout aussi parlante, on notera la couverture du numéro de décembre de « Fakir », un journal d’Amiens censé être « de gauche », dans le même esprit que ce qu’était « Siné Hebdo ».

Mais les exemples de ce style se comptent à la pelle, de l’extrême-droite à la « gauche radicale » en passant par les courants néo-socialistes ou néo-gaullistes.

Et à ce titre, il faudrait peut-être expliquer un jour à certains juifs racistes, prêts aux alliances les plus indignes, ce que l’intégralité de l’extrême-droite (y compris Marine Le Pen et les « Identitaires ») a toujours voulu dire par « mondialisme »…

Ainsi il y a actuellement en France une synthèse terrible entre un anticapitalisme purement romantique d’un côté, et un esprit nationaliste du « pays réel » de l’autre. Le « social » et le « national ».

Cette synthèse ultra-propagandiste va devenir la règle de l’idéologie dominante, c’est une véritable lame de fond, avec l’antisémitisme comme fond culturel commun qui ne demande qu’à surgir et s’exprimer.

Voilà la tendance de fond, voilà la mécanique infernale qui s’est enclenchée et qui va devenir de plus en plus dominante à l’approche des élections de 2012.

Et les populistes de gauche comme de droite qui aujourd’hui sèment le vent de l’anticapitalisme romantique et de son inévitable tendance à l’antisémitisme, ceux-là comptent bien un jour récolter la tempête des pogroms.

Face au tsunami antisémite qui s’annonce et dont on commence à voir précisément les contours, l’indispensable autodéfense juive ne suffira pas : il faut que ce soient les exigences politiques qui orientent l’activité antifasciste. Voilà pourquoi il est temps de prendre parti, de s’engager, et cela de manière politique !

Juif ! Juive ! Avec Hapoel, participe à la bataille antifasciste !
Si ce n’est toi, qui ? Si ce n’est maintenant, quand ?

L’antisémitisme de type nazi se généralise… Que la gauche radicale assume ses responsabilités !

Depuis mercredi soir, tout le petit milieu de la « gauche radicale » parisienne a la gueule de bois.

En effet, une manifestation avait été organisée devant un hôtel luxueux de la place de la Concorde, afin de protester contre le dîner mensuel d’un club de la très haute société. Ce club, c’est Le Siècle, qui réunit depuis 1944 des membres de la haute bourgeoisie d’affaire… mais aussi des journalistes très médiatiques.

Comment ! Des journalistes dînent avec la très haute bourgeoisie ! Voilà un véritable scandale du point de vue du petit-bourgeois « de gauche », qui n’a plus rien à dire mais qui cherche compulsivement des « leviers » faciles pour s’assurer encore une existence politique.

Sauf que voilà, cette fois le « levier » populiste anti-médias a tellement bien marché que… des fascistes se sont invités au rassemblement de mercredi soir ! Et cela presque sans protestation, voire avec une tolérance de la part des bobos.

Ainsi Égalité & Réconciliation (le fan-club d’Alain Soral) et le Mouvement d’Action Sociale (un mouvement très « völkisch » à la française) ont pu déployer leurs banderolles, mais il y avait également des fascistes infiltrés au sein du cortège de « gauche » ainsi que des skinheads d’extrême-droite.

Et une fois que le trouble avait été bien semé dans les esprits, la répression policière était devenu un véritable jeu d’enfant, qui n’a pas manqué d’embarquer des dizaines de personnes, en même temps que des fascistes tabassaient des manifestants dans le métro.

Ainsi donc, la « gauche radicale » altermondialiste tombe des nues : des fascistes qui se reconnaissent dans nos slogans et qui squattent nos initiatives… mais comment est-ce imaginable ?

Eh bien la vérité, c’est que cela est très facile à imaginer.

La social-démocratie en crise met en avant de manière hystérique de l’anticapitalisme, mais un anticapitaliste faux, romantique, purement propagandiste, basé sur rien de scientifique, se raccrochant à la « nation ». Or là où il y a anticapitalisme romantisme, le fascisme et l’antisémitisme ne tardent pas à s’exprimer…

Et d’ailleurs, à quoi s’attendaient donc les organisateurs de cette manifestation en parlant dans leur appel de « lieu de sociabilité incestueuse » et du « Parti de la Presse et de l’Argent » ? Quand on joue mine de rien avec les pires clichés antisémites, il ne faut pas s’étonner de se retrouver encerclé d’antisémites…

Car c’est un phénomène auquel il faut s’attendre et qui va devenir massif : la « gauche radicale » ne se contentera plus seulement de son inévitable tendance à l’antisémitisme « social ». Non, elle va de plus en plus jouer sur des clichés de type ouvertement nazi, et à chaque fois elle fera mine de « découvrir », de « tomber des nues », etc.

On a ainsi eu l’exemple, début novembre, d’un sketch télévisé de Nicolas Bedos (le fils de Guy) qui est un bourgeois s’imaginant très drôle et très contestataire. Et cela en présence de Finkielkraut, d’ailleurs, qui n’a pas bronché…

Au milieu d’un déballage d’antisémitisme « généraliste » qui a trouvé grâce aux yeux d’Europalestine, Nicolas Bedos se lâche dans un style tout nazi, en déclarant à propos des films autour de la Shoah que les petits écoliers seraient « raflés » dans les salles de cinéma pour voir des mauvais films… tout en imitant des doigts crochus… Sans commentaire.

Pareil pendant le mouvement contre la réforme des retraites, où La Mèche, le journal qui a pris la suite de Siné Hébdo, avait choisi une couverture très spéciale : un Sarkozy avec un nez énorme tapant rageusement sur la France avec une batte de base-ball.

Quand on voit tout cela, on comprend très bien quelle est la tendance, et vers quoi se dirige la « gauche radicale » : vers un mix entre populisme social et nationalisme du « pays réel », avec au centre un antisémitisme tendant de plus en plus vers les pires clichés nazis.

Voilà la vérité : la social-démocratie « radicale » sert la tendance au fascisme dans ses thèmes de propagande.

Car ce qui se passe, c’est que toutes ces expressions romantiques populistes « échappent » à la gauche pour plonger dans les entrailles de la société capitaliste en crise, qui les digère et les recrache sous forme de barbarie, de fascisme.

Et c’est comme cela qu’on se retrouve en 2010 avec des affiches nazies sur les murs de Paris et de sa proche banlieue.

En effet, depuis presque trois semaines, on peut y voir des affiches publicitaires pour le livre d’Hervé Ryssen « La Mafia juive », collées très en hauteur. Inutile de dire le choc quand on tombe sur de telles affiches… jusque dans le Marais !

Et depuis quelques jours, une nouvelle campagne d’affichage a lieu dans la proche banlieue ouest (Boulogne-Billancourt, Levallois-Perret, etc.), ce qui a poussé enfin des médias à en parler (comme Le Parisien qui parle d’antisémitisme avec des guillemets) et la mairie de Paris à arracher ces affiches – qui par endroits avaient été recouvertes d’affiches d’Hapoel.

Hervé Ryssen, nous en avions déjà parlé. C’est un ancien de l’Organisation Communiste Libertaire (du moins le prétend-il), qui a tourné totalement nazi. Son activité consiste essentiellement à reprendre les actualités les plus triviales en rajoutant « le juif Untel », « la juive Unetelle », etc. Bref, on pourrait le comparer à une sorte de « presse people » antisémite, comme il en existait dans les années 1930.

Les antifascistes expliquent souvent qu’il ne faut pas traiter les fascistes comme des malades mentaux, car le développement du mouvement fasciste est lié à l’inévitable crise du capitalisme et non à une « maladie ». Mais chez Hervé Ryssen comme chez Boris Le Lay, on atteint quand même des sommets dans la paranoïa et la psychose – ce à quoi ils répondront par leur argument-massue que « c’est celui qui dit l’est »…

Pourtant, dans une France à la culture nationale délatrice, ce genre de nazis trouve nécessairement un écho comme « point de rencontre » pour antisémites maladifs, qui ne cesseront de se développer tant la société capitaliste déraille. De plus, dans ses livres, ce type de nazi produit des synthèses antisémites « prêtes à l’emploi » et qui servent de socle idéologique.

Ainsi, quand on voit que les campagnes d’affichage antisémites ont suivi d’assez peu la publication de l’affiche sur internet, on comprend l’ampleur de la situation.

Dans la même veine, on a Paul-Éric Blanrue, l’initiateur de la pétition de soutien au nazi emprisonné Vincent Reynouard et contre la loi Gayssot, qui se retrouve au festival de courts-métrages de… Téhéran !

Rappelons que l’année dernière, c’était Dieudonné qui était allé servir dans le jury de ce même festival iranien de cinéma, ce qui en dit long sur les financements de toute cette mouvance antisémite, mieux organisée qu’elle ne le laisse transparaître.

De là-bas, Blanrue a annoncé qu’il planchait sur un film en défense de Vincent Reynouard, en le comparant au cas d’un certain Gutman, un « sioniste » supposé pédophile…

Quand on repense à l’appel à la manifestation contre le dîner du Siècle qui parle de « lieu de sociabilité incestueuse », on voit bien à quel point la « gauche radicale » sert la soupe à cette nouvelle figure de Blanrue, qui fait évidemment plus sérieux que Dieudonné…

Enfin, on a également Marine Le Pen qui, dans un discours la semaine dernière à Carcassonne, fustigeait « un retour aux féodalités mafieuses politiques et à celles des quartiers ». La référence à la « féodalité mafieuse » n’est pas innocente, elle est une constante de l’antisémitisme moderne français.

Cette référence remonte à 1847, date à laquelle Alphonse Toussenel publie à Paris sont pamphlet « Les Juifs, rois de l’époque », dont le sous-titre est… « Histoire de la féodalité financière ». Toussenel était un socialiste pré-marxiste, qui a de fait été le précurseur de l’antisémitisme moderne avec Proudhon.

Certes, Marine Le Pen n’a pas parlé de « féodalité financière », mais l’esprit est le même, et il est certain que dans la course à l’antisémitisme en vue de 2012, l’expression sera lâchée tôt ou tard.

Qui lancera le mouvement ? Le Pen ? De Villepin ? Royal ? Mélenchon ? Peu importe, car c’est au fond un mouvement unique de toute la société capitaliste vers la barbarie et le fascisme.

Ce qui est certain, en revanche, c’est que nous les juifs, nous les juives, nous n’avons certainement pas l’intention de payer le prix politique pour la « gauche radicale » totalement inconséquente et versant de plus en plus dans l’antisémitisme de type nazi.

Pas plus que nous n’avons l’intention de nous laisser escamoter par la grande majorité de l’extrême-gauche ultra-populiste que plus rien ne différencie culturellement de la social-démocratie, et pour qui l’antisémitisme est certes « regrettable » mais au fond très secondaire.

Il y en a plus qu’assez du cinéma de la « gauche radicale » et de ses parasites d’extrême-gauche, il y en a assez de leur mauvais psychodrame français. Nous les juifs, nous les juives, nous voulons du sérieux, pas du cinéma. Nous voulons du réalisme et de la radicalité, pas du romantisme.

Juif ! Juive ! Avec Hapoel, lance-toi dans la bataille antifasciste !
Jamais l’Action Antifasciste ne fera de compromis avec l’antisémitisme !

L’assassinat d’Ilan, « un crime crapuleux avec un habillage politique » ?

Aujourd’hui s’ouvre à Créteil la 4ème semaine du procès en appel des assassins d’Ilan Halimi. Rapide coup d’œil sur le déroulement de la semaine passée.

1. Lundi dernier, c’est la tentative d’enlèvement de Marc Krief qui a été examinée par la cour. Une semaine seulement après celle de Mickaël Douieb… et une semaine seulement avant celle d’Ilan…

Youssouf Fofana avait décidé de passer en revue les magasins de téléphonie du boulevard Voltaire, en s’imaginant que tous les travailleurs y étaient juifs. Il s’est ainsi d’abord intéressé à un certain Jérémy, avant de renoncer en se disant qu’il ne paraissait pas assez juif…

Puis Audrey Lorleach, son « appât », est rentrée dans le magasin de téléphonie où travaillait Marc Krief, à seulement quelques numéros de celui d’Ilan. Après un certain harcèlement, pendant le week-end du 14 janvier 2006, Marc craque et accepte un rendez-vous en banlieue sud.

Mais sur le chemin pour Sceaux, son ami Julien l’appelle et trouve que ce rendez-vous est bien suspect. Marc terminera donc sa soirée chez Julien, qui lui a sauvé la vie, mais il aurait pu connaître la même fin tragique qu’Ilan…

Quand nous disons que n’importe quel jeune homme juif de banlieue sud ou du boulevard Voltaire aurait pu être à la place d’Ilan, ce ne sont pas des mots en l’air. C’est la réalité, et c’est sur cette réalité que doit se fonder une conscience antifasciste – nécessairement collective !

2. Toujours lundi, dans l’après-midi, Youssouf Fofana a été appelé à témoigner, toujours « à titre de renseignement ». Il a réaffirmé qu’il ne dirait rien sur les faits et a refusé de répondre à une longue liste de questions du président de la cour.

Selon Radio J, il aurait encore une fois fait du chantage en réclamant que l’on publie une photo de lui sur une carte de l’Afrique, avec la mention « Hezbollah ». Fofana a donc été reconduit au dépôt du tribunal, au bout de 20 minutes d’audition.

3. Il faut rappeler ici une chose très importante : à cause du huis-clos, toutes les informations qui filtrent du procès sont étroitement dépendantes des intérêts de celles et ceux qui les font filtrer. Et de ce fait, les journalistes qui couvrent le procès dépendent soit de la version de la défense, soit de celle des parties civiles.

Ainsi la retranscription de la journée de lundi est un modèle du genre, où l’on se rend compte par exemple que le blog judiciaire d’Elsa Vigoureux, journaliste au Nouvel Obs, est quasiment devenu une tribune des avocats de la défense, qui tentent d’imposer leur version des faits.

Prenons un exemple « anodin », qui concerne Audrey Lorleach, l’appât qui avait ciblé Marc Krief, et qui après cela a abandonné les sinistres projets de Fofana. Elsa Vigoureux dit à son sujet : « C’est Audrey L. qui, après la découverte du corps d’Ilan Halimi, s’est spontanément rendue à la police. »

Spontanément, vraiment ? Cela est bien entendu conforme à la version de la défense, mais la réalité est toute autre : quand Audrey a vu son portrait-robot diffusé publiquement, elle a compris qu’elle trempait dans une affaire très grave et a paniqué ; conseillée par son amie Murielle, elle s’est rendue à la police.

De même, aucune mention n’est faite chez Elsa Vigoureux des provocations de Fofana, qui certes n’ont rien à voir avec leur niveau au premier procès.

Est-ce un choix de la journaliste ? Peut-être pas, quand on observe son souci du détail, mais ce qui est certain c’est que le huis clos est antidémocratique au possible. Chaque journaliste s’en remet donc aux protagonistes avec lesquels il ou elle a déjà tissé des liens par le passé (premier procès Halimi, autres procès comme celui d’Émile Louis auquel avait participé l’avocat Didier Seban, etc.).

4. Mardi matin, les avocats du procès ont pris connaissance d’une lettre du président de la cour adressé à Michèle Alliot-Marie, la Garde des Sceaux. Dans cette lettre, il est expliqué que son audition « est juridiquement acquise aux débats, et la défense n’entend pas y renoncer ».

MAM est donc invitée à une audition entre le 29 novembre et le 7 décembre… seulement si le conseil des ministres donne son feu vert ! Ce qui est très intelligent de la part du président de la cour d’assises, puisqu’il s’est débarrassé de la responsabilité effective de l’audition de MAM, et apparaît ainsi aux yeux de tous comme « neutre », « indépendant », etc.

Pourtant, quel rapport entre MAM et les faits de l’affaire Halimi ? Aucun, bien entendu, et il est clair qu’il y a là une campagne en cours de la part des avocats de la défense. Une grande attention doit y être accordée.

5. L’examen de l’enlèvement d’Ilan a commencé mardi en fin d’après-midi. Le premier témoignage est donc venu du commissaire Olivier Richardot, qui avait été en charge de la gestion de l’enlèvement.

Un témoignage imprécis sur les détails de l’affaire, mais aussi délirant et scandaleux puisque le commissaire a déclaré, « gêné », que l’enquête avait été « irréprochable ». Tellement irréprochable que la police avait finalement abandonné tout lien avec le gang de Fofana, livrant Ilan à son sort tragique…

De plus, le commissaire a caractérisé l’affaire Halimi comme… « un crime crapuleux avec un habillage politique » !

Du pur délire ! Pourquoi Fofana ciblait-il alors des juifs ? Est-ce que cibler des juifs parce qu’ils seraient soi-disant riches n’est pas antisémite ? En tout cas, quand on voit la négation totale de l’aspect antisémite, on comprend mieux pourquoi la police n’a même pas pu imaginer qu’Ilan serait torturé et liquidé.

Mercredi, un autre commissaire a témoigné, reprenant en bloc la thèse officielle de la police française – et de la défense, naturellement. À ceci près qu’il s’est défaussé de sa responsabilité en pointant du doigt les opérateurs de téléphonie mobile, qui d’après lui n’auraient pas suffisamment collaboré avec la police.

Cela avait déjà été évoqué au premier procès par le même policier, et il est clair que le ministère de l’intérieur profitera de l’affaire Halimi pour se défausser de ses responsabilités, et pour développer encore davantage les techniques françaises de « l’anti-subversion »… en détournant totalement le sens de l’assassinat d’Ilan.

6. Enfin vendredi, c’est l’enlèvement d’Ilan qui a été abordé de manière détaillée, c’est-à-dire la soirée du 20 janvier 2006.

Le mardi 17 janvier, la jeune Emma (« Yalda ») Arbalzadek-Hashémi, mineure à l’époque et assez « paumée », est conduite boulevard Voltaire par Fofana. Cette fois-ci, c’est elle qui lui servira d’appât… et ceci dès le lendemain du rendez-vous manqué avec Marc Krief !

Sur ordre de Fofana, Emma cherche un vendeur de téléphonie qui ne soit pas trop difficile à maîtriser. Après plusieurs tentatives hésitantes, elle jette son dévolu sur Ilan. Quand elle repart, Ilan lui tend gentiment un papier avec son numéro de téléphone. Ravi, Youssouf Fofana invite toute son équipe à fêter cela autour d’un panini.

Une heure plus tard, Emma appelle Ilan et lui donne rendez-vous le vendredi suivant, après le repas en famille de Shabbat, au café Paris-Orléans à la porte d’Orléans.

Le vendredi en question, en vue de l’enlèvement, Fofana emprunte l’Audi grise de Jérémy Pastisson, qui avait déjà été impliqué dans la tentative d’enlèvement de Jimmy et Mickaël Doueib.

En fin de soirée, Emma demande à Ilan de la raccompagner à Sceaux, où elle prétend habiter seule depuis deux mois. Ilan se gare au parking d’un gymnase près de la Coulée Verte, près du soi-disant appartement de « Yalda ».

Là, quand elle prononce le signal convenu, trois hommes bondissent sur Ilan, le tabassent et l’enferment dans le coffre de l’Audi, menottes aux poignets, scotch sur les yeux et mouchoir au chloroforme sur la bouche. Deux des trois ravisseurs n’ont jamais été identifiés, et le silence est total par peur plus ou moins « naturelle » de représailles.

Ce soir là, c’est le début du calvaire pour Ilan notre frère, dans un appartement vide du 1, rue Prokofiev de la cité de la Pierre Plate à Bagneux, tout près du cimetière.

Rapide coup d’œil sur la deuxième semaine du procès Halimi

Demain cela fera deux semaines que s’est ouvert le procès en appel des assassins d’Ilan Halimi. L’occasion de revenir sur le déroulement de cette semaine à la cour d’assises de Créteil.

1. La semaine s’est ouverte mardi 2 novembre, et comme prévu Youssouf Fofana a été appelé à témoigner dans l’après-midi. Sans doute pour des raisons de sécurité, Fofana a été maintenu dans le box des accusés, et n’est pas monté à la barre.

Mais de la part de l’assassin, pas un mot, même pas la traditionnelle déclinaison de son identité. Uniquement un T-shirt marqué d’une image de mosquée avec l’inscription « Allah Ouakbar », et un poing ganté de noir, levé à la manière de Tommie Smith aux Jeux Olympiques de 1968 en défense de la cause des Black Panthers.

Seulement le Black Panthers Party n’avait rien à voir avec l’antisémitisme barbare de Youssouf Fofana, et ne délirait certainement pas sur un Islam salafiste fantasmé.

Fofana s’imagine avoir un impact, Fofana s’imagine qu’il se fait désirer… mais la famille Halimi a déjà suffisamment souffert de ses délires au premier procès, et après tant d’épreuves, elle ne se laissera pas atteindre.

2. Le lendemain mercredi, Fofana a fait savoir par fax au président de la cour d’assises qu’il ne comptait pas comparaître au procès. Il a tout de même été extrait de sa cellule à la Santé et amené dans la « souricière » du tribunal de Créteil.

Le soir, Fofana a finalement été présenté à l’audience, mais il a été appelé à témoigner sans micro et dans le box des accusés. Après avoir refusé de prêter serment, Fofana a déclaré qu’il ne parlerait pas s’il n’était pas considéré comme les autres témoins, avant de déclarer qu’il ne parlerait pas tout court.

Durant les quelques minutes où Fofana a eu la parole, il a ainsi annoncé : « Je n’ai plus rien à dire. [...] Je n’ai plus rien à perdre. [...] J’emporterai mes secrets avec moi dans la tombe. »

Et effectivement, des secrets il y en a, puisqu’il reste des personnes du gang de Fofana qui n’ont toujours pas été identifiées, tout le monde se taisant à leur propos. Ces personnes pourraient avoir tenu un rôle central dans l’enlèvement lui-même, et peut-être dans le déroulemement de la séquestration d’Ilan quand Fofana faisait ses allers-retours vers Abidjan.

3. Au cours des quatre derniers jours d’audience ont été examinées diverses tentatives d’enlèvement avant celle, fatale, d’Ilan Halimi. D’abord celles à Arcueil d’Olivier Z. et Jacob G., à la suite de celles de Rudy P. et Zouhair W. en fin de semaine dernière.

Puis jeudi et vendredi, c’est Mickaël Douieb d’Antony (et son fils Jimmy) qui a témoigné sur sa tentative d’enlèvement en janvier 2006, seulement deux semaines avant celle d’Ilan. Une tentative d’enlèvement qui a tourné au lynchage antisémite et qui a manqué de très peu se terminer en meurtre.

Avec 96 impacts de coups sur le crâne et plus d’une demi-douzaine d’opérations pour s’en remettre plus ou moins, Mickaël Douieb ne doit son salut qu’au fait que Fofana le croyait déjà mort, donc sans valeur. Là aussi, deux quasi assassins sont toujours dans la nature…

4. Après l’examen des précédentes tentatives d’enlèvement, le procès entrera dès demain dans les détails de l’enlèvement d’Ilan proprement dit.

Il reste donc cinq semaines de procès a priori, au cours desquelles Fofana ne devrait plus être entendu en tant que témoin en tant que tel, mais simplement pour des renseignements. Quant aux autres accuséEs, il est clair qu’ils vont tout faire pour se couvrir, étant donné que… certainEs sont déjà en liberté grâce aux remises de peines !

5. Rappelons enfin, pour celles et ceux qui voudraient suivre plus régulièrement le procès, qu’il existe le blog d’Elsa Vigoureux, journaliste au Nouvel Observateur, et qu’un nouveau blog est consacré par Radio J au procès (après quelques problèmes informatiques assez improbables). De même, chaque jour à 7h et 14h20, Radio J consacre un point d’actualité au procès – sur la fréquence 94.8 FM, donc.

Mais attention, vu que le procès en appel se tient à nouveau à huis clos, il est évident que les informations qui filtrent sont totalement tributaires des déclarations de sources anonymes. Et il est facile de voir, par exemple, que les comptes-rendus du Nouvel Observateur dépendent énormément des versions des avocats de la défense…

Aujourd’hui plus que jamais, justice pour Ilan !

Profanation d’un cimetière à Bar-le-Duc (55)

Vendredi soir vers 19 heures, à Bar-le-Duc dans la Meuse : un riverain « promène » son chien sur un chemin, à la lisière du bois dans le quartier Marbot. Il passe devant le vieux cimetière juif, et son œil s’arrête sur un détail : la grille du cimetière est entrouverte, alors que d’habitude elle reste toujours fermée. L’homme alerte aussitôt la police.

L’intuition du promeneur était juste, car derrière les grilles du cimetière s’étale un spectacle de dévastation : stèles renversées et brisées dans leur chute, clôtures arrachées, et autres dégradations (photo).

Ce sont 49 stèles qui sont retrouvées renversées, sur un total de 126 tombes dans ce cimetière juif. En revanche, aucune inscription n’a été relevée, ni dans le cimetière ni alentour.

Au vu du poids des stèles renversées, il semblerait que les profanateurs aient dû s’y mettre à plusieurs pour les faire chuter. Il semblerait également que ces exactions soient relativement récentes, peut-être un ou deux jours avant leur découverte.

Les profanations de cimetières ou de monuments commémoratifs sont toujours une découverte terrible, qui pour les familles des personnes enterrées tombent toujours comme un coup de massue haineux.

Les profanations sont l’expression d’une haine gratuite et hargneuse, une haine face à laquelle l’incompréhension est totale. La seule réaction qui vienne à l’esprit est simplement : pourquoi ?

Le cimetière juif de Bar-le-Duc date du 19ème siècle, et de ce fait il doit être considéré comme faisant partie du patrimoine culturel du peuple. À ce jour il n’avait jamais connu aucune dégradation de ce type, mais aujourd’hui c’est donc ce cimetière juif historique qui est attaqué et souillé.

Inutile d’insister sur le choc que constitue cette profanation au sein de la petite communauté juive de Bar-le-Duc, d’autant plus qu’il n’y a là plus que quelques familles. Seulement voilà, les antisémites n’ont pas besoin de juifs pour être antisémites.

Pour conclure, rappelons simplement ce qu’Hapoel expliquait cet été, quand avait été profané un monument à Marmande à la mémoire des personnes déportées (Profanation négationniste à Marmande (47), Marmande ou Bellaciao, le négationnisme s’affirme et se revendique).

Logiquement, cela devrait être en ville que l’antisémitisme serait le plus « abouti », et non à la campagne où bien souvent les antisémites n’ont jamais vu de juifs…

Mais c’est exactement l’inverse qui s’est passé à Paris et Marmande : les nazis s’implantent et se développent notamment dans les petites villes de campagne.

La crise se généralise, et le fascisme contamine des zones jusque là pas encore atteintes, et qui lui doivent lui servir de « bases-arrière » dans les masses populaires. Très typiquement, des petites villes en grande périphérie de grandes métropoles, comme on peut aussi le voir dans le Nord et l’Est de la France.

Or la petite-bourgeoisie des campagnes précède la petite-bourgeoisie des villes dans le vécu de la crise, et de plus « la campagne encercle les villes », avec toute la profondeur stratégique que ce « constat » implique.

On a donc un aperçu très net de ce qui va se généraliser, tout d’abord aux villes de la grande banlieue parisienne comme Melun, avec toute la tendance pogromiste que l’on peut imaginer…

L’antisémitisme se généralise, pour les nazis la campagne encercle les villes… mais ils n’ont pas l’intention de s’y cantonner ! Dès aujourd’hui rejoins la bataille antifasciste !

« Il ne faut pas qu’Ilan soit mort pour rien. »

Le procès en appel des assassins d’Ilan Halimi s’est finalement ouvert hier matin, au palais de justice de Créteil (métro Créteil Université, ligne 8).

Le cadre du procès en appel est donc assez différent de celui du premier procès : du palais de justice situé à Paris de manière on ne peut plus centrale et ouvert aux touristes, on passe à celui de Créteil (94), dans le style « moderne » des années 1970…

Un palais de justice qui sera ultra quadrillé par la police, aussi bien à l’intérieur du tribunal qu’à l’extérieur, avec le renfort de la gendarmerie mobile et des CRS, et cela jusqu’à la fin du procès Halimi le 17 décembre.

Maintenant que l’ambiance est posée, venons-en aux faits.

1. Le procès s’est ouvert hier à 10h, avec les formalités d’usage. Puis dans l’après-midi, il a été débattu de la tenue du huis clos – sans illusions de la part de la famille Halimi et de la fiancée d’Ilan. En définitive, c’est effectivement le huis clos qui a été retenu, comme tout le monde pouvait malheureusement s’y attendre.

Au-delà de l’aspect purement juridique ou « technique », il faut bien voir que la publicité des débats aurait imposé une pression démocratique sur la cour, une pression à laquelle la justice bourgeoise veut se soustraire tant que possible, comme Hapoel avait expliqué il y a un mois.

L’avocat de Mony Yin, la fiancée d’Ilan, a ainsi déclaré de manière très juste : « II ne faut pas qu’Ilan Halimi soit mort pour rien, il faut que le peuple exerce un contrôle démocratique sur la décision à venir. »

« II ne faut pas qu’Ilan soit mort pour rien » : c’est aussi dans cet état d’esprit que Mony aborde ce procès, presque 5 ans après l’enlèvement d’Ilan. Voici une interview émouvante diffusé à la radio :

2. Youssouf Fofana pourrait encore faire des siennes. Rappelons qu’au départ, il devait faire appel, puis s’était rétracté en février dernier. Seulement Fofana regrette, et aimerait pouvoir faire appel, ce qui n’est de fait pas possible juridiquement.

Toujours est-il que Youssouf Fofana sera cité comme témoin, puisque c’est bien lui qui est au centre du « Gang des barbares ». Il devrait être appelé à témoigner à partir de la semaine prochain, le 2 novembre, et probablement pendant tout le mois de novembre.

C’est malheureux, mais une grande partie du procès dépendra encore une fois de l’attitude de Fofana. Voudra-t-il sortir de sa cellule pour témoigner ? Si oui, s’adonnera-t-il aux mêmes provocations antisémites qu’au premier procès ? Servira-t-il à nouveau de « fusible » pour tous les autres accusés, empêchant ainsi de connaître la vérité ?

Impossible de savoir… Mais ce qui est certain, en revanche, c’est que Youssouf Fofana n’a pas agi seul, et qu’il est trop facile d’éluder la responsabilité des 18 accuséEs dans l’assassinat d’Ilan.

3. Le procès Halimi ne doit pas devenir une tribune pour avocats en quête de publicité, ni un laboratoire pour l’antisémitisme !

Hapoel avait parlé vendredi de la démarche des avocats de certains accusés de citer comme témoin Michèle Alliot-Marie, pour l’interroger soi-disant sur les raisons qui l’ont poussée à faire appel.

Finalement MAM a bien été citée comme témoin, et celle-ci a expliqué dans une lettre à la cour d’assises de Créteil qu’elle était prête à s’expliquer devant la cour, mais qu’elle ne pouvait apporter aucun élément sur les faits eux-mêmes.

Quoi qu’il en soit, il faut savoir qui est derrière cette manœuvre. Il y a bien entendu l’avocate Françoise Cotta, dont nous avons déjà parlé. Mais en première ligne, il y a également l’avocat William Bourdon qui ce lundi a dénoncé avec Françoise Cotta « une intrusion violente du politique ».

William Bourdon, donc, qui est engagé dans les grandes causes internationales, qui roule pour Europe Écologie, et qui est aussi… l’avocat quasi officiel des intérêts lybiens en France ! Mais avouons que cela a moins de « panache » que la défense de Youssouf Fofana, qui avait compté parmi ses défenseurs Isabelle Coutant-Peyre (avocate de Garaudy, avocate et épouse de Carlos, soutien de Dieudonné) ou encore Emmanuel Ludot (avocat de Saddam Hussein)…

Pour terminer, affirmons simplement notre solidarité avec la famille Halimi, avec ses parents Ruth et Didier, avec ses sœurs, avec sa fiancé, avec tous ses proches. Espérons que ce procès permettra de connaître la vérité, toute la vérité, et qu’il puisse conclure un deuil bien trop long.

Tout au long du procès, Hapoel relaiera les actualités importantes et les appels à mobilisation, s’il y en a.

Justice pour Ilan ! Il ne faut pas qu’Ilan soit mort pour rien !

Procès Halimi : les manœuvres antisémites commencent

Comme Hapoel le rappelle régulièrement depuis deux mois – et nous avons été les seuls à le faire -, ce lundi s’ouvre à Créteil le procès en appel des assassins d’Ilan Halimi, ou plus précisément des « complices » de Youssouf Fofana.

Puisque deux des « complices » étaient mineures quand Ilan a été enlevé, séquestré, torturé et liquidé, et puisque ces deux personnes n’ont pas jugé utile de permettre au procès en appel de se tenir publiquement, celui-ce se tiendra encore une fois à huis clos.

Quand on parle de « huis clos », entendons-nous bien : ce seront uniquement les audiences qui ne seront pas publiques, car pour le reste, il y en a qui ne se gêneront pas pour se faire mousser dans la presse tout en profitant du grand flou entretenu autour du procès…

Ainsi, dans les colonnes de Libération et du Nouvel Observateur, l’avocate Françoise Cotta a donné le coup d’envoi il y a une semaine pour les grandes manœuvres antisémites.

Qui est cette Françoise Cotta ? C’est l’avocate de Gilles Serrurier, le gardien d’immeuble de Bagneux qui a fourni – en connaissance de cause – les clefs de l’appartement puis du local technique où Ilan a été séquestré. Par ailleurs, elle représente également en ce moment des associations de défense des Rroms.

Toujours est-il que, dans la presse, Françoise Cotta a affirmé son intention de citer comme témoin Michèle Alliot-Marie, la garde des Sceaux, qui avait décidé de faire appel du verdict prononcé en juillet 2009. Françoise Cotta ajoute que la plupart des avocats de la défense lui emboîteront le pas.

Alliot-Marie comme témoin à ce procès ? Quel rapport ? Certes la police a été en-dessous de tout et, à la fin, elle a carrément abandonné Ilan à son sort… Mais dans ce cas, il faudrait citer comme témoin le ministre de l’Intérieur de l’époque… Nicolas Sarkozy.

Mais non, c’est bien MAM que la défense veut faire interroger au procès en appel. Pourquoi donc ?

Françoise Cotta l’explique : « Trois jours après le délibéré et alors qu’elle venait d’être nommée garde des Sceaux, Michèle Alliot-Marie demandait au parquet de faire appel du jugement. Cet appel a donc clairement été effectué sous la pression d’une partie civile. [...] Je veux donc que Michèle Alliot-Marie explique ses motivations pour réclamer cet appel. »

Poutant, on a beau le retourner dans tous les sens, mais il est difficile de voir en quoi une explication de MAM pourrait bien faire avancer quoi que ce soit pour comprendre le calvaire d’Ilan.

L’initiative de Françoise Cotta est donc purement tactique. Non seulement elle lance une contre-offensive absolument indécente pour déplacer le « centre de gravité » du procès et faire oublier que c’est d’un assassinat raciste qu’il s’agit.

Mais en plus, et c’est impossible de l’expliquer autrement, Françoise Cotta espère apparemment lancer une « mobilisation » pseudo-démocratique afin de faire pression sur le procès… et cela alors qu’elle soutient le huis clos, qui est par nature anti-démocratique au possible !

Alors dans cette tentative de mobilisation et de pression, quelle est l’arme de la défense ? Très clairement : l’antisémitisme, avec tout ce qu’il a en France de subtil et d’hypocrite.

Ainsi Françoise Cotta parle-t-elle sans cesse de « groupes de pression », elle explique que « cet appel a été fait à l’exigence expresse d’un groupe de pression », etc. Une thèse ridicule partagée par tous les antisémites… mais aussi chez l’UJFP.

La réalité est plus « prosaïque » : comme l’avait expliqué Hapoel, l’appel a été fait pour renforcer les positions du Crif au sein de la communauté, alors que celui-ci avait cassé toutes les mobilisations populaires pendant le procès en 2009.

Le raciste Hortefeux, du clan Sarkozy, appuie bien l’UPJF (Union des Patrons et Professionnels Juifs de France)… alors qu’est-ce qui empêche Alliot-Marie, à la charnière des clans Sarkozy et De Villepin, de préférer plutôt le Crif historique ? Les institutions juives sont au service de telle ou telle fraction des classes dominantes, c’est la règle du jeu et voilà tout.

D’ailleurs dans la logique de Françoise Cotta, l’avocat de la famille Halimi, Francis Szpiner, est-il un « groupe de pression » à lui tout seul ? Évidemment non. Alors où veut-elle en venir ?

Ce n’est pas très difficile à deviner : l’antisémitisme traditionnel français fonctionne par insinuations, et il fonctionne tellement bien que Françoise Cotta n’est même pas obligée de le formuler explicitement. Ce qui compte, ce n’est pas ce qu’elle dit mais ce qui est compris – et Cotta le sait très bien, elle est avocate.

Voilà pourquoi elle joue très finement sur la culture profondément enracinée de l’antisémitisme hypocrite : il suffit de parler de « groupes de pression », et tout le monde comprend le message.

Seulement tout devient limpide, incontestable, quand l’avocate déclare : « Il s’agit d’une décision idéologique et d’opportunité prise sous l’influence de groupes de pression. Si à chaque fois par exemple que le Consistoire, les autorités musulmanes ou l’extrême droite font pression pour dicter la loi à la place du peuple français, la justice ne sera plus laïque ni indépendante. »

Il n’y a pas à dire, en France l’antisémitisme est très fin, très subtil, au point d’ailleurs d’utiliser le même ressort que la fameuse blague avec « les juifs et les coiffeurs »…

Seulement les procédés rhétoriques de Cotta ne trompent personne. Tout le monde a parfaitement compris où elle veut en venir, et pourquoi elle en arrive à renvoyer dos-à-dos le Consistoire (même pas le Crif) et… l’extrême-droite !

Françoise Cotta joue un jeu très dangereux, elle le sait, et elle sait même que les chances pour que Michèle Alliot-Marie s’exprime au procès sont infimes.

Le but de sa manœuvre est donc ailleurs, et en vérité ce but est très clair : assimiler la minorité nationale juive aux « puissants » et au « pouvoir », mobiliser dans l’antisémitisme pseudo-anticapitaliste au moment même où le gouvernement est particulièrement haï.

C’est-à-dire en fait que l’avocate met en avant la même culture que celle qui a mené à l’enlèvement d’Ilan en tant que juif, et à sa liquidation en tant que juif.

Personne ne sait comment cela se terminera, mais Françoise Cotta a consciemment ouvert la boîte de Pandore, tant l’antisémitisme « social » français fonctionne sur le mode de l’emballement.

Les grandes manœuvres antisémites autour du procès pour Ilan Halimi commencent donc, et il faut bien saisir leur portée beaucoup plus large.

En effet, quand Hapoel affirme que la campagne des présidentielles de 2012 sera une immense course à l’antisémitisme, bien au-delà de l’extrême-droite, c’est exactement à ce genre de manœuvres qu’il faut penser.

L’antisémitisme se généralise, il se généralisera encore davantage avec l’approfondissement de la crise, et il faut voir que le populisme va en profiter dans des proportions inimaginables.

Pour la campagne de 2012, l’un des grands thèmes sera donc très certainement « la France bradée au parti de l’étranger », et les figures de Sarkozy et de Strauss-Kahn seront violemment attaquées, dans un style populiste répugnant dépassant largement l’extrême-droite à la Dieudonné.

De l’extrême-droite « sociale » de Marine Le Pen à la social-démocratie « radicale » de Mélenchon, en passant par le néo-gaulliste De Villepin et la néo-socialiste Royal, tout le monde tentera de rafler la mise du nationalisme et de l’inévitable antisémitisme qui va avec.

Françoise Cotta s’imagine donc très « rebelle », mais elle est exactement dans le sens du vent et dans l’esprit de notre époque. Des sorties comme la sienne à propos du procès Halimi, il va falloir s’y attendre dans la période qui s’ouvre – en bien pire et bien plus massif.

Voici donc ce qui risque de se produire durant les deux prochains mois : sous l’impulsion des avocats de la défense qui roulent pour la gauche « radicale » populiste, le procès en appel pour Ilan Halimi pourrait bien se transformer en véritable laboratoire de l’antisémitisme français soi-disant « anti-système »… tout cela dans l’optique de 2012.

Espérons de tout cœur qu’Hapoel se trompe. Car sinon, pour les parents et les sœurs d’Ilan, pour Stéphanie sa fiancée, ces deux mois en quête de justice deviendraient deux mois insoutenables, où les 24 jours de calvaire d’Ilan seraient étouffés dans les manipulations antisémites les plus perverses.

Les juifs n’oublient pas, les juives n’oublient pas !
Jusqu’au bout, défendre la mémoire d’Ilan !
Les antisémites paieront ! Justice pour Ilan !

Lundi prochain à Créteil, le procès en appel de la barbarie et de l’indifférence

On peut arracher un arbre, mais on ne peut pas
arrêter la marche du printemps ! Justice pour Ilan !

Les suites de l’agression d’Ilan au Blanc-Mesnil

En début de semaine nous avons parlé du jeune Ilan, agressé dans son lycée pro du Blanc-Mesnil (93).

Cette attaque avait une dimension antisémite très nette, au point que même l’Éducation nationale a dû se rendre à l’évidence…

Voici ce que la mère d’Ilan disait après l’agression de la semaine dernière : « [Les agresseurs] se sont posés la question de sa religion car il s’appelle Ilan, ils ont pensé à Ilan Halimi, ils ont alors fouillé son sac mardi et ont trouvé une kippa, et ont commencé les brimades, jusqu’au passage à tabac vendredi. »

Le jeune Ilan, 15 ans, agressé par derrière dans le vestiaire de sport de son lycée, a eu un pouce et un poignet cassés. Ilan a reçu une interruption de travail d’un mois entier, il est traumatisé.

Sur le plan judiciaire, quatre jeunes du même âge scolarisés également au LP Aristide Briand ont été placés en garde-à-vue ce mercredi matin. Aucun n’était « connu des services de police ».

Deux de ces jeunes ont été relâchés le soir même, ce qui, rappelons-le, n’est pas une indication sur leur implication ou non dans l’agression d’Ilan. Quant aux deux autres, ils ont été mis en examen pour violences volontaires avec circonstances aggravantes pour leurs motivations antisémites, et devaient passer hier devant la justice pour enfants.

La question qui se pose aujourd’hui est : que se passera-t-il quand Ilan sera en état de retourner en classe ? Retournera-t-il dans le même lycée, là où il s’est fait agresser un mois seulement après la rentrée ?

À ce propos il faut noter que le proviseur adjoint du lycée a informé les parents d’Ilan que celui-ci devait faire face à des provocations antisémites depuis la rentrée. Est-ce normal d’attendre une grave agression antisémite pour en parler aux parents, alors qu’apparemment cela se savait ?

Nous diffusons à la suite de cet article une interview de la mère d’Ilan publiée par le site Le Post.

D’ailleurs, un extrait de l’interview est cité dans le titre de l’interview : « Mon fils se demande : "pourquoi moi ?" ». Voilà un trait incontournable de la « psychologie de masse » de la minorité juive : « pourquoi moi ? »

La réponse n’est pas compliquée : parce qu’on est juif et que cela suffit. Voici en passant ce qu’Hapoel disait en juin :

Il n’y aura pas d’autodéfense juive à la hauteur tant qu’on n’aura pas dépassé le stade juridique-religieux du « Mais qu’est-ce qu’on a fait pour mériter cela ? », tant qu’on n’aura pas liquidé le légitimisme par rapport aux institutions.

Ce passage est tiré de notre document « Juif ! Juive ! Le racisme déforme ta vie ! ». Un document ancré dans la réalité de la jeunesse juive, et qu’il faut assimiler en urgence tant les actes antisémites se sont développés depuis cet été.

Enfin, il semblerait que des agressions antisémites se soient déroulées hier après-midi, à la sortie d’une école juive du 18ème arrondissement de Paris. Une jeune juive du même âge qu’Ilan a été attaquée par un groupe d’autres jeunes qui, semblerait-il, seraient venus exprès devant cette école juive.

Que réserve l’avenir à cette génération qui a grandi avec la flambée d’antisémitisme des années 2000 ? Tout le monde le sait très bien, voilà pourquoi il faut rejeter les illusions et être prêts pour se défendre – contre le racisme.

[Dans la suite, l'interview de la mère d'Ilan.]

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Antisémitisme en France : de plus en plus fréquent, de plus en plus brutal

Rapide revue des actes antisémites de la semaine passée.

1. Dimanche dernier au matin, à Schiltigheim dans la proche banlieue de Strasbourg. Sur le domicile d’Israël Nisand sont retrouvées des inscriptions néo-nazies : sigle « SS », croix gammées, slogan « Mort à ZOG ».

Rappelons que « ZOG » signifie en anglais « Zionist Occupied Government », c’est-à-dire « gouvernement sous occupation sioniste ». L’idéologie néo-nazie est donc revendiquée sans équivoque, et il n’est pas possible de parler de « jeunes désœuvrés »…

Israël Nisand est un gynécologue-obstétricien connu, militant pour un accès simplifié à la contraception, notamment pour les adolescentes. Il est notoirement proche de la gauche, et affirme être « profondément athée mais fier de [ses] origines ».

Son frère Raphaël Nisand est d’ailleurs maire socialiste de Schiltigheim, et lui aussi avait été victime de graffitis antisémites sur son domicile, qui n’ont pas été rendus publics. De même pour un autre élu socialiste habitant dans la même rue qu’Israël Nisand, celui-ci étant noir de peau.

Auparavant, le domicile d’un directeur de cinéma d’origine turque, Faruk Günaltay, avait été attaqué de nuit par des néo-nazis : des graffitis là encore, mais aussi deux voitures incendiées qui ont failli très mal tourner… mais peut-être était-ce le but.

Ces attaques racistes récurrentes en Alsace ont été fortement médiatisées… notamment parce qu’elles concernaient des « personnalités » connues : médecin, avocat, directeur de cinéma… D’ailleurs le maire socialiste de Strasbourg en a profité pour lancer ses manœuvres politiciennes pour un soi-disant « front républicain »…

Les bourgeois croyaient pouvoir être à l’abri du racisme, seulement l’antisémitisme se généralise et ils découvrent ce que cela veut dire.

2. C’est évidemment une bonne chose que ces actes antisémites soient connus, et qu’ils soient reconnus en tant que tels.

Mais malheureusement, il y a en France des attaques antisémites beaucoup plus brutales et traumatisantes qui, elles, ne sont ni médiatisées, ni reconnues pour ce qu’elles sont.

Le racisme au sein du peuple n’intéresse pas les médias, les juifs du peuple n’intéressent pas la « gauche » social-démocrate.

Ainsi au Blanc-Mesnil (93), un jeune juif de 15 ans a été tabassé dans les vestiaires de son collège, ce vendredi à 8h30 du matin, avant même que son cours d’EPS n’ait commencé.

Le jeune Ilan D. a été attaqué par derrière par trois camarades de classe qui ont utilisé sa capuche pour lui couvrir les yeux puis l’ont agressé violemment.

Ilan a été tabassé devant toute sa classe dans les vestiaires presque sans réaction, et le lynchage s’est arrêté seulement quand deux autres jeunes sont allés alerter le prof de sport.

Ilan a été conduit aux urgences, il a le poignet droit et un doigt cassés, et est ressorti traumatisé, le bras dans le plâtre.

La mère d’Ilan explique l’attaque ainsi : « [Les agresseurs] se sont posés la question de sa religion car il s’appelle Ilan, ils ont pensé à Ilan Halimi, ils ont alors fouillé son sac mardi et ont trouvé une kippa, et ont commencé les brimades, jusqu’au passage à tabac vendredi. »

Ainsi les agresseurs antisémites ont attendu le cours d’EPS et le passage au vestiaire pour lyncher Ilan, mais Ilan avait certainement déjà imaginé depuis mardi comment cela se terminerait.

Cette brutale attaque antisémite aurait pu être évitée, mais rien n’a été fait au collège pour enrayer la mécanique du lynchage antisémite.

Bien évidemment, la préfecture de Seine-Saint-Denis et le parquet de Bobigny évitent à tout prix de parler d’antisémitisme…

Quel avenir pour Ilan alors qu’il s’est fait agresser un mois seulement après la rentrée ? Quel avenir pour la jeunesse juive des banlieues parisiennes, cette génération qui a grandi avec la flambée d’antisémitisme des années 2000 ?

3. Les juifs de banlieue n’intéressent pas l’État, les médias et la social-démocratie… pas plus que les juifs en prison.

Ainsi on lit aujourd’hui dans la presse un bref communiqué : un maton de la prison de Corbas (banlieue lyonnaise) a été agressé par un détenu à coups de rasoir, vendredi dernier en fin d’après-midi pendant la distribution des repas. Le maton a reçu 20 jours d’interruption du travail.

Sauf qu’au détour de ce communiqué, il est précisé que ce même détenu avait déjà tué son codétenu à la maison d’arrêt de Valence dans la Drôme.

Ce codétenu, c’était David Bensamon, 33 ans, père de deux enfants.

David Bensamon avait déjà connu la détention, comme toute une partie de la jeunesse prolétaire pour qui l’ombre de la prison plane au-dessus de la vie quotidienne.

Cette fois-ci, David venait tout juste d’être condamné le 30 septembre, et était entré à la maison d’arrêt de Valence pour y effectuer une peine de quelques semaines – pour des violences conjugales…

À peine entré, David est rejoint par un jeune codétenu de 20, Sofien Ben Bouazza, qui attend sa comparution immédiate pour « faits de violence aggravée ». Celui-ci est agité, violent, supposé suicidaire, et est donc « logiquement » placé avec David, réputé plus calme.

Seulement voilà, dans la nuit de samedi à dimanche, David est étranglé avec un drap par son codétenu. Il est privé d’oxygène pendant plus de 20 minutes, ce qui le plonge dans un coma irréversible.

David Bensamon succombera à l’hôpital de Valence dans le nuit du mercredi 6 au jeudi 7 octobre, laissant derrière lui deux enfants et une famille inconsolable et révoltée.

Pour sa mère et sa sœur, le meurtre de David est incompréhensible : on n’entre pas en prison pour y être tué, expliquent-elles, en rajoutant que David purgeait une courte peine, qu’il n’aurait pas pris de risques en détention.

Pour la famille Bensamon, les choses sont claires : c’est l’administration pénitentiaire qui est responsable. C’est la prison qui a tué David.

Que l’assassinat soit motivé par l’antisémitisme ou pas, tout le monde au sein du peuple sait que l’administration pénitentiaire fait exprès de placer ensemble des détenus « incompatibles ».

Car pour l’administration pénitentiare, miser sur la division entre prisonniers est un véritable mode de gestion de la surpopulation carcérale dans les maisons d’arrêt. Celle de Valence, justement, enfermait 184 personnes au 1er septembre, alors qu’elle a une capacité théorique de 137 places…

De plus, cette maison d’arrêt avait déjà été témoin d’une autre tragédie très semblable : le jeune Jérémy Martinez, 19 ans, avait été assassiné par son codétenu en mars 2008. Jérémy était entré lui aussi pour une courte peine, et son assassin était lui aussi un détenu dangereux en préventive, Raphaël Loubières, 19 ans lui aussi.

La famille de Jérémy avait déposé plainte contre la prison pour non-assistance à personne en danger, plainte qui a débouché sur un non-lieu. Un appel a été fait, et le dossier sera rouvert ce 20 octobre.

Ainsi en presque trois ans, rien n’a changé à Valence, et la famille de David sait désormais à quoi s’attendre : à se faire balader par l’administration pénitentiaire et par la justice, avec tout le mépris dont l’État français est capable contre les fils et les filles du peuple.

Car la prison est une zone d’ombre, d’où rien ne doit filtrer pour l’État capitaliste. Rien que ce week-end, il y a eu trois suicides en prison, à Colmar, Lutzelhouse et Rouen. Là aussi, il faudra des années pour les familles pour espérer savoir ce qu’il s’est passé…

La justice méprise et enferme le peuple : honneur à la famille Bensamon !
La prison assassine les fils et les filles du peuple : justice pour David !

L’antisémitisme prend un tournant très clair : les agressions sont à la fois plus fréquentes et plus brutales, et les conséquences sont d’autant plus traumatisantes voire tragiques.

L’arbre préfère le calme, mais le vent continue de souffler… Avec Hapoel et l’Action Antifasciste, lance-toi dans la bataille contre l’antisémitisme !

AA Artois : Contre les célébrations de Pétain à Cauchy-à-la-Tour

À Cauchy-à-la-Tour, les fascistes célèbrent chaque année Pétain l’antisémite.

Pétain et le statut des juifs : c’est le document qu’a révélé hier l’avocat et chasseur de nazis Serge Klarsfeld. Ce texte démontre que le chef de l’état français s’est impliqué personnellement, en modifiant le texte de sa main, dans l’élaboration de la loi durcissant le statut anti juif. Cette révélation n’est pas surprenante, elle fait de Pétain un antisémite parmi les antisémites.

Ainsi donc, les nostalgiques de Pétain, jeunes ou vieux, qui voient en lui celui qui a évité le pire « aux français« , ne peuvent plus tenir cette position sans être considérés comme des négationnistes. Il en va donc ainsi de l’association de défense du Maréchal Pétain (ADMP), qui revendique plusieurs milliers de membres dont une cinquantaine célèbre chaque année une messe en latin en son honneur, dans sa maison natale de cauchy-à-la-tour.
En effet, dire comme l’ADMP que « Si Philippe Pétain fut glorieux en 14-18, il fut grand dans les années 40, où sacrifiant son prestige et sa tranquillité, après une vie bien remplie au service de la Patrie, il remit tout en question en acceptant de faire le don de sa personne à la France, pour atténuer son malheur« , c’est faire négation de la vérité historique, notamment du génocide des juifs.

Mais Hubert Massol, président de l’ADMP, est négationniste, et est donc un fervent opposant de la loi Gayssot. Il compte sur les membres de son association pour « privilégier le travail en profondeur dans la population et jusque dans les écoles. (…) actualiser notre discours et (…) moderniser notre action. Sans prosélytisme, sans sectarisme, mais fidèles à l’Histoire, il convient d’exposer les faits dans leur vérité, sans concession, car les faits sont têtus. »

Les faits sont têtus en effet : les fascistes d’aujourd’hui sont dans la ligne de ceux d’hier, une ligne revue, modernisée dans la forme, mais pas dans le fond. L’ADMP, dans la logique de la bourgeoisie la plus réactionnaire, considère que ce sont les grands hommes qui font l’histoire. L’ADMP célèbre la Terre des Morts. Le fascisme est toujours la proposition d’un ordre nouveau, barbare et criminel, mis au service de la bourgeoisie impérialiste.

On pourrait se dire que ce genre de position négationniste disparaitra avec les derniers témoins de cette période du 20ème siècle. Malheureusement, il n’en sera rien. En effet, l’ADMP attire de plus en plus de jeunes gens. C’est peut être parce que les célébrations de Cauchy-à-la-Tour se déroulent dans un lieu privé et entre parisiens, que les habitantEs du village ne montrent aucune hostilité. C’est peut être aussi parce que la municipalité P »c »F se veut rassurante et, en bonne soce-dem, reste neutre en jouant la carte du respect des lois républicaines, en l’absence de trouble à l’ordre public.

Il est de notre devoir d’antifascistes de défendre la mémoire du prolétariat du bassin minier qui s’est dressé massivement contre le fascisme, notamment durant la seconde guerre mondiale. Il est également de notre devoir de nous préparer à une nouvelle guerre contre le fascisme. Le front populaire antifasciste, dont les groupes autonomes de l’AA sont les embryons, est seul à même de faire face à la barbarie.

Pétain était-il antisémite ? Un psychodrame français bien dans l’esprit de l’époque…

Scoop exclusif : Pétain était antisémite !

On aurait pu croire à de l’humour juif, cynique et autodestructeur à souhait… mais non ! Une certaine France semble réellement découvrir, à l’occasion de l’anniversaire du statut des Juifs du 3 octobre 1940, que Pétain était antisémite !

Ou plutôt elle feint de le découvrir, car au fond le tabou français autour de la figure de Pétain l’arrange bien…

Ainsi on apprend dans la presse qu’a été découvert le document original établissant le statut des juifs en octobre 1940. Celui-ci a été remis par un donateur anonyme au Mémorial de la Shoah, et a été authentifié.

Sur ce document de 5 pages portant la mention « Document confidentiel », on retrouve les annotations qui ont été apportées de la main de Pétain, suite au conseil des ministres du 1er octobre 1940.

Dans le document original, on découvre que finalement, c’est Pétain qui a été le plus loin dans l’antisémitisme.

Ainsi, tandis qu’une mention épargnait « les descendants de juifs nés français ou naturalisés avant 1860 », Pétain va rayer cette ligne, contredisant donc le mensonge comme quoi Pétain aurait « sacrifié » les juifs étrangers pour « sauver » les juifs français.

De plus, Pétain étend la liste des tribunaux et juridictions d’où sont exclus les juifs, et leur interdit de siéger à « toute assemblée issue de l’élection ». Il élargit l’interdiction d’exercer à « tous les membres du corps enseignant », et plus seulement à certaines fonctions dirigeantes.

À cela s’ajoute le souci très administratif et très français du détail, puisque Pétain rectifie les numéros des paragraphes : l’article 3 devient le paragraphe 6 de l’article 2, et se charge lui-même de renuméroter tous les articles suivants.

Les annotations de Pétain seront intégralement suivies dans la version publiée au Journal Officiel, le 18 octobre 1940 – qui porte entre autres la signature du trotskyste Paul Cognet…

Ainsi donc, on découvre que Pétain était un antisémite parmi les antisémites.

Auparavant, à propos du rôle personnel de Pétain dans le statut des juifs, on ne disposait que d’un témoignage de l’ancien ministre des affaires étrangères de Vichy, Paul Baudouin, dans ses mémoires publiés en 1946.

Il y affirmait que, lors du conseil des ministres du 1er octobre 1940, le gouvernement avait étudié « pendant deux heures le statut des Israélites ». Avant d’ajouter : « C’est le Maréchal qui se montre le plus sévère. Il insiste en particulier pour que la justice et l’enseignement ne contiennent aucun Juif. »

Voilà donc un document qui confirme cela de manière irréfutable.

Un document qui confirme que Pétain était antisémite ? Oui, cela peut paraître surréaliste, car ce n’est pas forcément le genre de questions que se posent les personnes juives qui ont survécu à l’extermination, celles qui ont échappé aux rafles, ou bien celles dont la famille a été décimée pendant la guerre…

Pourtant Le Pen joue très régulièrement sur ce registre, en prétendant que Vichy ne fut « pas si terrible » pour les juifs français.

Ainsi, lors de la journée nationale de la déportation en avril, Jean-Marie Le Pen avait enchaîné les provocations et les mensonges, jusqu’à déclarer :

« Feindre de croire que le maréchal Pétain était responsable de la persécution des juifs pendant la guerre, c’est une pensée scandaleuse. Adolphe Hitler ne demandait pas l’autorisation à Philippe Pétain de faire ce qu’il voulait faire. »

Voilà un mensonge qui aujourd’hui vole définitivement en éclats, et que même Marine Le Pen devra reconnaître, elle qui avait expliqué au lendemain de ces déclarations fascistes que « [son] père connaît bien l’Histoire »…

Alors pourquoi la publication d’un tel document a-t-elle aujourd’hui un tel écho en France ? Pourquoi un tel « choc » ?

Il faut bien voir que dans ce pays, il existe un véritable mythe national, celui de la « France éternelle » et « innocente », qui fait que la défense de Pétain reste encore très tenace en France.

Quand on est juif ou juive, on reste toujours un peu sceptique par rapport à l’écho véritable de ce mythe, parce qu’il ne nous « parle pas », ne nous a jamais parlé, et ne parlera jamais qu’à une frange de racistes juifs qui ont abandonné toute dignité.

On est sceptique, donc, mais c’est sous-estimer la dimension de ce mythe national.

Car sans l’idéologie de la « France éternelle », on ne peut comprendre ni l’image de Pétain en tant que chef militaire de la boucherie de Verdun, ni pourquoi Mitterrand faisait fleurir sa tombe le 11 novembre.

On ne peut pas non plus comprendre la prétention comme quoi Pétain « protégeait » la France de la barbarie « allemande » en attendant que De Gaulle la libère, prétention qui s’appuie sur la conception de la France comme « idée » éternelle qui crée sa propre histoire en s’incarnant dans de « grands hommes », aussi opposés soient-ils.

Pas plus qu’on ne peut comprendre que, suite à l’attentat meurtrier contre la synagogue de la rue Copernic le 3 octobre 1980, le soir de Sim’hat Torah, Raymond Barre parle de « cet attentat qui a fait trois victimes innocentes » (sous-entendu : non juives). La notion d’innocence est ici centrale.

Enfin on ne peut pas non plus comprendre aujourd’hui la portée nationale d’une figure comme De Villepin, qui, dans ses manœuvres politiques, joue à fond sur le côté « France éternelle », ainsi que sur le côté « homme providentiel »… car immaculé et innocent. Là aussi, il y a un aspect « don de sa personne à la France »…

C’est sur ce mythe de la France « innocente et éternelle » que se fonde la double hypocrisie française : celle qui établit une distinction entre la France et Vichy d’une part, et entre Vichy et Pétain d’autre part.

La première distinction est dans la plus pure tradition gaulliste… mais cela fait longtemps que ce mensonge ne fait plus illusion.

Pourquoi ? Parce que Papon. Parce que la déportation des juifs puis la répression des Algériens.

Reste alors le deuxième mensonge national, celui qui fait de Pétain une figure innocente au milieu du déshonneur. Mensonge qui s’effondre donc, avec la découverte du document original sur le statut des juifs.

Pourtant il va de soi qu’au fond, personne en France ne croyait réellement que Pétain n’était pas antisémite…

Seulement voilà, la France est le pays du « raisonnable » et du légitimisme étriqué. En France, les mensonges ne volent pas en éclats. Non, les mensonges sont seulement « écornés », « fissurés », et ils peuvent ainsi rester en place sans un bruit.

La France fait appel à « la raison » pour ne pas faire de vagues, pour que rien ne dépasse, pour continuer à croire aux mythes… ou au moins à faire semblant. Il faudrait même remarquer que ce « recul » par rapport aux mythes nationaux n’est pas seulement toléré au sein des classes dominantes, il est même implicitement valorisé.

Ainsi, au nom d’une idée réactionnaire de la France, il faut faire comme si de rien n’était. Il faut qu’après le « choc » hypocrite autour de Pétain, tout rentre en ordre. Malgré Auschwitz.

Finalement, la presse parle aujourd’hui du statut des juifs, mais demain tout sera oublié, et après-demain le mythe de la France « innocente et éternelle » n’en sera que renforcé.

Un mythe national qui a de beaux jours devant lui, vue l’évolution politique qui est à prévoir ces prochaines années.

Et un mythe qui deviendra de plus en plus offensif quand il s’agira de jeter l’ombre sur la mémoire des juifs de France, car en France quand le « raisonnable » échoue, c’est le psychodrame et l’hystérie qui prennent le relai.

Seule l’autonomie de classe déjouera les pièges populistes !

Hapoel avait évoqué avant Rosh HaShana une grave agression antisémite, qui avait eu lieu début septembre, en plein Paris et en plein jour. Rappelons rapidement les faits.

Le vendredi 3 septembre, deux amis d’une trentaine d’années se retrouvent en fin d’après-midi dans le parc de Choisy, dans le 13ème arrondissement de Paris.

Là, les deux amis demandent à un groupe d’une dizaine d’adolescents de faire moins de bruit, ce qui déclenche un début d’altercation.

La tension monte, jusqu’à ce que l’un des adolescents remarque la Magen David que porte l’un des deux trentenaires.

Alors, les insultes antisémites fusent et les coups se déchaînent, avec un acharnement particulier sur Alex, l’individu identifié comme juif par ses agresseurs.

L’un des jeunes finit même par sortir son couteau, et tente de poignarder Alex, qui sera blessé à l’avant-bras en tentant de se protéger.

Les deux amis ont néanmoins réussi à se réfugier dans un commerce. Puis les secours et la police ont été alertés, ce qui a dissuadé les agresseurs de s’acharner encore.

Voilà donc où on en est, en cette rentrée 2010 : une personne identifiée comme juive peut se faire agresser au couteau en plein Paris et en plein jour, simplement parce qu’elle est juive.

Alex l’aura dramatiquement appris à ses dépens, lui qui a justement quitté sa Russie natale en raison de l’ambiance antisémite suffocante et de la progression continue des néonazis.

Pourquoi est-ce que Hapoel revient aujourd’hui sur cette attaque antisémite, alors que nous en avions déjà parlé ?

Principalement à cause des suites judiciaires de cette agression, qui illustrent bien ce qu’Hapoel expliquait à propos des illusions en les institutions et pourquoi elles sont dangereuses.

En effet, peu après l’agression, trois jeunes ont été arrêtés par la police, trois mineurs de 15, 16 et 17 ans qui ont été reconnus par les deux victimes ainsi que par des témoins.

Ces trois adolescents ont été placés en détention provisoire par décision du parquet des mineurs, qui, rappelons-le, dépend du ministère de la justice.

Seulement voilà, quelques jours plus tard, un juge des libertés et de la détention (JLD) a décidé de relâcher les agresseurs et de leur imposer une « mesure éducative de liberté surveillée ». Ce qui, concernant des personnes mineures, n’a franchement rien d’exceptionnel…

Mais le lendemain, c’est-à-dire mercredi dernier, le parquet a fait appel de cette décision, en voulant retenir des adolescents en détention. Ce sera donc à la cour d’appel de Paris de trancher sur la détention provisoire.

Au-delà de l’aspect « technique » de la procédure judiciaire, on voit encore ici comment on peut très vite être pris en étau par les institutions, quand on veut combattre l’antisémitisme mais qu’on n’a pas de perspectives d’autonomie de classe.

Car d’un côté, la « justice » relâche les agresseurs, des agresseurs antisémites qui n’hésitent pas à sortir le couteau. L’indignation est alors compréhensible, et quoi qu’il en soit, on voit bien qu’il n’y a aucune confiance à accorder aux institutions judiciaires.

Et de l’autre côté, le ministère de la « justice » se place clairement dans une optique populiste en jouant la surenchère pénale, avec pour objectif d’enfermer la minorité juive dans la dépendance envers l’État français.

Aux classes dominantes, le populisme ne coûte rien : l’État renforce les institutions juives et le légitimisme envers les forces de répression, tout en restant finalement indifférent au résultat judiciaire. Le populisme est une posture.

C’est une posture, car en définitive c’est le capitalisme et sa crise qui favorisent l’explosion de l’antisémitisme, l’augmentation des agressions antisémites et leur tendance à la barbarie. Et face à la crise, l’État capitaliste est essentiellement impuissant.

Pour voir à quel point l’État français est hypocrite, il suffit de se souvenir de comment la police s’était imaginée très futée en abandonnant Ilan Halimi, ou bien de comment l’assassinat antisémite de Sébastien Sellam avait été étouffé.

On voit donc le piège qui se tend : la justice contre les racistes et les antisémites est une exigence populaire indispensable ; mais l’État français manipule cette revendication sans difficulté, afin de maintenir à bout de bras des illusions bourgeoises qui chaque jour se craquèlent davantage.

Ce piège est un véritable poison pour la minorité nationale juive, et il ne peut pas être brisé en restant dans le cadre des institutions (judiciaires, répressives, idéologiques) de l’État.

La seule issue de sortie, c’est l’autonomie de classe, c’est l’autodéfense antifasciste et l’unité populaire.

Il n’y aura aucune avancée contre l’antisémitisme tant que les classes dominantes conserveront leur hégémonie au sein de notre minorité nationale, tantôt par les institutions juives, tantôt par les pseudo-contestataires d’extrême-droite.

Ce sont les masses qui sont la force véritable contre le racisme, pas la police.

Allemagne, Belgique… Derrière l’antisémitisme se cache la finance européenne !

Pour Hapoel, l’antisémitisme ne tombe pas du ciel. Il est le produit de certaines classes sociales, qui diffusent leur idéologie à l’ensemble de la société.

À l’époque de la crise générale du capitalisme, l’antisémitisme moderne naît au sein des classes dominantes les plus modernes, et prend une forme qui correspond à cette modernité : pseudo-science, racialisme, ambiance hystérique allant avec la crise.

Or la classe dominante la plus moderne, c’est la bourgeoisie impérialiste, celle des immenses monopoles et du capital financier, celle qui absorbe le capital industriel grâce à la crise, celle qui se partage le monde et le plonge dans la guerre, celle qui en 1933 soutenait Hitler.

Justement, cette semaine ont eu lieu plusieurs manifestations d’antisémitisme dans les plus hautes sphères des États d’Europe de l’Ouest, et systématiquement… dans des milieux financiers !

1. En Allemagne, c’est Thilo Sarrazin, un très haut cadre de la banque fédérale (la Bundesbank), qui a publié ce lundi un livre particulièrement raciste.

Ce livre s’appelle « L’Allemagne se détruit » (Deutschland schafft sich ab), et rien que ce titre en dit très long sur la panique qui s’est emparée des classes dominantes confrontées à la crise générale du capitalisme.

Naturellement, ce livre profite d’une grande publicité dans les médias allemands, et cela fait deux semaines que Thilo Sarrazin fait campagne pour en assurer la promotion.

Ainsi, dimanche dernier il a donné une interview à l’édition du dimanche du journal Die Welt, une interview où il a pu expliquer sans très sérieusement que « tous les Juifs partagent un gène particulier, les Basques ont des gènes particuliers, qui diffèrent des autres ».

Si la situation se prêtait à faire de l’humour juif, on répondrait : mais pourquoi les Basques ?

Sauf que là, on a une expression ultra-moderne de l’antisémitisme, qui se traduit par une conception génétique et racialiste des êtres humains. Une conception au fond totalement irrationnelle, mais qui s’appuie sur une prétention pseudo-scientifique : cela est typique du fonctionnement de la bourgeoisie, et se retrouve également dans l’idéologie de la vivisection.

D’ailleurs ce lundi, Thilo Sarrazin a confirmé ses propos dans l’interview du dimanche, en s’appuyant soi-disant sur « deux études publiées dans des journaux », à savoir Nature et American Journal of Human Genetics. « C’est un fait », assène-t-il dans les médias.

Il faut comprendre la portée de cette affirmation racialiste.

En effet, les personnes juives d’Allemagne comme les personnes basques sont « européennes », et sont souvent impossibles à « repérer » facilement. Les juifs sont invisibles, certes, mais s’ils ont un gène commun, alors il y a tout de même un moyen scientifique de les ficher et de les traquer. C’est là que mènent les conceptions racialistes.

Parallèlement à cela, Thilo Sarrazin s’est également fait connaître par de nombreuses sorties racistes contre les personnes d’origine turque en Allemagne, expliquant qu’elles ne s’intégraient pas, qu’elles faisaient chuter le « niveau d’intelligence », qu’elles vivaient aux crochets de l’État, etc.

Là encore, les mêmes prétentions à une science ultra-moderne avec la notion de « l’intelligence moyenne », mais une pseudo-science qui ne cache que le racisme le plus irrationnel.

Mais qui est donc ce Thilo Sarrazin, qui met en garde contre une « déculturation de l’Allemagne » ? Est-ce un nationaliste d’extrême-droite ?

En réalité pas du tout, Thilo Sarrazin est un social-démocrate du SPD, l’équivalent allemand du PS français ! Une sorte de Georges Frêche, en somme.

Mais pas exactement non plus, car Georges Frêche n’est pas un haut cadre des institutions financières allemandes.

Thilo Sarrazin, lui, est est haut fonctionnaire de l’État fédéral allemand depuis 35 ans, et il est membre du directoire de la banque fédérale allemande depuis mai 2009. Auparavant il était le responsable des finances de la ville de Berlin depuis 2002, après avoir été secrétaire d’État aux finances du Land du Rheinland-Pfalz.

Bref, toute une carrière de social-démocrate au sein de l’État allemand, au service de la finance allemande.

Seulement voilà, les propos de Thilo Sarrazin passent très mal au sein de la banque fédérale allemande, pour une raison pas très difficile à comprendre : le directeur de la Bundesbank est en lice pour la succession de Jean-Claude Trichet à la tête de la Banque Centrale Européenne en 2011.

Les propos racistes de Sarrazin sont donc pour l’instant inacceptables pour les institutions financières allemandes, qui en couple avec les financiers françaises, comptent dominer l’Europe entière.

C’est pourquoi le directoire de la Bundesbank a voté hier le limogeage de Thilo Sarrazin, ou plutôt la demande de limogeage, puisque seul le président de la république fédérale peut le démettre de ses fonctions.

2. Hier en Belgique, Karel De Gucht, un très haut fonctionnaire européen, est intervenu le matin à la radio flamande, en déclarant grosso modo… que le lobby juif tenait la politique américaine.

Voici une traduction de son intervention, inspirée de celle d’un blog d’information de tendance sioniste :

« Il ne faut pas sous-estimer par exemple le lobby juif à Capitol Hill, le parlement américain. C’est le groupe de pression le mieux organisé qui y existe. En d’autres termes, il ne faut pas sous-estimer l’emprise du lobby juif sur la politique américaine. Que ce soit dans le camp démocrate ou républicain, cela change vraiment peu.

Il ne faut pas non plus sous-estimer l’opinion – en dehors du lobby – du Juif moyen qui ne vit pas en Israël. Il y a en effet chez la plupart des Juifs une foi – je pourrais difficilement décrire cela autrement – qu’ils ont raison. Et la foi est quelque chose qu’on peut difficilement combattre avec des arguments rationnels. Cela ne dépend pas du fait si ces Juifs sont croyants ou pas. Même les Juifs laïques partagent la même croyance d’avoir effectivement raison. Il n’est donc pas facile, même avec un Juif modéré, d’avoir une discussion sur ce qui se passe au Moyen-Orient. C’est une question particulièrement émotionnelle. »

Quand on lit cela, on décèle un tempérament s’imaginant « raisonnable », « cartésien », ce qui lui donnerait le droit de dire « certaines vérités » sans devoir être soupçonné d’antisémitisme.

Pourtant, l’antisémitisme, on est en plein dedans avec ces déclarations. On a ici une vision antisémite de type complotiste, là encore irrationnelle, mais correspondant parfaitement à l’idéologie de l’antisémitisme moderne.

De plus, qu’est-ce qu’un « Juif modéré » ? Modéré par rapport à quoi ? Par rapport à la religion ? au sionisme ? ou au fait d’être juif ?

Là encore, qui est donc ce Karel de Gucht ? C’est un haut cadre de l’État belge, de la communauté flamande, et appartenant au parti libéral flamand VLD.

Depuis les années 2000, Karel de Gucht fait carrière dans un domaine clé de l’impérialisme belge : les affaires étrangères et la « coopération ».

Les affaires étrangères on comprend… mais qu’est-ce que la « coopération » ? Hapoel en avait déjà parlé à propos de Dov Zerah, le fulgurant président du Consistoire de Paris.

En vérité, la « coopération » c’est le maintien des semi-colonies (essentiellement ici la république « démocratique » du Congo) dans un état de dépendance envers les prétendues « aides au développement ».

La « coopération » consiste en l’organisation de l’exportation du capital financier, afin d’investir dans des productions qui répondent aux exigences de l’impérialisme.

Ainsi Karel de Gucht a été ministre des affaires étrangères de Belgique de juillet 2004 à juillet 2009, et a été en même temps vice-premier ministre pendant ses six derniers mois, ce qui montre bien le poids des « affaires étrangères » dans le capitalisme belge.

Karel de Gucht est d’ailleurs allé tellement loin dans les services rendus aux financiers et aux impérialistes… qu’aujourd’hui il est commissaire européen au « développement » et à « l’aide humanitaire » ! Des secteurs clés de l’impérialisme !

Karel de Gucht développe ainsi des conceptions antisémites, finalement assez classiques, et il est évident que cela a à voir avec le fait qu’on nage en plein dans les milieux de la bourgeoisie financière.

Karel de Gucht nage d’ailleurs tellement bien dans les milieux financiers, qu’il se retrouve accusé d’avoir revendu ses titres dans la banque belge Fortis… juste avant sa faillite avec la crise des subprimes ! Avec la crise, Karel de Gucht a donc trouvé l’occasion de s’enrichir…

Tout cela, nous sommes les seuls à être capables de le voir et de l’analyser.

Et l’Action Antifasciste est la seule structure à voir et analyser la tendance historique qui s’en dégage : la tendance à l’antisémitisme, distillé par la bourgeoisie financière, avec comme base de masse la petite-bourgeoisie broyée par la crise générale du capitalisme.

L’antisémitisme moderne naît en même temps que l’impérialisme, et au sein même de la bourgeoisie financière. Et il va de soi qu’avec la crise, les contradictions s’exacerbent, et l’irrationnel l’emporte sur toute la ligne.

L’antisémitisme se fera donc de plus en plus central dans les doctrines de l’impérialisme, et surtout se fera de moins en moins discret. Et cela, sans économie politique et sans démarche scientifique, on est incapable de le voir venir.

Ainsi les sionistes ne voient pas la bourgeoisie et donc prennent les manifestations d’antisémitisme comme des faits sans signification historique en particulier ; les sociaux-démocrates ne font que fantasmer la bourgeoisie financière, et tombent dans le nationalisme comme Thilo Sarrazin ; et la majorité de l’extrême-gauche s’imagine que la bourgeoisie ne connaît pas de contradictions internes, et est de toute façon incapable de voir l’antisémitisme.

Pour approfondir la question de l’économie politique, Hapoel avait produit un document relativement clair et accessible : L’ambassadeur iranien, les proto-nazis, l’impérialisme français.

La crise s’accélère, la bourgeoisie déraille littéralement dans l’antisémitisme, et il faut savoir à quoi s’attendre. Étudie et diffuse les analyses sur l’antisémitisme moderne et sa nature impérialiste.

Derrière l’antisémitisme et le fascisme se cache la bourgeoisie impérialiste !

Une prof d’histoire suspendue car elle aurait trop enseigné la Shoah…

Catherine Pederzoli, 58 ans, est prof d’histoire dans un lycée public de Nancy. Du moins elle l’était, car elle va être suspendue de ses fonctions pour une durée de 4 mois.

Pourquoi ? Parce qu’elle aurait « trop » enseigné la Shoah.

C’est en tout cas ce que semble dire un rapport de juillet des inspecteurs de l’Éducation Nationale, qui pointe des « manquements aux obligations de réserve, de neutralité et de laïcité ».

En effet, Catherine Pederzoli organise depuis des années des voyages scolaires à Auschwitz-Birkenau. Et évidemment, un tel voyage se doit d’être correctement préparé si, une fois sur place, on veut comprendre quelque chose de manière rationnelle.

C’est entre autres cela que l’Éducation Nationale lui reproche : de « trop » préparer un voyage scolaire à Auschwitz.

Pourtant le rectorat de Metz-Nancy prétend que « l’Éducation Nationale est très attaché à la transmission de l’histoire et de la mémoire de la Shoah ». Alors pourquoi parle-t-il d’un « temps non négligeable de préparation étant consacré au projet » ?

D’ailleurs comment l’Éducation Nationale peut-elle prétendre cela, alors qu’en parallèle, le nombre d’élèves participant à ces voyages à Auschwitz-Birkenau avait été divisé par deux ?

Naturellement, l’Éducation Nationale compte bien noyer le contenu de cet « incident » en déballant tout son jargon administratif, et en évitant soigneusement de mentionner à quel point la question est politique.

Car, en plus du caractère politique de l’enseignement de ce qui touche au fascisme, il faut savoir que des élèves ont organisé une protestation quand le ministre de l’éducation s’est déplacé dans ce lycée en décembre dernier.

Une protestation apparemment trop bruyante, puisque les inspecteurs de l’Éducation Nationale accusent Catherine Pederzoli de l’avoir manipulée en sous-main…

C’est pourquoi ces inspecteurs reprochent à cette professeure dans leur rapport de juillet des « lavages de cerveaux » pour « instrumentaliser des élèves ».

Seulement voilà, cette « appréciation » prend une toute autre dimension quand on sait que… la prof en question est d’origine juive.

On retombe donc ici dans la réflexion antisémite comme quoi les juifs parleraient « trop » de la Shoah, et surtout en feraient des « lavages de cerveaux ».

Et puis surtout, que penser de cette expression de « lavages de cerveaux » dans une controverse autour de l’enseignement de la Shoah ?

On voit tout de suite où mène la pseudo-neutralité bourgeoise : au relativisme, à la minimisation, à « l’oubli » du développement de la propagande négationniste.

Car est-ce un « manquement à la neutralité » de dire que la Shoah n’a rien de neutre ? Est-ce un « manquement à la laïcité » de dire que des personnes juives ont été exterminées de manière systématique parce qu’elles étaient juives ?

Et est-ce que le contenu de plus en plus chauvin des programmes d’histoire est neutre ? Est-ce que les calomnies anticommunistes sont neutres ? Est-ce que le projet d’enseigner le « rôle positif de la colonisation » était neutre ?

Et surtout, quel rapport avec la laïcité ? Quel rapport avec un quelconque prosélytisme religieux ?

Dès que l’on mentionne que la Shoah a ciblé les personnes juives, tziganes, handicapées et homosexuelles de manière systématique, on touche à l’idéologie républicaine qui veut que rien ne dépasse, et on se voit accusé de « manquement à la laïcité »…

Tout cela montre bien une chose : qu’il n’y a aucune confiance à avoir en l’État, en l’Éducation Nationale, en l’idéologie républicaine. Tout ce que la bourgeoisie touche, elle le transforme et le dénature, voire le calomnie.

Et cela concerne également la mémoire de la Shoah, car sans une compréhension minimale du capitalisme et de ce qu’il charrie (antisémitisme moderne, abattoirs, social-darwinisme, fascisme, guerre), on ne peut malheureusement pas aller au-delà des généralités sur la compréhension de la Shoah.

En tout cas, ce n’est pas l’idéologie républicaine de l’Éducation Nationale qui ouvrira les yeux sur la tendance actuelle au fascisme, et sur l’utilité concrète de comprendre la Shoah aujourd’hui.

Graves menaces antisémites à Drancy (93)

Terrifiante découverte à la synagogue de Drancy, en Seine-Saint-Denis : parmi le courrier se trouvait une lettre contenant de grave menaces antisémites.

C’est à la relève de la boîte-aux-lettres, la première après environ une semaine de vacances, qu’a été découverte la lettre de menaces. On imagine le traumatisme vécu à l’ouverture du courrier.

Car cette lettre était accompagnée de non moins de… 9 cartouches d’arme à feu ! La menace est on ne peut plus claire, et on ne peut plus alarmante.

Quant à la lettre elle-même, sa référence à l’attaque de la flotille de Gaza, ses menaces antisémites (« Sales juifs on vous aura tous ») et ses croix gammées sont adressées explicitement à l’ensemble de la minorité juive de France – et même plus seulement à la synagogue de Drancy.

Il semblerait qu’une lettre du même type ait également visé la synagogue de Stains, toujours en Seine-Saint-Denis.

Rappelons que le mémorial de la déportation de Drancy avait déjà été profané en avril 2009. Plus récemment, c’était la voiture de Sammy Ghozlan, ancien commissaire de police et président du BNVCA, qui avait été incendiée dans le jardin de son pavillon, au Blanc-Mesnil en mai dernier.

Seulement aujourd’hui, c’est encore un cap qui est franchi dans le niveau des menaces, et cela à la veille des fêtes de début d’année.

En effet, les fêtes tombent très tôt cette année : du mercredi 8 septembre au soir jusqu’au vendredi 10 pour Rosh HaShannah, puis du vendredi 17 septembre au soir jusqu’au samedi 18 pour Yom Kippour, sans oublier Souccot et Sim’hat Torah.

Profitons-en pour rappeler les trop classiques précautions habituelles, face aux menaces qui pèsent en ce moment : ne pas aller et venir toutE seulE à la synagogue ; ne pas s’éterniser à la sortie après l’office ; avoir l’esprit lucide et disponible, vigilant mais sans céder à la panique ; prévenir de tout détail qui pourrait sembler suspect, etc.

La nouvelle année s’annonce donc lourde de menaces, et d’ailleurs, chaque année semble systématiquement pire que la précédente.

Les choses doivent être exprimées clairement : chaque jour la situation en France se tend davantage, parallèlement à la crise capitaliste.

Le racisme est en pleine explosion, et si ses manifestations prennent un tour de plus en plus brutal, celles-ci s’appuient de fait sur des valeurs fascistes qui partent à l’assaut de la société toute entière.

Demain ou après-demain sera terrible, et chaque personne qui s’oppose à l’antisémitisme doit partir de ce principe : nous sommes au seuil des années 1930.

Les fascistes veulent instaurer une climat de terreur antisémite en France. Pour cela ils sèment la division au sein du peuple, afin d’affaiblir la résistance au racisme.

Que les antisémites sachent alors que la minorité nationale juive n’a pas l’intention de fuir, car elle est en France chez elle. Et la jeunesse juive saura leur faire comprendre.

Nous avons besoin d’une autodéfense juive à la hauteur, une autodéfense antifasciste qui se fonde sur des petits groupes autonomes mais organisés, recevant l’appui du peuple dans son ensemble.

Nous n’avons plus le choix : l’arbre préfère le calme, mais le vent continue de souffler.

Dans deux mois, le procès en appel des assassins d’Ilan

Le 10 juillet 2009 se terminait le procès des assassins d’Ilan Halimi. Youssouf Fofana avait été condamné à perpétuité ; quant au reste du verdict, il avait été globalement inférieur aux peines requises.

Un appel du ministère de la « justice » a donc été effectué, dont les raisons sont expliquées dans quelques documents d’Hapoel : « Que se cache-t-il derrière l’appel au procès Ilan Halimi ? », « Enfin l’UJFP évoque Ilan ».

Le procès en appel aura donc lieu dans deux mois, du 25 octobre au 17 décembre, à Créteil, devant la cour d’assises des mineurs du Val-de-Marne (94).

Sur les 27 personnes accusées, 19 passeront en appel. Fofana lui-même a fait appel, puis s’est rétracté une semaine avant le 4ème anniversaire de la mort d’Ilan.

Parmi ces 19, on retrouve des complices qui étaient mineures quand Ilan a été assassiné, ce qui avait justifié le huis-clos du premier procès.

La question se repose donc inévitablement : l’appel se déroulera-t-il de manière publique ?

Justice pour Ilan ! L’oubli est une deuxième mort !

La France, pays de la délation

Quand on se confronte de manière lucide et réaliste à la culture nationale-bourgeoise, on voit très vite que la France est la pays de la délation et du fichage.

Et quand nous affirmons cela, tout le monde comprend très bien ce que nous voulons dire.

À quoi cela tient-il ?

Comme l’explique Marx, la France est historiquement le pays de la petite propriété parcellaire.

Cette petite propriété parcellaire était en réalité maintenue à bout de bras par le capitalisme français, un capitalisme très spécifique qui jusque dans l’entre-deux-guerres avait une grande composante usuraire, reposant sur la rente foncière.

C’est ce capitalisme usuraire qui a très longtemps maintenu à la campagne des vestiges sociaux et culturels de la féodalité, qui se retrouvent encore aujourd’hui dans l’appareil d’État de la république bourgeoise française.

La petite propriété parcellaire a donc donné naissance à une couche sociale typiquement française, les petits notables des campagnes.

Une couche sociale dépendante du capitalisme foncier à la française, et qui se range donc tout à tour derrière le Second Empire après 1848, derrière la Troisième République après la Commune, et enfin derrière Vichy.

Au final, ce sont ces rapports sociaux de la petite production rurale qui ont façonné l’identité des couches possédantes et dominantes de la « France profonde » : jalousie et mesquinerie, paternalisme et hypocrisie, méfiance de la grande ville et réaction panique face à la « subversion » qui y règne.

Mais aussi commérages, rumeurs et délation contre tout ce qui est perçu comme étranger à la « terre » de Barrès ou au « pays réel » de Maurras.

Or dans l’idéologie fasciste, c’est précisément « le juif » qui a un caractère universel et cosmopolite, étranger et mobile, abstrait et insaisissable. « Le juif » est un fantôme, une ombre, un être virtuel, et l’on peut alors laisser libre cours à la délation.

À ce titre il faut remarquer que, si les personnes d’origine chinoise sont perçues par les racistes comme pratiquant l’infiltration et les personnes d’origine rrom comme ayant une dimension transnationale, les personnes d’origine juive cumulent ces deux « caractères » supposés.

Ainsi toute la mentalité nationale-bourgeoise française est imprégnée de manière incontournable par la délation, en particulier des personnes juives.

La délation antisémite se déploie pleinement dans le fascisme – mais aussi fâcheusement chez la petite-bourgeoisie qui s’imagine d’extrême-gauche.

Un exemple frappant de tout cela ?

Le numéro d’été du « National Radical », le journal du Parti National Radical. Celui-ci contient un « dossier » absolument délirant consacré aux « Juifs qui dominent la France ».

Ce torchon fasciste de 16 pages (couverture) est sorti début juin, mais fin juin il a été attaqué par des associations antiracistes, et mi-juillet le TGI de Paris a décidé de son retrait immédiat de la vente.

Pourtant, dans une gare de Lyon, ce journal continuait à être vendu dans un relai de presse, et divers médias ont évoqué cette affaire depuis ce jeudi. Joli coup de pub pour des fascistes qui n’en demandaient pas tant, et qui comptaient dès le départ se faire « censurer ».

C’est peu dire que la délation antisémite bat son plein dans ce journal fasciste, puisqu’une liste de noms supposés juifs – même pas « sionistes » – y remplit presque 5 pages, dans le plus pur esprit des années 1930. D’ailleurs une certaine place est réservée aux personnes supposées juives d’extrême-gauche…

Quant aux commentaires qui accompagnent les articles des médias internet, même mainstream, ils sont parfois tout simplement terrifiants.

Bien entendu, les antifascistes n’ont pas à rentrer dans le jeu malsain des antisémites en faisant remarquer que la liste des « Juifs qui dominent la France » est truffée d’erreurs et n’est pas du tout « mise à jour »…

En effet cette liste circule sur Internet depuis des années, et on a notamment déjà eu le droit à une liste de « 500 sionistes » sur un site très très proche de Dieudonné.

Et ne parlons même pas du caractère fantasmatique-délirant, outrageusement ridicule, et typique du petit-bourgeois des campagnes françaises, que l’on retrouve notamment dans cet extrait :

« GUETTA David. Animateur de boîte de nuit fréquentée par le "Tout Paris". Né dans une famille juive originaire du Maroc, il est marié à une entraîneuse sénégalaise. »

Mais qu’est-ce que le Parti National Radical, au fait ?

C’est un petit groupe fasciste qui se revendique « national, catholique et social », et qui mène une certaine agitation antisémite en Auvergne et en Rhône-Alpes : affiches de délation antisémite, petites manifestations, etc.

Ce groupe est basé dans l’Allier, non loin de Vichy donc, plus précisément à Ainay-le-Château, un petit village de 1100 habitantEs.

Et que voit-on dans leur journal fasciste, un journal qui d’ailleurs est financé on ne sait comment ? Des petites annonces pour de l’immobilier à la campagne !

Ainsi, toujours dans ce numéro d’été, on retrouve à la page 9 une petite annonce pour louer un appartement en Savoie, près de la station de ski très huppée de Courchevel !

De même quelques pages plus loin, à la page 14, juste au-dessus d’une publicité pour une édition des « Protocoles de Sages de Sion » (sic) réalisée par le PNR :

« Le Parti National Radical offre gracieusement, dans sa propriété située dans le Cher, en échange d’une collaboration étroite, la location d’un petit appartement. »

Voilà qui correspond entièrement à notre explication de la mentalité délatrice chez les petits propriétaires fonciers de campagne – ici clairement des bourgeois.

Ainsi donc, il y a en France une grande tradition à la délation antisémite.

Une tradition qui passe évidemment par les affaires Dreyfus et Stavisky, qui se prolonge sous Vichy avec une dimension pleinement génocidaire, et qui encore aujourd’hui ressurgit régulièrement.

Car les délations antisémites sous forme de pseudo-dérapages ont le vent en poupe : Le Pen qui appelle Patrick Bruel par son vrai nom ou qui récemment dénigre le prénom du jeune Solal Sarkozy, Frêche qui aussi récemment parle d’une « tronche pas catholique » à propos de Fabius, Dieudonné qui prétend qu’Arthur finance Tzahal, Tariq Ramadan qui critique ses « intellectuels communautaires », Siné qui se mêle des affaires religieuses de Jean Sarkozy ou qui, pendant la campagne électorale de 2004 pour Europalestine, faisait huer des noms de « sionistes » en compagnie d’Alain Soral, etc.

Le caractère systématique de la délation antisémite fait qu’une publication telle que celle de cette liste de noms ne doit pas être considérée comme un fait isolé : c’est simplement un aperçu de la décennie qui s’ouvre.

Riposter aux délations antisémites !
Dynamiter la culture nationale-bourgeoise française !

Le NPA décrète que « l’antisémitisme de gauche n’existe pas »

La minorité juive de France ? L’antisémitisme ? Le NPA ne connaît pas, ou du moins il n’en parle jamais. Alors quand le mot « antisémitisme » est lâché, c’est presque un événement.

Samedi dernier, le parti de Besancenot a ainsi publié une chronique sur un livre parlant de l’antisémitisme de gauche. Mais pour trouver cette chronique, il fallait farfouiller très loin, dans les documents consacrés à l’antisémitisme.

Des documents consacrés à l’antisémitisme chez le NPA ? Oui, on peut trouver sur leur site… deux articles ! Le premier, qui date d’avril 2009, et qui est dans la stricte ligne de l’UJFP. Et le second, qui vient donc d’être publié. Alors que parmi les étiquettes les plus attribuées à des articles, on retrouve « Palestine – Israël », aux côtés évidemment de « Besancenot » et « élections »…

Et quel est le titre du second article ? De la part du NPA, il fallait oser être aussi francs et explicites : « L’antisémitisme de gauche n’existe pas ! »

Que voit-on donc ? Que quand le NPA parle d’antisémitisme, c’est exclusivement pour le nier, pour nier l’antisémitisme de la « gauche radicale » française.

Et cela alors même que le livre chroniqué par un militant du NPA s’intitule « L’antisémitisme à gauche – Histoire d’un paradoxe, de 1830 à nos jours » (Michel Dreyfus, 2009, Éditions de la Découverte).

Ce livre est en effet sorti à l’été 2009, et ce n’est que maintenant que le NPA s’en aperçoit. Pourquoi ? Quelle pilule le NPA cherche-t-il à faire avaler ? Mystère.

Pourtant Hapoel avait parlé de cet ouvrage… il y a un an ! Et sur le Forum Antifasciste, deux fils de discussion sont consacrés à ce livre (12).

À ce titre, même les anarchistes « historiques » de la Fédération Anarchiste avaient parlé de ce livre en décembre, dans un article paru dans le Monde Libertaire. Un article long, indigeste… et très clairement antisémite !

Au niveau des influences, cela oscille entre Proudhon et Garaudy… Mais faut-il s’en étonner, pour une organisation qui a longtemps accueilli l’un des premiers négationnistes, Paul Rassinier ?

Il faut lire cet article « anarchiste ». Il donne certes froid dans le dos tellement il est outrancier « sans s’en rendre compte », mais le fait qu’il n’ait soulevé aucune protestation est très instructif sur certains anarchistes, qui d’autre part versent également dans le racisme anti-arabe le plus grossier.

Concernant la chronique du NPA sur le travail de Michel Dreyfus, il est en fait assez difficile de la critiquer, tant elle est brève, et… vide de contenu. À l’image du NPA, est-on tenté de dire, peut-être à tort.

Mais le diable se cache dans les détails, et on nous rétorquera qu’il est parlé d’antisémitisme « de gauche » et non d’antisémitisme « à gauche ».

Cela est de fait une pirouette facile, qui est simplement une négation de toute l’expérience des masses populaires juives, de toute analyse de l’anticapitalisme romantique, de toute économie politique, de toute démarche scientifique – notamment celles de Zeev Sternhell et de Moishe Postone.

Une pirouette dont le seul but est de dédouaner la social-démocratie « radicale » de son inévitable tendance historique à l’antisémitisme.

L’auteur de la chronique du NPA explique ainsi : « La gauche, particulièrement la gauche antisioniste, porterait la responsabilité [...] d’un renoncement à toute intransigeance à l’encontre de cette forme de racisme. »

Oui, c’est bien ce qui doit être reproché au NPA et à toute la social-démocratie « radicale » française, et qui est indissociable de sa nature petite-bourgeoise.

D’ailleurs, en ce qui concerne la lâcheté envers les masses populaires juives autant que le populisme envers les antisémites, le NPA est devenu une véritable institution.

Ainsi le NPA (à l’époque la LCR) s’était mobilisé en faveur de Siné pour son « dérapage » antisémite de 2008, dans une pétition signée notamment par… Alain Krivine et Daniel Bensaïd.

De même en mai dernier, on avait pu assister à Nancy à un incident antisémite dans une manifestation pour le boycott de l’État israelien, incident filmé par l’UEJF. Les militants du NPA, tout proches, n’avaient rien trouvé à redire. Puis le tardif communiqué d’explication ne mentionnait pas une seule fois le mot « antisémitisme ».

Aussi se souviendra-t-on encore longtemps du rassemblement de soutien à la librairie « Résistances » de la CAPJPO-Europalestine, qui avait été attaquée par l’extrême-droite sioniste. À ce rassemblement en juillet 2009, toute la « gauche radicale » parisienne avait pu applaudir l’avocat des négationnistes Robert Faurisson et Paul-Éric Blanrue.

Or, pendant la campagne aux élections européennes de juin 2009, le NPA avait tenu des réunions électorales dans cette même librairie. De plus, le NPA collabore encore aujourd’hui avec les antisémites de la CAPJPO.

En parlant de négationnistes, on peut enfin penser à une pétition lancée en avril dernier par une tendance du NPA, La Commune.

Cette tendance interne est liée sur le plan international à des trotskystes d’Amérique Latine, notamment en Argentine. Or le dirigeant de leurs homologues d’Argentine avait pu parler des « nids de rats où sont les capitaux sionistes », jouant sur l’assimilation médiévale des personnes juives aux rats (reprise jusqu’en Iran).

Ce trotskyste d’Argentine a été condamné par la « justice » de son pays sur des bases franchement de droite, et les trotskystes de La Commune avaient lancé une pétition en sa faveur – ce qui est d’ailleurs une pratique complètement social-démocrate.

Une pétition signée notamment par Noam Chomsky, par des militants du NPA, et bien entendu par des cadres de l’UJFP – qui sont parfois aussi au NPA !

Mais parmi les 100 premiers signataires (qui ont donc vraisemblablement été sollicités), on retrouve également… deux négationnistes ! À savoir Ginette Skandrani et Paul-Éric Blanrue, encore lui.

Ainsi donc, une tendance du NPA défend sans problème des gens qui assimilent les « sionistes » à des rats, puis accepte (voire sollicite ?) des signatures de négationnistes connus dans sa pétition !

Ce qui n’a donc strictement rien à voir avec l’affirmation du NPA comme quoi « l’antisémitisme de gauche n’existe pas » !

Hapoel n’avait pas parlé de cette pétition à en avril dernier, car nous considérions avoir déjà suffisamment critiqué l’UJFP sur des points concrets, et il y avait lieu de mettre en avant une démarche positive et ouverte (comme en témoigne notre important document sur le véganisme et la psychologie de masse de la minorité juive).

Seulement voilà, avec le NPA, l’UJFP et toute la social-démocratie « radicale », il suffit d’attendre un peu, et l’antisémitisme revient immanquablement.

Alors finalement, pourquoi est-ce que le NPA parle aujourd’hui de ce livre de Michel Dreyfus sur « l’antisémitisme à gauche » ? De quoi cherche-t-il à se dédouaner ? Cela peut-il être pire que de laisser squatter ses initiatives par des négationnistes notoires ?

En France en 2010, le fascisme se développe et se renforce. Et par sa tendance à l’antisémitisme, la social-démocratie « radicale » est un appui au fascisme.

Pour briser cette dynamique antisémite, pour briser l’encerclement des masses par les antisémites de droite et de gauche, nous avons besoin de gens qui savent à quoi s’attendre ! Nous avons besoin d’économie politique et de démarche scientifique !

Juif ! Juive !
L’Action Antifasciste ne fait aucun compromis avec l’antisémitisme !
L’Action Antifasciste est ton organisation !

Marmande ou Bellaciao, le négationnisme s’affirme et se revendique

Du côté de Marmande dans le Lot-et-Garonne, l’ambiance commence à être sérieusement pesante.

Des inscriptions avaient ainsi été découvertes mercredi matin sur le mémorial de la déportation à Marmande – après un coup de fil anonyme.

On pouvait y lire des inscriptions antisémites : « sionisme », « argent », « intérêts ». Mais aussi une apologie sans ambiguïté du négationnisme : « mensonges », pouvait-on lire sous la plaque dédiée au camp de concentration d’Auschwitz.

À deux pas de là, dans une cité HLM de Marmande, on pouvait voir des croix gammées, le slogan raciste « La France aux Français », et la revendication qui va avec : « Skinhead ».

Eh bien, on apprenait hier par la presse locale que d’autres inscriptions fascistes avaient été tracées à Gaujac, un petit village proche de Marmande, à la limite du Lot-et-Garonne (47) et de la Gironde (33).

Ces tags avaient été découverts par le voisinage dès mardi matin, mais la gendarmerie a été prévenu très tardivement, seulement hier, peut-être pour ne pas risquer de représailles dans un aussi petit village.

Et là encore, ces tags étaient faits à la peinture rouge, comme au mémorial de la déportation de Marmande ou sur les HLM du quartier de la Gravette.

Ainsi sur une cabine téléphonique et sur un panneau d’affichage, des fascistes ont taggé des croix gammées et des croix celtiques.

Mais aussi une référence à « Schlag ». Pourquoi « Schlag » ? En fait il faut savoir que Schlag est un groupe de punk de Gaujac, un groupe punk franchement caricatural quand on lit les paroles, mais un groupe qui se revendique tout de même antifasciste et anarchiste.

Ce tag constitue peut-être donc une menace envers le mouvement punk de ce coin. Or dans les petits villages de campagne, si l’on se coupe des gens, le harcèlement fasciste devient extrêmement facile, et peut rendre la vie infernale.

Quand de plus on voit que sur un panneau d’affichage, il a été écrit « anti-antifa », nous ne pouvons que souhaiter bon courage aux antifascistes du Marmandais.

Enfin, écrit verticalement sur la cabine téléphonique, la population de Gaujac a eu le droit à un slogan fasciste qui fait froid dans le dos : « France d’abord, blanche toujours ».

Un slogan qui fait froid dans le dos, car il fait référence à une sinistrement célèbre organisation des années 1980, le Parti Nationaliste Français et Européen (PNFE).

Le PNFE était un regroupement néo-nazi, raciste et antisémite, qui avait des méthodes terroristes et recrutait principalement parmi les skinheads d’extrême-droite.

C’est par exemple le PNFE qui a commis l’attentat assassin de Cagnes-sur-Mer en 1988 contre un Sonacotra, et ce sont aussi des nazis du PNFE qui sont responsables de la profanation antisémite de Carpentras en 1990.

Dans la bataille contre le développement du mouvement fasciste, il faut faire preuve de réalisme, c’est-à-dire qu’il faut avoir un regard fin, précis et clairvoyant sur la réalité. Et quand on est réaliste, on voit bien qu’il y a les « fachos des villes » et les « fachos des champs ».

Or ici on voit que des « fachos des champs » – qui connaissent bien Gaujac semble-t-il, vu la menace contre les punks locaux – ont des références idéologiques précises, des références qui ne tombent sans doute pas du ciel.

Comme l’expliquait Hapoel à propos de la profanation du mémorial de la déportation de Marmande :

Les nazis s’implantent et se développent notamment dans les petites villes de campagne.

La crise se généralise, et le fascisme contamine des zones jusque là pas encore atteintes, et qui lui doivent lui servir de « bases-arrière » dans les masses populaires. Très typiquement, des petites villes en grande périphérie de grandes métropoles, comme on peut aussi le voir dans le Nord et l’Est de la France.

Or la petite-bourgeoisie des campagnes précède la petite-bourgeoisie des villes dans le vécu de la crise, et de plus « la campagne encercle les villes », avec toute la profondeur stratégique que ce « constat » implique.

On a donc un aperçu très net de ce qui va se généraliser, tout d’abord aux villes de la grande banlieue parisienne comme Melun, avec toute la tendance pogromiste que l’on peut imaginer…

La portée de tout cela doit être comprise de manière globale et réaliste.

Le fascisme est un mouvement qui, particulièrement dans un pays comme la France, tente de marcher sur deux jambes : d’un côté la ville, de l’autre la campagne, la seconde encerclant la première et servant de « base-arrière » dans les masses populaires.

Et justement, il est très révélateur que l’on retrouve exactement au même moment sur le site Bellaciao un article qui défend un négationniste… du PNFE ! Exactement comme les négationnistes de Marmande !

Bellaciao est un média internet de la « gauche radicale » qui est lié à une certaine tendance du Parti « Communiste » Français. Une tendance qui se focalise sur Sarkozy, les USA, Israel, et sur ce qu’ils appellent le « mouvement social », c’est-à-dire en fait les syndicats de la fonction publique.

Depuis très longtemps, la ligne est donc au social-chauvinisme mâtiné de références « altermondialistes », et rien d’étonnant d’y retrouver un antisémitisme énorme tel qu’il s’exprime depuis des années dans la « gauche radicale ».

Seulement voilà, Bellaciao est un média « de gauche » très fréquenté. Et quand des résistances ouvrières veulent se faire connaître (pour aider d’autres ouvrierEs à se lancer dans la lutte, pour appeler à la solidarité, etc.), il est fréquent qu’elles passent par Bellaciao, qui est lié au P"C"F et qui paraît plus « sérieux » que le réseau Indymedia.

Que s’est-il donc passé chez Bellaciao ?

Une personne a relayé vendredi soir un article de Paul-Éric Blanrue, qui prend la défense de Vincent Reynouard. Rien que le titre en dit très long : « Honteux : en France, un père de huit enfants incarcéré pour recherches historiques. »

Pour celles et ceux qui ne se souviennent pas, Paul-Éric Blanrue est l’auteur du bouquin « Israël, Sarkozy et les juifs », et est « proche » du milieu négationniste français.

Quant à Vincent Reynouard, c’est justement un ancien du PNFE, qui se réclame ouvertement « catholique, national-socialiste et révisionniste ».

Le négationniste Reynouard a été condamné en France à de la prison au titre de la loi Gayssot, et s’est « réfugié » en Belgique en faisant des allers-retours réguliers et connus avec la France, apparaissant même dans des conférences nationales du mouvement fasciste.

Sauf que, début juillet, Reynouard a été arrêté en Belgique, et depuis, il attend en prison une éventuelle extradition vers la France.

Les négationnistes français font donc campagne pour Reynouard. Et, comme si c’était naturel, cette campagne se retrouve… dans la social-démocratie « radicale » à la Bellaciao !

L’appel de Blanrue y a été publié vendredi soir, et ce n’est qu’hier après-midi qu’il a été retiré, après peut-être une trentaine de commentaires à glacer le sang… Pourtant l’administration du site Bellaciao est connue pour sa grande réactivité contre les antifascistes…

On retrouve l’article de Blanrue ainsi que des commentaires antifascistes sur le Forum Antifasciste. Il existe également un document de l’Action Antifasciste sur la loi Gayssot.

Rappelons qu’en novembre dernier, Hapoel parlait de « la centralité du négationnisme dans le courant "national-révolutionnaire" du fascisme français, avec une offensive récente qui a commencé avec les attaques de John Bastardi-Daumont contre le loi "Fabius-Gayssot" ». John Bastardi-Daumont, qui est précisément l’avocat de Blanrue, de Dieudonné… et de Faurisson.

Négationnisme, loi Gayssot, anti-antifascisme, PNFE, Blanrue, fascisme des villes et fascisme des campagnes… Social-démocratie « radicale » d’un côté, skinheads d’extrême-droite de l’autre…

Tout cela doit nous mettre la puce à l’oreille, et était prévu depuis plus d’un an par les antifascistes !

Une certaine synthèse est en train de se réaliser, là sous nos yeux, et elle est à suivre de très près tant l’enseignement de Staline s’avère juste : « social-démocratie et fascisme sont deux frères jumeaux. »

Profanation négationniste à Marmande (47)

Ce mercredi matin vers 11h à la mairie de Marmande (Lot-et-Garonne), la sonnerie d’un téléphone retentit. Au bout du fil, une voix anonyme signale que le mémorial de la déportation de la ville est recouvert de tags.

Et effectivement le mémorial de la déportation, juché sur un rond-point très passant en périphérie du centre-ville, a été souillé dans la nuit.

Sur les socles de chaque sculpture, on peut lire des inscriptions à la peinture rouge, des inscriptions terrifiantes vu leur portée idéologique.

On peut ainsi lire à la verticale sur certains piédestales : « argent », « intérêts », « sionisme », et le symbole du dollar.

Mais aussi, sous les plaques dédiées à Auschwitz, Dachau et Buchenwald : « mensonges ».

On est là en plein dans l’idéologie négationniste nazie, avec une synthèse absolument lapidaire de l’antisémitisme le plus moderne : le sionisme c’est l’argent qui ment [sur la Shoah] pour obtenir des intérêts en dollars.

Et cet antisémitisme moderne a un caractère qui ressort affreusement bien dans la profanation de ce mercredi : puisque l’argent est omniprésent, alors le « sionisme » aussi, et donc l’antisémitisme moderne se doit d’être obsessionnel.

En effet c’est un mémorial de la déportation qui a été souillé, et il n’y est nulle part fait référence à la déportation des populations juives en particulier. Les noms sur les piédestales sont essentiellement des noms de camps de concentration, pas d’extermination.

Les nazis se fantasment donc comme attaquant un symbole de la Shoah en particulier, et non de la déportation en général – notamment de la déportation politique.

D’ailleurs quand on regarde les statues du mémorial, on voit des corps très « robotiques », désarticulés, déshumanisés, sans visages, en un mot abstraits… mais qui sont dans des positions de harassement extrême, pas d’extermination.

Un deuxième trait de l’idéologie antisémite moderne, c’est que le soi-disant « sionisme » est au centre de tous les problèmes de la nation.

En effet, à deux pas du mémorial de la déportation de la ville, d’autres tags ont été retrouvés mercredi matin sur les façades des HLM du quartier de la Gravette : des croix gammées, des inscriptions « skinhead » et « La France aux Français ».

Là encore, de la peinture rouge, comme au mémorial de la déportation. Il semblerait même que, sur l’ensemble des inscriptions de la nuit, plusieurs écritures ressortent, et donc que les auteurs soient une petite bande de skinheads nazis (« boneheads »).

Ces deux actes racistes sont indissociables et sont à comprendre comme un tout.

D’un côté les tags racistes contre une cité HLM, sans doute contre les minorités arabe et noire dans la tête de ces skinheads. De l’autre les tags racistes contre un « symbole » de l’origine fantasmée de tous les supposés « problèmes ».

Enfin, il faut noter que tous ces faits se produisent à Marmande, une petite ville du Lot-et-Garonne, à mi-chemin entre Bordeaux et Agen.

Une petite ville, donc, où ce mémorial de la déportation a été inauguré il y a seulement un an, et qui jusqu’à présent s’imaginait relativement à l’abri de ce genre de profanations.

Le responsable du Crif Aquitaine s’est d’ailleurs empressé de déclarer : « Notre région était jusqu’à maintenant relativement épargnée. ». Mais voilà, la crise du capitalisme a une dimension générale, et aucun territoire ne peut prétendre être épargné.

En vérité, cette profanation à Marmande est à mettre en parallèle avec les inscriptions de la semaine dernière sur le boulevard Voltaire, dans le 11ème arrondissement de Paris.

Des croix gammées et diverses inscriptions antisémites avaient été retrouvées sur des magasins kasher, dans un quartier qui avait déjà subi une descente antisémite à la mi-juin.

Seulement à Marmande, le caractère idéologique ne fait aucun doute, et on pourrait même dire qu’il est exemplaire…

Pourtant, logiquement, cela devrait être en ville que l’antisémitisme serait le plus « abouti », et non à la campagne où bien souvent les antisémites n’ont jamais vu de juifs…

Mais c’est exactement l’inverse qui s’est passé à Paris et Marmande : les nazis s’implantent et se développent notamment dans les petites villes de campagne.

La crise se généralise, et le fascisme contamine des zones jusque là pas encore atteintes, et qui lui doivent lui servir de « bases-arrière » dans les masses populaires. Très typiquement, des petites villes en grande périphérie de grandes métropoles, comme on peut aussi le voir dans le Nord et l’Est de la France.

Or la petite-bourgeoisie des campagnes précède la petite-bourgeoisie des villes dans le vécu de la crise, et de plus « la campagne encercle les villes », avec toute la profondeur stratégique que ce « constat » implique.

On a donc un aperçu très net de ce qui va se généraliser, tout d’abord aux villes de la grande banlieue parisienne comme Melun, avec toute la tendance pogromiste que l’on peut imaginer…

À Melun, la synagogue souillée par des nazis

Encore une découverte révoltante, ce jeudi matin peu avant 6 heures. Désormais il ne se passe plus un jour sans acte raciste ou antisémite.

Ainsi à Melun (77) dans le quartier de Montaigu, le mur de la synagogue ‘Etz ‘Haïm a été presque entièrement recouvert de tags nazis.

Pour se faire une idée, la synagogue est cernée par un long mur d’enceinte, sauf autour d’un des murs de la synagogue. Le mur d’enceinte fait 70 mètres de long.

Eh bien c’est tout ce mur d’enceinte et tout le mur de la synagogue « à découvert » qui ont été presque entièrement souillés de croix gammées et d’inscriptions nazies, comme « Mord au juif du monde » (sic), « Hitler reviens », « SIDA dehors », « C’est les youpins putain », etc.

Les inscriptions faisaient jusqu’à 70 cm de hauteur, et on apprend également qu’une inscription nazie viserait le peuple palestinien.

C’est la première fois que la communauté de Melun est confrontée à de tels actes antisémites.

On peut difficilement imaginer le traumatisme quand on apprend que des nazis traînent dans sa ville et attaquent directement la minorité juive – aujourd’hui sa dignité, demain sa sécurité.

Seulement cela est conforme à notre époque, où explosent le racisme et l’antisémitisme.

Le développement de l’antisémitisme est très prévisible, et il faut dès aujourd’hui se donner les moyens d’affronter une situation qui deviendra de plus en plus tendue.

L’État français ne peut pas et ne veut pas assurer notre sécurité !
Pour une autodéfense juive à la base !
Pour des groupes autonomes d’autodéfense juive !

Profanation dans un cimetière d’Alsace

Révoltante découverte, ce mardi à Wolfisheim.

En effet dans ce village du Bas-Rhin (67), juste à l’ouest de Strasbourg, des individus se sont introduits dans le cimetière juif, et ont profané de nombreuses tombes, tout à fait au fond du cimetière.

Ainsi ont-ils renversé les stèles de 27 tombes, parmi les plus anciennes. Certaines stèles se sont cassées, vraisemblablement dans leur chute. En revanche, aucun tag, aucune revendication de cet acte abject.

La presse locale rapporte même que dans certaines des tombes profanées reposaient des enfants…

Cela est d’autant plus révoltant que ce mardi, on célébrait la fête de Tisha BeAv, une fête religieuse de deuil.

C’est d’ailleurs à cette occasion qu’a été découverte la profanation, puisqu’une femme juive est allée se recueillir ce jour là dans ce cimetière.

Celle-ci a alerté aussitôt un responsable, qui a cependant tardé à prévenir la gendarmerie ; c’est pourquoi la macabre nouvelle a été rendue publique seulement hier.

On ne sait donc pas exactement quand cette profanation a été perpétrée. Vraisemblablement entre dimanche et la nuit de mardi… et très certainement comme une provocation antisémite pour Tisha BeAv.

Ce qu’il faut noter, c’est que le mode opératoire de cette profanation, bien que très classique, est le même que celui utilisé dans la profanation d’un carré musulman au nord de Strasbourg, il y a seulement trois semaines.

Et depuis le début de l’année, c’est la troisième profanation à caractère raciste d’un cimetière dans la région de Strasbourg.

En effet le 28 juin, c’était donc le carré musulman du cimetière de la Robertsau qui était profané, après le carré juif du cimetière de Cronenbourg le 27 janvier dernier – pour le 65ème anniversaire de la libération d’Auschwitz par l’Armée Rouge…

De plus cela se rajoute à la grave agression antisémite qui s’est produite le 30 avril en plein centre de Strasbourg, quand une personne portant une kippa s’était faite poignarder en plein jour dans un endroit très fréquenté.

Et dans le même temps, il y a seulement deux semaines, on a eu droit à un article absolument édifiant dans le journal gratuit Métro.

Dans ce journal, il était expliqué le plus sérieusement du monde que la majorité des profanations de cimetières en France était en réalité l’œuvre de satanistes, qui s’attaquaient à des tombes chrétiennes.

Et que par conséquent les profanations « anti-chrétiennes » étaient majoritaires de manière écrasante par rapport aux profanations anti-juives et anti-musulmanes… qui d’ailleurs « laissent entrevoir une baisse » d’après un organisme de l’État français !

Comme si le satanisme avait un rapport quelconque avec du « racisme » anti-chrétien, et comme si le satanisme était comparable au racisme et à l’antisémitisme !

Rien d’étonnant, donc, à ce qu’un site raciste et quasi pogromiste comme Fdesouche.com ait aussitôt repris cet article, avec un petit graphique à l’appui.

Malheureusement, la profanation de Wolfisheim vient rappeler à la réalité : le racisme et l’antisémitisme explosent, et l’actualité est à la lutte contre le fascisme.

Le Front National fantasme sur les Sages de Sion

Cette fois-ci c’est le Canard Enchaîné qui nous l’apprend, ou plutôt qui nous le rappelle une énième fois : le Front National est un parti antisémite.

En effet l’édition d’hier attire l’attention sur un article d’un élu du Front National dans un journal de ce parti, qui qualifie les Protocoles des Sages de Sion de « livre prémonitoire ».

Ce fasciste, Yvan Benedetti, est un cadre du Front National, mais il milite aussi chez l’Œuvre Française, un groupe historique et franchement pétainiste de l’extrême-droite française.

Mais surtout, Yvan Benedetti est un élu FN au conseil municipal de Vénissieux dans la banlieue lyonnaise. En fait c’est une figure locale du FN, puisqu’il est secrétaire départemental adjoint dans le Rhône (69), et a été candidat aux législatives de 2007.

Rappelons que Lyon a été un mini-bastion des négationnistes français, et qu’aujourd’hui c’est une base d’appui au sein du Front National à Bruno Gollnisch, le numéro 2 de ce parti fasciste, qui est en lice pour la « succession » à Jean-Marie Le Pen.

Et justement, Yvan Benedetti a lancé en mars un mensuel, « La Droite Ligne », qui appuie ouvertement Gollnisch. C’est dans l’éditorial du numéro 4 de ce journal qu’Yvan Benedetti a été jusqu’à faire référence aux Protocoles des Sages de Sion.

Qu’est-ce qui y est dit, précisément ? La clé est dans ce passage :

« La politique d’immigration est le résultat de l’asservissement d’un système politique – dont la devise et l’idéologie dérivent de celles de la franc-maçonnerie – aux intérêts du gros capital et des financiers apatrides. Tout comme la suppression des frontières et des monnaies nationales, l’immigration massive et le métissage ont été annoncés dans un livre prémonitoire publié en 1905 : les Protocoles de sages de Sion. Une immigration qui est utilisée par les mondialistes pour faire sauter le verrou national en brisant l’homogénéité ethnique et par le gros-argent pour augmenter des profits toujours plus indécents. »

Décryptage : l’immigration des pays semi-coloniaux d’Afrique « colonise » la France, mais elle est décidée, organisée et utilisée par les « financiers apatrides », qui sont les mêmes que ceux dénoncés dans les Protocoles des Sages de Sion.

Bref, Yvan Benedetti y va « franco », si l’on ose dire. Rappelons que les Protocoles sont un pamphlet antisémite publié par les services secrets du Tsar de Russie en 1905 – 1906, c’est-à-dire au moment même où l’Empire russe était menacé par une insurrection révolutionnaire.

Ces Protocoles retranscrivent une soi-disant réunion au sommet entre les chefs de la « juiverie » mondiale, qui comploteraient pour dominer le monde. Il est évident qu’il s’agit d’un faux, qui s’est avéré en fait être un plagiat d’un pamphlet français contre Napoléon III.

La référence aux Protocoles des Sages de Sion est tout sauf anodine : c’est un monument idéologique de l’antisémitisme moderne, qui se retrouve jusque dans la charte de Hamas.

L’antisémitisme moderne est caractérisé précisément par le fantasme sur la domination d’un soi-disant « complot juif » de domination du monde, un complot qui est bien entendu invisible mais tout-puissant.

Et un complot qui ne peut être vaincu que par l’extermination raciale systématique, puisqu’il est si insaisissable.

L’antisémitisme moderne est la forme idéologique de l’antisémitisme qui est adaptée à l’époque où le capitalisme est pleinement développé en grands monopoles, et où il entame sa décadence et son agonie : c’est ce qu’on appelle l’époque de l’impérialisme.

L’idéologie antisémite qui est synthétisée dans les Protocoles des Sages de Sion est donc une sorte de « recombinaison génétique » du vieil antisémitisme médiéval chrétien, mais remise au goût des impératifs idéologiques du capitalisme moderne.

Le « pourquoi du comment » est développé entre autres par Moishe Postone, dont on a publié une présentation ce mardi.

Gollnisch peut bien déclarer après coup : « Yvan Benedetti est un garçon qui mène un combat extrêmement courageux, au conseil municipal de Vénissieux, qui a beaucoup de qualités, mais quand des gens ont de la sympathie pour moi ça ne veut pas dire que je réponds de tous leurs actes et de tous leur propos. »

Mais cela ne change rien à l’affaire : le FN est très clairement un parti antisémite, et il le sera jusqu’à son éradication complète par le peuple.

Et un juif qui soutient le FN en connaissance de cause doit être considéré pour ce qu’il est : un raciste complice de l’antisémitisme, si ce n’est pire.

Dans un village d’Auvergne, l’obsession antisémite tourne à l’obscène

Le Mazet-Saint-Voy est un charmant petit village d’un millier d’habitantEs en Haute-Loire.

Un charmant petit village un peu reculé, certes, mais un village qui fut pendant la guerre un haut lieu de sauvetage pour les personnes juives traquées par les nazis et leur collaborateurs.

En fait c’est toute la population du plateau, largement protestante, qui s’est illustrée dans le sauvetage des juifs, tout comme la commune voisine du Chambon-sur-Lignon, très connue.

Au point que la région des monts du Vivarais, aux confins de la Haute-Loire (43) et de l’Ardèche (07), a sauvé jusqu’à 5000 personnes juives, et a été reconnue comme « Juste parmi les Nations » en 1990, ce qui est une distinction quasi unique pour une « entité » collective.

Et justement c’est de cela qu’il s’agit, car dimanche dernier à Mazet-Saint-Voy, a eu lieu une cérémonie de remise du titre de « Justes parmi les Nations » à deux individus.

Ainsi, Évodie Jonac et Daniel Duron étaient un couple du village, qui avait sauvé des juifs dont le couple Weill, et cela au péril de leur vie.

Aujourd’hui les individus concernéEs sont décédéEs, mais Évodie et Daniel ont été élevéEs à titre posthume au rang de Justes parmi les Nations.

Pour en savoir plus sur la vie clandestine juive sur le plateau, l’article du Progrès est assez intéressant. On y voit notamment l’importance des réseaux de sauvetages des EIF (aujourd’hui EEIF), une histoire qui même chez les « Zéis » est trop inconnue – à part avec la valeur qu’y a prise le Chant du Soir.

Notons au passage que les Weill sont de la famille des fameux « jumeaux ennemis », Clément et Guillaume Weill-Raynal, dont l’un est un sioniste forcené et l’autre un quasi antisémite… Mais passons.

Seulement il faut savoir que le titre de « Juste parmi les Nations » est un titre décerné depuis 1953 à des personnes non-juives (« parmi les Nations ») par l’institut Yad Vashem au nom de l’État d’Israel – avec malheureusement une certaine connotation morale-religieuse qui est toutefois très secondaire par rapport à l’action des Justes.

Un titre décerné publiquement en France par « l’entité sioniste » ?

Cela était trop pour les antisémites, qui sont venus perturber la cérémonie de dimanche dernier.

Il faut s’imaginer le tableau : d’un côté un public assez nombreux mais assez âgé, les familles Duron et Weill réunies, une cérémonie avec des portraits posthumes de personnes résistantes ; de l’autre une dizaine d’activistes du « collectif 43 de soutien à la résistance du peuple palestinien » en T-shirt vert, qui viennent perturber une cérémonie digne.

Ainsi un petit groupe d’« antisionistes » de Haute-Loire se déplace exprès le dimanche dans un petit village reculé, uniquement parce que l’État israelien y décerne un titre honorifique, et perturbe sans aucun cas de conscience une telle cérémonie.

Cette fois-ci, on est au-delà de l’odieux, au-delà de l’abject, au-delà de l’obscène : on est dans l’antisémitisme le plus obsessionnel et et le plus délirant.

Car il faut voir comment les activistes, qui en plus se figurent très « pro-palestiniens » et très « antisionistes », justifient leur descente raciste !

Les antisémites en T-shirt vert (pourquoi vert et pas rouge, d’ailleurs ?) ont en fait distribué un tract où ils expliquent leur « raisons », et ont même voulu le lire en public.

Que disait le tract des antisémites, justement ? Le Progrès rapporte un extrait :

« Nous avons le devoir de soutenir la résistance de la population palestinienne comme l’ont fait M. et Mme Duron avec les juifs. Ceux qui défendent les Palestiniens affamés et bombardés dans leur ghetto, tandis que les gouvernements laissent faire, comme ils ont laissé faire Hitler, sont les Justes d’aujourd’hui. »

Aucun rapport avec la Palestine ! Du pur délire chrétien-moraliste !

Comme si aujourd’hui l’État sioniste était génocidaire ! Évidemment dans une guerre impérialiste mondiale, l’État sioniste pourrait prendre un caractère génocidaire, mais on n’y est pas encore.

Les populations juives traquées par les nazis n’ont pas été « affamées et bombardées » : les nazis sont allés chercher des juifs jusqu’en Russie et ont fait passer certains impératifs de la guerre derrière leur extermination.

C’est une vérité tellement basique que cela paraît surréaliste de devoir le rappeler…

Mais voilà, la France est le pays du fantasme, du mélodrame, de la boursouflure de l’égo, et les soi-disant « pro-palestiniens » ne voient pas où est le probème à se décerner à eux-mêmes un titre de « Justes » : « Ceux qui défendent les Palestiniens [...] sont les Justes d’aujourd’hui. »

En France, le mouvement de soutien à la Palestine est largement petit-bourgeois, moraliste, chrétien, et pour tout dire… très français. Rien d’étonnant, donc, à ce que dans ce mouvement – du moins tel qu’il existe aujourd’hui en France – domine l’antisémitisme.

Un antisémitisme qui ne connaît même pas son nom tellement il est compulsif et irrationnel, puisqu’il faut quand même être d’une sacrée connerie politique pour perturber une cérémonie aussi importante pour les familles de la région et les personnes juives sauvées et leur famille.

Pourtant si les « antisionistes » voulaient critiquer l’État sioniste, ils auraient très bien pu le faire en rappelant le déni et la misère dans lesquels vivent beaucoup de survivantEs de la Shoah en Israel…

Mais non, en France il faut être dans l’outrance, et pour le coup, dans l’obsession antisémite.

Et si cela leur retombe dessus d’une manière ou d’une autre, il n’y aura aucun regret à avoir pour ces antisémites obsessionnels.

Nouveau « spectacle » antisémite de Dieudonné

En ce mois de juin, nous sommes en train de vivre un moment important pour le développement du mouvement fasciste.

Ainsi début juin, l’extrême-droite antisémite a été confirmée en s’imposant dans les mobilisations pour la Palestine, grâce aux forces de l’islam politique et au libéralisme de la « gauche radicale ».

Puis c’est l’extrême-droite « identitaire » anti-arabe qui vient de squatter les médias avec son psychodrame des « apéros saucisson-pinard », au racisme brutal et quasi pogromiste.

On voit donc que la tendance au fascisme se développe sans entrave, en suivant en gros ces deux courants.

Seulement voilà, le mouvement fasciste vit dans une concurrence de chaque instant, et il ne s’agit surtout pas de perdre la main.

Quand on observe l’extrême-droite, c’est donc un peu comme si l’on regardait un match de ping-pong : tantôt les « proto-nazis », tantôt les « identitaires ».

Ce qui est certain, en tout cas, c’est que l’ambiance est à l’explosion du racisme, et quand on est en quête de « radicalité », la mode est à l’extrême-droite – y compris au sein des masses juives.

Dès lors, le développement de l’antisémitisme n’est pas prêt de s’arrêter. Cette tendance de fond est inévitable, et ce n’est certainement pas la LICRA qui va y changer quelque chose.

Cela, Dieudonné l’a bien compris, et il ne compte pas se laisser doubler dans la course à l’antisémitisme.

Dieudonné a également compris qu’en ce moment, plus l’antisémitisme est brutal et irrationnel, plus il trouve un écho au sein des classes moyennes en décomposition.

Après avoir déjà été très explicite au moment de la mort de Saïd B. à Bobigny, Dieudonné poursuit donc sur sa lancée d’antisémitisme transparent, avec son nouveau spectacle… « Mahmoud ».

Si si, « Mahmoud » ! Du nom de Mahmoud Ahmadinejad, le président de l’État fasciste iranien, comme l’indique l’affiche. Au moins les choses sont claires sur les financements de Dieudonné !

En effet ce spectacle est censé raconter la rencontre entre Dieudonné et Ahmadinejad, qui a sonné en novembre dernier comme un « adoubement » financier pour assurer une synthèse fasciste française autour de la « figure » de Dieudonné.

Pourtant cette partie du « spectacle » n’occuperait que 5 minutes sur 1 h 30, d’après les médias qui ont assisté à la première de « Mahmoud », ce jeudi soir. De même pour la rencontre de Dieudonné avec Khaled Mechaal, le dirigeant de Hamas à Damas.

Car le reste du temps, ce n’est qu’une orgie d’antisémitisme et de négationnisme.

Tout est prétexte à l’antisémitisme : la Shoah, l’esclavage en Martinique, le showbiz, encore Arthur, BHL, Michael Jackson, la pédophilie, l’Église… Tout !

Déjà cela commence de manière franchement nazie, avec une « parodie » d’annonce off qui menace de déportation ceux qui n’auraient pas éteint leur portable.

Puis dès son apparition sur scène, Dieudonné déclare s’être converti au judaïsme, et ajoute : « J’ai rejoint la religion du profit. »

Dieudonné évoque aussi ses liens avec le nazi Faurisson en mettant en scène une visite chez ce dernier, tout en le qualifiant de « révisionniste », c’est-à-dire pas tout à fait négationniste…

Ainsi Dieudonné explique : « Je ne conteste pas la "Shoah", je la trouve mal retranscrite. L’Histoire, c’est pour les cons et c’est un nid à problèmes. »

Avant de revenir sur sa condamnation pour avoir fait monter Faurisson sur la scène du Zénith en décembre 2008 : « Tout ça pour une histoire de chambre à gaz. »

Dieudonné va jusqu’à frapper directement au cœur de l’abjection négationniste : « Quand tu entends BHL, tu te dis que si lui il est philosophe, peut-être que les chambres à gaz n’ont pas existé. »

Rire général dans la salle.

Une telle insulte « comique » aux mortEs de la Shoah et aux rescapéEs qui ont témoigné est simplement obscène. Dans un système de justice du peuple, cela mériterait sans doute la plus haute peine.

Ce qui est nouveau par contre, c’est que parmi le public de Dieudonné, on compte désormais le rappeur vieillissant Joey Starr.

Oui, ce même Joey Starr qui, au-delà de son sexisme de violeur et sa cruauté envers les animaux, avait soutenu Olivier Besancenot pendant une période.

Ainsi l’image « rebelle » de l’extrême-droite antisémite répond directement à la nullité de la social-démocratie new school, l’illusion « anticapitaliste » ayant finalement fait son temps.

Quelle que soit son évolution et celle de son public, Joey Starr garde tout de même une aura particulière, une aura qu’il aura décidé de mettre au service d’un mouvement d’où sortiront les futurs bouchers antisémites.

Car au-delà de ses « spectacles » (dont la billetterie est assurée par la Fnac, grand symbole de rébellion anticapitaliste…), Dieudonné a parallèlement abandonné le registre comique, pour investir celui de la propagande antisémite la plus agressive.

Quand il est interviewé pendant 20 minutes par le mouvement islamiste-identitaire Sirât Alizza (c’est dans cette interview qu’il s’est attaqué récemment à Éric Zemmour), Dieudonné ne fait pas dans la « culture » fasciste, mais directement dans l’agitation politique.

Ce qu’il faut comprendre une fois pour toutes, c’est que les fascistes se conçoivent comme des « rebelles », qu’en temps de crise ils ont le vent en poupe, et qu’il n’y a aucune raison pour que cela s’arrête.

Et ce n’est certainement pas en s’en remettant aux institutions de l’État français que les fascistes seront écrasés et que le racisme sera brisé ! Seule l’action antifasciste du peuple tout entier est une garantie contre le fascisme !

« Mais on est tous las de ce retour au même schéma ! »

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Mouvement de solidarité avec la Palestine : qui infiltre qui ?

Hier Hapoel a fait une petite liste de quelques incidents antisémites survenus en France depuis une dizaine de jours. Il va de soi que cette liste est malheureusement loin d’être exhaustive.

Il va de soi, également, que si l’on considère qu’on est au début d’une phase d’antisémitisme pogromiste, alors il n’y a pas de « fait divers » qui tienne : chaque incident a des victimes concrètes – avec un traumatisme et une terreur concrètes – et a un poids dans la tendance au pogromisme.

Pourtant une partie des incidents antisémites aurait pu être évitée, s’il existait en France un large mouvement pour la « protection » de la minorité juive face à l’antisémitisme, notamment de la part de la gauche.

L’abandon des masses populaires juives par la gauche et l’extrême-gauche n’est donc pas totalement pour rien dans la vulnérabilité des personnes juives au quotidien. Et inversement, cet abandon n’y est pas totalement pour rien dans l’état actuel de l’extrême-gauche en lambeaux…

Justement, les « événements » des 10 derniers jours sont très parlants… Quand il n’y a pas de limite au populisme de l’extrême-gauche, il existe un véritable boulevard pour les fascistes et les islamistes.

Au point que l’on peut se demander qui infiltre qui : est-ce l’extrême-droite qui infiltre les mobilisations de la gauche… ou bien l’extrême-gauche qui tente d’infiltrer celles des islamistes et des fascistes ?

Petit panorama de la tendance à l’antisémitisme politique.

1. Dans l’émission « Ce soir ou jamais » du 1er juin, Roland Dumas a comparé l’attitude de l’État sioniste avec celle de Hitler avant la guerre, appuyé en cela par le présentateur Frédéric Taddéi. Encore une fois, cette émission est un important soutien propagandiste au mouvement fasciste, dans toute sa « diversité ».

Rappelons rapidement qui est Roland Dumas : ancien ministre des affaires étrangères sous Mitterrand, il trempe dans toutes les combines mafieuses françaises (affaire Elf, affaire des frégates taïwanaises…), et il fréquente tout naturellement depuis des années l’extrême-droite jusqu’à soutenir Louis Alliot du Front National (12).

Bref, Roland Dumas est une figure de la bourgeoisie impéraliste française, et il ne faut pas s’y tromper : défendre aujourd’hui l’impérialisme français « de gauche » d’une manière ou d’une autre, c’est défendre demain le fascisme.

2. La chaîne de salles de cinéma Utopia a décidé de boycotter un film qui sortira le 23 juin pour l’unique raison qu’il est israelien. Ces cinémas sont présents surtout dans le sud de la France, mais aussi dans le Val-d’Oise, et se présentent comme « alternatifs », « de gauche », etc.

La démarche des cinémas Utopia est d’une hypocrise totale.

Soit on est pour le boycott d’Israel (à tort ou à raison), et alors on considère que les assassinats du 31 mai sont « cohérents » avec toute la violence coloniale depuis plus de 60 ans.

Soit on n’est pas pour le boycott d’Israel (encore une fois, à tort ou à raison), et alors se faire un coup de pub « antisioniste » sans consistance est plus que malsain, dans un contexte où l’antisémitisme explose.

Car en fait, Utopia ne boycotte pas le film israelien en question : d’abord Utopia a reculé devant les réactions, puis elle a fait mine de maintenir sa position, et enfin on a appris qu’en fait le film serait boycotté à sa sortie mais serait diffusé en juillet.

Quoi ? En juillet la violence coloniale de l’État israelien ne s’exercera plus ? Bref il faudrait savoir, au lieu de se faire un coup de pub dès qu’il s’agit des juifs…

Quant aux manifestations de solidarité avec la Palestine… c’est la catastrophe ou presque.

Il y a une semaine Hapoel déclarait :

Ce week-end auront lieu de nombreuses manifestations en France, afin d’exprimer la solidarité envers le peuple arabe palestinien. Ne soyons pas naïfs : la vigilance politique doit être de mise. Les fascistes n’en sont plus au stade de « parasiter » le mouvement de solidarité avec la Palestine, mais à un stade où ils pourront sans doute bientôt impulser des violences collectives antisémites.

Et en effet, de nombreuses « infiltrations » ont eu lieu dans les cortèges, et l’hégémonie des islamistes et des fascistes turcs a ouvert la porte à l’acceptation des fascistes franco-français.

Il en est parlé sur le Forum Antifasciste, ainsi que dans la presse marxiste-léniniste-maoïste.

3. Ainsi à Lyon samedi dernier, un contingent d’Égalité & Réconciliation, le parti proto-nazi d’Alain Soral, a pu défiler tranquillement avec des drapeaux français au vent.

Quand des genTEs sont alléEs expliquer la situation au service d’ordre, il a été décidé de ne pas dégager les fascistes tant qu’il ne criaient pas « Mort aux juifs », grosso modo, sous prétexte de ne pas « créer d’incident ».

Comme si le fait d’être des activistes antisémites ne suffisait pas.

4. À Paris, la situation est au moins aussi catastrophique, comme on a pu le voir samedi dernier (12).

Non seulement les islamistes n’ont eu aucun problème à imposer leur loi pendant la manif, contre les accords politiques qui avaient été passés avant la manif et qui consistaient en gros à séparer le cortège « politique » du cortège religieux.

Mais en plus les mêmes activistes proto-nazis du parti d’Alain Soral ont squatté dans le cortège islamiste avec leurs drapeaux français. Ils auraient même eu le droit de parler dans les micros chez les identitaires ethno-différentialistes des « Indigènes de la République ».

Cela est d’une cruelle ironie, puisqu’une grande partie de l’extrême-gauche passe son temps à courir derrière ces « Indigènes de la République » ou derrière la CAPJPO-Europalestine, dont l’obsession antisémite n’est plus à prouver (au point qu’elle a publié ces derniers jours sur son site internet un article à la gloire du FIS algérien, avant de le retirer).

Quand des antifascistes sont alléEs demander des explications, ils et elles se sont faitEs violemment attaquer (une personne a été blessée au pied et à la tête), et ont décidé de quitter la manifestation. Trop tard, sans doute.

Une heure plus tard, les dits fascistes à la Dieudonné sont arrivés à Bastille et de nouveaux incidents se sont produits, avec notamment la police et les syndicats « bureaucrates » qui encadrent la mobilisation pour la régularisation des travailleurs et travailleuses sans-papiers.

5. À Marseille aussi, les proto-nazis ont défilé sans problème, toujours avec le drapeau français.

Quant à Nice, deux mobilisations séparées avaient eu lieu samedi : le matin les organisations politiques « de gauche », l’après-midi les religieux. Bilan : la mobilisation impulsée par les religieux était 15 fois plus massive. Un constat qui résume bien l’état de la gauche.

Et partout en France, l’extrême-droite turque a également imposé sa présence sans problème, et a partout déployé le drapeau de l’État fasciste turc. Là encore, cela est analysé comme il se doit par les marxistes-léninistes-maoïstes.

Le fait d’en arriver à un tel niveau de soi-disant « infiltration » veut bien dire quelque chose : après des années de populisme, d’opportunisme et de lâcheté de l’extrême-gauche petite-bourgeoise franco-française, ce sont les islamistes et les antisémites qui ont depuis janvier 2009 conquis l’hégémonie à la base.

Autrement dit, même l’utilisation incessante du mot « infiltration » est là pour bien diluer les responsabilités politiques, et ne doit pas masquer que ce n’est pas qu’une poignée de fascistes qui squatte une manifestation : la réalité, c’est que les religieux et les fascistes ont réussi à faire passer la pilule antisémite de manière massive.

Alors quand on est unE prolétaire d’origine juive, kurde, arménienne et qu’on veut exprimer sa solidarité concrète avec le peuple arabe palestinien, que doit-on faire ?

Fermer les yeux et se prendre malgré tout le racisme en pleine face ? Ou bien en arriver à la conclusion que, malgré toutes les déclarations soi-disant antiracistes, les personnes juives ne sont plus les bienvenues dans la « gauche radicale » ?

Les choses doivent être dites : l’extrême-gauche franco-française n’étant pas révolutionnaire, elle a trahi les masses populaires juives.

Elle les a « oubliées » et a refusé de se battre pour que les personnes juives puissent seulement s’engager à l’extrême-gauche sans avoir à se faire toutes petites en permanence.

Mais ce faisant, l’extrême-gauche franco-française a aussi trahi les masses populaires arabes en acceptant que les religieux puissent contrôler leur expression politique, en isolant ainsi les révolutionnaires d’origine arabe.

L’extrême-gauche franco-française a finalement été victime de son propre opportunisme : elle a d’abord été siphonnée par les religieux et les fascistes, puis elle a été isolée par ces derniers, et désormais elle est même franchement encerclée par les fascistes… qui lui feront bientôt payer le prix…

Dans ce grand mouvement de louvoiement avec le racisme, l’UJFP a joué un rôle très néfaste, car elle est strictement à l’image de toute la « gauche radicale » franco-française.

Ainsi, en s’imaginant que sa simple existence était un obstacle à l’antisémitisme, l’UJFP a en réalité été un obstacle à ce que se pose sérieusement la question de l’antisémitisme.

En s’aménageant sa petite « place au soleil » dans la gauche petite-bourgeoise en tant qu’éternelle « caution juive », l’UJFP a paradoxalement contribué à ce que les masses populaires juives n’aient même plus la possibilité de s’engager dans le camp révolutionnaire.

Rien d’étonnant, donc, aux actuels succès des identitaires de la LDJ, qui eux non plus n’hésitent pas à manifester avec des drapeaux français en compagnie de pures caricatures de nationalistes français – les mêmes qui il n’y a pas si longtemps envisageaient tranquillement l’extermination des nôtres.

Plus aucun compromis avec l’antisémitisme !
La révolution sera aussi juive et arabe, ou elle ne sera pas !

Généralisation de l’antisémitisme en France : besoin d’autodéfense !

Depuis une dizaine de jours, cela n’arrête plus : les attaques antisémites se multiplient, et chacunE voit bien que cela se finira mal. Quant aux mobilisations de solidarité avec la Palestine, elles donnent désormais lieu à des infiltrations fascistes de manière quasi systématique.

1. Dès le soir du lundi 31 mai, une manifestation avait eu lieu à Strasbourg, en réaction à l’assaut de Tzahal contre des humanitaires le matin même. Mais une fraction des manifestants avait l’intention d’aller « protester » devant la grande synagogue, ce qui a donné lieu à des affrontements avec la police.

2. À Grenoble, presque même scénario au presque même moment… sauf que les antisémites sont allés jusqu’au bout : l’école du mouvement Loubavitch a été caillassée par des manifestants (plusieurs vitres brisées) et des chariots ont été lancés contre la porte. Heureusement le bâtiment était vide à ce moment.

3. Vendredi 4 juin à 14h, les élèves d’une école juive à Brunoy (91) sortent de cours pour préparer le Shabbat. Il s’agit en fait de la yeshiva Loubavitch, la plus grande de France, d’ailleurs.

Un groupe de cinq jeunes juifs âgés de 14 à 21 ans arrive à la gare de Brunoy. À la vue de leur kippa, deux individus de 25 et 30 ans commencent à les menacer de mort et à scander le nom de l’assassin antisémite Youssouf Fofana. L’un d’eux sort même un couteau.

4. Vendredi 4 juin vers 17h, en gare de Bobigny (93), un religieux a été agressé et dépouillé par quatre antisémites.

5. Dimanche dernier, le 6 juin vers 19h, le rabbin Loubavitch de Nice va au Beit ‘Habad. Sur le chemin, il est insulté et reçoit des jets de pierres qui le blessent à la jambe.

6. Ce lundi 7 juin, là encore dans les transports, mais cette fois à Argenteuil (95). Un antisémite monte dans le train et interroge toutes les personnes une à une : « T’es juif ? T’es juif ? » Il s’arrête à la hauteur de Maurice A. (45 ans) et enchaîne les insultes et menaces antisémites. Puis il le frappe au visage et le met à terre. La victime a reçu des soins à l’hôpital.

7. Toujours ce lundi, mais à Metz. Un cocktail molotov atterrit dans la cour du Home Israélite, près du centre communautaire. Le Home Israélite, c’est une maison de retraite à majorité juive. Heureusement l’attaque n’a pas fait de blesséE.

L’antisémitisme se généralise, s’affirme, se revendique, et passe à l’offensive. Face à cela, le peuple a besoin d’une culture d’autodéfense.

Juif ! Juive ! Défends ta vie face à l’antisémitisme et au fascisme !
Personne ne te protégera mieux que toi-même : organise-toi à la base !
Pour des groupes autonomes d’autodéfense juive !

La voiture de Sammy Ghozlan incendiée

S’il y a une personne qui veut se poser comme incontournable dans les communautés de la région parisienne, c’est bien Sammy Ghozlan.

Pour caricaturer un peu, Sammy Ghozlan est partout.

Très activiste, investi dans les conseils d’administration des principales institutions bourgeoises juives, Sammy Ghozlan consacre une partie très importante de sa vie à la militance au sein des communautés juives : cela, personne ne peut le lui enlever.

Mais il le fait à sa manière, c’est-à-dire à la manière d’un activiste sioniste de droite, qui cherche à mobiliser la base populaire de la communauté juive par son agitation permanente.

Aujourd’hui Sammy Ghozlan est président du Conseil des Communautés Juives de Seine-Saint-Denis (CCJ 93), fondateur et président du Bureau National de Vigilance Contre l’Antisémitisme (BNVCA), vice-président du Consistoire de Paris, etc.

Ah ! un détail ! Si cela permet de mieux cerner le personnage, Sammy Ghozlan est aussi un ancien commissaire de police !

Toujours est-il que Sammy Ghozlan a été visé il y a quelques jours par une agression, et malgré ce que chacunE pourrait penser de cet activiste sioniste, il n’y a pas de raison a priori de remettre en cause son témoignage.

Cela se passe dans la nuit de jeudi à vendredi, dans le pavillon familial au Blanc-Mesnil (93) : dans le jardin, la Peugeot 207 de Sammy Ghozlan est incendiée.

C’est une voisine qui a prévenu les pompiers, tandis que les Ghozlan dormaient.

Selon leurs déclarations, de nombreuses voitures étaient garées dans la rue, et c’est la voiture de Sammy Ghozlan qui a flambé, alors qu’apparemment il fallait ouvrir le portail du pavillon pour accéder à la Peugeot 207.

Bref, il ne s’agirait pas d’une embuscade contre la police dans une optique de guerilla urbaine, mais bien d’un acte qui viserait personnellement Sammy Ghozlan.

Serait-ce parce que Sammy Ghozlan est un responsable sioniste ?

C’est difficile à dire, car autant Sammy Ghozlan est hyperactif, autant il est finalement assez insignifiant du point de vue des intérêts directs de l’État israelien.

Et si l’on veut pratiquer la violence contre les intérêts sionistes en France, il y a quand même lieu d’être plus « stratégique », de mieux viser, de frapper plus juste…

Alors ? Qu’en pense Sammy Ghozlan lui-même ?

Tout d’abord il explique qu’il n’a reçu ni menaces, ni revendication de l’attaque.

Puis il enchaîne en évoquant « une attaque antisémite et une intimidation », et parle d’une « attaque inquiétante » : « s’ils s’attaquent à un bien, ça peut être le premier pas. »

Enfin il pense avoir été visé car il « dénonce des agressions antisémites et travaille avec des associations musulmanes modérées » (comme l’imam de Drancy, voire l’UAM 93).

Il y a certainement une part de vérité dans ce que dit Ghozlan, d’autant plus quand on connaît la récente (et relative) agitation islamiste menée par le Collectif Cheikh Yassine en Seine-Saint-Denis.

Mais quand on est relégué dans les quartiers prolétaires de la banlieue parisienne et qu’on n’entrevoit plus que la lutte armée comme moyen de se libérer, il existe un milliard de cibles pour résister à l’oppression quotidienne et faire trembler l’ordre capitaliste.

Alors aller chercher jusqu’au fond de son jardin la voiture d’un responsable institutionnel juif – même sioniste – au lieu d’attaquer les commissariats de quartier, les pôles emploi, les missions locales voire les collèges… il n’y a pas à dire : c’est louche, très louche.

Voilà donc une vérité que l’extrême-gauche sera bien obligée de comprendre un jour si elle veut réellement renverser le vieux monde : il n’y aura pas de révolution en France sans lutte contre la division du peuple et le faux « anticapitalisme » islamiste !

Autrement dit, il n’y aura pas de révolution en France sans une bataille quotidienne et intransigeante contre l’antisémitisme !

Le NPA « désemparé » à Nancy devant l’antisémitisme assumé

En ce moment précis en France, nous sommes à un tournant : chaque jour les luttes de la classe ouvrière se durcissent et s’approfondissent, chaque jour la classe prolétaire peut sentir le besoin de refaire le monde à son image, et chaque jour le peuple peut comprendre à quel point son unité antifasciste est une question urgente.

Et pourtant, chaque jour nous rappelle la nullité de la « gauche radicale » française, et chaque jour les masses prolétaires juives se voient trahies et exclues par ceux qui se la jouent « révolutionnaires » mais ne veulent pas de l’unité populaire.

Aujourd’hui en France, nous avons un véritable condensé de ce qu’est la « gauche radicale » : c’est le Nouveau Parti Anticapitaliste (NPA) d’Olivier Besancenot, dont il n’est même pas possible de dire qu’il est d’extrême-gauche.

Le NPA de Besancenot a dans son répertoire toute une série de slogans, mais celui qui lui irait le mieux, ce pourrait être : aucune limite dans le populisme et la lâcheté !

On l’avait déjà vu quand Alain Krivine et Daniel Bensaïd avaient soutenu l’antisémite Siné, ou bien pendant les manifestations contre les massacres de Gaza (12), ou encore au moment du tapage autour de la librairie des antisémites de la CAPJPO-Europalestine (1234).

Or plus la crise capitaliste s’accentue, plus la petite-bourgeoisie s’agite, et plus la « gauche radicale » a d’occasions de montrer tout son opportunisme. La liste n’est donc pas prête de s’arrêter, et l’explosion de l’antisémitisme n’est pas prête d’être dénoncée et combattue.

Et justement, le dernier exemple « médiatisé » date de mercredi dernier, à une manifestation pour le boycott d’Israel à Nancy.

Un rassemblement avait eu lieu le 12 mai en fin d’après-midi devant un magasin Carrefour, à l’appel notamment du NPA de Nancy.

À ce rassemblement, une personne de l’UEJF de Nancy s’est pointée en compagnie de Khoutspa TV, sans doute pour ressortir ses discours en défense de l’État israelien… Une très courte vidéo en est ressortie, et a déjà pas mal circulé sur ce qu’on va appeler le « web sioniste » : on peut la visionner par ici.

Et que se passe-t-il dans cette vidéo ? Une femme interpelle le militant sioniste de l’UEJF en disant très clairement : « Vous vous appelez comment ? Arieh ? Bon écoutez, vous êtes juif ? Alors vous partez, vous n’avez rien à faire ici ! »

Sans commentaires…

Sauf que voilà, on voit très clairement au début de la vidéo les drapeaux du NPA, et à la fin de la vidéo on voit plusieurs militants du NPA regarder en direction de l’embrouille antisémite et faire comme si de rien n’était.

Évidemment on n’a pas la suite de l’embrouille dans la vidéo, mais le silence et la lâcheté de toute la « gauche radicale » autour d’un antisémitisme aussi assumé en disent long, très long.

Et d’ailleurs ce n’est qu’hier que le comité local du NPA a jugé bon de réagir : au bout de 5 jours, il était peut-être temps !

Le communiqué du NPA de Nancy est lisible par là, et est intitulé « Condamnation ! ». Condamnation de quoi, au juste ? On ne sait pas trop, et en vérité le NPA ne sait pas trop non plus…

Parce que quand on lit cette « condamnation », on se dit forcément : presque une semaine de silence pour un communiqué où ne figure même pas le mot « antisémitisme » ? On croit rêver… mais non.

Ce qui est certain, par contre, c’est que la lâcheté de la « gauche radicale » envers les masses populaires juives complète parfaitement son populisme envers les antisémites.

Et ce qui est encore plus certain, c’est que ce n’est pas en faisant un lien vers un blog sur le groupe Manouchian des FTP-MOI que le NPA de Nancy masquera son incompréhension totale de la place de l’antisémitisme dans la crise capitaliste et dans le développement du fascisme.

Une incompréhension tout à fait flagrante dans le premier commentaire posté en réaction au communiqué, par un militant NPA qui se targue d’être « révolutionnaire ».

Non seulement il y est expliqué « qu’il y a des organisations juives qui luttent en France comme en Israël contre leur Etat » : quel est alors cet État des « organisations juives en France » ? La France ou Israel ? On a peur par avance de la réponse…

Mais en plus ce « révolutionnaire » déclare sans problème que la critique de l’antisémitisme doit être conditionnée à la critique du sionisme pour être prise en compte.

Pour Hapoel il est clair qu’une critique pro-sioniste de l’antisémitisme est vouée à trahir les masses populaires juives, et est une insulte au peuple palestinien. Mais quel rapport entre d’une part l’antisémitisme en France qui se développe parallèlement à la crise capitaliste, et d’autre part les massacres sionistes en Palestine ?

Bref, quand on voit touTEs ces militantEs « de gauche » qui réagissent à peine à des propos antisémites, juste là sous leur nez, alors qu’en même temps se développe un (petit) buzz autour de cette vidéo… on comprend mieux comment recrutent les fascistes sionistes.

Mais il ne s’agit pas du NPA en particulier. En fait c’est toute la « gauche radicale » qui est d’un opportunisme sans limite, et qui efface toutes les définitions : même le mot « antisémitisme » est soigneusement évité.

Alors quand on est une personne issue du peuple et qui s’identifie comme juive, quand on veut en finir avec l’antisémitisme, et quand on cherche des définitions limpides et solides… eh bien ce n’est malheureusement plus vers la voie révolutionnaire qu’on se tourne.

Il est temps que cela change ! Il est temps de construire une véritable extrême-gauche révolutionnaire, qui ne fera aucun compromis sur le racisme, le sexisme, l’écologie et les valeurs de domination !

Juif ! Juive ! L’Action Antifasciste est ton organisation !

L’agression de Nîmes, un « anticapitalisme » fantasmé ?

À Nîmes ce dimanche matin, un homme de presque 80 ans a été agressé en sortant de la synagogue. Hier soir, on apprenait qu’un suspect était en garde-à-vue.

Évidemment nous ne savons encore rien de qui est cet individu, ni si c’est bien lui l’agresseur antisémite, ni alors de ses motivations antisémites précises.

Toujours est-il que son interpellation a été facilitée par la vidéosurveillance du centre communautaire : les agresseurs ont été filmés par la caméra au-dessus de la porte, et il suffisait alors à la police de les suivre après coup grâce aux autres caméras de surveillance sur leur parcours.

Les photos parues dans la presse semblent confirmer ce que voulait sans doute dire un « officiel » de la communauté, quand il déclarait que « les agresseurs n’ont pas le look loubard ». Ces images sont disponibles sur le site du Midi Libre (123).

Évidemment il y a lieu de se réjouir de l’avancement de l’enquête : c’est une question de justice, une question de dignité pour Aaron S., la victime de l’agression antisémite.

Dans les affaires d’agressions racistes, il est difficile d’imaginer à quel point la question de la dignité est essentielle, à quel point l’individualité est blessée en profondeur.

Et cela d’autant plus qu’Aaron S. raconte avoir subi en Algérie l’humiliation antisémite de Vichy, en étant expulsé de l’école à l’âge de 8 ans et en étant déchu de la citoyenneté française.

Il y a donc lieu de se réjouir, oui, mais on a quand même du mal à digérer tout cela, quand on se souvient de l’avertissement qu’a été l’agression de mars 2009.

Car à défaut d’une véritable protection, à quoi sert la vidéosurveillance, à part au fliquage permanent ?

Imaginons qu’il soit arrivé pire à Aaron S. : qu’aurait dit l’État français ? Est-ce que la vidéosurveillance aurait sauvé la victime ?

Et d’ailleurs, qui a financé la caméra de surveillance qui a filmé les agresseurs ? Est-ce l’État français, ou bien est-ce le centre communautaire qui a été obligé de mettre la main à la poche ?

La bourgeoisie française et son État sont incapables de protéger la minorité nationale juive. Et on se demande s’ils le veulent vraiment, quand on comprend l’intérêt que les dominants peuvent retirer dans la division raciste du peuple…

Mais disons les choses clairement : si l’État bourgeois est à ce point incapable de protéger la minorité juive, il s’agit en fait d’un problème beaucoup plus profond que simplement des caméras et des flics devant la syna.

Un problème dont on comprend la portée quand on voit la deuxième image de vidéosurveillance publiée par le Midi Libre.

On croit halluciner, mais il n’y a pas de doute : c’est bien un T-shirt à l’effigie du communiste Che Guevara que porte le taggeur antisémite !

Le Midi Libre relève ce détail, et comprend bien qu’il y a quelque chose qui cloche ; il évoque donc une éventuelle tentative de brouiller les pistes.

Pourquoi pas. Mais le contraire est au moins aussi plausible.

Comprendre le mouvement fasciste aujourd’hui, c’est saisir la dimension pseudo-révolutionnaire que veut se donner le fascisme, vu comme « anticapitalisme romantique ».

Souvenons-nous de la profanation du cimetière de Strasbourg, pour l’anniversaire de la libération d’Auschwitz par l’Armée Rouge. Déjà à ce moment, Hapoel expliquait :

Vidé de son sens radical, [le 27 janvier] devient non seulement « inoffensif », mais de plus la bourgeoisie veut le façonner à son image : faux, hypocrite, grandiloquent, formel, insignifiant.

Les fascistes ont alors beau jeu de se présenter comme « rebelles » contre un symbole phagocyté par la bourgeoisie, eux qui s’imaginent « révoltés », « enthousiastes », « offensifs » – alors qu’ils ne portent que la décadence et la barbarie…

Quand on saisit ainsi que l’antisémitisme des néonazis est fantasmé par eux-mêmes comme une « révolte », la profanation qu’a connue le cimetière de Strasbourg devient « logique ».

En vérité, cela va culturellement et idéologiquement beaucoup plus loin que de la simple démagogie « anticapitaliste », et pour le comprendre il faut étudier Zeev Sternhell et Moishe Postone.

En effet les fascistes s’imaginent « sincères » dans leur « anticapitalisme », et peuvent être fascinés par l’image du révolutionnaire anti-impérialiste qu’a été Che Guevara.

La récupération du Che est même un grand classique chez les fascistes « nationalistes-révolutionnaires », qui osent remplacer l’étoile communiste par une croix celtique sur le béret de commandant de Che Guevara.

À noter toutefois que pour d’autres fascistes (nationaux-catholiques aussi bien que néo-nazis), Che Guevara aurait été un « crypto-sioniste » : ils prétendent même qu’il aurait été le cousin d’Ariel Sharon !!!

Bref, cette histoire de T-shirt de Che Guevara est beaucoup plus profonde que ce que le Midi Libre veut bien comprendre.

C’est quand on voit ce T-shirt pseudo-révolutionnaire que l’on comprend à quel point l’État français est impuissant face à l’explosion de l’antisémitisme.

Car au bout du compte, aucun État ne peut résister aux assauts des masses populaires. Sauf que si ces masses sont gagnées à la démagogie fasciste, alors on va directement aux pogroms plutôt qu’au renversement révolutionnaire de l’ordre établi.

L’État français, dominé pour l’instant par la bourgeoisie « traditionnelle » de Sarkozy, ne peut donc rien contre le fascisme : il représente l’ordre établi auquel plus personne ne fait confiance, tandis que les fascistes se prétendent « révoltés ».

C’est pour cela qu’Hapoel affirme que la protection de la minorité nationale juive, c’est bien plus qu’une question de caméras et de flics.

La seule véritable garantie pour notre sécurité, c’est la solidarité antiraciste des masses populaires et l’autodéfense juive à la base !

À Nîmes, une nouvelle attaque antisémite

Vendredi à Strasbourg, un homme a été agressé en plein centre-ville à une heure de pointe, uniquement parce qu’il portait une kippa.

Avant-hier à Nîmes a encore eu lieu une agression antisémite.

Ce dimanche matin vers 8h devait commencer l’office de Lag Ba’Omer, à la synagogue de Nîmes vers la gare.

Peu après l’ouverture des portes de la synagogue, un homme est ressorti pour aller déposer des Matzot dans sa voiture. Cet homme est âgé de presque 80 ans, et est connu pour être très actif dans la communauté de Nîmes.

À 50 mètres de la synagogue, trois personnes l’ont agressé avec leur bombe lacrymogène, et seraient reparties presque comme si de rien n’était vers la gare. D’après un « officiel » de la communauté, « les agresseurs n’ont pas le look loubard » (qu’est-ce que cela signifie ?).

Retournant précipitamment à la synagogue en criant à l’aide, la victime de l’agression a pu se rincer les yeux, mais elle est encore sous le choc – et certainement pour longtemps.

Encore une chose : quand les personnes présentes dans la synagogue sont sorties pour apporter de l’aide à la victime, elles ont remarqué un tag « Nike Lé Juif » à la peinture dorée sur l’une des deux portes de la syna.

Cette inscription n’était pas là quand les croyants sont entrés dans la synagogue, et la victime de l’agression est ressortie seulement quelques minutes après.

Le scénario le plus probable qui est évoqué est donc le suivant : les trois agresseurs antisémites auraient attendu que tout le monde rentre dans la synagogue pour tagger sa porte ; puis ils auraient attendu dehors pour observer de loin les réactions.

Ils auraient donc vu leur victime sortir de la synagogue et se diriger vers eux. Et alors cette attaque serait clairement antisémite, voire presque préméditée.

L’après-midi même près de Nîmes, 250 personnes juives étaient réunies pour célébrer Lag Ba’Omer, ce qui a permis au passage de faire circuler l’information.

Quant à Hapoel, toutes nos pensées vont à la victime de cette agression antisémite, et toute notre solidarité va à la minorité juive de Nîmes.

Deux agressions contre des individus juifs en deux jours : la machine de l’antisémitisme pogromiste est déjà lancée, et elle n’est pas prête de s’arrêter.

En mars 2009, c’était le rabbin de la communauté qui avait été agressé à plusieurs reprises en seulement une heure : la sonnette d’alarme a donc déjà été tirée à Nîmes.

Une question très simple se pose : pourquoi est-ce que la synagogue de Nîmes n’est pas protégée à Shabbat et aux fêtes ?

Une chose est sûre : le racisme au sein du peuple arrange bien les classes dominantes et l’État français, et leur faire confiance, c’est à terme une illusion tragique.

Juif ! Juive ! Défends ta vie face à l’antisémitisme et au fascisme !
Personne ne te protégera mieux que toi-même : organise-toi à la base !
Pour des groupes autonomes d’autodéfense juive !

Violente attaque antisémite à Strasbourg

Ce vendredi vers 12h30, un homme de 42 ans a été violemment attaqué par deux agresseurs en plein centre de Strasbourg, place de l’Homme de Fer.

Il a d’abord reçu un coup de barre de fer par derrière, puis a été tabassé au sol, et a reçu au moins un coup de couteau dans le cou. L’homme – David P. – a été immédiatement hospitalisé dans un état jugé grave, notamment pour une cicatrice très profonde à la base du cou.

L’un de ses agresseurs a réussi à parcourir 700 mètres avant d’être arrêté, tandis que l’autre a été arrêté chez lui en possession d’un couteau et d’une barre de fer. Leur garde-à-vue est censée se terminer aujourd’hui, sans doute en début d’après-midi.

Aussitôt l’attaque connue, on a parlé des agresseurs comme étant des « déséquilibrés« , comme disent les médias bourgeois. Il s’avère en effet que ces deux individus se soient rencontrés dans un « contexte psychiatrique« . Ainsi selon le parquet de Strasbourg, « tout laisse à penser qu’on a affaire à un déséquilibré. »

Et pourtant, la place de l’Homme de Fer est un lieu de passage extrêmement fréquenté à Strasbourg, où se croisent plusieurs lignes de tramway – et d’ailleurs David P. venait de descendre d’un tram.

Alors pourquoi a-t-il qu’il a été attaqué par derrière tandis qu’il ne connaissait pas ses agresseurs ? Pourquoi est-ce David P. en particulier qu’on a voulu assassiner ?

Il ne faut malheureusement pas aller chercher très loin : c’était la veille de Shabbat, et David P. portait une kippa.

Le caractère antisémite de cette attaque ne fait donc aucun doute. D’autant que les premières déclarations des agresseurs en garde-à-vue seraient allées très nettement dans ce sens.

Et l’on voit bien comment l’État français veut minimiser la portée antisémite de cette agression, tout comme il minimise systématiquement la dimension raciste de certains crimes.

Soyons clairs : David P. ne doit la vie sauve qu’au fait qu’il a été attaqué par deux personnes totalement délirantes en plein centre-ville à une heure de pointe. Si David avait croisé ces deux mêmes « déséquilibrés » dans un endroit isolé, on ne sait pas ce qui serait advenu.

Et il ne s’agit pas là de « jouer à se faire peur » : aujourd’hui une personne avec une kippa peut se faire agresser en plein centre-ville, et ses agresseurs peuvent s’enfuir sur 700 mètres, même en étant plus ou moins « inconscients ».

Heureusement l’état de David P. s’était amélioré hier, et il est depuis sorti de l’hôpital.

Aujourd’hui, toutes nos pensées vont vers David. Hapoel lui souhaite une Refouah Shlemah, ainsi que de passer une fête de Lag Ba’Omer entouré de ses proches – une fête aussi joyeuse qu’elle peut l’être après une telle agression raciste…

Enfin, un rassemblement silencieux est organisé à Strasbourg par les « institutions juives » : il aura lieu lundi à 12h30, sur le parvis de la synagogue de la Paix.

Contre l’ombre et le silence, savoir reconnaître le négationnisme !

Cela s’est passé dimanche dernier à Parthenay dans les Deux-Sèvres.

Une cérémonie se tenait pour la journée nationale du souvenir et de la déportation, organisée par l’État français. Une classe de 3ème devait lire à cette occasion une lettre écrite par une rescapée d’Auschwitz.

Mais cette lettre n’a pas été lue.

Cette rescapée, c’est Ida Grinspan, une femme qui avait été déportée à Auschwitz à l’âge de 14 ans. Depuis une vingtaine d’années, elle accompagne des voyages scolaires à Auschwitz. Elle a également co-écrit en 2002 un livre avec B. Poirot-Delpech, « J’ai pas pleuré ».

Pourquoi la lettre d’Ida Grinspan n’a-t-elle pas été lue ?

Parce qu’elle a été censurée par la mairie de Parthenay.

Ida Grinspan a eu le tort de dire la vérité : qu’elle a été arrêtée par trois gendarmes français, soumis aux autorités françaises.

C’est cela que le maire de Parthenay (Xavier Argenton, centre-droit) a voulu censurer, en expliquant à son adjoint ancien gendarme : « Ne stigmatisons pas une catégorie professionnelle qui dans ces temps troubles avait obéi aux ordres de l’autorité légitime. »

Qu’en dit Ida Grinspan, à qui l’État français refuse donc la dignité en niant son histoire, sa mémoire ?

« Je suis scandalisée et triste que ces enfants n’aient pas pu lire mon texte. C’est une forme de révisionnisme. Ce texte n’avait pas de haine, n’était pas agressif… Je raconte simplement que j’ai été arrêtée par trois gendarmes, tout est vrai et tout est vérifiable. Dire que j’ai été arrêtée ne discrédite pas toute la gendarmerie. »

Justement, si. Ida Grinspan a eu le tort de croire que l’enfer qu’elle a vécue – aussi bien en France qu’à Auschwitz – n’entrait pas en confrontation directe avec l’État français, avec la barbarie des produits du capitalisme que sont les camps de la mort.

Ida Grinspan parle de « révisionnisme » : ce n’est pas à Hapoel d’expliquer à une ancienne déportée à quel point elle a raison.

Il faudrait peut-être même affirmer : cette censure du maire de Parthenay relève de la même démarche que le négationnisme de la Shoah.

Les nazis ont voulu faire disparaître les populations juives d’Europe, et ont voulu dissimuler les traces de l’extermination : fours crématoires, Sonderkommandos régulièrement liquidés, dynamitage des camps de la mort à l’approche de l’Armée Rouge de Staline.

Les négationnistes, eux, veulent faire disparaître la mémoire même du génocide, et ainsi achever en quelque sorte la Shoah.

Seulement voilà, il existe des témoins qui ont survécu, et les négationnistes se heurtent à la cruelle réalité des témoignages. La démarche des négationnistes consiste donc soit à « oublier » les témoignages, soit encore pire : à contester systématiquement la crédibilité de personnes encore vivantes.

Le maire de centre-droit de Parthenay n’est pas exactement négationniste : il n’est peut-être pas assez pervers pour cela, ou alors il n’est tout simplement pas assez futé.

Mais sa démarche est identique : au lieu de remettre en cause le témoignage d’Ida Grinspan, il préfère expliquer que ce témoignage serait secondaire par rapport aux exigences bassement corporatistes des gendarmes – ce qui revient finalement au même !

Et d’ailleurs les propos du maire de Parthenay sont très clairs : selon lui, la lette d’Ida Grinspan « n’est pas de nature à apaiser les ressentiments à une époque où le repentir est malheureusement mis en exergue » !

L’État français a participé à l’extermination des populations juives d’Europe, et maintenant il aimerait bien « apaiser les ressentiments » en baillonnant la mémoire ! La mémoire de personnes vivantes à l’existence très concrète !

Non, il n’y aura pas de soi-disant « apaisement des ressentiments » tant que des représentants de l’État français nieront toute dignité à des personnes qui connaissent mieux que toute autre la valeur d’une vie.

Il est très important de noter que la démarche du maire de Parthenay n’est absolument pas nouvelle dans l’appareil de l’État français, et à une échelle bien plus large que dimanche dernier à Parthenay.

Car depuis sa sortie en 1956 jusqu’aux années 1990, l’État français avait censuré un détail du film « Nuit et Brouillard : un uniforme de gendarme français au camp de Pithiviers. Cela est une réalité extrêmement grave, mais à laquelle il faut savoir se confronter.

On ne dira jamais assez à quel point les victimes de la Shoah sont obligées de batailler pour leur dignité, y compris au cœur de l’État sioniste.

Les nazis ont voulu transformer les personnes juives en des fantômes, ils ont voulu extirper leur nom en leur imposant un numéro d’identité sur le bras gauche.

On ne dira jamais assez l’importance des témoignages et des noms, car les personnes exterminées étaient des personnes en chair et en os, et pas des ombres ni des fantômes. C’est ce que signifie littéralement « Yad VaShem » : un mémorial et un nom.

Et de fait, on peut remarquer que « Yad » signifie également la « main », qui tient lieu de symbole pour ce que le corps a de matériel, dense, concret et sensible (même si dans la conception religieuse, il s’agit uniquement du corps qui dispose d’une main, c’est-à-dire le corps humain, les singes étant oubliés).

À la volonté de faire vivre la mémoire et d’arracher la dignité, le maire de Parthenay oppose les exigences les plus mesquines de l’État français.

Honneur à Ida Grinspan !
Savoir reconnaître le négationnisme !
Lutter contre l’ombre et le silence !

Drame de Bobigny : où veut en venir l’U"J"FP ?

En ce moment, n’importe quelle personne juive issue du peuple est confrontée à ce pressentiment : une nouvelle époque est en train de s’ouvrir, là, sous nos yeux.

Une époque difficile où l’antisémitisme de type pogromiste, jusque là souterrain et longtemps nié à gauche, va pouvoir refaire surface et frapper de manière imprévisible.

Et peut-être que le tapage des fascistes et des quasi-islamistes autour de la mort de Saïd B. à Bobigny est l’un des premiers frémissements de cet antisémitisme pogromiste.

À propos de la récupération du drame de Bobigny par les antisémites, Hapoel a donc posé plusieurs affirmations lourdes de sens :

« Quand on observe par exemple l’attitude de la CAPJPO-Europalestine, on voit la tendance à l’antisémitisme pogromiste, qui ronge son frein et n’attend qu’une rumeur raciste pour passer à l’acte. »

« Les fascistes sont capables eux-mêmes de mobiliser directement dans l’antisémitisme : la tendance est au pogrom. »

« On est là dans la logique du pogrom, dans un antisémitisme directement pogromiste, car tout homme juif est « suspect », et pas seulement un « lobby » tout-puissant mais invisible. »

Voilà un positionnement radical, un positionnement exclusif aux antifascistes, puisque seul le camp antifasciste est capable d’analyser les tendances dans la crise capitaliste.

La bonne nouvelle, c’est que l’U"J"FP semble aussi avoir compris cette tendance au pogrom – enfin !

La mauvaise nouvelle, c’est que cela ne semble pas émouvoir l’U"J"FP.

Ainsi l’U"J"FP a émis un communiqué il y a une semaine, c’est-à-dire deux semaines après la mort de Saïd B. : « Sur le meurtre de Saïd Bourarach: Un silence assourdissant! ».

Ce communiqué s’ouvre sur une longue introduction, où de manière très « prudente », il n’est jamais clairement affirmé si le drame de Bobigny est un crime raciste ou pas, même si plusieurs formulations peuvent le laisser entendre : « Il semble difficile d’exclure toute idée de guet-apens à caractère criminel et raciste. »

Mais immédiatement dans la suite, l’U"J"FP se vautre dans la thématique antisémite à la mode du « deux poids deux mesures », en expliquant : « Force est de constater que tous les précédents dont les victimes étaient juives, ont par contre suscité d’immédiates et nombreuses réactions de toute la classe politique, avec un relai médiatique extraordinaire. »

Les juifs, la « classe politique », le « relai médiatique extraordinaire » : tout y est, et il est très logique que ce discours se retrouve à l’extrême-droite en ce moment.

D’ailleurs à propos de la tendance au pogrom, il y a un signe qui ne trompe pas : le discours des fascistes a justement changé.

Ou bien on est directement dans l’antisémitisme pogromiste comme chez Dieudonné (ce qui est « nouveau » chez lui) ; ou bien on a droit à un discours plus « soft » qu’auparavant, qui se présente comme étant « de bon sens », et qui précisément joue sur le « deux poids deux mesures » : le cas le plus typique est celui du proto-nazi Christian Bouchet.

Dans ce deuxième cas, on peut lire entre les lignes une grande confiance, une confiance dans le fait que l’antisémitisme pogromiste fonctionne sur le mode de l’emballement, et qu’il suffirait donc d’appuyer au bon endroit au bon moment.

Mais alors que voit-on ?

Que malheureusement, la position de l’U"J"FP est exactement celle des antisémites quand ils parviennent à jouer sur une démagogie suffisamment finaude.

À l’appui du thème antisémite de ce que l’U"J"FP appelle le « deux poids deux mesures », on a l’éternelle référence à « la triste affaire du RER ou [à] l’incendie du foyer social juif », que tout le monde connaît.

Mais très finement, l’U"J"FP ne parle pas de l’assassinat antisémite d’Ilan Halimi – contrairement à de nombreuses réactions au drame de Bobigny, y compris au sein de la « gauche » antisémite.

Car faut-il rappeler ce que disait l’U"J"FP en février 2006 ?

Elle expliquait : « L’assassinat d’Ilan Halimi est un crime barbare et l’U"J"FP tient à exprimer son émotion et son indignation. Pour autant, le caractère antisémite de cet acte n’est pas avéré. »

Un soi-disant grand « recul », qui apparemment n’est plus autant de mise aujourd’hui… Rappelons qu’Ilan Halimi était un fils du peuple qui a été ciblé, enlevé, torturé et liquidé parce qu’il était juif.

Plus loin dans le communiqué de février 2006, il était également affirmé à propos de l’assassinat d’Ilan : « [L'UJFP] déplore que certains accréditent d’office la thèse du crime antisémite. Une telle attitude est porteuse d’une logique d’affrontements communautaires. »

Alors qu’aujourd’hui, l’U"J"FP déclare de manière scandaleuse : « Il ne peut que cultiver un sentiment de frustration et de colère. [...] Et si la colère devait exploser, serait-il alors opportun de hurler au banditisme, et au racisme …arabe? »

Où est-ce que l’U"J"FP veut en venir en disant cela ? Est-ce une justification intellectuelle de la tendance au pogrom, comme l’avait fait Maurice Rajsfus au moment des massacres de Gaza ?

Où vivent donc les personnes qui ont écrit ce communiqué, pour se permettre de déclarer cela ? Comment réagirait l’U"J"FP si la minorité juive de Pantin était effectivement visée par des violences racistes organisées ?

L’U"J"FP s’adresse-elle aux masses populaires juives, ou bien sert-elle de détestable « caution juive » aux antisémites « de gauche » ?

Ces dernières années et particulièrement en 2009, on est passé de l’antisémitisme comme fond culturel, à l’antisémitisme comme thème propagandiste de type « anticapitaliste romantique » – autrement dit fasciste.

En ce moment précis en France, on est en train d’amorcer un nouveau saut qualitatif : de thème propagandiste, on passera à brève échéance à un antisémitisme de type pogromiste.

Et que trouve l’U"J"FP à faire, dans sa décadence la plus complète ?

Elle nie plus que jamais la question de l’antisémitisme. Elle crache son mépris aux masses populaires juives. Elle panique devant l’exigence d’autodéfense juive. Et elle justifie d’avance les pogroms.

Si l’on comprend l’actualité de l’antisémitisme pogromiste, si l’on comprend que la seule question qui se pose en ce moment est Stalingrad ou Auschwitz, alors comment juger celles et ceux qui poussent les masses populaires juives dans les bras du sionisme ?

Comment juger celles et ceux qui, par leur nullité lamentable et leur mépris des exigences populaires juives, écartent la jeunesse de la voie de l’antifascisme ?

Très clairement : comme des complices de l’antisémitisme. C’est le sens de la thèse antifasciste révolutionnaire comme quoi « le fascisme et la social-démocratie sont les deux faces d’une même médaille ».

Nous espérons simplement pour la direction de l’U"J"FP qu’elle n’aura pas à affronter elle-même l’antisémitisme de type pogromiste… ni à rendre de comptes aux masses populaires juives, ce qui serait encore plus redoutable !

Il est temps aujourd’hui d’étudier deux documents datant de juillet 2009 : « L’U"J"FP : de caution juive à complice de l’antisémitisme » ; « Enfin l’U"J"FP évoque Ilan ».

Juif ! Juive ! Assimile le mot d’ordre « Stalingrad ou Auschwitz » !
Balaie les traîtres, rejette le sionisme, rejoins l’Action Antifasciste !

L’affaire de Bobigny, Dieudonné et Fofana

… et ce que les antifascistes devraient
en conclure sur la situation en France.

Depuis une semaine, il y a une certaine agitation autour de « l’affaire de Bobigny ». Hapoel a déjà fait un court résumé de l’affaire dans notre article « Un prolétaire mort à Bobigny : sa mémoire déjà bafouée par les antisémites ».

Mais là, un cap est franchi dans le nihilisme glauque et antisémite : Dieudonné poursuit sa récupération du drame de Bobigny, en ayant publiant une vidéo sur Dailymotion intitulée… « Libérez Fofana » !

Quel rapport entre Saïd B., le vigile mort à Bobigny et Youssouf Fofana, le bourreau et assassin d’Ilan Halimi ? Aucun, à part pour les antisémites.

Pour celles et ceux qui n’aurait pas la patience ou le courage de supporter cette vidéo antisémite de bout en bout, nous en faisons ici un résumé rapide :

La vidéo commence par des personnes scandant « Libérez Fofana », puis on voit Dieudonné dans le cadre habituel de son théâtre privé de la Main d’Or.

Il explique que la France a dépénalisé les crimes racistes, pour ajouter immédiatement : « La dépénalisation des crimes racistes ne concernera dans un premier temps que les crimes commis contre les goyim : les noirs, les arabes, le blanc chrétien, la merdasse. Les crimes contre les juifs resteront eux passibles évidemment de la perpétuité incompressible. ».

Après une référence ignoble à « Shoananas », Dieudonné affabule totalement sur la mort de Saïd B. : alors qu’on ne sait presque rien de ce qui s’est passé, Dieudonné assène une version des faits qu’il présente comme évidente et avérée.

Concernant les personnes qui ont poursuivi Saïd B. et qui ne l’ont pas secouru quand il s’est noyé dans le canal de l’Ourcq, Dieudonné parle de « six jeunes barbares juifs, six jeunes intégristes surexcités animés par la haine viscérale du goyim » (sic).

Il enchaîne même sur le grand classique de l’antisémitisme moderne, qui compare les personnes juives à des rats, animaux haïs dans la culture réactionnaire : « les six rats du canal de l’Ourcq », « le gang des rats », « les yeux rouges de six gros rats ».

Puis c’est là que culmine la nausée, quand Dieudonné ose minimiser le calvaire et la mort d’Ilan Halimi : « Contrairement au jeune Ilan Halimi, Saïd ne sera pas abandonné encore vivant sur les rails d’un chemin de fer. [...] Saïd n’aura pas droit à cette chance qu’a eue Ilan d’être accueilli et de mourir quand même dans les bras fraternels des secouristes. »

Tout simplement horrifiant.

Ilan a été torturé pendant 24 jours et liquidé parce que juif. Il est absolument odieux que Dieudonné ose bafouer sa mémoire, en même temps qu’il parasite celle de Saïd B. de manière aussi sordide.

Dans la suite de la vidéo, Dieudonné parle rapidement de Zemmour et de Thierry Lévy, qu’il a croisé sur le plateau de « Ce soir ou jamais » sur France 3.

Puis Dieudonné explique que « la puissance du lobby juif fera taire toute réaction politique ou médiatique » à la mort de Saïd B. On ne peut pas être plus clair.

Dieudonné enchaîne ensuite sur Gilles Bernheim, « grand rabbin de mes couilles », avant de rebondir sur Pascal Bernheim, « ce riche producteur juif » (dont nous avons déjà parlé).

Enfin, Dieudonné évoque la mise en place d’une pétition pour la libération de Fofana, et annonce que les recettes de son prochain spectacle iront à Youssouf Fofana.

Simple provocation ? Toujours est-il que la vidéo se termine par le geste récurrent de la « quenelle », qui ressemble décidément de plus en plus à un salut nazi.

En clair : Dieudonné se lâche totalement.

Dieudonné a eu une actualité pendant ces derniers mois, et pourtant Hapoel n’en a pas forcément parlé, à part en reprenant une analyse marxiste-léniniste-maoïste récente.

Alors pourquoi parlons-nous en particulier de cette vidéo de Dieudonné ? Essentiellement pour quatre raisons.

1. Pendant ces derniers mois, Dieudonné a expliqué qu’il s’était « calmé », « assagi ». Il a donc pu tourner dans son « Dieudobus » sans rencontrer d’opposition, a reçu de la publicité de certains journaux locaux, a publié un livre d’entretiens avec Bruno Gaccio des Guignols de l’Info, et a été invité à la télé chez Taddéï (qui est un important soutien propagandiste au fascisme).

Il faut noter tout cela, car il s’agit d’une question de stratégie, aussi bien pour le mouvement fasciste que pour celles et ceux qui le combattent.

Dieudonné semble avoir pour l’instant abandonné la stratégie de blitzkrieg qui caractérisait sa campagne aux élections européennes l’année dernière, c’est-à-dire la concentration massive et localisée de ses forces à un moment donné.

Le courant fasciste autour de Dieudonné semble avoir compris qu’il fallait donner des gages à la bourgeoisie française la plus agressive. Là où Dieudonné menait aux élections européennes une agitation de type blitzkrieg pour conquérir une certaine hégémonie rapidement, aujourd’hui il préfère avancer lentement mais sûrement.

Et cela est très inquiétant : alors qu’aux élections européennes il s’agissait « seulement » de mener une agitation et d’imposer une présence politique, là ce courant fasciste pose la question de la « crédibilité » – et donc du pouvoir.

Comme l’expliquaient les marxistes-léninistes-maoïstes : « La quasi totalité des « commentateurs » d’extrême-gauche explique depuis plusieurs mois que Dieudonné, « c’est fini ». C’est le contraire qu’il faut considérer : ce n’est le début de la fin, mais la fin du début. »

Car d’un point de vue antifasciste, il faut distinguer entre le fascisme comme mouvement protéiforme où chaque tendance veut conquérir les financements de la bourgeoisie impérialiste, et le fascisme au pouvoir comme parti plus ou moins unifié avec une discipline quasi militaire.

Autant le fascisme au pouvoir a pour stratégie le blitzkrieg, autant le fascisme comme mouvement est un gigantesque laboratoire où règne la concurrence entre courants, et la stratégie des fascistes peut souvent être différente.

2. Ce qui est encore plus inquiétant que le changement de stratégie de Dieudonné, c’est qu’à aucun moment dans sa vidéo il ne parle de « sionistes » !

La référence à Ilan Halimi est d’ailleurs parlante : Ilan n’a pas été torturé et assassiné en tant que « sioniste », mais en tant que juif.

Dieudonné prétend donc s’être « assagi », mais il parle directement de « puissance du lobby juif », de « gang des rats », et de toutes sortes de références qui relèvent de l’antisémitisme européen moderne.

Ce que nous voulons dire en soulignant cela, ce n’est pas que Dieudonné est menteur ou hypocrite : cela est juste une évidence.

Ce que nous voulons dire, c’est qu’on en est à un moment où Dieudonné sent qu’il peut se permettre l’antisémitisme le plus direct et le plus explicite, tout en trouvant cela finalement suffisamment « soft » pour passer à la télé…

Nous sommes dans une époque de nihilisme et de décadence, et Dieudonné se sent apparemment très à l’aise dans l’ambiance pourrie qui règne en France.

3. Le troisième point est d’une grande importance : la mobilisation autour de la mort de Saïd B. a immédiatement été portée par les religieux (ce qui est malheureusement logique), mais aussi par les antisémites, et cela quasiment sans « phase intermédiaire ».

Chaque personne juive doit comprendre que la lutte contre le fascisme est en quelque sorte une course contre la montre, une course où le peuple est le seul juge. Une deuxième chose à comprendre impérativement, c’est que le racisme au sein du peuple n’est pas « spontané », mais qu’il est impulsé à partir de l’extérieur du peuple.

Or que voit-on ici ? Que les antisémites, de Dieudonné à Europalestine, n’en sont plus à venir « récupérer » une mobilisation populaire qui revendiquerait la vérité et la justice pour un prolétaire mort pour rien.

Les antisémites en sont à impulser directement cette mobilisation, avec de plus une image « radicale ». Cette mobilisation charrie inévitablement des personnes qui désirent sincèrement lutter pour la justice, mais qui sont alors fourvoyées dans l’antisémitisme.

On est donc vraiment ici dans la course contre la montre : les fascistes ont l’initiative, ils ont la main, et ils mobilisent sur des sujets à la fois d’actualité et qui intéressent directement une partie du peuple.

Ce troisième point résume à lui tout seul la situation actuelle, qui est absolument catastrophique au niveau de l’antisémitisme.

4. Le dernier point est lié au fait que, comme nous venons de voir, les fascistes sont capables eux-mêmes de mobiliser directement dans l’antisémitisme : la tendance est au pogrom.

Le premier rassemblement pour Saïd B. avait eu lieu à Bobigny à l’initiative de l’encadrement religieux musulman local. C’est à ce rassemblement que les dirigeants d’Europalestine étaient venus faire leurs colonialistes antisémites, comme nous l’avons fait remarquer.

Mais le deuxième rassemblement, sur la Place de la République à Paris, a quant à lui déjà charrié un antisémitisme monstrueux comme on peut le voir sur cette vidéo. On peut d’ailleurs y apercevoir Dieudonné en personne. Et quand on regarde cette vidéo, on se dit que si par malheur un juif religieux « ostensible » était passée par là, cela aurait pu très vite tourner au lynchage.

On est là dans la logique du pogrom, dans un antisémitisme directement pogromiste, car tout homme juif est « suspect », et pas seulement un « lobby » tout-puissant mais invisible. Et c’est très précisément ce dont rêvent les antisémites.

Les fascistes ont donc trouvé un « maillon faible » dans la chaîne de l’antisémitisme, et ils comptent bien l’exploiter jusqu’au bout. On peut donc prévoir que cette agitation continuera pendant plusieurs semaines – et on préfère ne pas imaginer comment elle se terminera…

Concrètement, cette campagne autour du drame de Bobigny peut faire progresser l’antisémitisme de type pogromiste et propulser les fascistes au moins autant que les trois mois de campagne de Dieudonné pour les élections européennes.

Voilà pourquoi les antifascistes doivent y accorder une très grande attention, et ne pas prendre ce sujet à la légère.

Car dans quelques mois ou années, cette « affaire » sera sans doute considérée comme un jalon dans la série des mini-tempêtes antisémites qui conduisent aux exactions racistes.

Juif ! Juive ! Contre l’antisémitisme pogromiste, participe à la bataille pour l’unité populaire ! Rejoins l’Action Antifasciste !

Sur le nouveau scandale antisémite du Vatican – Mémorial 98

Benoît XVI : décryptage du nouveau scandale antisémite

En difficulté face à l’énorme scandale des actes pédophiles minimisés et dissimulés par la hiérarchie, la haute hiérarchie du Vatican fait appel à la théorie du « complot juif ».

Le pape ou ses proches savaient que le sermon de Cantalamessa contiendrait une référence à l’antisémitisme. Dans une institution aussi contrôlée que le Vatican, il est impossible qu’une thématique aussi lourde soit ainsi mise au-devant de la scène sans accord préalable du sommet de la hiérarchie. D’autant que le prédicateur en question n’est pas un novice sorti de son monastère. Il présente l’émission religieuse « A son image » sur la première chaîne de télévision publique italienne Rai Uno et occupe sa fonction au Vatican depuis 1980

Le moine capucin fait état d’une prétendue lettre d’un « ami juif » comparant la mise en cause de la hiérarchie catholique aux persécutions contre les Juifs et déclarant : «…Je suis avec dégoût l’attaque violente et concentrique contre l’Eglise (et) le pape. (…) L’utilisation du stéréotype, le passage de la responsabilité et de la faute personnelles à la faute collective me rappellent les aspects les plus honteux de l’antisémitisme»

Le grand rabbin de Rome, Riccardo Di Segni avait reçu fort poliment Benoît XVI à la synagogue de Rome le 17 janvier ,malgré les réticences d’une bonne partie des communautés juives mondiales choquées par sa volonté de sanctifier le pape Pie XI (voir Benoît XVI : le pape révisionniste. ) Il juge la comparaison du prédicateur Cantalamessa d’autant plus malvenue que « personne de la communauté juive n’était intervenu jusqu’à présent » dans les scandales pédophiles.

Le rabbin a surtout regretté qu’avant ce sermon, « il y ait déjà eu des rumeurs sur le fait que les attaques contre l’Eglise proviendraient du lobby juif » et « on a même dit dans certains milieux catholiques que la presse italienne est contrôlée par les juifs ». Il suggère donc que la référence du prédicateur est un message en direction des Juifs pour leur enjoindre de cesser leur campagne

Aux Etats-Unis également des milieux catholiques mettent en cause la presse et le rôle qu’y joueraient des Juifs.

Le rabbin Segni a de plus déploré que « les paroles inappropriées du père Cantalamessa aient été prononcées un Vendredi Saint, le jour le plus funeste de l’histoire des relations entre chrétiens et juifs ». La liturgie catholique en latin de cette fête continue d’inclure une prière pour la conversion des juifs. Or Benoît XVI a, en septembre 2007, justement promulgué un « Motu Proprio » permettant de nouveau l’usage de cette messe en latin et des ses formulations antisémites. Il s’agissait pour lui de manifester une ouverture aux intégristes qui réclamaient ce rétablissement.

D’ailleurs à la veille même de sa récente visite controversée à la synagogue de Rome, Benoît XVI a confirmé l’ouverture à ces intégristes, porteurs d’un antisémitisme très enraciné. À l’occasion de l’Assemblée plénière de la Congrégation pour la doctrine de la foi du15 janvier, il a confirmé, « l’engagement pour que soient surmontés les problèmes doctrinaux qui empêchent encore le retour à la pleine communion dans l’Église de la Fraternité Saint Pie X »… » symbole de l’intégrisme et à laquelle appartient l’évêque négationniste Williamson(voir Benoît XVI et son évêque négationniste )

En France, le « parti antisioniste » proche du régime iranien a publié un communiqué de soutien au pape intitulé « Benoît XVI l’honneur de la Chrétienté’ . Le texte largement repris sur les sites catholiques d’extrême droite est signé de Y. Gouasmi, celui qui voit « un sioniste derrière chaque divorce » et qui s’est illustré sur la liste « antisioniste « des Européennes de 2008 avec Dieudonné et Soral (voir Interdire les listes de Dieudonné ? ) .

Il déclare notamment :

« Mais on est quand même en droit de s’interroger sur cette offensive médiatique qui semble viser essentiellement le Souverain Pontife… Qu’a pu faire de particulier ce Pape, pour mériter un tel acharnement ? Dès l’annonce de la canonisation à venir de Pie XII, Israël et les rabbins sionistes ont réagi à leur manière, c’est-à-dire avec un mélange de morgue et d’agressivité… »

Le recours pervers à la Shoah ne se limite pas au dernier éclat du Vatican.

Les catholiques qui combattent le droit à l’avortement recourent fréquemment à la référence de la Shoah dans leurs campagnes. Simone Veil avait subi ce genre d’attaques lors du vote de la loi sur l’IVG.

En Pologne actuellement Alicja Tysiac qui a fait condamner en 2007 l’Etat polonais par la Cour Européenne des Droits de l’Homme pour refus d’IVG est calomniée par l’Eglise et les médias catholiques, traitée de meurtrière et comparée aux criminels nazis Mengele et Hess ; elle porte plainte en diffamation contre l’archevêché de Silésie à l’origine de cette campagne.

Le député polonais Giertych avait organisé en novembre 2005, au Parlement européen à Strasbourg une exposition de photographies hostile à l’IVG. L’une des affiches représentait des enfants derrière des barbelés à Auschwitz. Les panneaux ont été retirés par les services du Parlement .

Le pape Jean-Paul II avait aussi à plusieurs reprises tracé un parallèle entre l’IVG et la Shoah.

La direction de l’Eglise catholique, secouée par ses scandales, persistera-elle dans son repli et sa recherche de complots?

(voir aussi Négationnisme: révolte catholique contre Benoît XVI, Allemagne: le bacille de Koch, Benoît XVI appuye les intégristes antisémites en France, Les intégristes encouragés par le pape, Sarkozy: nouveau dérapage sur Vichy, Mme Sarkozy Bruni dérape à propos des Juifs et de la Shoah, Le parlement Européen se contente de réprimander le député antisémite polonais: un mauvais signe)

MEMORIAL 98

Un prolétaire mort à Bobigny : sa mémoire déjà bafouée par les antisémites

Mardi soir, un homme est mort à Bobigny.

Saïd B. était un prolétaire de 36 ans, qui avait dû laisser sa famille à Dijon pour venir chercher du travail en région parisienne.

Saïd B. avait donc trouvé un boulot de vigile à Bobigny (93), au magasin Batkor tout près du canal de l’Ourcq. C’est là qu’il a trouvé la mort, loin de sa famille.

Car mardi dernier à 19h30, juste à la fermeture de Batkor, un couple était arrivé, auquel Saïd B. avait refusé l’entrée.

De ce qui s’est passé à ce moment là, nous ne savons strictement rien. Certains évoquent des insultes racistes, d’autres rejettent cette version des faits.

Toujours est-il que 4 amis du couple ont débarqué, et qu’une embrouille violente s’est sans doute ensuivie, à coups de cric de voiture.

Réfugié dans son magasin, le vigile serait ressorti pour sauver son chien, menacé de mort par les agresseurs. Là il aurait été poursuivi le long du canal de l’Ourcq, qui passe à seulement quelques dizaines de mètres derrière le magasin Batkor.

À partir de là plus rien n’est vraiment certain, bien qu’on arrive à se faire une idée des dernières minutes de Saïd.

La seule chose absolument certaine, c’est que le corps de Saïd B. a été retrouvé mercredi après-midi dans le canal, sous les yeux éplorés de sa famille. On ne peut qu’imaginer ses dernières pensées pour ses proches si loin de lui…

Quant au chien « outil de travail », il est heureusement sain et sauf.

Cependant, rien n’indique pour l’instant que les agresseurs de Saïd B. l’aient poussé à l’eau (on a retrouvé son blouson sec sur la berge), mais rien n’indique non plus qu’ils soient innocents, et quoi qu’il en soit ils ne lui ont pas porté assistance.

Ses 4 agresseurs, des hommes âgés de 19 à 25 ans, sont actuellement en détention provisoire.

Que voit-on ? Que faut-il comprendre dans cette tragédie ?

Que c’est la crise, et que le sentiment général est à la crispation. C’est limite si n’importe quel regard de travers peut dégénérer, et prendre des proportions dramatiques.

Aujourd’hui n’importe quelle étincelle peut mettre le feu : tantôt dans un sens positif, collectif, libérateur ; tantôt dans le sens de la brutalité au sein du peuple, dans le sens de l’individualisme, du sexisme, du racisme assassin.

C’est sur ce côté sombre et négatif que comptent bien surfer les antisémites.

Car il faut savoir que dès jeudi soir, la radio RTL avait annoncé que les agresseurs de Saïd B. se seraient en garde-à-vue déclarés d’origine juive.

N’importe quelle personne juive en région parisienne voit immédiatement avec angoisse le potentiel explosif de cette « information »…

Une « information » qui a été lâchée à ce moment là de façon totalement irresponsable, rien que pour s’assurer le « scoop » médiatique…

Et effectivement, quand on observe par exemple l’attitude de la CAPJPO-Europalestine, on voit la tendance à l’antisémitisme pogromiste, qui ronge son frein et n’attend qu’une rumeur raciste pour passer à l’acte.

Car d’ailleurs, quel rapport entre la Palestine et le quasi meurtre de Bobigny ? Aucun, naturellement, à part pour les antisémites qui veulent fantasmer tout en rejetant la révolution arabe.

Et pourtant Europalestine vient expliquer que les agresseurs de Saïd auraient soi-disant mis en avant leurs supposées origines juives pour se couvrir, vient parler d’ « omerta », d’ « accointances juives », de « signal mafieux efficace », et vient lécher les bottes des cléricaux musulmans petits-bourgeois.

Bref, toute une rhétorique qui, avec la référence à la « mafia », est clairement d’extrême-droite. Ni plus ni moins.

Et quand on voit la vidéo du rassemblement silencieux organisé par les religieux à Bobigny, l’attitude franchement coloniale-paternaliste d’Europalestine fait tout de suite penser à l’extrême-droite antisémite en Algérie « française », qui rêvait de mobiliser les « indigènes » contre la minorité juive…

Voilà la réalité en France aujourd’hui : au sein du peuple on s’entretue, et les racistes comptent les points en bafouant la dignité de celles et ceux qui sont partiEs.

Honneur et justice pour Saïd B., un prolétaire mort pour rien !
Combattre l’embrigadement dans le racisme pogromiste !
Vive l’unité antiraciste du peuple contre nos vrais ennemis !

Les camps de la mort, un défi à la civilisation

David Olère, « Gazage », 131×162 cm.

David Olère était un peintre qui a fait partie du Sonderkommando d’Auschwitz Birkenau, c’est-à-dire l’équipe (régulièrement liquidée par les SS) en charge d’évacuer les chambres à gaz en direction des fours crématoires. Il a survécu à Auschwitz uniquement grâce à ses talents artistiques et sa maîtrise de plusieurs langues.

La bourgeoisie impérialiste permet à Dieudonné d’avoir les mains libres – PCMLM

Le Conseil d’État a autorisé Dieudonné à se produire en spectacle à Orvault (Loire-Atlantique) le 11 mars en considérant que la tentative par la municipalité d’annuler le spectacle n’était « étayée par aucun élément » et constituait « une atteinte grave à la liberté d’expression ».

Bien entendu, ce débat bidon au sein du légalisme bourgeois ne reflète que les contradictions internes au sein de la classe dirigeante où, de plus en plus, la fraction impérialiste la plus agressive parvient à imposer sa vision fasciste, dont Dieudonné est l’un des éléments les plus représentatifs.

D’ailleurs, le débat juridique au sein de l’appareil d’État bourgeois fait apparaître Dieudonné en « rebelle », une posture très utile aux fascistes pour masquer leur soumission totale à l’impérialisme.

Car Dieudonné est bel et bien un serviteur zélé de l’impérialisme français qui soutient à fond ses orientations stratégiques, renforce le chauvinisme et le populisme par ses appels contre l’ « axe américain-sioniste » et participe pleinement à la tactique de division du peuple qu’affectionne la bourgeoisie pour préserver sa position dominante.

Le PCMLM a clairement démontré que Dieudonné est un fasciste car :

- Dieudonné protège l’impérialisme français dont il défend les options stratégiques

- Dieudonné protège la bourgeoisie en attisant la haine au sein du peuple

- Dieudonné est un antisémite qui reprend les pires préjugés sur les juifs et ne comprend absolument rien à la résistance palestinienne et à la révolution nationale arabe.

Dieudonné est un contre-révolutionnaire qui se construit une image de rebelle mais est en vérité le lèche-botte de l’impérialisme français.

De fait, Dieudonné a les mains totalement libres, il organise des tournées, possède un théâtre à Paris, et a une place de choix dans la propagande bourgeoise. D’ailleurs, la sortie de son livre, avec Bruno Gaccio (un des auteurs historiques des « Guignols de l’Info »), intitulé « Peut-on tout dire ? », est annoncée en fanfare, la présence de ce co-auteur montrant au passage la collision avec tout un pan de la petite-bourgeoisie de « gauche » qui sombre dans le populisme réactionnaire au service du fascisme.

A titre indicatif, le premier ministre François Fillon était en Syrie il y a quelques jours – la première visite d’un premier ministre français depuis 1977. Et hier la Syrie accueillait, quelques jours après donc, le président iranien Ahmadinejad et le dirigeant du Hezbollah, Hassan Nasrallah.

Quant à Dieudonné, il était il y a quelques semaines en Iran, où il a ouvertement soutenu le régime, et inversement.

Cela ne relève pas du hasard et c’est quelque chose parfaitement conforme à ce que nous expliquions dans l’article Dieudonné et le Liban : une option stratégique de la bourgeoisie impérialiste.

Cette orientation au Proche et Moyen-Orient est l’un des signes que les contradictions deviennent de plus en plus énormes au sein de la bourgeoisie, comme dans l’appareil d’État ; la présence impérialiste au Proche et Moyen Orient est un levier essentiel de la bourgeoisie impérialiste pour renforcer ses positions.

La quasi totalité des « commentateurs » d’extrême-gauche explique depuis plusieurs mois que Dieudonné, « c’est fini ». C’est le contraire qu’il faut considérer : ce n’est le début de la fin, mais la fin du début.

De plus en plus en France, l’idéologie petite-bourgeoise d’une ligne « entre capitalisme et socialisme », d’une « troisième voie », se développe. C’est tout à fait le sens de ce qu’a révélé la présence sur la liste du NPA d’une « féministe voilée » ou encore de la fascination pour Chavez, le Hezbollah, le Hamas, etc.

C’est la course à l’idéologie « révolutionnaire » qui ne soit surtout pas communiste. C’est une tendance qui veut la « révolution » mais surtout pas la science communiste ; c’est le fascisme.

Le fascisme s’installe, prend ses positions. Face à cela, que vive l’étude des positions et analyses scientifiques du PCMLM, seule organisation révolutionnaire à se confronter à la réalité française !

À propos de la situation en Hongrie

En Hongrie comme en France, les élections approchent : ici les régionales, là-bas les législatives, qui doivent se dérouler les 11 et 25 avril.

Et que voit-on ? Qu’ici comme là-bas, la campagne électorale est un révélateur politique de l’ambiance pourrie qui règne chez les classes dominantes, et de leur orientation de plus en plus réactionnaire.

La course au racisme et à l’antisémitisme est lancée, ce qui ouvre un boulevard énorme au développement du fascisme, sur les plans culturel, idéologique, politique, organisationnel.

Seulement en Hongrie comme partout en Europe centrale, l’histoire a fait que l’expression de l’antisémitisme est d’office de type génocidaire, tout comme le racisme anti-rom qui prend des proportions monstrueuses – et meurtières.

Cette histoire s’articule autour de trois moments, qui s’enchaînent de manière tout à fait dialectique.

1. En effet, il faut remonter à 1920, après la sanglante répression de la révolution hongroise : le traité du Trianon est ratifié, et accorde l’autodétermination aux minorités roumaine, slovaque, autrichienne, serbe, croate, etc.

La « Grande Hongrie » est alors démantelée, mais de très nombreuses communautés magyarophones deviennent à leur tour des minorités dans les États avoisinants.

2. La répression de la révolution hongroise est l’œuvre meurtrière de la « Terreur blanche », menée par l’amiral nationaliste Miklós Horthy. La dictature d’Horthy sera de type national-autoritaire, et s’alliera à l’Allemagne nazie. Cependant, ce régime n’est pas « véritablement » fasciste, comme le considère la dirigeante communiste Clara Zetkine.

Car il existe en parallèle un parti authentiquement nazi, le parti des « Croix Fléchées » (surnom faisant référence à leur logo). En octobre 1944, alors que la guerre est sur le point d’être perdue par les nazis et leurs alliés, Horthy est écarté par Hitler au profit des Croix Fléchées.

C’est à partir de ce moment – et donc dans les tous derniers mois de la guerre ! – que s’exécutera l’essentiel de l’extermination des 450 000 personnes juives hongroises victimes de la Shoah.

3. Après la défaite nazie, l’Union Soviétique et son Armée Rouge libératrice permettent la mise en place d’une République Populaire de Hongrie en 1949.

Cependant, quand le « révisionnisme moderne », c’est-à-dire la ligne bourgeoise au sein du Parti Communiste, prend la direction de l’URSS après la mort de Staline en 1953, les communistes de Hongrie perdent un appui et subissent la même défaite contre les laquais hongrois du nouveau pouvoir russe.

La Hongrie sera alors jusqu’en 1989 un État dominé par un parti pseudo-communiste (en réalité social-fasciste), qui sert d’intermédiaire avec l’URSS social-impérialiste.

L’événement emblématique de cette période est le soulèvement d’octobre 1956, dont les dirigeants étaient d’ailleurs appuyés par les États-Unis, et sa répression directement par l’armée « rouge » social-impérialiste.

Pourquoi est-ce que nous racontons tout cela ?

Parce que chacun de ces trois moments historiques est une source de ce qu’est le mouvement fasciste aujourd’hui en Hongrie.

Voyons point par point (mais pas chronologiquement) à quoi ces moments historiques correspondent :

1. Encore aujourd’hui, le traité du Trianon est mis en cause, et explique les très vives tensions expansionnistes avec la Slovaquie. Ces tensions constituent une véritable base d’agitation pour les fascistes, qui ne reculent devant aucune provocation. Comme nous disions en août :

Ajoutez à cela un climat de guerre larvée entre la « Grande Hongrie » et la Slovaquie, saupoudrez de lois bafouant les droits démocratiques de la minorité hongroise en Slovaquie et de la minorité slovaque en Hongrie, faites cuire à base de cocktails Molotov lancés contre l’ambassade slovaque… et vous avez un tableau de la situation en Hongrie.

3. Comme partout en Europe centrale et orientale, la domination impérialiste a été sans discontinuité depuis les années 1920 : d’abord allemande, puis social-impérialiste, et enfin américaine depuis l’effondrement du « Bloc de l’Est ».

La nature de ces pays est donc semi-coloniale semi-capitaliste bureaucratique, et la tâche historique de la classe ouvrière est de mener une révolution dont l’un des aspects est l’anti-impérialisme.

Seulement voilà, si l’on ne comprend pas ce point d’économie politique, on ne peut que tomber dans le nationalisme, et c’est d’ailleurs ce que l’on observe : en Europe centrale et orientale, toute révolte prend un caractère nationaliste et tombe dans les bras du fascisme.

La soulèvement de 1956 est typique de cela, et sa célébration est marquée depuis quelques années par des émeutes fascistes voire nazies.

2. Il a existé en Hongrie un parti authentiquement nazi qui a été au pouvoir et a mis en œuvre l’extermination de la minorité juive.

De fait, ce parti a eu une idéologie et un programme précis, et les fascistes ont donc une base historique « légitime » àlaquelle se référer : les fascistes font du « néo-fascisme ».

Cela se voit notamment dans les uniformes des forces paramilitaires fascistes, par exemple l’ex-Garde Magyare du parti Jobbik.

Un des grands rendez-vous des néo-nazis est aussi le 13 février, qui marque l’anniversaire de la défaite nazie en 1945, lors de la Bataille de Budapest contre l’Armée Rouge et les partisans antifascistes.

Mais venons-en à l’actualité concrète.

Cette année, c’était le 65ème anniversaire de la défaite fasciste, et les néo-nazis hongrois ont décidé de mener une grande campagne autour de ce qu’ils appellent la « journée de l’honneur » (en raison du « sursaut » des Croix Fléchées et des nazis dans leur garnison de Buda).

Ainsi, une grande manifestation était prévu à Budapest ce 13 février ; mais devant les menaces d’interdictions policières, elle a été remplacée par des rassemblements privés aux alentours de Budapest.

Seulement voilà, les élections législatives approchent, et la manifestation nazie devait se dérouler : elle a donc été ajournée au 6 mars (ce samedi, donc), avec des appels aux nazis d’autres pays pour en faire un élément politique d’unification.

Mais depuis, c’est surtout une grande bataille juridique et politique qui se déroule, et qui permet aux organisations fascistes de se former, de se « roder », et de se poser en « martyrs »…

En effet, la manifestation du 13 février était initialement appelée par le Front National-Socialiste (sic), mais devant les problèmes administratifs, elle a été revendiquée par le Parti National-Révolutionnaire (NFP) qui devait légalement faire passer cette manifestation de rue comme faisant partie de sa campagne électorale.

Il y a deux semaines, un tribunal hongrois a confirmé que pouvait se tenir cette marche nazie. Mais – retournement de situation – la semaine dernière le NFP a annoncé qu’il ne participerait pas à cette manifestation, en prenant très habilement comme prétexte de prétendues « pressions » policières et politiques…

La question est donc : que se passera-t-il ce samedi à Budapest ?

Est-ce que les nazis, aussi bien de Hongrie que d’ailleurs, défileront ? Mais alors la marche serait illégale, et tournerait immanquablement à l’émeute, puisque cela fait déjà plusieurs années que les fascistes n’hésitent plus à affronter directement le police.

Est-ce que les nazis se dégonfleront, et laisseront passer un moment politique indispensable pour devenir un véritable mouvement de masse ?

Est-ce que la mobilisation antifasciste sera à la hauteur, comme elle a pu l’être le 13 février à Dresde en Allemagne ?

Bref, voilà le niveau activiste que les fascistes ont atteint en Hongrie.

Cette offensive politique, qui se présente comme « révolutionnaire », est de plus accompagnée et soutenue par une très large et très profonde campagne idéologique et culturelle. Cette agitation culturelle populiste est ininterrompue, et s’appuie sur l’image des trois moments historiques constitutifs de l’histoire hongroise récente.

Et ce que l’on peut voir de cette profonde agitation, c’est surtout la panique de l’État bourgeois hongrois, qui s’imagine pouvoir colmater les brèches…

La situation en est au point que l’État se sent obligé de mettre en place une loi réprimant la négation de la Shoah. Ainsi, une loi a été passée la semaine dernière, qui punit le négationnisme d’une peine de prison de 3 ans au maximum.

Enfin ! est-on tenté de dire…

Mais en réalité, il y a deux aspects extrêmement inquiétants.

D’abord, il faut savoir que cette loi a été votée à une majorité de 197 voix sociales-démocrates, contre… 144 abstentions ! En effet, le parti libéral Fidesz s’est abstenu, car il comptait inclure dans cette loi… les crimes du social-impérialisme russe et de ses alliés hongrois !

Voilà une belle démonstration du sens des priorités de la droite libérale, qui en arrive à refuser la criminalisation du négationnisme… Quand on sait que selon les sondages, ce parti devrait remporter les élections législatives, on voit très bien à quoi va ressembler la répression contre les révolutionnaires de Hongrie…

Mais surtout, il faut bien voir pourquoi cette loi anti-négationniste n’arrive que maintenant.

En effet, rappelons que d’après les accords de paix de 1947, la Hongrie est tenue d’éliminer les organisations nazies agissant sur son territoire. Le mouvement fasciste ne peut donc se construire que dans l’antagonisme avec l’État hongrois dominé par les monopoles américains, et il n’y a pas de place pour une « intégration ».

Cette loi sur le négationnisme est donc une sorte de réaction de panique, devant ce que l’État voit venir de manière plus ou moins imminente.

Mais – ironie de l’histoire – cette loi arrive précisément quand toutes les illusions légalistes volent en éclats, aussi bien chez les fascistes que chez les antifascistes, mais aussi au sein du peuple à cause de la violente crise économique.

C’est-à-dire que l’État bourgeois « classique » est d’une inefficacité complète contre les mouvements fascistes et nazis, et ne peut « gérer » cela que sur un mode de panique et de promotion des néo-nazis comme « martyrs » de sa timide répression.

Et pourtant, ce qui se joue actuellement, c’est le destin des masses populaires de Hongrie, et la simple survie des minorités nationales juive et tzigane, dans un pays où la minorité juive comporte 60 000 à 100 000 personnes.

Mais pourquoi parlons-nous depuis le début de la situation en Hongrie ?

Tout simplement parce que la Hongrie est un cas d’école.

Les héritages historiques de la Hongrie et de la France ne sont pas comparables, la nature économique de la Hongrie et de la France non plus. Mais la tendance à l’approche des élections, si.

Et surtout, quand on voit le niveau d’activisme atteint par les néo-nazis en Hongrie, on comprend que ce pays a facilement 10 à 15 ans d’avance… Et il n’y a pas de raison que l’évolution soit différente ailleurs en Europe…