Archives de septembre, 2011

Shabbat Shalom – שבת שלום

… et Shanah Tova !

Entrée vendredi à 19h14, sortie samedi à 20h18.

Une bonne et douce année 5772 !

Ce soir une nouvelle année pointe le bout de son nez !

En effet nous célébrons dès ce soir Rosh HaShanah, littéralement la « tête de l’année », qui s’étend sur deux jours en « diaspora ». Nous entrerons donc dans la nouvelle année 5772 ce soir à 19h15 ; Rosh HaShana se terminera vendredi à 20h18, et on enchaînera immédiatement sur le Shabbat.

La coutume pour Rosh HaShanah est de consommer notamment des graines de grenade (qui seraient supposément au nombre de 613, comme les Mitzvot), des quartiers de pommes trempés dans le miel (à remplacer avantageusement par du sirop d’agave, de datte, voire d’érable), ou encore des poissons morts qu’il faut savoir refuser, même et surtout dans un contexte familial religieux. Sur le plan religieux justement, l’office de ce soir est l’occasion de sonner le Shoffar, une corne arrachée à un bélier, vestige de temps complètement dépassés aujourd’hui.

Hapoel tient aujourd’hui à souhaiter une bonne et douce année juive à toutes les personnes juives qui fêtent Rosh HaShanah.

Rappelons que la législation française du travail autorise à déposer un jour demain et après-demain. Et pour les personnes religieuses qui iront à la synagogue en cette période de fêtes, ou pour les personnes non religieuses qui y accompagneront de la famille, rappelons les trop classiques précautions d’usage : ne pas aller et venir seulE ; ne pas s’éterniser à la sortie ; prévenir de tout détail qui pourrait sembler suspect ; avoir l’esprit lucide et disponible, vigilant mais sans céder à la panique ; avoir l’esprit de responsabilité et d’initiative, etc.

Mais comme chaque année, il ne faut baisser ni la garde, ni les bras, et jurer fidélité à la vie !

Shanah Tova OuMetouka !

! שנה טובה ומתוקה

Une bonne et douce année !

Shavua Tov – שבוע טונ

Shabbat Shalom – שבת שלום

Entrée vendredi à 19h26, sortie samedi à 20h33.

Auschwitz & Stalingrad [octobre 2009]

Hapoel s’est fondé sur un constat simple : notre époque est celle de la crise générale du capitalisme.

Ainsi la crise capitaliste fait rage, ceux qui ont un travail souffrent, ceux qui n’en ont pas survivent difficilement, les femmes subissent une violence quotidienne, le racisme se répand et se revendique, les animaux sont exterminés et la planète est saccagée, la guerre règne sans discontinuer depuis 1945.

Ainsi l’antisémitisme s’affirme de manière de plus en plus décomplexée avec un caractère de plus en plus génocidaire : le capitalisme pourrit sur pied, la petite-bourgeoisie s’effondre, l’antisémitisme explose.

Et que voit-on ? Quelles sont les voies proposées à la minorité nationale juive ?

Les sionistes poussent au repli raciste et veulent imposer la fuite vers un ailleurs fantasmé. Les religieux croient se préserver de la politique et écartent les femmes. Les institutions juives enseignent la soumission à la bourgeoisie française et prônent la confiance en son État. Quant aux intellectuels juifs « de gauche », ils nient jusqu’à l’existence de l’antisémitisme.

Bref : l’arbre préfère le calme.

L’arbre préfère le calme, mais le vent continue de souffler !

Car la crise du capitalisme, et ce qu’elle charrie comme barbaries, constituent une tendance inéluctable. Et plus le capitalisme s’enfonce dans sa crise, plus il est féroce dans sa quête de profit : c’est la marche au fascisme et à la guerre impérialiste.

Il est donc temps d’assimiler l’enseignement de Mao Zedong : « Ou bien la révolution conjurera la guerre, ou bien c’est la guerre qui déclenchera la révolution. »

Sauf que pour les juifs, pour les juives, pour les minorités nationales, pas besoin de dessin pour comprendre ce que signifierait la guerre impérialiste…

Reste donc la révolution, reste donc le drapeau rouge.

L’alternative pour la minorité juive se pose ainsi en ces termes : socialisme ou barbarie.

Stalingrad ou Auschwitz.

Et l’existence même d’Hapoel relève d’une course contre la montre, car chaque jour qui passe sous le capitalisme est un jour qui nous rapproche d’Auschwitz.

Certains se moquent, demandent où sont aujourd’hui les parades nazies.

C’est là qu’on voit qui est né avec Auschwitz et Stalingrad gravés dans les tripes, et qui a vendu sa rage de vivre aux dominants et aux racistes.

Car quand la bourgeoisie basculera entièrement derrière la dictature des monopoles, quand la marche au fascisme et à la guerre s’accélerera, il sera déjà trop tard pour construire le rempart antifasciste des masses.

Et il sera déjà trop tard pour nos familles…

En ce sens, Hapoel est peut-être une proposition encore trop en avance, afin d’espérer conjurer Auschwitz. En avance oui, mais pas éternellement…

Voilà pourquoi Hapoel affirme comme unique perspective pour les masses populaires juives : s’organiser pour vaincre, vaincre pour vivre !

Juif ! Juive ! Rejoins l’Action Antifasciste !
Car si ce n’est toi, qui ? Si ce n’est maintenant, quand ?
Et si ce n’est Stalingrad, quoi ?

HaPoel HaAntifashisti, octobre 2009.

Shavua Tov – שבוע טונ

Shabbat Shalom – שבת שלום

Entrée vendredi à 19h44, sortie samedi à 20h48.

La France, pays de la délation [août 2010]

Quand on se confronte de manière lucide et réaliste à la culture nationale-bourgeoise, on voit très vite que la France est la pays de la délation et du fichage.

Et quand nous affirmons cela, tout le monde comprend très bien ce que nous voulons dire.

À quoi cela tient-il ?

Comme l’explique Marx, la France est historiquement le pays de la petite propriété parcellaire.

Cette petite propriété parcellaire était en réalité maintenue à bout de bras par le capitalisme français, un capitalisme très spécifique qui jusque dans l’entre-deux-guerres avait une grande composante usuraire, reposant sur la rente foncière.

C’est ce capitalisme usuraire qui a très longtemps maintenu à la campagne des vestiges sociaux et culturels de la féodalité, qui se retrouvent encore aujourd’hui dans l’appareil d’État de la république bourgeoise française.

La petite propriété parcellaire a donc donné naissance à une couche sociale typiquement française, les petits notables des campagnes.

Une couche sociale dépendante du capitalisme foncier à la française, et qui se range donc tout à tour derrière le Second Empire après 1848, derrière la Troisième République après la Commune, et enfin derrière Vichy.

Au final, ce sont ces rapports sociaux de la petite production rurale qui ont façonné l’identité des couches possédantes et dominantes de la « France profonde » : jalousie et mesquinerie, paternalisme et hypocrisie, méfiance de la grande ville et réaction panique face à la « subversion » qui y règne.

Mais aussi commérages, rumeurs et délation contre tout ce qui est perçu comme étranger à la « terre » de Barrès ou au « pays réel » de Maurras.

Or dans l’idéologie fasciste, c’est précisément « le juif » qui a un caractère universel et cosmopolite, étranger et mobile, abstrait et insaisissable. « Le juif » est un fantôme, une ombre, un être virtuel, et l’on peut alors laisser libre cours à la délation.

À ce titre il faut remarquer que, si les personnes d’origine chinoise sont perçues par les racistes comme pratiquant l’infiltration et les personnes d’origine rrom comme ayant une dimension transnationale, les personnes d’origine juive cumulent ces deux « caractères » supposés.

Ainsi toute la mentalité nationale-bourgeoise française est imprégnée de manière incontournable par la délation, en particulier des personnes juives.

[...]

Shavua Tov – שבוע טוב

Shabbat Shalom – שבת שלום

Entrée vendredi à 19h59, sortie samedi à 21h03.

Rosa Luxemburg : pour la compassion envers les animaux

Rosa Luxemburg était une grande révolutionnaire d’origine juive, qui a organisé la lutte communiste en Pologne et en Lituanie, puis en Allemagne où elle a participé à la création du Parti Communiste (KPD) et à la révolution spartakiste. Elle fut assassinée le 15 janvier 1919 par les Corps Francs au service de la « gauche » contre-révolutionnaire. Voici un magnifique texte écrit en prison, où elle confie sa compassion envers les animaux.

« Ah ! ma petite Sonia, j’ai éprouvé ici une douleur aiguë.

Dans la cour où je me promène arrivent tous les jours des véhicules militaires bondés de sacs, de vielles vareuses de soldats et de chemises souvent tachées de sang…

On les décharge ici avant de les répartir dans les cellules où les prisonnières les raccomodent, puis on les recharge sur la voiture pour les livrer à l’armée.

Il y a quelques jours arriva un de ces véhicules tiré non par des chevaux, mais par des buffles.

C’était la première fois que je voyais ces animaux de près.

Leur carrure est plus puissante et plus large que celle de nos boeufs ; ils ont le crâne aplati et des cornes recourbées et basses ; ce qui fait ressembler leur tête toute noire avec deux grands yeux doux plutôt à celle des moutons de chez nous.

Il sont originaires de Roumanie et constituent un butin de guerre…

Les soldats qui conduisent l’attelage racontent qu’il a été très difficile de capturer ces animaux qui vivaient à l’état sauvage et plus difficile encore de les dresser à traîner des fardeaux.

Ces bêtes habituées à vivre en liberté, on les a terriblement maltraitées jusquà ce qu’elles comprennent qu’elles ont perdu la guerre : l’expression vae victis s’applique même à ces animaux… une centaine de ces bêtes se trouveraient en ce moment rien qu’à Breslau.

En plus des coups, eux qui étaient habitués aux grasses pâtures de Roumanie n’ont pour nourriture que du fourrage de mauvaise qualité et en quantité tout à fait insuffisante.

On les fait travailler sans répit, on leur fait traîner toutes sortes de chariots et à ce régime ils ne font pas long feu.

Il y a quelques jours, donc, un de ces véhicules chargés de sacs entra dans la cour.

Le chargement était si lourd et il y avait tant de sacs empilés que les buffles n’arrivaient pas à franchir le seuil du porche.

Le soldat qui les accompagnait, un type brutal, se mit à les frapper si violemmment du manche de son fouet que la gardienne de prison indignée lui demanda s’il n’avait pas pitié des bêtes.

« Et nous autres, qui donc a pitié de nous ? » répondit-il, un sourire mauvais aux lèvres, sur quoi il se remit à taper de plus belle…

Enfin les bêtes donnèrent un coup de collier et réussirent à franchir l’obstacle, mais l’une d’elle saignait… Sonitchka, chez le buffle l’épaisseur du cuir est devenue proverbiale, et pourtant la peau avait éclaté. Pendant qu’on déchargeait la voiture, les bêtes restaient immobiles, totalement épuisées, et l’un des buffles, celui qui saignait, regardait droit devant lui avec, sur son visage sombre et ses yeux noirs et doux, un air d’enfant en pleurs.

C’était exactement l’expression d’un enfant qu’on vient de punir durement et qui ne sait pour quel motif et pourquoi, qui ne sait comment échapper à la souffrance et à cette force brutale…

J’étais devant lui, l’animal me regardait, les larmes coulaient de mes yeux, c’étaient ses larmes.

Il n’est pas possible, devant la douleur d’un frère chéri, d’être secouée de sanglots plus douloureux que je ne l’étais dans mon impuissance devant cette souffrance muette.

Qu’ils étaient loin les pâturages de Roumanie, ces pâturages verts, gras et libres, qu’ils étaient inaccesibles, perdus à jamais.

Comme là-bas tout – le soleil levant, les beaux cris des oiseaux ou l’appel mélodieux des pâtres – comme tout était différent.

Et ici cette ville étrangère, horrible, l’étable étouffante, le foin écoeurant et moisi mélangé de paille pourrie, ces hommes inconnus et terribles et les coups, le sang ruisselant de la plaie ouverte…

Oh mon pauvre buffle, mon pauvre frère bien-aimé, nous sommes là tous deux aussi impuissants, aussi hébétés l’un que l’autre, et notre peine, notre impuissance, notre nostalgie font de nous un seul être.

Pendant ce temps, les prisonniers s’affairaient autour du chariot, déchargeant de lourds ballots et les portant dans le bâtiment.

Quant au soldat, il enfonça les deux mains dans les poches de son pantalon, se mit à arpenter la cour à grandes enjambées, un sourire aux lèvres, en sifflotant une rengaine qui traîne les rues.

Et devant mes yeux je vis passer la guerre dans toute sa splendeur… »

Rosa Luxemburg, « Écrits de prison ».

Shavua Tov – שבוע טוב

L’école juive, au cœur de ce qu’est une minorité nationale

Si Hapoel existe sous cette forme, c’est-à-dire comme proposition antifasciste juive, c’est parce que dès le départ nous avons considéré que la minorité juive de France avait une structure de minorité nationale.

C’est-à-dire que, dans la perspective antifasciste des personnes qui ont lancé Hapoel à l’époque, une analyse concrète avait été faite : il existe une minorité nationale juive, donc si l’on veut s’adresser aux masses populaires juives, il faut une proposition adaptée aux réalités d’une minorité nationale – même, voire surtout, s’il s’agit de dépasser cela dans l’union métissée et universaliste contre le fascisme.

Normalement l’existence d’une minorité nationale juive ne fait pas de doute, et cela ne sert pas à grand-chose de s’étendre là-dessus. Pourtant c’est une réalité souvent mal comprise, réduite à un caractère culturel, voire carrément religieux… De plus, si l’on veut un mouvement antifasciste juif aux bases solides, il faut connaître les piliers de cette structure de minorité nationale, pour les critiquer et les dépasser.

Prenons donc un exemple de ce qu’est cette structure de minorité nationale, qui est à nos yeux l’un des plus frappants : les écoles juives.

Ce jeudi matin, des dizaines de milliers d’enfants juifs et juives ont effectué leur rentrée scolaire dans un établissement juif, de la maternelle au lycée en passant par l’école primaire – voire jusqu’à bac+2. Comme chaque année, cette rentrée a lieu un peu avant celle de l’école publique, pour compenser les journées banalisées liées aux fêtes (Rosh Hashanah, Kippour, etc.).

Les chiffres des institutions juives estiment qu’environ un tiers des enfants de la communauté sont scolariséEs dans leurs établissement (certainement encore plus dans la région parisienne), et que la moitié de la jeunesse est déjà passée par l’école juive à un moment de sa scolarité. Et avec la flambée d’antisémitisme des années 2000, c’est toute une génération pour qui l’école juive a été une actualité, d’une manière ou d’une autre.

C’est dire à quel point cette réalité est massive et à quel point elle cimente la minorité juive pour en faire une minorité nationale. Mais aussi à quel point elle est sous-estimée – si ce n’est niée – par toutes les organisations de la gauche. Pourtant, une réalité aussi massive et quotidienne mériterait d’être étudiée de manière précise et concrète.

Quelle est l’histoire de l’école juive en France ? Quel est le vécu des enfants dans les écoles juives ? Quelle différence dans le vécu entre les filles et les garçons ? Entre une école à Paris dans le 19ème, dans le 13ème, à Boulogne, en banlieue, en « province » comme à Marseille ou Strasbourg ? Pourquoi et comment les parents ont choisi l’école juive ? Quel est le vécu du personnel non enseignant ?

Quels sont les différents courants « concurrents » parmi les écoles ? Comment ceux-ci sont chapeautés et organisés par les institutions juives ? Comment les écoles sont-elles financées, et suivant quelles politiques de l’État et des « collectivités territoriales » ? Comment s’organise concrètement l’encadrement de la jeunesse juive dans les écoles ?

Comme on le voit il y aurait énormément à dire sur l’école juive, mais chaque sujet particulier mériterait des pages à lui tout seul. Une structure comme Hapoel doit nécessairement développer des positions sur ces sujets, pour espérer pouvoir mobiliser les premierEs concernéEs.

Quoi qu’il en soit, s’il s’agit de retenir une chose, c’est que le développement de l’école juive s’est fait complètement sous l’impulsion et sous le contrôle des institutions juives (en particulier le FSJU), en alliance avec l’État français et ses échelons – mais aussi avec la Sokhnout (l’Agence Juive).

Qu’est-ce que nous voulons dire par là ? Quand on regarde l’évolution des effectifs de l’école juive, on voit qu’il y a eu un développement énorme dans les années 1970 – 1980, puis de nouveau à partir du début des années 2000. Ce que nous prétendons, c’est que l’aspect principal de ce développement n’est pas « la demande » – même si bien entendu cela correspond à une partie de la réalité.

Quand on veut critiquer et transformer l’état actuel des choses, il faut partir du principe inverse : l’aspect principal, c’est que le développement de l’école juive est pour ainsi dire un choix des classes dominantes de la société, un choix venant d’en haut.

Bourgeoisie juive organisée dans ses institutions, État français qui « gère » la minorité juive, mais aussi les institutions de l’État sioniste ayant un besoin vital de la « diaspora » comme oxygène : ce sont ces forces là qui ont impulsé l’école juive, et qui en ont fait une actualité pour la minorité juive.

C’est de ce point de vue qu’il faut partir, sinon on se laisse aveugler par des conceptions à proprement parler libérales, comme quoi les dominants ne font que répondre par une « offre » à la « demande » des masses juives. Il faut considérer à l’inverse que la « spontanéité » n’existe pas… surtout dans une minorité aussi quadrillée que la nôtre par les institutionnels et para-institutionnels.

Une telle erreur désarme forcément toute aspiration révolutionnaire, d’une manière ou d’une autre, en refusant de considérer que la jeunesse populaire juive exige la rébellion. Si l’on ne saisit pas cela, on ne peut voir que l’école juive est aussi une forme d’enfermement pour nos jeunes, et que la pression exercée par « l’autorité parentale » revêt une forme particulière, spécifique aux minorités nationales, qui est donc à critiquer de manière particulière.

Voilà le fil rouge : si on veut un antifascisme concret, il faut partir de la réalité concrète, et la critiquer concrètement. Autrement dit : la minorité juive a une structure de minorité nationale, l’école juive est un de ses principaux piliers, et il y a une politique antifasciste à mener en direction de la jeunesse des écoles juives. Voilà ce qui doit être notre point de départ.

Shabbat Shalom – שבת שלום

Entrée vendredi à 20h13, sortie samedi à 21h19.