Shavua Tov – שבוע טוב


Entrée vendredi à 21h38, sortie samedi à 23h02.
Les communautés juives d’Algérie étaient très anciennes et très diverses. Très vraisemblablement, elles étaient partiellement issues de communautés berbères converties au judaïsme.
En tout cas, pendant l’invasion musulmane du Maghreb, les berbères de toutes tribus et de toutes religions ont résisté, et ont pu tenir têtes pendant des années dans des « guérillas ». On pensera notamment à la reine judéo-berbère Kahina, qui est jusqu’aujourd’hui une fierté populaire amazigh.
En 1391 et 1492, la puissance féodale violemment catholique et antisémite qu’est l’état espagnol de l’époque expulse les Juifs (qui seraient d’ailleurs eux-mêmes issus de l’Afrique du Nord, justement), qui vont s’installer au Maghreb, voire en Turquie et dans l’Europe du Sud-Est.
Beaucoup viendront en Algérie, principalement dans les villes de la côte (retenons Oran, Alger, Constantine), contrairement aux communautés locales (souvent extrêmement pauvres) qui vivaient aussi bien dans les quartiers juifs des grandes villes de l’artisanat, ou bien dans les villages, jusqu’aux limites du désert.
Sous l’occupation ottomane, les occupants poussent à fond la division des masses en poussant aux pogroms contre les Juifs, soumis au statut de dhimmi.
Les Français viennent balayer l’empire ottoman et occuper militairement l’Algérie en 1830. Les Juifs sont très partagés : certains collaboreront comme tête de pont du colonialisme français (il faut le dire, et remarquer qu’il s’agit souvent des plus riches familles juives « livournaises » qui commerçaient déjà en Méditerrannée et étaient souvent polyglottes) ; les larges masses juives, elles, sont très méfiantes à l’égard des troupes françaises menées par des généraux ouvertement antisémites, mais sont prises entre deux oppressions : l’oppression comme minorité religieuse parmi les masses d’Algérie, ou l’oppression coloniale française.
Bientôt, l’Algérie deviendra aussi une colonie de peuplement de la France désormais impérialiste, et les pieds-noirs étaient très très majoritairement antisémites, ce qui est visible dans l’agitation fasciste des années 30 des Français en Algérie.
Parallèlement, les élites juives françaises ultra-assimilées prendront en pitié les communautés algériennes dans la misère, dans un paternalisme… typiquement français, si bien que Crémieux fait passer en 1870 un décret naturalisant français les Juifs d’Algérie. Cette mesure jette politiquement et culturellement les masses juives derrière l’impérialisme français : « diviser pour mieux régner »…
Il est très important pour nous de ne pas cacher la vérité historique, et de bien comprendre la division impérialiste de la nation algérienne par la manipulation colonialiste des communautés juives.
Ainsi, les communautés algériennes juives (très assimilées à en juger par les prénoms, et la langue arabe qui est abandonnéee au profit du français) qui portaient un grand espoir dans la République Française et dans la gauche « républicaine », sont sans doute celles qui ont payé le plus lourd tribut à l’impérialisme français et à l’antisémitisme pieds-noirs comme arabe.
Il faut bien voir que l’antisémitisme français est hégémonique et justifie même de manière exclusive la création de partis et journaux antisémites (comprendre : dont c’est la principale ligne politique, cf. le célèbre « Petit Oranais »). L’abrogation du décret Crémieux est une revendication traditionnelle de l’immenssissime majorité des colons, contrairement aux arabes qui auraient justement voulu étendre ce décret.
Mais les Français poussent le vice impérialiste en montant les arabes contre les juifs sous prétexte que les juifs ont la citoyenneté française, alors qu’ils n’auraient jamais donné le moindre droit politique ni aucune indépendance à l’ensemble du peuple algérien.
L’abrogation est chose faite sous Vichy, les Juifs sont déchus de leur citoyenneté française et sont soumis à la législation antisémite française, ce qui fait bien sentir que la « protection » de la France est en fait très conditionnelle (ce qui a d’ailleurs fait réflechir le mouvement de libération algérien). Des juifs connaissent la déportation, mais essentiellement, on se souviendra des camps de travail en Algérie même, et les brimades inhumaines des soldats indigènes juifs par exemple dans l’Ouest algérien.
Même après le débarquement allié, l’antisémitisme est tellement fort que le décret Crémieux n’est pas immédiatement rétabli (il faudra attendre six longs mois de plus).
Arrivent ensuite le 1er novembre 1954 les « événements d’Algérie », i.e. la Révolution au million de martyrs contre l’impérialisme français. Des juifs rejoignent avec honneur les rangs de la libération nationale, quelques juifs à la mémoire courte rejoignent l’OAS (qui reste antisémite évidemment et qui compte de nombreux vichystes dans ses rangs) mais la majorité reste « neutre » (si cela a un sens pendant une guerre de libération nationale). Le FLN se dit ouvert à tous les Algériens, arabes, kabyles, chaouis, et juifs, car les juifs d’Algérie font partie de la nation arabe et ont leur place dans la libération de la patrie : « L’Algérie est aux Algériens, à tous les Algériens quelle que soit leur origine. », dira Ferhat Abbas.
Mais les nombreux attentats dans les quartiers juifs, dans les synagogues, etc. jetteront malheureusement la communauté juive d’Algérie derrière l’impérialisme français. L’assassinat de Cheikh Raymond le chanteur de maalouf à Constantine en 1961 scellera la fin de la confiance.
Ainsi en 1962, les algériens juifs émigreront en masse en France (grâce à la nationalité déjà acquise depuis presque un siècle) ; c’est d’ailleurs le seul pays arabe où le sionisme était si peu populaire et où l’émigration vers l’état sioniste d’Israel a été si minoritaire.
L’impérialisme français et la réaction arabe auront donc réussi à déraciner des communautés présentes depuis deux millénaires (contrairement aux colons pieds-noirs), et les masses juives algériennes le vivent concrètement comme un exil final extrêmement douloureux car apparemment définitif, après « l’exil intérieur » du décret Crémieux.
« Pendant ce temps, en Algérie », la bourgeoisie nationale qui avait mené la révolution nationale suit le cours normal de presque toutes les bourgeoisies nationales dans les pays semi-coloniaux semi-féodaux : elle se vend au social-impérialisme soviétique, et ne rompra de fait jamais avec l’impérialisme français (notamment pour l’exploitation des hydrocarbures, ainsi que pour les tests nucléaires qui ont été un véritable crime contre les masses du Sud algérien).
Cette bourgeoisie nouvellement compradore a besoin comme dans les autres « états nationaux » arabes d’une idéologie pour retenir la révolte des masses arabes ; elle développera, exactement comme en Égypte, Syrie, Iraq etc. un véritable antisémitisme d’État, alors précisément qu’il n’y a quasi plus de Juifs en Algérie. Le patrimoine culturel algérien juif est alors souillé et détruit, comme la grande synagogue d’Oran [voir photo] qui est transformée en mosquée…
Jusqu’aujourd’hui, le FLN vendu à la France ne peut d’ailleurs s’empêcher des sorties antisémites, comme le ministre des Anciens Combattants il y a peu.
Quant à nous, nous espérons voir de notre vivant le temps où les juifs arabo-berbères pourront retrouver leur place dans la nation arabe et dans la révolution nationale-démocratique arabe, aux côtés de l’ensemble de la nation arabe.
Le grand écrivain kabyle Kateb Yacine disait ainsi :
« Les Juifs et les Arabes, depuis des millénaires, sont des frères. [...] La religion, le sionisme et le nationalisme sont maintenant du passé. L’avenir exige des vues plus larges, fondées sur la confiance, la coopération, la paix. »
De même, le révolutionnaire martiniquais Frantz Fanon, qui a combattu en Algérie pour l’indépendance (à Blida notamment), était également très explicite :
« Une des manœuvres les plus pernicieuses du colonialisme en Algérie fut et reste la division en juifs et musulmans. Les juifs sont en Algérie depuis plus de 2000 ans ; ils font partie intégrante du peuple algérien. Musulmans et juifs, fils d’une même terre, n’ont pas à tomber dans le piège de la provocation. En revanche, ils se doivent de faire front contre elle, ne pas se laisser duper par ceux qui, il n’y a pas si longtemps, envisageaient avec désinvolture l’anéantissement total des juifs comme une étape salutaire de l’évolution de l’humanité. »
Conseillons de plus la lecture du livre de l’historien Benjamin Stora « Juifs d’Algérie, les trois exils ». Son œuvre contient des éléments personnels qui parleront sans doute aux personnes originaires d’Algérie.

Entrée vendredi à 21h34, sortie samedi à 22h58.
Depuis hier soir les personnes juives religieuses célèbrent Shavuot, qui signifie « les semaines » et qui marque la fin de la période de l’Omer, les sept semaines qui suivent le deuxième jour de Pessa’h.
Shavuot dure d’hier soir jusqu’à jeudi soir à 22h56. La fête dure en France deux jours, comme partout en « diaspora ».
Dans la doctrine des religieux, Shavuot marque le don de la Torah et des dix commandements à Moïse sur le Sinai. Ce don scelle définitivement l’alliance entre D.ieu et le peuple « élu », mais correspond en fait aux deuxièmes Tables de la Loi, après celles brisées par Moïse face à l’idôlatrie du veau d’or (qui est plus ou moins du type « faux matriarcat »).
C’est du moins la tradition religieuse rabbinique qui affirme tout cela, bien que ce ne soit pas explicitement mentionné comme tel dans la Torah. Mais par exemple pour les pratiquants originaires d’Afrique du Nord, il est coutume de se lever pendant la lecture des dix commandements, pour célébrer en particulier le don des Tables de la Loi.
De même il est coutume, notamment chez les kabbalistes, de consacrer toute la nuit à l’étude, en mémoire de la « grasse matinée » dans laquelle étaient plongés les Hébreux le matin où Moshé reçut la Torah, ne se montrant ainsi pas « à la hauteur ».
Mais d’un point de vue rationnel et matérialiste, si l’on ne s’en tient pas uniquement à la tradition rabbinique, il faut voir que la fête de Shavuot est très liée à la terre, à l’agriculture, comme d’ailleurs beaucoup de fêtes religieuses – juives ou autres.
En effet, Pessa’h est supposée ouvrir la saison de la récolte du grain, qui est refermée sept semaines plus tard par Shavuot ; et Shavuot ouvre en même temps la période de récolte des fruits, qui refermée par Soukkot. C’est notamment à Shavuot que, toujours d’après les religieux, D.ieu est supposé « juger » les arbres et leur production fruitière future – ce à quoi fait écho Tou BiShvat en janvier ou février.
Ces deux raisons très matérialistes expliquent pourquoi il était prescrit à l’époque du Temple de faire des offrandes de grains ainsi que des premiers fruits. Et soit dit en passant, la Torah prescrit trois pèlerinages au Beth HaMikdash, comme par hasard à… Pessa’h, Shavuot et Soukkot ! La dimension agricole saute donc incontestablement aux yeux !
Dans la religion chrétienne on retrouve une fête similaire, puisque la Pentecôte est célébrée 50 jours après la Pâques, comme Shavuot est célébrée 49 jours (= 7 semaines) après Pessa’h.

Entrée vendredi à 21h29, sortie samedi à 22h52.
Dans les années 1960 et 1970, il a existé une extrême-gauche en Israel, qui avait réussi à trouver quelques échos dans les masses populaires. Cette extrême-gauche regroupait aussi bien des juifs que des arabes habitant en Israel, et entretenait des relations avec les organisations révolutionnaires arabes palestiniennes.
L’organisation la plus connue est Matzpen (= boussole), qui est en fait le nom du journal de l’Organisation Socialiste Israelienne. Cette organisation est issue dans les années 1960 d’un groupe d’exclus du Maki, le Parti Communiste Israelien. C’est de cette organisation, particulièrement sujette à la répression, que sont sortis plusieurs autres groupes d’extrême-gauche.
Ces groupes avaient des idéologies différentes, et il faut remarquer ici l’influence de l’extrême-gauche française (prestigieuse à l’époque) sur les débats idéologiques dans l’extrême-gauche judéo-arabe d’Israel. Ainsi il y a eu en Israel des gens se revendiquant « pablistes » ou « lambertistes » comme en France, mais aussi… des maoïstes, très marqués par le style de travail de la Gauche Prolétarienne en France.
Ce courant se revendiquant maoïste est sorti de Matzpen avec Septembre Noir, c’est-à-dire avec la répression en septembre 1970 du mouvement palestinien par le royaume de Jordanie, avec en arrière-plan les intérêts américains.
Ainsi en septembre 1970, l’Alliance Communiste Révolutionnaire (HaBrit HaKomunistit HaMahapakhnit) a fait scission et a publié le premier numéro de son organe de presse, Maavak (= lutte), organe de presse trimestriel paraissant en deux versions : en hébreu et en arabe.
Hapoel a traduit ici sa plateforme politique, rédigée à la fin septembre 1970, et parue dans le premier numéro de Maavak en octobre. La traduction est faite de manière très littérale à partir de la version anglaise, avec la version en hébreu pour contrôler.
Au-delà du contenu très clair de cette plateforme, il faut comprendre pourquoi Hapoel publie cette archive : pour rappeler que quand on est juif, juive, il existe un chemin pour la contestation, pour la révolte.
Une démarche organisée est possible, l’engagement révolutionnaire est possible, pas seulement de manière théorique, mais pour s’engager concrètement sur le long terme et en finir véritablement avec l’exploitation, l’oppression, le racisme, le sexisme, la destruction de la planète. Pour réaliser la libération totale.
1. Notre position est basée sur le Marxisme-Léninisme et sur l’internationalisme prolétarien. Cette attitude n’est pas seulement une question d’éthique et de conscience révolutionnaires, elle est aussi une condition pour la victoire de la révolution socialiste, même dans le cadre national ou régional le plus limité. Cette attitude est construite sur :
2. La vision de la Révolution d’Octobre comme point de départ de la révolution mondiale.
3. La vision de la Révolution Chinoise comme la continuation directe d’Octobre et un pas important vers la révolution mondiale.
4. L’identification avec le peuple vietnamien, le peuple cubain, le peuple palestinien et touts les peuples dont la résistance héroïque à l’Impérialisme ne mène pas seulement à la voie révolutionnaire et à participer à la lutte de classe internationale, mais constitue aussi une précieuse source de leçons pour les révolutionnaires de partout.
5. La solidarité avec les masses opprimées de partout contre leurs maîtres, qu’ils soient féodaux, bourgeois ou bureaucratiques ; qu’ils soient nationaux ou étrangers ; que leur ordre soit imposée au nom de Dieu, de la Nation, de la Liberté, ou même de leur propre conception du « socialisme ». La solidarité avec les masses de travailleurs exploités de partout dans leur lutte contre le Capitalisme.
6. L’identification active avec les révolutionnaires de partout, ce qui signifie de tendre à unir ses forces sur une base démocratique avec tous les éléments combattant maintenant pour les mêmes objectifs ; l’Union des forces à une échelle régionale et l’intégration de la lutte nationale ou régionale à une stratégie globale, afin d’isoler l’Impérialisme et de constituer un Front révolutionnaire mondial.
7. Le soutien au prolétariat et à la jeunesse révolutionnaire des pays Impérialistes dans leurs luttes contre le capitalisme, le racisme et l’impérialisme ainsi que contre le révisionnisme, le réformisme et les forces de classe collaborationnistes.
8. La participation au débat international du mouvement révolutionnaire, comme contribution à lutte pour la démocratie socialiste mondiale.
9. Armés de cette attitude internationaliste, nous, révolutionnaires juifs et arabes, résidant dans l’État d’Israel, voyons en la puissance sioniste – qui assure la continuation de l’ordre social existant dans le domaine politique de notre action – notre principal ennemi tactique.
10. L’entreprise sioniste est partiellement implantée hors de cette région. Si bien qu’une partie de la lutte contre celui-ci est de la responsabilité des révolutionnaires qui travaillent dans ces pays où le sionisme a ses racines.
11. L’État d’Israel en croissance et en expansion – toutes ses institutions politiques, militaires et syndicales – est l’expression de la réalisation sioniste.
12. L’État sioniste d’Israel est le résultat d’un processus colonisateur accompli avec l’aide de l’impérialisme mondial, et aux dépens du peuple arabe. Ce processus – accompli à l’aide de lois racistes justifiant la confiscation de terre, l’immigration juive organisée suivant la « Loi du Retour » et l’implantation juive aux dépens des résidents palestiniens – détermine le caractère colonial de l’existence même de l’État sioniste. C’est-à-dire qu’Israel n’est pas une société dans laquelle les contradictions internes de classe constituent la base pour une révolution socialiste israelienne indépendante, autonome par rapport au processus révolutionnaire de toute la région.
13. La société israelienne, malgré son caractère colonial, et l’artificialité de son économie subventionnée, est une société de classe, intégrée dans le marché capitaliste mondial, et dans laquelle de larges couches de travailleurs souffrent comme dans toute société capitaliste de l’exploitation et de l’oppression sociale. C’est cette contradiction sociale qui constitue le terrain potentiel pour le détachement de ces couches de l’entreprise sioniste pro-impérialiste.
14. Le principal obstacle pour cette désolidarisation consiste en la puissance idéologique du sionisme, qui se présente aux yeux des masses juives, en Israel aussi bien qu’à l’étranger, comme l’unique alternative à la persécution éternelle et au génocide. Nous devons nous souvenir que c’est l’idéologie sioniste, en tant que telle, qui a canalisé le désespoir politique de la petite-bourgeoisie juive, appauvrie et persécutée par la réaction antisémite, et qui l’a transformé en énergie colonisatrice, servant objectivement les intérêts de l’impérialisme occidental.
15. Sans qu’une partie de la population juive ne se détache de l’idéologie sioniste, les contradictions sociales ne joueront pas leur rôle historique, et l’implantation israelienne restera une force intégrée, constituant une puissante armée contre le mouvement de libération arabe et la révolution socialiste.
16. Cette déconnexion ne peut se produire seulement à travers le développement de trois processus, indissociables les uns des autres :
A. La disparition progressive de la supériorité militaire israelienne.
B. L’aggravation de la crise économique interne en Israel.
C. L’émergence d’une alternative internationaliste dans le mouvement de libération palestinien et dans le mouvement révolutionnaire arabe, parallèlement à la pénétration de l’idéologie anti-impérialiste parmi les masses de travailleurs juifs en Israel.
17. Afin d’accomplir cet objectif, il est de la toute première importance de combattre les attitudes et politiques chauvines qui continuent d’exister dans le mouvement de libération arabe ; des politiques qui ne voient pas l’existence d’une entité nationale juive en Palestine – Eretz Israel, ni la question politique découlant de l’existence de cette minorité nationale et de ses droits. Seule une claire reconnaissance de ces droits politiques peut créer la base objective et subjective pour que les masses exploitées d’Israel soient capables de rejoindre la lutte révolutionnaire commune.
18. Le peuple arabe palestinien a été depuis plusieurs décennies la victime principale de l’alliance objective entre le sionisme et la réaction arabe. Son agitation politique après la guerre de 1967 constitue l’un des signes les plus importants et les plus sains du changement révolutionnaire et de la destruction de l’ordre social existant dans cette région.
19. De par sa situation historique, le mouvement palestinien se tient en première ligne de la lutte, non seulement contre le sionisme et la réaction arabe pro-impérialiste, mais également contre la force et l’idéologie de la petite-bourgeoisie, qui prétend faire passer son réformisme nationaliste pour du socialisme.
20. La question palestinienne ne peut seulement être résolue dans le cadre de la révolution socialiste, qui ne peut se produire sans l’union – sur une base internationaliste – de toutes les forces révolutionnaires de la région.
21. La Palestine – Eretz Israel est un territoire dont le caractère est binational ; l’actuelle concentration territoriale de la population juive n’est qu’une fonction du rapport de force, qui assure la permanence de l’expulsion de la population arabe de sa terre. La séparation territoriale entre les deux peuples sur la base du rapport de force sioniste contredit le principe démocratique selon lequel tout citoyen, indépendamment de sa nationalité, peut vivre et travailler là où il le choisit.
22. Ces affirmations suggèrent une conclusion claire et unique : la seule alternative à la guerre nationale, la guerre entre les peuples, est la lutte révolutionnaire commune aux Arabes et aux Juifs.
23. Le sionisme et la question israelienne ne sont ni le seul moteur, ni le seul obstacle à la Révolution dans le monde arabe. Au contraire, la question palestinienne ainsi que le sionisme sont des manifestations de la domination Impérialiste sur une région de la première importance économique et stratégique. Cette région est encore prisonnière de cadres idéologiques et politiques qui garantissent la continuation de l’ordre Impérialiste. Non seulement la bourgeoisie locale, organiquement liée à l’impérialisme, mais aussi la petite-bourgeoisie « progressiste », ont démontré leur incapacité totale à diriger le mouvement de libération des peuples arabes. Cet échec de la révolution nationale-démocratique au Proche-Orient constitue la base objective pour la radicalisation révolutionnaire du mouvement national arabe, tandis que le développement du prolétariat dans les pays arabes est en train de créer le sujet qui est appelé à diriger ce processus.
24. Sur la base des lignes générales de cette analyse, nous croyons possible et nécessaire d’établir le pouvoir populaire révolutionnaire – une alliance des paysans, des ouvriers et des intellectuels sous direction prolétarienne – dans l’Est Arabe.
25. L’Est Arabe ne constitue pas une unité géopolitique complète et définie. Cette région est liée, historiquement, à l’Ouest Arabe (le Maghreb : l’Afrique du Nord) ainsi qu’aux processus sociaux englobant les parties non arabes de l’Asie de l’Ouest. Si bien que l’union socialiste de l’Est Arabe, avec ses minorités libres, ne peut être autre chose qu’une zone libérée.
26. Nous sommes conscients de la contradiction entre la nécessité d’organiser la lutte révolutionnaire sur la base du centralisme le plus rigoureux et l’aspiration démocratique à la décentralisation et à l’autogestion de la société par les citoyens eux-mêmes en tout endroit ; mais nous voyons cette contradiction comme dialectique, et non antagoniste.
27. Il ne peut y avoir de victoire du socialisme sans la construction d’un parti révolutionnaire de toute la région, qui dirigera les masses de la région entière à la conquête du pouvoir.
28. Cela est l’objectif momentané : contribuer à la construction d’un parti commun, à travers la lutte révolutionnaire – qui détermine la forme de l’organisation à cette étape. Nous ne sommes pas encore organiquement liés aux larges masses sans lesquelles il ne peut y avoir aucune action politique significative.
29. Nous voyons comme une nécessité immédiate la formation d’un front révolutionnaire en Israel, qui sera ouvert à quiconque sera en accord avec les principes et objectifs formulés dans cette plateforme, et à quiconque acceptera sa discipline, en accord avec le principe de centralisme démocratique.
30. L’objectif du Front à long terme doit être de préparer, organiser et diriger – par tous les moyens qu’il considérera comme nécessaires – la guerre contre le régime sioniste dans un esprit d’internationalisme prolétarien ; en même temps que l’objectif final de la lutte est l’établissement du Pouvoir révolutionnaire du Peuple dans l’Est Arabe, comme zone libérée et comme bastion de la révolution socialiste mondiale.
31. L’objectif du Front à cette étape est de coordonner les énergies révolutionnaires existant dans le champ de notre action, jusqu’à ce que les conditions soient créées pour la transformation du Front en Parti. Ces conditions sont principalement :
A. Un programme politique incluant une analyse théorique des dynamiques sociales au Proche-Orient, et accepté par la majorité des membres du Front.
B. Une stratégie politique enracinée dans les luttes objectives des couches sociales exploitées, et l’engagement actif du Front dans ces luttes.
Le 29 septembre 1970.