Archives de avril, 2011

Shavua Tov – שבוע טוב

Shabbat Shalom – שבת שלום

Entrée vendredi à 20h44, sortie samedi à 21h58. Puis Yom HaShoah jusqu’à dimanche soir.

Spock, Tchernobyl et le nucléaire

Pourquoi est-ce que Hapoel prend le temps de parler du célèbre personnage Spock de Star Trek ? Pourquoi est-ce que Hapoel a mis plusieurs fois en avant un document comme « Spock de Star Trek, ou la figure du juif schizophrène, formaliste, étranger » ? Pourquoi est-ce que Hapoel a publié une photo d’un sticker de Spock, prise par un proche d’Hapoel dans les rues de Jérusalem ?

Est-ce que c’est une manière de faire remarquer avec « humour » que, même dans l’espace, il y a des « juifs » ? Est-ce que c’est simplement l’aspect « funky malgré lui » de Spock qui est charmant ? Est-ce que c’est uniquement pour donner un côté « pop » à Hapoel en escamotant le contenu culturel progressiste ?

En quelque sorte cela aurait pu, mais ce n’est pas le cas.

En fait, derrière le personnage complexe et passionnant de Spock, il y a tout un univers utopique développé dans la série Star Trek – qui va fêter ses 45 ans en septembre.

Dans Star Trek, on suit ainsi au 23ème siècle les aventures de l’équipage du vaisseau spatial USS Enterprise, un équipage scientifique et pacifique qui cherche à découvrir de nouvelles formes de vie dans l’univers. Dans la société de Star Trek, il n’existe plus ni racisme (entre Américains, Africains, Chinois, Russes… ou bien envers des races non humaines), ni sexisme, ni argent, ni esprit de compétition et de guerre : il y a juste différentes formes de vie qui s’associent pour développer et enrichir les sciences (découvrir de nouvelles civilisations) et les arts (comme Spock jouant de la lyre vulcaine).

Star Trek est une série progressiste, Spock est un personnage progressiste – et plus ou moins « juif » : voilà le contenu dont on parle quand on met en avant Spock.

Alors justement, qu’est-ce qu’un univers futuriste et progressiste comme celui de Star Trek a à dire, par exemple sur la question du nucléaire ?

Eh bien, au moment où l’on commémore le 25ème anniversaire de la catastophe de Tchernobyl (26 avril 1986), il faut savoir qu’un des films Star Trek fait une référence très appuyée à Tchernobyl.

En fait, il existe plus d’une dizaine de films sous la licence de Star Trek. Parmi ceux-ci, les six premiers correspondent aux personnages et acteurs de la série originale, celle de la fin des années 1960.

Le 6ème de ces films s’intitule « Star Trek VI : Terre Inconnue » (« The Undiscovered Country »), est sorti en 1991, et démarre sur cette scène (en anglais non sous-titré…) :

Pour résumer, on assiste à l’explosion d’une planète qui crée une gigantesque onde de choc dans l’univers. L’USS Excelsior est pris dans cette onde de choc, dont il découvre la provenance : Praxis, une lune qui sert de principale source d’énergie à la civilisation klingon.

Le capitaine contacte alors le haut commandement klingon pour lui proposer de l’assistance. Mais il intercepte une communication provenant de Praxis, où l’on voit un survivant pris de terreur face à une situation catastrophique.

Puis la communication est rétablie avec le haut commandement klingon, qui parle simplement d’un « incident », déclare que « everything is under control », et qui exige que l’USS Excelsior reste en dehors de la « zone neutre ».

Comme on le voit, le parallèle avec Tchernobyl est saisissant, et en fait ce n’est pas pour rien puisque dans ce film, la civilisation klingon représente en réalité l’URSS. Dans l’esprit du film, l’explosion de Praxis est la catastrophe qui permet indirectement d’entrer dans une nouvelle ère de paix. Sous-entendu : Tchernobyl a permis la fin de l’URSS et l’avènement de la paix mondiale…

Mais au-delà de la catastrophe de Tchernobyl précisément, Star Trek parle à certains moments de l’énergie nucléaire de manière plus générale.

Prenons l’exemple du 4ème film Star Trek, intitulé « Star Trek IV – Retour sur Terre » (« The Voyage Home »), qui a été réalisé par l’acteur de Spock lui-même (Leonard Nimoy) et a par ailleurs été un grand succès.

Ce film a déjà été présenté ici par le site écologiste La Terre D’abord. « The Voyage Home » est sorti fin 1986 (c’est-à-dire après Tchernobyl), mais a été tourné en février (c’est-à-dire avant).

Résumons rapidement l’histoire. Vers la fin du 23ème siècle, une sonde extraterrestre envoie des ondes incompréhensibles en direction de la planète Terre, et plus précisément de ses océans. Mais comme personne ne sait lui répondre, la sonde ne s’arrête pas et réchauffe l’eau des océans, créant ainsi des nuages qui empêchent l’humanité d’accéder à l’énergie solaire.

Mais Spock se rend compte que la sonde communique en fait avec le langage des baleines à bosses, et qu’elle attend simplement une réponse. Seulement voilà : au 23ème siècle, les baleines à bosse ont disparu, victimes des massacres perpétrés par l’humanité.

L’équipage de l’Enterprise doit donc revenir dans le « passé » (en 1986, donc) et sauver un couple de baleines à bosses pour les ramener dans le futur, repeupler les océans et sauver la civilisation humaine.

Au passage, on remarque que dans Star Trek, l’humanité profite de l’énergie solaire comme principale source d’énergie, et non de ressources issues de la Terre elle-même. Quand on y pense un peu, cela n’a rien d’irréaliste ou de farfelu, et c’est peut-être même la seule voie pour atteindre une harmonie entre la civilisation humaine et la planète dans son ensemble.

Mais revenons au film de Leonard Nimoy : une fois retourné en 1986, l’équipage de l’Enterprise rencontre des problèmes d’énergie dans son vaisseau, ce qui empêcherait de retourner dans le futur avec les baleines à bosse. Mais comme toujours, Spock trouve une solution…

[La vidéo se retrouve par ici en cas de problème technique ci-dessous.]

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En réalité il y a un erreur dans les sous-titres : dans un premier temps Spock ne parle pas de fusion nucléaire, mais de fission nucléaire, c’est-à-dire la réaction qui est à l’œuvre dans les centrales nucléaires que l’on connaît.

Voici une traduction littérale de ce qu’explique Spock :

SPOCK : Il pourrait y avoir une solution au 20ème siècle.

KIRK : Expliquez-vous.

SPOCK : Si je me souviens bien, il y avait un flirt dangereux avec les réacteurs à fission nucléaire, résultant en des effets secondaires toxiques. Au début de l’ère de la fusion, ces réacteurs ont été remplacés. Mais en ce moment, on devrait pouvoir en trouver.

KIRK : Mais vous avez dit qu’ils étaient toxiques.

SPOCK : Nous pourrions manipuler un de ces engins pour collecter leurs photons à haute énergie de façon sûre ; nous pourrions alors injecter ces photons dans la chambre à dilithium, permettant au cristal de se restructurer. Théoriquement…

KIRK : Où trouverions-nous ces réacteurs… théoriquement ?

SPOCK : L’énergie nucléaire était largement utilisée dans les navires à propulsion nucléaire…

Comme on le voit, la question de l’énergie nucléaire est posée, et sa dangerosité est clairement exprimée. Ainsi, malgré toute la fascination qui transparaît dans Star Trek par rapport à la technologie en général, il est affirmé que la fission nucléaire n’a pas sa place dans un futur pacifique tourné vers la science et les arts.

Pour en revenir au film, une partie de l’équipage de l’Enterprise part donc à la recherche de navires à propulsion nucléaire, pour régénérer les cristaux à énergie du vaisseau spatial. Cela donne lieu à cette scène hilarante et partiellement improvisée, où une femme kényane et un Soviétique à l’accent russe très marqué demandent tout naturellement le chemin de la base militaire navale à un policier peu compréhensif…

En définitive, quand on voit l’attitude de l’univers Star Trek envers le nucléaire, on saisit l’une des raisons pour laquelle Hapoel met en avant le personnage de Spock – de manière sérieuse et non pas ridicule.

En fait, quand on y réflechit, on voit qu’il y a deux nouvelles dans tout cela : une bonne et une mauvaise. La bonne nouvelle, c’est qu’au 23ème siècle il y a encore des juifs en vie…

La mauvaise nouvelle quant à elle est totalement « oublié » dans Star Trek : au 23ème siècle, notre planète risque surtout d’être empoisonnée par les déchets nucléaires et recouverte de sarcophages de béton comme à Tchernobyl et bientôt Fukushima.

Il y a ici un choix à faire, un choix qui relève de la bataille entre civilisation et barbarie. Est-ce que nous voulons une planète saccagée et un avenir hypothéqué par le capitalisme ? Ou bien un avenir où le racisme, le sexisme, le capitalisme auront disparu, et où la formidable énergie de l’humanité sera consacrée aux arts et aux sciences, dans une vie en harmonie avec notre planète et notre univers ?

Génocide arménien, génocide juif : nos mémoires n’ont pas de frontières !

« Qui se souvient encore du massacre des Arméniens ? »
Adolf Hitler, août 1939.

Aujourd’hui est un jour particulier : le 24 avril est le jour de commémoration du génocide arménien de 1915, mais cette année c’est aussi – par pure coïncidence – la Journée de la Déportation organisée par l’État français pour les « Héros et Héroïnes de la Déportation » : personnes juives, tziganes, homosexuelles, communistes, résistantes.

L’idée de cette coïncidence vaut pour nous toutes les explications et tous les hommages.

Aujourd’hui on commémore ainsi le génocide arménien, qui a fait 1,5 millions de victimes arméniennes, 500 000 victimes assyro-chaldéennes-syriaques, 350 000 victimes grecques, ainsi que des centaines de milliers de victimes kurdes, utilisées puis trahies par les génocidaires turcs.

Ce 24 avril, chaque personne juive doit affirmer et réaffirmer sa solidarité avec la mémoire arménienne, le peuple arménien, et les communautés arméniennes issues de l’exil – de Marseille à Jérusalem en passant par Alfortville.

Le fascisme turc ne s’y trompe pas, et a bien compris que la solidarité internationaliste est une arme pour les peuples martyrs, pour les peuples épris de justice.

Car aujourd’hui, l’État fasciste turc est négationniste, et cela de manière ouverte et officielle : sa terminologie consacrée parle du « prétendu génocide arménien », sa « justice » condamne pour « insulte à l’identité nationale turque », ses mercenaires fascistes assassinent les défenseurs de la mémoire arménienne (souvenons-nous de Hrant Dink).

En fait, les négationnistes turcs usent exactement des mêmes procédés que les négationnistes de la Shoah :

- ils parlent de « prétendu génocide arménien », de « massacres », des « événements de 1915-1917 survenus en Anatolie orientale durant la Première Guerre Mondiale » (nous n’inventons rien…) ;
- ils minimisent le nombre de victimes de la barbarie fasciste turque, et contestent systématiquement tous les chiffres afin de jeter le trouble ;
- ils prétendent que la Turquie n’a fait que se défendre contre le terrorisme arménien, et vont jusqu’à parler sans honte de « la négation banalisée des atrocités arméniennes ».

Dans sa propagande haineuse, le fascisme turc a le soutien de certaines couches de la bourgeoisie française (mais on retrouve les mêmes négationnistes aux USA). Ainsi, le social-démocrate Jack Lang avait pu tenir des propos immondes, en parlant du « génocide arménien entre guillemets » et en prétendant que « la loi [reconnaissant le génocide arménien] a été adoptée en raison de préoccupations électorales ».

Mais le fascisme turc profite également du soutien historique de l’État israelien, qui nie la réalité du génocide arménien en tant que génocide. Ainsi l’État sioniste avait expliqué dans un communiqué que : « Israël reconnaît la tragédie vécue par les Arméniens. Cependant, ces événements ne peuvent être comparés à un génocide. ».

La frange d’extrême-droite du fascisme turc, traditionnellement antisémite, appelle donc subitement à ne pas faire d’« amalgame » entre la Shoah et le génocide arménien. Elle est aidée en cela par le « prix Nobel de la paix » Shimon Peres, qui avait déclaré à un journal turc : « Nous rejetons les tentatives de créer une similarité entre l’Holocauste juif et les allégations arméniennes. Rien de comparable à l’Holocauste n’a eu lieu. Ce qu’ont enduré les Arméniens est une tragédie mais pas un génocide. ».

La position de l’État sioniste revient ni plus ni moins à du négationnisme, et cela n’a en réalité rien de surprenant quand on connaît ses liens économiques et militaires avec l’État turc.

Bien pire : dans la foulée du massacre sur le bateau turc Mavi Marmara, de nombreuses voix sionistes, parfois même assez haut placées, s’étaient élevées pour demander enfin la reconnaissance par Israel du génocide arménien.

Mais où étaient ces hypocrites pendant des dizaines d’années ? De quel droit osent-ils utiliser la mémoire arménienne tour à tour comme moyen de marchandage et moyen de pression contre l’État turc ?

Pourtant, pour toute personne juive, pour toute personne consciente de ce qu’est un génocide, il est naturel de défendre le peuple frère arménien contre les tentatives de travestir la réalité, de salir la mémoire.

Cela doit impérativement passer par la mise en avant de nos mémoires sœurs, par la solidarité entre peuples ayant tutoyé l’anéantissement.

Par exemple, Hapoel avait mis à disposition il y a deux ans un assez long historique du génocide arménien. Pour mieux connaître et comprendre l’histoire du génocide arménien, nous conseillons entre autres le site Imprescriptible.

Mais notons surtout une initiative annuelle qui tient demain (lundi de Pâques) à Paris pour la 7ème fois : la Journée de sensibilisation aux génocides et à leur négation.

De 10h à 20h, une exposition se tiendra en plein air sur le Parvis de Notre-Dame. Cette expo s’intitule : « 1915/2011 – Le négationnisme ne connaît pas la crise », est organisée par le Collectif VAN, et met en avant les mémoires arménienne, juive, tutsie, darfourie, ainsi que de toutes les minorités d’Anatolie. Pour la première fois, l’Institute on the Holocaust and Genocide de Jérusalem s’associe à cette manifestation.

On ne peut qu’encourager celles et ceux qui peuvent à se rendre devant Notre-Dame et à apporter leur soutien à cette initiative.

Au nom de Missak Manouchian et de Joseph Epstein, que vive la fraternité antifasciste ! Nos mémoires n’ont pas de frontières !

Shavua Tov – שבוע טוב

Shabbat ‘Hol HaMo’ed – שבת חול המועד

Entrée vendredi à 20h34, sortie samedi à 21h46.

« Les œuvres du passé ne sont pas des sources mais des cours d’eau » : l’exemple d’une chanson populaire de Pessa’h

« Quelle est en dernière analyse la source de tous les genres littéraires et artistiques ? En tant que formes idéologiques, les œuvres littéraires et les œuvres d’art sont le produit du reflet, dans le cerveau de l’homme, d’une vie sociale donnée.

La littérature et l’art révolutionnaires sont donc le produit du reflet de la vie du peuple dans le cerveau de l’écrivain ou de l’artiste révolutionnaire. La vie du peuple est toujours une mine de matériaux pour la littérature et l’art, matériaux à l’état naturel, non travaillés, mais qui sont en revanche ce qu’il y a de plus vivant, de plus riche, d’essentiel.

Dans ce sens, elle fait pâlir n’importe quelle littérature, n’importe quel art, dont elle est d’ailleurs la source unique, inépuisable. Source unique, car c’est la seule possible ; il ne peut y en avoir d’autre. Certains diront : Et la littérature et l’art dans les livres et les œuvres des temps anciens et des pays étrangers ? Ne sont-ils pas des sources aussi ?

À vrai dire, les œuvres du passé ne sont pas des sources, mais des cours d’eau ; elles ont été créées avec les matériaux que les auteurs anciens ou étrangers ont puisés dans la vie du peuple de leur temps et de leur pays. Nous devons recueillir tout ce qu’il y a de bon dans l’héritage littéraire et artistique légué par le passé, assimiler d’un esprit critique ce qu’il contient d’utile et nous en servir comme d’un exemple, lorsque nous créons des œuvres en empruntant à la vie du peuple de notre temps et de notre pays les matériaux nécessaires. »

Mao Zedong, « Interventions aux causeries sur la littérature et l’art », 1942.

1. La chanson ‘Had Gadya

‘Had Gadya est une chanson populaire d’origine médiévale ashkénaze, écrite en araméen. C’est la chanson par laquelle se termine le Seder traditionnel ashkénaze, mais qui se retrouve plus généralement chez un certain nombre de familles israeliennes juives.

C’est en fait une chanson enfantine, très gaie et très « fraîche ». La structure de la chanson est « cumulative » : à chaque fois on reprend la strophe précédente en ajoutant un vers en tête de la strophe, et en terminant par « ‘Had Gadya, ‘Had Gadya ».

Cette structure « cumulative » se retrouve d’ailleurs dans une autre chanson incontournable de Pessa’h, « E’had, Mi Yode’a ? », qui associe les chiffres de 1 à 13 à des concepts religieux juifs (de l’unicité de D.ieu pour le chiffre 1, jusqu’aux 13 attributs de la miséricorde).

« ‘Had Gadya », cela signifie en araméen « un chevreau », l’enfant de la chèvre. L’histoire est simple, mais il faut suivre un peu :

Un père de famille achète un chevreau pour deux Zuzim (monnaie antique qui vaut un demi Shekel), chevreau qui se fait manger par le chat, chat qui se fait mordre par le chien, chien qui se fait battre par le bâton, bâton qui se fait brûler par le feu, feu qui se fait éteindre par l’eau, eau qui se fait boire par le bœuf, bœuf qui se fait abattre rituellement par le Sho’het, Sho’het qui se fait tuer par Malakh HaMavet (l’ange de la mort), Malakh HaMavet qui se fait tuer par HaKadosh Baroukh Hou (le Saint béni soit-il).

Il existe des adaptations de ‘Had Gadya dans plusieurs langues : en yiddish (version de Moishe Oysher par ici) et en hébreu évidemment, mais aussi en arabe ou en ladino.

De plus, de nombreux et nombreuses artistes ont interprété ‘Had Gadya à leur manière, souvent en insufflant un contenu progressiste et en donnant tout son sens à l’idée que « les œuvres du passé ne sont pas des sources mais des cours d’eau ».

2. L’interprétation pacifiste de ‘Hava Alberstein

‘Hava Alberstein est une célèbre chanteuse folklorique israelienne née en Pologne, qui est ultra-prolifique et connue pour sa sensibilité de gauche sioniste.

Elle a chanté une très belle reprise en hébreu de ‘Had Gadya en 1989, sur un ton tragique qui prend la tradition à contre-pied (à écouter par là).

Mais cette chanson avait été interdite sur les ondes israeliennes à cause de son pacifisme, à l’époque de la première Intifada (commencée fin 1987).

Cette chanson consiste d’abord en ‘Had Gadya en hébreu, puis en des couplets personnels qui font de nombreuses références à Pessa’h, essentiellement la chanson « Mah Nishtanah ? ».

Mais aux quatre questions de « Mah Nishtanah ? », ‘Hava Alberstein ajoute une cinquième question : jusqu’à quand continuera le cercle de la terreur ?

‘Hava Alberstein explique alors qu’elle (= Israel) a été un chevreau, mais qu’elle a changé (référence à « Mah Nishtanah ? », « qu’est-ce qui a changé ? ») et qu’elle est désormais un loup (reprenant l’image répandue mais injustifiée du loup comme animal cruel…). Puis elle reprend en disant qu’elle (= Israel encore) a été une colombe, mais qu’aujourd’hui elle ne sait plus ce qu’elle est.

De fait, il s’agit d’un remarquable condensé du doute qui s’est emparé de la gauche sioniste schizophrène pendant la première Intifada, puisqu’en 1989 c’était une coalition Shamir – Peres qui réprimait le soulèvement national palestinien.

Cette version de ‘Had Gadya a été reutilisée dans la très émouvante scène finale du film « Free Zone » d’Amos Gitai – avec Natalie Portman.

Enfin, on retrouve une transcription et une traduction anglaise des couplets de ‘Hava Alberstein par ici.

3. L’interprétation révolutionnaire de El Lissitzky

Plus loin dans le temps mais plus proche idéologiquement d’Hapoel, l’interprétation d’El Lissitkzy est un modèle pour une approche révolutionnaire de la culture populaire juive.

Lazar « El » Lissitzky était un artiste juif soviétique, qui a beaucoup travaillé sur des thèmes et éléments populaires juifs, mais qui est largement plus connu pour son affiche « Avec un coin rouge, battez les blancs » (que l’on retrouve sur un badge du collectif 1000 Fleurs).

Quoi qu’il en soit, El Lissitzky a produit une série de 10 lithographies en 1919 pour illustrer ‘Had Gadya en version yiddish… et ‘Had Gadya seulement ! C’est-à-dire qu’El Lissitzky n’a pas illustré une Hagaddah entière, mais seulement cette chanson (non religieuse) à laquelle il attribuait apparemment une grande valeur.

Par cette œuvre en yiddish et pas en araméen, El Lissitzky s’adresse aux masses populaires juives de Russie, marquées par la tradition mais placées face à une guerre civile entre les Rouges et les Blancs. Autrement dit, entre les communistes d’une part et les réactionnaires d’autre part, qui se sont souvent livrés à des pogroms antisémites.

Lissitzky donne ainsi une dimension progressiste à ‘Had Gadya, une dimension qui correspond à ce que les communistes appellent « l’optimisme révolutionnaire ». Pour cela, Lissitsky utilise le symbolisme mystique et populaire mais lui insuffle un contenu révolutionnaire.

En effet le schéma général de la chanson ‘Had Gadya est très simple : le monde est un monde d’oppression, où chacunE est brutaliséE par plus fortE que soi. Le chevreau représente l’opprimé parmi les oppriméEs, mais à la fin la justice divine est rétablie.

Autrement dit, pour Lissitzky : les masses populaires juives sont les opprimées parmi les oppriméEs – dans la « prison des peuples » qu’était la Russie tsariste – et la révolution communiste de 1917 rétablit la justice et incarne la Rédemption.

Le symbolisme est parfois flagrant : le coq crachant des flammes fait référence aux pogroms et l’Ange de la Mort (Malakh HaMavet) est representé avec une couronne tsariste, tandis que l’épée de la justice divine est peinte en rouge à la fin et que l’aspect messianiste ressort avec le chevreau sonnant le Shoffar.

Ainsi on voit comment une chanson populaire est réinterprétée dans un sens progressiste, et ainsi amenée à un nouveau niveau dans la culture humaine. Le peuple est le seul créateur de la culture universelle ; dans la moindre de ses expressions artistiques se lit son aspiration à la justice, son besoin de communisme.

Déclaration de l’Organisation Juive de Combat, avril 1943

« Sachez donc qu’aujourd’hui comme hier,
chaque seuil du Ghetto sera une forteresse.

Sachez que nous tous,
nous voilà prêts à mourir au combat,
et sans jamais nous rendre !

Comme vous, nous désirons la revanche,
nous voulons le châtiment de tous les crimes perpétrés par l’ennemi commun.

Nous nous battons pour notre liberté et la vôtre,
pour notre honneur et pour le vôtre,
pour notre dignité humaine, sociale, nationale et pour la vôtre !

Vengeons les crimes d’Auschwitz, de Treblinka, de Belzec, de Majdanek !

Vive la fraternité d’âme et de sang de la Pologne combattante !

Morts aux bourreaux, mort aux tortionnaires !

Vive le combat à vie et à mort contre l’occupant ! »

Organisation Juive de Combat, 23 avril 1943.

19 avril 1943 : honneur aux insurgéEs du Ghetto de Varsovie !

Aujourd’hui nous célébrons en même temps le premier jour de Pessa’h et l’insurrection du ghetto de Varsovie, qui fut déclenchée le 19 avril 1943, c’est-à-dire justement la veille de Pessa’h. Voici un bref rappel historique ; il existe de plus un document de l’Action Antifasciste sur l’Organisation Juive de Combat (ŻOB).

À la veille de la guerre et de l’invasion nazie en septembre 1939, Varsovie abrite une forte minorité juive de 380 000 personnes, soit 30 % de la population varsovienne.

Le jour de Kippour 1940 est établi le ghetto, dans le centre-ville de Varsovie, cerné par un mur de 18 km de long, haut de plusieurs mètres et renforcé de barbelés.

C’est bien simple : la vie dans le ghetto, c’est l’antichambre de l’enfer sur Terre.

Misère extrême, famine permanente, froid glacial, maladies rongeant vieillards et enfants, cadavres dans les rues. Et l’incessante menace d’une Aktion nazie, où n’importe qui peut être torturéE, violéE, abattuE arbitrairement.

À l’été 1942 commence la déportation vers Treblinka.

La première vague de déportations vers les camps d’extermination, avec des rafles à n’importe quelle heure du jour et de la nuit, ramène la population du ghetto de 450 000 à 70 000 âmes début 1943.

En janvier 1943, les organisations de résistance juive s’opposent militairement aux déportations, prenant le contrôle du ghetto.

Les forces d’occupation mettent un certain temps à réagir, mais le soir de Pessa’h 1943, les nazis entrent dans le ghetto, prévoyant de le prendre en trois jours.

Le 19 avril 1943, ce sont donc quelques centaines de jeunes combattantEs du ghetto qui choisissent de résister les armes à la main, et lancent l’insurrection du ghetto de Varsovie.

L’Organisation Juive de Combat (ŻOB) et l’Union Militaire Juive (ŻZW) tiendront 27 jours.

Jusqu’au 16 mai, avec l’incendie total du ghetto et la liquidation finale de la population juive de Varsovie par les nazis, marquée également par la destruction de la Grande Synagogue.

Environ 7 000 personnes juives sont tuées durant les combats, 6 000 autres sont brûlées vives ou gazées durant l’anéantissement du ghetto, et les survivantEs seront déportéEs à Treblinka et Majdanek.

L’insurrection du ghetto était vouée à la défaite militaire et à l’extermination. Les résistantEs le savaient. Mais ils et elles ont livré leur dernière bataille, refusant d’aller à l’abattoir.

Les martyrEs du ghetto de Varsovie sont l’honneur et la dignité des peuples martyrs. Aucun hommage ne sera jamais à la hauteur de leur courage.

« Nous ne voulons pas sauver notre vie.
Personne ne sortira vivant d’ici.
Nous voulons sauver la dignité humaine.
»

Arie Wilner, combattant de la ŻOB.

[La photo ci-dessus date du début mai 1943, en pleine insurrection du ghetto. Elle n'est pas une image « symbole », une image « emblématique ». Cette photo renvoie très concrètement à la liquidation du ghetto de Varsovie. Une liquidation qui n'a rien eu d'abstrait ni de symbolique.]

Pessa’h Kasher VeSamea’h ! – ! פסח כשר ושמח

Entrée ce lundi à 20h28. Bon Seder à toutes et tous.

De l’esclavage à la libération !

Ce soir c’est le début de la fête de Pessa’h, qui est l’une des plus importantes de l’année religieuse juive – ou en tout cas celle dont le sens nous parle le plus aujourd’hui.

Car Pessa’h, c’est d’une part la commémoration – religieuse – de l’esclavage en Égypte, et d’autre part la célébration – religieuse encore – de la libération.

La Torah raconte l’histoire en Égypte de ce qui deviendra le peuple juif, vers l’an 2400 du calendrier religieux juif, c’est-à-dire vers 1350 avant l’ère chrétienne.

Ainsi dans Bereshit, il est dit que le peuple hébreu serait arrivé en Égypte sous la direction de Yossef ben Yaakov, où ce dernier serait devenu conseiller du pharaon. Puis le livre des Shemot enchaîne au moment où les juifs sont réduits en esclavage, suite au décès de Yossef.

C’est là qu’intervient l’histoire de Moshé fils de Myriam, qui a été trouvé sur le Nil par la fille de Pharaon et qui doit fuir l’Égypte après un meurtre. Après l’épisode du « buisson ardent » où D.ieu lui commande de libérer son peuple, il revient en Égypte avec son frère Aaron. Le pharaon refuse d’affranchir les juifs, et l’esclavage redouble en brutalité.

Après les dix plaies d’Égypte, le peuple juif est chassé mais poursuivi, puis traverse la mer Rouge qui s’ouvre devant lui et se referme derrière, engloutissant les chars égyptiens. Le peuple juif erre alors dans le désert jusqu’au pays de Canaan, promis à Moshé sur le Sinaï, où celui-ci reçoit les Tables de la Loi qui scellent l’Alliance entre D.ieu et le « peuple élu ».

Le nom de « Pessa’h » (פסח) lui-même vient de « passer au-dessus », puisque la plaie d’Égypte contre les premiers-nés a épargné les foyers juifs, en « passant au-dessus » des maisons marquées comme telles.

Il convient de ne pas prendre la religion pour ce qu’elle n’est pas : au 21ème siècle, on ne peut pas mettre en avant une dimension « populaire » de la religion quand on est progressiste, une dimension à laquelle il faudrait soi-disant revenir pour être « authentique » et « social ».

Cependant il est clair que la fête de Pessa’h a eu une signification dans le cœur des masses juives à travers les siècles, et qu’elle est encore perçue ainsi aujourd’hui – à tort ou à raison. Quelle est la signification populaire de Pessa’h ?

Elle est assez limpide, puisqu’il s’agit de célébrer la libération de l’esclavage.

Cette fête religieuse commémore principalement les siècles d’esclavage, avec toute la symbolique du Seder, de ses chansons et des nombreuses privations (dont tout ce qui relève du ‘Hametz).

On retrouve de plus une dimension messianique avec la place réservée au Seder à Eliyahou HaNavi, mais qui n’est pas d’origine toraïque contrairement à la fête de Pessa’h elle-même.

Le huitième – et dernier – jour de Pessa’h en « diaspora » est quant à lui réservé à la célébration de la traversée de la Mer Rouge et est dignement fêté, notamment dans les familles marocaines avec la Mimouna. C’est donc aussi la fête de la libération.

Mais pour les personnes juives du peuple, Pessa’h ne peut qu’avoir encore un goût amer. Car en vérité, quand on voit l’exploitation et l’oppression vécues aujourd’hui, sommes-nous réellement sortiEs de l’esclavage ?

À cet esclavage dont nous ne sommes jamais sortiEs, le peuple oppose sans relâche sa lutte pour la libération. Cette lutte s’exprime dans tous les actes et les pensées du peuple, même – et surtout – par des voies encore détournées, de manière encore aliénée, ou sur des chemins encore dévoyés.

Mais ce qui est sûr, c’est que la libération de l’esclavage signifie une rupture : ce n’est pas « en Égypte » que la vie peut s’améliorer, et ce n’est pas non plus en restant dans le cadre de ce système capitaliste.

Autrement dit, il faut oser « traverser la Mer Rouge » sans regarder en arrière, et il faut oser lutter pour un monde nouveau.

Pour finir, rappelons la visée universelle de libération de l’esclavage. Dans le livre des Dvarim, il est ainsi dit, suite à l’édiction de lois de « justice sociale » : « Tu te souviendras que tu as été esclave en Égypte. ».

Bonne fête de Pessa’h à toutes et tous !
De l’esclavage à la révolte, de la révolte à la libération !

Shavua Tov – שבוע טוב

Shabbat HaGadol – שבת הגדול

Entrée vendredi à 20h23, sortie samedi à 21h34.

Juif ! Juive ! Le racisme déforme ta vie ! [document de juin 2010]

En France l’antisémitisme est une réalité quotidienne, tellement banale qu’elle en devient omniprésente, écrasante, suffoquante.

Pour tout dire, c’est une réalité bien plus acceptée et intériorisée qu’on ne veut bien l’avouer.

L’antisémitisme traverse le vécu des masses populaires juives, tantôt de manière franche et massive, tantôt de manière imperceptible et plus difficile à interpréter.

En vérité, le racisme « déforme » la vie des masses populaires juives.

Parfois niés ou passés sous silence, parfois oubliés tellement ils crèvent les yeux, d’innombrables aspects de la vie quotidienne sont trop souvent incompris pour ce qu’ils sont, tant la schizophrénie est généralisée face à l’oppression.

Pourtant tous les exemples suivants sont des expressions plus ou moins directes de l’ambiance antisémite qui se développe. Des expressions qui nous empoisonnent la vie.

✡ Ainsi pour les hommes qui pratiquent un minimum, la très classique casquette a depuis bien longtemps remplacé la kippa, notamment à Shabbat.

✡ Quand par exemple un religieux monte dans le métro, la « gêne » est parfois palpable ; pareil quand on s’affirme juif ou juive et que la personne en face ne s’y attendait pas. C’est là qu’on s’aperçoit que l’antisémitisme français est un antisémitisme hypocrite.

✡ Alors qu’on a passé sa scolarité dans le public, on voit de plus en plus nos petits frères et petites sœurs, nos jeunes cousins et cousines, être massivement inscrits dans les écoles juives. Même dans les familles où la religion n’est pas la priorité.

✡ Quand on est un jeune père ou une jeune mère d’origine juive dans une famille populaire, quand on voit tous ses horizons bouchés dans un quartier déprimant, il est déjà terrible de ne pas savoir ce qui attend ses enfants… mais il est encore plus terrible de le savoir !

Voilà pourquoi dans certains quartiers populaires, les familles qui le peuvent s’endettent et se ruinent pour aller vivre ailleurs. Car en plus de la galère permanente dans la jungle de béton, elles ne supportent plus l’angoisse pour leurs enfants chaque matin et chaque soir.

✡ Plus insidieusement, beaucoup de personnes se contorsionnent pour éviter certaines conversations. Au sein du peuple c’est la franchise qui prévaut, mais cela peut vite devenir exaspérant face à des petits-bourgeois qui se croient très malins avec leurs sous-entendus antisémites.

✡ Dans le même registre, les blagues racistes au sein du peuple sont usantes, même quand elles viennent d’amiEs sur un mode ironique. Les juifs ont de l’autodérision, certes, mais parfois on aimerait juste être tranquille.

✡ Summum de la négation de soi, parfois on évite même de donner son nom à n’importe qui quand il sonne trop juif, voire son prénom quand il sonne trop israelien.

✡ Quand les jeunes reviennent de l’école, par exemple, le premier réflexe dans certains quartiers est de rentrer en groupe, au moins jusqu’au bus, au métro, etc. C’est une évidence pour beaucoup, mais cela a des implications plus profondes.

Car quand on est jeune, on aimerait parfois pouvoir se retrouver seulE avec unE amiE. Mais dans une groupe d’adolescentEs (et la mentalité qui va souvent avec), l’individualité se trouve étouffée, et on doit faire des compromis par rapport aux sentiments.

✡ De même, combien d’histoires d’amour n’ont pas pu prendre la dimension qu’elles méritaient, à cause du racisme ?

On se disait que c’était « le bon » ou « la bonne », mais quand cela a commencé à être sérieux, ses parents ou les nôtres ont fait comprendre – franchement ou hypocritement – que cela n’allait pas être possible…

Ou encore pire : au moment où l’on s’y attendait le moins, on a eu droit à une remarque, à un préjugé antisémite de la part de celui ou celle qu’on aime, et cela a brisé la confiance et le sentiment de « sécurité ».

✡ Parfois face à l’antisémitisme, la haine de soi l’emporte… et pas seulement chez l’UJFP ! Ainsi énormément de juifs racistes d’extrême-droite se heurtent à une réalité qu’ils ne peuvent nier : ce sont des juifs-arabes… et disons que cela se voit !

Le racisme anti-arabe est donc en partie une haine de soi ! Et cette schizophrénie due à l’antisémitisme amène tout droit dans les bras de l’extrême-droite franco-française… qui est tout autant antisémite.

Bref, cette liste pourrait être sans fin, au point que beaucoup d’entre nous arrivent à la conclusion qu’ils ou elles n’ont plus leur place en France : tragique constat.

Ce que l’on voit sur ces quelques exemples, c’est que le racisme « déforme » les relations humaines dans ce qu’elles ont de plus profond.

Et les sionistes peuvent alors bien nier les aspects qui ne correspondent pas à leurs fantasmes de l’homme juif fort et fier !

Seulement voilà, même face au racisme les hommes et les femmes ne sont pas à égalité…

Cela, c’est une réalité très simple : les femmes prolétaires juives vivent bien souvent dans un grand isolement, ou au contraire elles n’ont aucun moment à elles, en tant qu’individualités.

En effet les hommes s’interposent entre les femmes et la vie sociale comme des ombres, et donc l’expérience du racisme n’est pas vécue de la même manière.

L’isolement en tant que femmes laisse alors la place à l’isolement en tant que victimes de l’antisémitisme quotidien, et la vie est trop souvent dominée par l’angoisse, l’impuissance, la honte de soi.

Tant d’aspects que les sionistes ne voient pas, ne veulent pas voir !

Et quand parfois ils en perçoivent l’écho, ils détournent la question en « protection » des femmes, des filles, des sœurs… qui se transforme bien vite en quasi chantage.

Car dans la logique des identitaires sionistes et dans leurs fantasmes de « guerriers », la sensibilité n’existe pas.

Les femmes juives doivent impérativement vivre au sein la communauté voire au sein de la famille, et renoncer à leur soif de tout connaître pour espérer être « protégées » plus facilement.

L’antisémitisme déforme la vie des masses populaires juives… mais pour les femmes prolétaires juives, cela prend une dimension monstrueuse !

Une autre réalité que les sionistes ne veulent pas et ne peuvent pas voir : le vécu face au racisme n’est pas le même en province que sur Paris.

En région parisienne il existe des quartiers où se concentrent les familles juives ou la « vie juive », ce qui d’ailleurs donne un sens à l’autodéfense juive.

Mais en dehors de Paris, non cela ne passe pas toujours ainsi. Et le sentiment de protection « communautaire » est remplacé par une attitude plus « profil bas », en fonction de la situation locale.

Là encore, c’est un aspect bien réel, mais que les sionistes ne veulent pas voir.

Il n’y aura pas en France d’autodéfense juive à la hauteur tant qu’on n’aura pas affirmé que l’antisémitisme est une réalité bien plus intériorisée que ce que les sionistes veulent bien admettre.

Il n’y aura pas d’autodéfense juive à la hauteur tant qu’on n’aura pas dépassé le stade juridique-religieux du « Mais qu’est-ce qu’on a fait pour mériter cela ? », tant qu’on n’aura pas liquidé le légitimisme par rapport aux institutions.

Il n’y aura pas d’autodéfense juive à la hauteur sans les femmes prolétaires juives, sans les masses populaires juives de province !

Autrement dit, il n’y aura pas en France d’autodéfense juive sans lutte contre les mentalités féodales !

Car finalement, l’antisémitisme pousse les masses juives vers l’isolement, vers l’enfermement, vers la « communauté » et la famille.

En ce sens l’antisémitisme emprisonne nos vies, et davantage encore celles des femmes. Cela est un gigantesque gâchis d’énergie !

Pour espérer abattre définitivement l’antisémitisme, il faut briser les piliers de la mentalité féodale : légitimisme, communautarisme, sexisme ! Il faut libérer la créativité des masses populaires juives et la rage de vivre des femmes !

Juif ! Juive ! Le racisme déforme ta vie !
Face à l’antisémitisme, assume la nécessité de renverser l’ordre existant !
La conquête de la dignité passe par la bataille révolutionnaire !

HaPoel HaAntifashisti, juin 2010.

Shavua Tov – שבוע טוב

Shabbat Shalom – שבת שלום

Entrée vendredi à 20h13, sortie samedi à 21h22.

Rwanda 1994 : guerre à la guerre génocidaire !

Il y a 17 ans, le 6 avril 1994, était abattu au dessus de Kigali l’avion du président rwandais Habyarimana, le pion de Mitterrand.

Dès le lendemain et pendant seulement trois mois, ce sont plus d’un million de RwandaiSEs qui sont génocidéEs (dont 800 000 entre la mi-avril et la mi-mai).

Nous diffusons ici un document de Contre-Informations sur le génocide rwandais et la complicité de l’impérialisme français, qui a son importance aujourd’hui vu l’actualité de la guerre impérialiste en Côte-d’Ivoire ou en Lybie.

Connaître les génocides, faire vivre la mémoire, combattre l’impérialisme !

Le génocide au Rwanda en 1994
et le rôle des puissances impérialistes,
principalement l’impérialisme français

Gregoire Ndahimana, ancien administrateur de Kiivumu pendant le génocide au Rwanda en 1994 et recherché pour le massacre de plus de 2 000 Tutsis, a été arrêté dimanche 9 août en République démocratique du Congo. L’information n’a été communiqué que le 12 août.

L’arrestation de ce génocidaire est ici l’occasion de rappeler le rôle décisif de l’impérialisme français et de sa concurrence avec l’impérialisme US dans le génocide de plus de 800 000 Tutsis.

A l’époque de la colonisation, l’impérialisme belge a appliqué le principe des exploiteurs de « diviser pour mieux régner » en créant de toutes pièces des distinctions liées à des critères physiques et sociaux, sur la base de catégories antérieures liées à leur rôle dans le mode de production. féodale Les « Tutsi » – minoritaires – regroupaient alors les personnes de grande taille, éleveurs et liés à la monarchie rwandaise, les Hutus étant des cultivateurs. L’impérialisme belge a fait des Tutsis une élite servant de relais à sa domination coloniale, puis a soutenu les Hutus face aux aspirations d’indépendance des élites Tutsis, incitant ainsi aux premiers massacres de Tutsis en 1959. C’est à cette époqe que beaucoup de Tutsis se réfugièrent dans l’Ouganda voisin.

Après l’indépendance de façade du Rwanda, l’impérialisme français a « récupéré » le Rwanda qui se situait dans une zone stratégique à la frontière de la zone d’influence de l’impérialisme US, avec notament l’Ouganda.

C’est précisément de l’Ouganda que part l’offensive des exilés Tutsis du FPR (Front Patriotique Rwandais), soutenue par l’impérialisme US en 1990. L’impérialisme français intervient alors pour éviter le basculement du Rwanda dans le camp de l’impérialisme US et former militairement les futurs génocidaires Hutus de 1994, organisés principalement dans les « milices interahamwe ».

Après l’attentat contre l’avion du président rwandais Juvénal Habyarimana le 6 avril 1994, signal du début du génocide qui dura 100 jours jusqu’au 4 juillet, l’impérialisme français continue de vendre des armes et d’offrir un soutien logistique aux génocidaires. En fait, le génocide à coups de machettes des Tutsis et Hutus « modérés » s’est fait sous encadrement de l’impérialisme français et US qui poursuivaient chacun leurs objectifs.

Pendant deux mois à partir du 22 juin 1994, l’opération Turquoise de l’impérialisme français (sous mandat de l’ONU) a permis l’accueil dans l’ambassade française puis l’exfiltration de responsables du génocide vers le Burundi ou le Zaïre (devenu maintenant la RD Congo) de Mobutu, allié de l’impérialisme français, parmi lesquels des proches du président Habyarimana, le président du gouvernement provisoire Théodore Sindikubwabo ou Ferdinand Nahimana, fondateur de la Radio Télévision Libre des Mille Collines qui incitait tous les jours sur ses ondes au génocide.

Finalement, la progression du FPR et sa victoire militaire a porté au pouvoir l’actuel président Paul Kagame, une situation profitable à l’impérialisme US.

Le fonctionnement « habituel » de l’impérialisme est la perprétations de crimes à l’encontre des peuples de la zone des tempêtes et le génocide au Rwanda est une des multiples atrocités planifiées par les forces impérialistes, principalement l’impérialisme français dans ce cas.

La bourgeoisie au service de l’impérialisme sait comment nier la réalité des horreurs qu’elle perpétue et aujourd’hui, quinze ans après les faits, le génocide au Rwanda n’est pratiquement jamais évoqué. En France, la bourgeoisie insiste de manière chauvine sur les actions menées par l’impérialisme US pour mieux se présenter comme une puissance aux pratiques « acceptables ». C’est pourquoi les médias bourgeois parlent toujours de « la France » et non de l’impérialisme français, ce qui conduit les faibles critiques formulées à l’encontre de la diplomatie française à prendre un tour moral et non politique, favorable au statu quo et au renforcement de la démocratie bourgeoise.

De plus, l’éducation nationale au service de la bourgeoisie favorise une approche nationaliste et chauvine en cachant, bien sûr, les crimes impérialistes et en empêchant ainsi d’avoir une vision internationaliste.

En tant que communistes, nous devons donc nous intéresser à l’histoire criminelle et aux atrocités actuelles de l’impérialisme français., ainsi que de tous les impérialismes. Nous devons nous affranchir du cadre réactionnaire de l’éducation bourgeoise, nationale et chauvine pour nous intéresser à l’histoire de tous les peuples du monde. Il s’agit d’une tâche internationaliste indispensable dans le cadre du combat révolutionnaire contre l’impérialisme et pour le communisme !

Révolution #15, août 2009.

« Le Chat du Rabbin » au cinéma le 1er juin

Après avoir été repoussé à plusieurs reprises, le film adapté de la bande dessinée de Joann Sfar devrait sortir au cinéma le 1er juin. Difficile de savoir à quoi ressemblera le contenu du film, à part qu’il sera proche du tome 5 de la série (« Jérusalem d’Afrique »). Mais le teaser vient tout juste de sortir, le voici :

Shavua Tov – שבוע טוב

Shabbat Shalom – שבת סלום

Entrée vendredi à 20h02, sortie samedi à 21h11.