Archives de mars, 2011

Dieudonné chez Kadhafi – Contre-Informations

Dieudonné chez Kadhafi : tout un symbole

Lorsque nous avons expliqué que l’histoire récente de la France était marquée (également) par la contradiction entre la bourgeoisie industrielle et la bourgeoisie financière, cela pouvait sembler abstrait.

Désormais, les progrès du Front National – un parti bourgeois anti-bourgeois, et donc résultat d’une certaine contradiction – parlent d’eux-mêmes.

Et on en a un exemple très parlant aussi avec le voyage impromptu de Dieudonné en Libye. La Libye est une zone de guerre, l’espace aérien est contrôlé par l’OTAN mais Dieudonné parvient tout de même à aller en Libye pour soutenir Kadhafi.

C’est déjà la preuve de l’existence d’un bon réseau. Un réseau inévitablement poussé par la bourgeoisie impérialiste française, nullement intéressée par l’alliance de la bourgeoisie industrielle avec l’impérialisme américain (une alliance historique et anti-gaulliste, voir le document de travail : La bataille pour le pouvoir en France entre les bourgeoisies industrielle et financière 1940-2006).

Et on ne sera pas étonné ici de savoir qu’à ses côtés on a la « militante écologiste et pro-palestinienne » Ginette Skandrani ainsi que Maria Poumier, deux figures de la liberté d’expression du… négationnisme.

Rappelons-nous ici que disait Dieudonné dans une interview au journal d’extrême-droite Rivarol, au début de ce mois de mars 2011  :

Ce qui m’a intéressé, c’est l’infréquentabilité de Robert Faurisson. On m’a dit : Faurisson, si tu le croises, tu es mort. Donc la première chose que j’ai faite, c’est de trouver son numéro de téléphone pour voir à qui j’avais affaire. J’ai rencontré ce personnage, on a discuté, je lui ai remis le prix de l’infréquentabilité et j’ai été condamné pour cela. Avec Robert on est devenu amis et l’on a fait plein de choses ensemble, dont des sketches. Robert Faurisson est un homme particulièrement courageux.

De son travail on ne peut parler car il y a des lois qui interdisent d’en discuter. Je ne sais même pas si on a le droit de dire : je m’en fiche des chambres à gaz. Et pourtant il y a beaucoup de gens qui n’en ont rien à faire. C’est pourquoi on fait des films, des pèlerinages, qu’on remet cela sur le tapis. La Shoah est un sujet brûlant. On le voit avec l’énième pleurnicherie de la SNCF !

C’est hallucinant de voir la puissance d’un lobby communautaire mettre à genoux les institutions.

Il y aura un jour un film sur les chambres à gaz, une comédie musicale  !

Mais ce n’est pas pour tout de suite. En Iran il y a des humoristes qui y travaillent mais ce ne sera pas distribué.

Le révisionnisme est un vrai sujet mais pour l’heure il y a des gendarmes qui veillent, il y a même un homme qui est en prison en ce moment, Vincent Reynouard, père de famille nombreuse. C’est étonnant de se dire qu’au moment où l’on remet en liberté des pédophiles qui tuent des jeunes filles à Saint-Nazaire, on enferme un père de famille qui n’a rien fait. Je suis scandalisé par cette incarcération, j’ai d’ailleurs signé la pétition de Paul-Eric Blanrue.

Nous avions parlé de Blanrue lors de la scandaleuse affaire de la librairie parisienne « Résistance », affaire soulignant comment le poison antisémite s’est massivement diffusé à l’extrême-gauche. Au point que sur un forumcensé être d’extrême-gauche (et antifasciste), on peut lire récemment cela au sujet du négationniste Reynouard  :

Un mec comme cette saloperie de Reynouard, il a quand même rien à faire en taule… Il a buté personne à ce que je sache. De plus il est évident que le négationnisme n’existerai pas sans la répression qui va autour. Ce crétin de Faurisson ne s’est forgé une réputation que lors des multiples procès qui lui ont été intenté.

Non seulement la petite-bourgeoisie qui infeste l’extrême-gauche nie l’antisémitisme, non seulement elle n’est pas pour la dictature la plus implacable du prolétariat contre les réactionnaires (notamment de ce type là), mais en plus elle fait semblant d’être naïve et de penser que ce serait la répression qui donnerait de l’élan aux négationnistes.

Mensonge ! Mauvaise foi ! Véritable complaisance avec le fascisme !

Car les propos cités ici sont politiquement très claires, ils affirment sur un forum d’extrême-gauche (interdit aux « staliniens » bien sûr) que les nazis ont droit à la parole ! Et ce forum, en acceptant de manière libérale de tels propos (voire en étant d’accord avec eux) montre la nullité de son positionnement antifasciste.

Le point de vue prolétarien est lui par contre très clair  : c’est la putréfaction du capitalisme qui pousse le fascisme, et par conséquent il faut être implacable. Rappelons ici la leçon de Staline :

« Le chauvinisme national et racial est une survivance des mœurs misanthropiques propres à la période du cannibalisme. L’antisémitisme, comme forme extrême du chauvinisme racial, est la survivance la plus dangereuse du cannibalisme.

L’antisémitisme profite aux exploiteurs, comme paratonnerre afin que le capitalisme échappe aux coups des travailleurs. L’antisémitisme est un danger pour les travailleurs, car c’est une fausse route qui les égare hors du droit chemin et les conduit dans la jungle. Aussi les communistes, en tant qu’internationalistes conséquents, ne peuvent être que les ennemis jurés et intransigeants de l’antisémitisme.

En URSS, la loi punit avec la plus grande sévérité l’antisémitisme comme phénomène opposé au régime soviétique. Selon les lois de l’URSS, les antisémites actifs sont condamnés à la peine de mort. »

Staline, Réponse à une question télégraphique de l’Agence juive d’Amérique, 31 janvier 1931.

C’est autre chose que la position anarchiste. Le point de vue anarchiste n’a aucun sens par rapport au fascisme, de par le refus de la dictature du prolétariat.

Car que Dieudonné arrive à aller jusqu’à Tripoli est la démonstration que le fascisme progresse, que demain il liquidera les progressistes… à moins que cela soit, comme il se devrait, l’inverse. Mais pour cela, il faut avoir conscience des enjeux de notre époque !

Et être dialectique : la contradiction entre Sarkozy (agent de la bourgeoisie industrielle, traditionnelle) et Dieudonné (agent de la bourgeoisie impérialiste, de type néo-gaulliste) doit être comprise, et pour vaincre ces deux types d’ennemis il faut saisir le programme communiste du PCMLM : Socialisme ou retombée dans la barbarie !

Yom & The Wonder Rabbis – « Picnic in Tchernobyl »

Yom est un clarinettiste français qui joue du klezmer. Associé à ses « Wonder Rabbis », il a sorti ce 18 mars un album au style très moderne, synthétisant un klezmer instrumental aux influences jazz et rock progressif.

Cet album, « With Love », s’ouvre sur un morceau qui trouve un écho étrange avec la catastrophe nucléaire de Fukushima : « Picnic in Tchernobyl ». Plongée psychédélique dans la folie absurde d’un paysage post-apocalyptique.

Pour visiter le site de Yom & The Wonder Rabbis, cliquez sur la pochette de l’album :

Shavua Tov – שבוע טוב

Joyeux anniversaire à Captain Kirk (William Shatner) et à Spock (Leonard Nimoy). Tous deux ont fêté leurs 80 ans cette semaine.

Shabbat Shalom – שבת שלום

Entrée vendredi à 18h52, sortie samedi à 20h00.

‘Hag Pourim Samea’h ! – ! חג פורים שמח

Aujourd’hui c’est Pourim ! L’occasion donc, comme chaque 14 Adar, de rendre hommage à l’une des premières femmes résistantes juives : la reine Esther.

Dans la tradition juive, Pourim est toujours un moment de Sim’ha, de déguisements, de saynètes, de crécelles (le « Ra’ashan ») – voire d’enivrement pour certains…

Traditionnellement, on mange aussi des « Oznei Haman » (« oreilles d’Haman), des pâtisseries triangulaires farcies de confiture ou de dattes.

Quant aux plus jeunes, ils se font un honneur tout particulier à se déguiser au mieux, d’après la coutume qui vient en fait d’Italie au 16ème siècle (puisque les communautés juives d’Irak, Iran, Yemen, etc. n’ont jamais eu cette tradition).

La fête de Pourim, c’est notre carnaval, mystique et populaire.

L’histoire de Pourim est elle-même une merveille de « dialectique », où chaque chose se retourne en son contraire (Mordekhai en habits royaux escorté par Haman, Haman pendu à la potence qu’il avait réservée à Mordekhai), où ce qui est caché prend tout son sens (Hadassa la juive sous le nom perse d’Esther, aucune mention dans toute la Meguilah à D.ieu alors que c’est Lui qui tire les ficelles), etc.

C’est là le sens du mot « Pour », qui veut dire le « sort » : l’histoire de Pourim est à la fois un sort et un jeu du sort. D’où les déguisements du carnaval, qui incarnent presque la dialectique de l’histoire.

Rappelons rapidement cette histoire, contenue dans la Meguilah d’Esther, qui se serait déroulée sur neuf ans.

Après avoir répudié sa femme à Shoushan (Suse en Iran), le roi de Perse A’hashverosh (sans doute Xerxès 1er) écoute Mordekhai, un sage juif, et choisit comme future reine la nièce de celui-ci, Hadassa bat Avigail. Cachant ses origines juives par prudence, Hadassa se fait appeler Esther.

Un jour, Mordekhai surprend un complot contre le roi, et prévient la reine Esther. Cela est noté dans les annales du roi, mais il y a comme de la rétention d’information.

Parallèlement, Haman, un des hommes les plus puissants de son temps, un dominant, s’indigne que Mordekhai ne se prosterne pas devant lui. Il persuade le roi A’hashverosh de faire exterminer les « Judéens » le 13 Adar (date du calendrier juif).

Cela arrive finalement aux oreilles d’Esther, via Mordekhai. D’abord réticente à dissuader le roi, elle demande préalablement à son peuple un jeûne (d’où le jeûne d’Esther, un des quatre jeûnes de l’année, qui s’est tenu vendredi).

Esther organise un banquet avec A’hashverosh et Haman, mais garde le silence. Troublé, le roi cherche le sommeil en lisant les annales, et découvre donc la déposition de Mordekhai.

Il convoque alors Haman pour demander comment récompenser cet acte, et, par suite d’un quiproquo, Haman escorte Mordekhai en habits royaux devant la foule. Haman rumine sa vengeance, et fait préparer une potence pour Mordekhai.

Lors d’un second festin, Esther dévoile son identité juive et le complot d’extermination qui vise son peuple, et démasque Haman. Celui-ci est alors pendu à la potence réservée à Mordekhai, qui est nommé vizir.

Les Juifs prennent les armes, sur autorisation du roi, et vainquent militairement le complot d’Haman. Une grande vague de réjouissances submerge alors les peuples de l’empire perse.

חג פורים שמח
‘Hag Pourim samea’h !

Pourim : Celebrate good times, come on !

Shabbat Shalom – שבת שלום

Entrée vendredi à 18h41, sortie samedi à 19h49.

Autour de Pourim : les légendaires Izzy & Moe

Les États-Unis ont connu une période de leur histoire marquée par l’interdiction de vendre de l’alcool : c’était la « Prohibition », qui a servi de cadre à tant de films…

Mais chez certains, l’humour n’avait pas été pas prohibé, et ce fut l’occasion pour deux policiers très spéciaux de briller : Izzy Einstein et Moe Smith.

Quand on dit « policiers », on devrait dire en fait les deux showmen !

Car ces deux juifs d’origine autrichienne ne restèrent pas longtemps dans la police, seulement de 1920 à 1925 : le temps de se faire éjecter, non pas en raison de leurs résultats, mais surtout à cause de leurs extravagances !

Le saviez-vous ?

Isidor « Izzy » Einstein est né en Autriche, sa langue maternelle était le yiddish, et il émigra aux USA à l’adolescence. C’était lui le joyeux luron de l’équipe. Quant à Moe Smith, il est né à New York de parents juifs austro-galiciens, et était plutôt le « chef des opérations ».

Dès le début de la Prohibition, Izzy Einstein et Moe Smith abandonnent leurs anciens métiers, et s’engagent dans la police de New York. Leur job : fermer les bars servant de l’alcool.

Et leur méthode secrète ? Entrer dans un « club » avec les costumes les plus délirants, se faire servir de l’alcool, et constater le flagrant délit !

Une méthode quasi infaillible pour ces deux génies du déguisement !

Ainsi, entre 1920 et 1925, ils eurent le temps de procéder à 4932 arrestations de « bootleggers », dont 95 % se conclurent par une condamnation. Leur prise record : 5.000.000 de bouteilles de Hooch d’un coup.

Concernant leur créativité, il est aisé d’en juger : déguisements de footballeur américain, de délégué du Congrès démocrate, de Texas Ranger… ou encore de couple ashkénaze ! Quant à l’audace, ils en avaient assez pour se jeter dans l’eau glacée et venir demander de quoi se réchauffer… Pire encore : une fois, Izzy Einstein demanda, l’air lassé, « un verre pour un agent méritant de la Prohibition » : le barman le servit, pensant à un mot d’humour !

De quoi devenir la terreur des trafiquants… mais aussi des icônes populaires d’une époque très impopulaire !

Oui mais voilà, la hiérarchie policière ne l’entendait pas de cette oreille…

Ainsi, un responsable de la police expliqua que « le service doit rester digne », alors que « Izzy et Moe appartiennent à une scène de vaudeville ».

Pour leurs extravagances, Moe Smith et Izzy Einstein seront mutés en 1925 à Chicago, soi-disant « pour le bien des services ». Refusant de se plier à la hiérarchie, ils démissionneront immédiatement.

Le décalage est donc absolu : d’un côté la culture juive (en l’occurrence ashkénaze), toute dans le délire créatif quasi punk ; de l’autre, la culture de la répression policière, prenant tout au premier degré.

Comme quoi la culture populaire juive ne saurait s’insérer dans la culture de l’État et de sa police…

Au moins avec Izzy & Moe, c’était Pourim tous les jours !

Shavua Tov – שבוע טוב

Shabbat Shalom – שבת שלום

Entrée vendredi à 18h31, sortie samedi à 19h38.

Marine Le Pen invitée puis annulée sur Radio J : refuser le projet fasciste qu’elle incarne !

Ethno-différentialisme : derrière Marine Le Pen, les ombres d’Alain de Benoist et de Christian BouchetContre-Informations

L’annulation hier de la visite de Marine Le Pen à Radio J, une radio liée à la communauté juive institutionnelle, est tout un symbole : le fascisme ne peut pas se passer de l’antisémitisme. Non seulement Marine Le Pen a été propulsé par les médias… mais déjà revient la question juive !

Comme on le voit, le fond pourri de la société française revient à la surface à grande vitesse. Et les personnes juives en France sont confrontées à une situation terrible, car les sionistes ont conquis une hégémonie dans une communauté juive pourtant historiquement liée au camp progressiste.

Or, les sionistes disent la même chose que Marine Le Pen, sans l’assumer ouvertement ; la « ligue de défense juive » ne s’en cache elle même pas, ce qui est logique puisqu’il ne s’agit pas d’une structure sioniste « classique » (prônant le départ dans l’Etat d’Israel) mais d’une structurepro-sioniste ultra-réactionnaire.

L’idée des sionistes « new school » est qu’ils peuvent se fondre dans le mouvement de Marine Le Pen ; la conception qu’il y a derrière est celle d’un parti « occidentaliste », sur une base raciste où l’Islam fait office de « menace » et où les Etats-Unis sont des alliés « objectifs. »

Sauf que les sionistes n’ont rien compris à la situation, tout comme les penseurs petit-bourgeois, y compris « d’extrême-gauche. » Marine Le Pen ne représente en rien une droite « dure » s’opposant au fascisme « old school. »

La vérité c’est que Marine Le Pen est au coeur d’un large dispositifauthentiquement fasciste. Nous en avions présenté les contours généraux, précisions ici la position inévitable de Marine Le Pen sur la question juive.

En effet, l’antisémitisme joue un rôle très important dans l’anticapitalisme romantique. La « menace » islamique ne peut pas jouer ce rôle, car l’Islam a été systématiquement refoulé historiquement du territoire national français, sauf depuis une date récente liée à l’immigration (elle-même produit du colonialisme et du néo-colonialisme).

L’opposition idéaliste réactionnaire à l’Islam sert bien entendu la dimension délirante « anti-invasion » et sur ce plan les sionistes, les ultra-réactionnaires juifs… peuvent s’y retrouver facilement.

Mais l’antisémitisme reste incontournable pour autant, car l’antisémitisme permet une mobilisation contre « l’ennemi de l’intérieur. » Ici, il faut connaître l’histoire de l’antisémitisme en France, qui s’appuie sur une critique de « l’usure », de « l’argent », des « éléments juifs » dans la communauté nationale « pure », etc.

L’antisémitisme, c’est l’appel à la mobilisation contre « l’ennemi invisible » – par opposition à « l’envahisseur » arabe « visible. »

Et ici, on doit impérativement connaître deux théoriciens français, qui justement travaillent sans relâche pour Marine Le Pen.

Le premier est Alain de Benoist, théoricien fasciste dont la renommée internationale est énorme ; il s’agit duprincipal théoricien fasciste de la seconde moitié du 20ème siècle.

Le second est Christian Bouchet, la figure principale du « courant nationaliste révolutionnaire. » Grand amateur des théories satanistes, il est désormais un cadre du Front National, après avoir écumé l’extrême-droite la plus « radicale. »

Ce qu’il faut voir ici, c’est que s’il y a deux personnes en France, voire en Europe, voire dans le monde, qui dans le camp fasciste sont de véritables connaisseurs de l’idéologie nationale-socialiste, ce sont Alain de Benoist et Christian Bouchet.

Ces deux auteurs sont des intellectuels de très grande envergureleur activité consiste depuis des décennies à faire passer le message fasciste de manière « indirecte » (ce que les fascistes appellent la « métapolitique »).

Alain de Benoist et Christian Bouchet sont ainsi les stratèges de l’extrême-droite – ou tout au moins jouent un rôle absolument capital dans la pose des fondations de l’anticapitalisme romantique.

Prenons par exemple les dernières activités d’Alain de Benoist. Ce dernier multiplie les déclarations de sympathie envers Marine Le Pen, mais surtout propose des axes stratégiques pour prendre le pouvoir (tout en restant faussement dans la figure bourgeoise de l’intellectuel « au dessus de ça »).

Par exemple, il a pu déclarer ceci : « [il faut que le Front National devienne] une force de transformation sociale dans laquelle puissent se reconnaître des couches populaires au statut social et professionnel précaire et au capital culturel inexistant, pour ne rien dire de ceux qui ne votent plus. »

Selon lui, le FN doit « se poser véritablement comme le parti du peuple, en devenant le porte-parole des classes populaires, qui font aujourd’hui les frais de la crise, et des classes moyennes menacées de déclassement et de paupérisation. » Pour résumer, pour Alain de Benoist le FN doit devenir un vrai parti fasciste !

Christian Bouchet est ici complémentaire d’Alain de Benoist. Dans la logique des choses, il devrait rejeter Marine Le Pen comme vendu aux forces capitalistes – sionistes. La domination de « Washington et Tel Aviv » est son obsession. En pratique, il est pourtant rentré au FN dans le but annoncé de faire gagner Marine Le Pen dans la campagne interne pour la présidence de ce parti…

Ce qui est cohérent avec notre interprétation de ce qu’est le FN, et inexplicable pour les commentateurs petit-bourgeois (à part par l’idée de « carriérisme », comme si un intellectuel de cette envergure retournait sa veste aussi facilement).

Que propose Christian Bouchet, dont le rôle a une grande signification avec Marine Le Pen dirigeante du Front National?

Sa ligne politico-stratégique peut se résumer aux points suivants : mettre en avant une perspective « progressiste » en se fondant essentiellement sur une attitude « anti-impérialiste » et principalement « anti-sioniste » (en fait anti-américaine et antisémite).

Toute l’histoire de son activité politique s’appuie sur cette logique « anti-impérialiste . » Cela va de pair avec une incessante activité vers les pays arabes, l’Iran, la Russie. Sur le fond, Bouchet prône d’ailleurs la mise en avant du projet « eurasiste », c’est-à-dire l’unification de l’Europe de « Brest à Vladivostok » (comme l’avait déclaré Jean-Marie Le Pen) au sein d’un empire.

Ici, on retombe sur Alain de Benoist. En effet, c’est Alain de Benoist qui a modernisé l’extrême-droite à partir des années 1970, en introduisant de nouveaux concepts « méta-politiques » permettant d’avoir l’air de porter un discours « nouveau », « progressiste. »

C’est lui par exemple qui est à l’origine de la mise en avant et de la théorisation du concept « d’ethno-différencialisme », de celui « d’Identité », du concept « d’enracinement. »

Alain de Benoist permet au racisme de se poser comme « relativisme », voire comme « anti-raciste » (« toutes les races sont supérieures. Toutes ont leur génie propre. Je m’explique. Une race humaine n’est pas seulement une unité zoologique. C’est aussi un devenir, c’est-à-dire un passé, une culture, une histoire, un destin. »)

Il n’est pas difficile de voir qu’ici le succès est total. Ces concepts sont partagés par toute l’extrême-droite, en passant par les « identitaires » et le Front National, mais également par la petite-bourgeoisie nationaliste (Indigènes de la République, régionalistes-nationalistes, etc.).

Tout ce petit monde s’imagine progressiste, en proposant une alternative « locale », relativiste, anti-universaliste, internationaliste. Leur vision du monde est pannationaliste, panrégionaliste (« l’Europe des cent drapeaux », etc.).

Et voilà donc pourquoi l’antisémitisme est incontournable pour le Front National. Il sert de moteur à la « critique » du capitalisme qui va de pair avec l’appel à « unifier » la nation. A côté du « national », l’antisémitisme fait office de ligne « socialiste. »

Le fascisme c’est à la fois une ligne face au monde extérieur (le nationalisme) et un appel à la fusion organique intérieure (le prétendu « socialisme », en fait antisémitisme).

Nous avons déjà souligné le caractère éminemment antisémite de la déclaration d’investiture à la direction du Front National de Marine Le Pen. Si on étudie les positions de Christian Bouchet et d’Alain de Benoist, on retrouve aisément leurs concepts.

La critique du « juif » est la critique de l’élément intérieur qui est « impur » et qu’il faut conditionner pour qu’il retourne dans le « droit chemin. »

Les fascistes ne sont pas tous d’accord sur la méthode ; le Front National se veut « éducateur » brutal, tandis que d’autres groupes ouvertement prônent l’extermination, d’autres encore se voulant « assimilationniste » de manière quasi sauvage, etc.

Mais dans l’idée, que ce soit dans le racisme « démocratique », anti-xénophobe d’Alain de Benoist, ou bien le mysticisme fasciste de Christian Bouchet, ou le nationalisme du Front National, on retrouve les fondamentaux du national-socialisme : la théorie comme quoi existent différents peuples irréductibles les uns aux autres.

Et dans ce schéma, le « juif » est le modèle du « cosmopolite » à éliminer, tout comme le « rom. » Et le communiste est l’ennemi absolu, de par son affirmation de l’universalisme.

Voilà pourquoi la question juive est, et restera, aussi explosive au Front National. Voilà pourquoi les personnes juives doivent comprendre les enjeux de notre époque, et rejoindre le mouvement pour la communauté universelle, seule perspective existante face au fascisme exterminateur. La seule alternative est: socialisme ou retombée dans la barbarie!

Shavua Tov – שבוע טוב

Shabbat Shalom – שבת שלום

Entrée vendredi à 18h20, sortie samedi à 19h27.

Gainsbourg, dernier (vrai) poète français de la période capitaliste

Gainsbourg, dernier (vrai) poète français de la période capitalisteContre-Informations

Il ne faut pas confondre le grotesque et le décadent. Là est la confusion que l’on fait trop souvent au sujet de Serge Gainsbourg, mort il y a 20 ans.

Son histoire est, d’une certaine manière, typique de celle d’une personne juive ashkénaze : elle commence par l’humiliation, avec le port de l’étoile jaune et le surnom de « Ginette » par des jeunes pétris de social-darwinisme. Puis, elle se termine par une victoire culturelle incomprise et culminant dans le tourbillon de l’autodestruction.

C’est cette perspective juive askhénaze qui a notamment contribué à donner naissance au punk (avec les « ancêtres » Lou Reed, Jonathan Richman, Bob Dylan, puis avec donc Joey et Tommy Ramone, Martin Rev et Alan Vega, Nancy Spungen et Malcolm McLaren, Hilly Kristal qui a fondé le CBGB…). En France, on pourrait parler de Daniel Darc, mais la figure historique est bien entendu… Serge Gainsbourg.

Serge Gainsbourg qui, sur son pianio ultra-classique de marque Steinway, avait un portrait du grand compositeur romantique Frédéric Chopin et une photographie de la figure punk par excellence, Sid Vicious…

Lorsque Jean Ferrat est mort, nous avons évalué son oeuvre comme mièvre et sans réelle valeur culturelle en particulier. Il était engagé, c’est vrai, et Gainsbourg ne l’était pas. Mais Ferrat faisait de la variété, et n’était nullement un poète, pas ne pas dire un artiste. Gainsbourg, lui, assumait la réalité dans sa chair.

Alors, logiquement, nous opposions à l’insipide Ferrat la figure de Gainsbourg, ce qui nous a valu par exemple une réaction antisémite de la part de quelqu’un… d’extrême-gauche. C’est tout un symbole de ce qu’est le fascisme, car Gainsbourg – le juif cultivé intégré à la société française (et non « absorbé » de manière formelle comme Jean Ferrat) – est totalement insupportable aux fascistes.

Inversement, il est extrêmement populaire. N’y a-t-il pas là un paradoxe ? Les fascistes aimant les décadents, et le peuple les abhorrant, ne devrait-il pas y avoir une situation inverse ?

En fait, non, pour une raison très simple, qui est la même raison justement pour laquelle l’extrême-gauche ne parle absolument pas de Gainsbourg, même pas à l’occasion des vingt ans de sa mort… Malgré l’indéniable ferveur populaire.

Cette raison est la suivante, expliquée par Mao Zedong, et qui consiste à considérer la culture comme étant en mouvement.

« A vrai dire, les œuvres du passé ne sont pas des sources, mais des cours d’eau ; elles ont été créées avec les matériaux que les auteurs anciens ou étrangers ont puisés dans la vie du peuple de leur temps et de leur pays.

Nous devons recueillir tout ce qu’il y a de bon dans l’héritage littéraire et artistique légué par le passé, assimiler d’un esprit critique ce qu’il contient d’utile et nous en servir comme d’un exemple, lorsque nous créons des œuvres en empruntant à la vie du peuple de notre temps et de notre pays les matériaux nécessaires.

Entre avoir et ne pas avoir un tel exemple, il y a une différence : la différence qui fait que l’œuvre est élégante ou brute, raffinée ou grossière, supérieure ou inférieure et que l’exécution en est aisée ou laborieuse.

C’est pourquoi nous ne devons pas rejeter l’héritage des anciens et des étrangers ni refuser de prendre leurs œuvres pour exemples, fussent-elles féodales ou bourgeoises. Mais accepter cet héritage et le prendre en exemple ne doit jamais suppléer à notre propre activité de création, que rien ne peut remplacer.

Transposer et imiter sans aucun esprit critique les œuvres anciennes et étrangères, c’est, en littérature et en art, tomber dans le dogmatisme le plus stérile et le plus nuisible. »

Quand on comprend la portée de ces lignes, on constate aisément que Serge Gainsbourg a été un authentique artiste :

- il s’est fondé sur les oeuvres du passé ;

- il a suivi l’évolution musicale, sans jamais rester statique.

Le premier point est peu connu, en raison de la fin de la carrière de Gainsbourg, qui a donné l’image d’un décadent coupé de tout. Seulement, il s’agissait seulement d’une mise en scène. D’une mise en scène grotesque, ayant en arrière-plan la culture juive ashklénaze troublée, voire brisée par la destruction des personnes juives en Europe.

Les chansons de Gainsbourg sont, en effet – c’est le principe du cours d’eau dont parlait Mao Zedong – issues des oeuvres du passé. Voici donc quelques titres de Gainsbourg, avec à côté leur source :

Lemon Incest => Etude n°3 en mi majeur Opus 10, de Frédéric Chopin

Baby alone in Babylone => Thème du 3e mouvement de la 3e symphonie, de Brahms

My Lady Heroïne => Sur un marché persan, de Albert Ketèlbey

Initials B.B. => Symphonie (n°9) du Nouveau-Monde, 1er mouvement, de Dvořák

Jane B => Prélude en mi mineur Opus 28 n°4, de Frédéric Chopin)

Ma Lou Marilou => Sonate Appassionata Opus 57, 1er mouvement, de Beethoven

Marilou sous la neige => Pomp and circumstances Opus 39 n°1, de Elgar

Poupée de cire, poupée de son => quatrième mouvement (prestissimo) de la Sonate pour piano  1 en fa mineur op.2-1 de Beethoven

La littérature est également totalement présente dans ses chansons. Voici par exemple ce qu’on pouvait lire dans l’Humanité en 1985, qui cite Gainsbourg :

Mes premières évasions je les dois aux contes : Perrault, Grimm, Andersen, puis Kipling et Fenimore Cooper. J’ai pleuré aux dernières pages du « Dernier des Mohicans ». Chez les Russes c’est Gorki que je préfère. Très hard. J’ai rencontré Rimbaud, Baudelaire et Edgar Allan Poe au moment où j’attaquais ma formation de peintre. Dans le dessin j’avais la facture de Rodin … Mais ceci est une autre histoire …

Donc, Huysmans. Chez lui j’apprécie la froideur esthétique presque inhumaine. Plus tard j’ai retrouvé cela chez Nabokov. La fin de « Lolita » …

«Ma voiture épuisée est en piteux état. La dernière étape est la plus dure. Dans l’herbe d’un fossé je mourrai, Lolita. Et tout le reste est littérature. »

Voici également une liste de livres, donnée en 1958 dans l’interview publiée avec son premier disque :

- Sur une île déserte vous emporteriez…
- « Une vieille maîtresse » de Barbey d’Aurevilly, les poésies de Catulle, « Don Quichotte » de Cervantès, « Adolphe » de Benjamin Constant, « Les Contes fantastiques » de Poe, les contes de Grimm et de Perrault.

Gainsbourg était un poète bourgeois, issu de la tradition symboliste du 19ème siècle. François Mitterrand, le dernier président classique de l’histoire bourgeoise de la France, par conséquent un lettré de très haut niveau, avait bien compris cela. A la mort de Gainsbourg, il a ainsi pu dire :

« C’est notre Baudelaire, notre Apollinaire… Il éleva la chanson à la catégorie d’art. »

Ici, Mitterrand prouve sa culture titanesque. Si lui-même prétendait « changer la vie » (mot d’ordre de Rimbaud), il est issu de l’extrême-droite et il connaît parfaitement et la décadence narcissique dandy de Baudelaire, et celle nationaliste d’Apollinaire.

Rattacher Gainsbourg non pas à Rimbaud (pourtant une référence incontournable pour la gauche, y compris pour Gainsbourg) mais à Baudelaire et Apollinaire est juste, sans nul doute.

Il y a chez Gainsbourg la noirceur de Baudelaire et la frivolité d’Apollinaire. Ce qui est très fort ici est que Gainsbourg, au fond, le savait. Il considérait que la chanson était un « art mineur. » Dans sa dernière interview, il considère comme « orgueilleux » de prétendre avoir laissé une oeuvre qui restera ; il se considérait comme de bien peu d’importance par rapport à Rimbaud. Certaines oeuvres de lui seraient « pas dégueus », voilà tout.

Cette humilité est celle d’un artiste authentique. Tourmenté, il est vrai, et gangrené par la frivolité de la bourgeoisie, évidemment.

Mais il aura tenté de s’enfuir de ce carcan, par des provocations en série, des provocations non pas décadentes, mais littéralement grotesque. On devine cette dimension juive askhénaze lorsqu’on connaît sa blague : « Qui a coulé le titanic ? Iceberg, encore un juif! »

L’extrême-droite d’ailleurs le haïssait. L’auteur réactionnaire Marc-Edouard Nabe, très à la mode chez les réactionnaires aujourd’hui, avait écrit un « Serge Gainsbeurk » dans « L’Idiot International » (du 25 octobre 1989) où parlant de la mort prochaine de Gainsbourg, il expliquait dans un discours typiquement antisémite où la personne juive n’existe qu’à moitié et ne peut être « admiré » que par des ratés :

« Avec sa torve gueule de faux Soutine, il ne pouvait être pris en modèle que par les haineux de l’art, les rockers incultes et les exhibitionnistes de sensibleries. Alcoolique professionnel, simulateur, paumé, demi-chanteur, demi-mélodiste, demi-parolier, demi-provocateur, demi-incestueux, demi-barbu, demi-russe, demi-tout. »

A l’occasion de ces 20 ans, Le Figaro a publié un papier ultra-agressif, « Grandeur et décadence de Serge Gainsbourg » (18 février 2011), valant d’ailleurs à son auteur Nicolas Ungemuth une volée de bois-vert.

Rappelons justement que niveau antisémitisme, la reprise reggae de La Marseillaise (Aux armes et cætera) avait valu un article très connu dans Le Figaro Magazine (du 1er juin 1979) :

« Oh, de Lily Pons à Line Renaud, on ne compte pas les artistes lyriques ou de variétés ayant chanté La Marseillaise quand l’occasion s’en présentait. En revanche, la vomir ainsi – et je pense à un autre verbe moins châtié mais plus imagé -, la vomir ainsi par bribes éparses, jamais nous n’avions entendu cela.

Et encore, l’entendre est une chose. Mais le voir ! (…) Œil chassieux, barbe de trois jours, lippe dégoulinante, blouson savamment avachi, main au fond des poches. Bref, plus attentivement délabré, plus définitivement « crado » que jamais. (…)

Que l’on veuille bien m’excuser de dire aussi nettement les choses et de manquer peut-être à la plus élémentaire charité, mais quand je vois apparaître Serge Gainsbourg, je me sens devenir écologique. Comprenez par là que je me trouve aussitôt en état de défense contre une sorte de pollution ambiante qui me semble émaner spontanément de sa personne et de son oeuvre, comme de certains tuyaux d’échappement sous un tunnel routier. (…)

Et puis, il faut bien aborder, pour finir, l’aspect le plus délicat et qui n’est pas le moins grave de cette minable mais aussi de cette odieuse « chienlit ».

Beaucoup d’entre nous s’alarment, souvent à juste titre, de certaines résurgences, dans notre monde actuel, d’un antisémitisme que l’on était en droit de croire enseveli à jamais avec les six millions de martyrs envoyés à la mort par son incarnation la plus démoniaque.

Or, dans ce domaine de l’antisémitisme, chacun sait que, s’il y a des propagateurs, il peut y avoir aussi, hélas !, les provocateurs. (…) Il n’est évidemment pas un homme de bonne foi, qui songerait à associer cette parodie scandaleuse, même si elle est débile, de notre hymne national et le judaïsme de Gainsbourg. Mais ce ne sont pas précisément les hommes de bonne foi qui constituent les bataillons de l’antisémitisme. (…)

En dehors de la méprisable insulte au chant de notre patrie, ce mauvais coup dans le dos de ses coreligionnaires était-il vraiment le seul moyen que Serge Gainsbourg pût trouver pour relancer une carrière que l’on disait plutôt défaillante depuis quelque temps ? »

On a ici l’antisémitisme du début du 21ème siècle avant l’heure (comme avec Soral : les personnes juives provoquent l’antisémitisme, etc.). Gainsbourg aura, en raison de cette reprise, également eu à faire avec les militaires parachutistes, présents en force lors d’un concert à Strasbourg, dans un épisode connu où Gainsbourg s’en sort par une pirouette (chanter la version classique de la Marseillaise et s’enfuir avec un bras d’honneur).

Tout cela est révélateur : Gainsbourg bousculait la culture, refusait le statique, intégrant volontairement les formes nouvelles (reggae, funk…). Il était un producteur.

Gainsbourg a ainsi énormément composé, depuis les chansons jusqu’aux bandes-originales de film.

Entre un début totalement classique dans son approche de la chanson française (où ressort notamment Le Poinçonneur des Lilas), et une fin tendant au baroque le plus complet (avec la reprise hallucinée, funk et homo-érotique, de Mon légionnaire), Histoire de Melody Nelson ressort comme la construction la plus savante.

On ne sera nullement étonné que ce soit cette oeuvre qui, justement, ressemble le plus à un cours d’eau…