Archives de novembre, 2010

L’antisémitisme vient du centre de la société… L’antifascisme vient d’ailleurs !

« Spock est donc l’incarnation parfaite de la schizophrénie des personnes juives immigrées d’Europe de l’Est en Amérique du Nord.

[...]

De là à dire que dans l’imaginaire collectif américain, les juifs sont des « extraterrestres »… Eh bien justement !

On peut par exemple penser à Superman, qui vit parmi les humains mais vient de la planète Krypton. Lui aussi vit une véritable schizophrénie entre Clark Kent et Superman, et doit nier ses sentiments.

Il faudrait même aller plus loin, en remarquant qu’aussi bien Spock que Superman sont des humanoïdes qui ont d’ailleurs la peau blanche. Ces extraterrestres forment donc une « minorité » qui peut se fondre dans la société américaine de manière « invisible »… ou presque, ce qui est justement le fondement de leur psychologie.

Autant il est possible d’affirmer que certains extraterrestres sont le reflet culturel des formes de vie incomprises sur Terre (autrement dit les animaux), autant certains autres extraterrestres symbolisent des minorités nationales, et pas seulement juive d’ailleurs – il suffit de penser à Petit Cœur dans Dragon Ball Z.

En vérité, il est même possible d’affirmer que cette correspondance entre extraterrestres et personnes juives est l’un des fondamentaux de l’antisémitisme aux État-Unis ! À ce titre, il y a un grand travail culturel à faire concernant le film « Invasion of the Body Snatchers » (1956) et ses nombreux remakes, ou bien certains films de John Carpenter. »

Source : Spock de Star Trek, ou la figure du juif schizophrène, formaliste, étranger

L’antisémitisme de type nazi se généralise… Que la gauche radicale assume ses responsabilités !

Depuis mercredi soir, tout le petit milieu de la « gauche radicale » parisienne a la gueule de bois.

En effet, une manifestation avait été organisée devant un hôtel luxueux de la place de la Concorde, afin de protester contre le dîner mensuel d’un club de la très haute société. Ce club, c’est Le Siècle, qui réunit depuis 1944 des membres de la haute bourgeoisie d’affaire… mais aussi des journalistes très médiatiques.

Comment ! Des journalistes dînent avec la très haute bourgeoisie ! Voilà un véritable scandale du point de vue du petit-bourgeois « de gauche », qui n’a plus rien à dire mais qui cherche compulsivement des « leviers » faciles pour s’assurer encore une existence politique.

Sauf que voilà, cette fois le « levier » populiste anti-médias a tellement bien marché que… des fascistes se sont invités au rassemblement de mercredi soir ! Et cela presque sans protestation, voire avec une tolérance de la part des bobos.

Ainsi Égalité & Réconciliation (le fan-club d’Alain Soral) et le Mouvement d’Action Sociale (un mouvement très « völkisch » à la française) ont pu déployer leurs banderolles, mais il y avait également des fascistes infiltrés au sein du cortège de « gauche » ainsi que des skinheads d’extrême-droite.

Et une fois que le trouble avait été bien semé dans les esprits, la répression policière était devenu un véritable jeu d’enfant, qui n’a pas manqué d’embarquer des dizaines de personnes, en même temps que des fascistes tabassaient des manifestants dans le métro.

Ainsi donc, la « gauche radicale » altermondialiste tombe des nues : des fascistes qui se reconnaissent dans nos slogans et qui squattent nos initiatives… mais comment est-ce imaginable ?

Eh bien la vérité, c’est que cela est très facile à imaginer.

La social-démocratie en crise met en avant de manière hystérique de l’anticapitalisme, mais un anticapitaliste faux, romantique, purement propagandiste, basé sur rien de scientifique, se raccrochant à la « nation ». Or là où il y a anticapitalisme romantisme, le fascisme et l’antisémitisme ne tardent pas à s’exprimer…

Et d’ailleurs, à quoi s’attendaient donc les organisateurs de cette manifestation en parlant dans leur appel de « lieu de sociabilité incestueuse » et du « Parti de la Presse et de l’Argent » ? Quand on joue mine de rien avec les pires clichés antisémites, il ne faut pas s’étonner de se retrouver encerclé d’antisémites…

Car c’est un phénomène auquel il faut s’attendre et qui va devenir massif : la « gauche radicale » ne se contentera plus seulement de son inévitable tendance à l’antisémitisme « social ». Non, elle va de plus en plus jouer sur des clichés de type ouvertement nazi, et à chaque fois elle fera mine de « découvrir », de « tomber des nues », etc.

On a ainsi eu l’exemple, début novembre, d’un sketch télévisé de Nicolas Bedos (le fils de Guy) qui est un bourgeois s’imaginant très drôle et très contestataire. Et cela en présence de Finkielkraut, d’ailleurs, qui n’a pas bronché…

Au milieu d’un déballage d’antisémitisme « généraliste » qui a trouvé grâce aux yeux d’Europalestine, Nicolas Bedos se lâche dans un style tout nazi, en déclarant à propos des films autour de la Shoah que les petits écoliers seraient « raflés » dans les salles de cinéma pour voir des mauvais films… tout en imitant des doigts crochus… Sans commentaire.

Pareil pendant le mouvement contre la réforme des retraites, où La Mèche, le journal qui a pris la suite de Siné Hébdo, avait choisi une couverture très spéciale : un Sarkozy avec un nez énorme tapant rageusement sur la France avec une batte de base-ball.

Quand on voit tout cela, on comprend très bien quelle est la tendance, et vers quoi se dirige la « gauche radicale » : vers un mix entre populisme social et nationalisme du « pays réel », avec au centre un antisémitisme tendant de plus en plus vers les pires clichés nazis.

Voilà la vérité : la social-démocratie « radicale » sert la tendance au fascisme dans ses thèmes de propagande.

Car ce qui se passe, c’est que toutes ces expressions romantiques populistes « échappent » à la gauche pour plonger dans les entrailles de la société capitaliste en crise, qui les digère et les recrache sous forme de barbarie, de fascisme.

Et c’est comme cela qu’on se retrouve en 2010 avec des affiches nazies sur les murs de Paris et de sa proche banlieue.

En effet, depuis presque trois semaines, on peut y voir des affiches publicitaires pour le livre d’Hervé Ryssen « La Mafia juive », collées très en hauteur. Inutile de dire le choc quand on tombe sur de telles affiches… jusque dans le Marais !

Et depuis quelques jours, une nouvelle campagne d’affichage a lieu dans la proche banlieue ouest (Boulogne-Billancourt, Levallois-Perret, etc.), ce qui a poussé enfin des médias à en parler (comme Le Parisien qui parle d’antisémitisme avec des guillemets) et la mairie de Paris à arracher ces affiches – qui par endroits avaient été recouvertes d’affiches d’Hapoel.

Hervé Ryssen, nous en avions déjà parlé. C’est un ancien de l’Organisation Communiste Libertaire (du moins le prétend-il), qui a tourné totalement nazi. Son activité consiste essentiellement à reprendre les actualités les plus triviales en rajoutant « le juif Untel », « la juive Unetelle », etc. Bref, on pourrait le comparer à une sorte de « presse people » antisémite, comme il en existait dans les années 1930.

Les antifascistes expliquent souvent qu’il ne faut pas traiter les fascistes comme des malades mentaux, car le développement du mouvement fasciste est lié à l’inévitable crise du capitalisme et non à une « maladie ». Mais chez Hervé Ryssen comme chez Boris Le Lay, on atteint quand même des sommets dans la paranoïa et la psychose – ce à quoi ils répondront par leur argument-massue que « c’est celui qui dit l’est »…

Pourtant, dans une France à la culture nationale délatrice, ce genre de nazis trouve nécessairement un écho comme « point de rencontre » pour antisémites maladifs, qui ne cesseront de se développer tant la société capitaliste déraille. De plus, dans ses livres, ce type de nazi produit des synthèses antisémites « prêtes à l’emploi » et qui servent de socle idéologique.

Ainsi, quand on voit que les campagnes d’affichage antisémites ont suivi d’assez peu la publication de l’affiche sur internet, on comprend l’ampleur de la situation.

Dans la même veine, on a Paul-Éric Blanrue, l’initiateur de la pétition de soutien au nazi emprisonné Vincent Reynouard et contre la loi Gayssot, qui se retrouve au festival de courts-métrages de… Téhéran !

Rappelons que l’année dernière, c’était Dieudonné qui était allé servir dans le jury de ce même festival iranien de cinéma, ce qui en dit long sur les financements de toute cette mouvance antisémite, mieux organisée qu’elle ne le laisse transparaître.

De là-bas, Blanrue a annoncé qu’il planchait sur un film en défense de Vincent Reynouard, en le comparant au cas d’un certain Gutman, un « sioniste » supposé pédophile…

Quand on repense à l’appel à la manifestation contre le dîner du Siècle qui parle de « lieu de sociabilité incestueuse », on voit bien à quel point la « gauche radicale » sert la soupe à cette nouvelle figure de Blanrue, qui fait évidemment plus sérieux que Dieudonné…

Enfin, on a également Marine Le Pen qui, dans un discours la semaine dernière à Carcassonne, fustigeait « un retour aux féodalités mafieuses politiques et à celles des quartiers ». La référence à la « féodalité mafieuse » n’est pas innocente, elle est une constante de l’antisémitisme moderne français.

Cette référence remonte à 1847, date à laquelle Alphonse Toussenel publie à Paris sont pamphlet « Les Juifs, rois de l’époque », dont le sous-titre est… « Histoire de la féodalité financière ». Toussenel était un socialiste pré-marxiste, qui a de fait été le précurseur de l’antisémitisme moderne avec Proudhon.

Certes, Marine Le Pen n’a pas parlé de « féodalité financière », mais l’esprit est le même, et il est certain que dans la course à l’antisémitisme en vue de 2012, l’expression sera lâchée tôt ou tard.

Qui lancera le mouvement ? Le Pen ? De Villepin ? Royal ? Mélenchon ? Peu importe, car c’est au fond un mouvement unique de toute la société capitaliste vers la barbarie et le fascisme.

Ce qui est certain, en revanche, c’est que nous les juifs, nous les juives, nous n’avons certainement pas l’intention de payer le prix politique pour la « gauche radicale » totalement inconséquente et versant de plus en plus dans l’antisémitisme de type nazi.

Pas plus que nous n’avons l’intention de nous laisser escamoter par la grande majorité de l’extrême-gauche ultra-populiste que plus rien ne différencie culturellement de la social-démocratie, et pour qui l’antisémitisme est certes « regrettable » mais au fond très secondaire.

Il y en a plus qu’assez du cinéma de la « gauche radicale » et de ses parasites d’extrême-gauche, il y en a assez de leur mauvais psychodrame français. Nous les juifs, nous les juives, nous voulons du sérieux, pas du cinéma. Nous voulons du réalisme et de la radicalité, pas du romantisme.

Juif ! Juive ! Avec Hapoel, lance-toi dans la bataille antifasciste !
Jamais l’Action Antifasciste ne fera de compromis avec l’antisémitisme !

Shavua Tov – שבוע טוב

L’avocat de Faurisson, Dieudonné et Blanrue attaque le Forum Antifasciste !

Le Forum Antifasciste hébergé par le site de l’Action Antifasciste a été fermé hier soir. La raison ? L’avocat John Bastardi-Daumont a décidé d’attaquer le forum auprès de son hébergeur.

Rappelons que John Bastardi-Daumont est un avocat niçois qui avait été invité par la CAPJPO-Europalestine au rassemblement de solidarité après l’attaque de sa librairie en juillet 2009. Bastardi-Daumont s’était alors posé comme une figure jeune, fédératrice, et surtout inconnue.

Seulement voilà, John Bastardi-Daumont allait devenir l’avocat de Faurisson en septembre 2009, ce qui a été révélé par le Forum Antifasciste [1 - 2 - 3]. Ont aussitôt suivi des menaces de procès en diffamation, un piratage du Forum Antifasciste, etc.

Face à cela, l’Action Antifasciste et Hapoel ont assumé sur toute la ligne… et ont eu raison de le faire.

Ainsi une carrière de « sous-marin » fasciste a été grillée, la gauche « radicale » a été placée devant ses responsabilités, l’Action Antifasciste et Hapoel ont fait preuve de fermeté et de crédibilité… et tout cela, Bastardi-Daumont ne peut toujours pas le digérer.

À cela s’ajoute bien entendu la campagne actuelle de l’extrême-droite contre la loi Gayssot, qui est un objectif stratégique de tous les antisémites [1 - 2]. Une campagne dont se dégage la figure de Paul-Éric Blanrue, dont l’avocat est justement… John Bastardi-Daumont.

Ainsi l’extrême-droite antisémite a compris que sur son chemin allait se trouver inévitablement l’Action Antifasciste, et voilà pourquoi le Forum Antifasciste est aujourd’hui ciblé.

Une telle attaque appelle une forte solidarité antifasciste de la part de toutes les personnes voulant s’opposer au développement de l’extrême-droite.

Hapoel et l’Action Antifasciste ont mérité la haine des antisémites, cela est aujourd’hui très clair, et désormais il faut choisir son camp, prendre position, s’engager.

Œil pour œil, dent pour dent, les antisémites paieront !
Juif ! Juive ! L’Action Antifasciste est ton organisation !

[Ci-dessous, le texte d'explication que l'on trouve sur la page d'accueil du Forum Antifasciste.]

Si vous vous retrouvez sur cette page au lieu de sur le forum, c’est pour une raison très simple : c’est le prolongement de l’offensive d’extrême-droite contre la loi Gayssot.

Comme vous le savez en effet certainement, les groupes de notre réseau, tout comme les individus y participant ou étant proches, accordent une grande valeur aux questions de culture et d’idéologie.

Or, la loi Gayssot bloque justement l’extrême-droite, en raison du fait qu’elle les frappe (théoriquement du moins) justement sur le plan de la culture et de l’idéologie, en les empêchant de pouvoir assumer de manière claire les idées.

Évidemment, l’extrême-droite a appris à contourner cela, en s’exprimant de manière différente (en utilisant l’expression « ethno-différentialisme » au lieu de racisme, par exemple).

Mais cela n’empêche que casser la loi Gayssot est, à terme, un objectif stratégique de grande valeur pour l’extrême-droite, si elle veut vraiment se développer.

Et justement, face à cette campagne contre la loi Gayssot présentée comme « liberticide », nos groupes (de manière relative) et le forum (de manière claire) ont joué le rôle de trouble-fête.

Alors pourquoi le forum ferme-t-il ?

La chose se passe comme suit : l’avocat John Bastardi Daumont, connu lors de l’affaire de la librairie Résistances à Paris, a envoyé une lettre de plusieurs pages à l’hébergeur, affirmant que son cabinet d’avocats subit une campagne de dénigrement.

Il y a ici une grande subtilité. Cet avocat ne vise pas un ou plusieurs messages précis, qui le viserait lui particulièrement.

Cela, il ne l’a pas pu à l’époque, et c’est une réussite. D’ailleurs, notons que le délai de prescription est passé….

Donc, il a changé son fusil d’épaule, et maintenant il accuse l’ensemble du forum de dénigrer son cabinet d’avocats, en s’appuyant par exemple sur ces deux articles juridiques :

Art. 1382 : Tout fait quelconque de l’homme, qui cause à autrui un dommage, oblige celui par la faute duquel il est arrivé, à le réparer.
Art. 1383 : Chacun est responsable du dommage qu’il a causé non seulement par son fait, mais encore par sa négligence ou par son imprudence.

Comme on l’aura compris, c’est très intelligent : c’est une manière de dépolitiser la question (dénigrement au lieu de remarques antifascistes), de lui enlever une dimension personnelle (cabinet d’avocat exerçant « simplement » son activité, au lieu d’une personne ayant pris position politiquement)…

Mais aussi de viser non pas une ou deux personnes ayant posté des messages particuliers, mais l’ensemble des gens qui postent en général, comme s’il s’agissait d’une sorte d’association tentaculaire, d’une seule et même entité.

Voilà pourquoi le forum ferme, et pourquoi nous vous engageons, encore une fois, à former vos groupes antifascistes autonomes, et à participer à notre réseau.

En effet, si la machine judiciaire se met en branle, il y a peu de chances qu’une criminalisation réussisse. Toutefois, il est évident que cela causerait une perte de temps et des soucis matériels non négligeables. Des gens ayant simplement posté quelques messages risqueraient de se retrouver dans une situation désagréable.

Le principe de l’action antifasciste serait noyé dans une activité administrative, forcément démotivante.

De cela, il ne saurait être question. Il y a bien mieux à faire… Comme faire vivre une multitude de groupes antifascistes autonomes !

Actionantifasciste.fr [Mailinglist : ici]

Shabbat Shalom – שבת שלום

Entrée vendredi à 16h41, sortie samedi à 17h52.

Le Dibbouk, la conception juive du corps, et l’aliénation

Dans la culture yiddish, le Dibbouk est un esprit maléfique qui « s’attache » à une personne, et « possède » le corps de cette personne afin d’accomplir sa propre volonté.

Le nom de « Dibbouk » provient de la tradition ‘hassidique et kabbalistique du 18ème siècle en Europe de l’Est. Sa racine est la même que « devek » (דבק), qui signifie « la colle », ce qui exprime bien ce que cela veut dire.

Néanmoins, il existe de nombreuses allusions aux « mauvais esprits » dans la Torah, bien avant l’apparition du mot « Dibbouk ». Ainsi, Shaoul HaMelekh (le roi Saül) aurait été affecté par un Dibbouk. Plus tard, Eliyahou HaNavi (le prophète Élie) est également possédé par l’esprit d’un mort, qui essaie alors de convaincre son roi de partir en guerre.

Selon la tradition kabbalistique, le Dibbouk n’est pas un démon, mais une âme en peine, une âme qui n’a pas pu s’insérer dans le « Gilgul HaNeshamot », c’est-à-dire le cycle des réincarnations. Par exemple, une personne suicidée se verra refuser même l’accès en enfer, et devra errer sur terre. De même, l’âme d’une personne morte avant d’avoir pu accomplir ce qu’elle voulait pourra également rester dans le monde des vivants.

On ne peut pas comprendre cela sans voir que, dans la conception mystique juive du monde, le corps et l’âme interagissent et sont en quelque sorte « connectés », « imbriqués ».

Si le corps et l’âme ne sont pas « en phase », ne sont pas « connectés », alors au moment où le corps part de ce monde, l’âme peut ne pas suivre, et rester parmi les vivants : elle est alors « entre deux mondes », « tsvishn tsvey Veltn » en yiddish (qui est précisément le sous-titre de la célèbre pièce de théâtre d’Ansky, « Der Dybbuk », jouée seulement après sa mort et adaptée dans un film emblématique à la veille de la Shoah).

Cette âme doit alors s’agripper à une personne vivante pour poursuivre ses buts – le plus souvent négatifs dans le cas du Dibbouk. Cela n’est à son tour possible seulement si la personne « possédée » souffre d’une discontinuité entre le corps et l’âme, exactement comme chez la personne morte dont est issu le Dibbouk.

Concrètement, on peut prendre l’exemple d’une personne qui meurt en effectuant une mauvaise action, et dont l’âme devient un Dibbouk. Celui-ci ira posséder le corps d’une personne qui aurait des envies d’effectuer la même mauvaise action, afin de l’accomplir.

Cependant, les conceptions kabbalistiques du Gilgul expliquent qu’il peut aussi exister de « bons » Dibboukim, c’est-à-dire des âmes de Justes qui s’attachent à une personne, et agissent comme les « anges-gardiens » de la croyance populaire catholique. C’est ce que l’on appelle « Sod Ha’Ibbur », le « secret de l’imprégnation ».

Comment comprendre alors la croyance populaire du Dibbouk ? Quel sens lui donner ?

Résumons un peu : notre corps est déconnecté de notre âme, de notre volonté, et il existe une entité invisible, insaisissable, qui prend le contrôle de nous et nous fait accomplir des tâches qui nous sont étrangères et imposées de l’extérieur…

Ne serait-ce donc pas l’exact écho mystique de ce que les marxistes appellent l’aliénation ?

L’aliénation, c’est-à-dire le fait d’être étranger à soi-même, a été expliquée de manière approfondie par Marx dans ses « Manuscrits de 1844 ». Après avoir montré que le travailleur est étranger au produit de son travail, Marx y écrit :

« L’aliénation de l’objet du travail n’est que le résumé de l’aliénation, du dessaisissement, dans l’activité du travail elle-même.

Or, en quoi consiste l’aliénation du travail ?

D’abord, dans le fait que le travail est extérieur à l’ouvrier, c’est-à-dire qu’il n’appartient pas à son essence, que donc, dans son travail, celui-ci ne s’affirme pas mais se nie, ne se sent pas à l’aise, mais malheureux, ne déploie pas une libre activité physique et intellectuelle, mais mortifie son corps et ruine son esprit. En conséquence, l’ouvrier n’a le sentiment d’être auprès de lui-même qu’en dehors du travail et, dans le travail, il se sent en dehors de soi. [...]

Enfin, le caractère extérieur à l’ouvrier du travail apparaît dans le fait qu’il n’est pas son bien propre, mais celui d’un autre, qu’il ne lui appartient pas, que dans le travail l’ouvrier ne s’appartient pas lui-même, mais appartient à un autre. »

Marx relie également la question de l’aliénation à la propriété privée des moyens de production, à la valeur (qui a le même caractère « insaisissable » que le Dibbouk !) ainsi qu’à la division du travail entre travail manuel et travail intellectuel… qui n’est que la mauvaise « connexion » entre le corps et l’esprit, mais à l’échelle de l’humanité !

La croyance au Dibbouk a persisté dans les campagnes parmi les masses juives des shtetls jusqu’à la veille de la Shoah. Mais c’est seulement à la lumière des concepts d’aliénation et de séparation du travail manuel et du travail intellectuel que l’on peut le comprendre.

En effet, selon le « rationnalisme » bourgeois mécaniste, les superstitions féodales devraient être balayées par l’essor du capitalisme et de la science. Or ce n’est pas toujours ce que l’on observe, exactement comme pour la croyance au mauvais œil.

Cela ne s’explique uniquement si l’on comprend que l’exploitation et l’aliénation sont encore plus importantes sous le capitalisme, et que paradoxalement cela nourrit les superstitions féodales qui faisaient déjà écho à l’exploitation et à l’aliénation.

Un seul mot d’ordre : non au racisme

Du déracinement des « élites » à l’encadrement sioniste – Abraham Serfaty

Extrait de « Le Judaïsme Marocain et le Sionisme » par Abraham Serfaty, disponible par ici au format PDF.

Parallèlement, et avec des fonds de même source, l’Alliance Israélite Universelle était fondée, et créait ses premiers établissements scolaires dans le bassin méditerranéen, et notamment au Maroc.

[...]

S’il est vrai que l’un des premiers élèves de la première école de l’Alliance, celle de Tétouan, devint le fondateur du sionisme au Maroc, les artisans juifs du Rif travaillaient pour l’armement des troupes d’Abdelkrim el-Khattabi.

Mais il est vrai que les quelques milliers de juifs marocains ainsi formés constituaient, à partir des années 1920, la seule « élite », la seule manifestation publique de la communauté juive.

La société traditionnelle devait se dépasser pour affronter l’impact de la colonisation. La résistance nationale, issue des profondeurs du peuple, a été une « résistance », mais n’a jamais été, malgré certaines aspirations plus ou moins diffuses, une « révolution », qui soit à la fois rejet de l’impact colonial et dépassement de la société traditionnelle.

L’idéologie nationale plus ou moins élaborée n’a cessé d’osciller entre le repli sur cette société et l’adoption des valeurs de la société bourgeoise occidentale. Même le courant socialiste, jusqu’aux efforts entrepris depuis ces récentes années, n’offrait de perspective que techniciste.

Rien d’étonnant donc que cette « élite » juive, déracinée dès le départ, intégrée par son style de vie, ses intérêts, à la culture occidentale, n’ait offert, dans le meilleur des cas, aucune perspective nationale concrète à la masse de la communauté juive marocaine, quand elle ne l’a pas, tout simplement, canalisée vers le sionisme.

Dans une structure sociale où l’autonomie culturelle était déjà très forte, cette communauté s’est vue ainsi abandonnée à une telle « élite ».

Ceux des marocains juifs, nombreux à un moment, qui venaient au mouvement national dans le cadre du seul parti qui inscrivait la lutte nationale dans l’objectif d’avenir de construction du socialisme [le Parti Communiste Marocain, auquel avait appartenu Abraham Serfaty], se trouvaient, par une application mécaniste des principes du socialisme scientifique, amenés à sous-estimer, sinon ignorer, la nécessité d’une lutte spécifique dans la communauté juive, la laissant ainsi à cet abandon.

La situation de juin 1967 [au moment de la guerre des Six Jours en Palestine] est venue ainsi couronner un siècle de pénétration et de division coloniales, et un quart de siècle d’abandon de la communauté juive marocaine à l’encadrement sioniste.

« Le Judaïsme Marocain et le Sionisme », Abraham Serfaty, juin – juillet 1969.

Shavua Tov – שבוע טוב

Shabbat Shalom – שבת שלום

Entrée vendredi à 16h48, sortie samedi à 17h57.

Faire groover les anges…

Aujourd’hui, cela fait exactement 7 ans que la jeunesse juive regrette DJ Lam.C, assassiné dans la nuit du mercredi 19 novembre 2003 dans le parking de sa résidence.

En novembre 2003, Sébastien Selam a 23 ans et vit avec sa mère et son frère dans une cité de la rue Louis Blanc, près de la place du Colonel Fabien. Il est connu sous le blaze de DJ Lam-C (le verlan de Selam, évidemment).

Seulement depuis quelque temps, son voisin et camarade d’enfance Adel Amastaibou, 23 ans aussi, multiplie les actes antisémites : insultes antisémites, cadavres de poulets égorgés devant la porte des Selam, agression d’un rabbin, etc.

Le soir du 19 novembre 2003, Adel Amastaibou (seul ? avec des complices ?) tend un piège à Lam-C : il l’attire dans le parking de l’immeuble, et l’égorge à coups de couteau.

Le visage sans vie de Sébastien témoignait de façon horrifiante des traces de la barbarie antisémite.

Pire encore : remontant en courant chez sa mère, le meurtrier s’écrie : « J’ai tué un juif ! J’irai au paradis ! ». Il rajoutera, devant les policiers : « C’est Allah qui l’a voulu. »

Le motif antisémite de l’assassinat était donc limpide, terriblement limpide.

Et pourtant. Pourtant en 2006, Adel Amastaibou est déclaré irresponsable au moment des faits, et interné à Villejuif – un comble pour un antisémite… Le même verdict est prononcé à nouveau après 6 ans de procédures en 2009, privant la famille Selam d’un procès, et en même temps de toute dignité.

Aujourd’hui toutes nos pensées vont à la mémoire de Lam.C, à Juliette sa mère et Stéphane son frère. Jamais sa mémoire ne sera souillée par des racistes comme Éric Zemmour, qui dans son livre « Petit Frère » récupère et salit le sort tragique de Sébastien.

Là où il est, Lam.C doit faire groover les anges… Vérité et justice pour Lam.C !

Un rassemblement en hommage à Sébastien Selam aura lieu dimanche matin au cimetière de Pantin. Plus de détails sur Facebook.

 

Abraham Serfaty, figure passée de la révolution marocaine

Quand on connaît la situation actuelle au Maroc, on ne prend pas beaucoup de risques en disant que, au cours des années 2010, le Maroc va devenir une « poudrière ».

Une poudrière où les rébellions populaires vont se multiplier, où le régime de Mohammed VI va réprimer les peuples marocain et sahraoui ainsi que les minorités imazighen, où la concurrence entre la France et les USA va devenir de plus en plus intense.

Le peuple marocain en lutte doit impérativement rencontrer en France la solidarité qu’il mérite, d’autant plus que chaque avancée révolutionnaire au Maroc ne sera pas seulement une défaite de l’impérialisme français, ni seulement une avancée pour la révolution arabe en général… mais aussi un progrès pour la conscience révolutionnaire en France !

À chacune de ses avancées, la révolution marocaine aura un écho certain en France même : elle laminera les positions des islamistes au sein des masses populaires arabes de France, elle fera tomber les murs entre les minorités nationales juive et arabe, elle contribuera à l’unité populaire pour la libération totale… ici en France !

Voilà pourquoi il est indispensable de faire vivre la solidarité avec le mouvement révolutionnaire marocain, qui fait actuellement face avec une détermination absolue aux tortures, à la prison et aux assassinats.

Le mouvement révolutionnaire marocain puise ses racines dans ce qu’on a appelé au Maroc les « années de plombs », c’est-à-dire dans la grande agitation révolutionnaire qui a secoué le régime fasciste de Hassan II dans les années 1970, en s’inspirant elle-même de la révolution culturelle en Chine populaire.

Seulement aujourd’hui, il s’agit de dépasser les années 1970, et pour cela les révolutionnaires du Maroc analysent méthodiquement et critiquent systématiquement l’expérience des années de plomb.

L’une des bases de leur identité politique, justement, est la critique féroce de la trahison des principales organisations révolutionnaires des années 1970, qui sont devenues dès 1979 des forces « néo-révisionnistes » vivant sur le prestige immense de leurs martyrs passés.

C’est précisément sur cette base (leur attitude est-elle réellement antagoniste, réellement révolutionnaire ?) qu’il faut critiquer des gens comme Abraham Serfaty, et d’ailleurs il était critiqué de son vivant autant par les maoïstes du Maroc que par ceux de France.

De son vivant, oui, car Abraham Serfaty est décédé hier à Marrakech, à l’âge de 84 ans, marquant ainsi la fin d’une époque… et le début d’une autre.

Qui était Abraham Serfaty ?

Né en 1926 dans une famille juive originaire de Tanger, Abraham Serfaty adhère en 1944 à l’âge de 18 ans aux jeunesses communistes marocaines. Puis il va faire ses études en France de 1945 à 1949, où il adhère au PCF.

De retour au Maroc, il entre au Parti Communiste Marocain, qui lutte contre l’impérialisme français et pour l’indépendance. Pour ses activités anti-coloniales, Abraham Serfaty est assigné à résidence de 1950 à 1956.

Au lendemain de la pseudo-indépendance, il entre au gouvernement dans le cabinet du ministère de l’économie, où il oriente la politique minière du Maroc. À partir de 1960, au début du règne de Hassan II, il est haut cadre de l’Office Chérifien des Phosphates, mais il se fait limoger après avoir soutenu la grève des mineurs à Khouribga.

En 1968, le Parti Communiste Marocain devient le Parti de la Libération et du Socialisme, ce qui scelle définitivement son tournant « révisionniste », c’est-à-dire contre-révolutionnaire et pro-soviétique.

Abraham Serfaty quitte donc ce parti en 1970 et fonde l’organisation maoïste Ilal Amam (« en avant ») avec Abdellatif Laâbi (dirigeant de l’excellente revue « Souffles ») et Raymond Benhaïm. C’est l’acte de naissance du « MMLM » des années 1970, le mouvement marxiste-léniniste marocain.

En janvier 1972, Abraham Serfaty est arrêté pour ses activités révolutionnaires et est sauvagement torturé, mais est libéré sous la pression des masses populaires. En mars, il passe à la clandestinité avec Abdellatif Zeroual – un des grands martyrs de la révolution marocaine.

Mais en 1974, Serfaty et Zeroual sont de nouveau arrêtés : Zeroual est assassiné en prison par ses bourreaux, et Serfaty sera jugé en 1977 avec presque 150 révolutionnaires – dont la grande martyre Saïda Menebhi.

Abraham Serfaty fait partie des 5 inculpés qui sont condamnés à la perpétuité à la prison centrale de Kenitra, notamment pour son soutien à la libération nationale sahraouie et au Front Polisario. En prison, il épousera Christine Daure, qu’il avait rencontrée en clandestinité.

Après 17 ans d’enfermement et grâce à une campagne internationale en sa faveur, Abraham Serfaty est libéré de prison en septembre 1991 et ausitôt exilé en France.

Deux mois après la mort de Hassan II, il est autorisé en septembre 2000 à revenir au Maroc. Serfaty est aussitôt nommé conseiller à l’Office National de Recherches et d’Exploitations Pétrolières (Onarep).

À ce moment là, il est clair qu’Abraham Serfaty a définitivement rompu avec la révolution, qu’il s’est fait tromper par Mohammed VI… ou plutôt qu’il a bien voulu être trompé. Bref, Serfaty a été atteint par les « balles enrobées de miel », après avoir accompagné en prison le tournant néo-révisionniste du MMLM.

Que reste-t-il alors de l’héritage d’Abraham Serfaty ?

Pour Hapoel, il reste la figure d’un révolutionnaire juif-arabe, qui a fait la révolution dans son pays le Maroc, qui a analysé précisément la minorité marocaine juive, et qui a exprimé sa solidarité avec le reste de la nation arabe – en particulier avec le peuple palestinien sous occupation sioniste.

Dans l’identité des gens qui ont donné naissance à Hapoel, la figure d’Abraham Serfaty occupait une place très importante, et il n’est pas difficile de comprendre pourquoi. Mais il n’y a jamais eu d’illusion à propos des perspectives qu’il représentait.

On trouve dans les archives internationales des marxistes-léninistes-maoïstes une liste de documents d’Abraham Serfaty de son époque révolutionnaire.

Les contradictions de l’ennemi et la perspective révolutionnaire au Maroc (avec Abdellatif Zeroual)

Le judaïsme marocain et le sionisme

Le devoir des juifs marocains (1967)

Salut aux Afro-américains ! (1969)

Révolution en Afrique et direction du prolétariat (1970)

Lumumba vivant (1971)

La francophonie contre le développement

Obscurantisme néo-colonial et acrobaties bourgeoises

Dictature et démocratie (1971)

La révolution marocaine vit et se bat, avec à sa tête la Voie Démocratique Basiste (an-Nahj ad-Dimoukrati al-Qaidi). Vive la VDB, sa lutte, ses martyrs !

Un nouveau groupe au sein de l’Action Antifasciste : vive le CVA 62 !

Souhaitons chaleureusement la bienvenue au Comité de Vigilance Antifasciste 62, groupe antifasciste autonome du Pas-de-Calais. Salutations antifascistes à elles et eux ! Voici leur présentation :

Le CVA62 rejoint l’Action Antifasciste

C’est officiel, le CVA fait désormais partie de l’Action Antifasciste! Nous avons pris cette décision car l’organisation en réseau de groupes autonomes correspond à notre conception de l’antifascisme. C’est comme ça que nous construirons un front antifasciste, métissé et populaire.

Notre groupe rassemble des personnes de diverses tendances : communistes, anarchistes, libertaires, ne-sait-pas… Nous assumons cette diversité que nous considérons comme une richesse. Ce qui nous rassemble, c’est que :

- Nous sommes tous d’accord sur le fait que le fascisme est la conséquence du capitalisme en crise.

- Nous voulons combattre le fascisme au quotidien, de façon autonome, c’est à dire indépendamment des partis politiques de « gauche » : ceux-ci sont pris dans des logiques d’appareil et des échéances électorales totalement incompatibles avec l’antifascisme.

- Nous nous reconnaissons dans la lutte contre la « triple oppression » qui est à la base de l’Action Antifasciste : anti-racisme, anti-sexisme et anti-capitalisme.

- Enfin, nous sommes d’accord sur la nécessité d’affronter aussi les fascistes  sur le terrain des idées et de la culture. Les fascistes ne prennent pas seulement le pouvoir par les armes ou par les urnes. Ils ont gagné quand leurs idées et leurs valeurs deviennent dominantes dans la société. C’est pourquoi nous devons faire en sorte que nos idées, nos valeurs, deviennent culturellement hégémoniques!

L’assassinat d’Ilan, « un crime crapuleux avec un habillage politique » ?

Aujourd’hui s’ouvre à Créteil la 4ème semaine du procès en appel des assassins d’Ilan Halimi. Rapide coup d’œil sur le déroulement de la semaine passée.

1. Lundi dernier, c’est la tentative d’enlèvement de Marc Krief qui a été examinée par la cour. Une semaine seulement après celle de Mickaël Douieb… et une semaine seulement avant celle d’Ilan…

Youssouf Fofana avait décidé de passer en revue les magasins de téléphonie du boulevard Voltaire, en s’imaginant que tous les travailleurs y étaient juifs. Il s’est ainsi d’abord intéressé à un certain Jérémy, avant de renoncer en se disant qu’il ne paraissait pas assez juif…

Puis Audrey Lorleach, son « appât », est rentrée dans le magasin de téléphonie où travaillait Marc Krief, à seulement quelques numéros de celui d’Ilan. Après un certain harcèlement, pendant le week-end du 14 janvier 2006, Marc craque et accepte un rendez-vous en banlieue sud.

Mais sur le chemin pour Sceaux, son ami Julien l’appelle et trouve que ce rendez-vous est bien suspect. Marc terminera donc sa soirée chez Julien, qui lui a sauvé la vie, mais il aurait pu connaître la même fin tragique qu’Ilan…

Quand nous disons que n’importe quel jeune homme juif de banlieue sud ou du boulevard Voltaire aurait pu être à la place d’Ilan, ce ne sont pas des mots en l’air. C’est la réalité, et c’est sur cette réalité que doit se fonder une conscience antifasciste – nécessairement collective !

2. Toujours lundi, dans l’après-midi, Youssouf Fofana a été appelé à témoigner, toujours « à titre de renseignement ». Il a réaffirmé qu’il ne dirait rien sur les faits et a refusé de répondre à une longue liste de questions du président de la cour.

Selon Radio J, il aurait encore une fois fait du chantage en réclamant que l’on publie une photo de lui sur une carte de l’Afrique, avec la mention « Hezbollah ». Fofana a donc été reconduit au dépôt du tribunal, au bout de 20 minutes d’audition.

3. Il faut rappeler ici une chose très importante : à cause du huis-clos, toutes les informations qui filtrent du procès sont étroitement dépendantes des intérêts de celles et ceux qui les font filtrer. Et de ce fait, les journalistes qui couvrent le procès dépendent soit de la version de la défense, soit de celle des parties civiles.

Ainsi la retranscription de la journée de lundi est un modèle du genre, où l’on se rend compte par exemple que le blog judiciaire d’Elsa Vigoureux, journaliste au Nouvel Obs, est quasiment devenu une tribune des avocats de la défense, qui tentent d’imposer leur version des faits.

Prenons un exemple « anodin », qui concerne Audrey Lorleach, l’appât qui avait ciblé Marc Krief, et qui après cela a abandonné les sinistres projets de Fofana. Elsa Vigoureux dit à son sujet : « C’est Audrey L. qui, après la découverte du corps d’Ilan Halimi, s’est spontanément rendue à la police. »

Spontanément, vraiment ? Cela est bien entendu conforme à la version de la défense, mais la réalité est toute autre : quand Audrey a vu son portrait-robot diffusé publiquement, elle a compris qu’elle trempait dans une affaire très grave et a paniqué ; conseillée par son amie Murielle, elle s’est rendue à la police.

De même, aucune mention n’est faite chez Elsa Vigoureux des provocations de Fofana, qui certes n’ont rien à voir avec leur niveau au premier procès.

Est-ce un choix de la journaliste ? Peut-être pas, quand on observe son souci du détail, mais ce qui est certain c’est que le huis clos est antidémocratique au possible. Chaque journaliste s’en remet donc aux protagonistes avec lesquels il ou elle a déjà tissé des liens par le passé (premier procès Halimi, autres procès comme celui d’Émile Louis auquel avait participé l’avocat Didier Seban, etc.).

4. Mardi matin, les avocats du procès ont pris connaissance d’une lettre du président de la cour adressé à Michèle Alliot-Marie, la Garde des Sceaux. Dans cette lettre, il est expliqué que son audition « est juridiquement acquise aux débats, et la défense n’entend pas y renoncer ».

MAM est donc invitée à une audition entre le 29 novembre et le 7 décembre… seulement si le conseil des ministres donne son feu vert ! Ce qui est très intelligent de la part du président de la cour d’assises, puisqu’il s’est débarrassé de la responsabilité effective de l’audition de MAM, et apparaît ainsi aux yeux de tous comme « neutre », « indépendant », etc.

Pourtant, quel rapport entre MAM et les faits de l’affaire Halimi ? Aucun, bien entendu, et il est clair qu’il y a là une campagne en cours de la part des avocats de la défense. Une grande attention doit y être accordée.

5. L’examen de l’enlèvement d’Ilan a commencé mardi en fin d’après-midi. Le premier témoignage est donc venu du commissaire Olivier Richardot, qui avait été en charge de la gestion de l’enlèvement.

Un témoignage imprécis sur les détails de l’affaire, mais aussi délirant et scandaleux puisque le commissaire a déclaré, « gêné », que l’enquête avait été « irréprochable ». Tellement irréprochable que la police avait finalement abandonné tout lien avec le gang de Fofana, livrant Ilan à son sort tragique…

De plus, le commissaire a caractérisé l’affaire Halimi comme… « un crime crapuleux avec un habillage politique » !

Du pur délire ! Pourquoi Fofana ciblait-il alors des juifs ? Est-ce que cibler des juifs parce qu’ils seraient soi-disant riches n’est pas antisémite ? En tout cas, quand on voit la négation totale de l’aspect antisémite, on comprend mieux pourquoi la police n’a même pas pu imaginer qu’Ilan serait torturé et liquidé.

Mercredi, un autre commissaire a témoigné, reprenant en bloc la thèse officielle de la police française – et de la défense, naturellement. À ceci près qu’il s’est défaussé de sa responsabilité en pointant du doigt les opérateurs de téléphonie mobile, qui d’après lui n’auraient pas suffisamment collaboré avec la police.

Cela avait déjà été évoqué au premier procès par le même policier, et il est clair que le ministère de l’intérieur profitera de l’affaire Halimi pour se défausser de ses responsabilités, et pour développer encore davantage les techniques françaises de « l’anti-subversion »… en détournant totalement le sens de l’assassinat d’Ilan.

6. Enfin vendredi, c’est l’enlèvement d’Ilan qui a été abordé de manière détaillée, c’est-à-dire la soirée du 20 janvier 2006.

Le mardi 17 janvier, la jeune Emma (« Yalda ») Arbalzadek-Hashémi, mineure à l’époque et assez « paumée », est conduite boulevard Voltaire par Fofana. Cette fois-ci, c’est elle qui lui servira d’appât… et ceci dès le lendemain du rendez-vous manqué avec Marc Krief !

Sur ordre de Fofana, Emma cherche un vendeur de téléphonie qui ne soit pas trop difficile à maîtriser. Après plusieurs tentatives hésitantes, elle jette son dévolu sur Ilan. Quand elle repart, Ilan lui tend gentiment un papier avec son numéro de téléphone. Ravi, Youssouf Fofana invite toute son équipe à fêter cela autour d’un panini.

Une heure plus tard, Emma appelle Ilan et lui donne rendez-vous le vendredi suivant, après le repas en famille de Shabbat, au café Paris-Orléans à la porte d’Orléans.

Le vendredi en question, en vue de l’enlèvement, Fofana emprunte l’Audi grise de Jérémy Pastisson, qui avait déjà été impliqué dans la tentative d’enlèvement de Jimmy et Mickaël Doueib.

En fin de soirée, Emma demande à Ilan de la raccompagner à Sceaux, où elle prétend habiter seule depuis deux mois. Ilan se gare au parking d’un gymnase près de la Coulée Verte, près du soi-disant appartement de « Yalda ».

Là, quand elle prononce le signal convenu, trois hommes bondissent sur Ilan, le tabassent et l’enferment dans le coffre de l’Audi, menottes aux poignets, scotch sur les yeux et mouchoir au chloroforme sur la bouche. Deux des trois ravisseurs n’ont jamais été identifiés, et le silence est total par peur plus ou moins « naturelle » de représailles.

Ce soir là, c’est le début du calvaire pour Ilan notre frère, dans un appartement vide du 1, rue Prokofiev de la cité de la Pierre Plate à Bagneux, tout près du cimetière.

Shavua Tov – שבוע טוב

Shabbat Shalom – שבת שלום

Entrée vendredi à 16h56, sortie samedi à 18h04.

Contre la tendance au pogrom, la résistance est possible !

Avec la crise, chacun le sait, chacun le sent : l’antisémitisme travaille la société française au plus profond de ses entrailles.

De larges mouvements de fond agitent la société, et quand la tendance à l’antisémitisme passe soudainement à une nouvelle étape, cette tendance se « cristallise » de manière très nette.

Ainsi depuis des mois et des mois, nous ne cessons de répéter que les attaques antisémites se font de plus en plus fréquentes, de plus en plus brutales, et il faudrait rajouter : de plus en plus collectives.

La liste est longue ces derniers mois : tentative d’assassinat en plein centre-ville de Strasbourg en heure de pointe, agression à la sortie d’une synagogue à Nîmes, tentatives d’attaquer des lieux juifs à Strasbourg et Grenoble dans les manifestations pour Gaza en juin, descente antisémite sur le boulevard Voltaire à Paris, grave agression dans le 13ème arrondissement de Paris, attaques antisémites visant la jeunesse juive comme au Blanc-Mesnil ou dans le 18ème, etc.

À cela s’ajoutent bien entendu les profanations continues et les tags clairement nazis de Melun à Marmande en passant par l’Alsace, ainsi que les menaces antisémites incessantes comme des lettres de menaces à la synagogue de Drancy accompagnées de cartouches de revolver, ou bien les grenades retrouvées à deux pas d’une synagogue de Lyon – une intimidation qui joue sans ambiguïté sur le traumatisme de Copernic, il y a 30 ans.

Les faits parlent donc d’eux-mêmes, pour peu que l’on ose se confronter lucidement à la réalité : la France est entrée dans l’époque des pogroms.

Cela, nous avons été les premiers à prendre le risque politique de l’affirmer ; et d’ailleurs nous sommes encore les seuls à en parler comme d’une tendance concrète, et pas comme une incantation angoissée ou, pire, un slogan manipulateur.

Ainsi dans deux ou trois ans, il se peut que le printemps 2010 soit communément admis comme étant la fin d’un cycle, en quelque sorte un moment-clé où l’on est passé à une nouvelle étape dans l’antisémitisme, celle du pogrom.

Sans doute également que les sionistes feront remonter cela plus précisément à juin 2010, c’est-à-dire aux manifestations contre l’attaque de la flottille pour Gaza. Car dans leur esprit borné et mécaniste, il y a ce schéma simpliste : crimes sionistes = réactions de révolte = vague d’antisémitisme.

Pour les antifascistes, la réalité est toute autre : l’antisémitisme en France est une question française, et les étapes du développement de l’antisémitisme sont déterminées par les mouvements de fond de la société française – comme un terrible écho.

Voilà comment Hapoel avait pu pressentir avec précision la tendance au pogromisme, et cela dès avril 2010, notamment avec les réactions au meurtre à Bobigny de Saïd, un vigile d’origine marocaine. D’un point de vue antifasciste, les événements de juin n’ont donc été qu’une « confirmation » d’une tendance de fond.

Seulement voilà, quand on parle de tendance au pogrom, il y a des conséquences politiques qui en découlent immédiatement, et qui peuvent s’avérer plus pressantes que prévu…

Les masses populaires juives ont besoin de s’organiser pour l’antifascisme. Elles ont besoin d’une véritable autodéfense juive antifasciste, formée de groupes autonomes d’autodéfense à la base. Autrement dit, des petits noyaux réactifs d’hommes et de femmes, qui se coordonnent « de bas en haut ».

Mais une telle organisation ne peut voir sérieusement le jour tant que subsistera le poids culturel énorme du fatalisme, du légitimisme, de l’angoisse, de l’impuissance, de la mentalité féodale.

Nous n’avons pas besoin de fatalisme mais de détermination. Nous n’avons pas besoin de légitimisme mais de lutte pour la justice. Pas besoin d’angoisse mais de lucidité. Pas besoin d’impuissance mais de conquérir notre dignité. Et nous n’avons pas besoin du poids de la mentalité féodale, mais bien de libérer toutes les énergies !

Juif ! Juive !
Contre la tendance au pogrom, la résistance est possible – ici et maintenant !
Avec l’Action Antifasciste, participe à la bataille contre l’antisémitisme !

Contre la tendance au pogrom, les juifs sont déterminés ! Plus jamais de novembre 1938 !

Aujourd’hui comme chaque année, nous commémorons la Nuit de Cristal du 9 novembre 1938, la nuit des pogroms nazis en Allemagne. On estime que 250 synagogues ont été attaquées cette nuit là, que 400 personnes juives sont mortes dans le pogrom, et que 35000 furent déportées à Dachau, Buchenwald, etc.

L’année dernière, l’État fédéral allemand a profité du 20ème anniversaire de la chute du Mur de Berlin – le 9 novembre 1989 – pour passer sous silence les « pogroms de novembre », c’est-à-dire au final pour considérer que l’Allemagne n’avait plus à parler des persécutions nazies, qu’il y en avait assez d’une soi-disant « repentance », etc.

Ainsi en Allemagne le mouvement néonazi s’affirme, et en même temps l’État abandonne tout semblant d’antifascisme, se permet de célébrer la nation allemande (autour du football par exemple), et évidemment se révèle totalement impuissant face aux nazis.

Quelques documents à propos de la Nuit de Cristal :
Herschel Grynszpan, une haine non négociable
La Nuit de Cristal, un tournant dans l’extermination
L’appel à la manifestation annuelle de l’Initiative Antifasciste de Moabit à Berlin

Rapide coup d’œil sur la deuxième semaine du procès Halimi

Demain cela fera deux semaines que s’est ouvert le procès en appel des assassins d’Ilan Halimi. L’occasion de revenir sur le déroulement de cette semaine à la cour d’assises de Créteil.

1. La semaine s’est ouverte mardi 2 novembre, et comme prévu Youssouf Fofana a été appelé à témoigner dans l’après-midi. Sans doute pour des raisons de sécurité, Fofana a été maintenu dans le box des accusés, et n’est pas monté à la barre.

Mais de la part de l’assassin, pas un mot, même pas la traditionnelle déclinaison de son identité. Uniquement un T-shirt marqué d’une image de mosquée avec l’inscription « Allah Ouakbar », et un poing ganté de noir, levé à la manière de Tommie Smith aux Jeux Olympiques de 1968 en défense de la cause des Black Panthers.

Seulement le Black Panthers Party n’avait rien à voir avec l’antisémitisme barbare de Youssouf Fofana, et ne délirait certainement pas sur un Islam salafiste fantasmé.

Fofana s’imagine avoir un impact, Fofana s’imagine qu’il se fait désirer… mais la famille Halimi a déjà suffisamment souffert de ses délires au premier procès, et après tant d’épreuves, elle ne se laissera pas atteindre.

2. Le lendemain mercredi, Fofana a fait savoir par fax au président de la cour d’assises qu’il ne comptait pas comparaître au procès. Il a tout de même été extrait de sa cellule à la Santé et amené dans la « souricière » du tribunal de Créteil.

Le soir, Fofana a finalement été présenté à l’audience, mais il a été appelé à témoigner sans micro et dans le box des accusés. Après avoir refusé de prêter serment, Fofana a déclaré qu’il ne parlerait pas s’il n’était pas considéré comme les autres témoins, avant de déclarer qu’il ne parlerait pas tout court.

Durant les quelques minutes où Fofana a eu la parole, il a ainsi annoncé : « Je n’ai plus rien à dire. [...] Je n’ai plus rien à perdre. [...] J’emporterai mes secrets avec moi dans la tombe. »

Et effectivement, des secrets il y en a, puisqu’il reste des personnes du gang de Fofana qui n’ont toujours pas été identifiées, tout le monde se taisant à leur propos. Ces personnes pourraient avoir tenu un rôle central dans l’enlèvement lui-même, et peut-être dans le déroulemement de la séquestration d’Ilan quand Fofana faisait ses allers-retours vers Abidjan.

3. Au cours des quatre derniers jours d’audience ont été examinées diverses tentatives d’enlèvement avant celle, fatale, d’Ilan Halimi. D’abord celles à Arcueil d’Olivier Z. et Jacob G., à la suite de celles de Rudy P. et Zouhair W. en fin de semaine dernière.

Puis jeudi et vendredi, c’est Mickaël Douieb d’Antony (et son fils Jimmy) qui a témoigné sur sa tentative d’enlèvement en janvier 2006, seulement deux semaines avant celle d’Ilan. Une tentative d’enlèvement qui a tourné au lynchage antisémite et qui a manqué de très peu se terminer en meurtre.

Avec 96 impacts de coups sur le crâne et plus d’une demi-douzaine d’opérations pour s’en remettre plus ou moins, Mickaël Douieb ne doit son salut qu’au fait que Fofana le croyait déjà mort, donc sans valeur. Là aussi, deux quasi assassins sont toujours dans la nature…

4. Après l’examen des précédentes tentatives d’enlèvement, le procès entrera dès demain dans les détails de l’enlèvement d’Ilan proprement dit.

Il reste donc cinq semaines de procès a priori, au cours desquelles Fofana ne devrait plus être entendu en tant que témoin en tant que tel, mais simplement pour des renseignements. Quant aux autres accuséEs, il est clair qu’ils vont tout faire pour se couvrir, étant donné que… certainEs sont déjà en liberté grâce aux remises de peines !

5. Rappelons enfin, pour celles et ceux qui voudraient suivre plus régulièrement le procès, qu’il existe le blog d’Elsa Vigoureux, journaliste au Nouvel Observateur, et qu’un nouveau blog est consacré par Radio J au procès (après quelques problèmes informatiques assez improbables). De même, chaque jour à 7h et 14h20, Radio J consacre un point d’actualité au procès – sur la fréquence 94.8 FM, donc.

Mais attention, vu que le procès en appel se tient à nouveau à huis clos, il est évident que les informations qui filtrent sont totalement tributaires des déclarations de sources anonymes. Et il est facile de voir, par exemple, que les comptes-rendus du Nouvel Observateur dépendent énormément des versions des avocats de la défense…

Aujourd’hui plus que jamais, justice pour Ilan !

Shavua Tov – שבוע טוב

Shabbat Shalom – שבת שלום

Entrée vendredi à 17h06, sortie samedi à 18h13

La bataille pour la mémoire des nôtres n’est pas un dîner de gala !

Un pro-sioniste qui appuie une initiative pro-négationniste ? Cela a quelque chose de… dérangeant. Pourtant c’est la « mésaventure » qui est arrivée à Yann Moix, le petit protégé de BHL.

Qui est Yann Moix ? C’est un écrivain et cinéaste français dont nous avons déjà parlé très brièvement à propos du nationaliste Éric Zemmour. Yann Moix est très pro-sioniste, au point que la LDJ avait pu le qualifier de « vrai ami du peuple juif et d’Israël ».

Ainsi on ne sera pas étonnéE de retrouver Yann Moix parmi les signataires d’un appel contre le boycott de l’État israelien dans les colonnes du Monde – quoi que chacunE puisse penser de ce boycott.

Seulement voilà, Yann Moix est tellement friand de pétitions… qu’il en arrive à signer celle de Paul-Éric Blanrue, qui milite pour l’abrogation de la loi Gayssot !

Rappelons que ce Blanrue gravite autour des proto-nazis et des négationnistes, de Dieudonné à Poumier en passant par Faurisson. Sa pétition contre la loi Gayssot avait été lancée à l’occasion de l’incarcération d’un nazi notoire, Vincent Reynouard, qui est explicitement cité dans la pétition.

Rappelons également que « l’altermondialiste » Noam Chomsky soutient cette pétition (cf. le point de vue des maoïstes par ici), après avoir déjà soutenu le négationniste Faurisson. De même Monseigneur Gaillot a signé cette pétition de Blanrue, avant de se rétracter.

Yann Moix a donc rejoint la liste des signataires de cette pétition, une liste à faire peur et que l’on peut retrouver classée par « catégories » sur ce blog au ton très « journalistique ».

Entretemps, Yann Moix a perdu sa naïveté et a enfin changé d’avis. Ainsi, sur son blog hébergé par la revue de BHL, l’écrivain fait une « mise au point » où il déclare ceci :

« Comme il arrive souvent avec les pétitions, on ne peut jamais deviner à l’avance qui en seront les cosignataires. J’ai été contacté il y a quelques jours au sujet d’une pétition contre la loi Gayssot dont Robert Badinter devait être le signataire vedette. On m’a promis un Robert (Badinter) mais, hélas, j’ai découvert un tout autre Robert, in fine, sur la liste : Faurisson !

Bien que n’étant pas favorable à cette loi [...] je n’admettrai d’aucune manière, ni aujourd’hui ni demain, que mon nom figure sur une pétition signée par M. Faurisson ou par quelques autres sires de moindre notoriété mais de même acabit.

Je n’accepterai jamais, ni aujourd’hui ni demain, que mon nom soit associé à quelque démarche visant, de quelque manière que ce soit, à réhabiliter ou banaliser le révisionnisme. C’est pourquoi je déclare ici, fermement et officiellement, ne pas faire partie des signataires de la pétition circulant actuellement contre la loi Gayssot. »

Avant de rajouter, pour celles et ceux qui n’auraient pas compris :

« Quiconque propagera ou insinuera le contraire à partir d’aujourd’hui devra, par conséquent, savoir qu’il diffuse une information erronée, injurieuse, calomniatrice – et en supporter les conséquences. »

Yann Moix intimide, Yann Moix menace, mais sa « mésaventure » ne tient qu’à sa propre démarche, une démarche d’intellectuel bourgeois recherchant le « buzz » pour pouvoir prétendre à la relève de BHL.

Parce que prétendre, en parlant d’une pétition contre la loi Gayssot, que « on ne peut jamais deviner à l’avance qui en seront les cosignataires »… c’est se foutre de la gueule du monde.

D’autant plus que ce n’est pas ce qu’expliquait Yann Moix quelques jours auparavant… En effet le 28 octobre, Yann Moix avait publié un article sur le site de la revue de BHL, où il expliquait « Pourquoi je suis contre la loi Gayssot ».

L’article est long et pompeux, il s’est retrouvé dès le lendemain dans des revues de presse de sites d’actualité sionistes… mais il aurait très bien pu passer pour un article de pro-négationniste « malin ».

Sauf que voilà, dans cet article Yann Moix expliquait qu’il a « signé une pétition [...] sur laquelle figurent évidemment, figurent logiquement, [ses] pires ennemis et les ordures les plus avérées ». Ce qui n’a donc rien à voir avec sa défense actuelle, et notons ici que cette phrase a sauté suite au retournement de veste de Moix.

Notons également que cet article a été publié le 28 octobre… c’est-à-dire exactement le même jour où la liste des signataires de la pétition a été rendue publique par Paul-Éric Blanrue ! On ne peut pas être plus naïf politiquement, et on ne peut pas mieux rentrer dans l’agenda politique de l’extrême-droite antisémite !

Pour en revenir à l’article de Yann Moix, sa thèse n’est pas très compliquée à résumer : les négationnistes sont diabolisés et réduits au silence, alors que pour faire émerger la vérité il faut les affronter « au grand jour » par des arguments historiques. C’est bien la peine d’en faire des tonnes, avec des arguments aussi plats et bourgeois…

Ainsi Yann Moix conçoit la lutte contre le négationnisme comme une joute rhétorique, comme une aventure individuelle chevaleresque, comme un dîner de gala. Yann Moix contre les négationnistes, c’est Don Quichotte contre les pires pervers idéologiques.

Moix s’est cru le plus malin, mais bien entendu à la fin les pervers gagnent… sans même avoir à se battre. Dans dix ans, les Blanrue, les Bastardi-Daumont, les Faurisson, les Reynouard rigoleront encore de cette histoire, autour d’un verre au siège de leur futur parti nazi.

Yann Moix est un bourgeois égocentrique, il est presque aussi pompeux que BHL, il se croit un être unique, indispensable à la marche de ce monde, au point qu’il se sent obligé d’apposer sa signature sur n’importe quelle pétition.

Et comme tous les « intellectuels » bourgeois, il a avec Paul-Éric Blanrue un point commun énorme : il s’aime. Pendant que Blanrue étale ses photos de lui sur Internet, Yann Moix s’écoute parler, il s’écoute disserter sur la prétendue liberté d’expression.

Au final, Yann Moix rejoint la liste des « vrais amis du peuple juif et d’Israël » qui ne comprennent rien à ce qu’est l’antisémitisme, aux côtés de Frêche, Marine Le Pen, Goasguen, Rioufol, etc. Mais qui s’étonnera des amitiés malsaines de l’extrême-droite sioniste ?

Cette « mésaventure » qui arrive à Moix pourrait prêter à la moquerie devant tant de naïveté, mais la vérité c’est qu’elle est insultante pour la mémoire des nôtres, pour la mémoire de tous les peuples martyrisés.

Yann Moix s’inscrit ici dans la longue tradition française des intellectuels bourgeois cultivant la polémique purement formelle, qui au fond n’engage à rien et n’a aucun sens des réalités – et d’ailleurs dans son article, Moix se revendique de cette tradition…

Sauf que pour les survivantEs de la Shoah, le négationnisme est perçu comme une attaque directe contre leur dignité, en mettant en cause des témoignages de personnes qui ont côtoyé l’anéantissement.

La mémoire est la dernière identité de 6 millions de personnes juives, et c’est cette mémoire que Yann Moix propose de laisser insulter librement, alors même qu’en septembre, l’un des trois derniers survivants de Treblinka est décédé.

Hapoel n’a cessé de le répéter depuis des mois et des mois, voire depuis l’été 2009 : les antisémites partent en guerre contre la loi Gayssot, c’est une de leur principales campagnes du moment, ce n’est pas difficile de le voir :

Oui, pour l’identité et la dignité des personnes exterminées par le fascisme, il faut savoir mener la guerre, car en face les nazis sont prêts à tout, et se sentent terriblement en confiance dans l’époque qui s’ouvre. [...]

La perversité négationniste ne se renforce pas avec le temps, elle se renforce avec le développement du fascisme parallèlement à la crise capitaliste. [...]

Aujourd’hui le camp fasciste dans le monde entier se lance à l’assaut de la mémoire de la Shoah, et on peut le voir en France avec la campagne actuelle animée par Dieudonné – Faurisson – Blanrue, et des fascistes qui tournent autour comme Skandrani, Thion, Poumier, Bastardi-Daumont, Bricmont, et désormais le média « de gauche » Bellaciao.

Les négationnistes ne sont pas « des historiens qui s’égarent » comme le prétend Yann Moix. Non, les négationnistes font de la politique, de la politique de fascistes et d’antisémites.

Penser comme Moix et Badinter qu’on peut s’opposer au tsunami antisémite uniquement avec des arguments d’historien, c’est une illusion bourgeoise et dangereuse. Le négationnisme est fondamentalement irrationnel, et les négationnistes profitent ainsi de la décadence complète de la société et de l’explosion d’irrationalisme qui va avec.

C’est une tendance lourde et massive de notre époque, qu’aucun « débat éclairé » n’arrêtera.

Et en vérité, la loi Gayssot non plus n’arrêtera pas le tsunami antisémite. L’État français est incapable de s’opposer au fascisme… mais le veut-il seulement ?

Pour défendre la mémoire des nôtres ici et maintenant, il faut réprimer le fascisme, il faut réprimer les négationnistes et les nazis, pour qu’ils comprennent concrètement ce qu’a été la Shoah.

Notre mémoire ne sera pas souillée par les négationnistes… ni relativisée par des intellectuels libéraux bourgeois ! Les juifs n’oublient pas, et les négationnistes s’en souviendront !

Rejoins Hapoel ! Rejoins l’Action Antifasciste !

Si je ne suis pas pour moi, qui le sera ?
Et si je ne suis que pour moi, qui suis-je ?
Et si pas maintenant, quand ?

Profanation d’un cimetière à Bar-le-Duc (55)

Vendredi soir vers 19 heures, à Bar-le-Duc dans la Meuse : un riverain « promène » son chien sur un chemin, à la lisière du bois dans le quartier Marbot. Il passe devant le vieux cimetière juif, et son œil s’arrête sur un détail : la grille du cimetière est entrouverte, alors que d’habitude elle reste toujours fermée. L’homme alerte aussitôt la police.

L’intuition du promeneur était juste, car derrière les grilles du cimetière s’étale un spectacle de dévastation : stèles renversées et brisées dans leur chute, clôtures arrachées, et autres dégradations (photo).

Ce sont 49 stèles qui sont retrouvées renversées, sur un total de 126 tombes dans ce cimetière juif. En revanche, aucune inscription n’a été relevée, ni dans le cimetière ni alentour.

Au vu du poids des stèles renversées, il semblerait que les profanateurs aient dû s’y mettre à plusieurs pour les faire chuter. Il semblerait également que ces exactions soient relativement récentes, peut-être un ou deux jours avant leur découverte.

Les profanations de cimetières ou de monuments commémoratifs sont toujours une découverte terrible, qui pour les familles des personnes enterrées tombent toujours comme un coup de massue haineux.

Les profanations sont l’expression d’une haine gratuite et hargneuse, une haine face à laquelle l’incompréhension est totale. La seule réaction qui vienne à l’esprit est simplement : pourquoi ?

Le cimetière juif de Bar-le-Duc date du 19ème siècle, et de ce fait il doit être considéré comme faisant partie du patrimoine culturel du peuple. À ce jour il n’avait jamais connu aucune dégradation de ce type, mais aujourd’hui c’est donc ce cimetière juif historique qui est attaqué et souillé.

Inutile d’insister sur le choc que constitue cette profanation au sein de la petite communauté juive de Bar-le-Duc, d’autant plus qu’il n’y a là plus que quelques familles. Seulement voilà, les antisémites n’ont pas besoin de juifs pour être antisémites.

Pour conclure, rappelons simplement ce qu’Hapoel expliquait cet été, quand avait été profané un monument à Marmande à la mémoire des personnes déportées (Profanation négationniste à Marmande (47), Marmande ou Bellaciao, le négationnisme s’affirme et se revendique).

Logiquement, cela devrait être en ville que l’antisémitisme serait le plus « abouti », et non à la campagne où bien souvent les antisémites n’ont jamais vu de juifs…

Mais c’est exactement l’inverse qui s’est passé à Paris et Marmande : les nazis s’implantent et se développent notamment dans les petites villes de campagne.

La crise se généralise, et le fascisme contamine des zones jusque là pas encore atteintes, et qui lui doivent lui servir de « bases-arrière » dans les masses populaires. Très typiquement, des petites villes en grande périphérie de grandes métropoles, comme on peut aussi le voir dans le Nord et l’Est de la France.

Or la petite-bourgeoisie des campagnes précède la petite-bourgeoisie des villes dans le vécu de la crise, et de plus « la campagne encercle les villes », avec toute la profondeur stratégique que ce « constat » implique.

On a donc un aperçu très net de ce qui va se généraliser, tout d’abord aux villes de la grande banlieue parisienne comme Melun, avec toute la tendance pogromiste que l’on peut imaginer…

L’antisémitisme se généralise, pour les nazis la campagne encercle les villes… mais ils n’ont pas l’intention de s’y cantonner ! Dès aujourd’hui rejoins la bataille antifasciste !