Depuis mercredi soir, tout le petit milieu de la « gauche radicale » parisienne a la gueule de bois.
En effet, une manifestation avait été organisée devant un hôtel luxueux de la place de la Concorde, afin de protester contre le dîner mensuel d’un club de la très haute société. Ce club, c’est Le Siècle, qui réunit depuis 1944 des membres de la haute bourgeoisie d’affaire… mais aussi des journalistes très médiatiques.
Comment ! Des journalistes dînent avec la très haute bourgeoisie ! Voilà un véritable scandale du point de vue du petit-bourgeois « de gauche », qui n’a plus rien à dire mais qui cherche compulsivement des « leviers » faciles pour s’assurer encore une existence politique.
Sauf que voilà, cette fois le « levier » populiste anti-médias a tellement bien marché que… des fascistes se sont invités au rassemblement de mercredi soir ! Et cela presque sans protestation, voire avec une tolérance de la part des bobos.
Ainsi Égalité & Réconciliation (le fan-club d’Alain Soral) et le Mouvement d’Action Sociale (un mouvement très « völkisch » à la française) ont pu déployer leurs banderolles, mais il y avait également des fascistes infiltrés au sein du cortège de « gauche » ainsi que des skinheads d’extrême-droite.
Et une fois que le trouble avait été bien semé dans les esprits, la répression policière était devenu un véritable jeu d’enfant, qui n’a pas manqué d’embarquer des dizaines de personnes, en même temps que des fascistes tabassaient des manifestants dans le métro.
Ainsi donc, la « gauche radicale » altermondialiste tombe des nues : des fascistes qui se reconnaissent dans nos slogans et qui squattent nos initiatives… mais comment est-ce imaginable ?
Eh bien la vérité, c’est que cela est très facile à imaginer.
La social-démocratie en crise met en avant de manière hystérique de l’anticapitalisme, mais un anticapitaliste faux, romantique, purement propagandiste, basé sur rien de scientifique, se raccrochant à la « nation ». Or là où il y a anticapitalisme romantisme, le fascisme et l’antisémitisme ne tardent pas à s’exprimer…
Et d’ailleurs, à quoi s’attendaient donc les organisateurs de cette manifestation en parlant dans leur appel de « lieu de sociabilité incestueuse » et du « Parti de la Presse et de l’Argent » ? Quand on joue mine de rien avec les pires clichés antisémites, il ne faut pas s’étonner de se retrouver encerclé d’antisémites…
Car c’est un phénomène auquel il faut s’attendre et qui va devenir massif : la « gauche radicale » ne se contentera plus seulement de son inévitable tendance à l’antisémitisme « social ». Non, elle va de plus en plus jouer sur des clichés de type ouvertement nazi, et à chaque fois elle fera mine de « découvrir », de « tomber des nues », etc.
On a ainsi eu l’exemple, début novembre, d’un sketch télévisé de Nicolas Bedos (le fils de Guy) qui est un bourgeois s’imaginant très drôle et très contestataire. Et cela en présence de Finkielkraut, d’ailleurs, qui n’a pas bronché…
Au milieu d’un déballage d’antisémitisme « généraliste » qui a trouvé grâce aux yeux d’Europalestine, Nicolas Bedos se lâche dans un style tout nazi, en déclarant à propos des films autour de la Shoah que les petits écoliers seraient « raflés » dans les salles de cinéma pour voir des mauvais films… tout en imitant des doigts crochus… Sans commentaire.
Pareil pendant le mouvement contre la réforme des retraites, où La Mèche, le journal qui a pris la suite de Siné Hébdo, avait choisi une couverture très spéciale : un Sarkozy avec un nez énorme tapant rageusement sur la France avec une batte de base-ball.
Quand on voit tout cela, on comprend très bien quelle est la tendance, et vers quoi se dirige la « gauche radicale » : vers un mix entre populisme social et nationalisme du « pays réel », avec au centre un antisémitisme tendant de plus en plus vers les pires clichés nazis.
Voilà la vérité : la social-démocratie « radicale » sert la tendance au fascisme dans ses thèmes de propagande.
Car ce qui se passe, c’est que toutes ces expressions romantiques populistes « échappent » à la gauche pour plonger dans les entrailles de la société capitaliste en crise, qui les digère et les recrache sous forme de barbarie, de fascisme.
Et c’est comme cela qu’on se retrouve en 2010 avec des affiches nazies sur les murs de Paris et de sa proche banlieue.
En effet, depuis presque trois semaines, on peut y voir des affiches publicitaires pour le livre d’Hervé Ryssen « La Mafia juive », collées très en hauteur. Inutile de dire le choc quand on tombe sur de telles affiches… jusque dans le Marais !
Et depuis quelques jours, une nouvelle campagne d’affichage a lieu dans la proche banlieue ouest (Boulogne-Billancourt, Levallois-Perret, etc.), ce qui a poussé enfin des médias à en parler (comme Le Parisien qui parle d’antisémitisme avec des guillemets) et la mairie de Paris à arracher ces affiches – qui par endroits avaient été recouvertes d’affiches d’Hapoel.
Hervé Ryssen, nous en avions déjà parlé. C’est un ancien de l’Organisation Communiste Libertaire (du moins le prétend-il), qui a tourné totalement nazi. Son activité consiste essentiellement à reprendre les actualités les plus triviales en rajoutant « le juif Untel », « la juive Unetelle », etc. Bref, on pourrait le comparer à une sorte de « presse people » antisémite, comme il en existait dans les années 1930.
Les antifascistes expliquent souvent qu’il ne faut pas traiter les fascistes comme des malades mentaux, car le développement du mouvement fasciste est lié à l’inévitable crise du capitalisme et non à une « maladie ». Mais chez Hervé Ryssen comme chez Boris Le Lay, on atteint quand même des sommets dans la paranoïa et la psychose – ce à quoi ils répondront par leur argument-massue que « c’est celui qui dit l’est »…
Pourtant, dans une France à la culture nationale délatrice, ce genre de nazis trouve nécessairement un écho comme « point de rencontre » pour antisémites maladifs, qui ne cesseront de se développer tant la société capitaliste déraille. De plus, dans ses livres, ce type de nazi produit des synthèses antisémites « prêtes à l’emploi » et qui servent de socle idéologique.
Ainsi, quand on voit que les campagnes d’affichage antisémites ont suivi d’assez peu la publication de l’affiche sur internet, on comprend l’ampleur de la situation.
Dans la même veine, on a Paul-Éric Blanrue, l’initiateur de la pétition de soutien au nazi emprisonné Vincent Reynouard et contre la loi Gayssot, qui se retrouve au festival de courts-métrages de… Téhéran !
Rappelons que l’année dernière, c’était Dieudonné qui était allé servir dans le jury de ce même festival iranien de cinéma, ce qui en dit long sur les financements de toute cette mouvance antisémite, mieux organisée qu’elle ne le laisse transparaître.
De là-bas, Blanrue a annoncé qu’il planchait sur un film en défense de Vincent Reynouard, en le comparant au cas d’un certain Gutman, un « sioniste » supposé pédophile…
Quand on repense à l’appel à la manifestation contre le dîner du Siècle qui parle de « lieu de sociabilité incestueuse », on voit bien à quel point la « gauche radicale » sert la soupe à cette nouvelle figure de Blanrue, qui fait évidemment plus sérieux que Dieudonné…
Enfin, on a également Marine Le Pen qui, dans un discours la semaine dernière à Carcassonne, fustigeait « un retour aux féodalités mafieuses politiques et à celles des quartiers ». La référence à la « féodalité mafieuse » n’est pas innocente, elle est une constante de l’antisémitisme moderne français.
Cette référence remonte à 1847, date à laquelle Alphonse Toussenel publie à Paris sont pamphlet « Les Juifs, rois de l’époque », dont le sous-titre est… « Histoire de la féodalité financière ». Toussenel était un socialiste pré-marxiste, qui a de fait été le précurseur de l’antisémitisme moderne avec Proudhon.
Certes, Marine Le Pen n’a pas parlé de « féodalité financière », mais l’esprit est le même, et il est certain que dans la course à l’antisémitisme en vue de 2012, l’expression sera lâchée tôt ou tard.
Qui lancera le mouvement ? Le Pen ? De Villepin ? Royal ? Mélenchon ? Peu importe, car c’est au fond un mouvement unique de toute la société capitaliste vers la barbarie et le fascisme.
Ce qui est certain, en revanche, c’est que nous les juifs, nous les juives, nous n’avons certainement pas l’intention de payer le prix politique pour la « gauche radicale » totalement inconséquente et versant de plus en plus dans l’antisémitisme de type nazi.
Pas plus que nous n’avons l’intention de nous laisser escamoter par la grande majorité de l’extrême-gauche ultra-populiste que plus rien ne différencie culturellement de la social-démocratie, et pour qui l’antisémitisme est certes « regrettable » mais au fond très secondaire.
Il y en a plus qu’assez du cinéma de la « gauche radicale » et de ses parasites d’extrême-gauche, il y en a assez de leur mauvais psychodrame français. Nous les juifs, nous les juives, nous voulons du sérieux, pas du cinéma. Nous voulons du réalisme et de la radicalité, pas du romantisme.
Juif ! Juive ! Avec Hapoel, lance-toi dans la bataille antifasciste !
Jamais l’Action Antifasciste ne fera de compromis avec l’antisémitisme !