La France, pays de la délation

Quand on se confronte de manière lucide et réaliste à la culture nationale-bourgeoise, on voit très vite que la France est la pays de la délation et du fichage.

Et quand nous affirmons cela, tout le monde comprend très bien ce que nous voulons dire.

À quoi cela tient-il ?

Comme l’explique Marx, la France est historiquement le pays de la petite propriété parcellaire.

Cette petite propriété parcellaire était en réalité maintenue à bout de bras par le capitalisme français, un capitalisme très spécifique qui jusque dans l’entre-deux-guerres avait une grande composante usuraire, reposant sur la rente foncière.

C’est ce capitalisme usuraire qui a très longtemps maintenu à la campagne des vestiges sociaux et culturels de la féodalité, qui se retrouvent encore aujourd’hui dans l’appareil d’État de la république bourgeoise française.

La petite propriété parcellaire a donc donné naissance à une couche sociale typiquement française, les petits notables des campagnes.

Une couche sociale dépendante du capitalisme foncier à la française, et qui se range donc tout à tour derrière le Second Empire après 1848, derrière la Troisième République après la Commune, et enfin derrière Vichy.

Au final, ce sont ces rapports sociaux de la petite production rurale qui ont façonné l’identité des couches possédantes et dominantes de la « France profonde » : jalousie et mesquinerie, paternalisme et hypocrisie, méfiance de la grande ville et réaction panique face à la « subversion » qui y règne.

Mais aussi commérages, rumeurs et délation contre tout ce qui est perçu comme étranger à la « terre » de Barrès ou au « pays réel » de Maurras.

Or dans l’idéologie fasciste, c’est précisément « le juif » qui a un caractère universel et cosmopolite, étranger et mobile, abstrait et insaisissable. « Le juif » est un fantôme, une ombre, un être virtuel, et l’on peut alors laisser libre cours à la délation.

À ce titre il faut remarquer que, si les personnes d’origine chinoise sont perçues par les racistes comme pratiquant l’infiltration et les personnes d’origine rrom comme ayant une dimension transnationale, les personnes d’origine juive cumulent ces deux « caractères » supposés.

Ainsi toute la mentalité nationale-bourgeoise française est imprégnée de manière incontournable par la délation, en particulier des personnes juives.

La délation antisémite se déploie pleinement dans le fascisme – mais aussi fâcheusement chez la petite-bourgeoisie qui s’imagine d’extrême-gauche.

Un exemple frappant de tout cela ?

Le numéro d’été du « National Radical », le journal du Parti National Radical. Celui-ci contient un « dossier » absolument délirant consacré aux « Juifs qui dominent la France ».

Ce torchon fasciste de 16 pages (couverture) est sorti début juin, mais fin juin il a été attaqué par des associations antiracistes, et mi-juillet le TGI de Paris a décidé de son retrait immédiat de la vente.

Pourtant, dans une gare de Lyon, ce journal continuait à être vendu dans un relai de presse, et divers médias ont évoqué cette affaire depuis ce jeudi. Joli coup de pub pour des fascistes qui n’en demandaient pas tant, et qui comptaient dès le départ se faire « censurer ».

C’est peu dire que la délation antisémite bat son plein dans ce journal fasciste, puisqu’une liste de noms supposés juifs – même pas « sionistes » – y remplit presque 5 pages, dans le plus pur esprit des années 1930. D’ailleurs une certaine place est réservée aux personnes supposées juives d’extrême-gauche…

Quant aux commentaires qui accompagnent les articles des médias internet, même mainstream, ils sont parfois tout simplement terrifiants.

Bien entendu, les antifascistes n’ont pas à rentrer dans le jeu malsain des antisémites en faisant remarquer que la liste des « Juifs qui dominent la France » est truffée d’erreurs et n’est pas du tout « mise à jour »…

En effet cette liste circule sur Internet depuis des années, et on a notamment déjà eu le droit à une liste de « 500 sionistes » sur un site très très proche de Dieudonné.

Et ne parlons même pas du caractère fantasmatique-délirant, outrageusement ridicule, et typique du petit-bourgeois des campagnes françaises, que l’on retrouve notamment dans cet extrait :

« GUETTA David. Animateur de boîte de nuit fréquentée par le "Tout Paris". Né dans une famille juive originaire du Maroc, il est marié à une entraîneuse sénégalaise. »

Mais qu’est-ce que le Parti National Radical, au fait ?

C’est un petit groupe fasciste qui se revendique « national, catholique et social », et qui mène une certaine agitation antisémite en Auvergne et en Rhône-Alpes : affiches de délation antisémite, petites manifestations, etc.

Ce groupe est basé dans l’Allier, non loin de Vichy donc, plus précisément à Ainay-le-Château, un petit village de 1100 habitantEs.

Et que voit-on dans leur journal fasciste, un journal qui d’ailleurs est financé on ne sait comment ? Des petites annonces pour de l’immobilier à la campagne !

Ainsi, toujours dans ce numéro d’été, on retrouve à la page 9 une petite annonce pour louer un appartement en Savoie, près de la station de ski très huppée de Courchevel !

De même quelques pages plus loin, à la page 14, juste au-dessus d’une publicité pour une édition des « Protocoles de Sages de Sion » (sic) réalisée par le PNR :

« Le Parti National Radical offre gracieusement, dans sa propriété située dans le Cher, en échange d’une collaboration étroite, la location d’un petit appartement. »

Voilà qui correspond entièrement à notre explication de la mentalité délatrice chez les petits propriétaires fonciers de campagne – ici clairement des bourgeois.

Ainsi donc, il y a en France une grande tradition à la délation antisémite.

Une tradition qui passe évidemment par les affaires Dreyfus et Stavisky, qui se prolonge sous Vichy avec une dimension pleinement génocidaire, et qui encore aujourd’hui ressurgit régulièrement.

Car les délations antisémites sous forme de pseudo-dérapages ont le vent en poupe : Le Pen qui appelle Patrick Bruel par son vrai nom ou qui récemment dénigre le prénom du jeune Solal Sarkozy, Frêche qui aussi récemment parle d’une « tronche pas catholique » à propos de Fabius, Dieudonné qui prétend qu’Arthur finance Tzahal, Tariq Ramadan qui critique ses « intellectuels communautaires », Siné qui se mêle des affaires religieuses de Jean Sarkozy ou qui, pendant la campagne électorale de 2004 pour Europalestine, faisait huer des noms de « sionistes » en compagnie d’Alain Soral, etc.

Le caractère systématique de la délation antisémite fait qu’une publication telle que celle de cette liste de noms ne doit pas être considérée comme un fait isolé : c’est simplement un aperçu de la décennie qui s’ouvre.

Riposter aux délations antisémites !
Dynamiter la culture nationale-bourgeoise française !