Incendie à Majdanek : des milliers de mémoires anéanties

Ce 23 juillet on célébrait l’anniversaire de la libération de Majdanek par l’Armée Rouge de Staline. Proche de Lublin en Pologne, Majdanek était le deuxième plus grand camp d’extermination nazi, où 80 000 personnes ont été exterminées, dont 60 000 personnes juives.

Majdanek a la particularité d’avoir été préservé presque en l’état dans lequel l’Armée Rouge l’a trouvé, car les nazis n’avaient pas eu le temps de le détruire à l’explosif face aux avancées soviétiques. C’est par exemple à Majdanek que des personnes « de l’extérieur » – en l’occurrence des soldats de l’Armée Rouge – ont vu pour la première fois des chambres à gaz.

De même, les Soviétiques ont découvert en entrant dans le camp un effrayant stock de chaussures, qui ont été conservées en l’état, et dont on peut voir un infime échantillon à Yad Vashem.

Concernant ces chaussures, il faut savoir que ce sont 800 000 paires qui ont été trouvées à la libération de ce camp de la mort. En effet Majdanek était un « centre de traitement » des vêtements des personnes juives envoyées dans les camps de la mort de Treblinka, Belzec et Sobibor.

Il y avait aussi à Majdanek une cordonnerie où les déportéEs réparaient les bottes des nazis et s’occupaient des chaussures prises aux prisonnierEs de ce camp d’extermination. Ces chaussures étaient supposées être destinées aux populations civiles des villes allemandes bombardées par les Alliés, et d’ailleurs, quand le camp a été libéré, des livraisons étaient censées partir pour l’Allemagne.

Majdanek est aujourd’hui un musée de l’État polonais, où l’on peut encore voir les chambres à gaz, ainsi que ces stocks de chaussures répartis entre trois baraquements du camp.

Malheureusement c’est dans l’un de ces baraquements que s’est déclaré un incendie, dans la nuit de lundi à mardi. L’origine est probablement un court-circuit, c’est du moins la version officielle à l’heure actuelle.

En effet, lundi vers 23h40 pendant son tour de garde, un gardien du camp a repéré de la fumée dans ce baraquement, qui pendant la Shoah abritait une cuisine. Il a immédiatement appelé à la rescousse d’autres gardiens, ce qui a sans doute évité des dégâts encore plus graves.

Mais pendant six longues heures, l’incendie a ravagé plus de la moitié du baraquement, alors qu’il contenait 10 000 paires de chaussures volées par les nazis. Ces chaussures étaient celles qui étaient les plus abîmées, et qui n’étaient pas visibles par les visiteurs de Majdanek.

Ces chaussures ont donc été anéanties, et c’est une perte inestimable du point de vue de l’histoire, et du point de vue des valeurs que doit mettre en avant l’humanité.

Car il va de soi que, si des millions de noms et de témoignages ont été recueillis et sont désormais connus, beaucoup d’individuEs liquidéEs par la barbarie fasciste sont inconnuEs, et soit reposent dans les fosses communes des Einsatzgruppen, soit sont partis en fumée dans les camps de la mort.

Pour des milliers d’individuEs, ces 10 000 paires de chaussures sont leur dernière identité, leur dernière dignité, et avec cet incendie c’est leur mémoire qui n’a pas su être protégée à sa juste valeur par l’État bourgeois polonais. Cela est gravissime et impardonnable.

Rappelons également l’inondation dont a été victime le camp d’Auschwitz en mai pendant la crue de la Vistule, ce qui est là aussi « accidentel ». Par contre, dans un registre moins « accidentel », le site web du camp de concentration de Buchenwald a été hacké fin juillet par les néonazis, qui ont effacé une liste de victimes et l’ont remplacée par les slogans « Nous sommes de retour » et « Brown is beautiful ».

Là, c’est l’État bourgeois allemand qui n’a pas été à la hauteur en refusant obstinément de comprendre que, face à l’explosion du fascisme, il faut savoir mener une véritable guerre pour protéger la mémoire.

Oui, pour l’identité et la dignité des personnes exterminées par le fascisme, il faut savoir mener la guerre, car en face les nazis sont prêts à tout, et se sentent terriblement en confiance dans l’époque qui s’ouvre.

Sans compter que les pervers négationnistes vont clairement s’en donner à cœur joie, avec le discours très attendu comme quoi ces chaussures n’auraient soi-disant jamais existé et que cet incendie serait une manipulation.

Là encore, il est essentiel de comprendre qu’il s’agit d’une guerre pour la mémoire des nôtres.

À l’inverse, les « démocrates » bourgeois s’imaginent qu’avec le temps, les témoins de la Shoah vieillissent et disparaissent, et que quand il ne restera plus de survivantEs, les négationnistes auront le champ libre pour déverser leurs immondices.

Bien entendu il y a de cela, mais c’est en réalité un aspect très secondaire : la perversité négationniste ne se renforce pas avec le temps, elle se renforce avec le développement du fascisme parallèlement à la crise capitaliste. Et ces deux conceptions n’ont rien à voir l’une avec l’autre !

Car dès les années 1970, nier un aspect de la Shoah revenait à traiter les survivantEs des camps de concentration et d’extermination de menteurs – ni plus ni moins. Ce n’est certainement pas cela qui changera avec le temps.

Aujourd’hui le camp fasciste dans le monde entier se lance à l’assaut de la mémoire de la Shoah, et on peut le voir en France avec la campagne actuelle animée par Dieudonné – Faurisson – Blanrue, et des fascistes qui tournent autour comme Skandrani, Thion, Poumier, Bastardi-Daumont, Bricmont, et désormais le média « de gauche » Bellaciao.

Pareillement les nazis activistes se déchaînent, et les profanations négationnistes en sont à un niveau encore faible par rapport à ce que l’on connaîtra durant la décennie qui vient. L’exemple de Marmande (12) est le plus récent et le plus cruel.

Juif ! Juive !
Contre la mémoire des nôtres, les fascistes ont déclaré la guerre !
Dignité et honneur pour les assassinéEs de Majdanek ! Nizkor !