Naftali Botwin, tombé pour la justice populaire

Naftali Botwin était un jeune communiste polonais d’origine juive. En 1925 il exécuta un informateur de la police, et fut condamné à mort dans un procès sommaire. Son nom sera plus tard honoré par les Brigades Internationales en Espagne.

Le saviez-vous ?

Naftali Botwin est né dans une famille juive très pauvre de Lvov en 1907 – et non en 1905 comme l’indiquaient ses papiers officiels. Lvov est une ville polonaise proche de l’Ukraine, et sera occupée par l’Ukraine à partir de 1918.

Naftali Botwin était le 8ème enfant de la famille, est devenu très tôt orphelin de père, avait une santé assez fragile, et a reçu une instruction scolaire très courte. Il a commencé à travailler très jeune, et enchaînait les petits boulots.

Par sa condition de jeune ouvrier pauvre, il se politise très tôt et très à gauche. Ainsi en 1921 à l’âge de 13 ou 14 ans, Botwin rejoint un syndicat. Puis en 1922 le mouvement Tsukunft (« avenir »), le mouvement de jeunesse du Bund.

En 1923, il entre dans l’Union de la Jeunesse Communiste de Pologne, rompant donc avec le bundisme. Et enfin en 1925, il devient membre du Parti Communiste de Pologne et d’Ukraine occidentale.

Naftali Botwin est chargé par le Parti Communiste d’exécuter Józefa Cechnowski, un ancien communiste qui a retourné sa veste et a trahi en devenant informateur de la police.

Le 28 juillet 1925, c’est-à-dire il y a 85 ans presque jour pour jour, Naftali Botwin applique la justice prolétaire.

Seulement voilà, il est rattrapé par la police, et se fait arrêter. Son procès sera sommaire et sans pitié, et la cour refusera un procès régulier.

Au procès, Botwin défendu par l’avocat Maurice Aksner. En revanche aucune organisation juive ne s’impliquera dans sa défense, parce que la bourgeoisie légaliste et légitimiste juive ne s’intéresse pas aux ouvriers juifs, et encore moins aux ouvriers communistes.

Face au juge, Naftali Botwin défend l’honneur du Parti Communiste. Il déclare également qu’il regrette d’avoir tué un être humain, mais qu’il ne regrette pas du tout d’avoir exécuté une balance.

Finalement, le verdict tombe le 7 août 1925 : Naftali Botwin est condamné à mort. Le soir juste avant son exécution, on apprend également que la grâce présidentielle est rejetée.

Ce 7 août, Botwin est conduit à la prison de Lvov à 11h. Dans sa cellule, on lui envoie un rabbin, mais Botwin refuse. Puis le soir à 23h, il est conduit au poteau d’exécution, où il doit être fusillé.

L’attitude de Naftali Botwin face aux assassins est exemplaire et héroïque. Face au peloton d’exécution, il refuse d’avoir les yeux bandés, et entonne des chants communistes. Quand la sentence est lue, il s’écrie : « À bas la bourgeoisie ! Vive la révolution sociale ! », puis les tirs des fusils résonnent.

Naftali Botwin, en tant qu’exécuteur de la justice populaire et martyr de la répression, est l’honneur du mouvement communiste de Pologne.

Il lui sera d’ailleurs rendu un hommage en 1937, quand une compagnie des Brigades Internationales sera renommée Compagnie Naftali Botwin.

En effet en 1936, la République espagnole subit un soulèvement conduit par le général Franco, et soutenu par l’Italie de Mussolini et l’Allemagne de Hitler.

Aussitôt sont créées des brigades de volontaires venant du monde entier – du Canada à la Palestine, mais principalement d’Europe – pour défendre la République espagnole, sous la direction de l’Internationale Communiste : ce seront les Brigades Internationales.

En octobre 1936, des cercles communistes juifs de Paris proposent, sous l’impulsion d’Albert Nahumi (Arieh Weitz), de former une unité de combattants d’origine principalement juive.

L’idée mettra du temps à se concrétiser, mais le 12 décembre 1937 est établie la Compagnie Naftali Botwin, composée de 150 personnes juives de Pologne, de France, et même de Palestine.

Celle-ci dépendra du Bataillon Dombrowski composé essentiellement de personnes polonaises et russes, et dont les dirigeants étaient bien souvent des hauts cadres de l’Armée Rouge de Staline.

Il y sera parlé yiddish, et d’ailleurs le drapeau de la Compagnie Botwin sera marqué de la devise du Bataillon Dombrowski, « Pour votre liberté et la nôtre », en polonais et en yiddish.

Il faut savoir que sur environ 40000 combattants qui sont passés par les Brigades Internationales, presque 8000 étaient d’origine juive. Les survivants s’engageront pour la plupart également dans la résistance au nazisme.