Carlos, du mercenaire au proto-nazi
Hier est sorti au cinéma le film « Carlos » d’Olivier Assayas. Il s’agit en fait de la version condensée pour le cinéma d’un tryptique télévisuel de 5h30, diffusé et financé par Canal+.
Le film – tout comme la série diffusée en mai – jouit d’une hallucinante campagne de communication : publicités partout dans le métro, au cinéma, chez les distributeurs du type Fnac ou Virgin, etc. D’ailleurs le DVD de la série télé est sorti il y a peu.
Ce film est appuyé par les critiques comme « un grand moment de cinéma », « bluffant », « époustouflant », « un grand film d’action », etc. Bref, comme c’est parti, « Carlos » sera assurément le grand film français de l’été…
Carlos y est présenté comme un « révolutionnaire » qui aurait dérivé vers l’individualisme par narcissisme et égocentrisme. Il est présenté comme « typique » des luttes armées d’extrême-gauche des années 1970 – 1980.
Mais qui est réellement Carlos ?
Le saviez-vous ?
Ilich Ramírez Sánchez, alias Carlos, alias « le Chacal » (« El Jacal » en castillan) est né en 1949 à Caracas au Venezuela. Son père était un avocat communiste – d’où son prénom, Illich étant le deuxième prénom de Lénine.
Il s’engage très jeune dans la Jeunesse Communiste du Venezuela. Puis il part étudier à l’Université Patrice Lumuba de Moscou, dont le rôle était de siphonner les « élites » intellectuelles des pays nouvellement « indépendants » pour les placer dans l’orbite de l’impérialisme russe (ce que les maoïstes appellent « social-impérialisme »).
Mais le pire, c’est que Carlos arrive à se faire exclure de cette université en raison de son attitude assez alcoolisée… Une attitude nihiliste et décadente qui le suivra jusqu’à aujourd’hui.
Carlos s’engage ensuite dans les camps d’entraînement du Front Populaire pour la Libération de la Palestine – Opérations Extérieures (FPLP-OE) du célèbre Wadi Haddad, qu’il rejoint officiellement en 1973.
Il organise et participe à un certain nombre d’attaques au nom du FPLP-OE, principalement en France – y compris contre le magazine « L’Arche »…
Le 27 juin 1975, rue Toullier en plein Paris, Carlos abat deux membres de la DST et un de leurs indics. Pour ce triple meurtre, il sera en 1992 condamné à la perpétuité, mais par contumace.
Son fait d’arme le plus connu de cette époque est la prise d’otage de 11 ministres au siège de l’OPEP, le 21 décembre 1975 à Vienne. Il s’enfuit avec ses otages en avion, avec le soutien de Kadhafi, dans un parcours Vienne – Alger – Bagdad – Tripoli – Alger.
À la suite de cette action, Carlos se rend à un « débriefing » au Yémen, et là se fait exclure du FPLP-OE par Wadi Haddad. En effet il a désobéi à l’ordre d’exécuter deux ministres – un saoudien et un iranien – et aurait détourné une partie de la rançon pour lui-même.
Car il faut le dire, Carlos a un style de vie très individualiste, absolument pas progressiste, et qui en plus ne compte pas se plier à la discipline révolutionnaire.
Suite à son exclusion du FPLP, Carlos s’engage dans une sanglante carrière de mercenaire au service du social-impérialisme russe et de ses satellites, principalement la Lybie de Kadhafi et la Syrie d’Hafez El Assad.
Pendant les 10 ans qui suivent, son activité consistera surtout en du terrorisme pour faire libérer ses compagnons emprisonnés, à base d’attentats à la bombe contre des trains.
Puis à partir de 1985, Carlos se cachera avec sa femme en Syrie puis au Soudan, où il sera « kidnappé » par les les services secrets français en 1994. Depuis, il est en prison en France, en ce moment à la centrale de Poissy (78).
Au bout du compte, Carlos n’a jamais été d’extrême-gauche, il n’a jamais été révolutionnaire.
Carlos a toujours été un « individu » croyant pouvoir louvoyer en free-lance entre divers impérialismes (URSS fasciste, France aujourd’hui), diverses bourgeoisies bureaucratiques (Syrie, Libye, RDA, Venezuela aujourd’hui), tout en s’appropriant le prestige de la résistance palestinienne (FPLP).
Et si Carlos a été typique de quelquechose, c’est bien de la ligne objectivement fasciste de l’URSS des années 1970 – 1980, qui nourrissait et « utilisait » des pseudo-révolutionnaires afin de renforcer ses positions et celles de ses bourgeoisies bureaucratiques arabes…
En bref, un mercenaire fasciste mégalo au service du social-impérialisme russe.
Mais un mercenaire fasciste mégalo sur lequel les antisémites d’extrême-droite comme de la « gauche radicale » ont pu tripper allègrement depuis 15 ans…
Car idéologiquement, Carlos est à lui tout seul une synthèse historique de ce qu’est le soi-disant « nationalisme-révolutionnaire ».
D’abord parce qu’il a toujours combattu sur une ligne élitiste et nationaliste, et jamais au service du peuple en armes : sa ligne soi-disant « anti-impérialiste » se concentrait en fait surtout sur l’anti-américanisme et l’antisionisme, en accordant une valeur « positive » à l’impérialisme russe et à ses pions réactionnaires.
Puis parce qu’avec l’effondrement du bloc impérialiste de l’URSS et son incarcération, il a fallu une nouvelle synthèse idéologique, dans la continuité de ce « nationalisme-révolutionnaire ».
Il faut bien avoir en tête que Carlos est une figure typique d’une vaste tendance « anticapitaliste romantique », fascinée de manière morbide par le « héros » patriarcal qui se révolte « seul contre tous » et se « sacrifie ».
Cette idéologie fasciste a donc trouvé une cohérence dans l’Islam politique, mais dans sa version ultra-nationaliste et soi-disant « de gauche » (Carlos s’étant d’ailleurs converti dès 1975).
Ainsi, bien que lié aux bourgeoisies bureaucratiques arabes (Libye, Syrie, Soudan), Carlos accorde également une valeur « anti-impérialisme » à l’Iran, et en fait ses thèses sont très proche de l’idéologie de la « révolution » islamique.
Carlos a d’ailleurs écrit en prison un manifeste, « L’Islam révolutionnaire », dans lequel il développe une synthèse entre « nationalisme-révolutionnaire » et ce qu’on pourrait appeler « proto-islamisme »…
Rien d’étonnant, donc, à ce que toute l’histoire de Carlos soit indissociable de son profond antisémitisme déguisé en « antisionisme ».
Rien d’étonnant non plus à ce qu’il soit désormais proche de la fine fleur du négationnisme français…
Ainsi parmi les défenseurs passés et présents de Carlos, on retrouve Jacques Vergès, l’avocat du nazi Klaus Barbie, qui a servi d’intermédiaire au mercenaire pour publier de prison dans des revues « nationalistes-révolutionnaires ».
Ou bien Isabelle Coutant-Peyre, qui a défendu aussi bien le négationniste Roger Garaudy (et qui dirige sa revue « À contre-nuit ») que Kemi Seba… et même Youssouf Fofana, c’est dire le niveau sordide d’antisémitisme. Coutant-Peyre a d’ailleurs épousé Carlos en 2001.
Sans parler de sa proximité avec la négationniste Ginette Skandrani, qu’il a appelée de prison en mai 2009, en pleine réunion électorale de Dieudonné… pour apporter son soutien à la Liste « Anti-Sioniste » !
Carlos s’était alors franchement lâché dans l’antisémitisme brutal, en parlant de « cette bande de gitans et de juifs qui te taxent d’antisémitisme. Ces gens [...] sont protégés par l’anti-France, excusez-moi d’employer une expression vichyste, c’est l’anti-France. ».
Bref, un parcours finalement très logique, où la question révolutionnaire est systématiquement évacuée par Carlos au profit du « romantisme » antisémite.
En revanche, ce qui au fond est assez inquiétant, c’est que ce genre de fasciste est suffisamment « à la mode » en 2010 pour en faire une véritable saga cinématographique à l’image « hyper-radicale »…





