« Où vas-tu Moshé ? », Hassan Benjelloun

En 1945, le Maroc compte une minorité juive de 300 000 personnes. En 2010 il n’en reste plus que 3000. Entretemps la grande majorité s’est exilée en Israel, et le reste en France ou au Canada.

Aujourd’hui sort au cinéma un film maroco-canadien de Hassan Benjelloun, « Où vas-tu Moshé ? » (« Fin mashi ya Moshé ? »), qui traite justement de cet exode des Marocains d’origine juive.

Le film date en réalité de 2007, mais ce n’est qu’aujourd’hui qu’il sort en France… et encore, dans très peu de cinémas. Le film est en arabe, du moins en arabe marocain, et dure 1h30.

L’histoire se déroule à Bejjad, un village de l’Atlas, en 1963.

Comme partout au Maroc, les organisations sionistes orchestrent les départs clandestins de familles juives. Dans ce village, c’est le rabbin de la communauté qui arrive à convaincre tous les juifs de partir pour Israel.

Tous ? Non ! Car un irréductible juif résiste encore et toujours aux sirènes du sionisme. Il s’agit de Shlomo, horloger de son état, et fin gratteur de oud à ses heures.

En réalité l’exode des juifs se fait durement ressentir dans le village, car l’unique bar de Bejjad menace alors de fermer.

En effet, les officiels musulmans comptent bien fermer cet endroit où se vend de l’alcool, et où surtout se côtoient juifs et musulmans, hommes et femmes. Mais voilà, la loi prévoit que cette interdiction ne peut être imposée aux non-musulmans.

Shlomo devient alors un enjeu : les uns essaient de le faire fuir en Israel, les autres veulent le retenir… au point de renommer le bar de Bejjad « Chez Shlomo » !

Pourtant le dilemme est cruel pour Shlomo, tiraillé entre son village et sa patrie d’une part, et sa famille partie en Israel d’autre part.

De là-bas, sa fille Rachel lui envoie des lettres disant le quotidien terrible des familles marocaines, retenues dans les camps de réfugiés de l’État sioniste… ce qui rend la décision finale encore plus douloureuse.

Un film rare, donc, sur l’exil de la minorité marocaine juive, et qui d’ailleurs en 2007 était très mal passé chez les réactionnaires de plusieurs pays arabes.

L’acteur principal, Simon Elbaz, est lui-même un joueur réputé de oud. Quant au réalisateur, Hassan Benjelloun, c’est un cinéaste marocain pro-démocratique, qui a réalisé des films notamment sur la condition des femmes ou le quotidien du peuple marocain, et même sur la répression du mouvement marxiste-léniniste marocain (MMLM) par le régime fasciste de Hassan II.

Les Marocains n’oublient pas ! Les juifs sont des arabes comme les autres !