Mississippi Burning

« Mississippi Burning » est un film très connu d’Alan Parker, sorti en 1988 et qui a eu de nombreuses nominations aux Oscars.

Mais en fait, ce film retrace l’enquête du FBI (présenté faussement comme étant « sympathique ») autour d’un événement qui s’était déroulé en 1964 : l’assassinat dans le Mississippi de 3 militants pour les droits civiques de la minorité africaine-américaine.

Le saviez-vous ?

En 1964, la ségrégation raciale est une réalité officielle dans les États du Sud des USA, où la minorité africaine-américaine est dans de nombreux endroits majoritaire. Les personnes noires sont victimes d’une oppression raciste – en fait coloniale – d’autant plus insupportable qu’elle prend la forme de l’arbitraire le plus total.

En juin 1964, les grandes organisations de défense des « droits civiques », c’est-à-dire des droits démocratiques des personnes noires américaines, lancent une campagne d’inscription des noirEs sur les listes électorales. Ce sera le « Freedom Summer » du Mississippi.

Cette campagne légale et pacifiste sera menée essentiellement par de jeunes militantEs venuEs du Nord des USA… dont une importante fraction de militantEs d’origine juive.

À la mi-juin 1964, une église pro-droits civiques est incendiée dans le comté de Neshoba, Mississippi. Une équipe de 3 militants prend l’initiative d’enquêter sur cet incendie, en connaissant plus ou moins le danger.

Ces trois militants sont : James Chaney (21 ans), un activiste noir de Meridian, Mississippi, à 80 km du comté de Neshoba ; Andrew Goodman (20 ans), un étudiant juif de New York, ami des célèbres Simon & Garfunkel ; Michael Schwerner (24 ans), un activiste juif du Congress Of Racial Equality (CORE) à New York.

Le 21 juin 1964 peu après minuit, ces trois militants démocratiques seront lynchés par le Ku Klux Klan avec l’appui de la police locale.

Retraçons rapidement le jour qui leur a été fatal.

Le 20 juin en fin d’après-midi, Chaney, Goodman et Schwerner se dirigent en voiture vers Longdale, là où l’église a été réduite en cendres. C’est Chaney qui conduit, et la voiture se fait arrêter par le shériff-adjoint Cecil Price, qui accuse Chaney d’excès de vitesse.

En réalité Cecil Price est membre du Ku Klux Klan (KKK), et a sans doute été averti des descriptions des voitures et des plaques d’immatriculation des volontaires du Freedom Summer.

Toujours est-il que Chaney, Goodman et Schwerner sont embarqués au poste, d’où il ne pourront pas appeler leur organisation, et où leur organisation ne pourra les joindre puisque la police locale répondra au téléphone qu’il n’y a aucun activiste en garde-à-vue.

Mais pendant ce temps, le shériff-adjoint Cecil Price prévient de son côté le KKK, qui décidera de comment assassiner les trois militants des droits civiques.

À leur sortie de garde-à-vue dans la nuit, les activistes sont sommés de quitter le comté de Neshoba. En fait il s’agit d’une embuscade : le shériff-adjoint les suit puis les fait s’arrêter, en attendant l’arrivée des assassins du KKK.

Les 3 militants sont alors enlevés, lynchés, et enfin abattus ; leur voiture est brûlée et leur corps jeté dans une retenue d’eau.

L’autopsie révèle que Goodman et Schwerner ont été abattus d’une balle dans le cœur, tandis que Chaney a été abattu de 3 balles. De plus le corps de Chaney présentait de nombreuses fractures (aux deux bras, à l’épaule, à la mâchoire), mais comme par hasard les preuves de cette brutalité fasciste seront fâcheusement détruites…

La disparition mystérieuse de ces militants pro-démocratiques fera un scandale, pendant lequel des lois fédérales anti-ségrégations seront passées. Les corps seront retrouvés seulement le 4 août 1964.

Mais pendant ce temps, le shériff de Neshoba ira jusqu’à déclarer que les activistes des droits civiques se cacheraient afin de donner une mauvaise réputation au Mississippi, et le gouverneur du Mississippi dira que ces activistes pourraient très bien être à Cuba !

Un procès a eu lieu à partir de 1967, mais relevait de la franche mascarade : l’État du Mississippi ne voulait pas poursuivre les fascistes pour meurtre, donc une procédure très spécifique a été engagée ; au final les peines étaient au plus de seulement 10 ans, elles ont commencé en 1970, mais le dernier sorti a été libéré en 1976.

Plus récemment, le procès a été réouvert en 2005 pour juger un fasciste qui n’avait pas été inquiété en 1967 mais qui s’est avéré être le responsable des assassinats. Il a été condamné il y a 5 ans jour pour jour à 60 ans de prison, mais a été libéré sous caution 2 mois plus tard, en août 2005.

Que montre cet épisode de la lutte de la minorité africaine-américaine, qui date de 46 ans presque jour pour jour ?

D’abord que la démarche légaliste-pacifiste ne protège pas et ne protégera jamais des fascistes. Même dans une organisation comme le SNCC – qui avait participé au Freedom Summer du Mississippi – on fera ce constat, et une grande partie de ce mouvement noir se radicalisera en 1966 derrière la figure de Stokely Carmichael.

Mais aussi et surtout que l’unité antiraciste du peuple est toute-puissante, comme ici en particulier avec l’unité entre masses noires et masses juives. Nous en avions déjà parlé dès les premiers jours d’Hapoel à propos de Frantz Fanon, ou bien à propos de la chanson « Strange Fruit ».

Participe à la bataille pour l’unité antiraciste du peuple !
James Chaney, Andrew Goodman et Michael Schwerner sont immortels !