Les Justes parmi les Nations et les lois noahides

Ce dimanche Hapoel parlait d’une cérémonie de remise de médaille pour deux « Justes parmi les Nations », près du Chambon-sur-Lignon. À propos de ce titre, il était dit qu’il avait « malheureusement une certaine connotation morale-religieuse qui est toutefois très secondaire par rapport à l’action des Justes ».

Et en effet, l’idée de « Justes parmi les Nations » vient directement de la religion, du concept de ‘Hassidei Oumot Ha’Olam, qui est lié sur le plan « juridique » aux lois noahides.

Le saviez-vous ?

Les sept lois noahides (= « שבע מצוות בני נח » = Sheva Mitzvot Bnei Noa’h) sont des principes moraux dont l’application par des personnes non-juives peut être une alternative à la conversion, et donc à l’application des 613 mitzvot pour les personnes pratiquantes.

Dans le Mishneh Torah du Rambam, il est ainsi expliqué dans la lignée du Talmud que « les justes parmi toutes les nations ont une part au monde à venir » (Ha’Olam HaBa), où il faut comprendre « nations » comme « peuples non-juifs ». On trouve aussi chez ‘Habad la traduction suivante : « Tous les pieux parmi les nations détiennent une part au monde futur. ».

Ces « pieux parmi les nations » correspondent aux ‘Hassidei Oumot Ha’Olam (חסידי אומות העולם‎), les personnes non-juives qui appliquent les lois noahides. Celles-ci deviennent des Bnei Noa’h (בני נח), des « fils de Noé », et sont même considérées comme aussi élevées que HaKohen HaGadol de l’époque du Temple.

Bibliquement, les sept lois proviennent d’un pacte scellé entre D.ieu et Noé dans la Genèse. Adam et Ève avaient déjà reçu six commandements, résumés dans un verset interprété comme important car il n’apporte… rien.

Ce verset intervient juste avant l’interdiction de manger les fruits de l’arbre de la connaissance du bien et du mal : « L’Éternel Dieu donna cet ordre à l’homme : Tu pourras manger de tous les arbres du jardin. »

Quelles sont ces sept lois noahides ? Maïmonide les donne dans cet ordre :

1. interdiction de l’idôlatrie ;
2. interdiction du blasphème ;
3. interdiction du meurtre ;
4. interdiction des « unions illicites » ;
5. interdiction du vol ;
6. interdiction d’arracher un membre à une créature ;
7. impératif d’établir des lois justes.

Une traduction de ‘Habad serait :

1. la foi en un D.ieu unique ;
2. le respect dû à D.ieu ;
3. le respect de la vie humaine ;
4. le respect de la propriété d’autrui ;
5. le respect de l’intégrité familiale ;
6. l’institution d’une justice équitable ;
7. le respect dû aux animaux.

On trouve également chez les ‘Hassidim des connexions entre ces sept lois noahides et sept Sefirot de la Kabbale.

Bien entendu, ces lois prennent un caractère contradictoire : elles sont spontanément comprises comme l’expression d’aspirations justes, populaires, universelles… mais elles ne sortent pas du cadre de la religion féodale et patriarcale. Les valeurs populaires sont donc tronquées et aliénées.

Par exemple, l’interdiction du meurtre englobe l’interdiction de l’avortement et le respect de l’intégrité familiale englobe l’interdiction de l’homosexualité, qui sont pourtant aujourd’hui deux revendications démocratiques indispensables.

De même, l’exigence de ne pas arracher de membre à un animal vivant – qui correspond aussi à l’interdiction de consommer du sang – a un écho particulier à notre époque où se pose cruellement la question animale, mais évidemment elle ne peut englober toute l’exploitation animale telle qu’elle existe aujourd’hui.

Mais en vérité, c’est la « foi religieuse » dans son ensemble qui a un caractère contradictoire : à la fois « expression de la misère réelle » et « protestation contre la misère réelle ».

Comme « protestation contre la misère », la religion peut donc refléter des valeurs populaires et universelles, qui sont autant d’expressions du besoin de libération. En réalité, le peuple n’est jamais « passif », et il trouve toujours un moyen de s’exprimer et de mettre en avant ses valeurs dans sa propre compréhension de la religion.

Quoi de plus normal, donc, de trouver des formes (faussées car juridiques et idéalistes) de fraternité entre les peuples dans la religion… ou du moins dans la manière dont s’en emparent les masses populaires juives ?