Hier Hapoel a fait une petite liste de quelques incidents antisémites survenus en France depuis une dizaine de jours. Il va de soi que cette liste est malheureusement loin d’être exhaustive.
Il va de soi, également, que si l’on considère qu’on est au début d’une phase d’antisémitisme pogromiste, alors il n’y a pas de « fait divers » qui tienne : chaque incident a des victimes concrètes – avec un traumatisme et une terreur concrètes – et a un poids dans la tendance au pogromisme.
Pourtant une partie des incidents antisémites aurait pu être évitée, s’il existait en France un large mouvement pour la « protection » de la minorité juive face à l’antisémitisme, notamment de la part de la gauche.
L’abandon des masses populaires juives par la gauche et l’extrême-gauche n’est donc pas totalement pour rien dans la vulnérabilité des personnes juives au quotidien. Et inversement, cet abandon n’y est pas totalement pour rien dans l’état actuel de l’extrême-gauche en lambeaux…
Justement, les « événements » des 10 derniers jours sont très parlants… Quand il n’y a pas de limite au populisme de l’extrême-gauche, il existe un véritable boulevard pour les fascistes et les islamistes.
Au point que l’on peut se demander qui infiltre qui : est-ce l’extrême-droite qui infiltre les mobilisations de la gauche… ou bien l’extrême-gauche qui tente d’infiltrer celles des islamistes et des fascistes ?
Petit panorama de la tendance à l’antisémitisme politique.

1. Dans l’émission « Ce soir ou jamais » du 1er juin, Roland Dumas a comparé l’attitude de l’État sioniste avec celle de Hitler avant la guerre, appuyé en cela par le présentateur Frédéric Taddéi. Encore une fois, cette émission est un important soutien propagandiste au mouvement fasciste, dans toute sa « diversité ».
Rappelons rapidement qui est Roland Dumas : ancien ministre des affaires étrangères sous Mitterrand, il trempe dans toutes les combines mafieuses françaises (affaire Elf, affaire des frégates taïwanaises…), et il fréquente tout naturellement depuis des années l’extrême-droite jusqu’à soutenir Louis Alliot du Front National (1 – 2).
Bref, Roland Dumas est une figure de la bourgeoisie impéraliste française, et il ne faut pas s’y tromper : défendre aujourd’hui l’impérialisme français « de gauche » d’une manière ou d’une autre, c’est défendre demain le fascisme.
2. La chaîne de salles de cinéma Utopia a décidé de boycotter un film qui sortira le 23 juin pour l’unique raison qu’il est israelien. Ces cinémas sont présents surtout dans le sud de la France, mais aussi dans le Val-d’Oise, et se présentent comme « alternatifs », « de gauche », etc.
La démarche des cinémas Utopia est d’une hypocrise totale.
Soit on est pour le boycott d’Israel (à tort ou à raison), et alors on considère que les assassinats du 31 mai sont « cohérents » avec toute la violence coloniale depuis plus de 60 ans.
Soit on n’est pas pour le boycott d’Israel (encore une fois, à tort ou à raison), et alors se faire un coup de pub « antisioniste » sans consistance est plus que malsain, dans un contexte où l’antisémitisme explose.
Car en fait, Utopia ne boycotte pas le film israelien en question : d’abord Utopia a reculé devant les réactions, puis elle a fait mine de maintenir sa position, et enfin on a appris qu’en fait le film serait boycotté à sa sortie mais serait diffusé en juillet.
Quoi ? En juillet la violence coloniale de l’État israelien ne s’exercera plus ? Bref il faudrait savoir, au lieu de se faire un coup de pub dès qu’il s’agit des juifs…
Quant aux manifestations de solidarité avec la Palestine… c’est la catastrophe ou presque.
Il y a une semaine Hapoel déclarait :
Ce week-end auront lieu de nombreuses manifestations en France, afin d’exprimer la solidarité envers le peuple arabe palestinien. Ne soyons pas naïfs : la vigilance politique doit être de mise. Les fascistes n’en sont plus au stade de « parasiter » le mouvement de solidarité avec la Palestine, mais à un stade où ils pourront sans doute bientôt impulser des violences collectives antisémites.
Et en effet, de nombreuses « infiltrations » ont eu lieu dans les cortèges, et l’hégémonie des islamistes et des fascistes turcs a ouvert la porte à l’acceptation des fascistes franco-français.
Il en est parlé sur le Forum Antifasciste, ainsi que dans la presse marxiste-léniniste-maoïste.
3. Ainsi à Lyon samedi dernier, un contingent d’Égalité & Réconciliation, le parti proto-nazi d’Alain Soral, a pu défiler tranquillement avec des drapeaux français au vent.
Quand des genTEs sont alléEs expliquer la situation au service d’ordre, il a été décidé de ne pas dégager les fascistes tant qu’il ne criaient pas « Mort aux juifs », grosso modo, sous prétexte de ne pas « créer d’incident ».
Comme si le fait d’être des activistes antisémites ne suffisait pas.
4. À Paris, la situation est au moins aussi catastrophique, comme on a pu le voir samedi dernier (1 – 2).
Non seulement les islamistes n’ont eu aucun problème à imposer leur loi pendant la manif, contre les accords politiques qui avaient été passés avant la manif et qui consistaient en gros à séparer le cortège « politique » du cortège religieux.
Mais en plus les mêmes activistes proto-nazis du parti d’Alain Soral ont squatté dans le cortège islamiste avec leurs drapeaux français. Ils auraient même eu le droit de parler dans les micros chez les identitaires ethno-différentialistes des « Indigènes de la République ».
Cela est d’une cruelle ironie, puisqu’une grande partie de l’extrême-gauche passe son temps à courir derrière ces « Indigènes de la République » ou derrière la CAPJPO-Europalestine, dont l’obsession antisémite n’est plus à prouver (au point qu’elle a publié ces derniers jours sur son site internet un article à la gloire du FIS algérien, avant de le retirer).
Quand des antifascistes sont alléEs demander des explications, ils et elles se sont faitEs violemment attaquer (une personne a été blessée au pied et à la tête), et ont décidé de quitter la manifestation. Trop tard, sans doute.
Une heure plus tard, les dits fascistes à la Dieudonné sont arrivés à Bastille et de nouveaux incidents se sont produits, avec notamment la police et les syndicats « bureaucrates » qui encadrent la mobilisation pour la régularisation des travailleurs et travailleuses sans-papiers.
5. À Marseille aussi, les proto-nazis ont défilé sans problème, toujours avec le drapeau français.
Quant à Nice, deux mobilisations séparées avaient eu lieu samedi : le matin les organisations politiques « de gauche », l’après-midi les religieux. Bilan : la mobilisation impulsée par les religieux était 15 fois plus massive. Un constat qui résume bien l’état de la gauche.
Et partout en France, l’extrême-droite turque a également imposé sa présence sans problème, et a partout déployé le drapeau de l’État fasciste turc. Là encore, cela est analysé comme il se doit par les marxistes-léninistes-maoïstes.

Le fait d’en arriver à un tel niveau de soi-disant « infiltration » veut bien dire quelque chose : après des années de populisme, d’opportunisme et de lâcheté de l’extrême-gauche petite-bourgeoise franco-française, ce sont les islamistes et les antisémites qui ont depuis janvier 2009 conquis l’hégémonie à la base.
Autrement dit, même l’utilisation incessante du mot « infiltration » est là pour bien diluer les responsabilités politiques, et ne doit pas masquer que ce n’est pas qu’une poignée de fascistes qui squatte une manifestation : la réalité, c’est que les religieux et les fascistes ont réussi à faire passer la pilule antisémite de manière massive.
Alors quand on est unE prolétaire d’origine juive, kurde, arménienne et qu’on veut exprimer sa solidarité concrète avec le peuple arabe palestinien, que doit-on faire ?
Fermer les yeux et se prendre malgré tout le racisme en pleine face ? Ou bien en arriver à la conclusion que, malgré toutes les déclarations soi-disant antiracistes, les personnes juives ne sont plus les bienvenues dans la « gauche radicale » ?
Les choses doivent être dites : l’extrême-gauche franco-française n’étant pas révolutionnaire, elle a trahi les masses populaires juives.
Elle les a « oubliées » et a refusé de se battre pour que les personnes juives puissent seulement s’engager à l’extrême-gauche sans avoir à se faire toutes petites en permanence.
Mais ce faisant, l’extrême-gauche franco-française a aussi trahi les masses populaires arabes en acceptant que les religieux puissent contrôler leur expression politique, en isolant ainsi les révolutionnaires d’origine arabe.
L’extrême-gauche franco-française a finalement été victime de son propre opportunisme : elle a d’abord été siphonnée par les religieux et les fascistes, puis elle a été isolée par ces derniers, et désormais elle est même franchement encerclée par les fascistes… qui lui feront bientôt payer le prix…
Dans ce grand mouvement de louvoiement avec le racisme, l’UJFP a joué un rôle très néfaste, car elle est strictement à l’image de toute la « gauche radicale » franco-française.
Ainsi, en s’imaginant que sa simple existence était un obstacle à l’antisémitisme, l’UJFP a en réalité été un obstacle à ce que se pose sérieusement la question de l’antisémitisme.
En s’aménageant sa petite « place au soleil » dans la gauche petite-bourgeoise en tant qu’éternelle « caution juive », l’UJFP a paradoxalement contribué à ce que les masses populaires juives n’aient même plus la possibilité de s’engager dans le camp révolutionnaire.
Rien d’étonnant, donc, aux actuels succès des identitaires de la LDJ, qui eux non plus n’hésitent pas à manifester avec des drapeaux français en compagnie de pures caricatures de nationalistes français – les mêmes qui il n’y a pas si longtemps envisageaient tranquillement l’extermination des nôtres.
Plus aucun compromis avec l’antisémitisme !
La révolution sera aussi juive et arabe, ou elle ne sera pas !
