Archives de juin, 2010

Les Justes parmi les Nations et les lois noahides

Ce dimanche Hapoel parlait d’une cérémonie de remise de médaille pour deux « Justes parmi les Nations », près du Chambon-sur-Lignon. À propos de ce titre, il était dit qu’il avait « malheureusement une certaine connotation morale-religieuse qui est toutefois très secondaire par rapport à l’action des Justes ».

Et en effet, l’idée de « Justes parmi les Nations » vient directement de la religion, du concept de ‘Hassidei Oumot Ha’Olam, qui est lié sur le plan « juridique » aux lois noahides.

Le saviez-vous ?

Les sept lois noahides (= « שבע מצוות בני נח » = Sheva Mitzvot Bnei Noa’h) sont des principes moraux dont l’application par des personnes non-juives peut être une alternative à la conversion, et donc à l’application des 613 mitzvot pour les personnes pratiquantes.

Dans le Mishneh Torah du Rambam, il est ainsi expliqué dans la lignée du Talmud que « les justes parmi toutes les nations ont une part au monde à venir » (Ha’Olam HaBa), où il faut comprendre « nations » comme « peuples non-juifs ». On trouve aussi chez ‘Habad la traduction suivante : « Tous les pieux parmi les nations détiennent une part au monde futur. ».

Ces « pieux parmi les nations » correspondent aux ‘Hassidei Oumot Ha’Olam (חסידי אומות העולם‎), les personnes non-juives qui appliquent les lois noahides. Celles-ci deviennent des Bnei Noa’h (בני נח), des « fils de Noé », et sont même considérées comme aussi élevées que HaKohen HaGadol de l’époque du Temple.

Bibliquement, les sept lois proviennent d’un pacte scellé entre D.ieu et Noé dans la Genèse. Adam et Ève avaient déjà reçu six commandements, résumés dans un verset interprété comme important car il n’apporte… rien.

Ce verset intervient juste avant l’interdiction de manger les fruits de l’arbre de la connaissance du bien et du mal : « L’Éternel Dieu donna cet ordre à l’homme : Tu pourras manger de tous les arbres du jardin. »

Quelles sont ces sept lois noahides ? Maïmonide les donne dans cet ordre :

1. interdiction de l’idôlatrie ;
2. interdiction du blasphème ;
3. interdiction du meurtre ;
4. interdiction des « unions illicites » ;
5. interdiction du vol ;
6. interdiction d’arracher un membre à une créature ;
7. impératif d’établir des lois justes.

Une traduction de ‘Habad serait :

1. la foi en un D.ieu unique ;
2. le respect dû à D.ieu ;
3. le respect de la vie humaine ;
4. le respect de la propriété d’autrui ;
5. le respect de l’intégrité familiale ;
6. l’institution d’une justice équitable ;
7. le respect dû aux animaux.

On trouve également chez les ‘Hassidim des connexions entre ces sept lois noahides et sept Sefirot de la Kabbale.

Bien entendu, ces lois prennent un caractère contradictoire : elles sont spontanément comprises comme l’expression d’aspirations justes, populaires, universelles… mais elles ne sortent pas du cadre de la religion féodale et patriarcale. Les valeurs populaires sont donc tronquées et aliénées.

Par exemple, l’interdiction du meurtre englobe l’interdiction de l’avortement et le respect de l’intégrité familiale englobe l’interdiction de l’homosexualité, qui sont pourtant aujourd’hui deux revendications démocratiques indispensables.

De même, l’exigence de ne pas arracher de membre à un animal vivant – qui correspond aussi à l’interdiction de consommer du sang – a un écho particulier à notre époque où se pose cruellement la question animale, mais évidemment elle ne peut englober toute l’exploitation animale telle qu’elle existe aujourd’hui.

Mais en vérité, c’est la « foi religieuse » dans son ensemble qui a un caractère contradictoire : à la fois « expression de la misère réelle » et « protestation contre la misère réelle ».

Comme « protestation contre la misère », la religion peut donc refléter des valeurs populaires et universelles, qui sont autant d’expressions du besoin de libération. En réalité, le peuple n’est jamais « passif », et il trouve toujours un moyen de s’exprimer et de mettre en avant ses valeurs dans sa propre compréhension de la religion.

Quoi de plus normal, donc, de trouver des formes (faussées car juridiques et idéalistes) de fraternité entre les peuples dans la religion… ou du moins dans la manière dont s’en emparent les masses populaires juives ?

Présentation de Moishe Postone

Cette présentation est issue de la brochure Antifascisme, où l’on trouvera une présentation de nombreux auteurs associée à leurs différentes analyses du fascisme : George Mosse, Charles Patterson, Clara Zetkine, Léon Trotsky, Daniel Guérin, Reinhard Kühnl, Georgi Dimitrov, Kurt Gossweiler, Antonio Gramsci, Mao Zedong, George Jackson, Ibrahim Kaypakkaya, Zeev Sternhell, Moishe Postone, Ernst Nolte, Otto Rühle, Wilhelm Reich.

Vous pouvez lire le document : ici.

Présentation

Moishe Postone, né en 1942, est un universitaire nord-américain. S’appuyant sur les travaux de Marx, il a étudié la théorie de la valeur ainsi que l’antisémitisme.

Les camps de la mort : une usine capitaliste inversée

Gossweiler n’a pas étudié ni la culture ni l’antisémitisme ; son travail se fonde uniquement sur la formation pratique et théorique des structures nazies.

La thèse de Postone, elle, met l’accent sur le côté froid et « rationnel » du nazisme, le fait que le génocide ait été « calculé. » La population juive a été exterminée sans qu’aucun intérêt matériel n’existe ; les nazis considéraient cela comme leur « mission », et même leur mission « centrale », prioritaire.

Selon Postone :

« ni une explication fonctionnaliste du meurtre de masse ni une théorie de l’antisémitisme centrée sur la notion de bouc émissaire ne sauraient fournir l’explication satisfaisante au fait que, pendant les dernières années de la guerre, une importante partie des chemins de fer fut utilisée pour transporter les juifs vers les chambres à gaz et non pour soutenir la logistique de l’armée alors que la Wehrmacht était écrasée par l’Armée rouge.

Une fois reconnue la spécificité qualitative de l’anéantissement du judaïsme européen, il devient évident que toutes les tentatives d’explication qui s’appuient sur les notions de capitalisme, de racisme, de bureaucratie, de répression sexuelle ou de personnalité autoritaire demeurent beaucoup trop générales »

(Moishe Postone, « Antisémitisme et national-socialisme »).

Qui est alors responsable du génocide juif ? Postone se fonde uniquement sur le principe du « fétichisme de la marchandise » élaborée par Karl Marx dans le Capital. Il va, en s’appuyant sur cela, élaborer l’explication la plus originale du génocide juif, explication qui aura un énorme succès au sein du mouvement autonome en Allemagne.

Selon lui, c’est la marchandise elle-même qui doit être étudiée. Postone constate en effet que :

« quand on considère les caractéristiques spécifiques du pouvoir que l’antisémitisme moderne attribue aux juifs – abstraction, insaisissabilité, universalité et mobilité –, on remarque qu’il s’agit là des caractéristiques d’une des dimensions des formes sociales que Marx a analysées : la valeur »

(Moishe Postone, « Antisémitisme et national-socialisme »).

En quelque sorte, les nazis ont pris les « Juifs » comme cible de leur « anticapitalisme » de la même manière que Proudhon avait pris comme cible l’argent (et que Proudhon ait été antisémite ne relève pas du hasard vu l’imaginaire antisémite). Dans la logique de Postone, Proudhon opposait le concret – le travail – à l’abstrait, c’est-à-dire l’argent, car il ne comprenait pas les rapports sociaux comme Marx a pu le faire.

« Le capitalisme se caractérise par des rapports sociaux médiatisés, objectivés dans des formes catégorielles dont l’argent est l’une des expressions et non la cause. En d’autres termes, Proudhon a confondu la forme phénoménale du capitalisme – l’argent en tant qu’objectivation de l’abstrait – avec l’essence du capitalisme »

(Antisémitisme et national- socialisme).

Et les nazis ont fait de même ; ils ont voulu purifier le capitalisme de l’élément abstrait, personnifié pour eux en la personne du « Juif ».

« L’usine capitaliste est un lieu où est produite la valeur, production qui, « malheureusement », doit prendre la forme d’une production de biens, de valeurs d’usage.

C’est en tant que support nécessaire de l’abstrait que le concret est produit. Les camps d’extermination n’étaient pas la version d’horreur d’une telle usine – il faut y voir au contraire la négation « anticapitaliste », grotesque, aryenne, de celle-ci.

Auschwitz était une usine à « détruire la valeur », c’est-à-dire à détruire les personnifications de l’abstrait. »

(Moishe Postone, « Antisémitisme et national-socialisme »).

Les « Juifs » étaient ainsi un fétiche négatif, l’expression de la finance, de l’argent, de l’abstrait, l’abstraction elle-même : le nazisme les révèle et les liquide, pour rendre la société pure. Voilà pourquoi le nazisme mettait l’accent sur la pureté, la communauté, la race : il s’agissait d’un « anticapitalisme » idéaliste, servant naturellement les capitalistes.

Le nazisme : un anticapitalisme idéaliste, romantique

Les thèses de Postone sont uniques ; c’est la seule fois où l’antisémitisme moderne a été étudié à la perspective des thèses de Marx sur la marchandise.

Pour en arriver à ces thèses, Postone a considéré que l’ensemble de la culture « chrétienne – occidentale » européenne avait une composante antisémite, liant les Juifs avec le « pouvoir » (celui de tuer Jésus, de créer le capitalisme, d’amener le socialisme, etc.).

Le racisme anti-juif a cela de particulier que non seulement la population juive est vue comme étant composée de « sous-humains », comme pour les autres racismes, mais il s’y ajoute des éléments comme le côté insaisissable, invisible : parce que le « pouvoir » juif n’est pas « enraciné », il est « partout », caché, tout puissant, conspiratif.

Et ces éléments différents des autres racismes en amène un autre : l’aspect « systématique » ou (soit disant) scientifique de l’antisémitisme moderne, car l’antisémitisme moderne prétend absolument tout expliquer.

Postone constate alors que toutes les caractéristiques que l’antisémitisme moderne donne aux « Juifs » – abstrait, insaisissable, mobile, universel-, sont les mêmes caractéristiques que possèdent en réalité la valeur de la marchandise, car une marchandise est d’un côté un objet utile et concret, mais de l’autre une entité abstraite, dont on s’explique mal ou pas la valeur, le « prix », la « valeur. »

Postone considère alors que sa thèse est la seule valable, car s’il est vrai que le fascisme s’imagine être une « révolte contre le monde moderne », le fait est qu’il ne s’est jamais « révolté » contre l’industrie, alors qu’il a prétendu (soi-disant) le faire contre la finance.

Et pour cause : l’antisémitisme moderne est lié à l’aliénation, au fait que les marchandises semblent s’échapper des mains du travailleur pour être jetées sur le marché.

Le travail concret devient abstrait car le fruit du travail est arraché des mains du travailleur, d’où l’apologie par les nazis de la féodalité, des corporations, de l’époque où les travailleurs étaient des artisans, etc., par opposition à la population juive personnifiant pour les nazis l’aspect « abstrait ». La communauté (nationale) ne peut devenir elle-même qu’en supprimant le côté abstrait ; telle est l’idéologie de l’« authenticité » mis en avant par le nazisme.

Il n’y a plus d’histoire propre au capitalisme, il n’y a que la communauté en général face à un abstrait particulier. Voilà ce qui explique également la forme « romantique » du nazisme, sa conception « anti-bourgeoise » (alors qu’en fait le nazisme est un phénomène vivant dans le capitalisme et par lui, et non pas contre lui).

L’anti-capitalisme romantique ne s’intéresse qu’aux formes de l’abstraction, formes qu’il oppose à la réalité « naturelle », évidemment communautaire ou nationale selon lui. A l’opposé du marxisme, le travail concret est considéré comme « non capitaliste », voire « anti-capitaliste. »

De fait, le socialisme utopique et l’anarchisme ont une conception similaire : ils opposent une société « vraie », quasiment un « organisme », qui est « parasitée ».

Voilà pourquoi l’anti-capitalisme romantique ne s’oppose pas aux machines, au machinisme, à l’industrie :

« Dans ce type d’« anti-capitalisme » fétichisé, tant le sang que la machine sont vus comme principes concrets opposés à l’abstrait. L’accent positif mis sur la « nature », le sang, le sol, le travail concret, la communauté (Gemeinschaft) s’accorde sans problème avec une glorification de la technologie et du capital industriel. »

Pour Postone, le nazisme sert le culte de la technologie, le capital industriel. Si le nazisme se présente comme un « retour en arrière » aux valeurs féodales, comme une « nostalgie », en réalité il est l’expression du passage du capitalisme libéral au capitalisme industriel organisé, passage où la vision de la société est « biologisée. »

Le « Juif » n’est pas seulement équivalent à l’argent, il devient la personnification du capitalisme lui-même. Postone a donc une compréhension du nazisme différente de Dimitrov (ou Gossweiler) ; s’il explique l’antisémitisme par la question de l’« abstrait » et du « concret », il pousse la question du fétichisme de la marchandise tellement loin qu’il explique qu’il s’est développé un faux marxisme, une idéologie totalement coupée de la réalité et interprétant le monde de manière délirante.

Contre le négationnisme, pas de place pour l’ombre et le silence !

La photo (original en bas, zoom en haut) est prise à l’entrée de Yad Vashem, le mémorial de la Shoah à Jérusalem. Sur l’autocollant, on peut lire : « On a raison de se révolter ! ».

Dans un village d’Auvergne, l’obsession antisémite tourne à l’obscène

Le Mazet-Saint-Voy est un charmant petit village d’un millier d’habitantEs en Haute-Loire.

Un charmant petit village un peu reculé, certes, mais un village qui fut pendant la guerre un haut lieu de sauvetage pour les personnes juives traquées par les nazis et leur collaborateurs.

En fait c’est toute la population du plateau, largement protestante, qui s’est illustrée dans le sauvetage des juifs, tout comme la commune voisine du Chambon-sur-Lignon, très connue.

Au point que la région des monts du Vivarais, aux confins de la Haute-Loire (43) et de l’Ardèche (07), a sauvé jusqu’à 5000 personnes juives, et a été reconnue comme « Juste parmi les Nations » en 1990, ce qui est une distinction quasi unique pour une « entité » collective.

Et justement c’est de cela qu’il s’agit, car dimanche dernier à Mazet-Saint-Voy, a eu lieu une cérémonie de remise du titre de « Justes parmi les Nations » à deux individus.

Ainsi, Évodie Jonac et Daniel Duron étaient un couple du village, qui avait sauvé des juifs dont le couple Weill, et cela au péril de leur vie.

Aujourd’hui les individus concernéEs sont décédéEs, mais Évodie et Daniel ont été élevéEs à titre posthume au rang de Justes parmi les Nations.

Pour en savoir plus sur la vie clandestine juive sur le plateau, l’article du Progrès est assez intéressant. On y voit notamment l’importance des réseaux de sauvetages des EIF (aujourd’hui EEIF), une histoire qui même chez les « Zéis » est trop inconnue – à part avec la valeur qu’y a prise le Chant du Soir.

Notons au passage que les Weill sont de la famille des fameux « jumeaux ennemis », Clément et Guillaume Weill-Raynal, dont l’un est un sioniste forcené et l’autre un quasi antisémite… Mais passons.

Seulement il faut savoir que le titre de « Juste parmi les Nations » est un titre décerné depuis 1953 à des personnes non-juives (« parmi les Nations ») par l’institut Yad Vashem au nom de l’État d’Israel – avec malheureusement une certaine connotation morale-religieuse qui est toutefois très secondaire par rapport à l’action des Justes.

Un titre décerné publiquement en France par « l’entité sioniste » ?

Cela était trop pour les antisémites, qui sont venus perturber la cérémonie de dimanche dernier.

Il faut s’imaginer le tableau : d’un côté un public assez nombreux mais assez âgé, les familles Duron et Weill réunies, une cérémonie avec des portraits posthumes de personnes résistantes ; de l’autre une dizaine d’activistes du « collectif 43 de soutien à la résistance du peuple palestinien » en T-shirt vert, qui viennent perturber une cérémonie digne.

Ainsi un petit groupe d’« antisionistes » de Haute-Loire se déplace exprès le dimanche dans un petit village reculé, uniquement parce que l’État israelien y décerne un titre honorifique, et perturbe sans aucun cas de conscience une telle cérémonie.

Cette fois-ci, on est au-delà de l’odieux, au-delà de l’abject, au-delà de l’obscène : on est dans l’antisémitisme le plus obsessionnel et et le plus délirant.

Car il faut voir comment les activistes, qui en plus se figurent très « pro-palestiniens » et très « antisionistes », justifient leur descente raciste !

Les antisémites en T-shirt vert (pourquoi vert et pas rouge, d’ailleurs ?) ont en fait distribué un tract où ils expliquent leur « raisons », et ont même voulu le lire en public.

Que disait le tract des antisémites, justement ? Le Progrès rapporte un extrait :

« Nous avons le devoir de soutenir la résistance de la population palestinienne comme l’ont fait M. et Mme Duron avec les juifs. Ceux qui défendent les Palestiniens affamés et bombardés dans leur ghetto, tandis que les gouvernements laissent faire, comme ils ont laissé faire Hitler, sont les Justes d’aujourd’hui. »

Aucun rapport avec la Palestine ! Du pur délire chrétien-moraliste !

Comme si aujourd’hui l’État sioniste était génocidaire ! Évidemment dans une guerre impérialiste mondiale, l’État sioniste pourrait prendre un caractère génocidaire, mais on n’y est pas encore.

Les populations juives traquées par les nazis n’ont pas été « affamées et bombardées » : les nazis sont allés chercher des juifs jusqu’en Russie et ont fait passer certains impératifs de la guerre derrière leur extermination.

C’est une vérité tellement basique que cela paraît surréaliste de devoir le rappeler…

Mais voilà, la France est le pays du fantasme, du mélodrame, de la boursouflure de l’égo, et les soi-disant « pro-palestiniens » ne voient pas où est le probème à se décerner à eux-mêmes un titre de « Justes » : « Ceux qui défendent les Palestiniens [...] sont les Justes d’aujourd’hui. »

En France, le mouvement de soutien à la Palestine est largement petit-bourgeois, moraliste, chrétien, et pour tout dire… très français. Rien d’étonnant, donc, à ce que dans ce mouvement – du moins tel qu’il existe aujourd’hui en France – domine l’antisémitisme.

Un antisémitisme qui ne connaît même pas son nom tellement il est compulsif et irrationnel, puisqu’il faut quand même être d’une sacrée connerie politique pour perturber une cérémonie aussi importante pour les familles de la région et les personnes juives sauvées et leur famille.

Pourtant si les « antisionistes » voulaient critiquer l’État sioniste, ils auraient très bien pu le faire en rappelant le déni et la misère dans lesquels vivent beaucoup de survivantEs de la Shoah en Israel…

Mais non, en France il faut être dans l’outrance, et pour le coup, dans l’obsession antisémite.

Et si cela leur retombe dessus d’une manière ou d’une autre, il n’y aura aucun regret à avoir pour ces antisémites obsessionnels.

Shavua Tov – שבוע טוב

Shabbat Shalom – שבת שלום

Entrée vendredi à 21h40, sortie samedi à 23h00.

Le « sionisme radical », un projet schizophrène qui explosera en vol

La semaine a commencé très fort, du point de vue des sionistes institutionnels : mardi a eu lieu la manifestation de soutien à Gilad Shalit au Trocadéro. En effet, cela fait 4 ans que l’officier franco-israelien Gilad Shalit est prisonnier de guerre à Gaza.

À la tribune se sont succédées toutes les « figures » institutionnelles et idéologiques de la communauté juive : de Gil Taieb de l’ASBI-Keren Or qui a organisé le rassemblement à Richard Prasquier réélu à la présidence du Crif, en passant par Gilles Bernheim (par vidéo), l’ambassadeur, Goasguen le maire du 16ème, Anne Hidalgo de la mairie de Paris, Julien Dray, Claude Lanzmann, Arielle Schwab de l’UEJF, BHL, Finkielkraut, Marek Halter, et même Enrico Macias, Rika Zaraï ou Patrick Bruel (par vidéo), etc.

Les institutions juives avancent le chiffre de 15 000 personnes rassemblées au Trocadéro, mais selon des personnes présentes, cela tournerait plus autour de 10 000 voire peut-être moins. [Compte-rendu par ici.]

En vérité il faut voir que cette manifestation était très attendue par beaucoup de sionistes ou pro-sionistes, et que son organisation a été un quasi mélodrame.

En effet, après le massacre à bord d’un bateau en route pour Gaza, la base sioniste et pro-sioniste a exprimé une attente très claire, celle de se mobiliser dans la rue pour soutenir l’État d’Israel.

Pourtant les institutions juives n’ont pas réagi tout de suite alors qu’elles avaient un véritable boulevard pour réimpulser leur légitimité.

Mais non, à la place elles ont annoncé des rassemblements qui ne collaient pas à l’actualité, en reportant à chaque fois la date, en faisant circuler des informations contradictoires, et tout cela par mails, SMS et Facebook.

Bref, ce sont les sionistes ultras de la LDJ qui se sont emparés de la mobilisation, en organisant dès le 6 juin un rassemblement devant l’ambassade… avec la présence de fascistes français !

Au fond, les institutions juives jouent à un jeu dangereux avec les sionistes ultra : elles acceptent de les envoyer « en éclaireurs » sans avoir à assumer d’éventuelles violences.

Ainsi, d’un côté il y a la conscience que malgré tout quelque chose pourrait leur échapper, de l’autre il y a un laisser-faire qui arrange les franges les plus à droite des institutions juives.

Justement quand on parle de la LDJ, on ne peut pas passer sous silence un autre mélodrame sioniste : celui de « l’apéro saucisson-pinard » de vendredi dernier.

Organisé par les identitaires, le rassemblement fasciste s’est finalement tenu sur les Champs plutôt qu’à la Goutte d’Or, et a mobilisé environ 800 personnes. [Compte-rendu par là.]

On a ainsi pu y voir le Bloc Identitaire, les fascistes « de gauche » de Riposte Laïque, mais aussi des Jeunes Pour la France (JPF) qui pour le coup ont dû clasher avec leurs mentors du MPF de Philippe De Villiers.

Quand on sait que, sur le plan électoral, la LDJ soutient à mots à peine couverts De Villiers et Marine Le Pen, on voit bien que cette initiative a sans doute mis dans l’embarras la direction de la LDJ.

Car quand on a l’appui de ces fascistes pour organiser un rassemblement pro-israelien avec des drapeaux français, il faut bien un jour renvoyer l’ascenseur. Et quand on en arrive là, c’est le début de la fin…

L’extrême-droite devient très activiste, et son développement a nécessairement politisé la démarche de la LDJ, dans le sens où elle est désormais sommée de prendre position, de savoir dire oui ou non.

Ainsi la question de l’apéro saucisson-pinard a très certainement traversé les discussions au sein du noyau dur de la LDJ.

Comme écho de ces discussions, une position ultra-conservatrice contre l’apéro a été relayée, tout en précisant de manière un peu hypocrite qu’il s’agissait « d’un point de vue qui n’engage pas la LDJ ».

Et là, scandale immédiat chez les fascistes franco-français ! Comment ! La LDJ se permet de ne pas appuyer un apéro qui sauvera la France avec du saucisson ? C’est limite si les pires racistes anti-arabes n’ont pas traité la LDJ de « Judas »…

En réaction à cela, la LDJ a continué à « ne pas prendre position » en diffusant un autre article en faveur du saucisson-pinard.

Pourtant il est évident que, du point de vue des « sionistes radicaux », il ne fallait pas soutenir cette initiative. Des juifs qui soutiennent ou participent à un apéro pour bouffer du cadavre de cochon, c’est simplement absurde.

Car la question du saucisson-pinard n’est pas une question « juridique », c’est-à-dire qui puisse être réglée par un substitut kasher. C’est question culturelle : quelle personne juive pourrait se reconnaître dans la culture saucisson-pinard ?

Quand on a été élevé dans une famille juive, c’est souvent se faire violence que d’imaginer manger du porc, et on voit à quel point certains sionistes ultra peuvent être nihilistes par rapport à la culture juive.

Or à l’évidence, les fascistes ont « oublié » les juifs, ou bien s’en sont rappelés au dernier moment, d’autant plus que la présence à cet apéro de nazis pro-syriens comme Frédéric Châtillon ne semble déranger personne…

Autant dire que les personnes juives n’ont certainement pas leur place dans ce type d’initiative anti-arabe, et que trouver cela positif est du pur racisme, de la pure schizophrénie et de la pure négation de soi.

D’ailleurs, quand on lit les commentaires aux deux articles publiés par la LDJ sur l’apéro fasciste, on hallucine de voir comment les fascistes franco-français se croient tout permis, en s’imaginant qu’ils ont une « mission », et qu’ils ont le droit de se mêler de ce que les juifs doivent penser.

Mais apparemment cela ne gêne pas la LDJ… ou alors elle est tellement enferrée dans ses histoires avec l’extrême-droite française qu’elle n’a plus le choix !

En fait c’est cela : la LDJ est coincée. Elle est coincée car elle n’a pas de projet politique autre que l’appui au pogromisme anti-arabe du fascisme franco-français.

Et c’est là que repose toute la mystification idéologique de la LDJ !

Elle a beau se réclamer de Jabotinsky et de Kahana, mais son projet politique n’est même pas le projet politique sioniste. Contrairement par exemple au Betar, qui posait l’Aliyah et le service militaire comme aboutissement absolu du militantisme sioniste.

Bien entendu, il est clair que dans l’époque à venir, le racisme est en soi un projet politique. Mais ce n’est pas un projet « positif » qui se pose comme une perspective à long terme, pour l’émancipation totale de la minorité nationale juive de France.

Même le sionisme a une telle prétention à l’émancipation et un tel projet politique – faux et bourgeois, naturellement. Mais c’est là que l’on voit que la LDJ n’est même pas véritablement sioniste : elle est juste identitaire.

Ainsi, sans projet politique autre que l’union sacrée contre la minorité nationale arabe, les sionistes ultra tombent fatalement dans les bras d’une partie de l’extrême-droite franco-française.

Extrême-droite qui se débarrassera des juifs quand elle se rendra compte que, même en pogromant, son monde capitaliste continue de s’effondrer.

Pourtant la LDJ ne peut plus reculer.

Car face à l’explosion de l’antisémitisme, la jeunesse juive se radicalise. Et pour les sionistes, il est vital qu’elle continue à se radicaliser dans l’impasse qu’est le racisme au sein du peuple.

D’ailleurs quand on saisit cela, on comprend mieux le petit jeu auquel se livrent les institutions juives bourgeoises : ceux que les institutions n’arrivent pas à encadrer dans le militantisme associatif « par en haut », elles préfèrent les voir encadrés « par en bas » dans le sionisme radical franchement raciste.

Pour toutes ces raisons, il n’est pas question pour les sionistes ultra de reculer. Ils sont trop enfoncés dans leur impasse d’extrême-droite, et c’est une question de survie politique.

Voilà pourquoi la LDJ ne peut qu’exploser en vol : plus elle se développe (et il est évident qu’en ce moment elle doit recruter, ou plutôt « fidéliser »), plus ses contradictions se retournent contre elle, et prennent une dimension insurmontable.

La bataille contre l’antisémitisme doit être totale, et ne doit faire aucun compromis avec le racisme, avec le fascisme.

Car quand on commence ainsi, on finit par tolérer l’antisémitisme pour garder sa petite place au soleil. Ainsi la LDJ avait déjà publié un article qui trippait franchement sur le « judéo-bolchévisme », en pensant taper sur l’U"J"FP.

Quant à Hapoel, nous proposons une stratégie révolutionnaire dans la bataille contre l’antisémitisme et le fascisme, une stratégie solide qui n’a pas besoin d’aller chercher ailleurs pour être cohérente, une stratégie qui n’est pas facile mais qui est la seule réaliste.

Pourquoi ? Parce les révolutionnaires voient à long terme, et n’ont pas l’intention d’abandonner avant l’émancipation de notre minorité nationale, avant la libération totale ! Pas de trahison chez les révolutionnaires !

Juif ! Juive !
Le « sionisme radical » est une illusion, une impasse, et à terme une trahison !
Rejoins la bataille révolutionnaire contre l’antisémitisme !
L’Action Antifasciste est ton organisation !

Contre le racisme au sein du peuple, assumer enfin la culture métisse et populaire !

Voilà un aspect qu’il faut bien assimiler un jour : notre époque est une époque de crise, de chaos, de grand n’importe quoi.

La crise déforme tout ce que la culture humaine a produit jusqu’ici, et même les mots n’ont plus de sens précis, plus de définition.

Ainsi la schizophrénie l’emporte… même et surtout chez celles et ceux qui « sentent » la dimension des problèmes actuels et veulent y apporter une réponse radicale.

Le pire côtoie donc le meilleur, le meilleur côtoie le pire, et cela souvent sans aucune cohérence apparente.

La jeunesse populaire juive n’échappe pas à la schizophrénie ambiante, et certains jeunes « sionistes radicaux » se posent comme antiracistes… de manière tout à fait sincère !

Mais trop souvent, cet antiracisme est lui-même schizophrène et incohérent : l’amitié sincère avec les personnes françaises noires – individuellement ou de manière plus « globale » – côtoie ainsi sans problème la méfiance voire la haine contre les personnes arabes – abstraitement ou au contraire dans la vie quotidienne.

D’ailleurs on peut facilement voir que chez les sionistes, cet antiracisme déformé existe uniquement dans la jeunesse, dans la jeunesse populaire, et absolument jamais chez les générations au-dessus, où les « sionistes radicaux » sont seulement des rageux et des haineux.

Évidemment cela est triste et contradictoire, mais à la mesure de la contradiction explosive entre la réalité métissée du peuple d’une part, et le racisme au sein du peuple d’autre part.

Le peuple n’a pas le choix : il faut aller de l’avant, et faire sauter toutes ces contradictions, toutes ces schizophrénies, toutes ces auto-mutilations. Il faut aller de l’avant, pour la libération du peuple entier !

C’est parce que nous savons qu’une partie de la jeunesse populaire « sioniste radicale » s’y reconnaîtra qu’Hapoel a publié mardi une chanson antiraciste d’un grand réalisme (de Grain D’Caf d’Octobre Rouge), et que nous publions aujourd’hui un très beau poème de Jacques Roumain.

Jacques Roumain (1907 – 1944) était un grand poète haïtien, qui a été un jalon dans la culture haïtienne et humaine. Jacques Roumain a également fondé le Parti Communiste Haïtien en 1934. On peut en retrouver des textes politiques sur cette page (les auteurEs sont classéEs par ordre alphabétique).

Ce qui ressort, c’est le besoin urgent de l’unité de tout le peuple, de l’unité des exploitéEs contre les exploiteurs, des oppriméEs contre les oppresseurs.

Dès aujourd’hui il faut résister au racisme, assumer la réalité qu’est le métissage au sein du peuple, savoir qui sont nos amiEs et qui nos ennemis !

Résistance de la culture métissée et populaire !

Jacques Roumain, dans nos rangs !

Sales nègres

Eh bien voilà ;
nous autres
les nègres
les niggers
les sales nègres
nous n’acceptons plus
c’est simple
fini
d’être en Afrique
en Amérique
vos nègres
vos niggers
vos sales nègres
nous n’acceptons plus
ça vous étonne
de dire : oui missié
en cirant vos bottes
oui mon pé
aux missionnaires blancs
ou maître
en récoltant pour vous
la canne à sucre
le café
le coton
l’arachide
en Afrique
en Amérique
en bons nègres
en pauvres nègres
que nous étions
que nous ne serons plus
Fini vous verrez bien
nos yes Sir
oui blanc
si Senor
et
garde à vous, tirailleur
oui, mon commandant,
quand on nous donnera l’ordre
de mitrailler nos frère Arabes
en Syrie
en Tunisie
au Maroc
et nos camarades blancs grévistes
crevant de faim
opprimés
spoliés
méprisés comme nous
les nègres
les niggers
les sales nègres
Surprise
quand l’orchestre dans vos boîtes
à rumba et blues
vous jouera tout autre chose
que n’attendait la putainerie blasée
de vos gigolos et salopes endiamantées
pour qui un nègre
n’est qu’un instrument
à chanter, n’est-ce pas,
à danser, of course
à forniquer, natürlich
rien qu’une denrée
à acheter à vendre
sur le marché du plaisir
rien qu’un nègre
un nigger
un sale nègre
Surprise
jésusmariejoseph
surprise
quand nous attraperons
en riant effroyablement
le missionnaire par la barbe
pour lui apprendre à notre tour
à coups de pieds au cul
que nos ancêtres
ne sont pas des Gaulois
que nous nous foutons
d’un Dieu qui
s’il est le Père
eh bien alors c’est que nous autres
les nègres
les niggers
les sales nègres
font croire que nous sommes pas que ses bâtards
et inutile de gueuler
jésusmariejoseph
comme une vieille outre de mensonges débondée
il faut bien
que nous t’apprenions
ce qu’il coûte en définitive
de nous prêcher à coups de chicote et confiteors
l’humilité
la résignation
à notre sort maudit
de nègres
de niggers
de sales nègres
Les machines à écrire mâcheront les ordres de répression
en claquant des dents
fusillez
pendez
égorgez
ces nègres
ces niggers
ces sales nègres
Englués comme des mouches à viande affolées
dans la toile d’araignée des graphiques de
cours de bourse effondrés
les gros actionnaires des compagnies minières et forestières
les propriétaires de rhumeries et de plantations
les propriétaires
de nègres
de niggers
de sales nègres
et la TSF délirera
au nom de la civilisation
au nom de la religion
au nom de la latinité
au nom de Dieu
au nom de la Trinité
au nom de Dieu nom de Dieu
des troupes
des avions
des tanks
des gaz
contres ces nègres
ces niggers
ces sales nègres
Trop tard
jusqu’au cœur des jungles infernales
retentira précipité le terrible bégaiement
télégraphique des tams-tams répétant infatigables
répétant
que les nègres
n’acceptent plus
n’acceptent plus
d’être vos niggers
vos sales nègres
trop tard
car nous aurons surgi
Des cavernes de voleurs des mines d’or du Congo
et du Sud-Afrique
trop tard il sera trop tard
pour empêcher dans les cotonneries de Louisiane
dans les Centrales sucrières des Antilles
la récolte de vengeance
des nègres
des niggers
des sales nègres
il sera trop tard je vous dis
car jusqu’aux tams-tams auront appris le langage
de l’internationale
car nous aurons choisi notre jour
le jour des sales nègres
des sales indiens
des sales hindous
des sales indochinois
des sales arabes
des sales malais
des sales juifs
des sales prolétaires
Et nous voici debout
Tous les damnés de la terre
tous les justiciers
marchant à l’assaut de vos casernes
et vos banques
comme une forêt de torches funèbres
pour en finir
une
fois
pour
toutes
avec ce monde
de nègres
de niggers
de sales nègres.

Mississippi Burning

« Mississippi Burning » est un film très connu d’Alan Parker, sorti en 1988 et qui a eu de nombreuses nominations aux Oscars.

Mais en fait, ce film retrace l’enquête du FBI (présenté faussement comme étant « sympathique ») autour d’un événement qui s’était déroulé en 1964 : l’assassinat dans le Mississippi de 3 militants pour les droits civiques de la minorité africaine-américaine.

Le saviez-vous ?

En 1964, la ségrégation raciale est une réalité officielle dans les États du Sud des USA, où la minorité africaine-américaine est dans de nombreux endroits majoritaire. Les personnes noires sont victimes d’une oppression raciste – en fait coloniale – d’autant plus insupportable qu’elle prend la forme de l’arbitraire le plus total.

En juin 1964, les grandes organisations de défense des « droits civiques », c’est-à-dire des droits démocratiques des personnes noires américaines, lancent une campagne d’inscription des noirEs sur les listes électorales. Ce sera le « Freedom Summer » du Mississippi.

Cette campagne légale et pacifiste sera menée essentiellement par de jeunes militantEs venuEs du Nord des USA… dont une importante fraction de militantEs d’origine juive.

À la mi-juin 1964, une église pro-droits civiques est incendiée dans le comté de Neshoba, Mississippi. Une équipe de 3 militants prend l’initiative d’enquêter sur cet incendie, en connaissant plus ou moins le danger.

Ces trois militants sont : James Chaney (21 ans), un activiste noir de Meridian, Mississippi, à 80 km du comté de Neshoba ; Andrew Goodman (20 ans), un étudiant juif de New York, ami des célèbres Simon & Garfunkel ; Michael Schwerner (24 ans), un activiste juif du Congress Of Racial Equality (CORE) à New York.

Le 21 juin 1964 peu après minuit, ces trois militants démocratiques seront lynchés par le Ku Klux Klan avec l’appui de la police locale.

Retraçons rapidement le jour qui leur a été fatal.

Le 20 juin en fin d’après-midi, Chaney, Goodman et Schwerner se dirigent en voiture vers Longdale, là où l’église a été réduite en cendres. C’est Chaney qui conduit, et la voiture se fait arrêter par le shériff-adjoint Cecil Price, qui accuse Chaney d’excès de vitesse.

En réalité Cecil Price est membre du Ku Klux Klan (KKK), et a sans doute été averti des descriptions des voitures et des plaques d’immatriculation des volontaires du Freedom Summer.

Toujours est-il que Chaney, Goodman et Schwerner sont embarqués au poste, d’où il ne pourront pas appeler leur organisation, et où leur organisation ne pourra les joindre puisque la police locale répondra au téléphone qu’il n’y a aucun activiste en garde-à-vue.

Mais pendant ce temps, le shériff-adjoint Cecil Price prévient de son côté le KKK, qui décidera de comment assassiner les trois militants des droits civiques.

À leur sortie de garde-à-vue dans la nuit, les activistes sont sommés de quitter le comté de Neshoba. En fait il s’agit d’une embuscade : le shériff-adjoint les suit puis les fait s’arrêter, en attendant l’arrivée des assassins du KKK.

Les 3 militants sont alors enlevés, lynchés, et enfin abattus ; leur voiture est brûlée et leur corps jeté dans une retenue d’eau.

L’autopsie révèle que Goodman et Schwerner ont été abattus d’une balle dans le cœur, tandis que Chaney a été abattu de 3 balles. De plus le corps de Chaney présentait de nombreuses fractures (aux deux bras, à l’épaule, à la mâchoire), mais comme par hasard les preuves de cette brutalité fasciste seront fâcheusement détruites…

La disparition mystérieuse de ces militants pro-démocratiques fera un scandale, pendant lequel des lois fédérales anti-ségrégations seront passées. Les corps seront retrouvés seulement le 4 août 1964.

Mais pendant ce temps, le shériff de Neshoba ira jusqu’à déclarer que les activistes des droits civiques se cacheraient afin de donner une mauvaise réputation au Mississippi, et le gouverneur du Mississippi dira que ces activistes pourraient très bien être à Cuba !

Un procès a eu lieu à partir de 1967, mais relevait de la franche mascarade : l’État du Mississippi ne voulait pas poursuivre les fascistes pour meurtre, donc une procédure très spécifique a été engagée ; au final les peines étaient au plus de seulement 10 ans, elles ont commencé en 1970, mais le dernier sorti a été libéré en 1976.

Plus récemment, le procès a été réouvert en 2005 pour juger un fasciste qui n’avait pas été inquiété en 1967 mais qui s’est avéré être le responsable des assassinats. Il a été condamné il y a 5 ans jour pour jour à 60 ans de prison, mais a été libéré sous caution 2 mois plus tard, en août 2005.

Que montre cet épisode de la lutte de la minorité africaine-américaine, qui date de 46 ans presque jour pour jour ?

D’abord que la démarche légaliste-pacifiste ne protège pas et ne protégera jamais des fascistes. Même dans une organisation comme le SNCC – qui avait participé au Freedom Summer du Mississippi – on fera ce constat, et une grande partie de ce mouvement noir se radicalisera en 1966 derrière la figure de Stokely Carmichael.

Mais aussi et surtout que l’unité antiraciste du peuple est toute-puissante, comme ici en particulier avec l’unité entre masses noires et masses juives. Nous en avions déjà parlé dès les premiers jours d’Hapoel à propos de Frantz Fanon, ou bien à propos de la chanson « Strange Fruit ».

Participe à la bataille pour l’unité antiraciste du peuple !
James Chaney, Andrew Goodman et Michael Schwerner sont immortels !

« Pour ceux qui kickent la BAC le jour de Shabbat » – Grain D’Caf

Hapoel présente ici la chanson « Rêve Enterré » de Grain D’Caf, sortie sur son dernier album « Thomas Traoré » (en featuring avec Liffting, un jeune rappeur prometteur du 78). Grain D’Caf est l’un des rappeurs d’Octobre Rouge, le groupe du 19ème.

« On avait un rêve commun, il était pas communautaire,
Un blanc empêchait un noir d’frapper un reubeu à terre.
Rester groupés, maintenant c’est ça l’moteur,
Il est enterré, le rêve de Luther.
»

Grain D’Caf est aujourd’hui endeuillé : DJ Manifest d’Octobre Rouge a été récemment victime d’un accident de voiture en Guinée, alors qu’il participait à la tournée de Grain D’Caf. Ceci est un hommage.

Nous entrons dans l’époque des pogroms

Cela fait depuis début avril qu’Hapoel l’avait annoncé : la France entre dans l’époque des pogroms.

Seulement il se peut que les choses aillent plus vite que prévu, et il va falloir être prêtEs.

Hapoel avait flairé la tendance en particulier pour le pogromisme antisémite au moment de la mort de Saïd B. à Bobigny, et avait même analysé un clip musical comme étant un signe précurseur :

- Le drame de Bobigny & la tendance au pogrom ;
- Drame de Bobigny : où veut en venir l’U"J"FP ? ;
- « Born Free » de M.I.A. : un signe du saut dans l’époque des pogroms.

Mais il va de soi que c’est le racisme en général qui explose, que personne ne sera épargné… et que le racisme au sein du peuple arrange bien les oppresseurs.

Quelle est la réalité aujourd’hui ?

La réalité c’est la descente antisémite sur le boulevard Voltaire (Paris 11ème) il y a un peu plus d’une semaine, avec attaque des vitrines de commerces supposés « juifs ». Descente dont absolument aucun média n’a parlé…

La réalité c’est l’apéro saucisson-pinard de l’extrême-droite ce vendredi, au racisme brutal et quasi pogromiste. Quasi pogromiste ? En fait non, puisqu’à Lyon cette initiative fasciste a tourné à la ratonnade anti-arabe la nuit de vendredi.

La réalité c’est la manifestation d’hier à Belleville (Paris 20ème), où la petite-bourgeoisie d’origine chinoise a réussi à mobiliser 10 000 personnes en mêlant le thème de l’insécurité à celui du racisme anti-chinois.

Cette manifestation a « dégénéré » en lynchages racistes par des jeunes d’origine chinoise, les organisateurs et la police ayant laissé faire (il faut dire que les flics n’ont pas trop eu le choix…).

[Mise-à-jour : plus d'informations sur le Forum Antifasciste.]

Et au-delà des événements d’hier, c’est avec une immense angoisse que les habitantEs de Belleville abordent cette semaine…

Celles et ceux qui se souviennent des lynchages en marge des manifestations en hommage à Ilan en 2006 (ou bien de celles du début des années 2000) savent très exactement ce qu’il s’est passé dans la tête de ces jeunes d’origine chinoise.

Ce qu’il s’est passé, c’est le triomphe du racisme au sein du peuple, attisé, mobilisé et manipulé par la petite-bourgeoisie commerçante.

Seulement voilà, le racisme se développe d’une façon particulière : au fil des semaines, tel ou tel secteur des classes dominantes appuie tantôt sur l’antisémitisme, tantôt sur le racisme anti-arabe, tantôt sur le racisme anti-rrom ou anti-chinois… mais globalement ce sont tous les racismes qui se développent en même temps.

D’ailleurs quand on regarde les statistiques, on voit qu’en 2009 l’antisémitisme et le racisme anti-arabe ont explosé pour ainsi dire « en parallèle ».

Refuser de se confronter à un racisme particulier qui ne nous touche pas, ou bien s’imaginer que l’on peut combattre un racisme par un autre racisme : voilà la pire des impasses.

Une impasse qui renforce la division raciste dans son ensemble, tandis que la bourgeoisie française, son État et ses fascistes comptent tranquillement les points.

Ces émeutes racistes à Belleville font écho à celles de juin 1968, dont nous avons parlé il y a moins de 3 semaines. Voilà pourquoi nous republions cette affiche anonyme de Belleville contre les affrontements racistes du 2 au 4 juin 1968.

Brisons le racisme qui empoisonne, emprisonne, divise ! Victoire pour le peuple !

Nouveau « spectacle » antisémite de Dieudonné

En ce mois de juin, nous sommes en train de vivre un moment important pour le développement du mouvement fasciste.

Ainsi début juin, l’extrême-droite antisémite a été confirmée en s’imposant dans les mobilisations pour la Palestine, grâce aux forces de l’islam politique et au libéralisme de la « gauche radicale ».

Puis c’est l’extrême-droite « identitaire » anti-arabe qui vient de squatter les médias avec son psychodrame des « apéros saucisson-pinard », au racisme brutal et quasi pogromiste.

On voit donc que la tendance au fascisme se développe sans entrave, en suivant en gros ces deux courants.

Seulement voilà, le mouvement fasciste vit dans une concurrence de chaque instant, et il ne s’agit surtout pas de perdre la main.

Quand on observe l’extrême-droite, c’est donc un peu comme si l’on regardait un match de ping-pong : tantôt les « proto-nazis », tantôt les « identitaires ».

Ce qui est certain, en tout cas, c’est que l’ambiance est à l’explosion du racisme, et quand on est en quête de « radicalité », la mode est à l’extrême-droite – y compris au sein des masses juives.

Dès lors, le développement de l’antisémitisme n’est pas prêt de s’arrêter. Cette tendance de fond est inévitable, et ce n’est certainement pas la LICRA qui va y changer quelque chose.

Cela, Dieudonné l’a bien compris, et il ne compte pas se laisser doubler dans la course à l’antisémitisme.

Dieudonné a également compris qu’en ce moment, plus l’antisémitisme est brutal et irrationnel, plus il trouve un écho au sein des classes moyennes en décomposition.

Après avoir déjà été très explicite au moment de la mort de Saïd B. à Bobigny, Dieudonné poursuit donc sur sa lancée d’antisémitisme transparent, avec son nouveau spectacle… « Mahmoud ».

Si si, « Mahmoud » ! Du nom de Mahmoud Ahmadinejad, le président de l’État fasciste iranien, comme l’indique l’affiche. Au moins les choses sont claires sur les financements de Dieudonné !

En effet ce spectacle est censé raconter la rencontre entre Dieudonné et Ahmadinejad, qui a sonné en novembre dernier comme un « adoubement » financier pour assurer une synthèse fasciste française autour de la « figure » de Dieudonné.

Pourtant cette partie du « spectacle » n’occuperait que 5 minutes sur 1 h 30, d’après les médias qui ont assisté à la première de « Mahmoud », ce jeudi soir. De même pour la rencontre de Dieudonné avec Khaled Mechaal, le dirigeant de Hamas à Damas.

Car le reste du temps, ce n’est qu’une orgie d’antisémitisme et de négationnisme.

Tout est prétexte à l’antisémitisme : la Shoah, l’esclavage en Martinique, le showbiz, encore Arthur, BHL, Michael Jackson, la pédophilie, l’Église… Tout !

Déjà cela commence de manière franchement nazie, avec une « parodie » d’annonce off qui menace de déportation ceux qui n’auraient pas éteint leur portable.

Puis dès son apparition sur scène, Dieudonné déclare s’être converti au judaïsme, et ajoute : « J’ai rejoint la religion du profit. »

Dieudonné évoque aussi ses liens avec le nazi Faurisson en mettant en scène une visite chez ce dernier, tout en le qualifiant de « révisionniste », c’est-à-dire pas tout à fait négationniste…

Ainsi Dieudonné explique : « Je ne conteste pas la "Shoah", je la trouve mal retranscrite. L’Histoire, c’est pour les cons et c’est un nid à problèmes. »

Avant de revenir sur sa condamnation pour avoir fait monter Faurisson sur la scène du Zénith en décembre 2008 : « Tout ça pour une histoire de chambre à gaz. »

Dieudonné va jusqu’à frapper directement au cœur de l’abjection négationniste : « Quand tu entends BHL, tu te dis que si lui il est philosophe, peut-être que les chambres à gaz n’ont pas existé. »

Rire général dans la salle.

Une telle insulte « comique » aux mortEs de la Shoah et aux rescapéEs qui ont témoigné est simplement obscène. Dans un système de justice du peuple, cela mériterait sans doute la plus haute peine.

Ce qui est nouveau par contre, c’est que parmi le public de Dieudonné, on compte désormais le rappeur vieillissant Joey Starr.

Oui, ce même Joey Starr qui, au-delà de son sexisme de violeur et sa cruauté envers les animaux, avait soutenu Olivier Besancenot pendant une période.

Ainsi l’image « rebelle » de l’extrême-droite antisémite répond directement à la nullité de la social-démocratie new school, l’illusion « anticapitaliste » ayant finalement fait son temps.

Quelle que soit son évolution et celle de son public, Joey Starr garde tout de même une aura particulière, une aura qu’il aura décidé de mettre au service d’un mouvement d’où sortiront les futurs bouchers antisémites.

Car au-delà de ses « spectacles » (dont la billetterie est assurée par la Fnac, grand symbole de rébellion anticapitaliste…), Dieudonné a parallèlement abandonné le registre comique, pour investir celui de la propagande antisémite la plus agressive.

Quand il est interviewé pendant 20 minutes par le mouvement islamiste-identitaire Sirât Alizza (c’est dans cette interview qu’il s’est attaqué récemment à Éric Zemmour), Dieudonné ne fait pas dans la « culture » fasciste, mais directement dans l’agitation politique.

Ce qu’il faut comprendre une fois pour toutes, c’est que les fascistes se conçoivent comme des « rebelles », qu’en temps de crise ils ont le vent en poupe, et qu’il n’y a aucune raison pour que cela s’arrête.

Et ce n’est certainement pas en s’en remettant aux institutions de l’État français que les fascistes seront écrasés et que le racisme sera brisé ! Seule l’action antifasciste du peuple tout entier est une garantie contre le fascisme !

« Mais on est tous las de ce retour au même schéma ! »

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Shavua Tov – שבוע טוב

Shabbat Shalom – שבת שלום

Entrée vendredi à 21h39, sortie samedi à 22h59.

Marée noire à Jérusalem : la société israelienne est une société raciste !

Quand on regarde de près, Hapoel s’intéresse finalement très peu à Israel.

Hapoel est l’expression de la situation en France, et quand nous évoquons Israel, c’est le plus souvent en lien avec les illusions qui règnent parmi les masses juives de France.

Et justement quand on parle d’illusions, il existe le mythe comme quoi la population juive formerait un bloc national, uni et solidaire en Israel, et que toute personne juive s’y sentirait à sa place.

C’est ce mythe qui pousse les ‘Olim français d’origine populaire à se taire sur les tensions qui traversent la vie quotidienne en Israel, à encaisser tout ce qui leur pourrit la vie dont ils avaient rêvé avant de partir, bref à se mentir.

Et c’est ce mythe qui a ouvertement volé en éclats hier, avec la gigantesque manifestation qui a envahi les rues de Jérusalem, mais aussi de Bnei Brak dans la banlieue de Tel Aviv.

Vue du haut des immeubles, cette manifestation devait ressembler à une « marée noire », si cette comparaison n’est pas indécente pour les océans et les vies animales et végétales qu’ils abritent.

En effet les manifestants étaient des religieux, des « ultra-orthodoxes » comme on dit en France, c’est-à-dire en fait ces religieux que l’on appelle ‘Haredim ou Dossim, et que les anti-religieux appellent plus volontiers « Men in Black » ou « Pingouinim ».

Mais qu’est-ce qui a poussé les ‘Haredim à mobiliser 100 000 personnes à Jérusalem et 20 000 à Bnei Brak, ainsi qu’à Immanuel et Beit Shemesh, ou aux abords des prisons Maasiyahou et Neveh Tirza ?

Disons-le sans détour : c’est le racisme anti-arabe.

Et pas n’importe quel racisme anti-arabe, puisqu’il s’agit en fait du racisme contre les personnes juives-arabes : Sfaradim du Maghreb, et Mizra’him d’Irak, d’Iran, de Syrie ou du Yémen.

Pour mieux comprendre, revenons rapidement sur l’enchaînement des événements.

Tout commence à Immanuel pas loin de Naplouse, dans ce que les sociaux-démocrates appellent « territoires occupés » (« HaShta’him ») et que les fascistes appellent « Judée-Samarie ».

Immanuel est une colonie sioniste-religieuse qui abrite majoritairement des ‘Haredim. Ceux-ci se reconnaissent pour beaucoup dans le courant ‘hassidique de Slonim, qui a aussi une branche concurrente à Bnei Brak.

À Immanuel en 2008, donc, une famille Mizra’hit a voulu inscrire ses filles dans une école religieuse pour filles, Beit Yaakov. Grave erreur, puisque cela est très mal passé aux yeux des autres parents, presque tous ashkénazes.

Aux yeux des gens en question, il ne s’agit pas de racisme, non non, il s’agit simplement de ne pas laisser leur progéniture se faire influencer par des éléments moins religieux…

Face à la ségrégation qui était la norme dans cette école, les parents ‘Haredim juifs-arabes ont porté l’affaire devant la Cour Suprême, le fameux « Bagatz » unanimement honni à l’extrême-droite sioniste-religieuse y compris au sein du gouvernement.

En 2009, le Bagatz a émis son jugement : la ségrégation devait cesser, et les élèves ashkénazes et juives-arabes devaient pouvoir étudier ensemble.

Évidemment on est encore loin de la mixité entre filles et garçons, mais il faut bien noter que contrairement à ce que prétend en France la « gauche radicale », Israel n’est pas une « théocratie »… ou du moins pas encore.

Seulement voilà, certains parents ashkénazes se sont acharnés, et ont retiré leurs filles de l’établissement Beit Yaakov, qui est financé par l’État. Une école privée a été ouverte, avant d’être fermée par décision de la Cour Suprême.

Une partie des élèves de cette école privée sont actuellement scolarisées à Bnei Brak, mais d’autres ne sont plus scolarisées, puisque leurs parents refusent de les réinscrire à Beit Yaakov. Or cela est passible de prison en Israel.

Début avril, l’école a été condamnée à une forte amende pour « outrage à tribunal », c’est-à-dire pour n’avoir pas appliqué les décisions du Bagatz. Rebelotte fin avril pour les parents récalcitrants, qui ont été condamnés à deux semaines de prison.

Les événements se sont accélérés ces derniers jours, puisque ce mardi la Cour Suprême a posé un ultimatum aux 43 familles « réfractaires » d’Immanuel : les parents devaient se rendre avant mercredi aux autorités, pour purger leur peine de prison.

Au total 35 pères se sont rendus hier en fin d’après-midi. Mais 2 autres pères et 22 mères sont désormais considérés comme étant « en cavale ». Tout cela est très logique : aux hommes le rôle de « martyrs » au nom de D.ieu, aux femmes le rôle de « mères-courage » soumises par la religion.

Ainsi, c’est dans ce contexte qu’interviennent les immenses manifestations d’hier, qui sont peut-être les plus grosses manifestations de ‘Haredim depuis 1999.

Et quand on voit qu’une aussi grosse mobilisation est en fait une mobilisation en faveur du racisme, il y a de quoi mépriser et haïr ces Men in Black.

De plus les ‘Haredim ont provoqué de nombreux troubles ces derniers temps, que ce soit contre l’ouverture d’un parking à Shabbat à Jérusalem, autour de maltraitances d’enfants à Mea Shearim, ou à propos de travaux sur un ancien cimetière à Yaffo.

Tout cela en dit long sur l’évolution de la société israelienne, où une mobilisation raciste peut être aussi massive et aussi soutenue par les membres sionistes-religieux du gouvernement.

Mais soyons un peu plus précis : ce que critique Hapoel, ce ne sont pas les croyants en France, mais les ‘Haredim sionistes-religieux en Israel.

Et Hapoel ne les critique pas parce qu’ils veulent imposer la Halakha la plus sévère en Israel : cela fait partie de leur idéologie néo-féodale. Non, Hapoel les critique parce qu’ils sont racistes, et pas qu’un peu.

Et d’ailleurs les ‘Haredim qui ont manifesté hier ne s’y trompent pas : les juifs-arabes restent « des arabes comme les autres », et leur racisme est du pur racisme anti-arabe.

Mais en vérité, c’est toute la société israelienne qui est traversée de part en part par le racisme.

Que ce soit envers le peuple arabe palestinien, évidemment, avec ou sans nationalité israelienne ; ou bien envers l’immigration d’Afrique ou des Philippines ; ou encore au sein même de la « société juive », envers les personnes juives-arabes ou éthiopiennes.

Cela ne date pas d’hier : quand l’immigration juive-arabe est arrivée en Israel, elle a subi une oppression terrible, parquée dans les camps de réfugiés puis dans les cités-dortoirs des « villes de développement ». Aux émeutes des années 1950 ont succédé la contestation révolutionnaire des années 1970, puis les succès des religieux de Shass dans les années 1990.

D’ailleurs en parlant de Shass, le fils du Rav Ovadia Yossef a failli être attaqué dans les manifestations d’hier, alors que le Rav Ovadia Yossef lui-même reprochait aux familles juives-arabes d’Immanuel d’avoir saisi la justice israelienne !

Aujourd’hui encore, quand un juif-arabe atteint un haut niveau de responsabilité dans l’appareil d’État sioniste (comme boucher-en-chef dans la dernière guerre au Liban), on rappelle sans cesse ses origines. Un peu comme en France, d’ailleurs…

Cela, c’est la réalité en Israel : au-delà de l’État lui-même, c’est toute la société israelienne qui est une société raciste.

Et cette société garde un semblant de cohésion interne uniquement par les mobilisations guerrières.

Celles et ceux qui s’imaginent pouvoir échapper par l’Aliyah à l’antisémitisme en France se font des illusions.

En effet les tensions au sein même de la société israelienne sont très vives, et d’ailleurs ces quelques dernières années l’image des juifs français s’est très largement dégradée au sein du peuple en Israel – ce qu’évidemment les sionistes ne peuvent pas dire.

Juif ! Juive ! Nous vivons et travaillons en France, et ni les antisémites ni les sionistes ne nous feront partir d’ici ! En France comme ailleurs : guerre au racisme !

Red Lions 94 : Racisme anti-chinois lors de France-Uruguay

Racisme anti-chinois lors du match France-Uruguay

Vendredi, lors de la retransmission sur TF1 du Match France-Uruguay nous avons pu assister à une manifestation des plus flagrantes de la montée du fascisme.

Il y avait sur le terrain plusieurs arbitres asiatiques, et les commentateurs les appelaient tous « monsieur le chinois ».

Pas « monsieur l’arbitre », pas « l’arbitre chinois » … mais « monsieur le chinois » !

Ces propos racistes est passé inaperçu et cela n’a rien d’étonnant, surtout quand ils viennent de la part de Jean-Michel Larqué.

En France les personnes asiatiques sont victimes d‘un véritable racisme et d’une haine qui se manifeste comme deux tendances.

D’un côté, il est courant d’entendre dire que les personnes asiatiques, s’infiltrent partout pour conquérir le monde. Les mensonges sur le soi-disant impérialisme chinois, sur la soi-disant puissance de la Chine sont rapportés par les grands médias capitalistes.

Soyons clairs, la plupart des personnes asiatiques vivant en France sont des tout-petits-commerçant et des prolétaires très très durement exploités. Elles et ils forment l’une des couches les plus exploitées et les plus pauvres du prolétariat.

Soyons clairs, la Chine est un pays complètement dominé par les impérialismes étrangers (US, russes, européens).

C’est un pays peu développé contrairement à ce que l’on veut nous faire croire en mettant en avant les exemples de Hong-Kong ou de Shanghai. Les campagnes y sont arriérées et vivent souvent comme au moyen-âge.

La Chine est un sous-traitant des puissances impérialistes.

Faire courir des bruits sur la soi-disant puissance de la Chine est une manipulation de l’impérialisme français pour cacher sa propre nature.

C’est aussi une manipulation des fascistes pour faire la promotion du nationalisme et pour faire croire que le capitalisme n’est pas mauvais, mais juste infiltré par des éléments externes dont il faudrait se débarasser.

Ce racisme est proche de l’antisémitisme.

D’un autre côté il y a aussi un racisme clairement génocidaire. De nombreuses personnes affirment « ne pas aimer les chinois » sans aucun complexe, sans même voir où est le problème !

En France, à la télé, dans la culture, on se moque, on ridiculise les personnes asiatiques en permanence. On les caricature et on montre du mépris pour ces personnes qu’on considère clairement comme inférieures.

Nombreux sont les présentateurs et les comiques qui se permettent de se moquer de l’accent des personnes asiatiques à la télé. La banalité et la cruauté de ces imitations est réellement effrayante. Aucune minorité en France ne subit publiquement un racisme tellement décomplexé.

Dans la rue, au quotidien, les personnes asiatiques doivent faire face à un racisme d’une rare violence. Moqueries, imitations, mépris, insultes, violences, bouc-émissaires, etc.

De plus les femmes asiatiques sont particulièrement victimes des fantasmes patriarcaux de domination. Les légendes sur la soi-disant soumission des femmes asiatiques mettent clairement en danger ces femmes au quotidien.

L’idéologie dominante ramène ces femmes aux rang d’objet dont on profite et sur lesquels on assoit une domination aussi bien physique que morale.

Le mépris qui touche les personnes asiatiques rappelle celui qui touche les rroms.

Ce racisme ne date pas d’hier, mais avec la crise du capitalisme il explose littéralement. Et le fait que des propos aussi racistes à l’antenne ne suscitent aucune réaction montre l’avancée du fascisme en France.

D’ailleurs hier soir Larqué a remis ça quand il a dit, en parlant d’un joueur afro-américain, « il est allé cherché l’énergie dans ses racines africaines ».

Et le pire dans tout ça … c’est que vendredi soir aucun arbitre n’était chinois.

Vive les masses populaires asiatiques !
Le fascisme est un défi à la civilisation, à nous de le relever !
Red Lions 94

« Mémoires d’un anarchiste juif »

L’autodéfense juive est un mouvement qui prend racine en Europe de l’Est à la fin du 19ème siècle et au début du 20ème. Face aux pogroms, des juifs défendent les leurs l’arme à la main.

Dès le début, la gauche juive impulsera ou investira le mouvement d’autodéfense, que ce soient les bolcheviks, les anarchistes, les bundistes ou les sionistes de gauche.

Ainsi Samuel Schwarzbard (ou Sholem Schwartzbard) était un révolutionnaire ukrainien juif, d’obédience anarchiste, qui a participé à l’autodéfense juive et à la justice contre les antisémites.

C’est lui qui, en 1926, avait abattu à Paris le chef nationaliste ukrainien Simon Petlioura, responsable d’immenses pogroms antisémites pendant la guerre civile qui a suivi la révolution de 1917 en Russie.

Sorti victorieux de son procès bien qu’il ait publiquement revendiqué avoir assassiné le pogromiste-en-chef Petlioura, il décédera en 1938 en Afrique du Sud.

Entretemps, Samuel Schwarzbard avait écrit ses mémoires en 1934, intitulées « In’m Loyd Fun Yorn » (« Au fil des ans » en yiddish). Seulement cette autobiographie n’avait jamais été traduite en français depuis ce temps.

Un manque qui est aujourd’hui comblé, puisque les Éditions Syllepse l’ont traduite et publiée, sous le titre « Mémoires d’un anarchiste juif ». Toutes les informations par ici.

Nous relayons ici la présentation du livre, puis dans la suite on retrouve une biographie de Schwarzbard inspirée par des anarchistes de l’Action Antifasciste.

22 janvier 2010 : Stepan Bandera, héros leader de l’indépendance ukrainienne auquel on attribue la responsabilité du massacre de milliers de Juifs durant la Deuxième guerre mondiale, est élevé à la dignité de « Héros de l’Ukraine » à titre posthume par le président Viktor Iouchtchenko.

27 mai 2006 : des cérémonies à la mémoire du Général Simon Petlioura sont organisées par l’État ukrainien en plein Paris avec un dépôt de gerbe au cimetière du Montparnasse, là où il est enterré, mais aussi sur la tombe du Soldat inconnu à l’occasion du 80ème anniversaire de son assassinat par Samuel Schwarzbard.

Les tentatives de réhabiliter les responsables des pogromes qui frappèrent les Juifs, notamment en Ukraine, se multiplient dans une relative indifférence. Les mémoires inédites de Samuel Schwarzbard invitent plus que jamais à revenir sur cette page d’histoire pour mieux lutter contre le retour de ce révisionnisme au service du nationalisme.

Témoin et acteur des grands cataclysmes du début du 20ème siècle, enfant miséreux du Yiddishland, Samuel Schwarzbard a dix-neuf ans lors de la révolution de 1905, presque trente quand il s’engage dans l’armée française sans renier son internationalisme, et quelques années de plus lorsqu’il file vers la Russie à l’aube de la révolution des soviets. Anarchiste au sein de la Garde rouge, il combat sans relâche les ennemis de la Révolution.

Parfait héritier du judaïsme prophétique le plus radical, il est convaincu qu’il faut lutter sur un double front : la révolution sociale partout où cela est possible et l’autodéfense juive. De retour en France, il entre dans l’Histoire en assassinant Simon Petlioura, responsable des massacres qui ont ensanglanté les communautés juives d’Ukraine. Son procès devient celui des pogromes et enflamme l’opinion mondiale.

Ses écrits, traduits et rassemblés pour la première fois à partir d’archives dispersées à travers le monde, évoquent de façon saisissante, à la manière d’une épopée, la boucherie des tranchées, le souffle qui parcourut l’Ukraine libertaire, les tentatives d’y construire une société nouvelle et le destin d’un homme hors du commun.

Le saviez-vous ?

Sholem Schwartzbard (1886 – 1938) était un révolutionnaire et poète juif ukrainien, qui a pris part au mouvement pour l’autodéfense juive.

Né en Bessarabie en 1886, sa famille est contrainte de fuir, suite à l’interdiciton faite aux juifs de vivre en zone frontalière, par décision du Tsar. La famille s’installe alors dans la ville de Balta où Sholem grandit. En 1900, il devient apprenti horloger.

Au cours de cette période, il rejoint un groupe communiste juif nommé « Funk », relié à l’Iskra (« l’étincelle »), journal communiste russe dirigé par Lénine, Martov et Plékhanov. Plateformiste convaincu, Schwartzbard prend part à la révolution russe de 1905.

Il participe aussi à l’auto-défense des Juifs de Balta, ce qui lui vaudra trois mois de prison pour « provocation au pogrom ». En 1906, il s’enfuit de Bessarabie vers l’ouest, il part pour Tchernivtsi, Lviv, et arrive finalement à Vienne.

En 1909, il prend part aux côtés d’anarchistes à une action d’expropriation d’une banque à Vienne, pour laquelle il est condamné aux travaux forcés. Après quatre mois de détention, Schwartzbard s’enfuit et prend part à un nouveau braquage, cette fois-ci dans un restaurant de Budapest.

Schwartzbard est arrêté et expulsé de l’Empire austro-hongrois. Il s’installe à Paris en 1910, il n’est alors agé que de 24 ans. Il travaille dans une horlogerie, à l’atelier de réparation.

Inquiété par la police en raison de son activisme, il s’engage avec son frère dans la Légion étrangère au début de la Première Guerre mondiale. En mars 1916, lors d’une patrouille, il est gravement blessé par une grenade : ses poumons sont perforés et son bras gauche est hors d’usage. Il reçoit la Croix de guerre.

En août 1917, Schwartzbard est démobilisé et, le mois suivant, il part avec sa femme en Russie. Sur le bateau français qui le ramène en Russie, il est arrêté pour agitation communiste et livré aux autorités tsaristes.

Schwartzbard s’évade et rejoint Pétrograd, où il s’engage comme garde rouge, puis est affecté dans un bataillon spécial de la Tchéka envoyé en Ukraine. Suite à la Révolution d’Octobre 1917, la guerre civile fait alors rage.

En 1919, Schwartzbard est responsable, dans l’Armée Rouge, d’une brigade spéciale de cavalerie juive avec 90 hommes dans le sud de l’Ukraine. Équipé d’un canon et de munitions fournies par l’armée rouge, son groupe se bat durant deux ans contre les armées austro-hongroise, allemande, celles du nationaliste Petlioura et des celle des Blancs de Dénikine.

Durant la guerre révolutionnaire, Schwartzbard perd 15 membres de sa famille dans les pogroms en Ukraine, tandis que son frère est expulsé de France pour « agitation et propagande communistes ».

En 1920, déçu par certains camarades – communiste ou anarchistes – en Ukraine, il retourne à Paris et ouvre un atelier de réparation d’horloges. Il continue ici ses activités politiques, apparaissant comme un membre actif du mouvement ouvrier juif de France.

Plus tard, il rejoint un groupe anarchiste et fait la connaissance de militants qui avaient émigré de Russie et d’Ukraine : Voline, Alexander Berkman, Emma Goldman, Nestor Makhno, Piotr Archinov…

Schwartzbard devient aussi un membre de l’Union des Citoyens Ukrainiens, et obtient la nationalité française en 1925. Il adopte un jeune orphelin juif ukrainien.

En 1926, Schwartzbard apprend que le dirigeant nationaliste ukrainien Simon Petlioura vit à Paris.

Durant la guerre civile en Ukraine, les troupes nationalistes, alliées de la France, ont été coupables de pogroms ayant fait 100 000 morts parmi les populations juives et tziganes – dont les parents de Schwartzbard…

Certain de reconnaître Petlioura grâce à une photo parue dans l’encyclopédie Larousse, Schwartzbard s’approche le 25 mai 1926 d’un homme qui emprunte la rue Racine, près du boulevard Saint-Michel.

Schwartzbard interpelle l’homme en Ukrainien : « Êtes-vous Petlioura ? ». Petlioura lève sa canne, prêt à frapper, mais Schwartzbard sort un revolver et tire. Cinq balles frappent Petlioura alors qu’il est debout, deux autres alors qu’il s’est effondré, au huitième coup l’arme s’enraye.

À l’arrivée de la police, celui qui sera connu comme le « Nokem » (« vengeur ») déclare : « J’ai tué un fameux assassin. »

À son procès, Schwartzbard est défendu par Henry Torrès, avocat de renom qui a précédemment défendu d’autres anarchistes, et qui représente également le consulat soviétique en France. Torrès a recueilli 80 témoignages de veuves survivantes des pogroms ukrainiens.

Au cours du procès, les services spéciaux allemands présentent Schwartzbard comme un agent du Guépéou soviétique (GPU). Les journaux antisémites (Action Française, L’Intransigeant, L’Écho de Paris…) véhiculent cette campagne, qui tombe à point nommé pour une justice française cherchant à innocenter le pogromiste-en-chef Petlioura.

À l’issue de son procès (débuté le 18 octobre 1927), Schwartzbard est déclaré non coupable par le jury populaire, bien qu’il ait clairement revendiqué l’assassinat de Petlioura.

Libéré de prison le 26 octobre 1927, Schwartzbard s’est par la suite consacré à la lutte contre l’antisémitisme et a contribué à la formation de la Ligue Internationale Contre l’Antisémitisme (LICA).

Après s’être vu refuser l’entrée en Palestine britannique, Schwartzbard émigre en Afrique du Sud en 1937, afin de rassembler des fonds pour la création d’une encyclopédie en yiddish.

Le révolutionnaire consacra également une partie de sa vie à la poésie. Toutes ses œuvres sont écrites en yiddish, souvent sous le pseudonyme de « Bal HaKhaloymes » (le maître des rêves ?). Il publie son autobiographie en 1934.

Il décède d’une crise cardiaque le 3 mars 1938, au Cap. Sa dépouille sera transférée en Israel, et Sholem Schwartzbard repose depuis 1967 au Moshav Avihayil.

Antifascisme populaire, radical, moderne !

Juif ! Juive ! Le racisme déforme ta vie !

En France l’antisémitisme est une réalité quotidienne, tellement banale qu’elle en devient omniprésente, écrasante, suffoquante.

Pour tout dire, c’est une réalité bien plus acceptée et intériorisée qu’on ne veut bien l’avouer.

L’antisémitisme traverse le vécu des masses populaires juives, tantôt de manière franche et massive, tantôt de manière imperceptible et plus difficile à interpréter.

En vérité, le racisme « déforme » la vie des masses populaires juives.

Parfois niés ou passés sous silence, parfois oubliés tellement ils crèvent les yeux, d’innombrables aspects de la vie quotidienne sont trop souvent incompris pour ce qu’ils sont, tant la schizophrénie est généralisée face à l’oppression.

Pourtant tous les exemples suivants sont des expressions plus ou moins directes de l’ambiance antisémite qui se développe. Des expressions qui nous empoisonnent la vie.

✡ Ainsi pour les hommes qui pratiquent un minimum, la très classique casquette a depuis bien longtemps remplacé la kippa, notamment à Shabbat.

✡ Quand par exemple un religieux monte dans le métro, la « gêne » est parfois palpable ; pareil quand on s’affirme juif ou juive et que la personne en face ne s’y attendait pas. C’est là qu’on s’aperçoit que l’antisémitisme français est un antisémitisme hypocrite.

✡ Alors qu’on a passé sa scolarité dans le public, on voit de plus en plus nos petits frères et petites sœurs, nos jeunes cousins et cousines, être massivement inscrits dans les écoles juives. Même dans les familles où la religion n’est pas la priorité.

✡ Quand on est un jeune père ou une jeune mère d’origine juive dans une famille populaire, quand on voit tous ses horizons bouchés dans un quartier déprimant, il est déjà terrible de ne pas savoir ce qui attend ses enfants… mais il est encore plus terrible de le savoir !

Voilà pourquoi dans certains quartiers populaires, les familles qui le peuvent s’endettent et se ruinent pour aller vivre ailleurs. Car en plus de la galère permanente dans la jungle de béton, elles ne supportent plus l’angoisse pour leurs enfants chaque matin et chaque soir.

✡ Plus insidieusement, beaucoup de personnes se contorsionnent pour éviter certaines conversations. Au sein du peuple c’est la franchise qui prévaut, mais cela peut vite devenir exaspérant face à des petits-bourgeois qui se croient très malins avec leurs sous-entendus antisémites.

✡ Dans le même registre, les blagues racistes au sein du peuple sont usantes, même quand elles viennent d’amiEs sur un mode ironique. Les juifs ont de l’autodérision, certes, mais parfois on aimerait juste être tranquille.

✡ Summum de la négation de soi, parfois on évite même de donner son nom à n’importe qui quand il sonne trop juif, voire son prénom quand il sonne trop israelien.

✡ Quand les jeunes reviennent de l’école, par exemple, le premier réflexe dans certains quartiers est de rentrer en groupe, au moins jusqu’au bus, au métro, etc. C’est une évidence pour beaucoup, mais cela a des implications plus profondes.

Car quand on est jeune, on aimerait parfois pouvoir se retrouver seulE avec unE amiE. Mais dans une groupe d’adolescentEs (et la mentalité qui va souvent avec), l’individualité se trouve étouffée, et on doit faire des compromis par rapport aux sentiments.

✡ De même, combien d’histoires d’amour n’ont pas pu prendre la dimension qu’elles méritaient, à cause du racisme ?

On se disait que c’était « le bon » ou « la bonne », mais quand cela a commencé à être sérieux, ses parents ou les nôtres ont fait comprendre – franchement ou hypocritement – que cela n’allait pas être possible…

Ou encore pire : au moment où l’on s’y attendait le moins, on a eu droit à une remarque, à un préjugé antisémite de la part de celui ou celle qu’on aime, et cela a brisé la confiance et le sentiment de « sécurité ».

✡ Parfois face à l’antisémitisme, la haine de soi l’emporte… et pas seulement chez l’UJFP ! Ainsi énormément de juifs racistes d’extrême-droite se heurtent à une réalité qu’ils ne peuvent nier : ce sont des juifs-arabes… et disons que cela se voit !

Le racisme anti-arabe est donc en partie une haine de soi ! Et cette schizophrénie due à l’antisémitisme amène tout droit dans les bras de l’extrême-droite franco-française… qui est tout autant antisémite.

Bref, cette liste pourrait être sans fin, au point que beaucoup d’entre nous arrivent à la conclusion qu’ils ou elles n’ont plus leur place en France : tragique constat.

Ce que l’on voit sur ces quelques exemples, c’est que le racisme « déforme » les relations humaines dans ce qu’elles ont de plus profond.

Et les sionistes peuvent alors bien nier les aspects qui ne correspondent pas à leurs fantasmes de l’homme juif fort et fier !

Seulement voilà, même face au racisme les hommes et les femmes ne sont pas à égalité…

Cela, c’est une réalité très simple : les femmes prolétaires juives vivent bien souvent dans un grand isolement, ou au contraire elles n’ont aucun moment à elles, en tant qu’individualités.

En effet les hommes s’interposent entre les femmes et la vie sociale comme des ombres, et donc l’expérience du racisme n’est pas vécue de la même manière.

L’isolement en tant que femmes laisse alors la place à l’isolement en tant que victimes de l’antisémitisme quotidien, et la vie est trop souvent dominée par l’angoisse, l’impuissance, la honte de soi.

Tant d’aspects que les sionistes ne voient pas, ne veulent pas voir !

Et quand parfois ils en perçoivent l’écho, ils détournent la question en « protection » des femmes, des filles, des sœurs… qui se transforme bien vite en quasi chantage.

Car dans la logique des identitaires sionistes et dans leurs fantasmes de « guerriers », la sensibilité n’existe pas.

Les femmes juives doivent impérativement vivre au sein la communauté voire au sein de la famille, et renoncer à leur soif de tout connaître pour espérer être « protégées » plus facilement.

L’antisémitisme déforme la vie des masses populaires juives… mais pour les femmes prolétaires juives, cela prend une dimension monstrueuse !

Une autre réalité que les sionistes ne veulent pas et ne peuvent pas voir : le vécu face au racisme n’est pas le même en province que sur Paris.

En région parisienne il existe des quartiers où se concentrent les familles juives ou la « vie juive », ce qui d’ailleurs donne un sens à l’autodéfense juive.

Mais en dehors de Paris, non cela ne passe pas toujours ainsi. Et le sentiment de protection « communautaire » est remplacé par une attitude plus « profil bas », en fonction de la situation locale.

Là encore, c’est un aspect bien réel, mais que les sionistes ne veulent pas voir.

Il n’y aura pas en France d’autodéfense juive à la hauteur tant qu’on n’aura pas affirmé que l’antisémitisme est une réalité bien plus intériorisée que ce que les sionistes veulent bien admettre.

Il n’y aura pas d’autodéfense juive à la hauteur tant qu’on n’aura pas dépassé le stade juridique-religieux du « Mais qu’est-ce qu’on a fait pour mériter cela ? », tant qu’on n’aura pas liquidé le légitimisme par rapport aux institutions.

Il n’y aura pas d’autodéfense juive à la hauteur sans les femmes prolétaires juives, sans les masses populaires juives de province !

Autrement dit, il n’y aura pas en France d’autodéfense juive sans lutte contre les mentalités féodales !

Car finalement, l’antisémitisme pousse les masses juives vers l’isolement, vers l’enfermement, vers la « communauté » et la famille.

En ce sens l’antisémitisme emprisonne nos vies, et davantage encore celles des femmes. Cela est un gigantesque gâchis d’énergie !

Pour espérer abattre définitivement l’antisémitisme, il faut briser les piliers de la mentalité féodale : légitimisme, communautarisme, sexisme ! Il faut libérer la créativité des masses populaires juives et la rage de vivre des femmes !

Juif ! Juive ! Le racisme déforme ta vie !
Face à l’antisémitisme, assume la nécessité de renverser l’ordre existant !
La conquête de la dignité passe par la bataille révolutionnaire !

Festival des Cultures Juives du 13 au 28 juin

Depuis 5 ans, un festival des cultures juives se tient chaque été à Paris. Si l’année dernière le thème était la culture juive américaine (Hapoel en avait parlé), cette année le festival est consacré à la Russie.

Le festival des cultures juives est à l’initiative des institutionnels du Fonds Social (FSJU), et se déroulera à partir d’aujourd’hui, jusqu’au 28 juin, avec des pauses pour Shabbat.

Le site du festival est accessible par ici, et il faut absolument jeter un coup d’œil à la brochure du programme, dont la réalisation est comme chaque année très réussie.

Concrètement, ce festival consiste en des expositions, des concerts, du cinéma, du théâtre, des « rencontres », etc. dans des lieux comme les mairies du 3ème et 4ème arrondissements, le Mémorial de la Shoah, le centre Bernard Lazare, etc.

Il va de soi qu’une partie du festival sera consacrée à l’époque de l’URSS révolutionnaire. Ensuite il ne faut pas se faire d’illusion : le festival est organisé par les institutions juives, appuyées par la ville de Paris et même par l’État d’Israel.

La tonalité sera par conséquent très anticommuniste, très pro-sioniste, et il suffit de voir les présentations faites par les organisateurs du festival pour s’en rendre compte. Par contre on notera certains thèmes qui peuvent être passionnants :

- Mardi 15 juin aura lieu une conférence intitulée « Du Shtetl au Kolkhoze. Artisans et paysans du Yiddishland (1921-1938) », qui sera suivie du vernissage d’une exposition, « Artisans et paysans du Yiddishland (1921-1938) », à la mairie du 3ème. Cela tournera essentiellement autour de l’ORT, qui est un organisme russe à l’origine, mais qui a depuis très longtemps des écoles techniques en France.

Le programme explique : « L’exposition présente [...] un épisode relativement peu connu de l’histoire contemporaine des communautés juives : la création et le développement de « colonies agricoles juives » par les nouvelles autorités soviétiques, au début des années 1920. Implantées, entre autre, en Union soviétique, ces colonies ont pour objectif de « normaliser » la vie juive dans le cadre d’activités professionnelles considérées comme productives et de parvenir ainsi à résoudre la « question juive ». »

Comme quoi les travaux théoriques autour des contradictions ville / campagne et travail manuel / travail intellectuel ne sont ni hors-sujet, ni déconnectés d’un certain héritage historique !

- Dans le même esprit (de notre point de vue), il y aura une conférence sur « les relations entre Tolstoï et les Juifs dans la Russie tsariste ». Quand on connaît justement l’influence de Tolstoï sur la pensée « agraire » du sionisme, on voit qu’il faut passer par là pour comprendre A.D. Gordon.

- Lundi 21 juin à la mairie du 4ème, l’après-midi tournera autour du Birobidjan. Le Birobidjan, c’est une république soviétique créée par Staline en 1934 près de la frontière avec la Chine, et qui était la « région autonome juive » avec pour langue officielle le yiddish.

Difficile à comprendre quand on connaît l’opposition de l’URSS au sionisme… et pourtant, venant de Staline le spécialiste bolchevik des questions de minorités nationales, il y a certainement des points à approfondir sur cette « terre promise » soviétique !

Dans ce cadre un film sera projeté, un documentaire de 2005 nommé « À la recherche du bonheur ». Il faut savoir – et Hapoel est là pour faire savoir ce genre de détails – que ce titre fait référence à un film soviétique de 1934, « Les chercheurs de bonheur », qui était très en faveur de l’expérience du Birobidjan.

- Toujours lundi 21 dans le 4ème, une présentation d’An-ski, l’écrivain yiddish qui avait donné naissance à la pièce « Der Dybbuk, oder zwischen zwei Welten ». Il avait également écrit l’hymne du Bund, un parti de gauche, mais aux conceptions combattues par les révolutionnaires communistes.

- Mercredi 23 juin au Mémorial de la Shoah, on pourra (re)voir des films du cycle Kinojudaïca, sur « Le cinéma juif de Russie et d’Union soviétique (1910 – 1960) ».

Hapoel en avait déjà parlé en mars 2009, entre autres ici et .

D’autres « animations » sont sans nul doute intéressantes, par exemple sur la Shoah. Mais chacunE peut se reporter directement au programme et aux informations pratiques !

Shavua Tov – שבוע טוב

Shabbat Shalom – שבת שלום

Entrée vendredi à 21h35, sortie samedi à 22h57.

Mouvement de solidarité avec la Palestine : qui infiltre qui ?

Hier Hapoel a fait une petite liste de quelques incidents antisémites survenus en France depuis une dizaine de jours. Il va de soi que cette liste est malheureusement loin d’être exhaustive.

Il va de soi, également, que si l’on considère qu’on est au début d’une phase d’antisémitisme pogromiste, alors il n’y a pas de « fait divers » qui tienne : chaque incident a des victimes concrètes – avec un traumatisme et une terreur concrètes – et a un poids dans la tendance au pogromisme.

Pourtant une partie des incidents antisémites aurait pu être évitée, s’il existait en France un large mouvement pour la « protection » de la minorité juive face à l’antisémitisme, notamment de la part de la gauche.

L’abandon des masses populaires juives par la gauche et l’extrême-gauche n’est donc pas totalement pour rien dans la vulnérabilité des personnes juives au quotidien. Et inversement, cet abandon n’y est pas totalement pour rien dans l’état actuel de l’extrême-gauche en lambeaux…

Justement, les « événements » des 10 derniers jours sont très parlants… Quand il n’y a pas de limite au populisme de l’extrême-gauche, il existe un véritable boulevard pour les fascistes et les islamistes.

Au point que l’on peut se demander qui infiltre qui : est-ce l’extrême-droite qui infiltre les mobilisations de la gauche… ou bien l’extrême-gauche qui tente d’infiltrer celles des islamistes et des fascistes ?

Petit panorama de la tendance à l’antisémitisme politique.

1. Dans l’émission « Ce soir ou jamais » du 1er juin, Roland Dumas a comparé l’attitude de l’État sioniste avec celle de Hitler avant la guerre, appuyé en cela par le présentateur Frédéric Taddéi. Encore une fois, cette émission est un important soutien propagandiste au mouvement fasciste, dans toute sa « diversité ».

Rappelons rapidement qui est Roland Dumas : ancien ministre des affaires étrangères sous Mitterrand, il trempe dans toutes les combines mafieuses françaises (affaire Elf, affaire des frégates taïwanaises…), et il fréquente tout naturellement depuis des années l’extrême-droite jusqu’à soutenir Louis Alliot du Front National (12).

Bref, Roland Dumas est une figure de la bourgeoisie impéraliste française, et il ne faut pas s’y tromper : défendre aujourd’hui l’impérialisme français « de gauche » d’une manière ou d’une autre, c’est défendre demain le fascisme.

2. La chaîne de salles de cinéma Utopia a décidé de boycotter un film qui sortira le 23 juin pour l’unique raison qu’il est israelien. Ces cinémas sont présents surtout dans le sud de la France, mais aussi dans le Val-d’Oise, et se présentent comme « alternatifs », « de gauche », etc.

La démarche des cinémas Utopia est d’une hypocrise totale.

Soit on est pour le boycott d’Israel (à tort ou à raison), et alors on considère que les assassinats du 31 mai sont « cohérents » avec toute la violence coloniale depuis plus de 60 ans.

Soit on n’est pas pour le boycott d’Israel (encore une fois, à tort ou à raison), et alors se faire un coup de pub « antisioniste » sans consistance est plus que malsain, dans un contexte où l’antisémitisme explose.

Car en fait, Utopia ne boycotte pas le film israelien en question : d’abord Utopia a reculé devant les réactions, puis elle a fait mine de maintenir sa position, et enfin on a appris qu’en fait le film serait boycotté à sa sortie mais serait diffusé en juillet.

Quoi ? En juillet la violence coloniale de l’État israelien ne s’exercera plus ? Bref il faudrait savoir, au lieu de se faire un coup de pub dès qu’il s’agit des juifs…

Quant aux manifestations de solidarité avec la Palestine… c’est la catastrophe ou presque.

Il y a une semaine Hapoel déclarait :

Ce week-end auront lieu de nombreuses manifestations en France, afin d’exprimer la solidarité envers le peuple arabe palestinien. Ne soyons pas naïfs : la vigilance politique doit être de mise. Les fascistes n’en sont plus au stade de « parasiter » le mouvement de solidarité avec la Palestine, mais à un stade où ils pourront sans doute bientôt impulser des violences collectives antisémites.

Et en effet, de nombreuses « infiltrations » ont eu lieu dans les cortèges, et l’hégémonie des islamistes et des fascistes turcs a ouvert la porte à l’acceptation des fascistes franco-français.

Il en est parlé sur le Forum Antifasciste, ainsi que dans la presse marxiste-léniniste-maoïste.

3. Ainsi à Lyon samedi dernier, un contingent d’Égalité & Réconciliation, le parti proto-nazi d’Alain Soral, a pu défiler tranquillement avec des drapeaux français au vent.

Quand des genTEs sont alléEs expliquer la situation au service d’ordre, il a été décidé de ne pas dégager les fascistes tant qu’il ne criaient pas « Mort aux juifs », grosso modo, sous prétexte de ne pas « créer d’incident ».

Comme si le fait d’être des activistes antisémites ne suffisait pas.

4. À Paris, la situation est au moins aussi catastrophique, comme on a pu le voir samedi dernier (12).

Non seulement les islamistes n’ont eu aucun problème à imposer leur loi pendant la manif, contre les accords politiques qui avaient été passés avant la manif et qui consistaient en gros à séparer le cortège « politique » du cortège religieux.

Mais en plus les mêmes activistes proto-nazis du parti d’Alain Soral ont squatté dans le cortège islamiste avec leurs drapeaux français. Ils auraient même eu le droit de parler dans les micros chez les identitaires ethno-différentialistes des « Indigènes de la République ».

Cela est d’une cruelle ironie, puisqu’une grande partie de l’extrême-gauche passe son temps à courir derrière ces « Indigènes de la République » ou derrière la CAPJPO-Europalestine, dont l’obsession antisémite n’est plus à prouver (au point qu’elle a publié ces derniers jours sur son site internet un article à la gloire du FIS algérien, avant de le retirer).

Quand des antifascistes sont alléEs demander des explications, ils et elles se sont faitEs violemment attaquer (une personne a été blessée au pied et à la tête), et ont décidé de quitter la manifestation. Trop tard, sans doute.

Une heure plus tard, les dits fascistes à la Dieudonné sont arrivés à Bastille et de nouveaux incidents se sont produits, avec notamment la police et les syndicats « bureaucrates » qui encadrent la mobilisation pour la régularisation des travailleurs et travailleuses sans-papiers.

5. À Marseille aussi, les proto-nazis ont défilé sans problème, toujours avec le drapeau français.

Quant à Nice, deux mobilisations séparées avaient eu lieu samedi : le matin les organisations politiques « de gauche », l’après-midi les religieux. Bilan : la mobilisation impulsée par les religieux était 15 fois plus massive. Un constat qui résume bien l’état de la gauche.

Et partout en France, l’extrême-droite turque a également imposé sa présence sans problème, et a partout déployé le drapeau de l’État fasciste turc. Là encore, cela est analysé comme il se doit par les marxistes-léninistes-maoïstes.

Le fait d’en arriver à un tel niveau de soi-disant « infiltration » veut bien dire quelque chose : après des années de populisme, d’opportunisme et de lâcheté de l’extrême-gauche petite-bourgeoise franco-française, ce sont les islamistes et les antisémites qui ont depuis janvier 2009 conquis l’hégémonie à la base.

Autrement dit, même l’utilisation incessante du mot « infiltration » est là pour bien diluer les responsabilités politiques, et ne doit pas masquer que ce n’est pas qu’une poignée de fascistes qui squatte une manifestation : la réalité, c’est que les religieux et les fascistes ont réussi à faire passer la pilule antisémite de manière massive.

Alors quand on est unE prolétaire d’origine juive, kurde, arménienne et qu’on veut exprimer sa solidarité concrète avec le peuple arabe palestinien, que doit-on faire ?

Fermer les yeux et se prendre malgré tout le racisme en pleine face ? Ou bien en arriver à la conclusion que, malgré toutes les déclarations soi-disant antiracistes, les personnes juives ne sont plus les bienvenues dans la « gauche radicale » ?

Les choses doivent être dites : l’extrême-gauche franco-française n’étant pas révolutionnaire, elle a trahi les masses populaires juives.

Elle les a « oubliées » et a refusé de se battre pour que les personnes juives puissent seulement s’engager à l’extrême-gauche sans avoir à se faire toutes petites en permanence.

Mais ce faisant, l’extrême-gauche franco-française a aussi trahi les masses populaires arabes en acceptant que les religieux puissent contrôler leur expression politique, en isolant ainsi les révolutionnaires d’origine arabe.

L’extrême-gauche franco-française a finalement été victime de son propre opportunisme : elle a d’abord été siphonnée par les religieux et les fascistes, puis elle a été isolée par ces derniers, et désormais elle est même franchement encerclée par les fascistes… qui lui feront bientôt payer le prix…

Dans ce grand mouvement de louvoiement avec le racisme, l’UJFP a joué un rôle très néfaste, car elle est strictement à l’image de toute la « gauche radicale » franco-française.

Ainsi, en s’imaginant que sa simple existence était un obstacle à l’antisémitisme, l’UJFP a en réalité été un obstacle à ce que se pose sérieusement la question de l’antisémitisme.

En s’aménageant sa petite « place au soleil » dans la gauche petite-bourgeoise en tant qu’éternelle « caution juive », l’UJFP a paradoxalement contribué à ce que les masses populaires juives n’aient même plus la possibilité de s’engager dans le camp révolutionnaire.

Rien d’étonnant, donc, aux actuels succès des identitaires de la LDJ, qui eux non plus n’hésitent pas à manifester avec des drapeaux français en compagnie de pures caricatures de nationalistes français – les mêmes qui il n’y a pas si longtemps envisageaient tranquillement l’extermination des nôtres.

Plus aucun compromis avec l’antisémitisme !
La révolution sera aussi juive et arabe, ou elle ne sera pas !

Généralisation de l’antisémitisme en France : besoin d’autodéfense !

Depuis une dizaine de jours, cela n’arrête plus : les attaques antisémites se multiplient, et chacunE voit bien que cela se finira mal. Quant aux mobilisations de solidarité avec la Palestine, elles donnent désormais lieu à des infiltrations fascistes de manière quasi systématique.

1. Dès le soir du lundi 31 mai, une manifestation avait eu lieu à Strasbourg, en réaction à l’assaut de Tzahal contre des humanitaires le matin même. Mais une fraction des manifestants avait l’intention d’aller « protester » devant la grande synagogue, ce qui a donné lieu à des affrontements avec la police.

2. À Grenoble, presque même scénario au presque même moment… sauf que les antisémites sont allés jusqu’au bout : l’école du mouvement Loubavitch a été caillassée par des manifestants (plusieurs vitres brisées) et des chariots ont été lancés contre la porte. Heureusement le bâtiment était vide à ce moment.

3. Vendredi 4 juin à 14h, les élèves d’une école juive à Brunoy (91) sortent de cours pour préparer le Shabbat. Il s’agit en fait de la yeshiva Loubavitch, la plus grande de France, d’ailleurs.

Un groupe de cinq jeunes juifs âgés de 14 à 21 ans arrive à la gare de Brunoy. À la vue de leur kippa, deux individus de 25 et 30 ans commencent à les menacer de mort et à scander le nom de l’assassin antisémite Youssouf Fofana. L’un d’eux sort même un couteau.

4. Vendredi 4 juin vers 17h, en gare de Bobigny (93), un religieux a été agressé et dépouillé par quatre antisémites.

5. Dimanche dernier, le 6 juin vers 19h, le rabbin Loubavitch de Nice va au Beit ‘Habad. Sur le chemin, il est insulté et reçoit des jets de pierres qui le blessent à la jambe.

6. Ce lundi 7 juin, là encore dans les transports, mais cette fois à Argenteuil (95). Un antisémite monte dans le train et interroge toutes les personnes une à une : « T’es juif ? T’es juif ? » Il s’arrête à la hauteur de Maurice A. (45 ans) et enchaîne les insultes et menaces antisémites. Puis il le frappe au visage et le met à terre. La victime a reçu des soins à l’hôpital.

7. Toujours ce lundi, mais à Metz. Un cocktail molotov atterrit dans la cour du Home Israélite, près du centre communautaire. Le Home Israélite, c’est une maison de retraite à majorité juive. Heureusement l’attaque n’a pas fait de blesséE.

L’antisémitisme se généralise, s’affirme, se revendique, et passe à l’offensive. Face à cela, le peuple a besoin d’une culture d’autodéfense.

Juif ! Juive ! Défends ta vie face à l’antisémitisme et au fascisme !
Personne ne te protégera mieux que toi-même : organise-toi à la base !
Pour des groupes autonomes d’autodéfense juive !

« Où vas-tu Moshé ? », Hassan Benjelloun

En 1945, le Maroc compte une minorité juive de 300 000 personnes. En 2010 il n’en reste plus que 3000. Entretemps la grande majorité s’est exilée en Israel, et le reste en France ou au Canada.

Aujourd’hui sort au cinéma un film maroco-canadien de Hassan Benjelloun, « Où vas-tu Moshé ? » (« Fin mashi ya Moshé ? »), qui traite justement de cet exode des Marocains d’origine juive.

Le film date en réalité de 2007, mais ce n’est qu’aujourd’hui qu’il sort en France… et encore, dans très peu de cinémas. Le film est en arabe, du moins en arabe marocain, et dure 1h30.

L’histoire se déroule à Bejjad, un village de l’Atlas, en 1963.

Comme partout au Maroc, les organisations sionistes orchestrent les départs clandestins de familles juives. Dans ce village, c’est le rabbin de la communauté qui arrive à convaincre tous les juifs de partir pour Israel.

Tous ? Non ! Car un irréductible juif résiste encore et toujours aux sirènes du sionisme. Il s’agit de Shlomo, horloger de son état, et fin gratteur de oud à ses heures.

En réalité l’exode des juifs se fait durement ressentir dans le village, car l’unique bar de Bejjad menace alors de fermer.

En effet, les officiels musulmans comptent bien fermer cet endroit où se vend de l’alcool, et où surtout se côtoient juifs et musulmans, hommes et femmes. Mais voilà, la loi prévoit que cette interdiction ne peut être imposée aux non-musulmans.

Shlomo devient alors un enjeu : les uns essaient de le faire fuir en Israel, les autres veulent le retenir… au point de renommer le bar de Bejjad « Chez Shlomo » !

Pourtant le dilemme est cruel pour Shlomo, tiraillé entre son village et sa patrie d’une part, et sa famille partie en Israel d’autre part.

De là-bas, sa fille Rachel lui envoie des lettres disant le quotidien terrible des familles marocaines, retenues dans les camps de réfugiés de l’État sioniste… ce qui rend la décision finale encore plus douloureuse.

Un film rare, donc, sur l’exil de la minorité marocaine juive, et qui d’ailleurs en 2007 était très mal passé chez les réactionnaires de plusieurs pays arabes.

L’acteur principal, Simon Elbaz, est lui-même un joueur réputé de oud. Quant au réalisateur, Hassan Benjelloun, c’est un cinéaste marocain pro-démocratique, qui a réalisé des films notamment sur la condition des femmes ou le quotidien du peuple marocain, et même sur la répression du mouvement marxiste-léniniste marocain (MMLM) par le régime fasciste de Hassan II.

Les Marocains n’oublient pas ! Les juifs sont des arabes comme les autres !

AA Artois : Notre priorité, la guerre au fascisme !

Notre priorité : guerre au fascisme !

Les actes de violences envers les minorités, les personnes jugées différentes ou les femmes se multiplient, le récent rapport de la Commission nationale consultative des droits de l’Homme confirme ce que nous constatons et dénonçons chaque jour, ou presque, au travers du blog aaartois.fr.

La crise générale du capitalisme, qui s’est accélérée avec la crise financière dite des « sub primes », est prétexte à un antisémitisme toujours plus direct et violent. Un antisémitisme qui s’installe dans le paysage, comme quelque chose d’acceptable.
Parallélement, les attaques racistes, notamment contre les arabes, se multiplient. Les cours de lycées sont des lieux d’affrontements quand l’apparteid n’est pas respecté, comme par exemple à Pasteur à Hénin Beaumont : « lonsdale » d’un côté, « casquettes » de l’autre.

Le fascisme approfondit de plus en plus les sillons qu’il creuse dans les esprits, si bien que les gens entrent de plus en plus dans la « guerre du tous contre tous », comme l’altercation violente pour des places dans la file d’une attraction au parc astérix nous l’a encore montré récemment.

La culture réactionnaire française est le point central qui permet d’expliquer comment les idées fascistes imprègnent les esprits : la bourgeoisie prend appui sur les contradictions qui existent au sein des masses du bassin minier pour tenter de maintenir son hégémonie, garantir son système d’oppression. Ceci en dépit de son mode de production cahotique, impropre à satisfaire nos besoins réels, et en dépit de l’aspiration des masses de se libérer de l’injustice constante générée par le capitalisme. La culture bourgeoise est celle qui tente de justifier la destruction de la nature, qui impose le mépris de la vie comme un comportement normal.

Le peuple peut tout ! Cette affirmation n’est pas un slogan, il s’agit d’une réalité. Les oppresseurs en ont conscience, c’est pourquoi ils ont déclaré la guerre.

Nous autres antifascistes sauront opposer la guerre à la guerre :
- Etudier les ressorts du fascisme pour défoncer les fascistes !
- Démasquer la culture bourgeoise pour imposer la culture populaire !
- Combattre le racisme et le sexisme pour vivre la communauté universelle !

Guerre à la guerre,
Guerre au fascisme !

Dans la crise capitaliste, l’Aliyah est une illusion tragique !

Premier épisode : le 6 décembre 2008, le jeune anarchiste Alexandros Grigoropoulos est assassiné par la police dans les rues d’Athènes. La Grèce s’embrase, certains quartiers prolétaires vivent une situation quasi insurrectionnelle.

Le 27 décembre 2008, l’armée israelienne lance son offensive meurtrière à Gaza, à l’occasion du Shabbat de ‘Hanoukka et du nouvel an musulman. Plus de 1300 personnes sont massacrées par l’État sioniste.

Deuxième épisode : en mai 2010, la Grèce est secouée par une grève générale contre les « mesures d’austérité », une grève générale qui tourne à l’émeute quand les syndicats bidons n’arrivent plus à gérer la situation.

Le 31 mai 2010, l’armée sioniste attaque un bateau humanitaire au large de Gaza, et 9 personnes turques sont tuées à bord.

Pour celles et ceux qui font des raccourcis théoriques, l’affaire est entendue : il suffit de surveiller du coin de l’œil l’actualité en Grèce, pour prévoir quand l’État sioniste va frapper et assassiner.

Cela a l’air simpliste, et pourtant il y a une part de vérité là-dedans.

Car notre époque est celle de la crise générale du capitalisme, et la crise économique mondiale s’est considérablement approfondie depuis l’automne 2008.

Or en vérité, les soulèvements en Grèce et les massacres en Palestine sont deux aspects de la crise générale.

D’une part on assiste au développement des rébellions prolétaires, car là où il y a exploitation et oppression, il y a résistance.

D’autre part les capitalistes subissent également la crise, et les plus agressifs ne voient qu’une seule porte de sortie pour réimpulser leur machine de mort : la marche à la guerre impérialiste.

La militarisation et le caractère de plus en plus barbare de l’État israelien relèvent de la marche à la guerre impérialiste, comme évoqué dans notre document Gaza et la militarisation de l’économie israelienne.

Au-delà de cette explication générale, il y a la situation concrète en Grèce et en Israel : ces deux pays sont au bord de la faillite depuis longtemps, et ne survivent que grâce aux investissements massifs de l’impérialisme américain.

Des analyses plus poussées avaient été produites au début des années 1990 essentiellement par les Brigades Rouges pour la construction du Parti Communiste Combattant (BR-PCC) en Italie – mais aussi par la Fraction Armée Rouge (RAF) en Allemagne.

Les BR-PCC expliquaient (12) qu’il existait une certaine unité dans « l’aire géopolitique Europe Occidentale – Méditerranée – Moyen-Orient », et que le camp révolutionnaire devait prendre en compte cette stratégie impérialiste.

Aujourd’hui on voit que la situation n’est plus forcément celle décrite par les BR-PCC, car les contradictions inter-impérialistes ont changé depuis 20 ans.

En revanche la caractérisation comme « aire géopolitique » de la bande Méditerranée – Moyen-Orient semble en partie intéressante, car par exemple la Grèce et Israel sont tous deux dominés et dépendants des États-Unis.

Et d’ailleurs pendant l’offensive sioniste de janvier 2009, on s’était rendu compte que les USA faisaient transiter leurs envois d’armes par la Grèce. La mobilisation menée par les révolutionnaires de Grèce à l’appel du Front Populaire pour la Libération de la Palestine (FPLP) avait réussi à faire échouer ce plan.

Résultat de cette « unité géopolitique » en Méditerranée : quand les USA connaissent les soubresauts de la crise capitaliste, les échos se font ressentir à peu près au même moment en Grèce et en Palestine. Cela semble un peu schématique, mais en janvier 2009 et en mai 2010, cela était frappant – et meurtrier.

Où est-ce que nous voulons en venir ?

Nous voulons en venir à la question tristement concrète de l’Aliyah.

Car si l’on se base sur la compréhension de la crise générale du capitalisme, il devient évident que la situation en Palestine ne peut que s’aggraver, et le sionisme ne peut que s’enfoncer dans le militarisme et la barbarie : cette tendance est irrésistible, tout comme l’est la crise.

En effet, la crise capitaliste n’exclut pas forcément un rythme effréné de l’accumulation capitaliste, et ainsi Lénine explique :

« Ce serait une erreur de croire que la tendance à la putréfaction exclut la croissance rapide du capitalisme ; non, telles branches d’industrie, telles couches de la bourgeoisie, tels pays manifestent à l’époque de l’impérialisme, avec une force plus ou moins grande, tantôt l’une tantôt l’autre de ces tendances.

Dans l’ensemble, le capitalisme se développe infiniment plus vite qu’auparavant, mais ce développement devient généralement plus inégal, l’inégalité de développement se manifestant en particulier par la putréfaction des pays les plus riches en capital (Angleterre). »

En réalité les deux aspects de la crise – marasme d’une part, frénésie d’autre part – se nourrissent l’un l’autre.

Voilà pourquoi les impérialistes sont chaque jour plus irrationnels, plus féroces, et en même temps plus proches de leur fin. Et voilà pourquoi les délais entre deux agressions israeliennes d’ampleur sont de plus en plus serrés.

Mais quel rapport avec l’Aliyah ?

Eh bien pour saisir cela, il faut comprendre ce que signifie « l’inégalité de développement » dont parle Lénine.

Concrètement, cela signifie que l’approfondissement de la crise ne touche pas nécessairement en même temps la France et Israel.

Car autant Israel est dans la sphère d’influence américaine, autant la France est un impérialisme concurrent, et la crise capitaliste se développe de manière inégale de part et d’autre de l’Atlantique – et donc de part et d’autre de la Méditerranée, comme on l’a vu aussi avec la Grèce.

D’ailleurs celles et ceux qui ont suivi les rubriques économiques de la presse sioniste ont pu le constater : cette presse annonçait sur un ton triomphaliste qu’en Israel la crise était passée, et qu’Israel avait été le premier pays à en sortir.

Pas étonnant, quand on voit les millions de dollars que les USA ont injectés dans l’industrie de l’armement, quand on connaît le rôle central d’Israel dans les projets américains au Proche-Orient, et quand on voit comment la situation militaire se tend chaque jour.

Par conséquent il peut exister des moments où la crise capitaliste est dans une phase d’aggravation en France, mais en phase de résorption en Israel – évidemment de manière très provisoire et suivie à chaque fois d’une phase de guerre…

Ainsi quand on est un jeune père ou une jeune mère d’origine juive dans une famille populaire, quand on voit tous ses horizons bouchés dans un quartier déprimant, quand de plus on ne sait pas ce que l’antisémitisme réserve à ses enfants… parfois la question de l’Aliyah peut se poser.

Cela est désespérant d’en arriver à la conclusion qu’on n’a plus sa place en France, mais c’est ainsi que la question se pose pour une fraction des masses populaires juives.

Seulement voilà, la crise capitaliste a un caractère général et mondial, malgré son développement inégal.

Donc autant l’Aliyah a pu représenter une alternative très vaguement crédible jusque dans les années 1980 voire 1990, pour espérer s’en sortir de manière individuelle en devenant colons dans un pays fantasmé.

Autant aujourd’hui l’Aliyah revient à s’exiler vers un État qui s’enfonce chaque jour dans l’irrationalisme, la crise et la guerre. Un État où chaque « éclaircie » est contre-balancée en retour par une guerre à chaque fois plus meurtrière, avec à chaque fois une militarisation et une mobilisation plus profondes des masses.

Cela n’est pas un avenir.

C’est juste une fuite dans un pays incompréhensible et où règne la barbarie, aussi bien à l’intérieur que par rapport à la nation arabe. Un pays où l’on sait au fond qu’on n’a pas non plus sa place, et où l’argument de la « sécurité » s’effrite chaque jour davantage.

La réalité en France, c’est que le peuple cherche quotidiennement une voie pour la libération, avec ses tâtonnements, avec sa part de désespoir qui chaque jour le ronge.

Penser que cette libération peut venir du sionisme et de l’Aliyah, c’est juste se mentir à soi-même.

Pour les masses populaires juives de France, la révolution est une question de réalisme.

Red Lions 94 : Explosion du racisme, besoin d’autodéfense !

Explosion du racisme en France, nous avons besoin d’autodéfense

Nous le disons et nous le redirons, notre époque est celle de la montée du fascisme en France.

La preuve est la véritable explosion de racisme envers les minorités, nous citons ici un extrait d’un article du groupe autonome ami Hapoel :

« Voici quelques chiffres issus du sondage [mené par les assises contre les préjugés], pour se faire une idée : les individus arabes seraient des délinquants pour 28 % des sondéEs (contre 12 % l’an dernier), « les étrangers savent mieux profiter du système de protection sociale que les autres » pour 49 %, les personnes noires seraient plus fortes physiquement pour 28 %, et les préjugés homophobes sont validés par 12 % des sondéEs (contre 8 % l’an dernier).

Quant aux juifs, ils seraient trop influents dans les finances et les médias d’après 30 % des personnes interrogées. »

On peut aussi citer les chiffres publiés par le la Commission nationale consultative des droits de l’Homme (CNCDH).

Certes, il s’agit là d’un organisme contrôlé par les capitalistes, mais eux-mêmes ne peuvent pas nier l’explosion de racisme que les minorités subissent chaque jour :

« Concernant le racisme et la xénophobie, les données chiffrées pour 2009 traduisent bien une hausse importante : l’an dernier, 1 026 actes (220 violents et 806 menaces ou actes d’intimidation) ont été enregistrés. Comme les années précédentes, les membres de la communauté maghrébine ont été les plus touchés à la fois par des actes de violence raciste (33,64 % du total) et par des menaces ou actes d’intimidation racistes (29,77 %). Les régions dans lesquelles les manifestations du racisme ont été les plus fortes étaient l’Île-de-France, la région Rhône-Alpes et le Nord-Est.

L’année 2009 a également été marquée par une montée (+ 77,5 %) des violences et menaces antisémites, notamment après l’offensive meurtrière israélienne dans la bande de Gaza en janvier 2009. »

Ces derniers chiffres montrent une chose très importante c’est que le racisme anti-arabe et l’antisémitisme sont deux phénomènes qui se développent parallèlement et qui font le jeu des fascistes.

Car il faut être clairs, il n’y aura de place pour aucune minorité dans le projet politique fasciste.

Et nous nous associons avec nos camarades d’Hapoel quand ils disent que :

« Il n’y aura aucun progrès de la révolution en France sans que la lumière de l’amitié judéo-arabe ne brille comme lumière témoin de l’unité de tout le peuple balayant le vieux monde. »

On voit la progression du racisme en seulement une année et l’explosion de violence contre les minorités continuera avec l’approfondissement de la crise du capitalisme.

Cette crise est inévitable et ne peut que s’aggraver avec le temps, ceci est dû à la nature même du capitalisme.

La division au sein du Peuple, le racisme entre les diverses minorités fait le jeu des fascistes qui rêvent de diviser le prolétariat pour l’empêcher d’attaquer ses véritables oppresseurs !

Les chiffres le montrent : les attaques se font de plus en plus violentes et nous ne pouvons compter ni sur l’État des capitalistes, ni sur la bourgeoisie pour nous défendre.

Plus que jamais nous avons besoin d’autodéfense populaire !

Organise la résistance métisse et populaire !
Crée ton groupe autonome antifasciste !
Pour l’autodéfense du Peuple !

Shavua Tov – שבוע טוב

Shabbat Shalom – שבת שלום

Entrée vendredi à 21h30, sortie samedi à 22h51.

Le racisme en France est une question française !

En début de semaine est sorti un rapport sur les actes racistes de l’année 2009. Ce rapport décompte les « faits » racistes, qui recouvrent les « actions » d’un côté et les « menaces » de l’autre.

Ces statistiques valent ce qu’elles valent, mais elles montrent bien que le racisme est en pleine explosion, et qu’il est chaque jour plus violent. Toutes les minorités sont frappées de plein fouet : arabe, juive, rom, etc.

Concernant l’antisémitisme, les « faits » sont en progression de 78 % par rapport à l’année 2008, pour s’établir à un total de 815 faits : 643 menaces, et 172 actions (agressions, dégradations, incendies, etc.). Les actions antisémites se concentraient à 60 % en région parisienne.

Et quand on voit le tournant qui a été pris en 2010 dans la foulée des élections régionales, on s’attend à une nouvelle année d’offensive pour les racistes et les antisémites.

Tragique ironie de l’histoire : le rapport sur les chiffres du racisme a été présenté au public ce lundi, le jour même de l’assaut de Tzahal contre la flotte humanitaire au large de Gaza.

Et justement en ce moment, on s’attend une nouvelle fois au pire, comme cela avait été le cas au début 2009. Ainsi un tiers des actions antisémites de 2009 se concentrait en janvier.

Et soyons clairs : pour 2010 cela s’annonce mal, très mal.

Car dès lundi soir, une manifestation avait eu lieu à Strasbourg, une manifestation qui a « dégénéré » en violences.

Hapoel considère que les violences contre les flics brisent les plans des islamistes, de l’encadrement bourgeois de la minorité arabe et turque, et de l’État français.

Tous ces ennemis du peuple rêvent d’embrigader la minorité arabe dans leurs visées de division des masses en différentes communautés religieuses (et même pas en minorités nationales), afin de neutraliser les luttes de classes en renforçant la religion et le racisme.

Attaquer les flics revient alors à refuser l’ordre des choses existant non seulement en Palestine mais aussi ici en France, et à refuser les plans des institutionnels religieux et des islamistes.

Pourtant ce n’est pas le seul aspect de ce qui s’est produit à Strasbourg, car des mots d’ordre avaient été lancés pour dévier la révolte contre le sionisme et l’État français en haine raciste.

En effet pour une fraction de la foule présente, il s’agissait purement et simplement d’aller protester devant la principale synagogue de Strasbourg… comme cela avait déjà été fait à Metz en janvier 2009.

Ce week-end auront lieu de nombreuses manifestations en France, afin d’exprimer la solidarité envers le peuple arabe palestinien.

Ne soyons pas naïfs : la vigilance politique doit être de mise. Les fascistes n’en sont plus au stade de « parasiter » le mouvement de solidarité avec la Palestine, mais à un stade où ils pourront sans doute bientôt impulser des violences collectives antisémites.

Parallèlement, une manifestation de soutien à Israel serait prévue dimanche devant l’ambassade sioniste.

Une manifestation organisée par les sionistes ultras en-dehors de l’encadrement des institutions juives liées à l’État, et qui vient conclure une semaine de provocations sionistes.

Comme lundi sur les Champs-Élysées où se tenait un rassemblement de solidarité avec la Palestine, et où une équipe sioniste ultra était venue faire de la provocation avec les drapeaux et slogans habituels – heureusement derrière un cordon de CRS…

Ou comme mercredi soir à l’aéroport de Roissy, où étaient attendus les Français qui avaient participé à la flottille humanitaire, dans un vol en provenance de Tel Aviv.

Finalement ils n’y étaient pas, mais une vingtaine de semi-hooligans sionistes ont fait face pendant une heure à une vingtaine d’islamistes, tout aussi identitaires les uns que les autres.

Quand nous disons « identitaires », ce n’est pas pour rien.

Cela signifie que pour nous, les islamistes du Collectif Cheikh Yassine ou du tout nouveau groupe Sirât Alizza ne sont pas de véritables islamistes… pas plus que les semi-hooligans sionistes ne sont de véritables sionistes !

Pour Hapoel, les uns et les autres sont des expressions de la situation en France… et certainement pas de ce qui se passe en Palestine !

Le racisme a beau prendre une forme liée à la situation en Palestine, c’est bel et bien une question française, conforme à l’ambiance qui règne en France dans la crise générale du capitalisme.

Autrement dit, les identitaires sionistes et les identitaires islamistes font partie des plans de l’extrême-droite française, qui se nourrit de la crise capitaliste.

Il y a donc un immense travail à mener au sein du peuple pour briser les plans fascistes de division : la priorité politique absolue en France est aujourd’hui à l’antifascisme.

La révolution sera aussi juive et arabe !

Affiche anonyme de Belleville en juin 1968, pendant les affrontements racistes du 2 au 4 juin. Format : 64 cm sur 85 cm.

La révolution sera aussi juive et arabe !

BELLEVILLE
Une partie de carte
= 5000 flics

Que cherche le pouvoir ?
- présenter ses brigades spéciales comme des arbitres pacifiques
- présenter les travailleurs immigrés comme la « pègre »
- dresser les communautés les unes contre les autres

ATTENTION !
Nouvelles provocations !

Mais tous unis les travailleurs français et immigrés poursuivent le combat.

Juin 1968 : les émeutes de Belleville

Les mois de mai et de juin 1968 évoquent instantanément l’un des plus grands mouvements de la classe ouvrière et de la jeunesse qu’aient connus la France.

Mais ce que l’on sait moins, c’est que dans le quartier de Belleville à Paris s’est déroulée une émeute entre arabes juifs et musulmans, dans les tout premiers jours de juin.

Le saviez-vous ?

Belleville est un quartier qui a toujours été l’un des points d’arrivée des vagues d’immigration prolétaires à Paris, et le principal point d’arrivée des prolétaires d’origine juive. Pendant l’entre-deux-guerres, c’est ainsi le quartier de l’immigration ashkénaze, le bastion de la gauche communiste et socialiste juive, puis celui de la Résistance pendant la guerre.

À partir du début des années 1960, Belleville se peuple de prolétaires maghrébins, principalement Tunisiens juifs et Algériens musulmans. On estime qu’à partir de 1965, la population juive de Belleville est quasi exclusivement tunisienne.

Quand la jeunesse progressiste et révolutionnaire se soulève en mai – juin 1968, l’État français est en panique, et l’entrée de la classe ouvrière dans le mouvement ne fait qu’accentuer la situation révolutionnaire.

Mais pendant ce temps, le soir du dimanche 2 juin, une bagarre éclate entre deux jeunes Tunisiens, un juif et un musulman, autour d’une partie de Rami. Cette bagarre dégénère vite en bagarre générale, qui elle-même dégénère en émeutes.

Ces émeutes continueront pendant deux jours, jusqu’au 4 juin. Plus d’une cinquantaine de magasins sont saccagés et brûlés, la synagogue de la rue Julien Lacroix subit un début d’incendie, et des rumeurs évoquent même un mort (bien que rien ne soit prouvé).

Ce genre d’affrontement entre juifs et musulmans ne s’était alors jamais produit à Belleville, et ne se reproduira d’ailleurs jamais.

Que s’est-il donc passé en ce début de juin 1968 ?

Du côté des autorités politiques arabes (c’est-à-dire en fait des représentants des États du Maghreb) on évoque un complot « sioniste », tandis que du côté des autorités religieuses juives on évoque une manipulation du Fatah naissant. Dans les deux cas, il est fait référence à une sorte de « commémoration » de la guerre des Six Jours, en juin 1967.

Or ces affrontements se sont produits quelques jours avant l’anniversaire de la guerre des Six-Jours, et se sont surtout arrêtés la veille de cet anniversaire, le 4 juin. Et de toute façon, lors de la guerre de 1967 le quartier n’avait vu absolument aucun engagement public d’une minorité ou d’une autre.

Les juifs et les musulmans de Belleville avaient l’habitude de vivre ensemble : parfois des personnes voisines en Tunisie se retrouvaient par hasard dans le même quartier à Paris. Le point de départ de ces émeutes (une banale embrouille autour d’une table de Rami un jour de fête religieuse) le montre d’ailleurs très bien.

L’activisme sioniste commençait certes à se faire sentir auprès de la jeunesse juive-arabe, mais n’était que balbutiant et très peu influent. De même aucun activisme pour la Palestine n’était franchement notable à l’époque : c’est à partir de 1969 et surtout de Septembre Noir en 1970 que les maoïstes impulseront le mouvement de solidarité avec la révolution palestinienne.

Alors qu’en est-il réellement ?

Cela semble assez clair : les émeutes de Belleville ont en fait été liées à la situation insurrectionnelle que connaissait Paris en mai – juin 68.

En effet, la disproportion de l’intervention policière (plus de 5000 policiers mobilisés dans le quartier pour une embrouille au Rami) ainsi que la présence remarquée de provocateurs gaullistes pendant les émeutes (!) prouvent bien la manipulation du pouvoir.

Ce qui a tout de suite été vu et dénoncé par une partie de l’extrême-gauche, et même par le P"C"F ou le MRAP. Une manifestation d’une centaine d’activistes – principalement maoïstes – s’est même dirigée du Quartier Latin jusqu’à Belleville.

Que révèlent finalement ces émeutes ?

D’abord elles éclairent sur l’attitude du pouvoir face aux masses populaires arabes et juives-arabes immigrées en France : l’État français a une posture carrément coloniale.

En effet ce n’est pas seulement la police qui est envoyée à Belleville, mais aussi le Service d’Assistance Technique (SAT), qui était le service principal utilisé par Papon pour réprimer le FLN algérien.

De plus l’action des agents gaullistes pour faire dégénérer cette embrouille en affrontement entre minorités relève en fait d’un grand classique de l’impérialisme français en Afrique du Nord.

Ainsi, au moment où l’État français subissait l’assaut révolutionnaire le plus puissant depuis la guerre, l’unité des masses populaires arabes et juives-arabes représentait pour lui un danger qu’il fallait désamorcer en jouant la carte de la division du peuple : quand les masses populaires vivent et luttent ensemble, la bourgeoisie française n’est jamais très sereine.

À la télé : admirer Noam Chomsky, ou bien les « Justes » des pays arabes ?

Hapoel ne parle pas assez de télé. Pourtant pour saisir les tendances contradictoires de notre époque, la télévision est un bon indicateur.

1. Ainsi hier soir sur France 3, l’émission Ce soir ou jamais de Frédéric Taddéi a tourné autour du sport, et a invité l’intellectuel américain Noam Chomsky, en « tournée » en France.

Noam Chomsky, c’est cet intellectuel de la « gauche radicale » américaine, adulé par la « gauche radicale » française, et qui avait préfacé un bouquin de Faurisson puis avait signé une pétition en sa faveur. Encore aujourd’hui, Chomsky traîne avec des gens comme l’universitaire belge Bricmont, qui est un véritable appui aux antisémites proto-nazis.

Quant à Ce soir ou jamais, cette émission de France 3 est un véritable laboratoire pour se qui se fait de plus « branché » chez les fascistes. Taddéi y invite ainsi régulièrement des fascistes ou assimilés, comme Alain Soral, Alain de Benoist, Houria Bouteldja et même Dieudonné récemment.

On a donc à la télévision française une émission qui ouvre ses micros à plusieurs courants du mouvement fasciste, et qui par ailleurs invite l’idôle de toute la gauche radicale française.

Et tout cela comme si de rien n’était : les fascistes et les antisémites effacent toutes les frontières, et la gauche à la Siné Hebdo n’y voit que du feu.

2. D’autre part, une émission d’histoire sera diffusée demain soir à 21h25 sur Arte, la chaîne bourgeoise franco-allemande.

Le thème : l’occupation des nazis et de leurs alliés en Afrique du Nord, et la résistance qu’a opposée une partie des masses aux politiques antisémites génocidaires. Voici le synopsis de l’émission, pour celles et ceux que cela intéresse :

Le Maghreb sous la croix gammée

Une enquête historique qui, du Proche-Orient au Maghreb, rend justice aux « Justes » oubliés du monde arabe.
Mercredi 2 juin 2010 à 21:25.

Depuis longtemps, l’historien américain Robert Satloff se demandait pourquoi aucun nom arabe ne figurait dans la liste des « Justes parmi les Nations » du mémorial de Yad Vashem à Jérusalem. Cinq ans de recherches au Maroc, en Tunisie, en Algérie et en Libye lui ont permis de publier en 2007 un ouvrage remarqué sur le sujet. Ce travail, également mené au Proche-Orient, est au coeur de ce documentaire.
La situation était différente selon les pays : les Allemands occupant la Tunisie et les Italiens la Libye ont rapidement interné des juifs autochtones dans des camps. Alors que, malgré les pressions de Vichy, Mohammed V au Maroc réussit à protéger les juifs marocains et que les imams algériens interdirent aux fidèles de profiter de la liquidation des biens juifs. Des sites des anciens camps de travail aux domiciles de personnes qui furent sauvées par des voisins et amis, les informations recueillies montrent qu’il serait « juste » qu’un hommage soit enfin rendu à ces musulmans courageux.

Le sionisme, une impasse meurtière !