Liquider le légitimisme, briser les manipulations

L’un des piliers de ce que l’on pourrait appeler une « psychologie de masse de la minorité juive », c’est la confiance en la république bourgeoise – même si les institutions juives peuvent être décriées en même temps comme des « juifs de cour ».

À quoi tient ce pilier fondamental ?

Il suffit de voir tous les noms cités ci-dessus : tous sont des bourgeois, ou sont rattachés sans ambiguïté aux institutions et à l’idéologie de la bourgeoisie.

Et en l’absence d’une perspective révolutionnaire qui serait suffisamment réaliste pour que les masses populaires juives y voient « la lumière au bout du tunnel », rien de plus facile pour les bourgeois et les institutionnels juifs que de se poser en « protecteurs » de notre minorité.

Et cela alors que c’est bien la bourgeoisie qui perpétue nos conditions de vie et qui est à l’origine du racisme !

Le « légitimisme » et la confiance en la république bourgeoise s’expliquent sans doute par des raisons historiques – et nous y reviendrons sans doute.

Mais l’histoire de l’émigration juive d’Afrique du Nord résume très bien tout cela.

En Afrique du Nord à l’époque coloniale, les masses juives étaient souvent très pauvres, à l’exception d’une petite-bourgeoisie commerçante.

Cette couche sociale encadrait culturellement et idéologiquement les masses populaires, et voyait son intérêt dans l’alliance avec l’impérialisme français qu’elle devait croire éternel…

Quand la question nationale s’est posée dans ces colonies, les masses juives les plus pauvres avaient sans doute largement intérêt à s’unir avec le mouvement de libération nationale arabe.

Seulement voilà, la petite-bourgeoisie juive avait tout fait pour jeter les masses populaires juives à la remorque de l’impérialisme français. De plus, le mouvement national arabe n’a pas mené de révolution (sauf en Algérie où la révolution a été vendue par la suite), et la seule perspective qui semblait réaliste à nos familles était l’exil…

Exil en France pour les représentants de la petite-bourgeoisie juive ainsi que pour les personnes algériennes ou liées à l’Algérie qui avaient la nationalité française.

Exil en Israel pour les autres, c’est-à-dire 80 % des minorités juives du Maroc et de Tunisie, car il n’y avait pas d’autre choix dans la misère.

Et qu’a-t-on pu voir ?

Que c’est paradoxalement en Israel qu’a pu se développer le sentiment révolutionnaire parmi les masses séfarades, juives-arabes. Précisément là où il n’y avait pas de petite-bourgeoisie séfarade pour encadrer qui que ce soit.

Ainsi au début des années 1970, un important mouvement juif-arabe pour l’égalité et contre le racisme s’est développé en Israel, un mouvement qui a traversé le vécu populaire dans certaines villes jusqu’à avoir façonné une partie de la vie politique actuelle en Israel.

Un mouvement populaire et révolutionnaire qui s’est même posé la question de l’alliance avec la révolution palestinienne !

Voilà un petit point de comparaison qui permet de mieux comprendre la composante culturelle qu’est le légitimisme dans notre minorité.

Quant à Hapoel, nous affirmons qu’il faut développer l’autonomie des masses populaires – juives ou pas – face aux institutions de la bourgeoisie, et savoir qui sont nos ennemis et qui sont nos amis.

Sans liquider le légitimisme au sein de la minorité juive, il n’y aura pas pour nous de perspective réaliste de libération.

Car depuis le début, Hapoel a toujours déclaré :

Juif ! Juive ! Comprends que ton destin est lié à celui des classes populaires en France, dans la lutte pour une société métissée où le capitalisme aura disparu !

« Le Crif, les Patrons Juifs, et pourquoi liquider le légitimisme », HaPoel HaAntifashisti, décembre 2009.