Archives de mai, 2010

Sur l’attaque sioniste contre la flotte de soutien à Gaza – PCMLM

Abordage de la flotte de soutien à Gaza

L’État israélien est né sous la forme du colonialisme ; sa réaction brutale contre la flottille allant à Gaza n’est donc pas étonnante. Ni même son aspect meurtrier : le colonialisme va toujours de pair avec un militarisme ouvert, agressif.

Les 10 000 tonnes de marchandises pour Gaza étaient un symbole de solidarité avec le peuple arabe palestinien ; pour le sionisme, c’était une remise en cause de sa toute-puissance, et l’affrontement était inévitable.

Seize personnes ont été tuées par la marine israélienne lors de l’assaut d’au moins un des six bateaux de la flottille ; d’un côté, il est dit que les soldats israéliens ont tiré sur les civils endormis, alors que de l’autre, l’armée israélienne affirme que ses soldats ont été attaqués avec des haches et des pistolets.

Or l’État israélien explique en même temps qu’il s’agit d’une opération de police : il n’est pas difficile de voir la contradiction qu’il y a à affirmer cela, alors que cette opération a été menée par l’armée, et qui plus est dans les eaux internationales !

De plus, l’armée et la police étaient en état d’alerte avant même l’assaut, montrant que le caractère prémédité du clash est évident. Le sionisme ne peut maintenir son État qu’en maintenant une tension permanente, qu’en justifiant son rôle de gendarme au service de l’impérialisme, principalement US.

L’impérialisme français n’est toutefois pas en reste, car il se prétend toujours l’ami du peuple arabe palestinien ou des peuples arabes en général, pour toujours les poignarder dans le dos après les avoir utilisés dans sa concurrence avec l’impérialisme US.

Le ministre des affaires étrangères Bernard Kouchner explique ainsi que « rien ne saurait justifier l’emploi d’une telle violence », ce qui ne veut rien dire en soi, car le sionisme ne maintient son régime en Palestine que par la violence.

Il n’y a rien à attendre de l’impérialisme français, comme il n’y a d’ailleurs rien à attendre des milieux associatifs, qui ne comprennent ni la dimension de la question palestinienne, ni la stratégie révolutionnaire nécessaire.

Seule la révolution mondiale, avançant pays par pays, et dans ce cadre la révolution démocratique arabe consistant en le soulèvement des masses populaires de tous les pays arabes, peut balayer le sionisme.

La question palestinienne est une question arabe ; à ce titre sa réponse est arabe, elle n’est pas une question d’associations européennes ni de charité ou de compassion. Ce sont le sionisme et l’impérialisme qui sont les obstacles à la libération du peuple arabe palestinien.

Cela doit être également compris par les masses d’origine juive de France, qui n’ont fort logiquement pas répondu à l’appel du sionisme d’abandonner leur propre pays pour devenir des colons.

Elles doivent bien saisir la démagogie ultra-réactionnaire d’une institution comme le CRIF, qui « déplore profondément » ce qui s’est passé, tout en défendant de manière intransigeante le sionisme.

Elles doivent saisir le caractère impérialiste ultra-agressif d’une institution comme « Actualité Juive », dont la couverture du dernier numéro titre « Hébron – reconquête », saluant la colonisation par quelques centaines de personnes de la ville de Hébron comme une « reconquête », alors que ce terme fait référence à la « reconquista » espagnole contre les musulmans et aboutissant en même temps à l’expulsion des Juifs d’Espagne, les séfarades !

Soutien à la révolution démocratique arabe dans son ensemble, pour soutenir la révolution palestinienne ; compréhension et refus du romantisme « anticapitaliste » tant sioniste qu’antisémite…

Telle est notre conception scientifique ! Car nous ne cherchons pas, contrairement à l’extrême-gauche petite-bourgeoise française, à ravaler notre façade et à nous donner une « aura » révolutionnaire sur le dos du peuple palestinien, en profitant de ses malheurs et de ses souffrances, tout en jonglant avec l’antisémitisme !

Face à l’antisémitisme, la révolution est une question de réalisme !

Hier se sont tenues les « Assises de la lutte contre les préjugés », dans un haut lieu de la politique bourgeoise française, Sciences Po Paris.

Il s’agissait de la seconde rencontre de ce type, à laquelle participaient toute la gauche associative « antiraciste » et certaines institutions bourgeoises : UEJF, SOS Racisme, Licra, Crif, syndicats étudiants, et compagnie. Tout cela avec la bénédiction de l’État français.

Sur le site web de ces « assises », on peut lire leur document de présentation, et voir l’affiche annonçant l’événement.

Cette affiche reprend d’ailleurs une photo célèbre de l’artiste soviétique Rodchenko, qui a donc été reprise au patrimoine des communistes pour se donner une image progressiste. Mais passons.

De plus, on peut noter d’office qu’un débat a eu lieu l’après-midi à Sciences Po Paris, où était invité Bruno Gaccio. Quand on sait que cette ancienne figure des Guignols de l’Info a publié il y a 3 mois un bouquin avec Dieudonné, on voit très vite les limites de cet « antiracisme » bourgeois…

Toujours est-il que les résultats d’un sondage ont été présentés à l’occasion de cette journée « contre les préjugés ».

Et grâce à ce sondage, les bourgeois « découvrent » et sont bien obligés de reconnaître publiquement que les préjugés sont en pleine explosion en France !

Évidemment les préjugés ne sont « que » des préjugés, mais ils forment une base de mobilisation d’une partie du peuple contre d’autres, une mobilisation impulsée « de l’extérieur » du peuple par les fascistes.

Du préjugé au meurtre barbare, il n’y a parfois pas grand-chose, et dire le contraire c’est insulter la mémoire d’Ilan Halimi et de Sébastien Sellam, deux fils du peuple assassinés par l’antisémitisme.

Voici quelques chiffres issus du sondage, pour se faire une idée : les individus arabes seraient des délinquants pour 28 % des sondéEs (contre 12 % l’an dernier), « les étrangers savent mieux profiter du système de protection sociale que les autres » pour 49 %, les personnes noires seraient plus fortes physiquement pour 28 %, et les préjugés homophobes sont validés par 12 % des sondéEs (contre 8 % l’an dernier).

Quant aux juifs, ils seraient trop influents dans les finances et les médias d’après 30 % des personnes interrogées.

Pour les antifascistes conséquentEs, tout cela est alarmant, et sans doute sous-estimé d’ailleurs, mais cela n’a rien de surprenant.

Par contre quand Arielle Schwab, la présidente de l’UEJF, déclare que « la capacité d’indignation des Français est en déclin », on réalise à quel point les bourgeois sociaux-démocrates ne comprennent rien, et ne comprendront jamais rien.

Car notre époque est celle de la crise, la crise générale du capitalisme. Plus rien ne veut rien dire, la décadence l’emporte, les valeurs s’effondrent.

Ou plus exactement, les valeurs de la civilisation, c’est-à-dire les valeurs positives produites par toute l’histoire de l’humanité, sont confrontées à l’explosion du nihilisme, qui se nourrit du cadavre en décomposition du capitalisme.

Dans la conception bourgeoise de la social-démocratie, l’obscurantisme et la barbarie sont supposés reculer à mesure que l’histoire avance, de manière plus ou moins lisse, continue, linéaire.

Pourtant cela n’est pas du tout ce qui se passe en réalité : on assiste aujourd’hui à une progression sans précédent du racisme à tendance pogromiste et génocidaire, de la violence sexiste, de la haine des personnes « faibles » ou « différentes », du social-darwinisme, de la cruauté envers les animaux et des valeurs de domination.

Bref, de la barbarie.

Mais tout cela, c’est littéralement incompréhensible pour les secteurs de la bourgeoisie qui n’ont pas encore sauté à pieds joints dans le fascisme, car du point de vue des capitalistes la crise reste un mystère.

Voilà pourquoi les bourgeois expliquent que « la capacité d’indignation des Français est en déclin », tandis que du point de vue du peuple, c’est la barbarie qui est dans une phase d’offensive, de conquête.

Ces deux points de vue n’ont rien à voir l’un avec l’autre, et c’est la compréhension de la crise capitaliste qui explique qu’on n’est pas prêt de voir la situation se calmer.

Bien au contraire : la crise s’approfondit, les valeurs s’effondrent, la barbarie explose, et l’antisémitisme y tient un rôle central.

La crise générale du capitalisme bouleverse tout, et en 2010 il n’est plus possible de lutter contre l’antisémitisme comme le faisait la gauche à la Mitterrand dans les années 1980 – de manière déjà inefficace à l’époque…

D’ailleurs dans la présentation des « Assises de la lutte contre les préjugés », on retrouve un bout de phrase sorti tout droit des années 1980 (parmi bien d’autres…) : « les personnes stigmatisées se sentent agressées et parfois se radicalisent. »

Voilà la hantise de la bourgeoisie : la radicalisation, l’autodéfense antifasciste, le fait de vouloir aller jusqu’au bout contre le racisme. Autrement dit, le fait de vouloir vaincre pour vivre.

La social-démocratie (du style UEJF) tient précisément ce rôle-ci dans la marche du capitalisme : désamorcer les démarches radicales, qui remettent en cause les fondements de l’antisémitisme.

Mais pendant ce temps, en face les fascistes progressent et mettent en avant un enthousiasme barbare.

Escamoter aujourd’hui la bataille antifasciste, c’est désarmer le peuple, c’est se rendre complice demain des bouchers, des assassins, des exterminateurs.

Car à l’origine de l’explosion de l’antisémitisme il y a la crise capitaliste, et cela nous l’avons clairement affirmé dès le départ.

Il est donc illusoire de combattre l’antisémitisme en s’arrêtant à mi-chemin, c’est-à-dire sans vouloir renverser l’ordre raciste, sexiste, capitaliste.

Pour les prolétaires d’origine juive comme arabe, l’autodéfense, l’antifascisme et la révolution sont des questions de réalisme !

Socialisme ou barbarie, Stalingrad ou Auschwitz !

La voiture de Sammy Ghozlan incendiée

S’il y a une personne qui veut se poser comme incontournable dans les communautés de la région parisienne, c’est bien Sammy Ghozlan.

Pour caricaturer un peu, Sammy Ghozlan est partout.

Très activiste, investi dans les conseils d’administration des principales institutions bourgeoises juives, Sammy Ghozlan consacre une partie très importante de sa vie à la militance au sein des communautés juives : cela, personne ne peut le lui enlever.

Mais il le fait à sa manière, c’est-à-dire à la manière d’un activiste sioniste de droite, qui cherche à mobiliser la base populaire de la communauté juive par son agitation permanente.

Aujourd’hui Sammy Ghozlan est président du Conseil des Communautés Juives de Seine-Saint-Denis (CCJ 93), fondateur et président du Bureau National de Vigilance Contre l’Antisémitisme (BNVCA), vice-président du Consistoire de Paris, etc.

Ah ! un détail ! Si cela permet de mieux cerner le personnage, Sammy Ghozlan est aussi un ancien commissaire de police !

Toujours est-il que Sammy Ghozlan a été visé il y a quelques jours par une agression, et malgré ce que chacunE pourrait penser de cet activiste sioniste, il n’y a pas de raison a priori de remettre en cause son témoignage.

Cela se passe dans la nuit de jeudi à vendredi, dans le pavillon familial au Blanc-Mesnil (93) : dans le jardin, la Peugeot 207 de Sammy Ghozlan est incendiée.

C’est une voisine qui a prévenu les pompiers, tandis que les Ghozlan dormaient.

Selon leurs déclarations, de nombreuses voitures étaient garées dans la rue, et c’est la voiture de Sammy Ghozlan qui a flambé, alors qu’apparemment il fallait ouvrir le portail du pavillon pour accéder à la Peugeot 207.

Bref, il ne s’agirait pas d’une embuscade contre la police dans une optique de guerilla urbaine, mais bien d’un acte qui viserait personnellement Sammy Ghozlan.

Serait-ce parce que Sammy Ghozlan est un responsable sioniste ?

C’est difficile à dire, car autant Sammy Ghozlan est hyperactif, autant il est finalement assez insignifiant du point de vue des intérêts directs de l’État israelien.

Et si l’on veut pratiquer la violence contre les intérêts sionistes en France, il y a quand même lieu d’être plus « stratégique », de mieux viser, de frapper plus juste…

Alors ? Qu’en pense Sammy Ghozlan lui-même ?

Tout d’abord il explique qu’il n’a reçu ni menaces, ni revendication de l’attaque.

Puis il enchaîne en évoquant « une attaque antisémite et une intimidation », et parle d’une « attaque inquiétante » : « s’ils s’attaquent à un bien, ça peut être le premier pas. »

Enfin il pense avoir été visé car il « dénonce des agressions antisémites et travaille avec des associations musulmanes modérées » (comme l’imam de Drancy, voire l’UAM 93).

Il y a certainement une part de vérité dans ce que dit Ghozlan, d’autant plus quand on connaît la récente (et relative) agitation islamiste menée par le Collectif Cheikh Yassine en Seine-Saint-Denis.

Mais quand on est relégué dans les quartiers prolétaires de la banlieue parisienne et qu’on n’entrevoit plus que la lutte armée comme moyen de se libérer, il existe un milliard de cibles pour résister à l’oppression quotidienne et faire trembler l’ordre capitaliste.

Alors aller chercher jusqu’au fond de son jardin la voiture d’un responsable institutionnel juif – même sioniste – au lieu d’attaquer les commissariats de quartier, les pôles emploi, les missions locales voire les collèges… il n’y a pas à dire : c’est louche, très louche.

Voilà donc une vérité que l’extrême-gauche sera bien obligée de comprendre un jour si elle veut réellement renverser le vieux monde : il n’y aura pas de révolution en France sans lutte contre la division du peuple et le faux « anticapitalisme » islamiste !

Autrement dit, il n’y aura pas de révolution en France sans une bataille quotidienne et intransigeante contre l’antisémitisme !

Shavua Tov – שבוע טוב

Shabbat Shalom – שבת שלום

Entrée vendredi à 21h23, sortie samedi à 22h42.

Le Consistoire de Paris et les communautés de banlieue [troisième partie]

Entre 1956 et 1967, les populations juives d’Afrique du Nord ont connu une grande vague d’émigration vers la France, et une part importante de ces populations s’est retrouvée dans les « grands ensembles » de la banlieue parisienne. Face aux « problèmes » que leur posait cette population, les institutions juives dominantes ont réagi de deux manières différentes.

Hier nous avons vu qu’une petite-bourgeoisie commerçante et des professions libérales avait réussi à se maintenir en France, et mobilisait plus largement pour ses intérêts propres, en utilisant la situation spécifique en banlieue et l’attachement à la « tradition ». Les institutions juives dominantes y ont répondu en intégrant la petite-bourgeoisie juive-arabe à l’encadrement « officiel » de la minorité juive.

2. L’autre option politique des institutions juives, c’est-à-dire principalement du Consistoire à l’époque, consistait à organiser les masses juives-arabes de banlieue directement sous sa coupe, sans l’intermédiaire de la petite-bourgeoisie.

En effet, quand le Consistoire voit débarquer en France les exilés du Maroc puis de Tunisie, c’est pour lui une véritable aubaine : les populations juives-arabes sont plus religieuses que la minorité juive française, traumatisée par la Shoah.

C’est donc l’occasion idéale pour lui de réimpulser sa domination réactionnaire religieuse, en « embrigadant » les immigrés directement dans les rangs du judaïsme consistorial.

Pourtant cela ne va pas se passer comme prévu :

- D’une part les rapports sociaux qui existaient en Afrique du Nord sont pour ainsi dire « transplantés » en France, comme nous l’expliquions hier. De plus le Consistoire est absent des nouvelles cités de banlieue (bien que la banlieue est ait gardé des synagogues construites avant-guerre pour l’immigration ashkénaze).

Ce premier aspect fait qu’au début de la vague d’immigration, la vie religieuse en banlieue ne passe pas du tout par les structures consistoriales.

- D’autre part, une partie des masses juives-arabes immigrées s’éloigne tout simplement de la religion. Alain de Rothschild, président du Consistoire de Paris, parlera plus tard de « la maladie des HLM ».

En effet l’exil en France est très mal vécu : arrachement soudain et brutal à sa terre, incertitude totale sur la vie en France, misère pour les prolétaires et déclassement pour les autres, crise du logement puis vie dans des cités construites à la va-vite, sans compter le climat déprimant de la région parisienne.

Il s’agit donc de reconstruire sa vie en France, et face à la situation d’urgence et de pauvreté, il faut dire que le Shabbat et la synagogue passent bien souvent à la trappe.

- Un troisième problème va se poser plus tard pour le Consistoire, mais dont la base matérielle est liée au premier : les rapports sociaux qui existaient en Afrique du Nord se développent en la « fronde » de la petite-bourgeoisie juive-arabe dont nous avons parlé hier, essentiellement entre 1962 et 1965.

Il faut bien noter que sur la période 1956 – 1967, cette « fronde » n’est pas l’aspect principal du point de vue du Consistoire : l’aspect principal est la réimpulsion de la religion par les programmes de modernisation, dont nous parlons aujourd’hui.

Mais Hapoel a choisi d’en parler en premier pour saisir l’état d’esprit de défiance qui régnait chez les juifs-arabes de banlieue, et donc pour comprendre l’échec relatif des politiques du Consistoire. Si l’on faisait une chronologie, il faudrait remettre les choses « à l’endroit ».

Comme nous l’avons dit, le Consistoire de Paris voit débarquer une énorme immigration juive-arabe, et il compte bien prendre en charge les besoins cultuels de cette immigration, afin de réimpulser la religion.

Évidemment l’accueil d’urgence a un coût, et l’État français est tout sauf à la hauteur : il ne prend en compte que l’immigration algérienne, car elle a la nationalité française contrairement aux Marocains et Tunisiens, et en plus il est incapable de gérer quoi que ce soit, au point que le ministère des rapatriés ferme en 1964.

Plusieurs institutions vont donc s’en charger, tout en se « professionalisant » : le Consistoire de Paris avec son Comité de Bienfaisance Israélite de Paris (CBIP) transformé en 1963 en Comité d’Action Sociale Israélite de Paris (CASIP), le Fonds Social Juif Unifié (FSJU) et son Bureau d’Information et d’Orientation (BIO), ou le Comité Juif d’Action Sociale et de Reconstruction (COJASOR). Tout cela sous perfusion des institutions juives américaines.

Mais ce coût sur le plan social ne sert pas seulement à la « solidarité communautaire » : il sert aussi à « valoriser » le coût sur le plan religieux.

Autrement dit, un franc utilisé pour construire une synagogue est plus efficace s’il est accompagné d’un franc (plutôt 4 ou 5 en réalité) pour aider les familles pauvres : ce n’est rien qu’un raisonnement très classique chez les religieux.

Et revenons justement aux communautés de banlieue, où le Consistoire implante des « centres communautaires ».

À ce moment, l’idée de « centres communautaires » est très pratique, concrète, et surtout nouvelle en France : ceux-ci servent à encadrer toute l’activité culturelle juive d’une localité de banlieue, avec au centre la religion.

En comparaison, chez l’immigration ashkénaze de l’entre-deux-guerres, il y avait d’un côté les organisations culturelles de masse (notamment les Landmanschaften), et de l’autre les synagogues.

Ainsi en 1958, le Consistoire de Paris va lancer les « Chantiers du Consistoire », qui consistent en un programme de construction de centres communautaires en banlieue. À partir de 1961, les constructions s’accélèrent en banlieue, au point que l’argent vient à manquer, et que les Chantiers du Consistoire deviennent en 1962 une institution permanente, et non plus une simple campagne.

En 1962 est donc inauguré un grand centre communautaire à Villiers-le-Bel, qui sera suivi en 1965 de celui de Sarcelles. De même en octobre 1963 est inauguré le centre de Massy ; ce centre servira également à la communauté voisine d’Antony, qui y va à pied sans problème.

Pourtant au début de l’année 1966, le Consistoire annonce que « l’état d’urgence est passé », et donc que le programme de modernisation va ralentir. Quant à l’encadrement religieux consistorial, il faut avouer qu’il est assez débordé, puisque beaucoup de rabbins doivent s’occuper de plusieurs communautés.

Mais une « coïncidence » est très révélatrice : évidemment les années 1962 – 1965 correspondent à l’urgence suite à l’immigration algérienne, mais elles correspondent également aux années de la « fronde » anti-consistoriale !

On peut donc penser que les Chantiers du Consistoire servaient aussi à prendre de vitesse la petite-bourgeoisie commerçante de banlieue. En effet, en essayant d’organiser les masses populaires juives dans la religion directement sous son autorité, le Consistoire compte couper l’herbe sous le pied de la petite-bourgeoisie.

Et quand, sur un « second front », le Consistoire arrive à intégrer en 1965 les responsables de la contestation petite-bourgeoise, la course à l’hégémonie prend fin, et le Consistoire peut relâcher son programme de construction de centres communautaires.

À partir de 1966 et surtout à partir de 1968, au moment où Alain de Rothschild est remplacé à la tête du Consistoire de Paris, cela va même plus loin, avec une sorte de politique d’austérité par rapport aux communautés de banlieue, qui doivent désormais gérer leur budget. Rien d’étonnant : une fois la petite-bourgeoisie bien intégrée, le Consistoire préfère que ce soit elle qui gère localement les centres communautaires.

Or force est de constater que les Chantiers du Consistoire sont un échec relatif : non seulement une partie de la communauté s’éloigne de la religion, non seulement une partie des croyants s’organise indépendamment du Consistoire, mais en plus le programme de construction n’est pas forcément bien pensé.

Ainsi les centres communautaires sont d’une laideur effarante, et en plus ils ne sont pas toujours bien situés par rapport aux cités où vivent les immigrés juifs-arabes.

Aussi le Consistoire central déplore-t-il en 1965 : « Notre déception c’est le judaïsme nord-africain. Partout on crée des temples et des centres culturels pour ne pas les laisser à l’abandon, mais il n’y mettent pas les pieds. »

D’autres politiques culturelles accompagnent donc les Chantiers du Consistoire, et rencontreront plus de succès.

Ainsi le Consistoire de Paris lance en octobre 1962 l’émission « Source de Vie », présentée le dimanche matin à la télé publique par l’indéboulonnable Josy Eisenberg. Cette émission est très largement suivie en banlieue, car le Consistoire joue sur l’idée de briser l’isolement.

Cette stratégie est très intelligente, car la minorité juive de France est une minorité nationale, et donc du point de vue d’une personne juive immigrant en France, l’idée de briser l’isolement a un sens. Mais le Consistoire manipule ce caractère de minorité nationale pour le détourner en une question de minorité religieuse, et réimpulser ainsi la domination réactionnaire religieuse.

De même en mai 1962, un mouvement de jeunesse est lancé en France sous la direction du FSJU et connaît une croissance exponentielle : c’est le Département Éducatif de la Jeunesse Juive, le célèbre DEJJ où nos parents ont pu connaître leurs premiers amours…

Ce mouvement de jeunesse ressemble beaucoup aux « Zéis », mais il est en fait « importé » du Maroc par son fondateur arrivé en France en 1962, Edgard "Lynclair" Guedj. La particularité du DEJJ est donc d’enfin s’adresser à la jeunesse populaire juive-arabe, et a fortiori à celle des banlieues.

Le parcours d’Edgard Guedj est assez intéressant, puisqu’après son activisme pour embrigader la jeunesse juive, il organisera des séminaires de formation pour les responsables des communautés de banlieue, et sera plus tard à l’origine des structures chapeautant les écoles juives.

Il s’agit donc à chaque fois de conserver l’hégémonie des institutions juives, en réimpulsant la religion parmi la jeunesse populaire juive-arabe.

Hapoel a donc plus ou moins fait le tour des relations entre le Consistoire et les communautés juives-arabes de la banlieue parisienne, durant la vague d’immigration entre 1956 et 1967.

Et que voit-on, en conclusion ?

Que tout cela est à comprendre à travers la concurrence entre bourgeoisie déjà installée et petite-bourgeoisie immigrée, et que ces deux couches courent derrière les masses populaires juives-arabes pour y conquérir l’hégémonie.

Les armes pour conquérir cette hégémonie sont diverses : soit l’assistance sociale et la religion pour les institutions bourgeoises juives, soit le populisme et la mise en avant de la « tradition » par la petite-bourgeoisie immigrée commerçante et libérale.

Mais au final, la petite-bourgeoisie se vend et est intégrée aux institutions, en trahissant les masses prolétaires juives. Avec le recul, cela est peut-être à l’origine du développement de la « radicalité » religieuse Loubavitch dans les années 1970 et 1980.

Quelle est la leçon historique de tout cela ?

Que les masses populaires juives ne peuvent compter ni sur les institutions juives, ni sur la petite-bourgeoisie démagogue. Elles doivent développer une politique autonome des classes dominantes, une politique autonome qui serve également l’ensemble du peuple de France.

Cela est crucial aujourd’hui dans la lutte antifasciste, pour savoir qui sont nos amis, qui sont nos ennemis… et qui sont nos faux amis.

Fin.

Pour plus d’informations : vos parents et grands-parents ! Ou bien un mémoire soutenu en 1999 à Paris 1 par Charlotte Siney-Lange.

Le Consistoire de Paris et les communautés de banlieue [deuxième partie]

Nous expliquions hier que lorsque les populations juives d’Afrique du Nord ont émigré en France essentiellement entre 1956 et 1967, une part importante a dû s’installer dans les nouvelles cités de la banlieue parisienne.

Face à cet afflux, les instances consistoriales ont dû développer deux politiques différentes : d’une part l’intégration de l’encadrement petit-bourgeois juif-arabe, qui au départ était méfiant ; d’autre part le lancement de programmes de modernisation, afin de contourner cette petite-bourgeoisie immigrée en réimpulsant la religion.

1. Arrivées en France, les personnes juives-arabes sont plus pratiquantes que la moyenne : environ 60 % des Algériens font Shabbat, et 75 % des Marocains et Tunisiens. De plus elles vivent dans le « désert consistorial » qu’est la banlieue parisienne : ni synagogues, ni boucheries kasher.

Il existe donc une demande religieuse de type féodale, ou plus précisément une demande de conserver les « traditions », ce qui n’est pas exactement pareil. Cette demande est comblée tant bien que mal par les communautés exilées, surtout avant 1958 voire jusqu’à après 1962.

Ainsi au début, les offices en banlieue ont lieu « chez les gens », c’est-à-dire fatalement chez les familles des cités qui avaient une certaine position sociale avant l’exil. De même, les premières boucheries qui ouvrent sont des boucheries non consistoriales, comme en Afrique du Nord, et ce sont les mêmes personnes qui occupent cette fonction commerciale.

Résultat : les rapports sociaux d’Afrique du Nord sont en quelque sorte « transplantés » en France, et la petite-bourgeoisie commerçante et libérale qui quadrillait là-bas les communautés conserve un certain degré de domination.

Nous avons déjà expliqué cela, et fait une comparaison avec la situation des Marocains en Israel (12).

Autre résultat : les communautés se maintiennent suivant la ville d’origine, que ce soit à cause de l’État français qui regroupe dans les cités suivant ce critère, ou bien à cause tout simplement du besoin de « repères connus » dans les métropoles absurdes et monstrueuses de l’impérialisme.

Ce regroupement par ville, puis par pays, fait qu’en France les gens se définissent comme des juifs de telle ou telle ville, ou bien comme des juifs de tel ou tel pays, et non d’emblée comme des juifs-arabes.

Ainsi les rapports issus du féodalisme et le « communautarisme » empêchent l’émergence des questions démocratiques : conscience nationale arabe avant l’exil, conscience de minorité nationale juive une fois en France.

La preuve en est que la petite-bourgeoisie immigrée des commerçants et des professions libérales se regroupe par rapport au pays d’origine : Association des Juifs Originaires d’Algérie à partir de 1962, Amicale des Israélites du Maroc, Association des Juifs du Maroc en 1963, Association des Juifs Originaires de Tunisie, etc.

À ce sujet, il faut bien noter qu’à part les Algériens qui se constituent en groupe de pression, les Marocains et les Tunisiens ne se font que très peu entendre.

À cela il faut ajouter que cette petite-bourgeoisie commerçante immigrée compte mobiliser de plus larges masses prolétaires pour leurs intérêts propres, sur la base de revendications culturelles concrètes, de type traditionnaliste.

Car autant les prolétaires juifs ont abandonné depuis longtemps l’idée de ne pas travailler le samedi, autant la Kashrut est un socle culturel minimum, et le fait de devoir se déplacer jusqu’à Belleville devient usant. Les femmes juives-arabes de banlieue sont bien entendu les premières concernées…

Aussi connaît-on à Paris et en banlieue une sorte de « fronde » des boucheries non consistoriales, et cela au moins jusqu’à la fin des années 1960.

Les intérêts capitalistes derrière cette « fronde » sont limpides : les anciens bouchers, rabbins et Sho’hatim veulent continuer à profiter de leur position, mais se heurtent à des normes d’hygiène imposées par le Consistoire, qui est plus ancien, plus organisé et plus riche.

Bref, une banale histoire de concurrence capitaliste, mais qui se recoupe avec les contradictions entre Paris et banlieue, et entre ashkénazes et séfarades. Cette situation devient donc une base de mobilisation mise à profit par la petite-bourgeoisie non consistoriale.

De plus beaucoup ne supportent pas que ce soit le Consistoire de la ville de Paris qui monopolise la « gestion » des communautés de banlieue, puisque ces communautés n’y sont pas représentées.

C’est aussi sur ce point qu’arrive à mobiliser la petite-bourgeoisie immigrée, que ce soit celle des banlieues mais surtout celle de Paris (qui utilise justement la contradiction Paris – banlieue alors qu’elle est de Belleville ou Montmartre).

Ainsi en 1964, un centre communautaire est construit à Auteuil, dans le 16ème arrondissement. Face à la rareté et à la laideur des centres communautaires nouveaux en banlieue, la pilule passe mal, et le FSJU vit un certain scandale en interne.

Récapitulons : ceux qui formaient la petite-bourgeoisie en Afrique du Nord, mais qui ont dû s’installer dans les cités de banlieue, arrivent à s’y maintenir en tant que petite-bourgeoisie, et arrivent à mobiliser contre le Consistoire.

Cette petite-bourgeoisie utilise la contradiction entre Paris et la banlieue, ainsi que le ressort de la « tradition », plus que véritablement celui de la religion.

La « tradition » est une question très concrète dans le vécu populaire juif-arabe, et cette question empêche les masses prolétaires juives de poser les questions démocratiques (de minorité nationale) et les questions révolutionnaires (d’unité avec le prolétariat de France pour renverser le gaullisme).

Le fait est que finalement, les communautés immigrées de banlieue adhèrent très peu à l’ACIP, l’association communautaire dirigée par le Consistoire de Paris : il faut comprendre cela à la lumière des luttes de classes au sein même de la minorité nationale juive.

Comment le Consistoire de Paris réagit-il à la persistance en banlieue des structures sociales d’avant l’exil ?

C’est justement le but de l’une des deux politiques qui sont mises en place par le Consistoire : face à la « fronde » de la petite-bourgeoisie immigrée des banlieues, le Consistoire joue la carte de l’intégration aux institutions.

Car au fond, que veut la petite-bourgeoisie, si ce n’est une position plus favorable, plus officielle, plus bourgeoise ?

Seulement quelques mois après le pic d’immigration de 1962, le FSJU expliquait ainsi que « les représentants des communautés du Maroc, de Tunisie et d’Algérie doivent prendre une part déterminante aux activités qui doivent aboutir à l’intégration des rapatriés du Maghreb à la communauté israélite de métropole. »

Ces « représentants », ce sont justement les petits-bourgeois commerçants et libéraux des communautés immigrées, puisque par exemple l’Association des Juifs Originaires d’Algérie (AJOA) s’est constituée à l’été 1962.

Suite à l’activisme communautaire de l’AJOA, une commission régulière à la fin 1964 voit le jour, destinée à répondre aux problèmes des banlieues. À cette occasion se pose le problème de la « représentation », c’est-à-dire de l’intégration aux institutions.

Et justement au cours de l’année 1965 voit le jour un Conseil Consultatif, où chaque communauté est censée être représentée. De même en 1965, les statuts du Consistoire de Paris sont modifiés : le conseil d’administration de l’ACIP passe de 24 à 30 membres.

Le but affiché par son président Alain de Rothschild : « faire participer aux responsabilités communautaires les dirigeants des institutions religieuses d’Afrique du Nord ».

Et comme par hasard, c’est exactement à ce moment, en 1965, que les responsables de l’AJOA interviennent dans la « fronde » des boucheries non consistoriales, en faveur de la « pacification ». Ainsi le dirigeant de l’AJOA écrit dans le journal Information Juive (lancé en 1963 et en croissance exponentielle) : « Nous devons adopter les règles en pratique au sein de la communauté juive organique, et verser à la cultuelle notre cotisation annuelle. »

Le message est très clair : pour l’intégration au sein du Consistoire et des institutions juives. Et les organisations de la petite-bourgeoisie immigrée apparaissent pour ce qu’elles sont : un simple groupe de pression, qui lâche l’affaire dès que le Consistoire veut bien l’intégrer.

C’est là que l’on constate comment cette petite-bourgeoisie immigrée a fait « monter les enchères » en mobilisant les masses prolétaires juives, puis les a plantées une fois bien intégrée à la marche normale des institutions bourgeoises juives.

Et pourtant cette leçon de l’immigration juive-arabe est inconnue et incomprise en France : quand on voit aujourd’hui le populisme éhonté d’une certaine extrême-gauche envers les islamistes et les sociaux-religieux arabes-musulmans, on comprend à quel point cette extrême-gauche est prête à trahir les masses prolétaires arabes, et en particulier les femmes.

À suivre.

Le Consistoire de Paris et les communautés de banlieue [première partie]

Le Consistoire est depuis Napoléon l’institution qui, aux yeux de l’État français, représente la religion juive en France, ou plus précisément le culte juif organisé.

Légitimisme et paternalisme : voilà deux traditions historiques du Consistoire, qui se sont manifestées notamment dans l’accueil réservé aux vagues d’immigration juive ashkénaze avant la guerre.

Il existait alors une sorte de « ségrégation » entre les juifs français d’une part, parmi lesquels la frange religieuse était représentée par le Consistoire, et les juifs immigrés d’autre part, dont les représentations politiques allaient se regrouper dans la Résistance au sein du Crif.

En effet les premiers prenaient en pitié les seconds, mais ne se mélangeaient pas avec eux, ne serait-ce que pour des raisons d’implantation géographique (typiquement Belleville, Montmartre ou la proche banlieue ouvrière pour l’immigration juive).

Ce même phénomène allait se reproduire après la guerre, mais cette fois avec l’immigration juive-arabe d’Afrique du Nord.

Entre 1956 et 1967, la France accueille environ 200 000 personnes juives issues des colonies d’Afrique du Nord (ainsi que d’Égypte), avec un pic lors de l’indépendance algérienne en 1962, quand c’est une communauté de 110 000 personnes qui est exilée en l’espace de quelques mois voire quelques semaines.

Quand nous disons 1956 et 1967, nous pensons évidemment aux indépendances marocaine et tunisienne d’une part, et à la guerre sioniste des Six Jours d’autre part. Ces deux dates ne sont pas arbitraires, car elles délimitent à peu près une vague d’immigration juive-arabe.

L’immigration juive-arabe s’est de nouveau intensifiée en 1967 mais dans une moindre mesure, et a continué jusque dans les années 1980, principalement à partir du Maroc. Mais nous considérons que cela est une « autre histoire » !

À cette même époque entre 1956 et 1967, la France assiste à des bouleversements sociaux, parallèles au cycle d’accumulation capitaliste de 1945 à 1975.

Ainsi l’exode rural et l’immigration répondent aux exigences capitalistes (à quoi s’ajoute le « rapatriement » d’Algérie), et l’État français lance la politique urbaine des « grands ensembles » en banlieue, principalement parisienne.

De ce fait, non seulement un tiers de l’immigration juive-arabe s’installe en région parisienne, mais de plus elle s’installe en majorité dans les nouvelles cités de banlieue. En 1968, on estime que sur 300 000 personnes juives en région parisienne, la moitié est composée de personnes juives-arabes vivant dans les cités de banlieue :

Sarcelles et Villiers-le-Bel, Créteil, Champigny-sur-Marne, Antony et Massy, Aulnay-sous-Bois et le Blanc-Mesnil, Épinay-sur-Seine et Saint-Denis, la Courneuve et Aubervilliers, Les Lilas et Pantin, Bobigny et Bondy, Montrouge et Bagneux et Fontenay-aux-Roses, Nanterre et Boulogne-Billancourt, Orly et Athis-Mons, Savigny-sur-Orge et Ris-Orangis, Sevran et Livry-Gargan, etc.

Il y a énormément à dire sur les rapports entre le Consistoire et la culture séfarade. Par exemple que l’image du Consistoire n’était pas forcément très bonne parmi les masses juives-arabes, avant même leur exil en France.

En effet le « Consistoire central des israélites de France et d’Algérie » avait une attitude franchement coloniale-paternaliste, et envoyait en Algérie des cadres religieux pour « former » les rabbins « indigènes », ce qui était très mal vécu. De même le domaine de la Kashrut et de la Sh’hita avait donné lieu à d’importantes tensions entre le Consistoire et les bouchers algériens juifs au tournant du 20ème siècle.

Tout cela a son importance dans les relations entre les masses juives-arabes immigrées et le Consistoire, mais ici nous ne parlerons que des relations entre le Consistoire de Paris et les communautés juives de banlieue (quasi exclusivement juives-arabes) entre 1956 et 1967 : le vécu populaire n’est pas le même à Toulouse ou à Paris, à Sarcelles ou à Belleville.

Qu’est-ce que précisément le « Consistoire de Paris » ? C’est en fait l’instance décisionnaire de l’Association Consistoriale Israélite de Paris (ACIP), qui regroupe les personnes religieuses qui s’inscrivent dans les activités consistoriales.

Entre 1954 et 1968, le président du Consistoire de Paris était Alain de Rothschild, c’est-à-dire un éminent représentant de la très haute bourgeoisie « philantrope ». Quant à Élie de Rothschild, il est l’un des responsables du FSJU.

Quand commence le gros de l’immigration juive-arabe, puis surtout après 1962, tout le monde est pris au dépourvu, aussi bien l’État français que les institutions « représentatives », et personne ne sera à la hauteur.

Ainsi l’État français sera vite débordé, alors que c’est très clairement lui le responsable de l’exil, et c’est la soi-disant « solidarité communautaire » qui prend le relai. Et cela d’autant plus que les Tunisiens et Marocains sont en réalité considérés comme apatrides, et ne peuvent rien attendre de l’État.

Du point de vue objectif des institutions juives, cette « solidarité communautaire » revient d’une part à « acheter » les immigrés juifs-arabes et leur encadrement, qui à la base se méfiaient des institutions juives françaises, et d’autre part à les contenir par la religion.

On a là deux aspects contradictoires mais complémentaires.

À suivre.

Liquider le légitimisme, briser les manipulations

L’un des piliers de ce que l’on pourrait appeler une « psychologie de masse de la minorité juive », c’est la confiance en la république bourgeoise – même si les institutions juives peuvent être décriées en même temps comme des « juifs de cour ».

À quoi tient ce pilier fondamental ?

Il suffit de voir tous les noms cités ci-dessus : tous sont des bourgeois, ou sont rattachés sans ambiguïté aux institutions et à l’idéologie de la bourgeoisie.

Et en l’absence d’une perspective révolutionnaire qui serait suffisamment réaliste pour que les masses populaires juives y voient « la lumière au bout du tunnel », rien de plus facile pour les bourgeois et les institutionnels juifs que de se poser en « protecteurs » de notre minorité.

Et cela alors que c’est bien la bourgeoisie qui perpétue nos conditions de vie et qui est à l’origine du racisme !

Le « légitimisme » et la confiance en la république bourgeoise s’expliquent sans doute par des raisons historiques – et nous y reviendrons sans doute.

Mais l’histoire de l’émigration juive d’Afrique du Nord résume très bien tout cela.

En Afrique du Nord à l’époque coloniale, les masses juives étaient souvent très pauvres, à l’exception d’une petite-bourgeoisie commerçante.

Cette couche sociale encadrait culturellement et idéologiquement les masses populaires, et voyait son intérêt dans l’alliance avec l’impérialisme français qu’elle devait croire éternel…

Quand la question nationale s’est posée dans ces colonies, les masses juives les plus pauvres avaient sans doute largement intérêt à s’unir avec le mouvement de libération nationale arabe.

Seulement voilà, la petite-bourgeoisie juive avait tout fait pour jeter les masses populaires juives à la remorque de l’impérialisme français. De plus, le mouvement national arabe n’a pas mené de révolution (sauf en Algérie où la révolution a été vendue par la suite), et la seule perspective qui semblait réaliste à nos familles était l’exil…

Exil en France pour les représentants de la petite-bourgeoisie juive ainsi que pour les personnes algériennes ou liées à l’Algérie qui avaient la nationalité française.

Exil en Israel pour les autres, c’est-à-dire 80 % des minorités juives du Maroc et de Tunisie, car il n’y avait pas d’autre choix dans la misère.

Et qu’a-t-on pu voir ?

Que c’est paradoxalement en Israel qu’a pu se développer le sentiment révolutionnaire parmi les masses séfarades, juives-arabes. Précisément là où il n’y avait pas de petite-bourgeoisie séfarade pour encadrer qui que ce soit.

Ainsi au début des années 1970, un important mouvement juif-arabe pour l’égalité et contre le racisme s’est développé en Israel, un mouvement qui a traversé le vécu populaire dans certaines villes jusqu’à avoir façonné une partie de la vie politique actuelle en Israel.

Un mouvement populaire et révolutionnaire qui s’est même posé la question de l’alliance avec la révolution palestinienne !

Voilà un petit point de comparaison qui permet de mieux comprendre la composante culturelle qu’est le légitimisme dans notre minorité.

Quant à Hapoel, nous affirmons qu’il faut développer l’autonomie des masses populaires – juives ou pas – face aux institutions de la bourgeoisie, et savoir qui sont nos ennemis et qui sont nos amis.

Sans liquider le légitimisme au sein de la minorité juive, il n’y aura pas pour nous de perspective réaliste de libération.

Car depuis le début, Hapoel a toujours déclaré :

Juif ! Juive ! Comprends que ton destin est lié à celui des classes populaires en France, dans la lutte pour une société métissée où le capitalisme aura disparu !

« Le Crif, les Patrons Juifs, et pourquoi liquider le légitimisme », HaPoel HaAntifashisti, décembre 2009.

Dov Zerah, le Consistoire et l’impérialisme français : ne nous laissons plus jamais manipuler comme en Algérie !

Abattre l’impérialisme français, briser le racisme !
Une seule communauté : la communauté universelle !

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Le président du Consistoire de Paris au service de l’impérialisme français

En janvier dernier avaient eu lieu des élections au Consistoire de Paris. Après le renouvellement de la moitié du conseil d’administration en novembre 2009, il s’agissait d’élire le président du Consistoire, afin de succéder à Joël Mergui qui était également président du Consistoire central depuis l’été 2008.

Le 6 janvier 2010, c’est donc Dov Zerah, de la liste « Tous ensemble », qui a été élu président du Consistoire parisien. Un nom alors assez peu connu au niveau national dans la communauté juive, car même s’il était vice-président du Consistoire entre 2002 et 2006, il avait été assez discret.

Et niveau discrétion, Dov Zerah s’y connaît assurément, grâce à sa carrière de haut bureaucrate dans des instances diverses et variées de l’État français !

Ce don de bureaucrate au service de l’État français, il a su le faire « fructifier » pour s’imposer dans un Consistoire connu justement pour son immobilisme, son opacité, sa tradition de copinage, son mépris des communautés de banlieue, ses voitures et ses logements de fonction, et son oreille très très « attentive » aux gros monopoles de la viande kasher.

Rappelons simplement comment sont organisées les institutions bourgeoises censées encadrer la minorité juive : aux yeux de l’État français, le Consistoire gère depuis Napoléon les affaires religieuses, le FSJU les affaires sociales, et le Crif les affaires « politiques ».

Au final on voit que c’est le Crif qui est l’institution la plus intégrée à l’État français, et c’est elle qui encadre, quadrille et prétend représenter la minorité juive de France. Et quand on sait que justement, Dov Zerah aimerait que le Consistoire soit désormais chapeauté par le Crif, on comprend mieux à quel point il est au service de l’État français.

Car faire passer le Consistoire sous la direction du Crif, c’est indirectement faire dépendre de l’État français les personnes qui veulent vivre leur foi. Et donc laisser l’État français manipuler les personnes juives par le biais de la religion, alors que la minorité juive de France est une minorité nationale et non une minorité religieuse !

Mais pourquoi parlons-nous aujourd’hui de Dov Zerah ?

Eh bien parce que Dov Zerah a obtenu une « promotion » de la part de l’impérialisme français, même si cela n’est pas encore tout à fait officiel : il serait nommé à la tête de l’Agence Française de Développement – juste avant le sommet France-Afrique, début juin à Nice.

Il est évident que cette information sera reprise jusqu’à la nausée par tous les antisémites, du pro-nazi Kemi Seba jusqu’au très colonialiste Alain Soral. Et d’ailleurs l’Express nous informe innocemment qu’il n’y a pas que les nazis qui sont antisémites, mais aussi des hauts fonctionnaires de l’impérialisme français : « Certains cadres de l’AFD redoutent en outre que les fonctions éminentes qu’exerce au sein de la communauté juive [Dov Zerah] suscitent quelque réticence dans l’espace musulman. »

Il y a pourtant une raison qui nous pousse à parler de Dov Zerah : ce n’est pas parce qu’il est juif – Hapoel n’en a rien à faire des grands bourgeois d’origine juive – mais parce qu’il dirige jusqu’à nouvel ordre le Consistoire de Paris, une institution française qui sert tout sauf les intérêts des masses populaires juives.

Élu à la présidence du Consistoire en janvier, parti vers des cieux plus « exotiques » en mai : voilà qui est déconcertant d’hypocrisie ! Et pourtant il y a une logique : celle de servir au mieux l’impérialisme français.

Et justement, qu’est-ce que l’Agence Française de Développement ?

C’est en vérité la principale institution de ce que l’on appelle souvent la « Françafrique ».

L’AFD est une institution de l’impérialisme français, qui gère un total financier de plus de 6 milliards d’euros, c’est-à-dire la grande majorité des « aides au développement » de la France. Les pays qui reçoivent ces « aides » sont essentiellement des pays africains, mais aussi les véritables colonies que sont les DOM-TOM.

Ce qu’il faut comprendre, c’est que les « aides au développement » ne sont absolument pas des aides : elles transforment les pays qui les reçoivent en des pays dépendants et dominés.

En effet ces « aides » creusent la dette des pays dépendants, servent à faire acheter aux pays dépendants du matériel français, et enfin orientent leur économie en fonction des exigences de l’impérialisme français (par exemple pour assassiner les forêts, extraire de l’uranium en réprimant toute contestation, etc.).

Et tout cela sur le dos des peuples dominés, qui subissent la famine, l’occupation militaire, l’oppression des féodaux et des impérialistes – et qui exigent la libération nationale !

Mais tout cela n’explique pas pourquoi c’est Dov Zerah qui est nommé à la tête de la « Françafrique ».

En fait Dov Zerah a une longue carrière de serviteur de l’impérialisme français derrière lui, souvent vice-président de ceci ou directeur de cabinet de cela, mais systématiquement dans la très haute fonction publique impérialiste.

Sorti de l’ÉNA, Dov Zerah a commencé à la direction du Trésor, où il a passé treize ans. Puis il est devenu directeur du cabinet de Michel Roussin, alors ministre de la « coopération » (comprendre les « aides » impérialistes au « développement »). Ensuite, il a intégré la Caisse Française de Développement, l’ancêtre de l’AFD sous Mitterrand, au poste de directeur délégué.

De 1995 à 1997, Dov Zerah a ensuite dirigé le cabinet de Corinne Lepage au ministère de l’Environnement, puis de 1997 à 1999 celui de la socialiste Édith Cresson à la Commission européenne (de laquelle elle avait dû démissionner pour cause d’emploi fictif…).

Après cela, Dov Zerah a présidé la Compagnie Française pour le Développement des Fibres Textiles, devenue Dagris sous son mandat : il s’agit d’une entreprise publique française qui pille les ressources cotonnières d’Afrique et la transforme en désert, et qui est actuellement en cours de privatisation sous le nom de Geocoton.

Puis en 2002, il est nommé à la direction des monnaies et médailles au ministère de l’Économie où il reste jusqu’à 2007. Aux élections municipales de 2008, il a été élu au conseil municipal de Neuilly-sur-Seine, sur la liste UMP. Parallèlement, il est secrétaire général adjoint de la Fondation France-Israel.

Quand on s’intéresse un peu à la carrière de Dov Zerah, on comprend à quel point il sert la bourgeoisie financière française, c’est-à-dire la fraction de la bourgeoisie qui est la plus agressive, la plus impérialiste.

De ce fait, la nomination de Dov Zerah à la tête de l’Agence Française de Développement est le résultat de tractations opaques, de luttes et de compromis entre factions de la bourgeoisie française (industriels contre financiers), ou entre réseaux de la Françafrique (monopoles français concurrents).

Des concurrences opaques, à l’image de ce qu’est cette Agence où règnent la corruption, le copinage, les prêts financiers inexpliqués, et où le clivage gauche / droite ne veut plus rien dire : seuls les intérêts capitalistes signifient quelque chose.

D’ailleurs Dov Zerah n’était pas le seul candidat à la succession de Jean-Michel Severino, qui a plus ou moins été viré par Sarkozy en avril : on parlait aussi de Philippe de Fontaine-Vive, Ambroise Fayolle ou Mamadou M’Baye.

Mais c’est Dov Zerah qui a été choisi. Certainement pas parce qu’il est juif, comme s’empresseront d’expliquer les nazis, mais bien parce qu’il a été soutenu par des impérialistes de renom, comme Michel Roussin ou Robert Bourgi.

Il suffit de se renseigner un peu sur ces deux figures pour voir un peu les eaux puantes dans lesquelles baigne Dov Zerah… ce qui n’a naturellement dérangé personne au Consistoire parisien !

Hapoel n’a pas vocation à développer les raisons pour lesquelles c’est Dov Zerah en particulier qui a été choisi : il s’agirait de faire une analyse des concurrences au sein de la bourgeoisie française, bref de l’économie politique précise, concrète et actuelle. Cela serait très instructif, mais cela ne relève ni de nos responsabilités, ni même de nos compétences…

Mais en tout cas, Hapoel a le devoir d’informer sur le fonctionnement répugnant du Consistoire, et d’expliquer en quoi les institutions anti-démocratiques que nous impose l’État français ne servent absolument pas les intérêts des masses populaires juives.

L’exemple de Dov Zerah, qui n’a jamais cessé d’être au service de l’impérialisme français, est suffisamment parlant.

Shavua Tov – שבוע טוב

Shabbat Shalom – שבת שלום

Entrée vendredi à 21h15, sortie samedi à 22h33.

Tous les fantômes parlent yiddish !

Vos majestés, vos altesses royales, mesdames et messieurs,

Les gens me demandent souvent : « Pourquoi écrivez-vous dans une langue en voie de disparition ? » Et je voudrais expliquer cela en quelques mots.

Premièrement, j’aime écrire des histoires de fantômes, et rien ne convient mieux à un fantôme qu’une langue mourante. Plus la langue est morte, plus vivant est le fantôme. Les fantômes aiment le yiddish, et pour autant que j’en sache ils le pratiquent tous.

Deuxièmement, je crois non seulement aux fantômes, mais aussi à la résurrection. Je suis certain que des millions de morts parlant yiddish se lèveront un jour de leur tombe, et leur première question sera : « Quel est le dernier livre en yiddish à lire ? » Pour eux le yiddish ne sera pas mort.

Troisièmement, pendant 2000 ans l’hébreu a été considéré comme une langue morte, et soudain il est devenu étrangement vivant. Ce qui est arrivé à l’hébreu pourrait aussi arriver au yiddish un jour – même si je n’ai pas la moindre idée de comment ce miracle pourrait se produire.

Il y a encore une quatrième raison mineure pour ne pas délaisser le yiddish : le yiddish est peut-être une langue en voie de disparition, mais c’est la seule langue que je connais bien. Le yiddish est ma langue maternelle, et une mère n’est jamais vraiment morte.

Isaac Bashevis Singer, 10 décembre 1978, discours à la remise du prix Nobel de littérature.

Il n’y aura pas d’émancipation totale pour les minorités juives sans compréhension du rapport à la ville et à la « terre » !

À propos du personnage de Spock dans Star Trek, il a été affirmé :

« Spock est l’incarnation parfaite de la schizophrénie des personnes juives immigrées d’Europe de l’Est en Amérique du Nord. Face à la misère extrême et aux pogroms, ces personnes ont fuit les shtetls et se sont retrouvées dans le pays des gratte-ciels : il y a de quoi devenir fou devant cette contradiction entre les communautés campagnardes et les métropoles modernes… »

En ce sens on peut penser à d’autres personnages de comics, comme Superman, Spiderman, les X-Men, etc.

D’ailleurs – et c’était une pure coïncidence – une exposition a ouvert peu après notre article sur Spock au Musée Juif de Berlin : Helden, Freaks & Superrabbis : die jüdische Farbe des Comics. Mais les « superhéros juifs » sont un sujet un peu connu en France, notamment avec une exposition en 2007 au Musée d’Art et d’Histoire du Judaïsme.

Quoi qu’il en soit, il faut en fait remarquer que le cas particulier de Spock et des « superhéros juifs » rentre dans un cadre plus général.

Hapoel a ainsi récemment expliqué que « les minorités juives – entres autres – sont au confluent de la contradiction ville / campagne et de la contradiction travail manuel / travail intellectuel ».

Mais cette explication était peut-être trop « furtive » pour y comprendre quelque chose. Prenons donc un exemple rapide, concret et parlant.

L’idéologie sioniste est historiquement l’œuvre d’intellectuels européens dans des centres urbains denses et cosmopolites. Et pourtant elle a donné naissance à leur exact opposé : le Kibbutz, avec la « réalisation » nationale par le travail manuel dans les campagnes soi-disant vides de Palestine.

Il y a donc quelque part où cela coince, et le Kibbutz est une « réaction » de type national-romantique aux contradiction des minorités juives d’Europe au 19ème siècle : entre travail manuel et travail intellectuel, entre villes et campagnes.

Il faut comprendre que c’est autour de ces deux contradictions fondamentales que se structure la « psychologie de masse » des minorités nationales juives – et dans une moindre mesure autour de la contradiction culturelle entre « baroque » et « formalisme ».

Ainsi, aussi bien en Europe de l’Est qu’en Afrique du Nord, on pouvait plus ou moins distinguer le « juif des villes » et le « juif des champs », avec (certaines) caractéristiques culturelles propres : juif du shtetl ou juif de Vienne, juif de Debdou ou juif de Tanger, etc.

En fait l’exemple qu’on a pris du sionisme est absolument central, car on tient là un point fondamental : le rapport à la « terre » des sionistes est typiquement urbain, et c’est pour eux une contradiction incomprise et insoluble.

Pour les révolutionnaires, il y a donc un immense défrichage théorique à faire autour de ces contradictions fondamentales entre villes et campagnes, entre travail manuel et travail intellectuel.

On peut penser d’office à toute l’idéologie du Kibbutz, à toute l’idéologie coloniale-romantique du ‘Halutz (le « pionnier »), à la fausse écologie du sionisme (de type KKL), aux célébrations israeliennes de Tou BiShvat ou de Shavuot, à l’idéologie religieuse-romantique d’Aaron David Gordon, à la culture juive des Shtetlekh, à Kafka (voire Proust…) et tout son rapport au corps et à la campagne, à l’existence de la libération animale en Israel, aux rapports de juifs d’Afrique du Nord avec les animaux, aux populations juives du Ghetto ou du Mellah, au judaïsme formaliste des ghettos de Lituanie contre le mysticisme des villages d’Ukraine, à tout la haine de Jabotinsky envers le « yid du shtetl », au principe religieux du Minyan, au « culte » de Baba Salé parmi les masses marocaines en Israel, aux superstitions et à la schizophrénie de l’immigration juive dans les grandes métropoles de l’impérialisme… et même à l’évolution de la Mimouna chez les Marocains juifs exilés en France.

Tout cela est fondamental dans la « psychologie de masse » des minorités juives, et indispensable pour réfuter le sionisme et trouver une voie vers l’émancipation.

Depuis quelque temps et pour encore quelque temps, l’activité théorique d’Hapoel s’organise donc implicitement ainsi :

— étude (absolument prioritaire) de l’économie politique du fascisme et de l’antisémitisme ;
— étude de la culture réactionnaire française par rapport à l’antisémitisme ;
— étude de la culture juive (populaire ou pas) selon la contradiction baroque / formalisme ;
— étude de la psychologie de masse des minorités juives selon les contradictions villes / campagne et travail manuel / travail intellectuel.

Évidemment cela prendra du temps, beaucoup de temps, étant données nos priorités : le développement de l’antisémitisme s’accélère chaque jour, et ce sont les nécessités politiques qui doivent commander – et non théoriques ou idéologiques.

Mais à chaque instant il faut être conscientE de cela : Hapoel prétend ouvrir une voie pour la libération totale des minorités nationales juives, une voie pour briser définitivement l’antisémitisme et l’aliénation.

L’antifascisme est la priorité politique absolue en ce moment, mais les travaux culturels d’Hapoel servent pour un antifascisme populaire et concret, et les travaux théoriques d’Hapoel sont la marque d’un certain recul. Autrement dit :

Hapoel a des perspectives à long terme, en dehors des « effets de mode » de l’extrême-gauche et des milieux politisés de la minorité juive ;
Hapoel ne s’arrêtera pas à mi-chemin dans la bataille contre l’antisémitisme – jusqu’à la libération totale !
Hapoel est une structure sérieuse, carrée, déterminée, bref : à laquelle on peut faire confiance.

Juif ! Juive ! L’Action Antifasciste est ton organisation !

‘Hag Shavuot Samea’h – חג שבועות שמח

Depuis hier soir les personnes juives religieuses célèbrent Shavuot, qui signifie « semaines » et qui marque la fin de la période de l’Omer (les sept semaines qui suivent le deuxième jour de Pessa’h).

Shavuot dure d’hier soir jusqu’à jeudi soir à 22h30. La fête dure en France deux jours, comme partout en « diaspora ».

Dans la doctrine des religieux, Shavuot marque le don de la Torah et des dix commandements à Moshé Rabbeinu sur le Sinai. Ce don scelle définitivement l’alliance entre D.ieu et le peuple « élu », mais correspond en fait aux deuxièmes tables de la loi, après celles brisées par Moshé face à l’idôlatrie du veau d’or (qui est plus ou moins du type « faux matriarcat »).

C’est du moins la tradition rabbinique qui affirme tout cela, bien que ce ne soit pas explicitement mentionné comme tel dans la Torah. Mais par exemple pour les pratiquants originaires d’Afrique du Nord, il est coutume de se lever pendant la lecture des dix commandements, pour célébrer en particulier le don des tables de la loi.

De même il est coutume, notamment chez les kabbalistes, de consacrer toute la nuit à l’étude, en mémoire de la « grasse matinée » dans laquelle étaient plongés les Hébreux le matin où Moshé reçut la Torah, ne se montrant ainsi pas à la hauteur de leur supposée « mission historique ».

Mais d’un point de vue rationnel et matérialiste, si l’on ne s’en tient pas uniquement à la tradition rabbinique, la fête de Shavuot est très liée à la terre, à l’agriculture, comme d’ailleurs beaucoup de fêtes juives.

En effet, Pessa’h est supposée ouvrir la saison de la récolte du grain, qui est refermée sept semaines plus tard par Shavuot ; et Shavuot ouvre en même temps la période de récolte des fruits, qui refermée par Soukkot.

C’est pourquoi il était prescrit à l’époque du Temple de faire des offrandes de grains ainsi que des premiers fruits. Et soit dit en passant, la Torah prescrit trois pèlerinages au Beth HaMikdash, comme par hasard… à Pessa’h, Shavuot et Soukkot ! La dimension agricole saute donc aux yeux !

Dans la religion chrétienne on retrouve une fête similaire, puisque la Pentecôte est célébrée 50 jours après la Pâques, comme Shavuot est célébrée 49 jours (= 7 semaines) après Pessa’h.

‘Hag Shavuot Samea’h ! – ! חג שבועות שמח

Le NPA « désemparé » à Nancy devant l’antisémitisme assumé

En ce moment précis en France, nous sommes à un tournant : chaque jour les luttes de la classe ouvrière se durcissent et s’approfondissent, chaque jour la classe prolétaire peut sentir le besoin de refaire le monde à son image, et chaque jour le peuple peut comprendre à quel point son unité antifasciste est une question urgente.

Et pourtant, chaque jour nous rappelle la nullité de la « gauche radicale » française, et chaque jour les masses prolétaires juives se voient trahies et exclues par ceux qui se la jouent « révolutionnaires » mais ne veulent pas de l’unité populaire.

Aujourd’hui en France, nous avons un véritable condensé de ce qu’est la « gauche radicale » : c’est le Nouveau Parti Anticapitaliste (NPA) d’Olivier Besancenot, dont il n’est même pas possible de dire qu’il est d’extrême-gauche.

Le NPA de Besancenot a dans son répertoire toute une série de slogans, mais celui qui lui irait le mieux, ce pourrait être : aucune limite dans le populisme et la lâcheté !

On l’avait déjà vu quand Alain Krivine et Daniel Bensaïd avaient soutenu l’antisémite Siné, ou bien pendant les manifestations contre les massacres de Gaza (12), ou encore au moment du tapage autour de la librairie des antisémites de la CAPJPO-Europalestine (1234).

Or plus la crise capitaliste s’accentue, plus la petite-bourgeoisie s’agite, et plus la « gauche radicale » a d’occasions de montrer tout son opportunisme. La liste n’est donc pas prête de s’arrêter, et l’explosion de l’antisémitisme n’est pas prête d’être dénoncée et combattue.

Et justement, le dernier exemple « médiatisé » date de mercredi dernier, à une manifestation pour le boycott d’Israel à Nancy.

Un rassemblement avait eu lieu le 12 mai en fin d’après-midi devant un magasin Carrefour, à l’appel notamment du NPA de Nancy.

À ce rassemblement, une personne de l’UEJF de Nancy s’est pointée en compagnie de Khoutspa TV, sans doute pour ressortir ses discours en défense de l’État israelien… Une très courte vidéo en est ressortie, et a déjà pas mal circulé sur ce qu’on va appeler le « web sioniste » : on peut la visionner par ici.

Et que se passe-t-il dans cette vidéo ? Une femme interpelle le militant sioniste de l’UEJF en disant très clairement : « Vous vous appelez comment ? Arieh ? Bon écoutez, vous êtes juif ? Alors vous partez, vous n’avez rien à faire ici ! »

Sans commentaires…

Sauf que voilà, on voit très clairement au début de la vidéo les drapeaux du NPA, et à la fin de la vidéo on voit plusieurs militants du NPA regarder en direction de l’embrouille antisémite et faire comme si de rien n’était.

Évidemment on n’a pas la suite de l’embrouille dans la vidéo, mais le silence et la lâcheté de toute la « gauche radicale » autour d’un antisémitisme aussi assumé en disent long, très long.

Et d’ailleurs ce n’est qu’hier que le comité local du NPA a jugé bon de réagir : au bout de 5 jours, il était peut-être temps !

Le communiqué du NPA de Nancy est lisible par là, et est intitulé « Condamnation ! ». Condamnation de quoi, au juste ? On ne sait pas trop, et en vérité le NPA ne sait pas trop non plus…

Parce que quand on lit cette « condamnation », on se dit forcément : presque une semaine de silence pour un communiqué où ne figure même pas le mot « antisémitisme » ? On croit rêver… mais non.

Ce qui est certain, par contre, c’est que la lâcheté de la « gauche radicale » envers les masses populaires juives complète parfaitement son populisme envers les antisémites.

Et ce qui est encore plus certain, c’est que ce n’est pas en faisant un lien vers un blog sur le groupe Manouchian des FTP-MOI que le NPA de Nancy masquera son incompréhension totale de la place de l’antisémitisme dans la crise capitaliste et dans le développement du fascisme.

Une incompréhension tout à fait flagrante dans le premier commentaire posté en réaction au communiqué, par un militant NPA qui se targue d’être « révolutionnaire ».

Non seulement il y est expliqué « qu’il y a des organisations juives qui luttent en France comme en Israël contre leur Etat » : quel est alors cet État des « organisations juives en France » ? La France ou Israel ? On a peur par avance de la réponse…

Mais en plus ce « révolutionnaire » déclare sans problème que la critique de l’antisémitisme doit être conditionnée à la critique du sionisme pour être prise en compte.

Pour Hapoel il est clair qu’une critique pro-sioniste de l’antisémitisme est vouée à trahir les masses populaires juives, et est une insulte au peuple palestinien. Mais quel rapport entre d’une part l’antisémitisme en France qui se développe parallèlement à la crise capitaliste, et d’autre part les massacres sionistes en Palestine ?

Bref, quand on voit touTEs ces militantEs « de gauche » qui réagissent à peine à des propos antisémites, juste là sous leur nez, alors qu’en même temps se développe un (petit) buzz autour de cette vidéo… on comprend mieux comment recrutent les fascistes sionistes.

Mais il ne s’agit pas du NPA en particulier. En fait c’est toute la « gauche radicale » qui est d’un opportunisme sans limite, et qui efface toutes les définitions : même le mot « antisémitisme » est soigneusement évité.

Alors quand on est une personne issue du peuple et qui s’identifie comme juive, quand on veut en finir avec l’antisémitisme, et quand on cherche des définitions limpides et solides… eh bien ce n’est malheureusement plus vers la voie révolutionnaire qu’on se tourne.

Il est temps que cela change ! Il est temps de construire une véritable extrême-gauche révolutionnaire, qui ne fera aucun compromis sur le racisme, le sexisme, l’écologie et les valeurs de domination !

Juif ! Juive ! L’Action Antifasciste est ton organisation !

Staliiiiine est magique !!!

Allez Hapoel Tel Aviv !
Allez Bnei Sakhnin !


(Prolétaires de tous les pays, unissez-vous !)

! הפועל תל אביב עד המוות – Hapoel Tel Aviv ‘Ad HaMavet !

En France deux écoles s’affrontent : celle qui salue la suprématie de l’OM, et celle qui crève de jalousie dans un Parc des Princes infesté de fachos.

Pour la seconde école, peut-être qu’elle pourrait se consoler en regardant le football en Israel… Ou peut-être pas, finalement, si cette école supporte aussi les fachos du Beitar Yerushalaim…

Car hier soir, ce n’est pas seulement le championnat de Ligue 1 qui se terminait, mais aussi le championnat israelien de football, la Ligat Ha’Al.

Et c’est peu dire que la soirée a été très chargée en émotions !

Rappelons rapidement le contexte, étant donné que les règles de Ligat Ha’Al ont beaucoup changé depuis l’année dernière : élargissement du championnat à 16 équipes au lieu de 12, plus que 2 matchs entre chaque équipe au lieu de 3, introduction d’un système de playoff comme au basket, etc.

La première phase de championnat s’est déroulée « classiquement », comme on connaît en France. À l’issue de cette phase, le Maccabi ‘Haifa était premier à 77 points, Hapoel Tel Aviv second à 71 points, Maccabi Tel Aviv troisième à 52 points, Beitar Yerushalaim quatrième à 46 points, etc.

Mais la nouveauté de cette saison, c’est la nouvelle phase de playoff, où les 6 premières équipes de la saison « régulière » s’affrontaient en face-à-face. Entretemps, les scores de chaque équipe ont été divisés par deux, c’est-à-dire Maccabi ‘Haifa à 39 points, Hapoel Tel Aviv à 36 points, etc.

Et justement, dans le face-à-face Maccabi ‘Haifa – Hapoel Tel Aviv, ce sont les rouges qui l’ont emporté par 1 but à 0. À ce moment, Hap TA était premier à la différence de buts.

Sauf que voilà, à une journée de la fin, Hapoel Tel Aviv nous a fait une « frayeur », en concédant un match nul dans le derby contre Maccabi Tel Aviv.

À ce moment, Maccabi ‘Haifa était premier, et la seule chance pour les Rouges était de gagner le dernier match en même temps que les Verts ne gagnent pas.

Et c’est justement ce miracle qui s’est produit ! Hap TA a battu les fachos du Beitar, tandis que Maccabi ‘Haifa a fait match nul contre Bnei Yehuda !

Et encore, cela serait simple si la soirée n’avait pas été aussi éprouvante !

Pour résumer, quand Hapoel a ouvert le score à la 2ème minute, les rouges étaient champions. Puis le Beitar a égalisé à la 44ème minute, et ‘Haifa était de nouveau champion.

Et même quand Bnei Yehuda menaient contre ‘Haifa après la mi-temps, les verts de ‘Haifa étaient encore champions. Sans parler du moment où ils ont égalisé à la 75ème minute… et où on peut dire que les rouges étaient verts…

La délivrance est venue tard, très très tard, quand Zahavi a marqué à la 90ème minute !!!

Match nul pour ‘Haifa, victoire pour Hapoel : les rouges sont donc en 2010 champions d’Israel ! Pour la première fois depuis 10 ans !

Et ce n’est pas tout !

Car Hapoel Tel Aviv a réalisé un doublé, en remportant également la Coupe de l’État ce mardi 11 mai, par 3 buts à 1 contre Bnei Yehuda. (Pour rappel, Beitar J’lem avait fait pareil il y a deux ans…)

Bilan de la saison, pour celles et ceux qui ont suivi Hapoel Tel Aviv : une très belle remontée face au Maccabi ‘Haifa, et surtout un doublé qui n’était pas acquis mais qui est largement mérité !

Allez Hapoel ! Toujours rouges, jusqu’à la mort !

Shavua Tov – שבוע טוב

Shabbat Shalom – שבת שלום

Entrée vendredi à 21h06, sortie samedi à 22h23.

Ce dimanche, Fête de l’Insurrection Gitane

Une initiative de la Voix des Rroms, présentée par nos camarades les Red Lions 94.


 

Dimanche prochain, le 16 mai, aura lieu à St Denis (93)

la Fête de l’Insurrection Gitane

[Dès 18h30, Métro 13 - St Denis Basilique]

Cette fête est organisée pour célébrer l’insurrection des Rroms qui étaient enferméEs dans le camps d’extermination nazi de Birkenau le 16 mai 1944.

« Les morts se commémorent, les insurgés se célèbrent ! »
Voxrromorum – La voix des Rroms

Nous avons déja évoqué la situation des Tziganes à plusieurs reprises. Nous nous remémorons aussi Fransesca et Stéfan, deux enfants Rroms qui sont morts dans un bidonville d’Orly en février dernier.

À ce moment là, nous disions que, en France, les personnes Rroms sont traitées comme des moins que rien : racisme, humiliation, mépris, expulsion systématique de leur lieux d’installations ou refus de scolarisation des enfants sont leur lot quotidien.

En cette période de montée du fascisme, les Rroms font partie des principales victimes des haines raciales et des délires nationalistes.

La haine à l’encontre des Rroms prend de plus en plus un caractère génocidaire : beaucoup de personnes n’hésitent plus à parler des Rroms comme de parasites desquels ils voudraient se débarrasser.

En Italie, le peuple Rrom doit faire face à de véritables pogroms.

Face à cela, nous devons construire le front populaire antifasciste et soutenir l’autodéfense populaire. Le sort de touTEs les opriméEs est lié. Nous sommes toutes et tous des victimes du fascisme !

Nous soutenons cette initiative de la part de la Voix des Rroms et nous vous invitons toutes et tous à vous y rendre afin de faire vivre la solidarité antifasciste !

Nous reproduisons ci-dessous ce superbe texte qui raconte l’histoire de l’nsurrection gitane et nous rappelle que la révolte est toujours le meilleur espoir pour le Peuple.

« Le 16 mai 1944 les soldats allemands de Birkenau s’apprêtent à conduire les Rroms internés vers les chambres de la mort.

Avertis de ce projet final par le secrétaire polonais du camp, les Rroms s’organisent, s’arment de pioches et de pieds de biche et refusent de sortir de leurs baraquements lorsque l’ordre leur en est donné.

Dedans, armés, prêts à frapper, ils attendent l’entrée des SS afin de saisir leurs fusils et étendre l’insurrection à tout le camp.

Face à la force organisée qui leur résiste, les assassins abandonnent ce jour-là leur plan de mort.

Pour la première fois, la a href= »http://la-voix-des-rroms.agence-presse.net/ »>Voix des Rroms célèbrera l’acte vivant de cette insurrection.

Dans la fête, le chant, la danse, la fièrté et la joie, l’assemblée des vivants rappellera que c’est par la révolte organisée, le poing levé, que la vie digne repousse les forces noires quand elles approchent et qui parfois sont déja là. »

Texte de Voxrromorum – La voix des Rroms

[Il s'agit du texte cette très émouvante vidéo.]

Face aux préjugés, ne laisse rien passer !

« Born Free » de M.I.A. : un signe du saut dans l’époque des pogroms

En ce moment précis nous sommes à un tournant : l’antisémitisme prend une dimension principalement pogromiste.

C’est-à-dire que l’antisémitisme « dominant » n’est plus l’antisémitisme propagandiste des années 2000, et qu’il n’est pas encore principalement génocidaire.

Évidemment les différentes formes d’antisémitisme, de racisme anti-rrom et de social-darwinisme sont imbriquées les unes dans les autres, et il est difficile de voir précisément là où on en est.

Ainsi la flambée de violence antisémite des années 2000 était clairement de type pogromiste, tandis que la propagande antisémite des proto-nazis est une voie directe pour les politiques génocidaires.

Mais pour savoir où on en est et vers quoi on se dirige, il faut saisir les nuances et les dynamiques, savoir « sentir » les tendances et lire entre les lignes. Et justement il y a trois signes qui ne trompent pas.

Le premier signe, c’est l’ambiance étrange et malsaine – mais nouvelle – qui a entouré la mort de Saïd B. à Bobigny, début avril.

Cela peut paraître très formel, très « artificiel », mais il se peut que dans les mois et les années à venir, on retienne cet événement comme le moment précis où l’on a basculé vers l’antisémitisme pogromiste. Tout cela est évoqué dans notre document « Drame de Bobigny : où veut en venir l’U"J"FP ? ».

Le deuxième signe, nous l’avions déjà vu : c’est le fait que Dieudonné ne parle plus de « sionistes » mais directement de « juifs ». Il n’est pas le seul, et cela signifie que la cible n’est plus un « lobby » invisible et lointain, mais est juste là, à portée de pogrom.

Le troisième signe est le reflet inversé du second : tandis qu’à l’extrême-droite on se prépare à ratonner, à l’extrême-gauche on nie la réalité en bloc. Même le mot « antisémitisme » n’est plus jamais évoqué comme une actualité, alors qu’il l’était (si peu…) quand Dieudonné vendait sa propagande « antisioniste ».

C’est d’ailleurs une règle générale de l’extrême-gauche franco-française : face à une menace sourde mais écrasante, l’extrême-gauche « oublie » la réalité, car cela remettrait en cause trop de « traditions » depuis les années 1980. À côté de l’enthousiasme barbare du fascisme, à quoi peuvent bien ressembler les syndicats bidons et les concerts de soutien ?

En France depuis les années 1980, ce n’est donc plus l’extrême-gauche qui « découvre » et assume des thèmes pertinents, radicaux et populaires – comme la question des minorités sexuelles. En Angleterre c’est exactement le même schéma.

Mais alors comment s’expriment ces questionnements populaires ?

Par l’écho très détourné du milieu artistique, et pas de n’importe lequel : celui de certains artistes « provocateurs » et baroques, en apparence décadentEs, avec leurs inévitables limites dans la compréhension du monde. Citons simplement Serge Gainsbourg en France ou bien le mouvement punk en Angleterre.

Et c’est justement là qu’on en vient à un quatrième signe, qui montre qu’on entre dans une époque où la barbarie se déchaînera concrètement.

Ce signe, c’est la chanson « Born Free » de la chanteuse M.I.A., dont le clip a été réalisé par Romain Gavras. Ce clip de 9 minutes est sorti le 26 avril, a été aussitôt censuré sur Youtube, et depuis le buzz ne s’arrête pas.

M.I.A. est une chanteuse anglaise qui a grandi au Sri-Lanka en pleine guerre civile, dans une famille liée au mouvement de libération de la nation tamoule opprimée et massacrée. Elle est connue notamment pour son hit « Paper Planes ».

Romain Gavras, quant à lui, est le fils de Costa-Gavras, et est donc issu d’une famille de gauche. C’est son collectif Kourtrajmé qui a réalisé le clip de « Pour ceux » de la Mafia K1′Fry, ou bien celui de « Stress » de Justice (qui avait déjà fait plus ou moins scandale).

Le clip de « Born Free » est visionnable en très haute qualité sur le site de M.I.A., et pour les personnes intéressées, le premier single du prochain album de M.I.A. est sorti hier, sous le nom « XXXO ».

Le clip de « Born Free » est certes long, mais il se résume très rapidement.

On voit d’abord une descente de l’armée dans un immeuble, mais on ne sait pas qui les soldats cherchent. Ils arrêtent une personne, qui est emmenée dans un bus blindé, et on comprend enfin : ce sont les personnes rousses qui sont raflées. L’armée emmène les roux et les rousses dans le désert, après avoir été caillassée par de jeunes résistants roux. Là les personnes rousses sont forcées de courir dans un champ de mines, et elles sont assassinées.

Voilà le résumé, et en passant les détails gores, on voit bien que le contenu n’est pas tellement fouillé. Le sens est assez transparent : les personnes rousses symbolisent tous les individus « faibles » ou « différents », toutes les populations traquées et assassinées.

Du point de vue d’une personne juive ou rrom, il n’y a finalement rien de transcendant dans ce clip… et pourtant il marque un déclic !

Car il faut savoir que ce court-métrage est en quelque sorte un coup de pub pour le film que Romain Gavras compte sortir en septembre prochain. Ce film montrera deux frères roux, obligés de s’exiler en Irlande (bonjour le cliché…) pour espérer un jour s’épanouir.

Or on est en France, et Romain Gavras est un cinéaste français ! Ce film signifie donc bien quelque chose sur la situation actuelle en France : il est parlé de génocide, alors qu’en France l’extermination est soit taboue, soit systématiquement relativisée. Par conséquent c’est bel et bien un signe : il se passe quelque chose, là sous nos yeux.

Plus précisément, il s’agit d’un saut qualitatif dans le développement de la barbarie : la question de la violence social-darwiniste est posée, même si c’est « sans transition » sous la forme de l’extermination.

On entre donc réellement dans une autre époque, une époque de barbarie où plus rien ne sera comme avant, ce qui est pressenti par les artistes « décadents ». On entre dans l’époque des pogroms.

Mais revenons au clip de « Born Free », et remarquons quelques détails qui comptent.

D’abord le titre : « Born Free » fait très certainement référence au principe de la Déclaration des Droits de l’Homme comme quoi « les hommes naissent libres et égaux ». La couverture du single « Born Free », elle, représente un « assassinat ciblé » au Sri-Lanka.

Dans le clip, on aperçoit à un moment des peintures murales représentant des résistants roux. La référence aux Murals irlandais honorant la résistance armée est très nette. Quand on se souvient que M.I.A. est anglaise, on comprend qu’elle est en confrontation directe avec l’idéologie de l’impérialisme anglais.

De plus les membres de la résistance rousse portent des Kaffiyah, et caillassent le convoi de l’armée : on pense immédiatement à l’Intifada en Palestine. Enfin les uniformes des soldats génocidaires portent en écusson le drapeau américain ; cela dit, les drapeaux anglais ou français auraient sans doute été mieux, politiquement parlant.

En vérité, toutes ces références pourraient bien faire de M.I.A. une sorte d’anti-Lady Gaga à la culture d’extrême-gauche, assez proche de l’esprit d’Asian Dub Foundation.

D’autres détails du clip de « Born Free » sont cependant encore plus parlants, car ils montrent parfaitement certains aspects de ce qu’est concrètement un génocide.

Au-delà de la terreur fasciste qui est omniprésente, on voit que les personnes rousses sont considérées comme des « sous-hommes » sans aucun droit à la vie, dans une logique purement social-darwiniste. Ainsi l’enfant roux se fait assassiner froidement pour lancer la course dans le champ de mines.

À cela il faut ajouter un autre aspect essentiel. Les personnes rousses sont littéralement déportées dans le désert, comme durant le génocide arménien, exprès pour que leur massacre puisse être dissimulé : on est bien dans une logique de liquidation génocidaire, où les corps doivent disparaître.

Un dernier aspect essentiel, c’est la férocité et la cruauté. Dans le clip, les personnes déportées sont forcées de courir dans un champ de mines, et un véhicule les poursuit pour les canarder : dans le fascisme on est au-delà de l’exécution sommaire, on est dans la haine sadique et nihiliste. En un mot, dans la barbarie.

Ajoutons un détail qui dure une fraction de seconde : pendant la course, un roux doit sauter par-dessus un camarade qui vient de se faire abattre, et il le fait très machinalement. Ce geste est d’un réalisme frappant, car il montre que l’esprit des exterminéEs est bien compris : dans la bataille pour la survie immédiate, on n’est plus tout à fait humain.

Et enfin le dernier point, celui qui gâche tout : à la toute fin du clip, un roux marche sur une mine, et on voit au ralenti son corps déchiqueté par l’explosion. Est-ce pour pour faire prendre du recul au public en lui rappelant que ce n’est qu’un clip ? Est-ce simplement un plan « too much », le réalisateur ne pouvant s’en empêcher d’être baroque ?

Dans les deux cas, cela anéantit toute la profondeur du clip : Romain Gavras est pétri d’un esprit petit-bourgeois, et on voit bien qu’il recule au final devant l’horreur de la réalité génocidaire.

Rien d’étonnant à cela : le petit-bourgeois français refuse le sérieux et la discipline, car dans son esprit rien ne prête à conséquence, rien ne peut lui arriver… Peut-être donc que Gavras ne saisit pas bien la portée des questions posées par son propre clip.

Mais M.I.A., elle, connaît le sens du mot « génocide »…

Il y a encore un problème dans le clip de « Born Free » : les personnes rousses sont considérées uniquement comme des « symboles », des symboles de toutes les victimes du social-darwinisme.

Cela n’est pas correct : les personnes rousses sont victimes de manière quotidienne de moqueries voire de haines totalement gratuites.

Certes il faut être réaliste : il n’y aura probablement jamais d’holocauste roux. Mais il est capital de remarquer qu’en fait, la haine des personnes rousses est un véritable « laboratoire » du social-darwinisme.

En effet, les préjugés anti-roux remontent sans doute plus loin que le Moyen-Âge, mais c’est avec la chasse aux sorcières en Europe que la rousseur a été définitivement associée aux rites soi-disant sataniques.

Il y a donc aussi un contenu de brutalité sexiste dans les préjugés anti-roux, puisque la chasse aux sorcières a été un épisode de la répression patriarcale contre les femmes libres en Europe.

Aujourd’hui les préjugés anti-roux prennent une dimension véritablement haineuse. Il suffit d’aller voir dans les cours de récréation ou bien sur Facebook, et d’ailleurs certains groupes Facebook anti-roux ont été fermés en Angleterre suite à des brutalités « dans la vraie vie ».

Les préjugés anti-roux sont donc au stade d’une haine irrationnelle avec un contenu qui est au fond génocidaire. Ces préjugés entraînent des violences contre des individus roux, mais ne sont pas encore pogromistes – et ne le seront peut-être jamais.

La haine anti-rousse est donc en quelque sorte « figée » à un certain stade de son développement, mais il faut lui accorder une certaine attention. En effet les personnes handicapées sont également victimes de ce type de haine, et pourtant elles ont été liquidées par les nazis.

Au final la haine des personnes rousses est un terrible « cas d’école », qui montre que la barbarie vient « du milieu de la société ».

Autrement dit, la barbarie est tapie dans les valeurs dominantes du capitalisme, et quand les classes dominantes en ont besoin, cette barbarie est mobilisée au sein de certaines couches sociales, comme la petite-bourgeoisie ou le lumpen-prolétariat, par les secteurs les plus agressifs de la bourgeoisie imperialiste.

Voilà pourquoi nous disons que la haine des personnes rousses est un « laboratoire », typique du fonctionnement du social-darwinisme, et typique de la manière dont les capitalistes arrivent à mobiliser les valeurs de domination contre les personnes « faibles » ou « différentes ».

Quoi qu’il en soit, ce clip de M.I.A. est en soi une ligne de démarcation : tout cela, les conceptions petites-bourgeoises du monde ne peuvent ni le voir ni même l’imaginer, et par conséquent c’est aussi le cas de la grande majorité de l’extrême-gauche franco-française.

La vérité c’est qu’il s’agit d’une démarcation entre celles et ceux qui au fond ne croient pas aux pogroms, au fascisme, au génocide, et celles et ceux qui affirment que l’époque va être plus que dure : elle va être féroce.

Défends ta culture et ta vie !

Masha Bruskina, symbole de la résistance juive soviétique !

En Ukraine ou en Biélorussie, l’extermination des populations juives a été presque totale. Ainsi sur les territoires soviétiques occupés par les nazis, 2.8 millions de personnes juives sur 3 millions ont été assassinées par la barbarie fasciste.

Mais face au déchaînement génocidaire, des résistantEs se sont levéEs, et leur nom doit être honoré.

Le saviez-vous ?

Masha Bruskina était une très jeune communiste juive soviétique, assassinée par les nazis pour sa résistance antifasciste.

Objectivement on sait très peu de choses sur elle, et ce n’est qu’à la fin des années 1960 qu’elle a été identifiée, avant que son nom ne soit rendu public en 1996. Le blog féministe Pélénop lui avait déjà rendu un hommage.

Née en 1924, Masha était une membre active du Parti Communiste à Minsk en Biélorussie, où elle vivait avec sa mère.

Quand les troupes allemandes sont arrivées à Minsk en juin 1941, elle quitta le ghetto avec sa mère. Masha a alors rejoint la résistance communistes de la région de Minsk, et travaillait comme volontaire dans une infirmerie allemande pour les prisonniers de guerre soviétiques.

De là, elle participait à un trafic de documents et d’armes, afin de permettre aux francs-tireurs communistes d’attaquer une patrouille allemande. Elle aidait également à s’évader les soldats soviétiques qui étaient remis sur pied. Malheureusement en octobre 1941, un des évadés fut repris par les nazis et la dénonça.

Masha Bruskina n’avait que 17 ans, et elle allait devenir la première martyre assassinée en public en Union Soviétique occupée par les nazis.

Le 26 octobre 1941, Masha et ses camarades partisans furent penduEs au centre de Minsk, par les soldats de la 707ème division d’infanterie de Gustav Freiherr Von Bechstolsheim, qui avait à son actif 19000 assassinats dont la plupart de personnes juives.

Mais avant la pendaison, une parade fut organisée. Une femme juive antifasciste, cela était insupportable pour les nazis qui s’imaginaient avoir affaire à des « sous-hommes », et Masha fut la seule à porter une pancarte autour du cou où il était inscrit : « Nous sommes des partisans et nous avons tiré sur des soldats allemands. »

Jusqu’au dernier instant, Masha a eu une attitude héroïque qui méprisait la mort et les nazis : la mort n’éblouit pas les yeux des partisanes !

Une photo prise par les bouchers fascistes est restée célèbre : les nazis ont voulu assassiner Masha, ils l’ont rendue immortelle ! Quant à la mère de Masha, elle fut tuée par les nazis dans le ghetto de Minsk, seulement un mois après sa fille.

« Je voyais les soldats armés allemands et lithuaniens dans la rue. Ils escortaient 3 prisonniers qui avaient les mains enchaînées dans le dos. Au milieu, une fille avait une pancarte autour du cou. Ils étaient dirigés vers l’entrée de l’usine. Je remarquai comment ces gens avançaient calmement. La fille ne regardait pas. Quand ils s’arrêtèrent, l’un des fascistes commença à frapper contre la porte de ma voisine et exigea une chaise. Mais elle avait peur et n’ouvrit pas la porte. Un peu plus tard un soldat revenait avec un tabouret sous le bras de l’un des bâtiments de l’usine. Les portes de l’usine étaient grande ouvertes. L’officier jeta un câble sur une poutre transversale et fit un nœud coulant. La première dirigée vers le gibet était la fille. »
Témoignage d’Antona Zhevzhik.

« Quand on la mettait sur le tabouret, la fille tournait la tête vers le mur. Les bourreaux voulaient qu’elle tourne le visage vers le groupe, mais elle se détournait toujours et restait ainsi. Peu importe combien de fois ils tentaient de la tourner vers eux, elle tournait toujours le dos au groupe. Enfin, ils abandonnèrent et donnèrent un coup de pied dans le tabouret afin de le pousser sous elle. »
Témoignage de Pyotr Pavlovich Borisenko.

Game Over, Nazis !

« Pour qu’il n’y ait plus de fusils, il faut prendre le fusil ! »

Le 8 mai 1945 à Berlin, l’Allemagne nazie signait sa capitulation devant l’Armée Rouge, après avoir signé la veille sa reddition sur le front occidental. Avec cette capitulation se terminait la deuxième guerre mondiale en Europe.

Mais pour des raisons historiques plutôt anecdotiques, c’est le 9 mai qui a été retenu en Union Soviétique pour célébrer le Jour de la Victoire. C’est donc aussi le 9 mai que les antifascistes d’Allemagne célèbrent la défaite de leur pays, et Hapoel s’inscrit également dans cette tradition révolutionnaire.

Ainsi le camp antifasciste célèbre aujourd’hui le 65ème anniversaire de la victoire des peuples contre l’Allemagne nazie et ses alliés.

La seconde guerre mondiale a été une immense boucherie, et on estime aujourd’hui qu’elle a fait plus de 60 millions de personnes dans le monde, dont 40 millions de civilEs.

En particulier les héroïques peuples soviétiques ont payé un très lourd tribut de plus de 20 millions de mortEs dans la guerre antifasciste, et la Chine a également été saignée dans des proportions comparables par l’impérialisme japonais.

Quant aux minorités juives d’Europe, les persécutions d’avant-guerre ont pris un caractère génocidaire avec la guerre impérialiste, et les nazis et leurs alliés ont méthodiquement assassiné 6 millions de personnes juives, soit les 3/4 de la population juive d’Europe.

La Shoah a été une amputation terrible pour les minorités juives, de la Pologne aux Pays-Bas en passant par la Grèce. Les cicatrices ne sont pas refermées, pour les survivantEs les cauchemars ne sont pas éteints, et les juifs n’oublient pas.

La seconde guerre mondiale n’a pas été seulement une boucherie, elle a été une boucherie impérialiste. Car il faut bien avoir en tête la crise générale du capitalisme, qui s’était largement aggravée dans un cycle allant de 1929 à 1945.

Devant cette crise, la guerre a été une porte de sortie pour les capitalistes de toutes les grandes puissances, afin de relancer la production et l’accumulation du capital après une phase de destructions, mais aussi pour repartager le monde entre puissances impérialistes rivales, et enfin pour régler le « problème » que posait l’existence de l’URSS aux classes dominantes européennes.

Aujourd’hui, 65 ans après la victoire anti-nazie, le capitalisme est de nouveau dans une phase de crise générale, les contradictions entre impérialismes s’aiguisent, et d’ailleurs il n’y a pas eu un seul jour de paix dans le monde depuis 1945.

Ce qui se profile à l’horizon, c’est bien la guerre impérialiste, et son cortège de destructions, de morts et de génocides.

La seule solution pour éviter la guerre impérialiste, c’est d’abattre le système impérialiste : « Ou bien la révolution conjurera la guerre, ou bien c’est la guerre qui déclenchera la révolution. »

Aujourd’hui comme il y a 65 ans, guerre à la guerre impérialiste !
Il n’y aura pas de nouvelle boucherie ! Il n’y aura pas de nouvel holocauste !

Shavua Tov – שבוע טוב

Shabbat Shalom – שבת שלום

Entrée vendredi à 20h56, sortie samedi à 22h10.

La Terre D’abord : religions vs animaux

Une présentation de La Terre D’abord, un blog qui met en avant le slogan « Libération animale et écologie radicale ». Il y a quelques inexactitudes mineures, mais la présentation est limpide.

La question se pose en ces termes : manger kasher pour un hypothétique monde à venir ? ou bien refuser la souffrance animale dans ce monde-ci ?

Pour le véganisme ! Pour la libération animale !

Judaïsme, christianisme et islam contre le véganisme

À partir du moment où Dieu est considéré comme ayant autorisé l’emploi des animaux (entre autres) comme nourriture, alors il n’est pas possible de remettre cela en cause.

Les choses sont donc très claires : le judaïsme, le christianisme et l’Islam considèrent que le véganisme ne peut pas remettre en cause la hiérarchie décidée par Dieu. Surtout que les différents rites et traditions comportent parfois l’utilisation des animaux !

En fait, les religions sont nées avec la domestication des animaux et le remplacement du matriarcat par le patriarcat. L’humanité part à la conquête de la nature et la religion justifie l’asservissement, que ce soit le judaïsme, le christianisme ou bien l’Islam.

Ces trois religions ont les mêmes fondements et on retrouve les mêmes principes principaux : tout d’abord que les animaux sont là pour servir les humains, et ensuite qu’en aucun cas le style de vie vegan ne peut être mis en avant comme mode de vie supérieur sur le plan éthique.

Bien entendu ces trois religions entretiennent un certain flottement par rapport à ce sentiment important qu’est la compassion, de par leur nature de religion.

Certains au sein de ces religions ont tenté de remettre en cause le rapport aux animaux, mais leur remise en cause a été catégoriquement rejetée, et est considérée comme contraire à l’esprit de la religion, ainsi qu’à ses lois.

La raison en est que la réalisation immédiate du « paradis » sur Terre est formellement rejetée (comme hérésie religieuse et surtout sociale).

Pour le judaïsme, le christianisme et l’Islam, il est bien souligné que le monde « idéal » appartient au passé (le jardin d’Éden) ou bien au futur (la fin des temps), et en aucun cas au présent.

La Bible, dans le texte appelé la Genèse (partie 1:29) et situé tout au début, explique ainsi que la nourriture n’est pas d’origine animale, tout en considérant que l’humanité doit dominer :

« Dieu créa l’homme à son image, il le créa à l’image de Dieu, il créa l’homme et la femme.

Dieu les bénit, et Dieu leur dit : Soyez féconds, multipliez, remplissez la terre, et l’assujettissez ; et dominez sur les poissons de la mer, sur les oiseaux du ciel, et sur tout animal qui se meut sur la terre.

Et Dieu dit : Voici, je vous donne toute herbe portant de la semence et qui est à la surface de toute la terre, et tout arbre ayant en lui du fruit d’arbre et portant de la semence : ce sera votre nourriture.

Et à tout animal de la terre, à tout oiseau du ciel, et à tout ce qui se meut sur la terre, ayant en soi un souffle de vie, je donne toute herbe verte pour nourriture. Et cela fut ainsi. »

Mais un peu plus tard dans la Genèse toujours, suite à la sortie du jardin d’Éden puis au déluge, la situation a changé (de 9:2 à 9:5) : la domination reste, mais le rapport aux animaux est désormais lié à la mise à mort.

« Vous serez un sujet de crainte et d’effroi pour tout animal de la terre, pour tout oiseau du ciel, pour tout ce qui se meut sur la terre, et pour tous les poissons de la mer : ils sont livrés entre vos mains.

Tout ce qui se meut et qui a vie vous servira de nourriture : je vous donne tout cela comme l’herbe verte.

Seulement, vous ne mangerez point de chair avec son âme, avec son sang.

Sachez-le aussi, je redemanderai le sang de vos âmes, je le redemanderai à tout animal ; et je redemanderai l’âme de l’homme à l’homme, à l’homme qui est son frère. »

La Bible explique que « tout ce qui se meut et qui a vie » doit servir de nourriture.

Et les religions juive et musulmane ont sur ce principe fondé une sorte de division entre ce qui est valable (casher, halal) et ce qui ne l’est pas. Dans le judaïsme, ce sont les rabbins qui ont défini les règles, tandis que dans l’Islam ces règles se rapportent au Coran et aux dires du prophète Mahomet.

Le christianisme, quant à lui, ne s’embarrassera pas de cela et considère que tous les animaux peuvent être mangés.

Jésus lui-même est présenté comme ayant mangé des animaux. Luc (24 :42 et 24 :43) raconte ainsi :

« Ils lui présentèrent du poisson rôti et un rayon de miel. Il en prit, et il mangea devant eux. »

Il y a dans le nouveau testament de nombreuses références positives à la consommation d’animaux (Jésus et l’agneau de Pâques, dans les Actes il est dit à Pierre qu’il a le droit de tuer car ce n’est pas « impur », etc.).

La consommation de viande est d’ailleurs totalement intégrée dans le mode de vie chrétien, au point qu’il y a le vendredi où l’on doit manger… du poisson, et le mardi-gras où l’on a le droit de nouveau de manger de la viande après le carême (d’où le terme de carnaval – venant de carne vale) qui est une période « maigre ».

Dans le judaïsme, dans le christianisme et dans l’Islam, la séparation n’est donc pas entre vegan et non-vegan, mais entre pur (casher, halal) et impur, ou bien il n’y a pas de séparation du tout (comme dans le christianisme).

Et ces trois religions soulignent le fait qu’il est interdit de remettre cela en question, et donc de faire une séparation entre vegan et non-vegan.

Dans le nouveau testament, dans les Romains, il est expressément affirmé qu’il n’y a pas le droit de revendiquer la non-utilisation des animaux :

« Faites accueil à celui qui est faible dans la foi, et ne discutez pas sur les opinions.

Tel croit pouvoir manger de tout : tel autre, qui est faible, ne mange que des légumes.

Que celui qui mange ne méprise point celui qui ne mange pas, et que celui qui ne mange pas ne juge point celui qui mange, car Dieu l’a accueilli. »

Le judaïsme fait de même. Les téfilines, réceptacles que les hommes doivent porter autour du bras pour la prière du matin durant la semaine, sont en cuir. Les parchemins qu’ils contiennent sont en peaux d’animaux.

Tout autre matière que la peau d’animal est considérée comme non casher. Les personnes religieuses juives sont ici devant une contradiction insoluble par rapport au véganisme. La seule « solution » qu’elles ont trouvé sont des téfilines faites par le Rabbi Rosenberg, faites à partir de peaux de bébés animaux morts lors de fausses couches.

On notera que les rouleaux de la Torah (les commandements religieux établis par les rabbins) dans la synagogue sont également écrits sur des peaux d’animaux comme les parchemins, tout comme les parchemins de la mezouzah qu’on met à côté des portes. Le chofar, instrument de musique utilisé lors des prières pour les grandes fêtes, est lui à fait à partir d’une corne de bélier (et n’a pas le droit d’être fait autrement).

L’Islam suit le même principe avec le festival du sacrifice, l’Eid, où un animal doit être égorgé. Cette fête est incontournable.

Tout comme le christianisme, l’Islam considère qu’il n’y a pas lieu d’opposer une alimentation fondée sur l’utilisation des animaux et une alimentation végane ; l’une vaut l’autre et aucune ne peut être considérée comme « supérieure ».

Ho, Ho, Ho Shimon ! Che, Che, Guemara !

L’agression de Nîmes, un « anticapitalisme » fantasmé ?

À Nîmes ce dimanche matin, un homme de presque 80 ans a été agressé en sortant de la synagogue. Hier soir, on apprenait qu’un suspect était en garde-à-vue.

Évidemment nous ne savons encore rien de qui est cet individu, ni si c’est bien lui l’agresseur antisémite, ni alors de ses motivations antisémites précises.

Toujours est-il que son interpellation a été facilitée par la vidéosurveillance du centre communautaire : les agresseurs ont été filmés par la caméra au-dessus de la porte, et il suffisait alors à la police de les suivre après coup grâce aux autres caméras de surveillance sur leur parcours.

Les photos parues dans la presse semblent confirmer ce que voulait sans doute dire un « officiel » de la communauté, quand il déclarait que « les agresseurs n’ont pas le look loubard ». Ces images sont disponibles sur le site du Midi Libre (123).

Évidemment il y a lieu de se réjouir de l’avancement de l’enquête : c’est une question de justice, une question de dignité pour Aaron S., la victime de l’agression antisémite.

Dans les affaires d’agressions racistes, il est difficile d’imaginer à quel point la question de la dignité est essentielle, à quel point l’individualité est blessée en profondeur.

Et cela d’autant plus qu’Aaron S. raconte avoir subi en Algérie l’humiliation antisémite de Vichy, en étant expulsé de l’école à l’âge de 8 ans et en étant déchu de la citoyenneté française.

Il y a donc lieu de se réjouir, oui, mais on a quand même du mal à digérer tout cela, quand on se souvient de l’avertissement qu’a été l’agression de mars 2009.

Car à défaut d’une véritable protection, à quoi sert la vidéosurveillance, à part au fliquage permanent ?

Imaginons qu’il soit arrivé pire à Aaron S. : qu’aurait dit l’État français ? Est-ce que la vidéosurveillance aurait sauvé la victime ?

Et d’ailleurs, qui a financé la caméra de surveillance qui a filmé les agresseurs ? Est-ce l’État français, ou bien est-ce le centre communautaire qui a été obligé de mettre la main à la poche ?

La bourgeoisie française et son État sont incapables de protéger la minorité nationale juive. Et on se demande s’ils le veulent vraiment, quand on comprend l’intérêt que les dominants peuvent retirer dans la division raciste du peuple…

Mais disons les choses clairement : si l’État bourgeois est à ce point incapable de protéger la minorité juive, il s’agit en fait d’un problème beaucoup plus profond que simplement des caméras et des flics devant la syna.

Un problème dont on comprend la portée quand on voit la deuxième image de vidéosurveillance publiée par le Midi Libre.

On croit halluciner, mais il n’y a pas de doute : c’est bien un T-shirt à l’effigie du communiste Che Guevara que porte le taggeur antisémite !

Le Midi Libre relève ce détail, et comprend bien qu’il y a quelque chose qui cloche ; il évoque donc une éventuelle tentative de brouiller les pistes.

Pourquoi pas. Mais le contraire est au moins aussi plausible.

Comprendre le mouvement fasciste aujourd’hui, c’est saisir la dimension pseudo-révolutionnaire que veut se donner le fascisme, vu comme « anticapitalisme romantique ».

Souvenons-nous de la profanation du cimetière de Strasbourg, pour l’anniversaire de la libération d’Auschwitz par l’Armée Rouge. Déjà à ce moment, Hapoel expliquait :

Vidé de son sens radical, [le 27 janvier] devient non seulement « inoffensif », mais de plus la bourgeoisie veut le façonner à son image : faux, hypocrite, grandiloquent, formel, insignifiant.

Les fascistes ont alors beau jeu de se présenter comme « rebelles » contre un symbole phagocyté par la bourgeoisie, eux qui s’imaginent « révoltés », « enthousiastes », « offensifs » – alors qu’ils ne portent que la décadence et la barbarie…

Quand on saisit ainsi que l’antisémitisme des néonazis est fantasmé par eux-mêmes comme une « révolte », la profanation qu’a connue le cimetière de Strasbourg devient « logique ».

En vérité, cela va culturellement et idéologiquement beaucoup plus loin que de la simple démagogie « anticapitaliste », et pour le comprendre il faut étudier Zeev Sternhell et Moishe Postone.

En effet les fascistes s’imaginent « sincères » dans leur « anticapitalisme », et peuvent être fascinés par l’image du révolutionnaire anti-impérialiste qu’a été Che Guevara.

La récupération du Che est même un grand classique chez les fascistes « nationalistes-révolutionnaires », qui osent remplacer l’étoile communiste par une croix celtique sur le béret de commandant de Che Guevara.

À noter toutefois que pour d’autres fascistes (nationaux-catholiques aussi bien que néo-nazis), Che Guevara aurait été un « crypto-sioniste » : ils prétendent même qu’il aurait été le cousin d’Ariel Sharon !!!

Bref, cette histoire de T-shirt de Che Guevara est beaucoup plus profonde que ce que le Midi Libre veut bien comprendre.

C’est quand on voit ce T-shirt pseudo-révolutionnaire que l’on comprend à quel point l’État français est impuissant face à l’explosion de l’antisémitisme.

Car au bout du compte, aucun État ne peut résister aux assauts des masses populaires. Sauf que si ces masses sont gagnées à la démagogie fasciste, alors on va directement aux pogroms plutôt qu’au renversement révolutionnaire de l’ordre établi.

L’État français, dominé pour l’instant par la bourgeoisie « traditionnelle » de Sarkozy, ne peut donc rien contre le fascisme : il représente l’ordre établi auquel plus personne ne fait confiance, tandis que les fascistes se prétendent « révoltés ».

C’est pour cela qu’Hapoel affirme que la protection de la minorité nationale juive, c’est bien plus qu’une question de caméras et de flics.

La seule véritable garantie pour notre sécurité, c’est la solidarité antiraciste des masses populaires et l’autodéfense juive à la base !

À Nîmes, une nouvelle attaque antisémite

Vendredi à Strasbourg, un homme a été agressé en plein centre-ville à une heure de pointe, uniquement parce qu’il portait une kippa.

Avant-hier à Nîmes a encore eu lieu une agression antisémite.

Ce dimanche matin vers 8h devait commencer l’office de Lag Ba’Omer, à la synagogue de Nîmes vers la gare.

Peu après l’ouverture des portes de la synagogue, un homme est ressorti pour aller déposer des Matzot dans sa voiture. Cet homme est âgé de presque 80 ans, et est connu pour être très actif dans la communauté de Nîmes.

À 50 mètres de la synagogue, trois personnes l’ont agressé avec leur bombe lacrymogène, et seraient reparties presque comme si de rien n’était vers la gare. D’après un « officiel » de la communauté, « les agresseurs n’ont pas le look loubard » (qu’est-ce que cela signifie ?).

Retournant précipitamment à la synagogue en criant à l’aide, la victime de l’agression a pu se rincer les yeux, mais elle est encore sous le choc – et certainement pour longtemps.

Encore une chose : quand les personnes présentes dans la synagogue sont sorties pour apporter de l’aide à la victime, elles ont remarqué un tag « Nike Lé Juif » à la peinture dorée sur l’une des deux portes de la syna.

Cette inscription n’était pas là quand les croyants sont entrés dans la synagogue, et la victime de l’agression est ressortie seulement quelques minutes après.

Le scénario le plus probable qui est évoqué est donc le suivant : les trois agresseurs antisémites auraient attendu que tout le monde rentre dans la synagogue pour tagger sa porte ; puis ils auraient attendu dehors pour observer de loin les réactions.

Ils auraient donc vu leur victime sortir de la synagogue et se diriger vers eux. Et alors cette attaque serait clairement antisémite, voire presque préméditée.

L’après-midi même près de Nîmes, 250 personnes juives étaient réunies pour célébrer Lag Ba’Omer, ce qui a permis au passage de faire circuler l’information.

Quant à Hapoel, toutes nos pensées vont à la victime de cette agression antisémite, et toute notre solidarité va à la minorité juive de Nîmes.

Deux agressions contre des individus juifs en deux jours : la machine de l’antisémitisme pogromiste est déjà lancée, et elle n’est pas prête de s’arrêter.

En mars 2009, c’était le rabbin de la communauté qui avait été agressé à plusieurs reprises en seulement une heure : la sonnette d’alarme a donc déjà été tirée à Nîmes.

Une question très simple se pose : pourquoi est-ce que la synagogue de Nîmes n’est pas protégée à Shabbat et aux fêtes ?

Une chose est sûre : le racisme au sein du peuple arrange bien les classes dominantes et l’État français, et leur faire confiance, c’est à terme une illusion tragique.

Juif ! Juive ! Défends ta vie face à l’antisémitisme et au fascisme !
Personne ne te protégera mieux que toi-même : organise-toi à la base !
Pour des groupes autonomes d’autodéfense juive !

L’extrême-gauche et les résistances populaires juives : le contre-exemple d’Indymedia

Le point de départ d’Hapoel, c’est l’explosion de l’antisémitisme.

Les pratiques et les conceptions d’Hapoel se fondent depuis janvier 2009 sur un double constat : d’une part l’explosion de l’antisémitisme en France parallèlement à la crise générale du capitalisme ; d’autre part le fait que l’antisémitisme touche et touchera en priorité les personnes juives issues des classes populaires.

Au développement de l’antisémitisme en lien avec la crise capitaliste, il faut opposer une lutte antifasciste se fondant sur les masses populaires dans leur ensemble, avec une option révolutionnaire affirmée : seul le front populaire antifasciste est à la hauteur de notre époque.

Et si les personnes juives du peuple sont en première ligne face à l’antisémitisme, alors les résistances populaires juives sont nécessaires et surtout possibles : il y a historiquement la place en France pour une autodéfense juive antifasciste.

Voilà pourquoi depuis le début, la stratégie d’Hapoel se résume ainsi : unité populaire antiraciste + autodéfense juive antifasciste.

C’est d’ailleurs sur ce critère de l’unité populaire que se base notre rejet concret du sionisme, ici et maintenant. Notre point de départ est l’antisémitisme, et Hapoel considère que le sionisme désarme les masses populaires juives en les isolant des masses populaires dans leur ensemble, et en leur faisant croire qu’il existerait un capitalisme sans Auschwitz.

Hapoel est un groupe antifasciste autonome qui se reconnaît dans l’approche de l’Action Antifasciste, et qui regroupe des révolutionnaires de la minorité nationale juive de France.

Cette initiative est la réponse antifasciste à un besoin qui devient chaque jour plus criant : celui d’un outil ouvert aux masses populaires qui se reconnaissent comme juives, afin d’appuyer leurs résistances face à la montée du fascisme.

Donner la parole aux masses populaires juives et leur fournir des armes antifascistes : voilà une question impérative d’autodéfense, mais aussi d’unité du peuple. Contre la progression du fascisme, il faut unir celles et ceux qui peuvent être uniEs.

L’intérêt du peuple, c’est l’unité à la base dans l’affrontement classe contre classe. Voilà pourquoi Hapoel déclarait dès le départ : « Juif ! Juive ! Comprends que ton destin est lié à celui des classes populaires en France, dans la lutte pour une société métissée où le capitalisme aura disparu. »

Autrement dit : l’intérêt des masses populaires juives, c’est l’intérêt des masses populaires dans leur ensemble.

Et réciproquement ! « Il n’y aura pas de révolution en France sans que les personnes juives et arabes ne se lancent dans la bataille : elles sont le témoin d’une juste ligne de masse. »

Le camp révolutionnaire doit comprendre cela : oublier l’antisémitisme, c’est nier l’existence de la minorité nationale juive, c’est négliger l’unité populaire contre un état des choses voué à empirer, et c’est en définitive renoncer à la révolution.

Or que voit-on ? Qu’à l’extrême-gauche, presque personne ne parle de l’antisémitisme de manière systématique, profonde, scientifique.

Les contre-exemples se comptent sur les doigts de la main : Hapoel et l’Action Antifasciste évidemment, les marxistes-léninistes-maoïstes du PCMLM, les anarcho-syndicalistes de la CNT-AIT, la revue Ni Patries Ni Frontières, le blog Luftmenschen, et la revue Non Fides qui n’existe plus. Mais aussi l’association Mémorial 98 (qui n’est malheureusement pas d’extrême-gauche), et des individus par ci par là, souvent des anarchistes.

Bien entendu les approches et les options révolutionnaires de ces structures sont très différentes, et certaines seraient même scandalisées d’apparaître côte à côte. Mais les faits sont là, et en tout cas la question de l’antisémitisme a été posée sans compromis.

Quant à presque tout le reste de l’extrême-gauche en France, elle vit dans la négation de l’antisémitisme, d’une manière ou d’une autre.

Soit en l’oubliant voire en le niant purement et simplement ; soit en admettant que l’antisémitisme existe, mais serait secondaire et ne serait pas une actualité ; soit en l’opposant systématiquement au racisme anti-arabe, puisque le prétexte n’est aujourd’hui même plus la Palestine ; soit – et c’est le comble du raffinement antisémite – en « préférant les juifs morts aux juifs vivants ».

En clair : « les juifs, ça nous fait chier ».

Cela, c’est la réalité de l’extrême-gauche en France, et ne parlons même pas de la petite-bourgeoisie « de gauche » qui s’imagine « radicale » mais est entièrement infestée d’antisémitisme…

Pour comprendre tout cela, citons justement un exemple tout à fait parlant de ce qu’est la négation de l’antisémitisme par une partie de l’extrême-gauche : il s’agit de certains collectifs français du réseau « Indymedia ».

Qu’est-ce que c’est, Indymedia ?

C’est un réseau international né en 1999. Ce réseau regroupe des collectifs « indépendants » d’information. Chaque collectif local met à disposition un site où chacunE peut publier des articles sur les luttes sociales : c’est le principe de l’open-publishing. Ces articles consistent soit en des annonces d’initiatives, soit en de l’actualité (locale ou « globale »), soit en des analyses.

En France, on compte des collectifs Indymedia à Paris, Lille, Grenoble, Nantes, Toulouse, Poitiers, en Auvergne, ainsi que des initiatives semblables à Rennes, Lyon, Marseille, Nice, etc. Et pour les personnes qui se sentiraient concernées, il existe aussi bien Indymedia Israel.

Il va donc de soi que Indymedia est une initiative marquée à l’extrême-gauche, et peut être un outil pratique, réactif, concret pour les luttes de classe. En vérité il en va de l’autonomie de classe.

Mais il y a une faille : n’importe qui peut publier n’importe quoi ! Enfin pas exactement, puisque chaque Indymedia comporte tout de même une équipe qui assure la modération : chaque article publié est soumis au débat de la modération, et est ensuite publié ou refusé.

Et pourtant, force est de constater que certains collectifs Indymedia ont un véritable problème avec l’antisémitisme, voire avec le féminisme, la condition des animaux ou le racisme en général.

Au point par exemple qu’Indymedia Paris avait dû fermer à l’été 2008, après être quasiment devenu un pont entre extrême-gauche petite-bourgeoise délirante et extrême-droite antisémite de type proto-nazi.

Au fond ce n’est pas sorcier : l’équipe de modération de chaque Indymedia décide de l’identité à mettre en avant, et c’est cette modération qui devient l’enjeu politique.

Pourquoi est-ce que Hapoel parle d’Indymedia ?

Il faut savoir qu’Indymedia a été et est encore un terrain de bataille entre une frange antisémite et une frange antifasciste exigente.

Il s’agit tout simplement de ne pas laisser de place à la confusion entre extrême-gauche et extrême-droite, et ainsi de ne pas abandonner à des fascistes un outil collectif d’information sur les luttes de classe.

Et si cette bataille peut sembler très virtuelle, il ne faut pas s’y tromper : ces antifascistes ont sans doute bien vu que certaines synthèses sur Internet entre les proto-nazis et une certaine « extrême-gauche » allaient se traduire dans le monde réel.

Du moins c’est ce qu’Hapoel y comprend, tout en sachant qu’Hapoel n’est pas engagé dans cette bataille et ne veut donc pas parler à la place des individus concernés.

D’autant plus que pour notre part, nous développons notre propre média activiste, participons occasionnellement au Forum Antifasciste, et considèrons le site de l’Action Antifasciste comme un « journal collectif de groupes antifascistes autonomes ».

Mais le problème, c’est qu’il n’est pas exact de dire qu’Hapoel n’est pas engagé dans cette bataille : nous l’avons été, mais très longtemps à notre insu.

En effet, des gens « malveillants » ont longtemps essayé de diffuser des documents d’Hapoel plus ou moins trafiqués, en voulant faire croire que c’était Hapoel qui était derrière ce harcèlement.

Comment ! Des juifs qui s’organisent sur une base antifasciste et qui ne s’excusent pas d’être juifs ? Cela était trop pour les antisémites qui pullulent dans la « gauche radicale » !

Et justement il est facile de remarquer que souvent, les articles qu’ils pirataient étaient précisément ceux qui se confrontaient à la « haine de soi ». Bref, tout ce qui fait que notre identité n’a rien à voir avec l’U"J"FP…

Tout d’abord, Hapoel tient à clarifier la situation : nous n’avons rien à voir dans ce harcèlement, ni de près ni de loin. Hapoel a posté une unique fois sur Indymedia, au moment de notre lancement en janvier 2009.

Une unique fois, et cela pour une raison simple : quand notre présentation a été refusée par la modération d’Indymedia Nantes, nous avons compris le message politique, et avons juré qu’on ne nous y reprendrait plus.

Ensuite, face à l’évidence de la manipulation, il y a des individus qui ont pris la défense d’Hapoel, qui ont exprimé leur solidarité, qui ont tenté de clarifier la situation. Nous tenons à les remercier, et il ne s’agit ni de mots gratuits, ni de politesse, ni de formalisme.

Mais revenons à cette histoire de manipulation des documents d’Hapoel, et entendons-nous bien : il s’avère que la grande majorité de ces articles trafiqués ont été refusés par les collectifs Indymedia chez qui ils étaient postés.

Tant mieux : Hapoel ne tient pas à apparaître à côté d’antisémites, comme par exemple la CAPJPO-Europalestine.

La politique de la classe ouvrière, c’est l’exact contraire du flou artistique, et Hapoel considère qu’il ne faut laisser aucun espace à la confusion. Il en va du respect de celles et ceux qui ne sont pas familierEs des débats à l’extrême-gauche, mais qui sont écœuréEs par le libéralisme envers les racistes et les antisémites.

Là où cela coince, c’est que bien souvent, les documents piratés ont été refusés pour de mauvaises raisons, de très mauvaises raisons.

Et c’est là qu’on en vient en particulier aux collectifs Indymedia de Toulouse et de Nantes – même si de fait, le problème est plus profond que cela.

Déjà ce qui est hallucinant, c’est que les équipes de modération d’Indymedia Nantes et Toulouse aient pu croire que c’était Hapoel qui spammait leur média. Alors que non seulement il y avait des mises en garde de la part de certains individus antifascistes, mais surtout il suffisait de contacter Hapoel comme a pu le faire un autre collectif Indymedia.

Donc ou bien c’est de la naïveté, ou bien c’est de la mauvaise foi… ou bien c’est un acte politique calculé.

Et justement, quelles sont les raisons qui ont poussé Indymedia Nantes et Toulouse à refuser les « contributions » venant soi-disant d’Hapoel ?

La première raison évoquée, c’est l’anticommunisme.

Hapoel a mis en avant la figure révolutionnaire de Staline, et cela dès le premier jour. Non seulement parce que Staline était un grand spécialiste des questions de minorités nationales, non seulement parce que Staline a dirigé l’Union Soviétique et l’Armée Rouge qui a libéré les camps de la mort, mais aussi parce que Staline représente l’intransigeance d’acier de la classe ouvrière.

Et apparemment cela dérange. Chez certainEs, l’hystérie anticommuniste passe donc avant l’unité de la classe ouvrière, et avant la cruelle actualité de l’unité antifasciste.

Mais quand on sait qu’Indymedia Nantes a décidé de ne pas refuser d’office les contributions communistes à l’avenir, on se dit qu’il y a quelque chose qui ne colle pas…

Et en vérité, il ne faut pas aller chercher très loin : des antifascistes d’origine juive, cela est insupportable pour une partie de l’extrême-gauche !

Il suffit de voir comment Indymedia Toulouse a réglé son problème : « Le site d’Hapoel est très ambigu, malgré qu’il soit dans une mouvance antifasciste, il appelle à une violence de domination et d’oppression ethnique, se basant sur l’effacement des individus dans une pensée politique extrémiste. »

Une violence de domination et d’oppression ethnique ? On est là dans du pur délire !

Et dans la même veine, on a eu le droit à des critiques de « communautarisme », de « prosélytisme religieux », et de toutes sortes de fantasmes qui resurgissent quand on parle de juifs.

De même, Hapoel n’a pas échappé à un immense classique de l’antisémitisme bien français : la délation antisémite. Ainsi Indymedia Nantes avait pu fantasmer sur un soi-disant « Parti Communiste Marxiste-Léniniste-Maoïste-Juif ».

Indymedia Nantes ne le sait peut-être pas, mais cette forme précise d’anti-maoïsme est dans la plus stricte continuité de l’antisémitisme de droite des années 1970, quand la jeunesse juive s’engageait bien souvent dans une extrême-gauche, trotskyste ou maoïste, qui faisait trembler l’ordre dominant.

Encore pire : on retrouve là les réflexes racistes d’une extrême-gauche bien franchouillarde, qui considère que pour disqualifier une idéologie, il suffit de la dénoncer comme étrangère. Et non seulement de la dénoncer comme étrangère, mais de la dénoncer de la manière la plus française qui soit : comme étant juive !

Mais tout cela n’a rien d’étonnant, quand on comprend que l’antisémitisme à la française fonctionne justement sur le mode de l’hypocrisie qui se transforme un jour très soudainement en son contraire : le délire irrationnel et brutal. Il suffit de penser aux parcours de Raymond Barre, de Siné ou de Dieudonné…

Et en vérité, l’équipe de modération d’Indymedia Nantes est à elle toute seule une synthèse très frappante de cet antisémitisme à la française.

D’abord l’hypocrisie, par exemple en janvier : « Il n’est pas question pour nous de dire que les juifs ne sont pas confrontés à des problèmes de racisme, qu’il n’y a pas de bonnes raisons de chercher à le dénoncer. »

Puis au bout d’un moment, le saut qualitatif soudain et brutal dans le délire antisémite : « Hapoel publie des articles plus que douteux sur son site (apologie de Mao, staline…) et contribue à propager l’idée d’un antisémitisme permanent et trahissable dans tous les sujet de notre societé (idée qui rejoint là la grande majorité de la presse bourgeoise). »

Tout d’abord, cette explication d’Indymedia Nantes est très clairement de type proto-nazi. Cette remarque antisémite est digne d’Alain Soral, et est tout à fait intolérable à l’extrême-gauche.

De plus les genTEs d’Indymedia Nantes ne doivent pas connaître l’histoire de DJ Lam.C, et ne doivent certainement pas savoir ce que c’est de vivre le racisme.

Et pourtant la remarque d’Indymedia Nantes est correcte : Hapoel considère effectivement l’antisémitisme comme un critère pour juger les pratiques et les conceptions à l’extrême-gauche, et par exemple le silence autour d’Ilan Halimi est très parlant.

Si l’on ajoute à cela que les minorités juives – entres autres – sont au confluent de la contradiction ville / campagne et de la contradiction travail manuel / travail intellectuel, ou bien si l’on admet la thèse de Zeev Sternhell et de Moishe Postone comme quoi le fascisme-mouvement est une sorte d’« anticapitalisme romantique »… alors oui : l’antisémitisme doit devenir une question capitale pour les antifascistes !

Seulement voilà, Indymedia Nantes ne veut pas de l’unité populaire, Indymedia Nantes ne veut pas de l’unité antifasciste, car en réalité Indymedia Nantes ne veut pas voir les masses populaires juives s’emparer de la lutte antifasciste pour vaincre et vivre !

Hapoel considère que cette mise au point est suffisamment claire, suffisamment explicite et suffisamment documentée pour permettre à chacunE de comprendre les tenants et les aboutissants de notre critique. Par conséquent nous n’avons pas l’intention d’en rajouter par la suite : pour nous cette « affaire » est réglée.

Juif ! Juive !

Face à l’explosion de l’antisémitisme, tu sais déjà que tu n’auras pas le choix : engage-toi dans la résistance populaire au fascisme !

Mais sache qu’une partie de l’extrême-gauche ne veut pas entendre parler des résistances populaires juives, et préférerait t’enfermer dans la voie raciste et anti-populaire qu’est le sionisme.

Participe avec l’Action Antifasciste à la construction d’une extrême-gauche véritablement révolutionnaire : réaliste, métissée, populaire, solidaire, radicale !

Une extrême-gauche dans laquelle tu puisses te reconnaître, et qui puisse unir le peuple dans son ensemble derrière le front populaire antifasciste dirigé par la classe ouvrière !

Une extrême-gauche conséquente qui ira jusqu’au bout contre le vieux monde, une extrême-gauche qui affirmera : vaincre pour vivre !

Violente attaque antisémite à Strasbourg

Ce vendredi vers 12h30, un homme de 42 ans a été violemment attaqué par deux agresseurs en plein centre de Strasbourg, place de l’Homme de Fer.

Il a d’abord reçu un coup de barre de fer par derrière, puis a été tabassé au sol, et a reçu au moins un coup de couteau dans le cou. L’homme – David P. – a été immédiatement hospitalisé dans un état jugé grave, notamment pour une cicatrice très profonde à la base du cou.

L’un de ses agresseurs a réussi à parcourir 700 mètres avant d’être arrêté, tandis que l’autre a été arrêté chez lui en possession d’un couteau et d’une barre de fer. Leur garde-à-vue est censée se terminer aujourd’hui, sans doute en début d’après-midi.

Aussitôt l’attaque connue, on a parlé des agresseurs comme étant des « déséquilibrés« , comme disent les médias bourgeois. Il s’avère en effet que ces deux individus se soient rencontrés dans un « contexte psychiatrique« . Ainsi selon le parquet de Strasbourg, « tout laisse à penser qu’on a affaire à un déséquilibré. »

Et pourtant, la place de l’Homme de Fer est un lieu de passage extrêmement fréquenté à Strasbourg, où se croisent plusieurs lignes de tramway – et d’ailleurs David P. venait de descendre d’un tram.

Alors pourquoi a-t-il qu’il a été attaqué par derrière tandis qu’il ne connaissait pas ses agresseurs ? Pourquoi est-ce David P. en particulier qu’on a voulu assassiner ?

Il ne faut malheureusement pas aller chercher très loin : c’était la veille de Shabbat, et David P. portait une kippa.

Le caractère antisémite de cette attaque ne fait donc aucun doute. D’autant que les premières déclarations des agresseurs en garde-à-vue seraient allées très nettement dans ce sens.

Et l’on voit bien comment l’État français veut minimiser la portée antisémite de cette agression, tout comme il minimise systématiquement la dimension raciste de certains crimes.

Soyons clairs : David P. ne doit la vie sauve qu’au fait qu’il a été attaqué par deux personnes totalement délirantes en plein centre-ville à une heure de pointe. Si David avait croisé ces deux mêmes « déséquilibrés » dans un endroit isolé, on ne sait pas ce qui serait advenu.

Et il ne s’agit pas là de « jouer à se faire peur » : aujourd’hui une personne avec une kippa peut se faire agresser en plein centre-ville, et ses agresseurs peuvent s’enfuir sur 700 mètres, même en étant plus ou moins « inconscients ».

Heureusement l’état de David P. s’était amélioré hier, et il est depuis sorti de l’hôpital.

Aujourd’hui, toutes nos pensées vont vers David. Hapoel lui souhaite une Refouah Shlemah, ainsi que de passer une fête de Lag Ba’Omer entouré de ses proches – une fête aussi joyeuse qu’elle peut l’être après une telle agression raciste…

Enfin, un rassemblement silencieux est organisé à Strasbourg par les « institutions juives » : il aura lieu lundi à 12h30, sur le parvis de la synagogue de la Paix.

Lag Ba’Omer Samea’h !

Joyeuse fête de Lag Ba’Omer à toutes et tous !

Une courte explication du pourquoi de Lag Ba’Omer par ici. Les croyances populaires autour du Rashbi sont bien plus mystiques… et donc bien plus passionnantes !

Une présentation de la Ghriba de Djerba et de son pèlerinage annuel par là. Une pensée spéciale pour les TunisienNEs.

C’est l’heure des brasiers, et il ne faut voir que la lumière !

Shavua Tov – שבוע טוב