Le point de départ d’Hapoel, c’est l’explosion de l’antisémitisme.
Les pratiques et les conceptions d’Hapoel se fondent depuis janvier 2009 sur un double constat : d’une part l’explosion de l’antisémitisme en France parallèlement à la crise générale du capitalisme ; d’autre part le fait que l’antisémitisme touche et touchera en priorité les personnes juives issues des classes populaires.
Au développement de l’antisémitisme en lien avec la crise capitaliste, il faut opposer une lutte antifasciste se fondant sur les masses populaires dans leur ensemble, avec une option révolutionnaire affirmée : seul le front populaire antifasciste est à la hauteur de notre époque.
Et si les personnes juives du peuple sont en première ligne face à l’antisémitisme, alors les résistances populaires juives sont nécessaires et surtout possibles : il y a historiquement la place en France pour une autodéfense juive antifasciste.
Voilà pourquoi depuis le début, la stratégie d’Hapoel se résume ainsi : unité populaire antiraciste + autodéfense juive antifasciste.
C’est d’ailleurs sur ce critère de l’unité populaire que se base notre rejet concret du sionisme, ici et maintenant. Notre point de départ est l’antisémitisme, et Hapoel considère que le sionisme désarme les masses populaires juives en les isolant des masses populaires dans leur ensemble, et en leur faisant croire qu’il existerait un capitalisme sans Auschwitz.
Hapoel est un groupe antifasciste autonome qui se reconnaît dans l’approche de l’Action Antifasciste, et qui regroupe des révolutionnaires de la minorité nationale juive de France.
Cette initiative est la réponse antifasciste à un besoin qui devient chaque jour plus criant : celui d’un outil ouvert aux masses populaires qui se reconnaissent comme juives, afin d’appuyer leurs résistances face à la montée du fascisme.
Donner la parole aux masses populaires juives et leur fournir des armes antifascistes : voilà une question impérative d’autodéfense, mais aussi d’unité du peuple. Contre la progression du fascisme, il faut unir celles et ceux qui peuvent être uniEs.
L’intérêt du peuple, c’est l’unité à la base dans l’affrontement classe contre classe. Voilà pourquoi Hapoel déclarait dès le départ : « Juif ! Juive ! Comprends que ton destin est lié à celui des classes populaires en France, dans la lutte pour une société métissée où le capitalisme aura disparu. »
Autrement dit : l’intérêt des masses populaires juives, c’est l’intérêt des masses populaires dans leur ensemble.
Et réciproquement ! « Il n’y aura pas de révolution en France sans que les personnes juives et arabes ne se lancent dans la bataille : elles sont le témoin d’une juste ligne de masse. »
Le camp révolutionnaire doit comprendre cela : oublier l’antisémitisme, c’est nier l’existence de la minorité nationale juive, c’est négliger l’unité populaire contre un état des choses voué à empirer, et c’est en définitive renoncer à la révolution.
Or que voit-on ? Qu’à l’extrême-gauche, presque personne ne parle de l’antisémitisme de manière systématique, profonde, scientifique.
Les contre-exemples se comptent sur les doigts de la main : Hapoel et l’Action Antifasciste évidemment, les marxistes-léninistes-maoïstes du PCMLM, les anarcho-syndicalistes de la CNT-AIT, la revue Ni Patries Ni Frontières, le blog Luftmenschen, et la revue Non Fides qui n’existe plus. Mais aussi l’association Mémorial 98 (qui n’est malheureusement pas d’extrême-gauche), et des individus par ci par là, souvent des anarchistes.
Bien entendu les approches et les options révolutionnaires de ces structures sont très différentes, et certaines seraient même scandalisées d’apparaître côte à côte. Mais les faits sont là, et en tout cas la question de l’antisémitisme a été posée sans compromis.
Quant à presque tout le reste de l’extrême-gauche en France, elle vit dans la négation de l’antisémitisme, d’une manière ou d’une autre.
Soit en l’oubliant voire en le niant purement et simplement ; soit en admettant que l’antisémitisme existe, mais serait secondaire et ne serait pas une actualité ; soit en l’opposant systématiquement au racisme anti-arabe, puisque le prétexte n’est aujourd’hui même plus la Palestine ; soit – et c’est le comble du raffinement antisémite – en « préférant les juifs morts aux juifs vivants ».
En clair : « les juifs, ça nous fait chier ».
Cela, c’est la réalité de l’extrême-gauche en France, et ne parlons même pas de la petite-bourgeoisie « de gauche » qui s’imagine « radicale » mais est entièrement infestée d’antisémitisme…

Pour comprendre tout cela, citons justement un exemple tout à fait parlant de ce qu’est la négation de l’antisémitisme par une partie de l’extrême-gauche : il s’agit de certains collectifs français du réseau « Indymedia ».
Qu’est-ce que c’est, Indymedia ?
C’est un réseau international né en 1999. Ce réseau regroupe des collectifs « indépendants » d’information. Chaque collectif local met à disposition un site où chacunE peut publier des articles sur les luttes sociales : c’est le principe de l’open-publishing. Ces articles consistent soit en des annonces d’initiatives, soit en de l’actualité (locale ou « globale »), soit en des analyses.
En France, on compte des collectifs Indymedia à Paris, Lille, Grenoble, Nantes, Toulouse, Poitiers, en Auvergne, ainsi que des initiatives semblables à Rennes, Lyon, Marseille, Nice, etc. Et pour les personnes qui se sentiraient concernées, il existe aussi bien Indymedia Israel.
Il va donc de soi que Indymedia est une initiative marquée à l’extrême-gauche, et peut être un outil pratique, réactif, concret pour les luttes de classe. En vérité il en va de l’autonomie de classe.
Mais il y a une faille : n’importe qui peut publier n’importe quoi ! Enfin pas exactement, puisque chaque Indymedia comporte tout de même une équipe qui assure la modération : chaque article publié est soumis au débat de la modération, et est ensuite publié ou refusé.
Et pourtant, force est de constater que certains collectifs Indymedia ont un véritable problème avec l’antisémitisme, voire avec le féminisme, la condition des animaux ou le racisme en général.
Au point par exemple qu’Indymedia Paris avait dû fermer à l’été 2008, après être quasiment devenu un pont entre extrême-gauche petite-bourgeoise délirante et extrême-droite antisémite de type proto-nazi.
Au fond ce n’est pas sorcier : l’équipe de modération de chaque Indymedia décide de l’identité à mettre en avant, et c’est cette modération qui devient l’enjeu politique.

Pourquoi est-ce que Hapoel parle d’Indymedia ?
Il faut savoir qu’Indymedia a été et est encore un terrain de bataille entre une frange antisémite et une frange antifasciste exigente.
Il s’agit tout simplement de ne pas laisser de place à la confusion entre extrême-gauche et extrême-droite, et ainsi de ne pas abandonner à des fascistes un outil collectif d’information sur les luttes de classe.
Et si cette bataille peut sembler très virtuelle, il ne faut pas s’y tromper : ces antifascistes ont sans doute bien vu que certaines synthèses sur Internet entre les proto-nazis et une certaine « extrême-gauche » allaient se traduire dans le monde réel.
Du moins c’est ce qu’Hapoel y comprend, tout en sachant qu’Hapoel n’est pas engagé dans cette bataille et ne veut donc pas parler à la place des individus concernés.
D’autant plus que pour notre part, nous développons notre propre média activiste, participons occasionnellement au Forum Antifasciste, et considèrons le site de l’Action Antifasciste comme un « journal collectif de groupes antifascistes autonomes ».
Mais le problème, c’est qu’il n’est pas exact de dire qu’Hapoel n’est pas engagé dans cette bataille : nous l’avons été, mais très longtemps à notre insu.
En effet, des gens « malveillants » ont longtemps essayé de diffuser des documents d’Hapoel plus ou moins trafiqués, en voulant faire croire que c’était Hapoel qui était derrière ce harcèlement.
Comment ! Des juifs qui s’organisent sur une base antifasciste et qui ne s’excusent pas d’être juifs ? Cela était trop pour les antisémites qui pullulent dans la « gauche radicale » !
Et justement il est facile de remarquer que souvent, les articles qu’ils pirataient étaient précisément ceux qui se confrontaient à la « haine de soi ». Bref, tout ce qui fait que notre identité n’a rien à voir avec l’U"J"FP…
Tout d’abord, Hapoel tient à clarifier la situation : nous n’avons rien à voir dans ce harcèlement, ni de près ni de loin. Hapoel a posté une unique fois sur Indymedia, au moment de notre lancement en janvier 2009.
Une unique fois, et cela pour une raison simple : quand notre présentation a été refusée par la modération d’Indymedia Nantes, nous avons compris le message politique, et avons juré qu’on ne nous y reprendrait plus.
Ensuite, face à l’évidence de la manipulation, il y a des individus qui ont pris la défense d’Hapoel, qui ont exprimé leur solidarité, qui ont tenté de clarifier la situation. Nous tenons à les remercier, et il ne s’agit ni de mots gratuits, ni de politesse, ni de formalisme.
Mais revenons à cette histoire de manipulation des documents d’Hapoel, et entendons-nous bien : il s’avère que la grande majorité de ces articles trafiqués ont été refusés par les collectifs Indymedia chez qui ils étaient postés.
Tant mieux : Hapoel ne tient pas à apparaître à côté d’antisémites, comme par exemple la CAPJPO-Europalestine.
La politique de la classe ouvrière, c’est l’exact contraire du flou artistique, et Hapoel considère qu’il ne faut laisser aucun espace à la confusion. Il en va du respect de celles et ceux qui ne sont pas familierEs des débats à l’extrême-gauche, mais qui sont écœuréEs par le libéralisme envers les racistes et les antisémites.

Là où cela coince, c’est que bien souvent, les documents piratés ont été refusés pour de mauvaises raisons, de très mauvaises raisons.
Et c’est là qu’on en vient en particulier aux collectifs Indymedia de Toulouse et de Nantes – même si de fait, le problème est plus profond que cela.
Déjà ce qui est hallucinant, c’est que les équipes de modération d’Indymedia Nantes et Toulouse aient pu croire que c’était Hapoel qui spammait leur média. Alors que non seulement il y avait des mises en garde de la part de certains individus antifascistes, mais surtout il suffisait de contacter Hapoel comme a pu le faire un autre collectif Indymedia.
Donc ou bien c’est de la naïveté, ou bien c’est de la mauvaise foi… ou bien c’est un acte politique calculé.
Et justement, quelles sont les raisons qui ont poussé Indymedia Nantes et Toulouse à refuser les « contributions » venant soi-disant d’Hapoel ?
La première raison évoquée, c’est l’anticommunisme.
Hapoel a mis en avant la figure révolutionnaire de Staline, et cela dès le premier jour. Non seulement parce que Staline était un grand spécialiste des questions de minorités nationales, non seulement parce que Staline a dirigé l’Union Soviétique et l’Armée Rouge qui a libéré les camps de la mort, mais aussi parce que Staline représente l’intransigeance d’acier de la classe ouvrière.
Et apparemment cela dérange. Chez certainEs, l’hystérie anticommuniste passe donc avant l’unité de la classe ouvrière, et avant la cruelle actualité de l’unité antifasciste.
Mais quand on sait qu’Indymedia Nantes a décidé de ne pas refuser d’office les contributions communistes à l’avenir, on se dit qu’il y a quelque chose qui ne colle pas…
Et en vérité, il ne faut pas aller chercher très loin : des antifascistes d’origine juive, cela est insupportable pour une partie de l’extrême-gauche !
Il suffit de voir comment Indymedia Toulouse a réglé son problème : « Le site d’Hapoel est très ambigu, malgré qu’il soit dans une mouvance antifasciste, il appelle à une violence de domination et d’oppression ethnique, se basant sur l’effacement des individus dans une pensée politique extrémiste. »
Une violence de domination et d’oppression ethnique ? On est là dans du pur délire !
Et dans la même veine, on a eu le droit à des critiques de « communautarisme », de « prosélytisme religieux », et de toutes sortes de fantasmes qui resurgissent quand on parle de juifs.
De même, Hapoel n’a pas échappé à un immense classique de l’antisémitisme bien français : la délation antisémite. Ainsi Indymedia Nantes avait pu fantasmer sur un soi-disant « Parti Communiste Marxiste-Léniniste-Maoïste-Juif ».
Indymedia Nantes ne le sait peut-être pas, mais cette forme précise d’anti-maoïsme est dans la plus stricte continuité de l’antisémitisme de droite des années 1970, quand la jeunesse juive s’engageait bien souvent dans une extrême-gauche, trotskyste ou maoïste, qui faisait trembler l’ordre dominant.
Encore pire : on retrouve là les réflexes racistes d’une extrême-gauche bien franchouillarde, qui considère que pour disqualifier une idéologie, il suffit de la dénoncer comme étrangère. Et non seulement de la dénoncer comme étrangère, mais de la dénoncer de la manière la plus française qui soit : comme étant juive !
Mais tout cela n’a rien d’étonnant, quand on comprend que l’antisémitisme à la française fonctionne justement sur le mode de l’hypocrisie qui se transforme un jour très soudainement en son contraire : le délire irrationnel et brutal. Il suffit de penser aux parcours de Raymond Barre, de Siné ou de Dieudonné…
Et en vérité, l’équipe de modération d’Indymedia Nantes est à elle toute seule une synthèse très frappante de cet antisémitisme à la française.
D’abord l’hypocrisie, par exemple en janvier : « Il n’est pas question pour nous de dire que les juifs ne sont pas confrontés à des problèmes de racisme, qu’il n’y a pas de bonnes raisons de chercher à le dénoncer. »
Puis au bout d’un moment, le saut qualitatif soudain et brutal dans le délire antisémite : « Hapoel publie des articles plus que douteux sur son site (apologie de Mao, staline…) et contribue à propager l’idée d’un antisémitisme permanent et trahissable dans tous les sujet de notre societé (idée qui rejoint là la grande majorité de la presse bourgeoise). »
Tout d’abord, cette explication d’Indymedia Nantes est très clairement de type proto-nazi. Cette remarque antisémite est digne d’Alain Soral, et est tout à fait intolérable à l’extrême-gauche.
De plus les genTEs d’Indymedia Nantes ne doivent pas connaître l’histoire de DJ Lam.C, et ne doivent certainement pas savoir ce que c’est de vivre le racisme.

Et pourtant la remarque d’Indymedia Nantes est correcte : Hapoel considère effectivement l’antisémitisme comme un critère pour juger les pratiques et les conceptions à l’extrême-gauche, et par exemple le silence autour d’Ilan Halimi est très parlant.
Si l’on ajoute à cela que les minorités juives – entres autres – sont au confluent de la contradiction ville / campagne et de la contradiction travail manuel / travail intellectuel, ou bien si l’on admet la thèse de Zeev Sternhell et de Moishe Postone comme quoi le fascisme-mouvement est une sorte d’« anticapitalisme romantique »… alors oui : l’antisémitisme doit devenir une question capitale pour les antifascistes !
Seulement voilà, Indymedia Nantes ne veut pas de l’unité populaire, Indymedia Nantes ne veut pas de l’unité antifasciste, car en réalité Indymedia Nantes ne veut pas voir les masses populaires juives s’emparer de la lutte antifasciste pour vaincre et vivre !
Hapoel considère que cette mise au point est suffisamment claire, suffisamment explicite et suffisamment documentée pour permettre à chacunE de comprendre les tenants et les aboutissants de notre critique. Par conséquent nous n’avons pas l’intention d’en rajouter par la suite : pour nous cette « affaire » est réglée.
Juif ! Juive !
Face à l’explosion de l’antisémitisme, tu sais déjà que tu n’auras pas le choix : engage-toi dans la résistance populaire au fascisme !
Mais sache qu’une partie de l’extrême-gauche ne veut pas entendre parler des résistances populaires juives, et préférerait t’enfermer dans la voie raciste et anti-populaire qu’est le sionisme.
Participe avec l’Action Antifasciste à la construction d’une extrême-gauche véritablement révolutionnaire : réaliste, métissée, populaire, solidaire, radicale !
Une extrême-gauche dans laquelle tu puisses te reconnaître, et qui puisse unir le peuple dans son ensemble derrière le front populaire antifasciste dirigé par la classe ouvrière !
Une extrême-gauche conséquente qui ira jusqu’au bout contre le vieux monde, une extrême-gauche qui affirmera : vaincre pour vivre !
