Tobaron Waxman, entre « théorie queer », tradition religieuse et formalisme artistique
Ce soir a lieu à Paris une « performance » d’un artiste juif américain, Tobaron Waxman.
Tobaron Waxman est ce qu’il appelle un « FTM », l’abréviation pour « Female To Male » : il est biologiquement une femme, mais se reconnaît dans une « identité genrée » d’homme. En gros, il est un peu le contraire de Dana International.
Cette « performance » s’intitule « GenderfluXXXors Uncoded : an FTM supornova », et a lieu au Palais de Tokyo sur l’initiative du séminaire « queer » « F*uck My Brain ». La présentation de cet événement est par ici.
1. Qu’est-ce que la « théorie queer » ?
« Identité genrée » ? « Supornova » ? « Séminaire queer » ? À première vue, tout cela est juste incompréhensible.
Et en fait ça l’est, à moins de savoir ce qu’est la « théorie queer ».
La question de la sexualité est une question extrêmement épineuse, où les révolutionnaires doivent faire preuve d’un grand matérialisme, c’est-à-dire d’une part garder le sens des réalités, connaître les oppressions à abattre, et d’autre part reconnaître à sa valeur correcte le vécu de chaque individuE.
Hapoel n’a pas vocation à être spécialisé dans les questions de sexualité, même si nous avons déjà abordé notamment le féminisme ou bien l’homosexualité masculine – comme dernièrement avec Ivri Lider, l’exemple même du « gay pacifié ».
Cela dit, on ne peut pas contourner la question de la « théorie queer » si l’on parle de cette performance de Tobaron Waxman. Voici ce que nous en avons compris, sans aucune prétention à être complets ni même consensuels…
La « théorie queer » est une construction intellectuelle d’universitaires expliquant qu’au fond, rien n’a de sens à part le « désir » et l’ « identité » de l’individu. La « théorie queer » remet en question les sexes et préfère parler de « genres », un concept fourre-tout qui se base sur le refus même des définitions.
Le sexisme et le patriarcat consisteraient, quant à eux, en une hiérarchie « socialement construite » entre différentes « identités genrées », hiérarchie qu’il faudrait « déconstruire » pour se libérer. Autrement dit, le patriarcat ne serait pas une oppression concrète qu’il faut abattre, mais une sorte de fantôme qu’il suffirait de nommer pour qu’il disparaisse.
Il n’est donc pas difficile de voir que la « théorie queer » est une forme s’opposant quant au fond au féminisme matérialiste et révolutionnaire (comme mis en avant par le groupe Pélénop de l’Action Antifasciste), en étant ouvert à la pornographie ou à la prostitution…
Et il n’est pas non plus difficile de voir que la « théorie queer » n’a rien de populaire, et tout du petit-bourgeois en pleine décadence : le séminaire « F*uck My Brain » est un regroupement d’universitaires et d’artistes bobos, et la performance de ce soir a lieu au Palais de Tokyo dans le 16ème arrondissement de Paris.
L’idéologie de la classe ouvrière est limpide comme le cristal et tranchante comme l’acier, et il suffit de lire le début de la présentation Wikipédia pour voir qu’une théorie qui rejette toute définition limpide et tranchée n’a strictement rien de révolutionnaire. Une présentation qui apparemment se veut incompréhensible :
« Considérant le genre comme un construit et non comme un fait naturel, la théorie queer est avant tout une possibilité de repenser les identités en dehors des cadres normatifs d’une société envisageant la sexuation comme constitutive d’un clivage binaire entre les humains, ce clivage étant basé sur l’idée de la complémentarité dans la différence et censé s’actualiser principalement par le couple hétérosexuel. »
Une critique claire et accessible de la « théorie queer » est faite par le Parti Communiste Marxiste-Léniniste-Maoïste (PCMLM) : « Le queer, une idéologie fétichiste nihiliste et anti-féministe ».
2. Quel rapport entre « queer » et tradition religieuse juive ?
Rien n’est clair sur le site du séminaire « F*uck My Brain », car le nom de la performance (« GenderfluXXXors Uncoded: an FTM supornova ») n’a rien à voir avec ce qui en est dit.
Ce qui est décrit sur la page de présentation de l’événement de ce soir, c’est plutôt la performance « Opshersnish », qui est d’ailleurs intéressante à analyser en deux mots.
Rappelons que Tobaron Waxman est une femme qui se reconnaît dans une « identité » d’homme. Dans sa performance « Opshersnish », il fait donc le parallèle entre d’une part sa transformation de femme en homme – pas nécessairement chirurgicale, d’ailleurs – et d’autre part le rituel juif orthodoxe de l’Upsherin.
L’Upsherin, c’est ce « rite de passage » pour les jeunes garçons de 3 ans qui consiste à se faire couper les cheveux pour la première fois.
L’Upsherin est une tradition relativement récente du judaïsme orthodoxe – tout au plus 300 ans – mais qui a dû être popularisée dans l’ancien foyer juif de Palestine depuis plus longtemps, sous l’impulsion des maîtres kabbalistes de Tzfat.
Dans la tradition de la Kabbale, l’arbre est un symbole plus que récurrent – comme nous l’avons déjà rappelé à Tou BiShvat – d’après le principe que « l’arbre du champ est l’homme lui-même » (Dvarim dans la Torah).
Or dans la juridiction agricole religieuse (dans VaYikra, évidemment…), les arbres sont « Orlah » jusqu’à l’âge de 3 ans, c’est-à-dire qu’il est interdit d’en récolter les fruits. Il n’y a donc qu’un pas à franchir chez les orthodoxes pour interdire de couper les cheveux avant l’âge de 3 ans !
Qu’est-ce que Tobaron Waxman doit y voir, avec sa « théorie queer » ? Que la cérémonie de l’Upsherin est l’acte marquant la « construction du genre » de l’enfant. Peut-être même plus, pour Tobaron Waxman, que la Brith Milah…
C’est-à-dire qu’avant les 3 ans, il n’y a pas de différences entre filles et garçons, mais qu’après les orthodoxes coupent les cheveux des garçons, qui doivent alors porter la kippa. C’est donc à ce moment que les garçons « deviennent » garçons, et que par défaut les filles « deviennent » filles.
3. L’art « conceptuel » de Tobaron Waxman, un art ultra-formaliste prisonnier de la religion
Tobaron Waxman fait donc le parallèle avec sa transformation « identitaire » de femme en homme dans sa performance, qui a eu lieu au musée juif de San Francisco – haut lieu du « queer » s’il en est ! – en s’étant laissé pousser les cheveux depuis la première fois où il a effectué cette performance (à Chicago en 2000).
Dans cette performance, Tobaron Waxman se fait en effet accrocher les cheveux longs avec des câbles fixés au plafond, et se les fait couper par le public. Un peu comme dans le rituel de l’Upsherin, donc.
De plus, il faut savoir que la performance de San Francisco fin 2009 avait lieu dans le cadre d’une exposition « Reinventing Ritual », c’est-à-dire la démarche typique du judaïsme libéral, qui vit en permanence une véritable schizophrénie entre la tradition juridique du judaïsme et les aspirations « modernistes » d’un clergé qui se veut « éclairé »…
Ainsi, le mode de raisonnement est ici l’analogie… voire l’analogie bancale…
Cela est un point essentiel à comprendre, puisque cela est typique de la pensée juive midrashique, d’après le principe du « Remez », de « l’indice », c’est-à-dire le niveau allusif de l’exégèse. Tobaron Waxman sombre donc dans le formalisme rabbinique, qui est un mode de pensée plus que dépassé depuis la dialectique de Hegel puis de Marx – Engels.
Cela montre bien l’ironie de la situation.
D’une part on a une performance en apparence très « branchée », une théorie en apparence très « radicale ». De plus, en se laissant aller à un « délire d’interprétation » (si on a la patience avec ce genre d’art bobo), on peut éventuellement lire une critique vaguement antisexiste de la religion.
Mais d’autre part et de façon très ironique, Tobaron Waxman ne comprend même pas à quel point il est prisonnier du mode de pensée religieux réactionnaire, tout en se croyant très radical avec son nihilisme « queer » !
Si l’on rajoute à cela le fait qu’au fond, Tobaron Waxman n’a pas grand’chose à dire avec une performance longue de 10 ans, on voit bien à quel point tout cela se résume à de la pure forme, à de la pure apparence de modernité et de « radicalité ».
Ainsi, la forme de la performance est donc purement intellectuelle, et en plus à tendance bobo franchement insuppportable…
Bref, l’art « conceptuel » de Tobaron Waxman est du pur formalisme qui n’a rien à dire… et qui ne s’adresse certainement pas au peuple, seul créateur de la culture universelle positive à notre époque !
Il suffit d’ailleurs de voir ses autres travaux artistiques, comme « Le’hem Oni / Prusa » qui consiste en un empilement de savons et de Matzot, qui est censé rappeler les empilements de cadavres retrouvés dans les camps de la mort à leur libération.
Cela est simplement odieux, d’autant plus quand il est expliqué que cela est fait « avec l’intention de critiquer le mauvais usage de l’Holocauste comme moyen de biaiser l’opinion publique ».
Si Tobaron Waxman comprenait quelque chose à la Shoah au lieu de la « parodier » de façon ultra-formaliste, il serait dans le camp de la libération animale – d’autant plus parmi la minorité juive des USA !
Et pourtant, force est de constater que les animaux sont totalement absents. De même la nature n’existe tout simplement pas pour Tobaron Waxman. Très exactement comme dans la tradition rabbinique talmudiste, qui est éloignée au possible de la nature !
C’est bien la peine de se la jouer ultra-radical avec la théorie « queer » pour ne rien comprendre à la libération animale et à la libération de la planète…
Ainsi, même ce qui est censé être de la « contestation » est transformé en quelque chose d’abstrait et d’intellectuel, où toute rage est évacuée au profit d’un formalisme pacifié.
En bref, c’est de l’art de petit-bourgeois pour d’autres petits-bourgeois, qui se croient très radicaux alors qu’ils ne font que nier le féminisme, et qu’ils ne voient même pas à quel point ils sont prisonniers de la pensée religieuse.





