Archives de mars, 2010

Autour de « ‘Had Gadya », une chanson populaire de Pessa’h

Le saviez-vous ?

Hier soir, c’était en « diaspora » le deuxième Seder de Pessa’h. L’occasion de revenir sur une chanson populaire de Pessa’h, « ‘Had Gadya », qui chez certainEs a trouvé un contenu progressiste.

1. La chanson ‘Had Gadya

‘Had Gadya est une chanson populaire d’origine médiévale ashkénaze, écrite en araméen. C’est la chanson par laquelle se termine le Seder traditionnel ashkénaze, mais qui se retrouve plus généralement chez beaucoup de familles israeliennes juives.

C’est en fait une chanson enfantine, très gaie et très « pétillante ». La structure de la chanson est « cumulative » : à chaque fois on reprend la strophe précédente en ajoutant un vers en tête de la strophe, et en terminant par « ‘Had Gadya, ‘Had Gadya ».

Cette structure « cumulative » se retrouve d’ailleurs dans une autre chanson incontournable de Pessa’h, « E’had, Mi Yode’a ? », qui associe les chiffres de 1 à 13 à des concepts religieux juifs (de l’unicité de D.ieu jusqu’aux 13 attributs de la miséricorde).

« ‘Had Gadya », cela signifie en araméen « un chevreau », l’enfant de la chèvre. L’histoire est simple, mais il faut suivre un peu :

Un père de famille achète un chevreau pour deux Zuzim (monnaie antique qui vaut un demi Shekel), chevreau qui se fait manger par le chat, chat qui se fait mordre par le chien, chien qui se fait battre par le bâton, bâton qui se fait brûler par le feu, feu qui se fait éteindre par l’eau, eau qui se fait boire par le bœuf, bœuf qui se fait abattre rituellement par le Sho’het, Sho’het qui se fait tuer par Malakh HaMavet (l’ange de la mort), Malakh HaMavet qui se fait tuer par HaKadosh Baroukh Hou (D.ieu).

Il existe des adaptations de ‘Had Gadya dans plusieurs langues : en yiddish et en hébreu évidemment, mais aussi en arabe ou en ladino.

De plus, de nombreux et nombreuses artistes ont interprété ‘Had Gadya à leur manière, souvent en insufflant un contenu progressiste.

2. L’interprétation pacifiste de ‘Hava Alberstein

‘Hava Alberstein est une célèbre chanteuse folklorique israelienne née en Pologne, qui est ultra-prolifique et connue pour sa sensibilité de gauche sioniste.

Elle a chanté une très belle reprise en hébreu de ‘Had Gadya en 1989, sur un ton tragique qui prend la tradition à contre-pied.

Mais cette chanson avait été interdite sur les ondes israeliennes à cause de son pacifisme, à l’époque de la première Intifada (commencée fin 1987).

Cette chanson consiste d’abord en ‘Had Gadya en hébreu, puis en des couplets personnels qui font de nombreuses références à Pessa’h, essentiellement la chanson « Mah Nishtanah ? ».

Mais aux quatre questions de « Mah Nishtanah ? », ‘Hava Alberstein ajoute une cinquième question : jusqu’à quand continuera le cercle de la terreur ?

‘Hava Alberstein explique alors qu’elle (= Israel) a été un chevreau, mais qu’elle a changé (référence à « Mah Nishtanah ? ») et qu’elle est désormais un loup (reprenant l’image répandue mais injustifiée du loup…). Puis elle reprend en disant qu’elle (= Israel encore) a été une colombe, mais qu’aujourd’hui elle ne sait plus ce qu’elle est.

De fait, il s’agit d’un remarquable condensé du doute qui s’est emparé de la gauche sioniste schizophrène pendant la première Intifada, puisqu’en 1989 c’était une coalition Shamir – Peres qui réprimait le soulèvement national palestinien.

Cette version de ‘Had Gadya a été reutilisée dans la scène finale – avec Natalie Portman – du film « Free Zone » d’Amos Gitai.

Enfin, on retrouve une transcription « américaine » et une traduction anglaise des couplets de ‘Hava Alberstein par ici.

3. L’interprétation révolutionnaire de El Lissitzky

Plus loin dans le temps mais plus proche idéologiquement d’Hapoel, l’interprétation d’El Lissitkzy est un modèle pour une approche révolutionnaire de la culture populaire juive.

Lazar « El » Lissitzky était un artiste juif soviétique, qui a beaucoup travaillé sur des thèmes et éléments populaires juifs, mais qui est largement plus connu pour son affiche « Avec un coin rouge, battez les blancs » (que l’on retrouve sur un badge du collectif 1000 Fleurs).

Hapoel reviendra sans doute sur l’apport d’El Lissitzky à la culture juive soviétique et à l’art constructiviste en général, en analysant son formalisme comme cela a pu être fait pour Georges Pérec, ou encore comme cela a été amorcé pour le ‘Hassidisme.

Quoi qu’il en soit, El Lissitzky a produit une série de 10 lithographies en 1919 pour illustrer ‘Had Gadya en version yiddish… et ‘Had Gadya seulement ! C’est-à-dire qu’El Lissitzky n’a pas illustré une Hagaddah entière, mais seulement cette chanson, à laquelle il attribuait donc une certaine valeur.

Par cette œuvre en yiddish et pas en araméen, El Lissitzky s’adresse aux masses populaires juives de Russie, marquées par la tradition mais placées face à une guerre civile entre les Rouges et les Blancs. C’est-à-dire entre les communistes d’une part et les réactionnaires d’autre part, qui se sont souvent livrés à des pogroms antisémites.

Lissitzky donne ainsi une dimension progressiste à ‘Had Gadya, une dimension qui correspond à ce que les communistes appellent l’optimisme révolutionnaire. Pour cela, Lissitsky utilise le symbolisme mystique et populaire, mais lui insuffle un contenu révolutionnaire.

En effet, le schéma général de la chanson ‘Had Gadya est très simple : le monde est un monde d’oppression, où chacunE est agresséE par plus fortE que soi. Le chevreau représente l’opprimé parmi les oppriméEs, mais à la fin la justice divine est rétablie.

Autrement dit, pour Lissitzky : les masses populaires juives sont les opprimées parmi les oppriméEs – dans la « prison des peuples » qu’était la Russie tsariste – et la révolution communiste de 1917 rétablit la justice et incarne la Rédemption.

Le symbolisme est parfois flagrant : le coq crachant des flammes fait référence aux pogroms et l’Ange de la Mort (Malakh HaMavet) est representé avec une couronne tsariste, tandis que l’épée de la justice divine est peinte à la fin en rouge et que l’aspect messianiste ressort avec le chevreau sonnant le Shoffar.

Tout cela est analysé dans un article de Haia Friedberg en anglais, publié dans le Journal of Jewish Art de l’université hebraïque de Jérusalem en 1987. Mais le sujet était déjà connu dans les annees 1970, notamment avec Alan Birnholz.

Ainsi on voit comment une chanson populaire est réinterprétée dans un sens progressiste. Le peuple est le seul créateur de la culture universelle, et dans la moindre de ses expressions artistiques se lit son aspiration à la justice, son besoin de communisme.

Oser traverser la Mer Rouge !

Pessa’h Kasher VeSamea’h ! – ! פסח כשר ושמח

Entrée ce lundi à 19h58. Bon Seder à toutes et tous.

De l’esclavage à la libération !

Ce soir c’est le début de la fête de Pessa’h, qui est l’une des plus importantes de l’année religieuse juive – ou en tout cas celle dont le sens nous parle le plus aujourd’hui.

Car Pessa’h, c’est d’une part la commémoration de l’esclavage en Égypte, et d’autre part la célébration de la libération.

La Torah raconte l’histoire en Égypte de ce qui deviendra le peuple juif, vers l’an 2400 du calendrier religieux juif , c’est-à-dire vers 1350 avant l’ère chrétienne.

Ainsi dans Bereshit, il est dit que le peuple hébreu serait arrivé en Égypte sous la direction de Yossef ben Yaakov, où ce dernier serait devenu conseiller du pharaon. Puis le livre des Shemot enchaîne au moment où les juifs sont réduits en esclavage, suite au décès de Yossef.

C’est là qu’intervient l’histoire de Moshé fils de Myriam, qui a été trouvé sur le Nil par la fille de Pharaon et qui doit fuir l’Égypte après un meurtre. Après l’épisode du « buisson ardent » où D.ieu lui commande de libérer son peuple, il revient en Égypte avec son frère Aaron. Le pharaon refuse d’affranchir les juifs, et l’esclavage redouble en brutalité.

Après les dix plaies d’Égypte, le peuple juif est chassé mais poursuivi, puis traverse la mer Rouge qui s’ouvre devant lui et se referme derrière, engloutissant les chars égyptiens. Le peuple juif erre alors dans le désert jusqu’au pays de Canaan, promis à Moshé sur le Sinaï, où celui-ci reçoit les Tables de la Loi qui scellent l’Alliance entre D.ieu et le « peuple élu ».

Le nom de « Pessa’h » (פסח) lui-même vient de « passer au-dessus », puisque la plaie d’Égypte contre les premiers-nés a épargné les foyers juifs, en « passant au-dessus » des maisons marquées comme telles.

Quelle est la signification populaire de Pessa’h ?

Elle est assez limpide, puisqu’il s’agit de célébrer la libération de l’esclavage.

Cette fête religieuse commémore principalement les siècles d’esclavage, avec toute la symbolique du Seder, de ses chansons et des nombreuses privations (dont tout ce qui relève du ‘Hametz).

On retrouve de plus une dimension messianique avec la place réservée au Seder à Eliyahou HaNavi, mais qui n’est pas d’origine toraïque contrairement à la fête de Pessa’h elle-même.

Le huitième – et dernier – jour de Pessa’h en « diaspora » est quant à lui réservé à la célébration de la traversée de la Mer Rouge et est dignement fêté, notamment dans les familles marocaines avec la Mimouna. C’est donc aussi la fête de la libération.

Mais pour les personnes juives du peuple, Pessa’h ne peut qu’avoir encore un goût amer. Car en vérité, quand on voit l’exploitation et l’oppression vécues aujourd’hui, sommes-nous réellement sortiEs de l’esclavage ?

À cet esclavage dont nous ne sommes jamais sortiEs, le peuple oppose sans relâche sa lutte pour la libération. Cette lutte s’exprime dans tous les actes et les pensées du peuple, même – et surtout – par des voies encore détournées, de manière encore aliénée, ou sur des chemins encore dévoyés.

Mais ce qui est sûr, c’est que la libération de l’esclavage signifie une rupture : ce n’est pas « en Égypte » que la vie peut s’améliorer, et ce n’est pas non plus en restant dans le cadre de ce système capitaliste.

Autrement dit, il faut oser « traverser la Mer Rouge » sans regarder en arrière, et il faut oser lutter pour un monde nouveau.

Pour finir, rappelons la visée universelle de libération de l’esclavage. Dans le livre des Dvarim, il est ainsi dit, suite à l’édiction de lois de « justice sociale » : « Tu te souviendras que tu as été esclave en Égypte. ».

Bonne fête de Pessa’h à toutes et tous !
De l’esclavage à la révolte, de la révolte à la libération !

À Tourcoing comme ailleurs, justice populaire antifasciste !

Ce jeudi soir au tribunal de Tourcoing, c’était une sorte de soulagement pour les nazis.

Rappelons les faits : dans la nuit du 7 au 8 mars, une mosquée de Tourcoing dans le Nord est recouverte d’inscriptions racistes à la peinture bleue. Pourquoi bleue ? Sans doute pour aller avec les slogans du style « Israel vaincra », ou bien avec les Magen David qui sont découvertes le lendemain matin…

Toujours est-il que ce même jour, un homme de 40 ans arrive aux urgences du CH Dron à Tourcoing. Celui-ci est lui aussi couvert de peinture bleue. Le rapprochement est fait avec la profanation de la mosquée.

Il s’avère en effet que cet homme est un nazi, et qu’il s’est fait tabasser par ses deux collègues nazis, l’un de 43 ans et l’autre de 27. Tout cela naturellement sur fond d’alcool, de jalousie, de remarques sexistes et de brutalité fasciste.

Les faits sont donc d’une simplicité effarante : des nazis profanent une mosquée en voulant faire croire à une attaque d’origine juive.

Ce jeudi soir s’est clos le procès de ces trois nazis revendiqués.

Les peines prononcées sont finalement en-dessous des peines requises :
- 18 mois dont 12 avec sursis pour le nazi profanateur et tabasseur ;
- 12 mois dont 9 avec sursis pour le nazi profanateur mais tabassé ;
- 9 mois avec sursis pour le jeune nazi tabasseur mais pas profanateur (vous suivez ?).

Cela fait donc au maximum 6 mois ferme pour des activistes racistes qui veulent monter des minorités nationales les unes contre les autres.

D’ailleurs, le journal Nord Éclair rapporte – avec une bienveillance toute bourgeoise – la posture carrément soumise de l’encadrement de cette mosquée de Tourcoing :
« Les représentants de la mosquée, dans une intervention très humaine, se refusent, "malgré leur douleur", à réclamer vengeance. Au contraire. ».

Du point de vue de la justice populaire, semer le racisme et la division au sein du peuple est un crime.

Mais voilà, les religieux – quels qu’ils soient – préfèrent souvent la soumission et la paix sociale à la justice populaire. Les « clergés » refusent de voir le peuple affronter ses ennemis, car le peuple en mouvement n’a plus besoin d’illusions religieuses.

Quant à l’État français, il suffit de voir sa clémence envers les nazis pour comprendre qu’il ne fera rien contre les racistes et les diviseurs. L’État français préfère voir le peuple divisé plutôt qu’uni contre l’oppression et l’exploitation.

Contre les nazis et ceux qui les couvrent, vive l’unité antiraciste !
À Tourcoing comme ailleurs, justice populaire antifasciste !

Shavua Tov – שבוע טוב

Shabbat HaGadol – שבת הגדול

Dernier Shabbat avant Pessa’h.
Entrée vendredi à 18h54, sortie samedi à 20h02.

Les Judenräte, la Croix Rouge… et encore Brigitte Bardot !

Pendant la guerre, il a existé des personnes et des organisations qui prétendaient vouloir sauver les populations juives d’Europe tout en se soumettant à l’autorité du fascisme, du nazisme, des exterminateurs.

Autrement dit, des gens qui prétendaient « protéger » les juifs mais refusaient de se confronter à la dictature nazie, et restaient de ce fait dans le cadre de la légalité du terrorisme fasciste.

Cela a par exemple été le cas d’une partie des Judenräte, c’est-à-dire les conseils juifs qui géraient l’administration des ghettos en Europe de l’Est.

Les Judenräte étaient dirigés par ceux qui, avant l’occupation, étaient des notables juifs, et étaient imprégnés de légalisme, d’un certain légitimisme, et pour tout dire d’une servilité qui s’est avérée criminelle.

Bien entendu, la raison avancée était que toute opposition aux nazis entraînerait des représailles et une dégradation de la situation dans les ghettos : un chantage perdu d’avance.

Hapoel a déjà rappelé le triste exemple du ghetto de Lodz, où le dirigeant du Judenrat était devenu un véritable dictateur.

D’autres responsables de Judenräte ont compris leur impuissance à sauver les juifs, mais leur nature de classe et leur culture juridique-légitimiste les a empêchés de rejoindre la résistance. Face à cette schizophrénie, la seule solution était le suicide…

Il a également existé en France un équivalent des Judenräte : l’Union Générale des Israélites de France (UGIF), dont les dirigeants étaient des bourgeois « israélites » français directement nommés par le Commissariat Général aux Questions Juives.

De même, les rabbins français du Consistoire de Paris ont aussi espéré pouvoir louvoyer et sauver les juifs français, en « oubliant » au passage les familles juives immigrées.

Mais exactement comme pour les Judenräte, la « protection » était illusoire : dès 1943, les nazis et les collabos effectuent des rafles directement dans les bureaux de l’UGIF…

C’est d’ailleurs en opposition à l’UGIF et indépendamment du Consistoire que s’était créé l’ancêtre du Crif, le Conseil Général de Défense juive, sous l’impulsion des immigrés communistes, bundistes et sionistes.

Un autre exemple, qui est sans doute plus largement connu, est celui du Comité International de la Croix Rouge.

Sur le site du Mémorial de la Shoah, on trouve ainsi cette question : « Des organisations internationales telles que la Croix Rouge sont-elles venues en aide aux victimes des persécutions nazis ? ».

Pour résumer la réponse, la Croix Rouge allemande a envoyé des colis de nourriture dans des camps de concentration, mais jamais vers les ghettos de Pologne, car les nazis les considéraient comme des menaces à la sécurité du Reich.

Quand la « Solution Finale » fut déclenchée, la Croix Rouge n’opposa aucune protestation avant l’été 1944, bien qu’elle ait été pressée par des organisations juives, sous le prétexte de « protéger » ainsi les populations juives de représailles.

En juin 1944, la Croix Rouge obtint le droit de visiter le camp de concentration de Terezin / Theresienstadt, et cela 9 mois après la demande d’autorisation.

Seulement voilà, les nazis avaient décidé d’utiliser Theresienstadt comme vitrine quasi touristique des camps de concentration, pour envoyer de la poudre aux yeux des « protecteurs » des juifs.

Ainsi le camp avait été embelli, plus de 7500 personnes juives avaient été déportées pour cacher la surpopulation, des épiceries avaient été montées, et la délégation de la Croix Rouge eut droit à un spectacle de la part des déportéEs, qui avaient eu pour l’occasion un repas faste sur la table – repas qui fut immédiatement jeté dès le départ de la Croix Rouge.

Dans les semaines qui suivirent cette visite, les détenuEs de Theresienstatdt furent déportéEs en famille et assassinéEs à Auschwitz-Birkenau.

Quel est l’enseignement de tout cela ?

Que c’est une pure illusion de penser « protéger » de l’extermination tout en restant dans la légalité des exterminateurs.

En France, les personnes juives qui ont été sauvées – en particulier les enfants – l’ont toujours été de manière clandestine et illégale.

Et même pas nécessairement par des structures politisées comme l’UJRE communiste, mais aussi bien par les structures de résistance des « Zéis » ou des sionistes, ou encore très souvent par des familles catholiques ou protestantes. Sans parler de certains policiers ou gendarmes de Vichy qui ont prévenu des juifs ou les ont aidés à passer dans la clandestinité…

Bref, quelle que soit l’obédience des individus et des organisations qui ont sauvé des juifs, la valeur de compassion a poussé à l’action clandestine et illégale, même limitée.

Face à l’extermination, seule la résistance paie.

Et ce n’est pas agir en « donneurs de leçons » ou « après la bataille » que de dire cela, puisque la résistance – juive ou pas – a existé, et est l’honneur des classes populaires de France.

Mais quel rapport avec Brigitte Bardot ?

Quand on se soucie des animaux et de la planète, quand on a conscience de l’écocide en cours, le rapport saute aux yeux.

Car Brigitte Bardot, et plus généralement la « protection animale », est précisément dans le légalisme, dans le légitimisme, dans la servilité par rapport au système capitaliste.

Brigitte Bardot prétend « protéger » les animaux. Mais, malgré sa pseudo-radicalité intermittente, cette « protection » n’ira jamais plus loin que les limites fixées par le système capitaliste, qui extermine les animaux et saccage la planète.

La « protection animale » s’arrête là où le décide l’exploitation animale.

Car la « protection animale » est à la libération animale exactement ce que les Judenräte sont au soulèvement du ghetto de Varsovie : une illusion complice des barbares.

Juif ! Juive ! Face à l’éternel Treblinka que vivent les animaux, rejoins l’armée de la compassion !

C’est la guerre pour les animaux et la planète !

Le capitalisme mène une guerre contre les animaux et la planète !
Une seule solution : rejoindre le camp de la libération animale !

Bien que que le tatouage ne soit pas entièrement visible sur la photo, on peut lire en hébreu les mots « la guerre » (HaMil’hama).

Les deux clés entrecroisées sont un logo classique de l’ELF (Earth Liberation Front / Front de Libération de la Terre).

L’image vient de nos amiEs de La Terre D’abord.
Pour les actions revendiquées sous le label ALF – ELF, la référence est Bite Back.

Brigitte Bardot et la fourrure en Israel

Tout commence il y a un an, en février 2009 : la chaîne israelienne Arutz 10 diffuse un documentaire sur les animaux massacrés pour leur fourrure… Dans la foulée, une grande polémique naît en Israel, d’où ressort l’idée d’une loi interdisant la fourrure.

Quand on sait que ces animaux vivent dans des élevages dignes d’Auschwitz et sont bien souvent dépecés vivants, on ne peut qu’approuver cela.

Une première proposition de loi a donc été déposée par Nitzan Horowitz, membre de la Knesset faisant partie de Meretz, un parti se revendiquant social-démocrate. Cette proposition de loi a par la suite été reprise par Ronit Tirosh, une députée du parti Kadima fondé par Sharon.

Ce projet de loi prolongeait l’interdiction des peaux de chiens et de chats, et prévoyait l’interdiction de la production, de l’importation et de la vente de fourrure en Israel.

Il faut savoir qu’en Israel, le marché meurtrier de la fourrure est considéré comme « petit », avec un chiffre d’affaire de « seulement » de 500.000 à 1.000.000 $ par an.

Par contre, ce marché est bien plus important aux USA et au Canada, où les communautés religieuses sont plus riches qu’en Israel, et où bien entendu il fait moins chaud…

En gros dans l’État israelien, ce marché meurtrier est limité à 70 % aux ‘Haredim ashkénazes, qui ont pour tradition depuis le 18ème siècle de porter un Shtreimel en fourrure à Shabbat. Et encore, certaines sectes ‘Hassidiques tolèrent ou obligent l’utilisation de fourrure synthétique !

Le Shtreimel, c’est ce chapeau cylindrique en fourrure, qui est censé représenter une couronne pour sanctifier le Shabbat. Il est affirmé notamment que « Shabbat » est l’acronyme de « Shtreimel Bimkom Tefilin » (= Shtreimel au lieu des Tefs).

Les Shtreimlekh sont faits de queues d’animaux assassinés, essentiellement des zibelines, des visons ou des renards gris. Ces queues arrachées sont au nombre de 13 (pour les attributs du pardon de D.ieu), de 18 (pour ‘Hai) ou de 26 (pour Youd Heh Vav Heh).

Pour les cœurs bien accrochés, on peut voir une photo de ces queues chez un fier fourreur-assassin canadien par là.

Bref, tout cela pour dire que le projet de loi, qui devait initialement interdire toute la fourrure en Israel, avait été plusieurs fois ajourné, et a subi un amendement prévoyant une dérogation pour les religieux et leur Shtreimel

Mais vendredi dernier, on a appris que… la Knesset allait renoncer à faire passer cette loi !

Le prétexte : les pressions des députés religieux, menés par Mena’hem Moses, ainsi que du parti religieux séfarade Shass – alors qu’il n’est certainement pas dans la tradition juive-arabe de porter de la fourrure !

Alors, qu’est-ce qui se cache derrière ce refus de Shass, et cela tandis que la proposition avait déjà passé une lecture de la Knesset sans une telle opposition ?

Eh bien comme toujours : des intérêts capitalistes !

Car en effet, les députés ultra-religieux ont reçu une visite bien opportune : celle du vice-président du Fur Council of Canada, le conseil canadien de la fourrure !

Alan Herscovici a ainsi expliqué aux députés religieux que l’interdiction de la fourrure risquait d’être le premier pas vers l’interdiction de la Sh’hita, notamment en Europe, et a mis en avant ses intérêts économiques menacés au Canada.

L’industrie capitaliste barbare de la fourrure a parlé… et les rabbins se sont exécutés !

Herscovici a terminé en affirmant que :

« Israel devrait être le dernier à procéder à ce genre de législation, parce qu’Israel est en train d’être diabolisé en Occident de la même manière que l’industrie de la fourrure, et souvent par les mêmes gens et cercles. »

Que voit-on donc ?

Que le lobby de la fourrure est extrêment conscient de la portée de la question animale, qui si elle est reliée au refus de toute barbarie, doit mener à l’idée de la libération totale – qui englobe donc la libération nationale palestinienne.

Ou en tout cas bien plus conscient que certains « protecteurs des animaux » comme Brigitte Bardot, qui avait écrit une lettre d’encouragement à la Knesset il y a 3 semaines.

Le communiqué de la Fondation Bardot qui allait avec cette lettre se terminait ainsi :

« Israël a besoin aujourd’hui de notre soutien et nous, citoyens protecteurs des animaux de tous pays, avons besoin de cette loi qui, en créant un précédant, nous aidera à faire évoluer les mentalités et peut-être un jour bannir à jamais le commerce de la fourrure de nos propres pays ! »

Apparemment, l’industrie de la fourrure est plus lucide que Brigitte Bardot, et voit bien que la remise en cause de ses activités assassines va de pair avec la contestation générale de l’exploitation animale et avec la dénonciation des crimes sionistes.

Cela est même implicitement reconnu – et regretté – par Jeanne Halévy, la fondatrice de la Coalition Internationale Anti-Fourrure, qui pourtant a fait son Alyah au début des années 1990.

Bardot s’est d’autant plus ridiculisée que, dans son communiqué, elle parlait d’une « loi révolutionnaire, avant-gardiste, [qui] peut vraiment changer la face du monde ».

Une pseudo-radicalité qui s’est heurtée à la réalité de la société capitaliste, à la réalité de la domination d’Israel par les intérêts impérialistes nord-américains.

Ainsi il a suffi d’une intervention de l’industrie de la fourrure pour que les députés de la Knesset abandonnent cette loi… alors que 86 % de la population israelienne serait contre la fourrure !

Pour les animaux martyrisés et exterminés, il n’y aura jamais aucune avancée sans remise en cause de ce monde de mort dominé par le capitalisme, le racisme et le patriarcat !

Pas de libération animale sans libération totale, et pas de libération totale sans refus du sionisme et de ses crimes : voilà un fait qui échappe totalement à Brigitte Bardot et aux réformistes de la « protection animale ».

Et d’ailleurs, il suffit de voir l’attitude de la Ligue de Défense « Juive » à propos de toute cette affaire.

En effet, la LD"J" avait relayé le communiqué de la Fondation Bardot… en titrant « La Fondation Brigitte Bardot contre les Streimels » !

Cela paraît totalement surréaliste, et pourtant ! La LD"J" arrive bien à se focaliser sur une demi-ligne du communiqué de la Fondation Bardot, en se moquant totalement des millions d’animaux dépecés vivants pour leur fourrure !

Juif ! Juive ! Pour les animaux, la vie est un éternel Treblinka !
Rejoins le camp de l’antifascisme et de la libération animale !

Brigitte Bardot et l’abattage rituel : une hypocrisie bien française

L’hypocrisie : voilà une caractéristique incontournable de la mentalité bourgeoise française.

N’importe quelle personne issue d’une minorité nationale a intégré cela depuis son enfance, car le racisme que l’on connaît en France se lit immédiatement dans les regards un peu gênés.

Cela est d’autant plus flagrant pour l’antisémitisme à la française, surtout devant des personnes juives religieuses.

L’hypocrisie est un trait national-bourgeois qui est indissociable du fait que la France ait été LE pays de la petite propriété, LE pays où le poids culturel de la féodalité a persisté dans les campagnes jusque dans l’après-guerre, LE pays des rumeurs et de la délation.

Dès lors en France, quand on refuse de dynamiter la vieille culture national-bourgeoise, on est nécessairement happéE par l’hypocrisie – étouffante, écrasante, tellement omniprésente qu’on ne la voit même plus.

C’est ce qui arrive à Brigitte Bardot.

Ou plutôt : c’est la clé culturelle pour comprendre Brigitte Bardot quand elle prétend défendre les animaux, car aux yeux des animaux torturés et massacrés, elle n’a jamais été autre chose qu’une hypocrite.

Il y a quelques jours, sa Fondation a ainsi rendu publique une lettre ouverte de Brigitte Bardot au ministre de l’Agriculture.

Il faut absolument lire cette lettre, car c’est un condensé lamentable du tempérament petit-bourgeois français. Tout y est : râlerie qui n’engage à rien, goût du scandale, mais au bout du compte hypocrisie sur toute la ligne.

Cette lettre parle de l’abattage rituel des animaux pour le marché de la viande kasher et hallal, dans la foulée de la polémique des Quick hallal.

Il faut savoir que la Fondation Brigitte Bardot fait depuis longtemps campagne contre l’abattage rituel, kasher ou hallal, afin de faire appliquer sans exception la loi française, qui impose d’étourdir l’animal avant de l’assassiner mais tolère l’abattage rituel.

Cela, n’importe quelle personne juive le sait, car tous les 6 mois, on reparle d’une éventuelle interdiction de la Sh’hita par l’Union Européenne.

Soyons clairs : l’abattage rituel est un traitement barbare et cruel des animaux.

Mais là où toute l’hypocrisie de Brigitte Bardot ressort, c’est quand on voit qu’elle mène campagne uniquement contre l’abattage rituel, et jamais contre les abattoirs en général !

Et pourtant, quelle est la différence du point de vue d’un animal assassiné ? Kasher ou pas, l’animal a vécu exactement les mêmes souffrances dans exactement la même « usine à animaux » !

C’est cela qu’il faut comprendre quand Bardot explique que l’abattage rituel « est un retour à la barbarie ». Comme si la barbarie avait un jour cessé dans les abattoirs !

En vérité, cette hypocrisie se retrouve dans tout le mouvement que l’on appelle la « protection animale » : il s’agit de limiter la souffrance animale sur des points très restreints, mais jamais de remettre en cause toute l’exploitation animale !

C’est la différence entre la « protection animale », totalement illusoire et hypocrite, et la libération animale, qui est la seule voie réaliste pour un jour vivre en paix avec les animaux et la planète.

Chez Hapoel, nous pensons que des gens qui n’ont pas une pratique qui correspond à la compassion envers les animaux n’ont aucune légitimité pour parler de cruauté envers les animaux.

La pratique qui va avec la libération animale, c’est le véganisme, c’est-à-dire le refus concret dans la vie quotidienne de toute exploitation animale : de la viande – kasher ou pas ! – au cuir en passant par le lait, les œufs, la vivisection, etc.

On pourrait nous répondre : Brigitte Bardot et la « protection animale » ont le même but, mais utilisent des moyens différents.

Cela est faux.

Sinon, pourquoi retrouverait-on sur le site de la Fondation Bardot une recette à base d’œufs ? Les poussins mâles gazés, broyés ou hâchés ont-ils moins le droit de vivre que les animaux assassinés pour faire de la viande kasher ou hallal ?

Un autre critère quand on sert les animaux, c’est les valeurs, c’est la culture.

Quand on prétend défendre les animaux, on n’utilise pas une expression comme « poule mouillée » dans une lettre ouverte au ministre de l’agriculture. Et cela n’est pas un point de détail, mais une question minimum de respect.

Alors que cache cette hypocrisie tellement française de la figure nationale Brigitte Bardot ?

Pas besoin d’aller chercher très loin, quand on sait que Bardot a été condamnée pour « incitation à la haine raciale » une demi-douzaine de fois !

Cela est un fait très connu – tout comme le fait qu’elle soit mariée à un cadre du Front National – et qui sert en permanence aux ennemis des animaux et de la planète à disqualifier la lutte pour la libération animale.

Il est donc absolument scandaleux de retrouver une défense de Brigitte Bardot sur un blog sioniste pour la « protection animale », une défense qui est d’ailleurs par moments un peu honteuse…

Quand enfin on sait que la critique uniquement contre l’abattage rituel n’est pas nouvelle, comme on a pu le voir dans le film nazi « Der ewige Jude » au moment même où les juifs d’Europe furent envoyés à l’abattoir, on comprend que la boucle est bouclée et où Brigitte Bardot veut en venir…

Alors que partout en Europe les fascistes partent à la conquête de la « protection animale », il n’y a plus de place pour l’ambiguïté !

Ou bien on choisit le camp de la libération animale et du véganisme, ou bien on refuse de se confronter au capitalisme qui assassine les animaux et la planète et on instrumentalise les animaux pour donner dans le racisme hypocrite français.

Hapoel a choisi son camp, et affirme qu’à notre époque il n’y a pas d’antifascisme sans libération animale, ni d’avancée pour les animaux sans valeurs progressistes claires.

Juif ! Juive ! Pour les animaux, la vie est un éternel Treblinka !
Rejoins le camp de l’antifascisme et de la la libération animale !

Juif ! Juive ! Tu sais où est ta place !

Actualités importantes de l’Action Antifasciste

Hapoel, ce n’est pas un petit blog fait par des juifs semi-mystiques d’extrême-gauche dans leur coin.

Hapoel, c’est un groupe antifasciste autonome, qui s’inscrit dans un projet collectif de longue haleine : la construction du front populaire antifasciste, c’est-à-dire l’unité du peuple à la base contre le fascisme.

Hapoel fait donc partie d’un mouvement plus large, qui trouve son expression la plus avancée dans l’Action Antifasciste et son mot d’ordre d’offensive de la culture métissée et populaire.

Justement, il y a du nouveau de côté, et il est de notre responsabilité d’en informer les personnes antifascistes qui se sentent proches d’Hapoel.

Jusqu’à présent existait un Forum Antifasciste, qui était le forum internet de l’Action Antifasciste. Ce forum avait même eu « l’honneur » d’être cité par la LDJ.

Mais suite à un hackage, la petite équipe qui avait lancé ce forum vient de décider de s’en retirer, et de lancer un journal collectif de groupes antifascistes autonomes.

L’Action Antifasciste s’est donc dotée d’une plateforme, et constitue désormais un réseau affinitaire de groupes antifascistes autonomes sur la base de cette plateforme.

Dorénavant, il existe un journal collectif qui reprend des contributions antifascistes de groupes autonomes, ainsi que de l’actualité antifasciste. Ce blog est central, et sera régulièrement mis à jour.

Hapoel invite donc chaque personne antifasciste à consulter et soutenir ActionAntifasciste.fr : il s’agit non seulement d’une question de communauté militante, mais aussi d’avoir un aperçu réaliste de la France d’aujourd’hui.

Une mailing list est également mise à disposition, pour des résumés de l’actualité ainsi que des informations importantes ou urgentes.

Enfin, l’Action Antifasciste diffuse toujours de nombreux documents, qui mettent en avant des expériences historiques, analysent concrètement le mouvement fasciste, et expliquent des points de vue antifascistes différents. Certains de ces documents sont regroupés dans la brochure Antifascisme.

Il va de soi que la « modernisation » que vient de subir Hapoel n’est pas étrangère à l’actualité de l’Action Antifasciste : quand on est révolutionnaire, il n’y a pas le temps de se complaire dans l’ancien, et il faut savoir orienter son activité vers le nouveau.

Pour l’offensive de la culture métissée et populaire, vive l’Action Antifasciste !

[Dans la suite, on retrouve la présentation de l'Action Antifasciste et de son approche spécifique.]
Lire la suite »

Shavua Tov – שבוע טוב

Shabbat Shalom – שבת שלום

Entrée vendredi à 18h43, sortie samedi à 19h51.

Le programme Aktion T4 comme laboratoire de la Solution Finale

Hapoel a récemment expliqué les bases du social-darwinisme.

Pour résumer, le social-darwinisme est une conception barbare qui justifie l’extermination des personnes supposées « improductives ». Le social-darwinisme fait inévitablement partie de la matrice idéologique du fascisme. Et il faudrait peut-être même préciser : les pratiques social-darwinistes ont un caractère de guerre impérialiste.

Justement, quelles sont ces pratiques ?

Le saviez-vous ?

Historiquement, il a existé sous le Reich nazi un programme d’extermination des individus handicapés.

Il faut savoir que, dans la communauté médicale de l’époque, l’eugénisme contre les personnes handicapées mentales et physiques était très largement admis.

L’eugénisme et le social-darwinisme avaient été ainsi théorisés aux États-Unis au tournant du 20ème siècle, et y étaient très répandus dans les années 1920 – notamment à cause de l’industriel Henry Ford, qui était également un grand propagandiste antisémite.

De plus, le mouvement eugéniste s’est largement développé et structuré en Allemagne à la même époque. Alfred Hoche et Karl Binding ont ainsi développé en 1920 le concept fasciste de « lebensunwertes Leben » (= vie sans valeur, indigne de vivre), et évoquaient explicitement la liquidation.

Le social-darwinisme a donc été très tôt intégré à la matrice idéologique du national-socialisme.

Il est par conséquent logique que, dès leur conquête du pouvoir en 1933, les nazis aient mis en place un programme de stérilisation forcée des personnes présentant des maladies supposées héréditaires.

Ainsi, dès 1934, plus de 400.000 hommes et femmes ont été stériliséEs de force, d’abord en Allemagne, puis aussi dans les pays occupés par le Reich.

Ce programme de stérilisation n’avait rien de secret, et une certaine propagande a même été faite en sa faveur. Il existe ainsi un exemple assez connu d’exercice de mathématiques où il faut calculer les économies réalisées si l’État ne s’occupait pas des personnes handicapées.

Mais dans les délires raciaux, la stérilisation ne suffit pas, et il faut véritablement aller à l’extermination pour « purifier la race » : le nazisme monte donc un programme de liquidation des personnes handicapées.

Ce programme était cyniquement désigné à l’époque comme « Euthanasie Aktion », mais son nom de code était Aktion T4. Ce code provient de l’adresse de la villa où était basé le quartier général de cette opération, à savoir au Tiergartenstraße 4 à Berlin.

Dès 1935, Hitler avait annoncé au chef de l’ordre des médecins que la soi-disant « euthanasie » serait plus facile à mettre en œuvre pendant une guerre, et qu’il voulait « en cas de guerre résoudre radicalement le problème des asiles ».

C’est donc le 1er octobre 1939, c’est-à-dire seulement un mois après le déclenchement de la guerre, qu’Hitler donne l’ordre d’ « accorder une mort miséricordieuse aux malades qui auront été jugés incurables selon une appréciation aussi rigoureuse que possible ».

C’est le début de l’extermination, et cela avant la « Solution Finale » nazie, c’est-à-dire la liquidation systématique des populations juives et tziganes d’Europe.

Dans un premier temps, les personnes hospitalisées ou handicapées sont signalées par les médecins, et subissent une injection léthale. Ainsi, toutes les personnes juives qui se trouvaient dans des hôpitaux du Reich ont été exterminées.

Mais rapidement, l’injection léthale est jugée inefficace, et les nazis passent directement au gazage au monoxyde de carbone. Le programme Aktion T4 est donc d’ailleurs la première occasion pour le nazisme d’utiliser le gaz comme arme d’assassinat de masse.

À cet effet, des chambres à gaz sont aménagées dans des châteaux transformés en « centres d’euthanasie ». Ces centres se situaient tous dans le Reich allemand (Autriche comprise), contrairement aux camps d’extermination qui étaient tous en Pologne occupée.

Entre janvier 1940 et août 1941, le programme Aktion T4 a déporté, assassiné et incinéré 70.300 individus. Ces assassinats sont répartis ainsi selon les « centres d’euthanasie » : 9.800 à Grafeneck, 9.800 à Brandenburg an der Havel, 18.300 à Schloss Hartheim, 13.700 à Sonnenstein, 8.600 à Bemburg, 10.100 à Hadamar.

Le programme Aktion T4 s’arrête officiellement le 24 août 1941, suite à un ordre de Hitler.

En effet, malgré tout le secret qui entoure les opérations, des familles de victimes protestent, avec plus tard l’appui d’une partie du clergé catholique – alors que l’Église ne voyait pas de problème au programme de stérilisation. En avril 1941, des figures religieuses protestent publiquement, ce qui permet d’en finir officiellement avec le « programme d’euthanasie ».

Cependant, l’extermination des personnes handicapées continuera en réalité jusqu’à la fin de la guerre (notamment à partir des camps de concentration), et fera 30.000 victimes supplémentaires, ce qui fait au total 100.000 personnes handicapées qui ont été purement et simplement assassinées par la barbarie nazie.

Un point essentiel de cette extermination, c’est qu’elle est mise en œuvre par le système médical lui-même, et pas par des SS.

Ainsi, de la pseudo-justification pseudo-scientifique jusqu’au robinet qui ouvre le monoxyde de carbone, en passant par le fichage et la déportation, ce sont des blouses blanches qui ont mis en œuvre la stérilisation et l’assassinat des individus handicapés.

Cela tient précisément à l’idéologie du social-darwinisme, qui est présentée comme une réalité scientifique, et qui est l’aboutissment inévitable de l’effondrement de la médecine bourgeoise.

Enfin, c’est principalement le programme de liquidation des personnes handicapées qui a ouvert concrètement la voie aux camps d’extermination : le social-darwinisme porte en germe le génocide.

Savoir faire face au social-darwinisme !

La photographie ci-dessus a été prise au camp de concentration de Buchenwald en 1938. On y voit un groupe de juifs handicapés physiquement et / ou mentalement.

Sur leur uniforme de déporté, il y a deux triangles superposés qui forment une Magen David : un triangle jaune pour indiquer qu’ils sont juifs, un triangle noir pour indiquer que ce sont des personnes soi-disant « asociales » d’après la doctrine nazie.

Le social-darwinisme et l’antisémitisme moderne sont deux facettes indissociables de l’idéologie fasciste, deux facettes qui ont une dimension génocidaire clairment affirmée.

Juif ! Juive ! Apprends à faire face au social-darwinisme !
Apprends à faire face à l’idéologie de l’extermination !

Le social-darwinisme, un laboratoire idéologique pour le génocide

La répression n’est pas l’extermination, les massacres ne sont pas le génocide : voilà un réalisme qui, dans l’ambiance actuelle de confusion et de relativisme, doit être réaffirmé.

Ainsi il n’est « malheureusement » pas possible de mettre sur le même plan la déportation en camp de concentration et la déportation en camp d’extermination, comme cela a longtemps été fait en France.

Car comme l’expliquait le communiste Dimitrov, « le fascisme allemand ce n’est pas seulement un nationalisme bourgeois, c’est un chauvinisme bestial. [...] C’est la barbarie médiévale et la sauvagerie. »

Sans voir que le fascisme est un défi aux valeurs de la civilisation, que le fascisme signifie la retombée dans la barbarie, on ne peut pas discerner aujourd’hui ce qu’est une conception ou un comportement de type génocidaire.

Et sans cette compréhension, on en arrive à proclamer ou bien que le fascisme ne serait plus une menace à notre époque, ou bien qu’il aurait « muté » pour devenir une simple formule du type « bouc-émissaire + répression ».

Or rien n’est plus faux que de sous-estimer l’aspect barbare du fascisme.

Par exemple, il suffit d’aller sur Facebook pour constater l’explosion d’une mentalité quasi génocidaire envers les personnes handicapées, comme en Italie dernièrement, avec un scandaleux groupe Facebook appelant à utiliser les individus trisomiques comme cibles mobiles des stands de tirs.

À quoi un tel phénomène tient-il ?

Il relève d’un point idéologique qui s’appelle le social-darwinisme.

Le social-darwinisme, c’est une conception qui remonte à la fin du 19ème siècle, et qui prétend transposer les théories darwiniennes de l’évolution à la société dans son ensemble.

La vie sociale est alors vue comme une « lutte pour la survie », où il serait normal que les individus supposés les plus faibles soient éliminés au profit des individus supposés les plus forts.

Évidemment dans notre société, les individus « les plus forts », cela signifie concrètement : riche, homme, hétérosexuel, blanc, en bonne santé, de culture dominante, et se vivant malgré tout cela comme un aventurier « politiquement incorrect » en lutte pour la domination.

Le programme du fascisme, c’est la restructuration complète du Capital par et pour la guerre impérialiste.

Aux yeux du fascisme, il est donc intolérable de voir en vie des individus que le capitalisme considère comme soi-disant « improductifs », et qui seraient par conséquent des « parasites » en temps de guerre.

Le social-darwinisme est donc une idéologie qui doit permettre au fascisme de liquider les « parasites », de relancer la productivité capitaliste, et d’avoir les mains libres pour déclencher une guerre d’agression et la gagner.

Autrement dit, le social-darwinisme c’est « la guerre de tous contre tous », c’est la guerre impérialiste permanente entre individus « à l’intérieur » pour permettre la guerre impérialiste entre monopoles « à l’extérieur ».

Ainsi historiquement, il a existé sous le Reich nazi un programme de véritable extermination des personnes mentalement ou physiquement handicapées, connu aujourd’hui comme Aktion T4 (mais cyniquement désigné à l’époque comme « Euthanasie Aktion »).

Ce programme a précédé la « Solution Finale » nazie, c’est-à-dire la liquidation finale systématique des populations juives et tziganes d’Europe – et a d’ailleurs été la première occasion pour le nazisme d’utiliser le gaz comme arme d’assassinat de masse.

Or dès 1935, Hitler avait annoncé au Reichsärzteführer (en gros, le chef de l’ordre des médecins) que la soi-disant « euthanasie » serait plus facile à mettre en œuvre pendant une guerre, et qu’il voulait « en cas de guerre résoudre radicalement le problème des asiles ».

Cela confirme encore une fois la thèse communiste comme quoi la barbarie fasciste prend un tour génocidaire et exterminateur dans la guerre impérialiste.

Voilà pourquoi le cynisme et la barbarie du social-darwinisme répondent parfaitement au cynisme et à la barbarie des « éléments les plus réactionnaires, les plus chauvins, les plus impérialistes du capital financier ».

Voilà pourquoi le social-darwinisme est, sous une forme ou sous une autre, une composante idéologique incontournable du fascisme.

Et voilà pourquoi en vérité, le social-darwinisme est une idéologie qui ouvre la voie à l’extermination en général, et au génocide en particulier.

Juif ! Juive ! Il n’y aura pas de nouvel holocauste !
Socialisme ou retombée dans la barbarie !

Les camps de la mort, un défi à la civilisation

David Olère, « Gazage », 131×162 cm.

David Olère était un peintre qui a fait partie du Sonderkommando d’Auschwitz Birkenau, c’est-à-dire l’équipe (régulièrement liquidée par les SS) en charge d’évacuer les chambres à gaz en direction des fours crématoires. Il a survécu à Auschwitz uniquement grâce à ses talents artistiques et sa maîtrise de plusieurs langues.

Filmer les camps

Après avoir chanté les camps, voici une exposition intitulée « Filmer les camps, de Hollywood à Nuremberg ». Celle-ci s’est ouverte il y a quelques jours, au Mémorial de la Shoah de Paris.

Mais là encore, comme avec Jean Ferrat, il s’agit des camps de concentration et non des camps d’extermination.

La raison en est simple : l’exposition suit les cinéastes John Ford, Samuel Fuller et George Stevens, qui accompagnaient l’armée américaine pour filmer la libération des camps, notamment avec un souci de recueillir des preuves des crimes nazis.

Dès lors, l’exposition « Filmer les camps » ne pouvait s’intéresser à la libération des camps d’extermination, c’est-à-dire le cœur sanglant de la Shoah proprement dite, puisque ceux-ci avaient été libérés par l’Armée Rouge de Staline.

Et en effet, ce qui est filmé, c’est les camps de concentration de Dachau et de Falkenau (une dépendance de Flossenburg), ce qui évidemment est très intéressant pour comprendre ce que signifie la répression sous le fascisme.

Cependant, un cycle de conférences et de films se tient au Mémorial de la Shoah depuis l’ouverture de l’exposition le 10 mars.

Par exemple, hier a eu lieu la projection du film « Le journal d’Anne Frank » (USA, 1959), alors qu’il y a seulement deux mois était décédée Miep Gies, l’amie d’Anne Frank qui avait sauvé son journal.

Quant aux images des camps de concentration, une soirée a lieu ce jeudi avec deux films documentaires réalisés dans l’immédiat après-guerre par les services d’information alliés. Ces deux documentaires montreront Dachau, Bergen-Belsen, Buchenwald.

Enfin, lundi prochain sera diffusé un film de 1944 sur la libération du camp d’extermination de Majdanek par l’Armée Rouge, avec des images issues d’une collaboration soviéto-polonaise.

Pour en savoir plus sur l’exposition « Filmer les camps », tous les détails ainsi que plusieurs vidéos se trouvent sur le mini-site de l’exposition réalisé par le Mémorial de la Shoah.

La chanson « Nuit et brouillard » de Jean Ferrat, une triste ambiguïté tristement révélatrice

La chanson « Nuit et brouillard » est souvent mentionnée en ce moment, parmi tous les hommages qui sont faits à Jean Ferrat.

Bien entendu nous respectons la dimension « engagée » de Ferrat, même si on ne peut certainement pas dire qu’il était une personne révolutionnaire. Au moins sa démarche partait-elle de bons sentiments, avec tous les défauts que peuvent avoir ici les artistes.

Mais non, la chanson « Nuit et brouillard » n’est pas une belle chanson, non elle ne concerne pas la Shoah, et il est même possible de dire : la chanson « Nuit et brouillard » est antisémite, car elle nie l’existence des personnes juives.

En effet, la chanson « Nuit et brouillard » ne parle pas de la Shoah, mais de la déportation politique. Ce qui n’est pas un mal en soi, bien entendu ! Il faut saluer la mémoire de ceux et celles ayant dû affronter les camps de concentration.

Mais Ferrat n’aborde donc en absolument rien la Shoah. On doit même dire que dans sa chanson, les personnes juives sont catégoriquement niées.

Tout comme le révèle d’ailleurs le titre : « Nuit et brouillard » est un documentaire français de 1956 parlant de déportation, et où le mot « juif » n’est prononcé… qu’une seule fois.

La chanson de Ferrat est dans le même esprit, comme on peut le voir à de nombreux éléments du texte.

Il est ainsi dit :

« Ils s’appelaient Jean-Pierre, Natacha ou Samuel
Certains priaient Jésus, Jéhovah ou Vichnou
D’autres ne priaient pas mais qu’importe le ciel
Ils voulaient simplement ne plus vivre à genoux.
»

Or, les personnes juives déportées et exterminées ne l’ont pas été pour des actes de résistance (« ne plus vivre à genoux ») mais parce qu’elles étaient juives.

Et elles sont toutes mortes, à très peu d’exceptions près, car les camps d’extermination étaient différents des camps de concentration. Dans les camps d’extermination, il y avait des chambres à gaz, des meurtres en série, et pas comme dans la chanson une surveillance brutale et longue au moyen de miradors, de chiens policiers, etc.

Quand Ferrat dit ainsi « Ceux qui sont revenus peuvent-ils être heureux ? », il est très clair qu’il ne parle absolument pas de la Shoah et des personnes juives. Environ 60 % des déportés dans les camps de concentration sont revenus en France, mais seulement 3 % des déportés dans les camps d’extermination.

Jean Ferrat ne formule pas ici quelque chose d’exceptionnel : dans les années 1950, il a existé une tendance erronée en URSS, dans tous les pays de l’Est ainsi que dans les Partis Communistes.

Cette tendance a, au nom de l’universalisme, purement et simplement placé le génocide juif dans l’ensemble des meurtres nazis, sans jamais en mentionner la spécificité.

Une erreur grave, absolument anti-matérialiste. Et beaucoup de personnes juives ont soutenu cette initiative, considérant qu’ainsi, les personnes juives atteignaient un degré d’universalité.

Seulement ce n’est pas ainsi que les choses marchent. L’antisémitisme est quelque chose de très particulier dans le capitalisme. Ne pas le voir a de lourdes conséquences.

Une polémique a eu lieu en 2005 au sujet de cette chanson, et voici la réponse absolument odieuse de Jean Ferrat à une critique qui lui est faite à ce sujet :

Monsieur,

Je viens de prendre connaissance de votre interview publiée par Nouvelles d’Arménie Magazine de janvier 2005 et ne saurais rester sans réagir à vos déclarations me concernant et concernant aussi ma chanson Nuit et brouillard, car c’est la première fois depuis 42 ans qu’elle suscite une réaction de cette nature. C’est la première fois qu’on me reproche, en définitive, de n’avoir pas parlé uniquement de l’extermination des Juifs. Vous osez le faire. J’ai envie de dire : « Tant pis pour vous », mais je vous rappelle que justement, Nuit et brouillard est dédié à toutes les victimes des camps d’extermination nazis quelles que soient leurs religions et leurs origines, à tous ceux qui croyaient au ciel ou n’y croyaient pas et bien sûr, à tous ceux qui résistèrent à la barbarie et en payèrent le prix.

Que vous puissiez justement, faire un compte dérisoire en regrettant que « Le seul moment ou l’identité juive apparaît est dans Samuel et Jéhovah » me paraît particulièrement indigne. Je ne puis également accepter vos interprétations tendancieuses qui concernent les résistants que je célèbre et qui seraient, d’après vous, « essentiellement communistes ». Je passe sur l’évocation de « Vishnou » que je n’aurais utilisé que pour la rime alors qu’il symbolisait pour moi toutes les autres croyances possibles.

Si j’avais aujourd’hui à regretter quelque chose, c’est de n’avoir pas cité les autres victimes innocentes des nazis, les handicapés, les homosexuels et les Tsiganes. Mais il est temps, à présent, d’en venir à votre affirmation finale : « Aujourd’hui, un tel texte (vous parlez, bien entendu, de Nuit et brouillard) serait attaqué pour négationnisme implicite ».

Je me demande par quelle dérive de la pensée on peut en arriver là, et si vos propos ne relèvent pas simplement de la psychiatrie.

Jean Ferrat

Jean Ferrat traite les gens de fous, mais sa position ne tient absolument pas, car il est absolument faux de dire comme il le fait que « Nuit et brouillard est dédié à toutes les victimes des camps d’extermination nazis » !

Justement en raison de la différence entre camps de concentration et camps d’extermination. Une différence qui est très peu connue en France, et cela nuit énormément à la compréhension de l’antisémitisme et du fascisme.

La position de Ferrat est de toutes manière ridicule car jamais dans sa chanson il ne parle des personnes juives. Le terme de « Jehovah » dans la chanson fait bien plutôt référence aux témoins de Jehovah qui ont été déportés également.

Quant à Samuel, mis sur le même plan que Jean-Pierre et Natacha, cela ne veut rien dire car Jean-Pierre et Natacha pourraient être juif et juive, alors que Samuel non, etc.

Inversement on pourrait parfaitement légitimement constater que Jean Ferrat a abandonné le nom de son père, Tenenbaum, qui pour le coup fait juif, alors que Ferrat, non.

C’est un choix, qui est grosso modo le même que Patrick Bruel, qui s’appelle en réalité… Maurice Benguigi !

Patrick est plus « snob » que Maurice, et il faut croire que Ferrat était plus « adéquat » pour chanter la France et ses campagnes que Tenenbaum… Tout cela est bien triste, surtout quand on sait que le père de Ferrat est mort à Auschwitz…

Et en tout cas la chanson « Nuit et brouillard » a une dimension profondément odieuse ; elle a contribué à l’incompréhension de ce qu’a été la Shoah, et en ce sens elle nuit à l’antifascisme aujourd’hui.

Nuit et Brouillard – Jean Ferrat

Shavua Tov – שבוע טוב

Shabbat Shalom – שבת שלום

Entrée vendredi à 18h32, sortie samedi à 19h40.

Une blague juive pour Shabbat

C’est la crise économique, Shlomo Cohen arrive en fin de droits pour les Assedics (qui a dit les ‘Hassidiques ???), et il n’y a plus de boulot nulle part… Nulle part sauf à la permanence locale du Front National !

Seulement voilà, Shlomo Cohen n’a vraiment plus le choix, et il postule pour travailler chez le FN. Là, on lui donne un formulaire à remplir.

Première question : le nom.
« Oy ! Surtout pas Cohen ! Allez, au hasard je vais mettre Dupont. »

Deuxième question : le prénom.
« Oy ! Surtout pas Shlomo ! Allez, au hasard je vais mettre Jean. »

Troisième question : le lieu de naissance.
« Oy ! Surtout pas Sarcelles ! Allez, au hasard je vais mettre Rambouillet. »

Dernière question : la religion.
« Haha, ils ont cru qu’ils m’auraient comme ça ?! Tout le monde sait qu’il faut répondre Goy ! »

Hommage à Adam Rayski

Le 11 mars 2008, il y a 2 ans déjà, Adam Rayski nous quittait.

Le saviez-vous ?

Adam Rayski est né en 1913 en Pologne, de son vrai nom Abraham Rajgrodski. Il s’est engagé très tôt dans le parti communiste, alors clandestin, et dirigea la jeunesse communiste de Byalistok.

À l’âge de 19 ans, il émigra à Paris, et étudia pour devenir journaliste. Il a effectivement été journaliste, en français à l’Humanité, et en yiddish à la Naye Presse (nouvelle presse) de la sous-section juive du PCF.

Pendant la guerre, Adam Rayski est fait prisonnier mais s’évade et revient à Paris, où il participe à réorganiser la Main-d’Œuvre Immigrée comme structure militarisée. Il devient d’ailleurs responsable national de la MOI en septembre 1941.

En mai 1943 à Paris, Adam Rayski est l’un des principaux acteurs de l’unité des juifs immigrés au sein du Comité Général de Défense Juive (CGD).

Le CGD était un regroupement général de résistantEs d’origine juive, communistes, bundistes, socialistes, sionistes, principalement immigréEs d’Europe de l’Est. Son but était de sauver la minorité juive en organisant la clandestinité.

Ce regroupement résistant, indépendant du Consistoire, était justifié par une question de vie ou de mort : même après le Vél d’Hiv, le Consistoire ne comprenait pas le sort qui attendait la minorité juive de France – et encore moins le sort des immigréEs.

En septembre 1944 à Lyon, le Comité de Défense se transforme en un nouveau regroupement, le Conseil Représentatif des Israélites de France (avant que le i de Crif ne devienne « institutions »…).

Ainsi, Adam Rayski a été, en tant que représentant du courant communiste au sein de l’immigration juive, l’un des cofondateurs du Crif.

Après la guerre, Adam Rayski retourne en Pologne, et revient en France en 1957.

Il restera proche de la ligne de l’Union Juive pour la Résistance et l’Entraide (UJRE), dont il deviendra président d’honneur quelques années avant sa mort. Il sera aussi président de l’Union des Résistants et Déportés juifs de France.

Adam Rayski a écrit de nombreux livres sur la résistance juive en France (dont certains avec l’historien anticommuniste Stéphane Courtois…).

Aujourd’hui, Adam Rayski repose au Père Lachaise à Paris.

Ce 11 mars est donc aussi l’occasion de rappeler l’une des traditions àlaquelle Hapoel rend hommage : l’histoire de la MOI, de la sous-section juive du PCF, de la résistance communiste juive au fascisme, de l’unification de la résistance.

« La Rafle » de Rose Bosch

Ce mercredi marque la sortie nationale au cinéma du film « La Rafle » de Rose Bosch, avec Gad Elmaleh, Mélanie Laurent, Jean Reno, Raphaëlle Agogué, Sylvie Testud, Hugo Leverdez (dans le rôle du jeune Joseph Weismann).

« La Rafle », c’est l’histoire de la Rafle du Vél d’Hiv vue par un jeune garçon juif de 11 ans de la Butte Montmartre. Il s’agit d’une histoire vraie, et ce personnage d’enfant est en réalité un rescapé.

En effet, Joseph Weismann est encore en vie, et a fait partie des 4000 enfants parmi les 13000 personnes juives raflées les 16 et 17 juillet 1942 par l’État français.

Voici une présentation du film :

1942. Joseph a onze ans. Et ce matin de juin, il doit aller à l’école, une étoile jaune cousue sur sa poitrine… Il reçoit les encouragements d’un voisin brocanteur. Les railleries d’une boulangère.
Entre bienveillance et mépris, Jo, ses copains juifs comme lui, leurs familles, apprennent la vie dans un Paris occupé, sur la Butte Montmartre, où ils ont trouvé refuge. Du moins le croient-ils, jusqu’à ce matin de 16 juillet 1942, où leur fragile bonheur bascule…
Du Vélodrome d’Hiver, où 13 000 raflés sont entassés, au camp de Beaune-La-Rolande, de Vichy à la terrasse du Berghof, La Rafle suit les destins réels des victimes et des bourreaux.
De ceux qui ont orchestré.
De ceux qui ont eu confiance.
De ceux qui ont fui.
De ceux qui se sont opposés.
Tous les personnages du film ont existé. Tous les évènements, même les plus extrêmes, ont eu lieu cet été 1942.

Une soirée spéciale était hier consacrée à ce film sur France 2 avec de nombreuses personnes invitées, aussi bien des rescapés que des historiens ou des protagonistes du film.

Le site du film, quant à lui, comporte un « dossier d’accompagnement pédagogique » assez complet.

Ni oubli, ni pardon, ni confiance en l’État français !

Que 1000 Fleurs s’épanouissent !

Hier a vu le jour un collectif de production de badges / pin’s révolutionnaires, qui répond au joli nom de 1000 Fleurs. Une initiative créative et autonome, comme nous en avons besoin… et pour 1000 Fleurs chantons touTEs Mazal Tov !

Le site de 1000 Fleurs se trouve par ici.

Voici une présentation du collectif :

Servir la culture

La révolution est un bouleversement général d’une société humaine.

La culture est la somme des pratiques, des habitudes et des idéologies d’une société.

C’est pour cela que l’aspect culturel de la révolution est essentiel.

En diffusant la culture révolutionnaire, 1000 Fleurs se met au service du peuple.

Notre époque exige une agitation et une propagande qui soient à la hauteur de ses enjeux révolutionnaires.

1000 Fleurs est un petit collectif de production de badges.

Nous les voulons engagés et esthétiques, contestataires et originaux.

Il ne s’agit pas d’une fin en soi, mais c’est un petit rouage dans la grande machine culturelle dont nous avons besoin.

Évidemment, notre initiative est anti-commerciale et d’esprit totalement engagé.

Pour que vive la culture révolutionnaire, que 1000 Fleurs s’épanouissent !

Pour la journée internationale des femmes

Copenhague, Danemark, 1910. Lors de la seconde conférence internationale des femmes socialistes, la communiste Clara Zetkine propose la création d’une journée de célébration pour la libération des femmes.

La date du 8 mars ne sera fixée qu’à partir de 1917, puisque c’est à cette date que la grève des ouvrières de St-Pétersbourg lance la révolution « de février » en 1917 (avant la révolution socialiste d’Octobre).

En 1921, Lénine proclame officiellement le 8 mars comme journée des femmes, et, c’est dire son importance, ce jour deviendra un jour férié en Union Soviétique.

Qu’est-ce que cela signifie ?

Que la journée internationale des femmes est un héritage du mouvement ouvrier, et que le mouvement de libération des femmes est indissociable de la marche au communisme.

Cela il ne faut pas l’oublier, en ce 100ème anniversaire de la journée internationale des femmes.

Quelle est la situation des femmes aujourd’hui ?

Bien évidemment, elle a progressé depuis 100 ans.

Mais l’égalité des sexes est encore très très loin, et ne parlons même pas de la libération totale des femmes…

C’est-à-dire qu’aujourd’hui, le sexisme, le machisme, le patriarcat sont d’une cruelle actualité, sous toutes les formes imaginables, dans tous les recoins de la société. Les femmes sont quotidiennement victimes de violences physiques, psychologiques et sexuelles.

Parallèlement, on revoit surgir à la surface des phénomènes de barbarie contre les femmes, qui sont l’expression de la putréfaction du vieux monde en crise.

La tendance est donc non seulement celle d’une régression lente et silencieuse, d’un « grignotage » des droits démocratiques arrachés par les luttes féministes, mais en plus d’une véritable vague de fond de retombée dans la barbarie.

Le féminisme, la lutte contre le patriarcat, est donc une lutte qui n’a rien perdu de sa nécessité, mais qui de plus relève actuellement de l’urgence.

Parmi les masses populaire juives, les femmes sont victimes d’une triple oppression.

La première est l’exploitation capitaliste au travail, qu’il soit à l’extérieur ou au sein du « foyer familial ».

La seconde est l’oppression raciste, en tant que personnes issues de la minorité nationale juive.

La troisième est spécifique aux femmes, c’est l’oppression sexiste, qui s’imbrique en fait parfaitement avec l’exploitation capitaliste.

C’est l’oppression qui fait de la femme prolétaire juive « le prolétaire du prolétaire », et disons-le clairement, « le juif du juif ».

Sans guerre totale contre la triple oppression, il n’y a aucun espoir pour chaque mouvement particulier de libération.

Les femmes ne sont pas là à mendier le « respect » de la part d’une société sexiste, elles exigent la libération, la libération totale, la liquidation de la triple oppression dont elles sont victimes.

La cause des femmes est la cause du peuple !

Les femmes sont la moitié du ciel, elles doivent le devenir !

[Hapoel exprime son soutien au groupe Pélénop, groupe autonome féministe de l'Action Antifasciste.]

« Crise & Fascisme » : se mettre à niveau pour servir les masses populaires juives

Notre époque est celle de la crise générale du capitalisme, et donc de la marche au fascisme.

Hapoel a pour ambition d’aider l’autodéfense populaire juive à s’organiser, se structurer, se développer : c’est une question de survie à moyen terme.

Mais pour vaincre, l’autodéfense juive doit avoir une orientation, une direction, une perspective, un espoir.

Autrement, elle se perdra dans le brouillard, et finira comme le mouvement populaire d’autodéfense juive dans les années 1980 : trahie par le sionisme.

Sauf que cette fois, ce seront des dizaines d’Ilan Halimi et de Sébastien Sellam qui en paieront le prix – si ce n’est à terme un nouveau génocide.

Voilà pourquoi l’autodéfense populaire juive doit avoir un contenu, un contenu politique.

Ce contenu politique, c’est l’antifascisme, c’est la révolution, c’est le mouvement réel qui abolit l’ordre existant.

L’autodéfense juive ne pourra pas faire l’économie d’une analyse précise, profonde, réaliste de la société française, de son effondrement, de sa tendance au fascisme

Voilà pourquoi Hapoel met ici en avant une compilation de documents sur la crise et le fascisme, qui ne sont pas généraux et abstraits mais reflètent une pratique dans les entrailles de la réalité française, une pratique d’une grande densité et profondeur.

Ces documents sont aussi bien de l’ordre de l’économie politique (analyse concrète de la crise et de l’appareil d’État), que de la culture (compréhension de la nature « romantique » du fascisme) ou bien de la politique (l’antifascisme de l’Internationale Communiste).

Cette brochure vient d’être mise à disposition par le Parti Communiste Marxiste-Léniniste-Maoïste (PCMLM), et est d’une grande utilité pour orienter son activité antifasciste aujourd’hui en France.

Il n’y a pas de secret : hier, Missak Manouchian et Joseph Epstein avaient une théorie et des perspectives dans la lutte militaire contre le nazisme.

Aujourd’hui, il n’y a pas le choix non plus : pour une autodéfense juive à la hauteur de notre époque, il faut se remettre à niveau, savoir qui sont nos amiEs et où vont nos ennemis.

Hapoel n’est pas là pour la pose, Hapoel est l’expression du mot d’ordre : vaincre pour vivre.

Voilà pourquoi Hapoel compte très sérieusement se donner les moyens d’appuyer la résistance populaire juive.

Juif ! Juive ! Étudie la crise et le fascisme !
Pas d’autodéfense juive sans politique révolutionnaire !

[Dans la suite, l'article de présentation du PCMLM.]
Lire la suite »

Shavua Tov – שבוע טוב

Shabbat Shalom – שבת שלום

Entrée vendredi à 18h23, sortie samedi à 19h29.

La bourgeoisie impérialiste permet à Dieudonné d’avoir les mains libres – PCMLM

Le Conseil d’État a autorisé Dieudonné à se produire en spectacle à Orvault (Loire-Atlantique) le 11 mars en considérant que la tentative par la municipalité d’annuler le spectacle n’était « étayée par aucun élément » et constituait « une atteinte grave à la liberté d’expression ».

Bien entendu, ce débat bidon au sein du légalisme bourgeois ne reflète que les contradictions internes au sein de la classe dirigeante où, de plus en plus, la fraction impérialiste la plus agressive parvient à imposer sa vision fasciste, dont Dieudonné est l’un des éléments les plus représentatifs.

D’ailleurs, le débat juridique au sein de l’appareil d’État bourgeois fait apparaître Dieudonné en « rebelle », une posture très utile aux fascistes pour masquer leur soumission totale à l’impérialisme.

Car Dieudonné est bel et bien un serviteur zélé de l’impérialisme français qui soutient à fond ses orientations stratégiques, renforce le chauvinisme et le populisme par ses appels contre l’ « axe américain-sioniste » et participe pleinement à la tactique de division du peuple qu’affectionne la bourgeoisie pour préserver sa position dominante.

Le PCMLM a clairement démontré que Dieudonné est un fasciste car :

- Dieudonné protège l’impérialisme français dont il défend les options stratégiques

- Dieudonné protège la bourgeoisie en attisant la haine au sein du peuple

- Dieudonné est un antisémite qui reprend les pires préjugés sur les juifs et ne comprend absolument rien à la résistance palestinienne et à la révolution nationale arabe.

Dieudonné est un contre-révolutionnaire qui se construit une image de rebelle mais est en vérité le lèche-botte de l’impérialisme français.

De fait, Dieudonné a les mains totalement libres, il organise des tournées, possède un théâtre à Paris, et a une place de choix dans la propagande bourgeoise. D’ailleurs, la sortie de son livre, avec Bruno Gaccio (un des auteurs historiques des « Guignols de l’Info »), intitulé « Peut-on tout dire ? », est annoncée en fanfare, la présence de ce co-auteur montrant au passage la collision avec tout un pan de la petite-bourgeoisie de « gauche » qui sombre dans le populisme réactionnaire au service du fascisme.

A titre indicatif, le premier ministre François Fillon était en Syrie il y a quelques jours – la première visite d’un premier ministre français depuis 1977. Et hier la Syrie accueillait, quelques jours après donc, le président iranien Ahmadinejad et le dirigeant du Hezbollah, Hassan Nasrallah.

Quant à Dieudonné, il était il y a quelques semaines en Iran, où il a ouvertement soutenu le régime, et inversement.

Cela ne relève pas du hasard et c’est quelque chose parfaitement conforme à ce que nous expliquions dans l’article Dieudonné et le Liban : une option stratégique de la bourgeoisie impérialiste.

Cette orientation au Proche et Moyen-Orient est l’un des signes que les contradictions deviennent de plus en plus énormes au sein de la bourgeoisie, comme dans l’appareil d’État ; la présence impérialiste au Proche et Moyen Orient est un levier essentiel de la bourgeoisie impérialiste pour renforcer ses positions.

La quasi totalité des « commentateurs » d’extrême-gauche explique depuis plusieurs mois que Dieudonné, « c’est fini ». C’est le contraire qu’il faut considérer : ce n’est le début de la fin, mais la fin du début.

De plus en plus en France, l’idéologie petite-bourgeoise d’une ligne « entre capitalisme et socialisme », d’une « troisième voie », se développe. C’est tout à fait le sens de ce qu’a révélé la présence sur la liste du NPA d’une « féministe voilée » ou encore de la fascination pour Chavez, le Hezbollah, le Hamas, etc.

C’est la course à l’idéologie « révolutionnaire » qui ne soit surtout pas communiste. C’est une tendance qui veut la « révolution » mais surtout pas la science communiste ; c’est le fascisme.

Le fascisme s’installe, prend ses positions. Face à cela, que vive l’étude des positions et analyses scientifiques du PCMLM, seule organisation révolutionnaire à se confronter à la réalité française !

La parole à Bertolt Brecht

Concernant le débat sur le formalisme, on est en pleine confusion.

Celui-là dit : vous ne changez que la forme, pas le contenu.

Les autres ont l’impression suivante : tu sacrifies d’autant plus le contenu à la forme qu’il s’agit de la forme conventionnelle.

Ce que beaucoup n’ont pas encore saisi, c’est ceci : face aux exigences toujours nouvelles d’un environnement social en constante transformation, s’en tenir aux formes anciennes et conventionnelles, cela aussi, c’est du formalisme.

Est-ce que nous pouvons vraiment nous permettre de nous prononcer contre l’art expérimental, nous, les révolutionnaires ?

Quoi, « on n’aurait pas dû prendre les armes » ?

Mieux vaudrait expliquer les défauts du putsch en expliquant en même temps les avantages de la révolution ; mais non ceux de l’évolution.

Faire du réalisme une question de forme, le lier à une forme, à une seule, et à une vieille, c’est le stériliser.

Faire une littérature réaliste n’est pas affaire de forme.

Jetons par-dessus bord toutes les formes qui nous empêchent de révéler en pleine lumière la causalité sociale, il faut s’en débarrasser ; et à nous toutes les formes qui nous aident à le faire.

Quand on veut parler au peuple, il faut se faire comprendre de lui. Mais là encore, ce n’est pas affaire de forme. Le peuple ne comprend pas seulement les formes anciennes.

Pour dévoiler la causalité sociale, Marx, Engels, Lénine n’ont cessé de recourir à des formes nouvelles. Lénine ne disait pas seulement autre chose que Bismarck, il le disait autrement.

Au vrai, il n’entendait parler ni dans les formes anciennes, ni dans les formes nouvelles : il parlait dans la forme appropriée.

Bertolt Brecht, Le débat sur l’expressionnisme in Réalisme et formalisme.

Pour aller plus loin :

- Formalisme et réalisme, Bertolt Brecht ;
- Sur le formalisme, Bertolt Brecht ;
- La culture de la société française devient grotesque (et nécessite une critique réaliste s’opposant au formalisme), PCMLM

La parole à Georges Perec

Je n’ai pas de souvenir d’enfance. Jusqu’à ma douzième année à peu près, mon histoire tient en quelques lignes : j’ai perdu mon père à quatre ans, ma mère à six ; j’ai passé la guerre dans diverses pensions de Villard-de-Lans. En 1945, la sœur de mon père et son mari m’adoptèrent.

Cette absence d’histoire m’a longtemps rassuré : sa sécheresse objective, son évidence apparence, son innocence, me protégeaient, mais de quoi me protégeaient-elles, sinon précisément de mon histoire vécue, de mon histoire réelle, de mon histoire à moi qui, on peut le supposer, n’était ni sèche, ni objective, ni apparemment évidente, ni évidemment innocente.

« Je n’ai pas de souvenirs d’enfance » : je posais cette affirmation avec assurance, avec presque une sorte de défi. L’on n’avait pas à m’interroger sur cette question. Elle n’était pas inscrite à mon programme. J’en étais dispensé : une autre histoire, la Grande, l’Histoire avec sa grande hache, avait déjà répondu à ma place : la guerre, les camps.

Georges Perec, W ou le souvenir d’enfance.

Georges Perec : sa vie, mode d’emploi

Le vieux monde produit une vieille culture, et des expressions artistiques qui vont avec. Une de ces tendances culturelles consiste en le formalisme.

Le formalisme, cela signifie d’accorder de l’importance principalement à la forme et non au contenu, que ce soit en défendant des formes artistiques anciennes et académiques, ou bien au contraire en créant de toutes pièces des formes qui s’imaginent innovantes.

À l’inverse, une œuvre artistique au contenu réaliste et révolutionnaire doit trouver une forme pour dire la réalité : ni une forme « ancienne », ni une forme « nouvelle », mais simplement une forme vivante et appropriée.

Pourtant dans certains cas, l’aspect principal peut être le suivant : l’artiste reste un individu, avec son histoire et ses traumatismes.

Et la forme artistique, en prenant un tour « excessivement nouveau », peut servir à l’artiste de « carapace », presque pour « détourner l’attention » d’un contenu tragique.

C’est peut-être l’un des aspects de la vie du Mime Marceau, un monument de la culture formaliste, dont le père a été assassiné à Auschwitz.

Et sans doute que l’écrivain Georges Perec est aussi de ces artistes là.

Le saviez-vous ?

Le 3 mars 1982, l’écrivain français Georges Perec s’éteignait d’un cancer des bronches, peu avant l’âge de 46 ans.

Perec est né le 7 mars 1936 à Belleville, de parents tous deux juifs polonais.

Quand la guerre éclate, son père s’engage dans l’armée mais est tué en juin 1940. Pour le sauver, sa mère envoie Georges en zone « libre » en 1941. Elle sera quant à elle déportée à Auschwitz en 1943 – et n’en reviendra jamais.

Le jeune Georges Peretz se retrouve donc à Villard-de-Lans dans le Vercors, près de Grenoble, où de nombreuses personnes juives ont été protégées entre autres par des œuvres catholiques.

Là, son nom polonais est francisé, et Georges s’appellera désormais Perec.

À la Libération, Georges Perec retourne orphelin à Paris à l’âge de 9 ans, et est adopté par ses tantes.

La Shoah – et plus particulièrement la perte de ses parents – sera un profond traumatisme pour Georges Perec.

Et de fait, ce thème se retrouvera dans plusieurs de ses œuvres… mais de manière dissimulée et quasi ésotérique !

Car il faut savoir que, parallèlement à son métier de documentaliste, Geroges Perec a fait partie dès 1967 d’un collectif littéraire qui a poussé le formalisme à l’extrême et l’a théorisé. Il s’agit de l’Oulipo, « OUvroir de LIttérature POtentielle », fondé entre autres par Raymond Queneau.

Il sera rejoint 2 ans plus tard au sein de l’Oulipo par son ami Marcel Bénabou, avec qui il avait fait ses études et avait fait ses premières « expérimentations » formalistes.

En 1969, Georges Perec publie « La Disparition », un roman de 300 pages où… il n’utilise jamais la lettre E ! Ce qui d’ailleurs ne sera même pas remarqué à sa sortie !

Et pourtant, sous des airs ultra-formalistes, « La Disparition » aborde de façon détournée la disparition de ses parents, et toute la question de l’absence…

Pour la petite histoire, Perec écrira en 1972 un roman avec pour unique voyelle le E, qui s’intitulera « Les Revenentes » (sic).

En 1975, Georges Perec publie « W ou le souvenir d’enfance ». Ce livre consiste à moitié en une autobiographie, à moitié en une « fable » que Perec avait écrite à l’âge de 13 ans à propos d’une île imaginaire du nom de W.

Cette île isolée se présente d’abord comme une société parfaitement réglée et codifiée, où toute la vie est orientée vers le sport et les compétitions. Mais il s’avère au fur et à mesure que c’est l’arbitraire et la cruauté qui règnent sur W, qui ressemble finalement au système concentrationnaire…

Les chapitres de ces deux récits parallèles s’alternent, avec les chapitres de fiction en italique. Quant au titre, pourrait-il être issu du double V de Villard-de-Lans et de Vercors ?

Parmi les les autres œuvres connues de Georges Perec, on compte notamment « Les Choses », un roman sur la société de consommation des années 1960, ou bien le long poème « Je me souviens », qui égrène 480 souvenirs de ses jeunes années.

Et surtout, il y a « La Vie, mode d’emploi », sans doute le roman le plus abouti de Perec – ou plutôt « les romans », comme l’indique le sous-titre du livre.

On y découvre la vie d’un immeuble et de ses habitants, qui forment en réalité un gigantesque puzzle – presque au sens propre, puisque c’est la passion des deux personnages principaux.

Les chapitres s’enchaînent d’une manière assez particulière, puisque Perec fait la revue des appartements en suivant les mêmes mouvements (sur une vue en coupe de l’immeuble) qu’un cavalier sur un échiquier.

La vérité, c’est que tout cela est tellement juif…

D’un côté l’aspect juridique et formaliste du Talmud, qui s’incarne dans les contraintes d’écriture. De l’autre les différents niveaux d’interprétation, presque d’exégèse, comme dans le Midrash ou bien dans la tradition mystique.

Mais pourquoi tout ce formalisme ?

Peut-être bien, comme nous disions, pour se former une « carapace » contre le traumatisme de la Shoah et le fond tragique de certaines de ses œuvres ?

Comme on mettrait un code indéchiffrable pour protéger un coffre que l’on préférerait ne jamais rouvrir…

Mais sans doute aussi que Georges Perec n’avait pas saisi le sens de cette affirmation de l’écrivain antifasciste allemand Bertolt Brecht : « Le fascisme est le plus grand des formalismes. »

Juif ! Juive ! Face à la barbarie fasciste, tu sais où est ta place !

À propos de la situation en Hongrie

En Hongrie comme en France, les élections approchent : ici les régionales, là-bas les législatives, qui doivent se dérouler les 11 et 25 avril.

Et que voit-on ? Qu’ici comme là-bas, la campagne électorale est un révélateur politique de l’ambiance pourrie qui règne chez les classes dominantes, et de leur orientation de plus en plus réactionnaire.

La course au racisme et à l’antisémitisme est lancée, ce qui ouvre un boulevard énorme au développement du fascisme, sur les plans culturel, idéologique, politique, organisationnel.

Seulement en Hongrie comme partout en Europe centrale, l’histoire a fait que l’expression de l’antisémitisme est d’office de type génocidaire, tout comme le racisme anti-rom qui prend des proportions monstrueuses – et meurtières.

Cette histoire s’articule autour de trois moments, qui s’enchaînent de manière tout à fait dialectique.

1. En effet, il faut remonter à 1920, après la sanglante répression de la révolution hongroise : le traité du Trianon est ratifié, et accorde l’autodétermination aux minorités roumaine, slovaque, autrichienne, serbe, croate, etc.

La « Grande Hongrie » est alors démantelée, mais de très nombreuses communautés magyarophones deviennent à leur tour des minorités dans les États avoisinants.

2. La répression de la révolution hongroise est l’œuvre meurtrière de la « Terreur blanche », menée par l’amiral nationaliste Miklós Horthy. La dictature d’Horthy sera de type national-autoritaire, et s’alliera à l’Allemagne nazie. Cependant, ce régime n’est pas « véritablement » fasciste, comme le considère la dirigeante communiste Clara Zetkine.

Car il existe en parallèle un parti authentiquement nazi, le parti des « Croix Fléchées » (surnom faisant référence à leur logo). En octobre 1944, alors que la guerre est sur le point d’être perdue par les nazis et leurs alliés, Horthy est écarté par Hitler au profit des Croix Fléchées.

C’est à partir de ce moment – et donc dans les tous derniers mois de la guerre ! – que s’exécutera l’essentiel de l’extermination des 450 000 personnes juives hongroises victimes de la Shoah.

3. Après la défaite nazie, l’Union Soviétique et son Armée Rouge libératrice permettent la mise en place d’une République Populaire de Hongrie en 1949.

Cependant, quand le « révisionnisme moderne », c’est-à-dire la ligne bourgeoise au sein du Parti Communiste, prend la direction de l’URSS après la mort de Staline en 1953, les communistes de Hongrie perdent un appui et subissent la même défaite contre les laquais hongrois du nouveau pouvoir russe.

La Hongrie sera alors jusqu’en 1989 un État dominé par un parti pseudo-communiste (en réalité social-fasciste), qui sert d’intermédiaire avec l’URSS social-impérialiste.

L’événement emblématique de cette période est le soulèvement d’octobre 1956, dont les dirigeants étaient d’ailleurs appuyés par les États-Unis, et sa répression directement par l’armée « rouge » social-impérialiste.

Pourquoi est-ce que nous racontons tout cela ?

Parce que chacun de ces trois moments historiques est une source de ce qu’est le mouvement fasciste aujourd’hui en Hongrie.

Voyons point par point (mais pas chronologiquement) à quoi ces moments historiques correspondent :

1. Encore aujourd’hui, le traité du Trianon est mis en cause, et explique les très vives tensions expansionnistes avec la Slovaquie. Ces tensions constituent une véritable base d’agitation pour les fascistes, qui ne reculent devant aucune provocation. Comme nous disions en août :

Ajoutez à cela un climat de guerre larvée entre la « Grande Hongrie » et la Slovaquie, saupoudrez de lois bafouant les droits démocratiques de la minorité hongroise en Slovaquie et de la minorité slovaque en Hongrie, faites cuire à base de cocktails Molotov lancés contre l’ambassade slovaque… et vous avez un tableau de la situation en Hongrie.

3. Comme partout en Europe centrale et orientale, la domination impérialiste a été sans discontinuité depuis les années 1920 : d’abord allemande, puis social-impérialiste, et enfin américaine depuis l’effondrement du « Bloc de l’Est ».

La nature de ces pays est donc semi-coloniale semi-capitaliste bureaucratique, et la tâche historique de la classe ouvrière est de mener une révolution dont l’un des aspects est l’anti-impérialisme.

Seulement voilà, si l’on ne comprend pas ce point d’économie politique, on ne peut que tomber dans le nationalisme, et c’est d’ailleurs ce que l’on observe : en Europe centrale et orientale, toute révolte prend un caractère nationaliste et tombe dans les bras du fascisme.

La soulèvement de 1956 est typique de cela, et sa célébration est marquée depuis quelques années par des émeutes fascistes voire nazies.

2. Il a existé en Hongrie un parti authentiquement nazi qui a été au pouvoir et a mis en œuvre l’extermination de la minorité juive.

De fait, ce parti a eu une idéologie et un programme précis, et les fascistes ont donc une base historique « légitime » àlaquelle se référer : les fascistes font du « néo-fascisme ».

Cela se voit notamment dans les uniformes des forces paramilitaires fascistes, par exemple l’ex-Garde Magyare du parti Jobbik.

Un des grands rendez-vous des néo-nazis est aussi le 13 février, qui marque l’anniversaire de la défaite nazie en 1945, lors de la Bataille de Budapest contre l’Armée Rouge et les partisans antifascistes.

Mais venons-en à l’actualité concrète.

Cette année, c’était le 65ème anniversaire de la défaite fasciste, et les néo-nazis hongrois ont décidé de mener une grande campagne autour de ce qu’ils appellent la « journée de l’honneur » (en raison du « sursaut » des Croix Fléchées et des nazis dans leur garnison de Buda).

Ainsi, une grande manifestation était prévu à Budapest ce 13 février ; mais devant les menaces d’interdictions policières, elle a été remplacée par des rassemblements privés aux alentours de Budapest.

Seulement voilà, les élections législatives approchent, et la manifestation nazie devait se dérouler : elle a donc été ajournée au 6 mars (ce samedi, donc), avec des appels aux nazis d’autres pays pour en faire un élément politique d’unification.

Mais depuis, c’est surtout une grande bataille juridique et politique qui se déroule, et qui permet aux organisations fascistes de se former, de se « roder », et de se poser en « martyrs »…

En effet, la manifestation du 13 février était initialement appelée par le Front National-Socialiste (sic), mais devant les problèmes administratifs, elle a été revendiquée par le Parti National-Révolutionnaire (NFP) qui devait légalement faire passer cette manifestation de rue comme faisant partie de sa campagne électorale.

Il y a deux semaines, un tribunal hongrois a confirmé que pouvait se tenir cette marche nazie. Mais – retournement de situation – la semaine dernière le NFP a annoncé qu’il ne participerait pas à cette manifestation, en prenant très habilement comme prétexte de prétendues « pressions » policières et politiques…

La question est donc : que se passera-t-il ce samedi à Budapest ?

Est-ce que les nazis, aussi bien de Hongrie que d’ailleurs, défileront ? Mais alors la marche serait illégale, et tournerait immanquablement à l’émeute, puisque cela fait déjà plusieurs années que les fascistes n’hésitent plus à affronter directement le police.

Est-ce que les nazis se dégonfleront, et laisseront passer un moment politique indispensable pour devenir un véritable mouvement de masse ?

Est-ce que la mobilisation antifasciste sera à la hauteur, comme elle a pu l’être le 13 février à Dresde en Allemagne ?

Bref, voilà le niveau activiste que les fascistes ont atteint en Hongrie.

Cette offensive politique, qui se présente comme « révolutionnaire », est de plus accompagnée et soutenue par une très large et très profonde campagne idéologique et culturelle. Cette agitation culturelle populiste est ininterrompue, et s’appuie sur l’image des trois moments historiques constitutifs de l’histoire hongroise récente.

Et ce que l’on peut voir de cette profonde agitation, c’est surtout la panique de l’État bourgeois hongrois, qui s’imagine pouvoir colmater les brèches…

La situation en est au point que l’État se sent obligé de mettre en place une loi réprimant la négation de la Shoah. Ainsi, une loi a été passée la semaine dernière, qui punit le négationnisme d’une peine de prison de 3 ans au maximum.

Enfin ! est-on tenté de dire…

Mais en réalité, il y a deux aspects extrêmement inquiétants.

D’abord, il faut savoir que cette loi a été votée à une majorité de 197 voix sociales-démocrates, contre… 144 abstentions ! En effet, le parti libéral Fidesz s’est abstenu, car il comptait inclure dans cette loi… les crimes du social-impérialisme russe et de ses alliés hongrois !

Voilà une belle démonstration du sens des priorités de la droite libérale, qui en arrive à refuser la criminalisation du négationnisme… Quand on sait que selon les sondages, ce parti devrait remporter les élections législatives, on voit très bien à quoi va ressembler la répression contre les révolutionnaires de Hongrie…

Mais surtout, il faut bien voir pourquoi cette loi anti-négationniste n’arrive que maintenant.

En effet, rappelons que d’après les accords de paix de 1947, la Hongrie est tenue d’éliminer les organisations nazies agissant sur son territoire. Le mouvement fasciste ne peut donc se construire que dans l’antagonisme avec l’État hongrois dominé par les monopoles américains, et il n’y a pas de place pour une « intégration ».

Cette loi sur le négationnisme est donc une sorte de réaction de panique, devant ce que l’État voit venir de manière plus ou moins imminente.

Mais – ironie de l’histoire – cette loi arrive précisément quand toutes les illusions légalistes volent en éclats, aussi bien chez les fascistes que chez les antifascistes, mais aussi au sein du peuple à cause de la violente crise économique.

C’est-à-dire que l’État bourgeois « classique » est d’une inefficacité complète contre les mouvements fascistes et nazis, et ne peut « gérer » cela que sur un mode de panique et de promotion des néo-nazis comme « martyrs » de sa timide répression.

Et pourtant, ce qui se joue actuellement, c’est le destin des masses populaires de Hongrie, et la simple survie des minorités nationales juive et tzigane, dans un pays où la minorité juive comporte 60 000 à 100 000 personnes.

Mais pourquoi parlons-nous depuis le début de la situation en Hongrie ?

Tout simplement parce que la Hongrie est un cas d’école.

Les héritages historiques de la Hongrie et de la France ne sont pas comparables, la nature économique de la Hongrie et de la France non plus. Mais la tendance à l’approche des élections, si.

Et surtout, quand on voit le niveau d’activisme atteint par les néo-nazis en Hongrie, on comprend que ce pays a facilement 10 à 15 ans d’avance… Et il n’y a pas de raison que l’évolution soit différente ailleurs en Europe…