La profanation à Strasbourg, et son sens fantasmé

Le 27 janvier est un jour symbole, un jour symbole de la libération.

Mais sans comprendre la portée historique de la libération d’Auschwitz par l’Armée Rouge, on passe à côté de la radicalité du 27 janvier.

Car pour les oppriméEs, pour touTEs les oppriméEs, le 27 janvier 1945 doit être compris comme un jalon dans la guerre à la barbarie – pour la libération totale.

Mais vidé de son sens radical, ce jour devient non seulement « inoffensif », mais de plus la bourgeoisie veut le façonner à son image : faux, hypocrite, grandiloquent, formel, insignifiant.

Les fascistes ont alors beau jeu de se présenter comme « rebelles » contre un symbole phagocyté par la bourgeoisie, eux qui s’imaginent « révoltés », « enthousiastes », « offensifs » – alors qu’ils ne portent que la décadence et la barbarie…

Quand on saisit ainsi que l’antisémitisme des néonazis est fantasmé par eux-mêmes comme une « révolte », la profanation qu’a connue le cimetière de Strasbourg devient « logique ».

Rappelons rapidement les faits.

Hier à 11h30, une cérémonie se tenait au cimetière de Strasbourg-Cronenberg, pour célébrer le 65ème anniversaire de la libération d’Auschwitz-Birkenau.

Vers 12h, on découvre à l’occasion d’un enterrement que le carré juif du cimetière a été profané, sans doute pendant la nuit.

Au total, ce sont près de 30 tombes juives qui sont touchées, parmi lesquelles une vingtaine taguées de croix gammées brunes (sic), et une dizaine de stèles renversées et fracassées. Une tombe a également été souillée d’un « Juden raus »…

Il n’y a pas de mot pour exprimer notre colère et notre rage devant cette profanation – exprès pour le 27 janvier, alors que des personnes rescapées d’Auschwitz reposaient dans ce cimetière…

Il ne s’agit pas seulement d’une insulte à la mémoire des individus enterrés dans le carré juif de ce cimetière, d’une insulte à leur famille.

Il s’agit de plus d’une attaque revendiquée – ou plutôt fantasmée – contre la mémoire du million de personnes assassinées à Auschwitz, mémoire qui pour beaucoup est leur dernière identité, plus puissante que celle tatouée sur le bras gauche.

Alors que faire face à l’explosion du fascisme et du racisme, à part écouter les habituelles « condamnations » semi-hypocrites ?

C’est malheureux, mais tant que les minorités nationales juive et rom ne se réapproprieront pas le 27 janvier, tant que le camp progressiste ne célébrera pas l’Armée Rouge de Staline, ce type d’insulte à la mémoire ne rencontrera aucune résistance radicale – et de fait aucune résistance crédible.

Rendons au 27 janvier sa portée radicale et positive, pour que les fascistes s’y cassent les dents !

Arborons et défendons le 27 janvier comme un des drapeaux de la marche vers la libération !