Le pillage à Auschwitz et le nihilisme de notre époque

Horrifiant. Ce qui s’est passé à Auschwitz est simplement horrifiant.

Ce vendredi 18 décembre entre 3h et 5h du matin, l’enseigne « Arbeit macht frei » a été volée, en déjouant la sécurité de manière quasi professionnelle.

Cette plaque d’acier dominait depuis 1940 l’entrée du camp de concentration Auschwitz I, et était l’un des signes les plus connus du complexe concentrationnaire d’Auschwitz-Birkenau.

En fait, ce vol paraît à peine croyable.

Pour les personnes qui savent dans leur chair ce que signifie Auschwitz, tout cela semble irréel.

Et pourtant.

Pourtant, tout cela est tellement dans l’esprit de l’époque.

Notre époque est celle de la crise générale du capitalisme, et toutes les valeurs positives produites par l’humanité s’effondrent : le nihilisme l’emporte.

Car quoi de plus nihiliste que de détruire la dernière identité du million de vies exterminées à Auschwitz-Birkenau, c’est-à-dire leur mémoire ?

Et cela alors que l’on commémorera dans un mois le 65ème anniversaire de sa libération par l’Armée Rouge de Staline.

Plusieurs « pistes » ont été évoquées à propos de ce pillage.

Ainsi, la police polonaise privilégie officiellement la piste d’un « collectionneur ». Ou comment nier purement et simplement l’antisémitisme, qui est en Pologne chaque jour plus puissant et plus féroce.

Mais si cela est avéré, alors ce serait une preuve irréfutable du nihilisme des valeurs du capitalisme. En effet, quoi de plus nihiliste que de fétichiser un « symbole » de l’anéantissement des minorités juives d’Europe ? Et quoi de plus capitaliste que de faire d’Auschwitz une marchandise à posséder à tout prix ?

Au-delà de la désespérante thèse de la police polonaise, la piste la plus probable (surtout en Pologne…) est celle des activistes néo-nazis.

Si c’est le cas, alors cela est bien la preuve de l’explosion du mouvement fasciste en Europe. Car venir piller Auschwitz la nuit en commando très organisé et très préparé, c’est clairement pour les nazis une marque de confiance en l’avenir.

Dans les deux cas, tout cela aurait été inimaginable il y a seulement un an.

Seulement voilà, le système capitaliste pourrit sur pied, et on « découvre » que toutes les barbaries redeviennent possibles.

Ainsi en janvier dernier, des commémorations de la libération d’Auschwitz avaient été annulées en Catalogne. Ainsi en mai, des nazis avaient perturbé une cérémonie de la mémoire à Mauthausen. Ainsi aujourd’hui, c’est Auschwitz qui devient la cible de la barbarie nihiliste de notre époque.

Quoi qu’il en soit, ce pillage à Auschwitz est bien la démonstration que la bourgeoisie est incapable de protéger la mémoire des populations exterminées par les nazis, et encore moins de leur rendre une dignité.

Ainsi, comme on l’a vu vendredi, la sécurisation du d’Auschwitz est inefficace. De même, la fondation chargée d’entretenir le site du camp court à la faillite. Et en parallèle, le maire d’Oświęcim rêve d’ériger un très coûteux « Tertre de la Mémoire et de la Réconciliation », qui défigurerait Auschwitz.

Mais même l’État sioniste est incapable d’assumer pleinement la mémoire des minorités juives anéanties – sans compter la dignité des rescapéEs de la Shoah qui vivent dans la misère en Israel…

Ainsi, le président Shimon Peres en vient à parler de la plaque « Arbeit macht frei » comme d’un « symbole de plus d’un million de vies qui ont péri à Auschwitz ».

Non, cette plaque n’est pas un « symbole ». C’est une plaque en fer forgé qui a été témoin de la liquidation extrêmement concrète de personnes en chair et en os. Dire le contraire, c’est notamment donner aux personnes juives un caractère abstrait – ce qui est justement typique de l’antisémitisme moderne.

Et à ce niveau, ne parlons même pas de la petite-bourgeoisie « de gauche » qui se croit très maligne et très radicale en ironisant sur Sarkozy et son slogan « Le travail c’est la liberté »…

La vérité, c’est que nous entrons dans une époque de pourrissement du capitalisme, dans une époque de crise générale qui fait que tout ce qui semblait stable et fiable s’effondre.

Sans comprendre que la crise du capitalisme est une crise générale, il est impossible de saisir la tendance à la décadence, au nihilisme, à la barbarie.

Cette époque exige une vision à long terme, lucide et réaliste : aujourd’hui plus que jamais depuis 65 ans, l’alternative est Stalingrad ou Auschwitz !