Gaza et la militarisation de l’économie israelienne

Le saviez-vous ?

Un peu comme le Liban à l’été 2006, l’offensive sioniste à Gaza en janvier 2009 a largement servi comme « laboratoire » militaire à Tzahal.

En effet, de nombreuses armes américaines et israeliennes ont été testées, des tactiques militaires ont été appliquées et évaluées, et les techniques et tactiques de la résistance palestinienne ont été passées au crible.

Mais ce qui est moins compris, c’est le bond en avant dans la militarisation de la société israelienne qui a été permis par l’offensive de Gaza.

Car il faut bien voir que l’aspect « laboratoire » de cette offensive concerne également l’exercice du pouvoir et la marche de l’économie en Israel même : c’est le pendant « interne » de la répression de la résistance arabe.

Ainsi, il faut savoir que durant l’opération ‘Oferet Yetzukah, les réunions du gouvernement israelien se tenaient directement… au ministère de la défense !

Autrement dit, dans un État qui vit plus ou moins en guerre depuis 60 ans, et où l’institution militaire a un poids immense, Tzahal a assumé de manière quasi officielle l’exercice direct du pouvoir.

Mais pour mener à bien les guerres coloniales d’Israel, il faut également assurer une mobilisation de masse, ou tout au moins neutraliser le peuple – et si besoin sur un mode autoritaire.

C’est là le rôle du « Commandement de la Protection Civile » (Pikud Ha’Oref, ou Pak’ar, ou Home Front Command), qui coordonne la mobilisation du « front de l’arrière ».

Ainsi, le Pak’ar a été le seul corps de Tzahal à rappeler ses réservistes dès le déclenchement des opérations militaires, et celui-ci a déclenché pendant la première nuit le « plan Mela’h » – qui même à l’été 2006 n’avait pas été déclenché !

Mela’h, cela signifie « sel » en hébreu, mais c’est surtout l’abréviation de « Meshek LeSheat ‘Herum », c’est-à-dire l’état d’économie d’urgence. L’organisme Mela’h a été créé en 1955 par Ben Gurion, est passé en 1965 sous la direction du ministère de la défense, et a été doté d’un quartier général en 1986.

Bien entendu, il existe à côté de Mela’h de très très nombreux dispositifs d’urgence : autorité d’urgence nationale (Reshut ‘Herum Le’umit, ou Ra’hel comme le prénom), situations spéciales de protection civile (pendant les tirs de roquettes), diverses sirènes (‘Azakah) et radars repérant les roquettes, abris près de chaque ensemble de bâtiments (avec les entraînements d’évacuation dès l’école maternelle), etc.

Mais la spécificité de Mela’h, c’est que Tzahal prend directement le contrôle de l’économie.

Ainsi, dans un rayon de 20 puis 40 km autour de la bande de Gaza (donc Sderot, Netivot Ashkelon, et même la région de Ber Sheva), les secteurs économiques dits « vitaux » pouvaient réquisitionner les ouvrierEs à n’importe quelle heure du jour ou de la nuit !

Ce qu’il faut remarquer, c’est que pendant la guerre de 2006 au Liban, tous ces plans d’urgence n’ont pas été déclenchés, malgré les très nombreuses roquettes tirées sur le nord d’Israel, et malgré les polémiques à l’époque.

Pourquoi en 2009 et pas en 2006 ?

Sans doute à cause de l’aggravation de la crise capitaliste.

Car depuis 60 ans, l’État sioniste est un État en crise, soutenu à bout de bras par l’impérialisme américain, et dont l’économie est largement orientée vers l’industrie militaire – conformément aux intérêts américains…

Là survient l’intensification de la crise générale du capitalisme, encore plus en septembre 2008. Cette crise est un grand pas en avant dans la marche à la guerre impérialiste, qui devient de plus en plus la seule issue pour les capitalistes.

L’appareil d’État israelien doit donc être prêt à parer à une guerre, avec l’économie de guerre qui suit, et la mobilisation de masse dans cette économie de guerre.

Voilà pourquoi nous expliquons que : la guerre de Gaza est un aspect de la crise du capitalisme ; la guerre de Gaza est un « laboratoire » pour la militarisation totale de l’économie et de la société israeliennes.

Et voilà pourquoi nous disons que le sionisme est un ennemi de la classe ouvrière dans l’État israelien !