« Arbeit macht frei » et l’esclavage nazi
Volée vendredi dernier au camp de concentration d’Auschwitz, l’enseigne « Arbeit macht frei » a été retrouvée lundi.
Cinq personnes ont été arrêtées dans la nuit de dimanche à lundi, au nord de la Pologne. Celles-ci sont passées aux aveux lundi, et la plaque a été retrouvée… découpée en 3 morceaux !
L’occasion de revenir très rapidement sur l’histoire de cette plaque, sans trop de considérations philosophiques…
Le saviez-vous ?
« Arbeit macht frei » signifie en allemand « le travail rend libre ».
Initialement, ce slogan a servi de titre à un roman, d’un pasteur nationaliste allemand, Lorenz Diefenbach. Ce roman a été publié en 1872 dans un journal viennois, puis en 1873 dans une maison d’édition de Brême. Il raconte l’histoire d’un tricheur qui regagne le « droit chemin » en travaillant. Rien de très original, en somme.
Mais ce slogan s’est retrouvé comme devise de plusieurs institutions en Allemagne et en Autriche.
Ainsi, la République de Weimar (née de la répression de la révolution spartakiste, et enterrée par le national-socialisme) a adopté cette devise en 1928 comme guide pour sa politique de grands travaux.
De même, le grand monopole chimiste IG Farben a également adopté cette devise, en l’apposant sur le fronton de ses usines en Allemagne. Or c’est ce même trust industriel qui a été par le suite le principal employeur dans le camp de travail d’Auschwitz III !
Sous le régime nazi, le slogan « Arbeit macht frei » a donc surtout servi à mettre en esclavage la population des camps de travail !
Ainsi, on retrouve cette devise à l’entrée de Dachau d’abord, puis à Gross-Rosen, Sachsenhausen, Theresienstadt (Terezin en Tchéquie)… et surtout à Auschwitz.
En effet, suivant la vieille tradition allemande des inscriptions au-dessus des entrées de bâtiments officiels, le général SS Theodor Eicke (alors inspecteur des camps de concentration et commandant à Dachau) a ordonné que le slogan « Arbeit macht frei » soit généralisé dans les camps.
Dans le cas particulier d’Auschwitz, l’enseigne volée dominait l’entrée du camp d’Auschwitz I dès 1940 sur décision de Rudolf Höß. (Rappelons que ce camp est inauguré en juin 1940.)
L’enseigne elle-même a donc été fabriquée en 1940 par des prisonniers politiques polonais d’Auschwitz I, parmi lesquels Jan Liwacz. On peut remarquer que le B de « Arbeit » est à l’envers : il semblerait que ce soit en signe de protestation de la part des prisonniers.
Cette sous cette enseigne que passaient les détenus d’Auschwitz I chaque matin et chaque soir pour aller travailler en esclavage, dans une marche rythmée par un orchestre d’autres prisonniers…
Mais de fait, rien ne permet d’indiquer que ce slogan était ironique ou cynique de la part des nazis.
Au contraire, même, quand on comprend la mystique du travail « concret », « sain » qu’ont développée les nazis. Ce thème a été approfondi par Moishe Postone, et permet de mieux cerner l’antisémitisme moderne.





