9 décembre 1942 : la grande rafle de Tunis

Le saviez-vous ?

Quand éclate la seconde guerre mondiale, la Tunisie abrite une population juive d’environ 90.000 âmes, habitant essentiellement entre Tunis et la Goulette, voire à Djerba, Sfax, etc.

L’Europe et les champs de batailles ont beau paraître loin, mais le colonisateur français occupe la Tunisie, qui subit dès octobre 1940 les lois antisémites de Vichy – comme en Algérie.

Les mesures antisémites sont diversement appliquées en Tunisie, pas toujours comme Vichy l’aurait voulu. Ainsi, le port de l’étoile jaune n’est pas obligatoire à Tunis, mais seulement à Souss et Sfax.

Fait notable, de larges couches des féodaux tunisiens s’opposent aux mesures antisémites, ne serait-ce que pour réaffirmer face à Vichy leur autorité sur la Tunisie et tous les « sujets » du Bey (parmi lesquels les juifs et les juives).

Ainsi, dès son intronisation en juin 1942, Moncef Bey s’opposera à l’antisémitisme de Vichy, et cachera des juifs pendant toute l’occupation à titre personnel, en poussant beaucoup de figures de la féodalité à faire de même. Les exemples en ce sens sont très nombreux.

Mais suite aux avancées des Alliés en Afrique du Nord, les nazis décident d’organiser la défense sur place, et débarquent en Tunisie le 8 novembre 1942. C’est alors que s’ouvre la période de l’occupation nazie en Tunisie, ce qui est unique en Afrique du Nord.

Pour la minorité juive, les persécutions antisémites franchissent un cap, et deviennent semblables à celles qui règnent en Europe : étoiles jaunes, rationnements, spoliations, réquisitions militaires, énormes amendes collectives, travail forcé en public ou dans des camps, et jusqu’à la déportation.

Le 8 décembre 1942, les forces nazies d’occupation exigent à la communauté juive (représentée par Moïse Borgel) un contingent de travailleurs forcés : il lui faut 3000 jeunes adultes juifs pour le lendemain à l’aube.

Mais le lendemain matin, il y a seulement 120 « volontaires » à la caserne Foch de Tunis. Ce sont donc les SS qui vont se charger du travail, et qui vont opérer une rafle sans doute déjà prévue : c’est la rafle de Tunis du 9 décembre 1942.

Ainsi, les SS occupent l’Alliance (l’école de l’Alliance Israélite Universelle) et « cueillent » les personnes qui arrivent. Les nazis iront jusqu’à rafler dans les synagogues, notamment la grande synagogue de Tunis. De plus, ils enlèvent de nombreuses figures notables de la communauté juive, qui serviront comme otages.

Les 4000 juifs raflés ce 9 décembre 1942 iront soit en camp de travail, soit seront envoyés sur les fronts allemands en Europe.

Ce seront au total 5000 juifs de 18 à 50 ans qui iront trimer dans 32 camps de travail en Tunisie dans des conditions de travail extrêmes, principalement vers Bizerte (tout au nord) mais aussi dans les environs de Tunis. À noter que le financement et les ravitaillements des camps seront assurés par la communauté juive… suite à des négociations avec les nazis !

De ces camps, quelques centaines de personnes ne reviendront pas, que ce soit à cause des conditions de vie extrêmement dures ou bien des exécutions sommaires… De même, une soixantaine de très jeunes adultes juifs trouveront la mort dans les fronts allemands en Europe.

Sans compter un convoi de déportés juifs, qui partira en avril 1943 en avion (étant donné que la mer est quadrillée par les Anglais), en direction des camps de Pologne et d’Autriche. De cette déportation, 17 personnes ne reviendront pas – en plus de déportés « individuels » parmi les résistants.

Face aux avancées des forces Alliées, les nazis déserteront les camps de travail en avril 1943, et fuiront la Tunisie en mai 1943. Peu après, les mesures antisémites seront abrogées.

Les six mois d’occupation allemande de la Tunisie ont été trop courts pour mettre en œuvre les véritables plans nazis : l’extermination de la minorité juive de Tunisie.

En effet, il existe des témoignages de cadres de la diplomatie nazie allant très clairement dans ce sens. Cependant, vu que la mer était sous contrôle allié, et que la déportation par « charters » n’était pas envisageable à l’époque, les SS avaient prévu de fusiller les personnes juives en Tunisie même.

Comme quoi l’antisémitisme nazi a une dimension totalement idéologique, jusqu’à aller chercher des personnes juives à génocider au-delà des mers. Voilà qui donne une idée de ce qui resterait des minorités juives dans le monde si les nazis n’avaient pas été écrasés à Stalingrad…