La Nuit de Cristal, un tournant dans l’extermination
Le 9 novembre 1938, le régime nazi lance une nuit de pogroms à travers l’Allemagne : c’est la Nuit de Cristal, ou Kristallnacht.
Depuis la conquête du pouvoir par les nazis en 1933, les mobilisations antisémites se succédaient, et les discriminations et persécutions se multipliaient, notamment avec les décrets de Nürnberg en 1935.
Le 7 novembre 1938, le jeune juif Herschel Grynszpan abat un conseiller de l’ambassade d’Allemagne à Paris, en voulant venger sa famille et les milliers d’autres personnes juives polonaises d’Allemagne qui sont « reconduites à la frontière ».
Cela servira de prétexte au déclenchement des Pogroms de Novembre.
En effet, le conseiller allemand visé par Herschel meurt le 9 novembre vers 17h30. Hitler en est informé alors qu’il célèbre le putsch manqué de novembre 1923 avec la « vieille garde » du parti nazi.
Hitler et Goebbels décident alors du lancement des pogroms, qui, en réalité, auraient été « en suspens » depuis presqu’un an. Tout au long de la nuit, ce seront tous les secteurs de l’État nazi, dans le pays entier, qui se lanceront dans les pogroms : Gauleiter, SA, police, SS, Gestapo, SD.
À ce moment, la SA est encore un mouvement de masse, mais sans initiative politique depuis en 1934. Ce sont essentiellement eux et la Hitler-Jugend qui s’illustreront dans la sauvagerie des pogroms – mais jamais en uniforme !
Les villes de Berlin et de Vienne (annexée depuis peu au Reich) sont les plus touchées. Concrètement, les juifs sont désarmés, les synagogues sont brûlées et détruites, les vitrines de commerces tenus par des juifs (enregistrés au préalable) sont brisées, et des personnes juives sont massacrées.
La nuit du 9 au 10 novembre 1938, on estime que plus de 250 synagogues (soit presque toutes les synagogues du Reich) sont attaquées, que près de 7500 vitrines sont brisées (ce qui donnera cyniquement l’appellation de « Nuit de Cristal »…), et que 400 personnes juives trouvent la mort, assassinées, suicidées ou suite à leurs blessures.
De plus, 35000 personnes juives sont déportés dans les camps de concentration de Dachau, Buchenwald, Sachsenshausen, où continuent les massacres par les SS. Leurs propriétés personnelles seront récupérés soit par les nazis, soit directement par leurs voisins, réimpulsant ainsi « l’aryanisation des biens ».
La plupart des 35000 personnes déportées seront libérées trois mois plus tard (sous certaines réserves, comme un visa d’émigration), mais plus de 2000 auront été tuées par les nazis entretemps…
Et pour conclure l’affaire, les assurances touchées seront obligatoirement reversées à l’État nazi, qui taxera de plus la communauté juive d’une somme colossale… pour troubles à l’ordre public et tapage nocturne !
La Nuit de Cristal marque un tournant dans la mobilisation nazie de masse. En effet, la plupart des gens sont restés passifs chez eux, à observer les pogroms par la fenêtre. De plus, un ordre d’arrêter les destructions est lancé le 11 novembre, et pourtant les pogroms continueront, ce qui montre l’implication d’une frange de la population non directement liée à l’État.
De ce fait, la Nuit de Cristal marque également un tournant dans la marche à la guerre impérialiste. Car après les accords de Munich, il est clair que la guerre ne sera pas évitée, et la Nuit de Cristal constitue un « test » pour la mobilisation et la militarisation des masses sous les drapeaux nazis. C’est une sorte de « plébiscite par le pogrom ».
Enfin, la Nuit de Cristal marque un tournant vers la politique d’extermination. Auparavant, les SA menaient des campagnes violentes pour le boycott des commerces « juifs », mais les persécutions antisémites avaient été essentiellement légales, dans le but de pousser à l’émigration. Là, il s’agit du plus grand pogrom antisémite vu en Allemagne depuis le Moyen-âge.
Si l’on pense, comme Moishe Postone, que « c’est Auschwitz – et non la prise de pouvoir de 1933 – qui fut la véritable "révolution allemande" », alors les pogroms de novembre 1938 devaient résonner pour les nazis comme une prise de la Bastille…
Voilà pourquoi la dimension antisémite est absolument centrale dans le national-socialisme : elle est une idéologie permettant la mobilisation réactionnaire de masse, dans la marche à la guerre impérialiste.





