Avec Izzy & Moe, c’était Pourim tous les jours !
Les États-Unis ont connu une période de leur histoire marquée par l’interdiction de vendre de l’alcool : c’était la « Prohibition », qui a servi de cadre à tant de films…
Mais chez certains, l’humour n’avait pas été pas prohibé, et ce fut l’occasion pour deux policiers très spéciaux de briller : Izzy Einstein et Moe Smith.
Quand on dit « policiers », on devrait dire en fait les deux showmen !
Car ces deux juifs d’origine autrichienne ne restèrent pas longtemps dans la police, seulement de 1920 à 1925 : le temps de se faire éjecter, non pas en raison de leurs résultats, mais surtout à cause de leurs extravagances !
Le saviez-vous ?
Isidor « Izzy » Einstein est né en Autriche, sa langue maternelle était le yiddish, et il émigra aux USA à l’adolescence. C’était lui le joyeux luron de l’équipe. Quant à Moe Smith, il est né à New York de parents juifs austro-galiciens, et était plutôt le « chef des opérations ».
Dès le début de la Prohibition, Izzy Einstein et Moe Smith abandonnent leurs anciens métiers, et s’engagent dans la police de New York. Leur job : fermer les bars servant de l’alcool.
Et leur méthode secrète ? Entrer dans un « club » avec les costumes les plus délirants, se faire servir de l’alcool, et constater le flagrant délit !
Une méthode quasi infaillible pour ces deux génies du déguisement !
Ainsi, entre 1920 et 1925, ils eurent le temps de procéder à 4932 arrestations de « bootleggers », dont 95 % se conclurent par une condamnation. Leur prise record : 5.000.000 de bouteilles de Hooch d’un coup.
Concernant leur créativité, il est aisé d’en juger : déguisements de footballeur américain, de délégué du Congrès démocrate, de Texas Ranger… ou encore de couple ashkénaze ! Quant à l’audace, ils en avaient assez pour se jeter dans l’eau glacée et venir demander de quoi se réchauffer… Pire encore : une fois, Izzy Einstein demanda, l’air lassé, « un verre pour un agent méritant de la Prohibition » : le barman le servit, pensant à un mot d’humour !
De quoi devenir la terreur des trafiquants… mais aussi des icônes populaires d’une époque très impopulaire !
Oui mais voilà, la hiérarchie policière ne l’entendait pas de cette oreille…
Ainsi, un responsable de la police expliqua que « le service doit rester digne », alors que « Izzy et Moe appartiennent à une scène de vaudeville ».
Pour leurs extravagances, Moe Smith et Izzy Einstein seront mutés en 1925 à Chicago, soi-disant « pour le bien des services ». Refusant de se plier à la hiérarchie, ils démissionneront immédiatement.
Le décalage est donc absolu : d’un côté la culture juive (en l’occurrence ashkénaze), toute dans le délire créatif quasi punk ; de l’autre, la culture de la répression policière, prenant tout au premier degré.
Comme quoi la culture populaire juive ne saurait s’insérer dans la culture de l’État et de sa police…
La preuve : l’ancien commissaire Sammy Ghozlan, qui en prétendant combattre l’antisémitisme par ses « talents » répressifs, passe à côté d’un pan entier de l’identité juive, et se nie au profit du sionisme.
Au moins avec Izzy & Moe, c’était Pourim tous les jours !