Herschel Grynszpan, une haine non négociable
Le 7 novembre 1938, un secrétaire de l’ambassade d’Allemagne à Paris est liquidé par un jeune apatride juif, Herschel Grynszpan.
Né en 1921 en Allemagne, de parents juifs polonais immigrés, Herschel Grynszpan a tout d’un tempérament de « voyou » : en rupture avec l’autoritarisme de l’école, et déterminé à ne pas se laisser marcher sur les pieds.
À 14 ans, il rentre dans une yeshiva à Francfort, en espérant apprendre l’hébreu et fuir l’Allemagne nazie pour la Palestine. Mais de fait, ses parents l’envoient chez de la famille en Belgique, où il attend un visa qui lui sera refusé du fait de son jeune âge.
Puis en septembre 1936, il traverse clandestinement la frontière avec la France, où il est hébergé chez un oncle à Paris. Il vit alors en apatride (c’est-à-dire en sans-papiers) dans une communauté parlant yiddish, travaille dans la confection, et se démène pour obtenir un permis de séjour.
Le 31 mars 1938, les Grynszpan sont privés de leur nationalité polonaise par une loi gouvernementale. Le 11 août, Herschel reçoit un « ordre de quitter le territoire français » avant le 15 août (d’après la terminologie de l’État français d’aujourd’hui pour les travailleurs et travailleuses sans-papiers).
Enfin, le 28 octobre, ce sont 35000 personnes juives polonaises qui sont expulsées d’Allemagne vers la Pologne, alors que justement beaucoup ont perdu la nationalité polonaise. Parmi les 12000 déportéEs, 8000 sont coincées entre l’Allemagne et la Pologne dans des conditions terribles.
Ainsi, Herschel Grynszpan est privé d’un visa pour la Palestine, de papiers belges, polonais, français et allemands. C’est un apatride, un sans-papiers.
Mais par dessus tout, il apprend le 3 novembre 1938 que sa famille est expulsée et parquée dans un camp. Et cela, aucune personne juive ne peut l’accepter sans bouillir de rage et de haine.
Le 6 novembre, il se brouille avec son oncle précisément par rapport à la situation de sa famille, et prend une chambre à l’hôtel. Le lendemain à l’aube, il écrit une lettre à ses parents :
« Mes chers parents, je ne pouvais agir autrement. Que Dieu me pardonne. Mon coeur saigne lorsque j’entends parler de la tragédie des 12 000 Juifs. Je dois protester pour que le monde entier entende mon cri et cela, je suis contraint de le faire. Pardonnnez-moi. Herschel. »
Ce 7 novembre 1938 vers 9h30, Herschel Grynszpan arrive à l’ambassade d’Allemagne à Paris, où il est reçu par un conseiller, Ernst vom Rath, pour soi-disant lui remettre un document…
Quand vom Rath le lui demande, Herschel se lève, dégaine son arme, et tire 5 reprises. Le nazi s’effondre ; il mourra le 9 novembre vers 17h30.
La nuit suivant son décès, le Reich nazi déclenchera un pogrom d’une ampleur jamais vue en Allemagne depuis le Moyen-Âge, en prenant comme prétexte cet assassinat (alors qu’il était sans doute prévu depuis presqu’un an) : c’est la Nuit de Cristal, le 9 novembre 1938.
Arrêté à l’ambassade, Herschel Grynszpan explique qu’il a agi pour venger sa famille. Il déclarera également :
« Ce n’est pas un crime d’être juif. Je ne suis pas un chien. J’ai le droit de vivre, et le peuple juif a le droit d’exister en ce monde. Partout où j’ai été, j’ai été pourchassé comme un animal. »
Par la suite, Herschel Grynszpan vivra dans l’attente d’un procès médiatisé, attente qui s’éternisera parallèlement à la marche à la guerre. Puis, balloté de prison en prison, il mourra vers 1944 dans le camp allemand de Sachsenhausen.
De fait, Herschel Grynszpan fut une sorte d’avatar de Sholem Schwartzbard ou de Pierre Goldman, la politique révolutionnaire en moins.
Herschel Grynszpan a agi pour la justice des nôtres, certes, mais il a agi en individualiste. Et il faut bien l’avouer sans toutefois « refaire l’Histoire », mais l’individualisme est relativement étranger aux minorités juives.
Quand on refuse la politique, la révolution, le communisme, il est impossible de donner à sa rage de vivre et à sa haine antinazie une expression à la hauteur : une autodéfense juive, antifasciste, populaire, réaliste, déterminée.





