L’organisation et les structures des FTP-MOI
Suite à la sortie du film « L’Armée du Crime » sur le groupe Manouchian, il serait bon de rappeler quelques notions sur l’organisation et les structures des FTP-MOI, et de réaffirmer que ceux-ci n’étaient absolument pas des idéalistes ni des boy-scouts.
Le saviez-vous ?
La Main-d’Œuvre Étrangère (MOE) est crée en 1924. Dans les années 1930, elle changera de nom, pour s’appeler Main-d’Œuvre Immigrée (MOI, prononcer « moï »). Elle est initialement une organisation syndicale, regroupant les travailleurs immigrés de la Confédération générale du travail unitaire (CGT-U, communiste).
La MOI développe alors l’entraide ouvrière, et des activités sportives ou culturelles. Chaque structure conserve des spécificités nationales ou linguistiques. Il y a par exemple des sections nationales italienne, roumaine, arménienne, ou encore une section rassemblant les personnes parlant principalement yiddish. La MOI accueille aussi les communistes réfugiés d’Italie, Espagne, Allemagne, etc.
Sur le plan organisationnel, la MOI dépend à l’époque directement de l’Internationale syndicale rouge (ISR ou Profintern), qui est proche de l’Internationale Communiste (IC ou Komintern) de 1921 à 1937.
En septembre 1939, le PCF, la CGT-U et la MOI sont interdits par l’État français. La MOI doit donc subir une réorganisation pour en refaire un organisme militant dans la situation nouvelle de l’Occupation. Ce sont Louis Gronowski et Simon Cukier qui se chargent de diriger la réorganisation.
Celle-ci est effective dès 1941. La MOI mène alors des actions de propagande et d’organisation en direction des différentes populations de travailleurs étrangers. Elle tente ainsi d’inciter la minorité juive (essentiellement les immigréEs) à l’autodéfense face aux rafles.
Fin 1941, les FTP-MOI (Francs-Tireurs et Partisans – Main-d’Œuvre Immigrée) sont créés, en relation avec les FTPF (Francs-Tireurs et Partisans Français), suite à l’Organisation Spéciale du PCF clandestin. Ces groupes communistes mènent la lutte armée dans le cadre d’une guerilla urbaine (de libération nationale et antifasciste).
Un point essentiel sur le plan organisationnel est le fait que les FTP-MOI ne sont initialement pas dépendants du PCF. Ils agissent certes en liaison avec les FTPF (qui sont une structure du PCF clandestin), mais ils relèvent en réalité de l’autorité de Jacques Duclos.
Duclos est alors le vrai leader resté en France du PCF, et est en liaison (presque) directe avec l’Internationale Communiste, à travers un réseau d’informations solide qui aboutit à sa planque (dans la proche banlieue rouge, puis à Bourg-la-Reine, puis à Villebon-sur-Yvette).
Ainsi, les FTP-MOI obéissent aux directives de l’Internationale Communiste et non de sa section française (le PCF). Il y a donc encore moins de place pour l’amateurisme, l’aventurisme, l’indiscipline ou pour les « boy-scouts », d’autant plus que de nombreux combattants échappent de peu à la rafle du Vél d’Hiv.
Des bataillons FTP-MOI existeront dans plusieurs agglomérations en France, aussi bien en zone occupée qu’en zone « libre » : Grenoble (Bataillon Liberté), Lyon-Villeurbanne (Bataillon Carmagnole), Marseille (Compagnie Marat), Toulouse (35ème Brigade / Brigade Marcel Langer), et à Paris (groupe Manouchian-Rayman).
En région parisienne, là où sont cantonnés les FTP-MOI à leur création, c’est Boris Holban (juif roumain) qui dirige initialement la lutte armée. Il sera par la suite remplacé par Missak Manouchian (arménien, dont la famille a été victime du génocide). Quand Manouchian tombera, ce sera Holban qui reprendra la relève.
De même, à partir de 1941, le FTP-MOI Joseph Epstein (juif polonais, ancien des Brigades Internationales en Espagne) sera nommé responsable de l’ensemble des FTP de région parisienne, et chapeautera donc entre autre le groupe Manouchian-Rayman. Joseph Epstein introduit des innovations dans les structures militaires.
En effet, l’unité de base des FTP-MOI est « l’équipe », constituée de 3 personnes. Ce sera par exemple l’équipe de Marcel Rayman, Léo Kneler et Celestino Alfonso qui exécutera le responsable du Service du Travail Obligatoire (STO) en septembre 1943.
Trois équipes constituent un « groupe » de 9 personnes, et trois groupes constituent un « détachement » de 27 personnes. Cette stratégie militaire s’appelle « la boule de mercure ».
Joseph Epstein comprend que pour affirmer la voie de la Résistance au peuple de France, il faut frapper les esprits et semer la panique chez les nazis. Il développe donc le concept d’opérations de grande ampleur, par groupes d’une quinzaine de combattants, qui peuvent ainsi attaquer directement les rassemblements nazis (dans les restaurants, à la sortie des cinémas, etc.) et couvrir leur fuite.
Par le niveau organisationnel et politique qu’ont atteint les FTP-MOI, il s’est avéré assez difficile de les infilter. Les Renseignements Généraux et la Gestapo ont donc dû compter sur de vastes filatures simultanées, ainsi que sur quelques trahisons (comme celle de Joseph Davidovitch, qui est l’un des responsables de la chute du groupe Manouchian). La traque des FTP-MOI de la région parisienne a donc été une des tâches centrales des « Brigades Spéciales » des RG.
Par leur organisation, leur discipline et leur détermination, les bataillons FTP-MOI ont mené des milliers d’actions. Les vaines tentatives de dépolitiser les FTP-MOI et d’en faire des « résistants idéalistes » soi-disant « pas staliniens » n’ont donc strictement aucun sens, et sont du pur révisionnisme historique.