L’accusation de « crime rituel », vestige du cannibalisme
« Grand émoi dans le village, une jeune fille a été découverte assassinée, les Juifs seront sûrement suspectés de l’avoir assassinée. Soudain, le rabbin sort radieux : "Bonne nouvelle, la victime est juive !" »
Voilà une blague terrible, qui est la synthèse de la hantise juive désormais multi-centenaire du pogrom. Car les pogroms d’Europe se sont largement appuyés sur l’accusation du crime rituel.
Le saviez-vous ?
Cette accusation est la plus courante de l’antisémitisme, au point d’en être le plus grand classique, jusqu’à aujourd’hui : internet pullule de documents à ce sujet.
En quoi consiste cette accusation ? Elle affirme que pour la Pâques juive, les communautés juives auraient besoin de sang chrétien pour la confection de leurs pains azymes.
Un enfant serait alors enlevé ou acheté, enchaîné et torturé devant une foule lors d’une cérémonie secrète (relevant de la magie noire), puis crucifié et son sang recueilli dans des coupes.
Il faut savoir ici que l’accusation de crime rituel était largement présente en Europe au 19ème siècle et dans la première partie du 20ème siècle.
Après 1945, l’extrême-droite a eu du mal à continuer amplement à diffuser l’accusation de crime rituel, l’Église catholique elle-même a largement reculé sur cette question.
Mais aujourd’hui avec la crise les choses changent, car la culture antisémite en arrière-fond n’a pas changé. Si l’accusation revient aujourd’hui, c’est qu’elle n’a en fait jamais disparu.
Et en quoi consiste cette accusation ? En fait, on reconnaît ici les éléments de l’antisémitisme chrétien traditionnel : l’enfant serait crucifié car chrétien.
Mais cela va bien plus loin, car sur le plan religieux le sang est interdit dans le judaïsme que ce soit au niveau religieux ou au niveau de la nourriture. Il ne s’agit donc pas simplement d’un rejet du judaïsme comme religion, mais bien d’une mobilisation raciste. Ce qui est en jeu, c’est la question du « sang ».
À ce niveau, il est donc logique que l’accusation du « crime rituel juif » soit passée dans l’antisémitisme moderne, qui lui est uniquement « biologique ».
L’accusation est d’ailleurs toujours d’actualité politiquement : récemment le tabloïd suédois Aftonbladet l’a remise au goût du jour concernant des morts palestiniens ; en janvier 2005, 20 députés de la Douma avaient demandé « l’interdiction de toutes les organisations juives » ; en Autriche l’extrême-droite appuyée par l’Église organise une réunion annuelle pour un enfant « victime du crime rituel » (Andreas "Anderl" Oxner von Rinn), etc.
Elle est même assumée dans le monde musulman, ce qui n’a jamais été le cas historiquement (le Hizbollah, les gouvernements syrien et iranien, etc.).
Et la LICRA a demandé hier au site réactionnaire Alterinfo de retirer un article de Gilad Atzmon (un israélien devenu antisémite) aux propos explicites : « On pourrait se demander pourquoi le trafic d’organes est devenu une « chose juive ». Pourquoi l’État juif et le peuple juif sont-ils si impliqués dans ce genre de commerce répugnant et non éthique. La réponse est sans doute évidente : c’est une bonne affaire et il n’y a guère de concurrence, peu de gens étant prêts à vivre du trafic ou du vol de foies et de reins. »
En fait, l’accusation de « crime rituel » correspond exactement à la nature de l’antisémitisme tel qu’il faut le comprendre et le combattre : « Le chauvinisme national et racial est un vestige des habitudes misanthropiques, caractéristiques de la période de cannibalisme. L’antisémitisme, en tant que forme extrême de chauvinisme racial, est le vestige le plus dangereux du cannibalisme. » (Staline)





