Goldman le militant, Goldman l’organisateur

Pierre Goldman n’est pas, comme certains voudraient le faire croire, un soldat perdu qui se serait « trompé de guerre ». C’est en tant que jeune juif en phase avec son époque qu’il s’engage dans les rangs communistes.

Le saviez-vous ?

La motivation première de son entrée en politique est la guerre d’Algérie et la remontée du fascisme français appuyé par l’État.

Il dit en effet qu’à son entrée au lycée d’Évreux en 1959, il « découvrit le fascisme. Ou plutôt : qu’il y avait encore des fascistes, que cette espèce n’était pas morte avec la défaite de l’Axe et la libération de la France. [...] Je croyais que les fascistes, mal absolu, avaient disparu de l’espace réel. [...] À Évreux, je rencontrai des jeunes qui défendaient le régime de Vichy (des professeurs aussi) et des fascistes actifs, membres de Jeune Nation. C’était l’époque du retour de De Gaulle, du début des menées ultras en Algérie. J’adhérai à l’Union des Jeunesses Communistes. »

Effectivement, la guerre coloniale en Algérie, menée par l’État français depuis 1954, avait permis à tout ce que la France comptait encore de fascistes (protégés par les bourgeois de l’épuration) de se restructurer et de gagner en influence. Le nationalisme, le racisme et l’anticommunisme explosaient, et les fascistes étaient aux portes du pouvoir en Algérie.

Les ratonnades, les massacres et les actes de barbarie racistes faisaient rage et s’étendaient sur le territoire français. Comme lors de la terrible soirée du 17 octobre 1961, où 400 algériens qui manifestaient contre le couvre-feu raciste furent massacrés par la police française aux ordres de Papon. Pierre Goldman dira alors avoir « pour les policiers pogromistes d’Octobre 61 une haine farouche et juive ».

À 17 ans, lors de la nuit du 22 au 23 avril 1961, alors qu’un débarquement armé de l’OAS à Orly était attendu, il répond à l’appel antifasciste du Parti Communiste et passe la nuit près d’Orly prêt à se battre. Il montera dans son lycée un groupe clandestin, avec un autre élève communiste juif, en vue d’attaquer des personnalités soutenant l’OAS. Ce projet n’aboutira pas, la guerre d’Algérie se terminant enfin, et la nation algérienne obtenant un début de libération.

Par la suite, une fois entré à l’Université, il adhèrera à l’Union des Étudiants Communistes (dont il deviendra membre du Comité National en 1964). À cette époque, l’UEC et les Jeunesses Communistes mènent une lutte systématique contre les groupes fascistes. C’est dans ce cadre qu’il deviendra un des organisateurs du service d’ordre de l’UEC.

Comme il l’expliquera : « Rapidement, je m’oriente vers l’organisation de la lutte contre les groupements d’extrême-droite. [...] C’est ce qu’on appelle le service d’ordre de l’UEC. On attaque les distributeurs de tracts fascistes et monarchistes. »

Révolutionnaire convaincu, il refuse d’aller servir dans l’armée, et entre donc en clandestinité dès 1966.

Malgré cela et après un passage d’un an dans une guerilla d’Amérique latine, il continuera ses activités d’organisateur. Comme en 1969, lors de la venue d’une délégation d’étudiants progressistes nord-vietnamiens dans le cadre d’un festival (organisé par l’UNEF de l’époque) de solidarité avec la guerre populaire du FNL.

Plus tard, après ses années de prison, il continuera à organiser des actions internationalistes (notamment en direction du Pays Basque sous occupation française), et à essayer de mettre sur pied une guerilla en France. Ce qui est certainement la raison de sa liquidation par les fascistes de « Honneur de la Police ».

Par conséquent, Pierre Goldman n’était pas qu’un aventurier. Il n’avait rien à voir avec le mythe fasciste du « rebelle » individualiste qui cherche l’action pour l’action.

Ses convictions antifascistes et communistes lui venaient autant de son histoire familliale, de son identité juive, que d’une prise de position concrète par rapport à son époque. Son inlassable activité d’organisateur militaire était motivée par des convictions politiques fermes.

Il dit à ce sujet : « Elle serait totalement inintelligente la personne qui [...] déduirait que je suis tout entier dans une subjectivité obscure et que ma vie politique y est réduite. [...] J’ai toujours maintenu mes jugements et analyses politiques dans une intacte autonomie. »