Le génocide Herero
Le saviez-vous ?
Ce vendredi, nous commémorerons le déclenchement du premier génocide de l’histoire, le 2 octobre 1904.
Car le 2 octobre 1904, l’armée impérialiste allemande donna l’ordre d’exterminer un peuple entier, le peuple Herero en Namibie (Afrique du Sud-Ouest).
Mais plantons rapidement le décor.
Dès 1870, des colons allemands s’installent en Namibie. Mais en 1885, à l’époque précise où naît le capitalisme monopoliste c’est-à-dire l’impérialisme, la conférence internationale de Berlin ouvre la voie de la colonisation systématique de l’Afrique par les puissances européennes.
La colonisation est alors fulgurante et extensive, c’est-à-dire qu’elle consiste en l’appropriation de territoires soi-disant « vierges »… jusqu’à ce que l’Afrique soit presque entièrement partagée, et que naissent des contradictions entre impérialismes (par exemple l’incident de Fachoda en 1899 entre France et Royaume-Uni).
Les impérialistes (allemands et autres) passent alors à une colonisation plus intensive, qui crée des couches colonialistes parasites qui pillent l’Afrique et exploitent toujours plus violemment les peuples. Il en est ainsi en Namibie, connue alors comme « Südwest-Afrika » et gouvernée par le Dr Heinrich Göring (mais l’Histoire retiendra aussi son fils Hermann…), d’autant plus que d’immenses gisements de diamant y sont découverts en 1894.
Bien évidemment, là où il y a oppression, il y a résistance, et l’intensification du pillage impérialiste ne se fait pas dans la tranquillité…
Ainsi, un chef du peuple herero, Samuel Maharero, décide d’assumer la direction des peuples de Namibie, et tente de proposer une unité anti-coloniale aux chefs d’autres peuples de la nation namibienne en formation.
Mais son appel restera vain, et c’est tout seul que le peuple herero se soulève le 12 janvier 1904 contre le colonialisme, en attaquant un poste colonial, et en liquidant plus de 200 colons en trois jours de combat. S’ensuit alors ce qui est connu en Namibie comme la « guerre de libération nationale de 1904-1908 ».
En juin 1904, l’impérialisme allemand dépêche alors sur place ses troupes de choc menées par le général Lothar von Trotha, qui s’était déjà fait connaître par sa barbarie en Tanzanie (et en Chine durant la révolte des Boxers).
En août 1904, les troupes coloniales allemandes mènent donc une campagne d’encerclement et d’anéantissement contre les insurgés hereros. Le 11 août, ce sont donc 7500 Hereros qui se retrouvent encerclés durant la bataille de Waterberg, et qui doivent fuir vers le désert du Kalahari.
Face à l’empoisonnement des puits et aux tirs armes modernes des colonialistes allemands, à peine un millier de survivants (parmi lesquels Samuel Maharero) parviendront au Botswana, dans leur sanctuaire près du lac Ngami.
Mais le peuple herero n’est pas au bout de son martyre, car le général von Trotha a des projets génocidaires, qu’il expose ainsi à l’empereur d’Allemagne : « J’estime que les Hereros doivent être supprimés en tant que nation. »
Le 2 octobre 1904, il y a 105 ans, le général von Trotha émet donc un « ordre d’extermination » (« Vernichtungsbefehl ») :
« Le général des troupes allemandes envoie cette lettre au peuple Herero.
Les Hereros ne sont dorénavant plus sujets allemands. [...] Tous les Hereros doivent quitter leurs terres. S’ils n’acceptent pas, ils y seront contraints par les armes. Tout Herero aperçu à l’intérieur des frontières allemandes, avec ou sans arme, sera exécuté. Femmes et enfants seront reconduits hors d’ici – ou seront fusillés. [...] Nous ne ferons pas de prisonnier mâle ; ils seront fusillés.
Décision prise pour le peuple Herero.
Signé : le grand général du tout puissant Kaiser,
Lieutenant général Lothar Von Trotha.
Le 2 octobre 1904. »
Dès le lendemain, le 3 octobre, le Sud de la Namibie s’engage aussi dans l’insurrection nationale, et le peuple nama mènera une guerilla contre l’armée allemande.
Cet ordre d’extermination marque le premier génocide de l’Histoire, au sens de la liquidation totale et systématique d’un peuple.
Pour cela, les impérialistes allemands empoisonnent les puits, affamment et assoiffent, parquent les survivants et les liquident.
Quelques années plus tôt, l’impérialisme anglais avait inventé les camps de concentrations en Afrique du Sud / Azanie, durant la guerre des Boers. L’Empire allemand s’inspire donc des camps de concentrations anglais, et les développe en véritables camps d’extermination, « contribuant » ainsi à sa manière à l’histoire de la barbarie génocidaire.
Le général von Trotha sera limogé en novembre 1905, et l’extermination en tant que telle s’étendra jusqu’à décembre 1905 (mais la guerre coloniale continuera encore très longtemps). On estime que sur une population herero de 80.000, seulement 10.000 auront échappé au génocide en 1911.
Les camps de concentration et d’extermination en Azanie et en Namibie sont donc les premiers exemples de la barbarie génocidaire, et ne peuvent naître qu’à l’époque du capitalisme monopoliste – et ils surviennent d’ailleurs historiquement assez tôt par rapport à la formation de l’impérialisme.
La vérité, c’est que le génocide est totalement indissociable de l’impérialisme : l’un ne va pas sans l’autre. C’est le sens de la thèse communiste, qui dit que l’impérialisme prend une dimension génocidaire pendant la guerre.
Par ailleurs, il faut bien voir qu’il existe une certaine continuité génocidaire, et que la Shoah « doit beaucoup » au génocide herero par l’impérialisme allemand (déjà !). On pensera par exemple à l’héritage de la famille Göring…
Mais de façon encore plus terrifiante, il faut connaître le parcours du généticien Eugen Fischer.
Celui-ci procède dans les camps de concentration hereros à des expérimentations médicales sur les détenus et à des mensurations sur les cadavres dans une optique eugéniste ; il en ressortira le livre « Principes de l’hérédité humaine et de l’hygiène raciale ».
Plus tard, Fischer sera l’ami du philosophe nazi Heidegger, sera promu recteur de l’université de Berlin à l’arrivée de Hitler au pouvoir, et deviendra responsable de l’organisation de la stérilisation de centaines de milliers de personnes considérées comme « attardées » par le régime nazi.
Enfin, il enseignera dès 1934 ses théories racistes aux médecins de la SS. Parmi ses assistants, on retrouvera le très sadique « docteur » Mengele d’Auschwitz… La continuité dans l’horreur.
Juif ! Juive !
Apprends l’histoire des génocides !
Solidarité avec tous les peuples martyrs !
Il n’y aura pas de nouvel holocauste !
[Pour approfondir l'histoire de la Namibie, il existe une brochure éditée par la SWAPO (South West Africa People's Organisation) en 1981 : « Namibie : une tradition de résistance populaire (1670 – 1970) ». Le chapitre 3 traite du génocide herero.]