Aux origines du Punk

Le saviez-vous ? Les Juifs sont des punks !

Non, pas tous, c’est vrai… Mais justement. Les communautés juives étant marquées par des valeurs conventionnelles, la rébellion est d’autant plus explosive culturellement, et le punk a été une parfaite excentricité.

Si l’on rajoute à cela le traumatisme du nazisme, on voit facilement comment les personnes juives ont contribué au punk, jusqu’à en donner des figures notables.

Si en France Serge Gainsbourg et Daniel Darc ne sont pas liées à la musique punk, ils sont les figures d’un certain esprit punk juif autodestructeur, que l’on retrouve justement à la base du punk.

Qu’on pense aux Beastie boys, au départ un groupe de punk hardcore, qui a ensuite évolué vers le hip hop. Dès le départ le groupe de « funky jews » – Michael Diamond, Adam Yauch et Adam Horovitz… – a cultivé les incessantes provocations et revendications (« Fight for your rights to party! »), et – il faut le savoir – Michael Diamond n’est pas qu’un feuj qui a été punk : il est aussi vegan !

Mais on retrouve des figures juives dès le début du punk. Il y a déjà les ancêtres du punk : Lou Reed, Jonathan Richman, Bob Dylan.

Et il y a la première vague, celle qui naît à New York. Le vrai nom de Joey Ramone est Jeffrey Hyman, celui de Tommy Ramone est Thomas Erdelyi, et ils ont grandi dans le quartier juif de Forest Hill, dans le Queens à New York. Le manager qui les a fait tourner en Angleterre en 1976, donnant naissance au punk, était Danny Fields, juif également.

Sylvain Sylvain (Sylvain Mizrahi) était le guitariste des « New York Dolls », les vrais noms des deux membres de « Suicide » Martin Rev et Alan Vega sont Martin Reverby et Boruch Alan Bermowitz, Lenny Kaye était le guitariste de Patti Smith, 5 membres sur 6 des « Dictators » étaient juifs (Shernoff, Friedman, Kempner, Blum…), Nancy Spungen était la fameuse fiancée de Sid Vicious, Dave Rubinstein jouait dans Reagan Youth…

Le fondateur du CBGB, le club new yorkais où sont passés tous les groupes punks d’alors, a été fondé par Hilly Kristal, qui a grandi dans un collectif socialiste juif : le CBGB a appliqué le principe du « do it yourself » (fais le toi-même) dans la continuité de l’esprit d’autodétermination qu’il a acquis là-bas.

Et l’ombre du nazisme plane sur l’esprit punk juif, qui cherche à s’en moquer, à l’exorciser. Serge Gainsbourg – qui a porté l’étoile jaune enfant – y a consacré un album (Rock Around the Bunker), il y a la chanson « Blitzkrieg bop » des Ramones dont deux membres sont juifs dont le chanteur, le groupe « Blondie » (nom du chien d’Adolf Hitler) où l’on retrouve Chris Stein, les croix gammées des « Sex Pistols » dont le manager et grand organisateur était le juif anglais Malcolm Mclaren, Daniel Darc reprenant l’écrivain torturé mais antisémite Drieu La Rochelle…

Il va de soi qu’on trouve des personnes juives dans d’autres genres que le punk (Marc Bolan de T. Rex, David Lee Roth de Van Halen, Gene Simmons de Kiss, Evan Seinfeld de Biohazard…). Et sans doute y aurait-il également beaucoup de choses à dire sur l’esprit juif punk en France.

Pour les personnes intéressées, la recherche qui a déclenché un véritable retour sur cette question est le livre de Steven Lee Beeber, « The heebie-jeebie’s at CBGB’s ».

Et pour la petite histoire, Beeber a essuyé le refus de l’artiste Richard Hell (Meyers de son vrai nom), qui a nié ses origines juives et affirmé qu’il ne voulait être rattaché à aucun groupe. Hell a finalement admis que son père était juif, mais qu’il a été élevé comme communiste et athée. Beeber a alors répondu : « C’est la définition d’un juif ! »