Archives de septembre, 2009

Le génocide Herero

Le saviez-vous ?

Ce vendredi, nous commémorerons le déclenchement du premier génocide de l’histoire, le 2 octobre 1904.

Car le 2 octobre 1904, l’armée impérialiste allemande donna l’ordre d’exterminer un peuple entier, le peuple Herero en Namibie (Afrique du Sud-Ouest).

Mais plantons rapidement le décor.

Dès 1870, des colons allemands s’installent en Namibie. Mais en 1885, à l’époque précise où naît le capitalisme monopoliste c’est-à-dire l’impérialisme, la conférence internationale de Berlin ouvre la voie de la colonisation systématique de l’Afrique par les puissances européennes.

La colonisation est alors fulgurante et extensive, c’est-à-dire qu’elle consiste en l’appropriation de territoires soi-disant « vierges »… jusqu’à ce que l’Afrique soit presque entièrement partagée, et que naissent des contradictions entre impérialismes (par exemple l’incident de Fachoda en 1899 entre France et Royaume-Uni).

Les impérialistes (allemands et autres) passent alors à une colonisation plus intensive, qui crée des couches colonialistes parasites qui pillent l’Afrique et exploitent toujours plus violemment les peuples. Il en est ainsi en Namibie, connue alors comme « Südwest-Afrika » et gouvernée par le Dr Heinrich Göring (mais l’Histoire retiendra aussi son fils Hermann…), d’autant plus que d’immenses gisements de diamant y sont découverts en 1894.

Bien évidemment, là où il y a oppression, il y a résistance, et l’intensification du pillage impérialiste ne se fait pas dans la tranquillité…

Ainsi, un chef du peuple herero, Samuel Maharero, décide d’assumer la direction des peuples de Namibie, et tente de proposer une unité anti-coloniale aux chefs d’autres peuples de la nation namibienne en formation.

Mais son appel restera vain, et c’est tout seul que le peuple herero se soulève le 12 janvier 1904 contre le colonialisme, en attaquant un poste colonial, et en liquidant plus de 200 colons en trois jours de combat. S’ensuit alors ce qui est connu en Namibie comme la « guerre de libération nationale de 1904-1908 ».

En juin 1904, l’impérialisme allemand dépêche alors sur place ses troupes de choc menées par le général Lothar von Trotha, qui s’était déjà fait connaître par sa barbarie en Tanzanie (et en Chine durant la révolte des Boxers).

En août 1904, les troupes coloniales allemandes mènent donc une campagne d’encerclement et d’anéantissement contre les insurgés hereros. Le 11 août, ce sont donc 7500 Hereros qui se retrouvent encerclés durant la bataille de Waterberg, et qui doivent fuir vers le désert du Kalahari.

Face à l’empoisonnement des puits et aux tirs armes modernes des colonialistes allemands, à peine un millier de survivants (parmi lesquels Samuel Maharero) parviendront  au Botswana, dans leur sanctuaire près du lac Ngami.

Mais le peuple herero n’est pas au bout de son martyre, car le général von Trotha a des projets génocidaires, qu’il expose ainsi à l’empereur d’Allemagne : « J’estime que les Hereros doivent être supprimés en tant que nation. »

Le 2 octobre 1904, il y a 105 ans, le général von Trotha émet donc un « ordre d’extermination » (« Vernichtungsbefehl ») :

« Le général des troupes allemandes envoie cette lettre au peuple Herero.

Les Hereros ne sont dorénavant plus sujets allemands. [...] Tous les Hereros doivent quitter leurs terres. S’ils n’acceptent pas, ils y seront contraints par les armes. Tout Herero aperçu à l’intérieur des frontières allemandes, avec ou sans arme, sera exécuté. Femmes et enfants seront reconduits hors d’ici – ou seront fusillés. [...] Nous ne ferons pas de prisonnier mâle ; ils seront fusillés.

Décision prise pour le peuple Herero.

Signé : le grand général du tout puissant Kaiser,
Lieutenant général Lothar Von Trotha.
Le 2 octobre 1904.
»

Dès le lendemain, le 3 octobre, le Sud de la Namibie s’engage aussi dans l’insurrection nationale, et le peuple nama mènera une guerilla contre l’armée allemande.

Cet ordre d’extermination marque le premier génocide de l’Histoire, au sens de la liquidation totale et systématique d’un peuple.

Pour cela, les impérialistes allemands empoisonnent les puits, affamment et assoiffent, parquent les survivants et les liquident.

Quelques années plus tôt, l’impérialisme anglais avait inventé les camps de concentrations en Afrique du Sud / Azanie, durant la guerre des Boers. L’Empire allemand s’inspire donc des camps de concentrations anglais, et les développe en véritables camps d’extermination, « contribuant » ainsi à sa manière à l’histoire de la barbarie génocidaire.

Le général von Trotha sera limogé en novembre 1905, et l’extermination en tant que telle s’étendra jusqu’à décembre 1905 (mais la guerre coloniale continuera encore très longtemps). On estime que sur une population herero de 80.000, seulement 10.000 auront échappé au génocide en 1911.

Les camps de concentration et d’extermination en Azanie et en Namibie sont donc les premiers exemples de la barbarie génocidaire, et ne peuvent naître qu’à l’époque du capitalisme monopoliste – et ils surviennent d’ailleurs historiquement assez tôt par rapport à la formation de l’impérialisme.

La vérité, c’est que le génocide est totalement indissociable de l’impérialisme : l’un ne va pas sans l’autre. C’est le sens de la thèse communiste, qui dit que l’impérialisme prend une dimension génocidaire pendant la guerre.

Par ailleurs, il faut bien voir qu’il existe une certaine continuité génocidaire, et que la Shoah « doit beaucoup » au génocide herero par l’impérialisme allemand (déjà !). On pensera par exemple à l’héritage de la famille Göring…

Mais de façon encore plus terrifiante, il faut connaître le parcours du généticien Eugen Fischer.

Celui-ci procède dans les camps de concentration hereros à des expérimentations médicales sur les détenus et à des mensurations sur les cadavres dans une optique eugéniste ; il en ressortira le livre « Principes de l’hérédité humaine et de l’hygiène raciale ».

Plus tard, Fischer sera l’ami du philosophe nazi Heidegger, sera promu recteur de l’université de Berlin à l’arrivée de Hitler au pouvoir, et deviendra responsable de l’organisation de la stérilisation de centaines de milliers de personnes considérées comme « attardées » par le régime nazi.

Enfin, il enseignera dès 1934 ses théories racistes aux médecins de la SS. Parmi ses assistants, on retrouvera le très sadique « docteur » Mengele d’Auschwitz… La continuité dans l’horreur.

Juif ! Juive !
Apprends l’histoire des génocides !
Solidarité avec tous les peuples martyrs !
Il n’y aura pas de nouvel holocauste !

[Pour approfondir l'histoire de la Namibie, il existe une brochure éditée par la SWAPO (South West Africa People's Organisation) en 1981 : « Namibie : une tradition de résistance populaire (1670 – 1970) ». Le chapitre 3 traite du génocide herero.]

Rosa Luxemburg et la compassion envers les animaux

Rosa Luxemburg était une grande révolutionnaire d’origine juive, qui a organisé la lutte révolutionnaire en Pologne et en Lituanie, puis en Allemagne où elle a participé à la création du Parti Communiste (KPD) et à la révolution spartakiste. Elle fut assassinée le 15 janvier 1919 par les Corps Francs au service de la social-démocratie contre-révolutionnaire.

Voici un magnifique texte écrit en prison, où elle confie sa compassion envers les animaux.

« Ah ! ma petite Sonia, j’ai éprouvé ici une douleur aiguë.

Dans la cour où je me promène arrivent tous les jours des véhicules militaires bondés de sacs, de vielles vareuses de soldats et de chemises souvent tachées de sang…

On les décharge ici avant de les répartir dans les cellules où les prisonnières les raccomodent, puis on les recharge sur la voiture pour les livrer à l’armée.

Il y a quelques jours arriva un de ces véhicules tiré non par des chevaux, mais par des buffles.

C’était la première fois que je voyais ces animaux de près.

Leur carrure est plus puissante et plus large que celle de nos boeufs ; ils ont le crâne aplati et des cornes recourbées et basses ; ce qui fait ressembler leur tête toute noire avec deux grands yeux doux plutôt à celle des moutons de chez nous.

Il sont originaires de Roumanie et constituent un butin de guerre…

Les soldats qui conduisent l’attelage racontent qu’il a été très difficile de capturer ces animaux qui vivaient à l’état sauvage et plus difficile encore de les dresser à traîner des fardeaux.

Ces bêtes habituées à vivre en liberté, on les a terriblement maltraitées jusquà ce qu’elles comprennent qu’elles ont perdu la guerre : l’expression vae victis s’applique même à ces animaux… une centaine de ces bêtes se trouveraient en ce moment rien qu’à Breslau.

En plus des coups, eux qui étaient habitués aux grasses pâtures de Roumanie n’ont pour nourriture que du fourrage de mauvaise qualité et en quantité tout à fait insuffisante.

On les fait travailler sans répit, on leur fait traîner toutes sortes de chariots et à ce régime ils ne font pas long feu.

Il y a quelques jours, donc, un de ces véhicules chargés de sacs entra dans la cour.

Le chargement était si lourd et il y avait tant de sacs empilés que les buffles n’arrivaient pas à franchir le seuil du porche.

Le soldat qui les accompagnait, un type brutal, se mit à les frapper si violemmment du manche de son fouet que la gardienne de prison indignée lui demanda s’il n’avait pas pitié des bêtes.

« Et nous autres, qui donc a pitié de nous ? » répondit-il, un sourire mauvais aux lèvres, sur quoi il se remit à taper de plus belle…

Enfin les bêtes donnèrent un coup de collier et réussirent à franchir l’obstacle, mais l’une d’elle saignait… Sonitchka, chez le buffle l’épaisseur du cuir est devenue proverbiale, et pourtant la peau avait éclaté. Pendant qu’on déchargeait la voiture, les bêtes restaient immobiles, totalement épuisées, et l’un des buffles, celui qui saignait, regardait droit devant lui avec, sur son visage sombre et ses yeux noirs et doux, un air d’enfant en pleurs.

C’était exactement l’expression d’un enfant qu’on vient de punir durement et qui ne sait pour quel motif et pourquoi, qui ne sait comment échapper à la souffrance et à cette force brutale…

J’étais devant lui, l’animal me regardait, les larmes coulaient de mes yeux, c’étaient ses larmes.

Il n’est pas possible, devant la douleur d’un frère chéri, d’être secouée de sanglots plus douloureux que je ne l’étais dans mon impuissance devant cette souffrance muette.

Qu’ils étaient loin les pâturages de Roumanie, ces pâturages verts, gras et libres, qu’ils étaient inaccesibles, perdus à jamais.

Comme là-bas tout – le soleil levant, les beaux cris des oiseaux ou l’appel mélodieux des pâtres – comme tout était différent.

Et ici cette ville étrangère, horrible, l’étable étouffante, le foin écoeurant et moisi mélangé de paille pourrie, ces hommes inconnus et terribles et les coups, le sang ruisselant de la plaie ouverte…

Oh mon pauvre buffle, mon pauvre frère bien-aimé, nous sommes là tous deux aussi impuissants, aussi hébétés l’un que l’autre, et notre peine, notre impuissance, notre nostalgie font de nous un seul être.

Pendant ce temps, les prisonniers s’affairaient autour du chariot, déchargeant de lourds ballots et les portant dans le bâtiment.

Quant au soldat, il enfonça les deux mains dans les poches de son pantalon, se mit à arpenter la cour à grandes enjambées, un sourire aux lèvres, en sifflotant une rengaine qui traîne les rues.

Et devant mes yeux je vis passer la guerre dans toute sa splendeur… »

Rosa Luxemburg, « Écrits de prison ».

‘Hatima Tova ! – ! חתימה טובה

Yom Kippour – יום כיפור

Un dealer juif et son client :
« T’aurais pas du teush ?
- Non cousin, pas aujourd’hui.
- Vas-y, fais pas ton feuj !
- Mais c’est Kippour !
- Ben pour oim ! »

Ce soir, c’est Erev Yom Kippour ! Le jeûne commencera donc à 19h19, et durera 25 heures jusqu’à lundi 20h23 au son du Shoffar. Spécialement pour Kippour, Hapoel ne publiera pas d’article demain – c’est bien le minimum…

Dans la religion juive, Yom Kippour est le Jour du Grand Pardon, pendant lequel on est absous par D.ieu des péchés de l’année. Il intervient à la fin des dix Jours Terribles / Redoutables (Yamim Noraim) qui séparent Rosh HaShana du 10 Tishri, et marque donc la fin des Sli’hot.

C’est sans doute le jour le plus solennel de l’année, et d’ailleurs on s’habille traditionnellement en blanc. Mais c’est aussi un jour où les familles juives se retrouvent ensemble à la synagogue, puisqu’on peut légalement poser un jour au travail.

Dans la tradition, il est dit que les portes du Ciel s’ouvrent à Erev Yom Kippour pour laisser monter les prières et les demandes de grâce, et se referment le lendemain soir. Pour accéder au Pardon, il faut cependant respecter le jeûne de 25 heures, et respecter tous les commandements du Shabbat, Yom Kippour étant désigné comme un « Shabbat des Shabbatot ».

Ce soir, on fera donc si possible un repas faste, Seudat HaMafseket, avant d’entamer le jeûne. Il existe une coutume (assez arriérée, il faut le dire) de faire tourner un poulet mort ou vivant au-dessus des têtes des convives, afin qu’il prenne les péchés sur lui.

Pour l’office de ce soir, on commence par le Kol Nidré, une prière spécifique à Kippour. La fête se termine demain par un Kaddish, la prière pour les morts, et la sonnerie du Shoffar.

Kippour est également la seule fête où les hommes (oui, seulement les hommes…) se couvrent du talith – et où l’on se souvient de soi plus jeune, quand nous nous réfugions sous le talith de notre père ou de notre grand-père, D.ieu les préserve (encore une fois, seulement pour les hommes…).

Enfin, il existe une tradition de jeter des cailloux dans l’eau, chaque caillou représentant un péché à se faire pardonner. On peut rapprocher cette tradition d’un rite musulman consistant à lapider une stèle représentant Satan (et en fait ses propres péchés).

Gmar ‘Hatima Tova ! – ! גמר חתימה טובה

Shavua Tov – שבוע טוב

Shabbat Shuva – שבת שובה

Entrée vendredi à 19h23, sortie samedi à 20h26.

Social-démocratie et Faurisson : le peuple jugera !

Hapoel l’a toujours dit et répété : l’époque de crise générale qui s’ouvre est clairement l’époque de l’affrontement entre communisme et fascisme, entre socialisme et barbarie.

Par conséquent, à notre époque, les personnes qui n’assument pas une identité révolutionnaire terminent comme complices du fascisme. Hapoel a donc toujours faite sienne la formule de Staline, qui explique que « la social-démocratie et le fascisme sont deux frères jumeaux ».

L’actualité du fascisme vient encore confirmer cette thèse communiste.

Souvenez-vous : le 26 décembre 2008 au Zénith de Paris, le fasciste Dieudonné avait fait monter sur scène le négationniste Faurisson, afin de lui faire remettre le « prix de l’infréquentabilité et de l’insolence » par une personne déguisée en déporté juif.

Dieudonné et Faurisson ont donc été poursuivis pour insultes antisémites. Le procès s’est ouvert ce mardi 22 septembre, devant la 17ème chambre du tribunal correctionnel de Paris. Il a été requis un an de prison avec sursis et 10.000 € d’amende, et le jugement aura lieu le 27 octobre.

Mais souvenez-vous aussi : en juillet dernier, une librairie a été attaquée à Paris par des fascistes de la Ligue de Défense « Juive ». L’Action Antifasciste et Hapoel avaient aussitôt dénoncé l’attaque, mais en prévenant que la solidarité s’avérerait difficile, étant donné que la librairie « Résistances » était très poreuse aux thèses conspirationnistes et antisémites.

Le 8 juillet s’est tenu un rassemblement de « solidarité totale », qui regroupait toute la petite-bourgeoisie parisienne s’imaginant d’extrême-gauche, du NPA de Besancenot au PCF, en passant par l’Union « Juive » Française pour la Paix… et un certain avocat niçois jusqu’alors inconnu, John Bastardi-Daumont, qui a également lancé une pétition pour la dissolution de la LDJ.

L’Action Antifasciste et Hapoel avaient alors alerté le soir même qu’il se pourrait que cet avocat soit celui qui défendrait Faurisson le 22 septembre (dans l’affaire précédente, vous suivez ?).

Mais devant les pressions, les menaces de procès, les piratages, cette information avait totalement disparu, aussi bien des sites fascistes (qui l’avaient fièrement annoncée deux semaines avant le rassemblement à la librairie), que des sites sionistes (qui avaient repompé mot pour mot l’article d’Hapoel, à commencer par la LDJ : 12).

L’information avait disparu de partout… sauf de chez l’Action Antifasciste et de chez Hapoel !

Et qu’en est-il finalement ?

Eh bien c’est effectivement John Bastardi-Daumont qui a représenté le négationniste Faurisson, qui était absent ce mardi à son procès. Il a plaidé pendant environ dix minutes, pendant lesquelles il aurait même réussi à remettre en cause le jugement du tribunal de Nüremberg (en dix minutes !).

À la sortie de la salle d’audience, quand on lui a demandé si cela ne le gênait pas d’assurer la défense de Faurisson, Bastardi-Daumont aurait répondu : « Non, pas du tout. Je me spécialise dans les affaires pénales, ça m’intéresse et je suis fier d’avoir assuré cette défense. »

Il faut aussi savoir que ce John Bastardi-Daumont tient un blog, où il expliquait en août que « aucune société humaine ne s’organise par elle même, il faut l’intervention d’une volonté individuelle supérieure », ou encore que « si le fondement affiché et logique de 1789 est judéo chrétien, l’autre logique européenne, pré chrétienne, s’est constamment exprimée dans la culture, la philosophie, et l’art européen, malgrè la censure qui pesa sur elle depuis 2000 ans = la tradition indo européenne. »

Les choses sont donc on ne peut plus claires : de la libération nationale palestinienne à Faurisson, il n’y a qu’un seul pas pour la petite-bourgeoisie « de gauche » infestée d’antisémitisme.

Évidemment, on nous répondra que les personnes présentes au rassemblement ne savaient rien de ce personnage – ce qui est vrai. Mais ces mêmes personnes auront quand même défendu une librairie qui a invité Thierry Meyssan le complotiste et Gilad Atzmon l’Israelien antisémite, et qui avait en vitrine le livre de Paul-Éric Blanrue « Sarkozy, Israel et les Juifs ».

Qui donc a eu raison d’affirmer l’intransigeance avec l’antisémitisme ? Qui a été complice du fascisme et de l’antisémitisme ?

Voilà la vérité : l’Action Antifasciste a gardé le cap révolutionnaire, a dénoncé la tolérance avec le fascisme et l’antisémitisme, et n’a jamais perdu de vue le principe de servir le peuple – y compris les masses populaires juives.

À l’opposé, la petite-bourgeoisie parisienne s’imaginant d’extrême-gauche a largement applaudi l’avocat de Faurisson, et a signé des deux mains sa pétition, tout en niant obstinément la dimension antisémite : elle s’est faite complice du fascisme.

Nous disions à l’époque que nous ne voudrions pour rien au monde être à la place du NPA, du PCF, des Verts, du Parti de Gauche, de l’UJFP et de toute cette clique opportuniste de merde, quand les masses se soulèveront et demanderont des comptes.

Cette déclaration trouve tout son écho aujourd’hui, et les traîtres de l’UJFP devront assumer tout le mépris qu’ils méritent de la part des masses populaires juives.

Évidemment, nous ne nous attendons pas à voir subitement des autocritiques du NPA ou de l’UJFP, car la petite-bourgeoisie ne connaît pas la valeur de l’autocritique, qui aurait dû venir en janvier déjà. La social-démocratie « radicale » française ne s’effondre pas, elle ne fait que pourrir sur place, et son cadavre en décomposition nourrit les proto-nazis comme Dieudonné et Faurisson.

L’affaire de la librairie « Résistances » est le prototype même des tempêtes antisémites à venir, de ces crises qui vont se faire chaque fois plus régulières et plus exacerbées. Il est donc maintenant temps de l’étudier et d’en comprendre la portée ; c’est pourquoi Hapoel rappelle cette compilation, qu’il est absolument nécessaire d’assimiler.

Il est également temps de comprendre quelles sont les forces politiques capables d’analyser notre époque, de balayer la social-démocratie, et d’écraser le fascisme ; quelles sont ces forces qui se forgent et s’affermissent dans le feu des batailles contre l’opportunisme social-démocrate et les offensives politiques du fascisme.

Juif ! Juive !
La seule alternative, c’est socialisme ou barbarie !
Balaie la social-démocratie, écrase le fascisme !
L’Action Antifasciste est ton organisation !

[Un débat se tient sur le Forum Antifasciste à propos du procès Dieudonné - Faurisson et de ce document.]

Maxime Le Forestier : « La vie d’un homme » (1975)


À ceux qui sont dans la moyenne,
À ceux qui n’ont jamais volé,
À ceux de confession chrétienne,
À ceux d’opinion modérée,
À ceux qui savent bien se plaindre,
À ceux qui ont peur du bâton,
À tous ceux qui n’ont rien à craindre,
Je dis que Pierre est en prison.

Dormez en paix, monsieur le juge.
Lorsque vous rentrez du travail,
Après le boulot, le déluge,
Tant pis pour les petits détails.
Aujourd’hui, cette affaire est close.
Une autre attend votre réveil.
La vie d’un homme est peu de chose
À côté de votre sommeil.

Soyez contents, jurés, notables,
Vous avez vengé proprement
La vie tristement respectable
Que vous meniez depuis longtemps.
Qu’on vous soit différent suppose
Par obligation qu’on ait tort.
La vie d’un homme est peu de chose
À côté de votre confort.

Soyez satisfait, commissaire,
Vous n’avez pas été trop long
Pour mettre un nom sur cette affaire.
Tant pis si ce n’est pas le bon.
Tant pis si chez vous, on dispose
De moyens pas toujours très clairs.
La vie d’un homme est peu de chose
À côté d’un rapport à faire.

Rassurez-vous, témoins du drame,
Qui n’étiez pas toujours d’accord
Puisqu’aujourd’hui on le condamne
C’est donc que vous n’aviez pas tort.
Vous êtes pour la bonne cause.
Vous avez fait votre devoir.
La vie d’un homme est peu de chose
À côté de votre mémoire.

Tu n’aimes pas la pitié, Pierre,
Aussi je ne te plaindrai pas.
Accepte juste ma colère,
J’ai honte pour ce peuple-là.
Je crie à ceux qui se reposent,
À ceux qui bientôt t’oublieront.
La vie d’un homme est peu de chose
Et Pierre la passe en prison.

Goldman le militant, Goldman l’organisateur

Pierre Goldman n’est pas, comme certains voudraient le faire croire, un soldat perdu qui se serait « trompé de guerre ». C’est en tant que jeune juif en phase avec son époque qu’il s’engage dans les rangs communistes.

Le saviez-vous ?

La motivation première de son entrée en politique est la guerre d’Algérie et la remontée du fascisme français appuyé par l’État.

Il dit en effet qu’à son entrée au lycée d’Évreux en 1959, il « découvrit le fascisme. Ou plutôt : qu’il y avait encore des fascistes, que cette espèce n’était pas morte avec la défaite de l’Axe et la libération de la France. [...] Je croyais que les fascistes, mal absolu, avaient disparu de l’espace réel. [...] À Évreux, je rencontrai des jeunes qui défendaient le régime de Vichy (des professeurs aussi) et des fascistes actifs, membres de Jeune Nation. C’était l’époque du retour de De Gaulle, du début des menées ultras en Algérie. J’adhérai à l’Union des Jeunesses Communistes. »

Effectivement, la guerre coloniale en Algérie, menée par l’État français depuis 1954, avait permis à tout ce que la France comptait encore de fascistes (protégés par les bourgeois de l’épuration) de se restructurer et de gagner en influence. Le nationalisme, le racisme et l’anticommunisme explosaient, et les fascistes étaient aux portes du pouvoir en Algérie.

Les ratonnades, les massacres et les actes de barbarie racistes faisaient rage et s’étendaient sur le territoire français. Comme lors de la terrible soirée du 17 octobre 1961, où 400 algériens qui manifestaient contre le couvre-feu raciste furent massacrés par la police française aux ordres de Papon. Pierre Goldman dira alors avoir « pour les policiers pogromistes d’Octobre 61 une haine farouche et juive ».

À 17 ans, lors de la nuit du 22 au 23 avril 1961, alors qu’un débarquement armé de l’OAS à Orly était attendu, il répond à l’appel antifasciste du Parti Communiste et passe la nuit près d’Orly prêt à se battre. Il montera dans son lycée un groupe clandestin, avec un autre élève communiste juif, en vue d’attaquer des personnalités soutenant l’OAS. Ce projet n’aboutira pas, la guerre d’Algérie se terminant enfin, et la nation algérienne obtenant un début de libération.

Par la suite, une fois entré à l’Université, il adhèrera à l’Union des Étudiants Communistes (dont il deviendra membre du Comité National en 1964). À cette époque, l’UEC et les Jeunesses Communistes mènent une lutte systématique contre les groupes fascistes. C’est dans ce cadre qu’il deviendra un des organisateurs du service d’ordre de l’UEC.

Comme il l’expliquera : « Rapidement, je m’oriente vers l’organisation de la lutte contre les groupements d’extrême-droite. [...] C’est ce qu’on appelle le service d’ordre de l’UEC. On attaque les distributeurs de tracts fascistes et monarchistes. »

Révolutionnaire convaincu, il refuse d’aller servir dans l’armée, et entre donc en clandestinité dès 1966.

Malgré cela et après un passage d’un an dans une guerilla d’Amérique latine, il continuera ses activités d’organisateur. Comme en 1969, lors de la venue d’une délégation d’étudiants progressistes nord-vietnamiens dans le cadre d’un festival (organisé par l’UNEF de l’époque) de solidarité avec la guerre populaire du FNL.

Plus tard, après ses années de prison, il continuera à organiser des actions internationalistes (notamment en direction du Pays Basque sous occupation française), et à essayer de mettre sur pied une guerilla en France. Ce qui est certainement la raison de sa liquidation par les fascistes de « Honneur de la Police ».

Par conséquent, Pierre Goldman n’était pas qu’un aventurier. Il n’avait rien à voir avec le mythe fasciste du « rebelle » individualiste qui cherche l’action pour l’action.

Ses convictions antifascistes et communistes lui venaient autant de son histoire familliale, de son identité juive, que d’une prise de position concrète par rapport à son époque. Son inlassable activité d’organisateur militaire était motivée par des convictions politiques fermes.

Il dit à ce sujet : « Elle serait totalement inintelligente la personne qui [...] déduirait que je suis tout entier dans une subjectivité obscure et que ma vie politique y est réduite. [...] J’ai toujours maintenu mes jugements et analyses politiques dans une intacte autonomie. »

Encore une attaque antisémite à Marseille

Avant-hier, une nouvelle attaque antisémite s’est produite à Marseille, deux semaines après la tentative d’incendie contre une école de l’ORT.

En effet, un jeune juif de 13 ans a été agressé lundi soir devant une synagogue (dite « des Djerbiens »), par un autre jeune sans doute à peine plus âgé. Celui-ci serait déjà connu de la communauté pour des provocations antisémites, et aurait reçu du renfort de quelques autres agresseurs. Le jeune Jérémy a dû être opéré de la hanche en urgence.

Comment se fait-il que des antisémites passent à l’acte tellement jeunes ? Comment se fait-il que la sécurité de nos petits frères et petites sœurs ne soit pas assurée, jusque devant une synagogue ? Encore combien de mères vont pleurer, cette année à Marseille ?

Réaliser l’unité antiraciste du peuple ! Construire l’autodéfense juive ! Face à l’antisémitisme ne jamais capituler !

Pierre Goldman, la fierté des nôtres !

Un témoignage quasi prophétique à propos de Pierre Goldman, dans Libération le 21 septembre 1979 :

« Il ne supportait pas ce qu’il appelait nos « complaisances » [du journal Libération] à l’égard des signes extérieurs du fascisme, les Croix de Fer de la punkitude, l’antisémitisme de salon ou les éloges ambigus de la « Nouvelle Droite ». Il n’acceptait pas le prétexte de provocation ou d’un non-conformisme qu’il trouvait passablement ranci. Pour Pierre, cet esthétisme de la décadence était la face brillante de forces plus obscures qui se préparaient à des combats de l’ombre en attendant le jour où elles pourraient enfin se manifester en pleine lumière. »

« Goldman l’étranger » : sa dernière interview

Être juif aujourd’hui… c’est le thème d’un entretien que Catherine Chaine avait eu récemment avec Pierre Goldman, assassiné le 20 septembre. Il a parlé aussi du nationalisme, de la violence, de son enfance, de sa mort. Parfois excessif, injuste. Mais tel qu’en lui-même…

Être juif aujourd’hui, qu’est-ce que cela veut dire pour vous ?

Je ne peux vraiment vous l’expliquer. Je me suis toujours senti juif, mais je ne me suis jamais posé la question : qu’est-ce que c’est qu’un juif ? Cette question, je la poserai un jour ; j’écrirai un livre dans deux ans, dans dix ans, dans vingt ans ou jamais. J’ai toujours considéré l’État juif comme un donné que je sentais. Et ce sentiment est très important. Je ne veux pas le traiter comme on traite le sentiment dans la philosophie. Je ne crois pas qu’il soit subjectif, illusoire. Jusqu’à présent, la seule chose dont je sois certain – ça c’est vrai – c’est mon sentiment d’être juif. Je pense qu’il appartient à la réalité juive, et je l’ai toujours eu.

Dans votre enfance, vous l’aviez déjà ?

Oui, parce que j’étais le fils de juifs – juifs selon les critères universellement reconnus. Mon père a été élevé à Varsovie par les rabbins ; ma belle-mère me racontait la Bible tous les soirs pour m’endormir, et surtout, pendant toute ma petite enfance, je parlais yiddish. Je suis allé en classe en 1946 et, deux ans après la guerre, les juifs étaient vraiment perçus comme juifs.

Ce sentiment d’être juif, pouvez-vous le définir un peu plus ?

Être juif, c’est peut-être tout simplement être issu d’une famille qui a été marquée par les mœurs, par la culture juive. Ma vie n’est pas remplie de culture juive consciente, ni de musique juive, ni de livres juifs, ni de religion juive. Il y a en moi beaucoup de choses qui n’ont rien à voir avec la judéité, mais ce sont celles d’un juif. Pour moi, être juif, ce n’est pas un contenu, c’est une condition. Même pas. C’est un cadre que je remplis existentiellement de choses et d’autres. Mes livres ne sont pas juifs, mais dans chacun d’eux, il y a la présence du passé juif. Être juif, c’est véhiculer le passé juif. Pourquoi est-ce si important ? A cause de l’antisémitisme. A cause de la haine. La seule réponse, c’est Auschwitz. L’holocauste a renouvelé l’identité juive pour des siècles.

L’holocauste est terminé depuis trente-trois ans et vous en avez trente-quatre.

Oui mais le tissu politique français est encore, à certains interstices, marqué par le vichyisme, et, aujourd’hui on découvre par exemple que le Maurras de la terre, des régions, est présent dans tous les thèmes politiques actuels. En partie parce que la pensée marxiste a été incapable de comprendre certaines choses, comme l’attachement sensuel des hommes et des femmes nés en France, avec leur terre.
Vous me demandez pourquoi c’est important d’être juif : je vous répète, c’est important parce que la haine reste. La haine demeure.
A l’époque de De Gaulle, entre l’extrême droite et la droite, il y avait le sang. Le sang de l’épuration et le sang de l’O.A.S. Aujourd’hui, la Résistance n’est plus là comme un fantôme sanglant planté au milieu de la droite. Un glissement s’est opéré et l’extrême droite a regagné le giron de la droite.

Vous parlez comme Sartre dans ses « Réflexions sur la question juive » : c’est l’antisémitisme qui crée le juif.

Non, je ne pense pas que ce qui fait le juif, c’est le regard de l’autre ; mais je crois en effet que l’antisémitisme a contribué, contribue, à maintenir la réalité juive. Et tous les nationalismes – capitalistes ou communistes – ont vomi le juif puisque le Juif, c’est l’apatride. Il est par conséquent naturel que les nationalismes extrêmes c’est-à-dire les fascistes, le prennent comme cible extrême. L’antisémitisme a été d’autant plus fort que les juifs ont été en quelque sorte « surdoués » pour le capitalisme, comme pour le communisme, parce qu’ils étaient « surdoués » pour ce qui était international.
Je suis plusieurs fois allé en Pologne, voir ma mère, et là l’antisémitisme était redoublé du fait du grand nombre de juifs ayant appartenu à l’appareil stalinien. C’est vrai que les staliniens avaient été plus loin que tout le monde dans l’assimilation des juifs. En Pologne, le ministre de l’intérieur du temps de Staline était juif, et en Roumanie, en Tchécoslovaquie, en Hongrie, le nombre de hauts dignitaires juifs était absolument énorme.

Pourquoi les juifs ont-ils été si impliqués dans les régimes staliniens ?

Je ne peux pas m’empêcher d’avoir une certaine tendresse pour les grands staliniens parce que je pense qu’ils y croyaient. Au fond d’eux-mêmes, il y avait la persistance du rêve qu’un jour tous les hommes seraient frères. Je me souviens de mon père, bouleversé par une pièce qui mettait en scène des communistes juifs de Pologne criant « Vive le communisme ! », « Vive l’Internationale ! », « Vive le peuple juif ! ». Les juifs savaient très bien pourquoi ils devenaient communistes : en tant qu’ouvriers et en tant que juifs. Le rêve messianique est très fort chez les juifs.

Aujourd’hui, comment s’exprime-t-il ?

Ce n’est pas un hasard si le nombre de juifs dans les organisations d’extrême gauche est « anormalement » important…

Je passe du messianisme juif à la Bible. Vous êtes le peuple de la Bible.

Pour moi, la judéité, ce n’est pas du tout la Bible, mais un certain rapport avec la Bible. Les juifs sont le peuple du Livre, mais leur judéité s’est construite dans une dialectique spéciale avec le Livre : un irrespect constant lié à un respect.

Emmanuel Levinas, dans une de ses leçons talmudiques, demande aux juifs : « A-t-on raison de se jeter dans l’histoire ? » N’y a-t-il pas eu pendant des siècles un certain refus de beaucoup de juifs de rentrer dans l’histoire ?

Ah ! Mais il faut comprendre. On leur disait : « dissolvez-vous, nous avons la vérité ». Moi par exemple, je ne m’assimilerai jamais. Notamment pour cette raison : pourquoi devrais-je reconnaître la supériorité d’un système de valeur sur un autre ? Au fond de moi-même, je méprise tous les nationalismes révolutionnaires, y compris le nationalisme israélien. Tous. Au fond, je les comprends ; j’en soutiens certains parce que je pense qu’ils sont nécessaires sur le chemin de l’émancipation de l’humanité ; j’en soutiens d’autres parce que je pense que c’est la seule solution, mais je les méprise tous.

Dans « souvenirs obscurs… », vous dites : « A Evreux, j’eus la transparence définitive que je n’étais pas français… » Être assimilé ou ne pas l’être, qu’est-ce que cela signifie pour vous ?

Pas grand chose. Dans un sens je suis assimilé. Je suis de culture française. Je lis « Le Monde » tous les jours, mais je me reconnais comme juif. Pas seulement d’origine juive. Je ne dis pas : « Je suis » Français comme les autres D’abord, ce n’est pas vrai. Je suis de nationalité française, je suis citoyen français, bien que je sois déchu de mes droits civiques mais ça c’est normal, je n’ai pas à m’en plaindre.

[cette déchéance civile résulte de la condamnation de Pierre Goldman le 4 mai 1976 par la cour d'assises de la Somme - qui l'acquittait du double meurtre du boulevard Richard-Lenoir - à douze ans de réclusion criminelle pour trois agressions à main armée qu'il avait reconnues. Cette dégradation est automatique lorsqu'un inculpé est condamné à une peine criminelle (article 28 du code pénal).]

Mais pourquoi je ne dis pas que « je suis un Français comme les autres ». Parce que cela voudrait dire que je favorise la francité. Or la francité n’est ni plus ni moins valable que la judéité. Le nationalisme, c’est toujours la valorisation d’un fait national, alors pour les Français, c’est la douce France, la littérature, le camembert, le vin…

Vous m’avez dit en me parlant de votre enfance : « Mon père a très tôt rompu avec la religion car il a très vite accusé les rabbins d’avoir enseigné la passivité au peuple juif ». Que pensez-vous de cette « passivité » dont certains ont parlé à propos du peuple juif ?

Maintenant, je ne méprise plus cette passivité. Ce n’était pas du tout de la lâcheté. Mon père lui-même, qui hait cette attitude, me l’a expliquée. Cette passivité procède d’une grandeur : c’était la croyance absolue dans le discours de la Bible. Les rabbins enseignaient aux juifs de ne pas se rebeller contre leur sort, parce que Dieu savait ce qu’il faisait. Et je peux vous dire que pour les grands rabbins dogmatiques, l’holocauste a dû être très dur à expliquer. Et à ce moment là, certains juifs sont devenus fous parce que, normalement, la thèse rabbinique devait être que l’holocauste était le châtiment de Dieu. Mais la tendance générale des juifs a été de voir dans Auschwitz la faillite de la religion juive.

Comment les juifs de la Bible qui étaient des guerriers souvent cruels, regardez les Maccabées, sont-ils devenus des doux ?

A la Havane, j’avais été choqué, écœuré de lire une déclaration d’un chef des Panthères noires disant : « Nous ne nous laisserons pas exterminer comme des moutons, comme les juifs ». D’abord, il y a eu toute une génération de partisans communistes juifs, la plupart des militants du travail spécial du Komintern étaient juifs, et dans les brigades internationales ils étaient très nombreux.
Les juifs ne se sont pas du tout laissé exterminer, mais la défense et l’insurrection sont très difficiles pour une minorité. Un peuple pourvu d’une structure nationale peut se défendre – c’est d’ailleurs le discours préféré des sionistes – mais pas une minorité. Chez les juifs, le degré de passage à l’acte, d’activité combative est le même que chez les autres peuples. Mais leur patrie était devenue le livre, le maniement des idées.
Et puis les juifs étaient non violents, peut-être par négation de l’image guerrière renvoyée sans cesse par les autres nations. Et sans doute aussi pour une autre raison plus profonde, et là, Maurras avait raison, non dans ses conclusions mais dans ses analyses : pour qu’un peuple soit guerrier, il faut qu’il soit enraciné dans une terre. C’est vrai, il n’y a pas de peuple aventurier. Un aventurier peut prendre l’épée et risquer sa vie pour des raisons esthétiques, psychologiques, mythologiques. Mais pas tout un peuple. Vous savez, risquer sa vie, c’est quelque chose de terrible. Les infanteries de Stalingrad ou de Verdun n’étaient pas seulement enivrées de propagande. Elles étaient les infanteries de peuples qui défendaient leur terre.

Oui mais vous parlez de répulsion rabbinique pour la violence dans les « souvenirs d’un juif »…

Je peux vous dire exactement comment mon grand-père a été tué en Pologne. Il était en train de prier quand les fascistes sont venus le chercher. Il a refusé de se lever et d’interrompre sa prière, alors ils l’ont tué.
Je pense que, quelque part en moi demeure cette attitude de mon aïeul, c’est-à-dire que, dans mon rapport à la violence, qui peut être un rapport de partisan politique de la violence, il y a toujours au fond de moi cette haine de la violence. Cette haine de la violence et de la souffrance ; et aussi la tristesse que la violence produit en moi.
Et je pense que dans la Diaspora, les juifs avaient un rapport spécial à la violence. Jamais un juif ne battait sa femme. C’était vraiment un crime, des mœurs de « goys », c’est-à-dire de paysans polonais ou de cosaques. peut-être y a-t-il des femmes battues en Israël, mais, malgré tout, le pouvoir de la mentalité diasporique est encore présent en Israël. Malheureusement, avec Begin, ça va très rapidement aller cers ce que j’appelle la gentilité négative, c’est-à-dire la connerie.

Toujours dans « souvenirs obscurs », vous écrivez : « je hais l’humiliation et l’offense », et vous parlez de vos ancêtres, rabbins ou tailleurs humiliés.

Oui, je hais l’humiliation. Je me trompais en parlant de rabbins humiliés. Mon père m’a expliqué que le juif barbu, dédié au travail intellectuel, qui se faisait cravacher par le cosaque n’était pas du tout humilié. Il méprisait profondément le cosaque. Il avait une conscience de lui être supérieur. Dans la religion juive, il faut le dire, il y a un tel mépris pour les autres.

Vivre quoi qu’il arrive

A votre avis, le judaïsme a-t-il quelque chose de spécifique à apporter au monde d’aujourd’hui ?

Je pense que le judaïsme n’a strictement rien à apporter. Ni plus ni moins que les autres religions qui, pour moi, n’ont plus rien à apporter depuis belle lurette. Je pense que la religion juive est complètement épuisée et qu’à part Schmuel Trigano, qui est un jeune talmudiste éblouissant, il surgira très peu de grands penseurs juifs se référant à la religion.
Ce que peuvent apporter les juifs à la civilisation, c’est l’errance apatride, le sentiment de non-appartenance. Je crois aux valeurs juives que haïssent les antisémites. Je crois au nihilisme, à la négativité. Je crois au juif libertaire qui est là comme principe dissolvant des valeurs positives, parce qu’il n’est ni l’homme d’une terre, ni l’homme d’une patrie, ni l’homme d’une nation.

Vous parlez de vous ?

Oui absolument.

Respectez-vous certaines coutumes juives ?

Si j’ai un fils, je le ferai circoncire, oui… Ce sera plus symbolique qu’autre chose. Mais je ne respecte aucune coutume juive, bien que, le jour du Grand Pardon, je vis dans un certain recueillement. C’est le jour où les juifs demandent pardon pour leurs crimes ou autres infractions à la Loi. Moi, je ne demande pas pardon à Dieu, d’abord parce que je ne connais pas de fautes. Ensuite, parce que je ne crois pas en Dieu. Enfin, parce que je ne suis pas du tout d’accord avec les commandements mosaïques. Mais, ce jour là, je vis dans une espèce de gravité, parce que je sais que c’était un très grand jour pour les juifs : le jour où l’homme dialoguait directement avec Dieu. En prison, je jeûnais le jour du Grand Pardon parce que j’étais dans un endroit où je voulais signifier mon identité. Mais c’est la seule concession que je fais aux coutumes.

Vous avez épousé une femme qui n’est pas juive. Pour vous, est-ce important ?

Pour les juifs, le problème du mariage est très grave, parce qu’en l’absence de structures nationales, si nous nous marions en dehors de la communauté, la judéité risque de se dissoudre. Mais moi, je suis profondément libertaire. Alors le mariage exogame, je l’ai vécu très simplement : j’ai épousé la femme que j’aime, qu’elle soit chinoise, antillaise, etc. Cela dit, c’est vrai qu’au fond de moi, j’avais un rêve, un fantasme : je me marierai avec une juive. Pourquoi ? Pour ne pas disparaître. Mais quand je réfléchis, je me méprise parce que j’ai le plus profond dégoût pour les familles juives qui empêchent leurs rejetons d’épouser une non-juive.
Et puis, je méprise un peu tous les gens qui ont besoin d’autre chose que leur singularité sur quoi s’appuyer, parce que l’immensité de la solitude est quelque chose d’immensément angoissant, et les gens qui aiment être liés à une terre, à une nation, c’est aussi une des clés du nationalisme.

Vous vous sentez étranger partout ?

Ah oui ! Mais je me sens étranger aussi parmi les juifs. C’est métaphysique. J’ai plusieurs niveaux d’ « extraterritorialité ». Il y a le fait que je suis juif, mais il y a aussi le fait que je suis ce que je suis c’est-à-dire que j’ai conscience de ma singularité. J’ai toujours refusé de dissoudre ma singularité, c’est-à-dire ma finitude, c’est-à-dire ma mortalité dans des groupes. Je sais que ni le couple, ni la famille, ni la patrie, ni la musique que j’aime, ni aucun peuple ne me sauvera du fait d’être une personne, c’est-à-dire du fait que, quand je serai mort, je serai mort.

Dans vos livres, la mort revient comme un leitmotiv. Pensez-vous que cette obsession soit liée à votre judéité ?

Je ne sais pas d’où elle vient. Je ne pense pas que ce soit lié au judaïsme, au contraire, le peuple juif a toujours été meurtri par la mort, mais il a un attachement extraordinairement puissant à la vie.

Comment le ressentez-vous ?

Depuis mon enfance, autour de moi… Le concept de « haïm » – vous voyez, je sais même le mot en hébreux – est très, très fort. Pour les juifs, la vie reprend toujours le dessus. Après tout. Même après Auschwitz.
Quand je disais à mon père mon angoisse de la mortalité, il était plus ou moins éberlué que le problème puisse me bouleverser, et pourtant, il a soixante-neuf ans, un âge où les gens reviennent souvent sur leur athéisme.
Je crois qu’il y a un rapport à la vie et à la mort chez les juifs qui n’est pas le même que chez les chrétiens. La vie a une valeur sacrée pour les juifs. Mais pas pour moi. Pas pour moi du tout.

Sartre disait, toujours dans « Réflexions sur la question juive », que l’inquiétude du juif n’est pas métaphysicienne. Vous lui apportez un démenti.

Oui mais c’est vrai aussi que chez les juifs il faut vivre, quoi qu’il arrive. Les veuves doivent se remarier.

Il n’y aurait pas de désespoir métaphysique juif, et pourtant l’Archibald de votre roman est désespéré.

Je ne sais pas s’il n’y a pas de désespoir métaphysique. Personnellement… mais il y a peut-être au fond de l’inconscient juif la croyance que, malgré tout, Dieu est là, qui nous appartient, auquel on appartient et Dieu est juif. Peut-être que chez les juifs même athées, cette chose existe. Peut-être chez moi aussi, je ne sais pas. J’ai très longtemps voulu croire en Dieu mais je n’y arrive pas. Je n’y crois pas. Mais ce n’est pas complètement idiot de dire qu’aucun juif n’est complètement athée. Freud disait : « Au fond de lui-même, aucun homme ne croit à sa propre mort » ; mais peut-être qu’en même temps Freud disait : « Aucun juif ne croit à sa propre mort », parce que Freud était très juif.

Le Monde, 30 septembre 1979

20 septembre 1979 : Pierre Goldman assassiné par les fascistes

Il y a 30 ans, Pierre Goldman, militant communiste d’origine juive, était assassiné par un commando fasciste émanant de la Police française, le commando « Honneur de la Police ».

Enfant de la Shoah, il naît en 1944 dans la clandestinité. En effet, ses parents Alter Goldman et Janine Sochaczewska, juifs polonais tous les deux, sont d’éminents combattants de la Résistance communiste juive. Alter Goldman est l’un des fondateurs et dirigeants de l’UJRE puis des FTP-MOI, tandis que Janine Sochaczewska est membre du PCF et combattante des FTP-MOI. Notons de plus que Pierre Goldman est le demi-frère de Jean-Jacques.

Engagé très jeune dans le militantisme antifasciste et communiste, il rejoint l’extrême-gauche dès le début des années 1960. Internationaliste convaincu, il rejoint la guérilla en Amérique latine. Revenu en France en 1969, il fait plusieurs braquages. Il sera arrêté après la mort de deux pharmaciennes lors d’un hold-up.

À la suite d’un procès particulièrement à charge et aux relents antisémites, il sera condamné à la perpétuité (sans preuve autre qu’un témoignage parlant d’un « type basané »). Mais grâce à une importante campagne de l’extrême-gauche et de la gauche, son procès sera révisé quelques mois plus, et il sera finalement acquitté.

Durant ces 5 années en prison, Pierre Goldman écrit ses magnifiques « Souvenirs obscurs d’un juif polonais né en France ». À sa sortie, il n’abandonne ni ses convictions communistes, ni le militantisme, ni la perspective de la lutte armée. Intellectuel brillant, il écrit des articles pour Libération et l’Arche.

Si on ne sait toujours pas exactement qui se cachait derrière le groupe fasciste « Honneur de la Police » (une branche des services secrets ? de futurs escadrons espagnols qui ont fait régner la terreur au Pays Basque ?), on sait pourquoi il a été exécuté.

Assassiné parce qu’il cherchait toujours à ouvrir une brèche révolutionnaire dans la France de la fin des années 1970. Assassiné parce que trop… trop tout ! Trop rouge, trop juif, trop antiraciste, trop internationaliste !

Pierre Goldman, malgré son côté « aventurier », est un puissant symbole pour nous. Car Pierre Goldman n’a jamais rien renié ! Ni le combat sans concession contre le fascisme, ni celui contre le capitalisme dont il était conscient qu’Auschwitz était l’aboutissement, ni même jamais son identité juive !

Honneur à Pierre Goldman ! Relevons son drapeau, le drapeau rouge de l’internationalisme !

Shana Tova OuMetouka ! – ! שנה טובה ומתוקה

Entrée vendredi à 19h41, sortie du Shabbat samedi à 20h42, sortie de Rosh HaShana dimanche à 20h41.

Shana Tova OuMetouka ! – ! שנה טובה ומתוקה

5770, année de la justice !

Ce soir, une nouvelle année pointe le bout de son nez !

En effet, nous célébrons dès ce soir Rosh HaShana, la « tête de l’année », qui s’étend ici sur deux jours. Nous entrerons donc dans la nouvelle année 5770 (et dans le Shabbat) ce soir à 19h41 ; le Shabbat se terminera demain à 20h42 ; et Rosh HaShana se terminera dimanche à 20h41.

Hapoel tient à souhaiter une très bonne année à toutes les personnes juives – et non juives.

Une année sans doute plus difficile que 5769, une année de crise, une année qui naît sous le spectre de l’antisémitisme (quand on voit par exemple la manifestation du Parti « Anti-Sioniste » et du Parti « Musulman » de France cette après-midi à Paris)

Mais une année où nous ne devons baisser ni la garde, ni les bras, une année où nous devons jurer fidélité à la vie, une année où il faut faire vivre l’espoir en un monde « Tov OuMatok », bon et doux.

Shana Tova OuMetouka !
! שנה טובה ומתוקה
Une bonne et douce année !

[Pour les veganEs, on peut remplacer le miel, qui accompagne traditionnellement les quartiers de pomme pour symboliser la douceur de l'année, par du sirop d'agave, de datte, voire d'érable. Quant au Shoffar de Rosh HaShana, n'oublions pas les souffrances des béliers auxquels ont été arrachées les cornes.]

La légende du Golem

Nous commémorons aujourd’hui les 400 ans de la disparition du Rabbi Loew, le Maharal de Prague, dont nous avions parlé hier.

Le nom du Rabbi Loew est encore aujourd’hui largement attaché au mythe du Golem, et sans vouloir faire insulte à sa mémoire, on peut affirmer que c’est presque grâce au Golem qu’il reste vivant dans la mémoire juive d’Europe.

En 1580, sous le règne de Rudolphe II, un dignitaire religieux antisémite de Prague, Taddaüs, lance des rumeurs de crime rituel, aussitôt suivies par des pogroms contre le ghetto.

Le Rabbi Loew adressa alors ses prières pour savoir comment défendre le ghetto, et reçut dix mots classés dans l’ordre alphabétique : « Ata Bra Golem Devuk Ha’Homer, VeTigzar Zedim ‘Hevel Torfe Israel », c’est-à-dire « Tu crées un Golem avec de l’argile et tu détruis les méchants qui dévorent Israel ». On remarquera que les initiales sont les dix premières lettres de l’alphabet hébreu, qui correspondent donc aux Dix Commandements.

Le Maharal alla donc chercher de l’argile à la sortie de la ville, sur la rive droite de la Moldau, et confectionna avec deux de ses meilleurs élèves une énorme figurine en argile. Chaque élève représentait le feu et l’eau, tandis que le Maharal était l’air, et qu’il s’agissait d’insuffler ces trois éléments au quatrième, à savoir la terre du Golem.

Après avoir tourné sept fois dans le sens anti-horaire autour du Golem, en récitant des invocations, des psaumes et un verset de la Genèse, deux versions existent pour la mise en mouvement finale du tas d’argile : soit glisser le nom de D.ieu dans la bouche du Golem, soit lui écrire sur le front le mot « Emet » (אמת), c’est-à-dire la Vérité.

Quoi qu’il en soit, le Golem se leva instantanément, et écouta (sans parler, puisqu’il était muet) le Rabbi Loew lui expliquant le pourquoi de son existence ainsi que son devoir d’obéissance à lui seul.

Le Golem assura alors l’autodéfense du ghetto pendant plusieurs années, et cet homme muet et mystérieux devint une célébrité à Prague. On notera cependant qu’il existe une version un peu édulcorée qui dit que le Golem ne servait pas à la défense de la communauté, mais simplement parce que le Maharal voulait un fils…

Le Rabbi Loew avait pour habitude de donner des ordres au Golem avant Shabbat, pour ne pas avoir à lui parler pendant le Shabbat. Mais une fois il oublia de définir ces tâches, et dès la tombée de la nuit, le Golem devint comme fou, traversant la ville et semant la destruction. D’autres versions (sans doute plus récentes) disent que le Golem était tombé amoureux mais a été éconduit, et est donc devenu fou de douleur.

Quand le Rabbi Loew fut prévenu de la panique qui régnait en ville, il sortit immédiatement de sa synagogue et cria au ciel : « Golem, reste où tu es ! ». Et le Golem se figea.

Après cela, l’empereur Rudolf II promit qu’il arrêterait les persécutions contre la communauté juive, et supplia le Maharal de détruire le Golem.

Au début de l’année 1593, le Rabbi Loew convoqua ses deux meilleurs élèves, et ils désactivèrent le Golem. Là encore, selon les deux versions de sa naissance, il y a deux versions pour sa désactivation : soit enlever le nom de D.ieu de sa bouche et refaire toutes les prières et invocations en les lisant en sens inverse ; soit effacer la première lettre de « Emet » pour en faire « Met » (מת), c’est-à-dire « mort ».

Le corps sans vie du Golem fut stocké dans la remise de la synagogue, là où étaient gardés les livres anciens, et il fut interdit d’y monter. On dit qu’il y est encore aujourd’hui, mais la visite est interdite au public.

[À gauche, la couverture de la première édition de « Der Golem » en 1915 par Gustav Meyrink. À droite, le film du même nom, par Paul Wegener en 1920.]

De manière plus générale, les Golems sont des créatures faites d’argiles, dans lesquelles un humain suffisamment puissant a insufflé la vie. En fait, il en est de même pour le Golem que pour Adam, le premier homme à propos duquel il est dit dans la Genèse : « Il fit pénétrer dans ses narines un souffle de vie et l’homme devint un être vivant. »

La légende du Golem est ancienne, et dans le Talmud déjà, il est fait référence à des créatures d’argile au service de rabbins. Le mot « Golem » (גולם) est encore plus ancien, proviendrait de « Gelem » (= la matière brute), et se retrouve aussi bien dans les Tehilim (psaume 139) que dans les Pirkei Avot. On retrouve aussi en yiddish le mot « Goylem », qui désigne une personne un peu maladroite, pas très fine.

Au cours des âges, la légende du Golem s’est considérablement enrichie en détails, et c’est une version assez aboutie que celle du Golem de Prague.

Cependant, il semblerait que cette légende pragoise soit née bien après la mort du Maharal (il y a 400 ans jour pour jour). En effet, cette légende comme telle est apparue dans un livre de légendes juives de Prague en 1847 (« Galerie der Sippurim », par Wolf Pascheles). Elle fut republiée en yiddish en 1911, puis en 1915 par Gustav Meyrink avec des illustrations désormais célèbres de Hugo Steiner. En 1920 est sorti le premier volet d’une trilogie de films expressionnistes sur la légende du Golem, et c’est le seul épisode qui nous est parvenu.

Le mythe du Golem se retrouve assurément dans le dessin animé « Fantasia » de Walt Disney, mais aussi peut-être dans le « Frankenstein » de Mary Shelley (si elle connaissait cette légende en 1818, ce qui n’est pas certain). On peut aussi penser à la notion même de « Robot », qui est née sous la plume de l’écrivain tchèque Karel Čapek en 1921.

Mais le fait que cette légende puisse être en réalité si tardive a bien une signification : elle serait née à l’âge du capitalisme, où l’aliénation devient extrêmement aiguë. En effet, le mythe du Golem rejoint l’idée que les créations humaines peuvent échapper à l’humanité et devenir destructrices. Ainsi, des intellectuels universitaires ont récemment relu Marx à la lumière du Golem, dans un article de 2008.

Le Maharal de Prague

Le saviez-vous ?

Demain, nous commémorons les 400 ans de la disparition du Maharal de Prague.

L’abréviation « Maharal » signifie « Morenou HaRav Loew », autrement dit « notre maître le rav Loew » (« maître » au sens de « enseignant »), et désigne le rav Yehudah Loew ben Bezalel.

Le Maharal de Prague est né dans les années 1520, et est décédé le 17 septembre 1609 à Prague (en Bohêmie, actuelle République Tchèque). Il était un grand rabbin du temps des A’haronim, à la fois talmudiste, mystique et philosophe. Il a officié aussi bien à Prague qu’en Moravie (actuellement en République Tchèque) ou qu’à Poznan (actuelle Pologne).

Ses travaux les plus connus consistent entre autres en plusieurs traités sur chaque fête juive (Tif’eret Israel, Netza’h Israel, Gvurot Hashem, Ner Mitzvah, Or ‘Hadash), ainsi que les Netivot ‘Olam ou le Dere’h ‘Haim. Aucun de ces travaux ne traite de la Kabbalah, le Maharal ne se considérant pas assez érudit pour bien saisir sa portée.

Un autre commentaire connu du Maharal sur le Rashi de Troyes s’appelle le « Gur Arieh al haTorah », c’est-à-dire « le lionceau à propos de la Torah ».

Le lion est en effet l’animal attaché au Maharal, puisque c’est à la fois le symbole de la tribu de Yehudah et du royaume de Judée, mais est aussi la signification de « Loew » (comme « Löwe » en allemand). Ainsi, on pense que le nom Yehuda Loew est en fait une redondance, l’un étant en réalité le subsitut de l’autre.

D’ailleurs, on peut aujourd’hui visiter la tombe du Rabbi Loew encore intacte, à l’ancien cimetière juif de Prague à Josefov, et l’on y retrouve bien deux lions gravés sur le sarcophage majestueux.

De très nombreuses légendes courent à propos du Maharal, dont la plupart sont sans doute nées bien après sa mort.

La plus connue (et de très loin) est celle du Golem de Prague. Mais patience, nous y reviendrons demain !

Une autre légende, moins connue, concerne la mort du rav, il y a 400 ans presque jour pour jour – ce qui suffit en ce jour pour que nous la racontions.

En ce temps-là, le Maharal était déjà très âgé (entre 83 ans et 97 ans, selon les versions), et une épidémie sévissait à Prague (la peste ? le typhus ? la grippe porcine ?). Une épidémie avait déjà frappé Prague, et il avait à l’époque fait un rêve qui le menait au cimetière – mais c’est encore une autre légende !

Quoi qu’il en soit, il alla au cimetière en pleine nuit, accompagné de ses meilleurs élèves. Juste quand il allait introduire la clé dans la serrure, la porte s’ouvrit d’elle-même, laissant apparaître un grand homme, blême et maigre : le rav comprit de suite que c’était la Mort, avec à la main sa longue liste de victimes du lendemain.

Voyant son nom inscrit sur la liste, le Maharal s’en empara et la déchira en morceaux. Mais la Mort le mit en garde de ne plus la recroiser une deuxième fois.

Le Rabbi Loew construisit alors une petite montre, qui sonnait quand la Mort rôdait pour lui enlever la vie, en espérant ainsi échapper au destin.

La Mort se cacha sous toutes les formes imaginables : en jeune vendeuse, en pêcheur lui apportant le poisson du Shabbat, en mendiant, ou encore en homme distingué lui présentant ses hommages. Mais pendant des années, le Rabbi Loew lui échappa.

Mais un jour, à l’occasion de son anniversaire, sa famille et ses élèves vinrent célébrer le rav. La plus jeune de ses petites-filles entra la dernière, une magnifique rose à la main.

Se réjouissant, le rav se pencha pour la sentir, et tomba foudroyé. C’était la Mort qui s’était dissimulé dans les gouttes de rosée sur la fleur.

Sortie du film « L’Armée du Crime »

« Juifs, Polonais, Hongrois, Roumais, Italiens, Espagnols, Arméniens,
Jeunes, Héros, Résistants.
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Demain mercredi 16 septembre, le film « L’Armée du Crime » de Robert Guédiguian sort au cinéma.

Ce film traite des FTP-MOI (Francs-Tireurs et Partisans – Main-d’Œuvre Immigrée) et de leur dirigeant Missak Manouchian. Le titre du film fait référence à l’Affiche Rouge, une affiche de propagande pétainiste dénonçant les 23 partisanEs tombéEs le 21 février 1944 comme n’étant pas « des libérateurs » mais « l’armée du crime ».

Les FTP-MOI étaient une structure communiste de guerilla anti-nazie en France qui regroupait des partisans d’origine immigrée, et qui relevait directement de la responsabilité de l’Internationale Communiste.

Les vaines tentatives de dépolitiser les FTP-MOI et d’en faire des « résistants idéalistes » soi-disant « pas staliniens » n’ont donc strictement aucun sens, et sont du pur révisionnisme historique : pour entrer dans une organisation de lutte armée de l’Internationale Communiste sous le nazisme, les critères idéologiques n’étaient certainement pas laxistes.

Ce film est en quelque sorte le pendant responsable du film « Inglorious Basterds », dans le sens où il prend clairement parti dans l’Histoire, et n’est pas un simple prétexte à de la violence, à de l’histoire-fiction (certes sympathique), ou à une glorification du cinéma « en soi ».

Une présentation des FTP-MOI par l’Action Antifasciste : par là.
Ci-dessous, l’affiche de « L’Armée du Crime », qui pointe vers le site officiel du film.

La grippe porcine et les juifs

À Rosh ‘Hodesh Elul (le premier jour du mois juif actuel), un jeûne a été institué en Israel par les rabbins séfarades Shlomo Amar et Ovadia Yossef (le leader de Shass), afin de conjurer la grippe porcine. Ceux-ci ont également décidé qu’il ne fallait plus embrasser les mezouzot que de loin, sans les toucher. Pareillement, on peut voir sur internet une vidéo de kabbalistes survolant Israel en avion en priant et en sonnant du shofar, pour protéger le territoire d’Israel de la grippe porcine…

Évidemment, cela est totalement absurde face à l’horreur capitaliste des usines-abattoirs où est née la grippe porcine. Évidemment, cela ne protégera rien ni personne de cette épidémie.

Mais cela ne protégera pas davantage de l’importante mobilisation antisémite qui se développe aujourd’hui autour de la grippe porcine.

En effet, les juifs ce fut la peste au Moyen-Âge, ce fut le typhus sous le nazisme, et c’est désormais aujourd’hui la grippe porcine. En tout cas, c’est ce thème qui est massivement mis en avant par les fascistes pour cette rentrée politique.

De Kemi Seba à Alain Soral en passant par Dieudonné, quelle est la thèse des proto-nazis ?

Elle est à la fois très simple et terriblement efficace : le « Nouvel Ordre Mondial » voudrait éliminer une partie de la surpopulation mondiale, aurait créé un virus de toute pièces, et inoculerait un vaccin mortel. Et comme par hasard, les représentants du « Nouvel Ordre Mondial » portent bien souvent des noms juifs…

Cette thèse est diffusée entre autres par Égalité & Réconciliation, le parti d’Alain Soral, par le MDI de Kemi Seba par la voix de la négationniste Ginette Skandrani, ou encore par Christian Cotten, le « druide » candidat de la Liste « Anti-Sioniste » de Dieudonné, qui expliquait en conférence de presse que « les sionistes utilisent des armes bactériologiques comme la fausse grippe actuelle ».

Mais, comme preuve de la large diffusion de l’idéologie fasciste, cette thèse se retrouve jusque dans de grands journaux, comme il y a un mois aux Pays-Bas.

Dans le plus grand journal du pays, De Telegraaf, une soi-disant journaliste médicale prétendait ainsi que la grippe aviaire faisait partie d’une « conspiration qui peut être remontée jusqu’aux descendants des Khazars » pour réduire la population mondiale. Naturellement, ceux-ci « prient un autre dieu : Lucifer, Satan, ou comme vous voulez l’appeler » et « se nomment Rockefeller, Rothschild, Brezinski et Kissinger ». Pas de réaction de la part du journal qui avait publié l’interview.

Comment évaluer cela ? Exactement comme nous l’expliquions à propos des accusations de trafic d’organes par un tabloïd suédois (12).

La thèse matérialiste, rationnelle, affirme que l’époque de l’impérialisme c’est l’époque de la barbarie, et que l’impérialisme réactive donc les pires fantasmes médiévaux en les adaptant aux exigences de son époque. On l’a notamment vu avec l’idéologie nazie qui assimilait les juifs au typhus.

Quel est alors le préjugé obscurantiste qui, n’ayant jamais réellement disparu, sert de base à la mobilisation antisémite sur le thème de la grippe porcine ?

Il s’agit essentiellement de deux accusations remontant au Moyen-Âge : celle des juifs empoisonneurs de puits, qui est historiquement liée à celle des juifs propagateurs de la peste noire.

L’accusation d’empoisonnement des puits remonte à vers 1320 en France avec une soi-disant complicité entre les communautés juives et les victimes de la lèpre. Mais c’est avec la grande épidémie de peste que ce mythe devient le plus répandu, le plus tenace – et le plus meurtrier.

En effet, entre le printemps 1348 et le printemps 1351, une gigantesque épidémie de peste noire dévaste l’Europe. On estime qu’un tiers de la population européenne disparaît, cette proportion allant jusqu’à la moitié dans l’actuelle territoire de l’Allemagne.

C’est essentiellement à l’automne 1348 en Suisse que naît l’accusation comme quoi les juifs empoisonnent les puits afin de répandre la peste bubonique. Dès lors, la propagation de ce mythe est fulgurante dans l’Empire germanique – et pour toute dire, encore plus rapide que la peste elle-même !

En Allemagne et en Suisse, l’épidémie de peste s’accompagne donc d’une épidémie de pogroms, qui est historiquement l’une des plus grandes vagues de pogroms, avec souvent la promesse d’impunité envers les émeutiers de la part des autorités.

On estime ainsi que presque toutes les communautés juives de l’Empire germanique (hormis l’Autriche) sont touchées par les pogroms antisémites. De nombreuses et importantes communautés sont tout simplement réduites à néant dans les flammes des ghettos, par exemple à Strasbourg.

Évidemment, la médecine a fait d’immenses avancées depuis la peste noire. Et pourtant on voit resurgir ces mêmes fantasmes antisémites, que les esprits rationnalistes bourgeois auraient cru voir disparaître avec le progrès scientifique.

À quoi cela est-il dû ?

Comme nous l’affirmions à propos des crimes rituels, ce qui est nouveau dans ce vieil antisémitisme chrétien est l’aspect « Nouvel Ordre Mondial », qui est dans la plus pure veine de l’antisémitisme moderne des « Protocoles des Sages de Sion ».

Ainsi, l’antisémitisme de l’époque féodale est non seulement réactivé, mais aussi recombiné à l’antisémitisme de l’époque impérialiste, pour donner un antisémitisme mutant, encore plus pernicieux et violent à la fois. Loin de disparaître, le vieil antisémitisme sert donc de support matériel auquel se greffe l’idéologie de la barbarie impérialiste.

Mais comment donc ce préjugé des juifs propageant des maladies a-t-il pu traverser les siècles ?

Pour comprendre cela, il faut voir ce qu’est une épidémie. Une épidémie, c’est une maladie qui se propage de façon fulgurante, c’est un agent pathologique étranger, invisible et incompréhensible, c’est un parasite qui vient contaminer les organismes sains.

Et qu’est-ce que « le juif » dans la vision abstraite qui prévaut culturellement en Occident ? En vérité, c’est la même chose : un apatride fuyant et insaisissable, un « parasite de la finance » qui vient « polluer » le capitalisme industriel « concret » et « sain ».

Rien d’étonnant, donc, à ce que l’accusation moyen-âgeuse du juif responsable de la peste rejaillisse aujourd’hui sur les mobilisations antisémites du fascisme. Et cela d’autant plus que s’approfondit la crise, c’est-à-dire que la marche « saine » du capitalisme est « grippée » – c’est le cas de le dire…

Dans la « recombinaison génétique » entre antisémitismes des époques féodale et impérialiste, la base culturelle est donc un préjugé du Moyen-Âge chrétien ; mais l’aspect nouveau, l’aspect qui a du sens historiquement, c’est l’aspect antisémite de l’âge impérialiste, c’est-à-dire le complotisme du « Nouvel Ordre Mondial » qui tenterait d’asseoir sa domination par la vaccination de masse.

Face à cela, il est clair que la conception comme quoi l’antisémitisme serait un simple préjugé dépérissant – et pas un aspect central de la mobilisation fasciste qui se donne une image révolutionnaire en lutte contre les complots -, cette conception là est clairement fausse et inadaptée à notre époque, l’époque de la crise générale du capitalisme, de la marche au fascisme et à la guerre.

Les Sli’hot ashkénazes

Depuis hier soir ont commencé les Sli’hot ashkénazes, qui consistent en des prières de « pardon » qui durent jusqu’à Yom Kippour. Elles commencent chez les ashkénazes à la sortie du dernier shabbat avant Rosh HaShanah.

Traditionnnellement, l’office du samedi soir est alors plus fréquenté que d’habitude, pour profiter des chants liturgiques. Les Sli’hot ashkénazes ont toujours la même structure : le psaume 145, puis un demi Kaddish, puis une Sli’hah.

Rappelons que nous avons parlé des Sli’hot séfarades au début du mois d’Elul, en expliquant ce que signifie la « repentance » d’un point de vue révolutionnaire.

Rappelons également que se tient aujourd’hui la cérémonie (religieuse) des DéportéEs, à 10h30 à la grande synagogue de la Victoire.

Shavua Tov – שבוע טוב

Shabat Shalom – שבת שלום

Entrée vendredi à 19h54, sortie samedi à 20h57.

Klezmer Madness !

« Notre culture est une culture de vie, une culture vivante. Malgré les destructions, les juifs continuent de danser, de chanter, de tout faire pour vivre dans la joie. »

Klezmer Madness est un groupe fondé par le grand clarinettiste klezmer américain David Krakauer. Dans la veine de la culture juive progressiste américaine (et ashkénaze), ils revisitent les classiques du klezmer en les mixant avec de la musique éléctronique, du free jazz, etc.

Une petite vidéo d’un concert donné à Cracovie, où tant des nôtres vécurent et furent exterminés :

Attaque d’une école juive à Marseille

À l’approche de Rosh HaShana, c’est l’inquiétude qui l’emporte à Marseille.

En effet, un engin incendiaire constitué de bombes aérosol a été lancé ce mardi vers 9h40 sur une école juive du 10ème arrondissement de Marseille, plus précisément l’ORT Bramson (rue des Forges). Le feu s’est déclenché près du mur d’enceinte de la cantine, et a détruit une haie de cyprès ainsi que 4 voitures.

Heureusement, les bâtiments des cours étaient suffisamment loin, et il n’y a pas eu de blessés parmi les 400 élèves qui étaient en cours à ce moment là.

Au chapitre des « réactions », une dirigeante du conseil régional dénonce « un acte malveillant [qui] déshonore ses auteurs », tandis le procureur de la république évoque « un acte idiot et gratuit » tout en ajoutant : « On ne sait pas s’il s’agit d’un acte gratuit, d’une provocation, de représailles. »

Un acte « malveillant » ? « idiot » ? « gratuit » ? Comme toujours en France, les actes antisémites ne sont pas antisémites, mais sont des « provocations » ou bien des « représailles »… Disons-le clairement : pour déclencher un incendie dans une école juive (pendant les cours !), l’intention ne devait pas seulement être de « faire peur ».

Et si cela commence ainsi dès la rentrée des classes, on peut s’inquiéter pour le reste de l’année, surtout à l’approche de Rosh HaShana et de Yom Kippour, car cela donne très nettement le ton…

Aux origines du Punk

Le saviez-vous ? Les Juifs sont des punks !

Non, pas tous, c’est vrai… Mais justement. Les communautés juives étant marquées par des valeurs conventionnelles, la rébellion est d’autant plus explosive culturellement, et le punk a été une parfaite excentricité.

Si l’on rajoute à cela le traumatisme du nazisme, on voit facilement comment les personnes juives ont contribué au punk, jusqu’à en donner des figures notables.

Si en France Serge Gainsbourg et Daniel Darc ne sont pas liées à la musique punk, ils sont les figures d’un certain esprit punk juif autodestructeur, que l’on retrouve justement à la base du punk.

Qu’on pense aux Beastie boys, au départ un groupe de punk hardcore, qui a ensuite évolué vers le hip hop. Dès le départ le groupe de « funky jews » – Michael Diamond, Adam Yauch et Adam Horovitz… – a cultivé les incessantes provocations et revendications (« Fight for your rights to party! »), et – il faut le savoir – Michael Diamond n’est pas qu’un feuj qui a été punk : il est aussi vegan !

Mais on retrouve des figures juives dès le début du punk. Il y a déjà les ancêtres du punk : Lou Reed, Jonathan Richman, Bob Dylan.

Et il y a la première vague, celle qui naît à New York. Le vrai nom de Joey Ramone est Jeffrey Hyman, celui de Tommy Ramone est Thomas Erdelyi, et ils ont grandi dans le quartier juif de Forest Hill, dans le Queens à New York. Le manager qui les a fait tourner en Angleterre en 1976, donnant naissance au punk, était Danny Fields, juif également.

Sylvain Sylvain (Sylvain Mizrahi) était le guitariste des « New York Dolls », les vrais noms des deux membres de « Suicide » Martin Rev et Alan Vega sont Martin Reverby et Boruch Alan Bermowitz, Lenny Kaye était le guitariste de Patti Smith, 5 membres sur 6 des « Dictators » étaient juifs (Shernoff, Friedman, Kempner, Blum…), Nancy Spungen était la fameuse fiancée de Sid Vicious, Dave Rubinstein jouait dans Reagan Youth…

Le fondateur du CBGB, le club new yorkais où sont passés tous les groupes punks d’alors, a été fondé par Hilly Kristal, qui a grandi dans un collectif socialiste juif : le CBGB a appliqué le principe du « do it yourself » (fais le toi-même) dans la continuité de l’esprit d’autodétermination qu’il a acquis là-bas.

Et l’ombre du nazisme plane sur l’esprit punk juif, qui cherche à s’en moquer, à l’exorciser. Serge Gainsbourg – qui a porté l’étoile jaune enfant – y a consacré un album (Rock Around the Bunker), il y a la chanson « Blitzkrieg bop » des Ramones dont deux membres sont juifs dont le chanteur, le groupe « Blondie » (nom du chien d’Adolf Hitler) où l’on retrouve Chris Stein, les croix gammées des « Sex Pistols » dont le manager et grand organisateur était le juif anglais Malcolm Mclaren, Daniel Darc reprenant l’écrivain torturé mais antisémite Drieu La Rochelle…

Il va de soi qu’on trouve des personnes juives dans d’autres genres que le punk (Marc Bolan de T. Rex, David Lee Roth de Van Halen, Gene Simmons de Kiss, Evan Seinfeld de Biohazard…). Et sans doute y aurait-il également beaucoup de choses à dire sur l’esprit juif punk en France.

Pour les personnes intéressées, la recherche qui a déclenché un véritable retour sur cette question est le livre de Steven Lee Beeber, « The heebie-jeebie’s at CBGB’s ».

Et pour la petite histoire, Beeber a essuyé le refus de l’artiste Richard Hell (Meyers de son vrai nom), qui a nié ses origines juives et affirmé qu’il ne voulait être rattaché à aucun groupe. Hell a finalement admis que son père était juif, mais qu’il a été élevé comme communiste et athée. Beeber a alors répondu : « C’est la définition d’un juif ! »

Encore sur l’antisémitisme en Europe centrale

Il y a une dizaine de jours seulement, nous avons publié un petit résumé de l’actualité du fascisme en Europe centrale. Mais devant l’importance du développement fasciste et antisémite, voici encore un résumé des dernières actualités…

Dans l’est de l’Allemagne, des élections viennent de se tenir en Saxe et en Thuringe (ex-RDA) la semaine dernière. En Saxe, le parti NPD a donc dépassé à nouveau les 5 %, alors que c’est un parti véritablement néo-nazi, et a été pour la première fois réélu au parlement de Saxe. Rappelons que des élections se tiennent également en Autriche à la fin du mois, où la situation est non moins alarmante…

Dans l’ouest de l’Allemagne, une manifestation nazie se tenait à Dortmund (ex-RFA) ce samedi, pour célébrer le 70ème anniversaire de l’invasion de la Pologne par l’Allemagne nazie. Plusieurs manifestations antifascistes ont eu lieu le vendredi soir et toute la journée de samedi. Environ 3000 policiers ont réprimé l’importante mobilisation antifasciste qui voulait empêcher la manifestation des 700 nazis de se tenir. Le site dédié à la journée est par là. On peut trouver des informations ici (en français) ou (en espagnol). [Mise à jour : aussi.]

Également ce samedi mais en Hongrie, environ 500 skinheads nazis ont envahi et saccagé et le quartier juif de Budapest. Les nazis voulaient empêcher la Gay Pride, exactement comme l’année dernière où ils avaient fait presque une quinzaine de blessés lourds. Cette année, alors que se tenait – en même temps que la Gay Pride – le Festival de la Culture Juive de Budapest, ils ont débuté un incendie dans l’ancien ghetto juif, saccagé le quartier, attaqué les passants, et crié des slogans antisémites.

La Hongrie est donc un pays à suivre de très près, d’autant plus près que les nazis n’hésitent plus à pogromer en ville et à s’affronter avec la police. Et aussi d’autant plus près qu’ils s’entraîneraient actuellement à la lutte armée avec de l’artillerie lourde dans des camps militaires secrets du « Front National Hongrois », avec pour but de « faire renaître la Hongrie dans le feu, la crasse et le sang »… [Mise à jour : plus d'informations ici.]

Rappelons que d’après les accords de paix de 1947, la Hongrie est tenue d’éliminer les organisations nazies agissant sur son territoire… Encore une illusion légaliste qui volera en éclats devant la montée du fascisme, et devant son soutien par les franges les plus nationalistes et barbares des classes dominantes.

Antifasciste ! Vois plus loin que la France !
Rejoins l’Action Antifasciste – avant qu’il ne soit trop tard !

Interview d’un négationniste dans un journal espagnol

Finalement, le deuxième plus grand journal espagnol, El Mundo, est allé au bout de sa provocation.

Depuis une semaine, à l’occasion du 70ème anniversaire du déclenchement de la seconde guerre impérialiste mondiale, le journal de droite El Mundo publiait chaque jour une interview d’historien à propos de la guerre.

Et depuis une semaine, il était donc connu qu’El Mundo publierait ce samedi 5 septembre une interview du négationniste britannique David Irving, juste le lendemain de l’interview du président de Yad Vashem. Voilà, c’est fait.

Qui est David Irving ? C’est un « historien » négationniste britannique, lié à l’extrême-droite anglaise historique (la British Union of Fascists du pro-nazi Oswald Mosley, puis le British National Party), ainsi qu’aux réseaux nazis négationnistes internationaux. En 2006, il a été arrêté et condamné en Autriche pour « glorification du parti nazi allemand », et a été quelques mois en prison. Pour en savoir plus, nous conseillons l’excellent site « Pratique de l’Histoire et Dévoiements Négationnistes », et sa synthèse sur Irving.

Tout au long de la semaine, El Mundo a répété que l’interview n’aurait rien à voir avec la Shoah (ou plutôt sa négation), ce qu’Irving « confirme » dans son interview en expliquant : « Je ne suis pas intéressé par les chiffres. Je ne compte pas les corps. Je ne suis pas tellement intéressé par l’Holocauste. ». Étonnant pour quelqu’un qui a fondé sa « notoriété » minable sur la haine antisémite et la négation du génocide…

Heureusement, on n’est pas déçu par Irving, qui fait mentir El Mundo sur l’objet de l’interview. Ce nazi ose ainsi affirmer : « L’Holocauste est juste un slogan, un produit comme Kleenex ou les imprimantes Xerox. Ils l’ont transformé en phénomène commercial, et ont réussi à en tirer de l’argent – en produisant des films qui ont fait des millions. ».

Un « produit comme Kleenex »… donc à jeter après l’avoir souillé, selon David Irving. Des « films qui ont fait des millions »… donc un mythe qui invente des millions (de personnes assassinées), selon David Irving. Clairement, les négationnistes savent manipuler la langue…

Dans la même veine, il surenchérit : « Mais depuis les années 1970, l’Holocauste est devenu à la mode. Les juifs en ont fait une marque, en utilisant la même technique que Goebbels. Ils ont inventé un slogan… et l’ont répété jusqu’à la nausée. ». On appréciera « l’invention d’un slogan par les juifs », l’interprétation n’étant pas très compliquée…

Le reste de l’interview est consacré à la principale thèse négationniste de David Irving (en dehors de sa thèse selon laquelle Auschwitz aurait été construit après la guerre…).

Cette thèse, exposée dans son livre « Hitler’s War » de 1977, est résumée dans le titre de l’article d’El Mundo : « Hitler era un hombre simple al que engañaban sus subordinados. »Hitler était un homme simple qui était trompé par ses subordonnés. »). Irving explique ainsi que Hitler n’aurait pas eu connaissance de la Solution Finale, et qu’il s’y serait même soi-disant opposé…

De même, Irving prétend qu’Hitler n’aurait pas été antisémite : « Dans les discours d’Hitler, il existe une seule phrase antisémite. Quelque chose comme "Quand la guerre commencera, je veux que les Juifs souffrent." Mais c’est juste une expression stéréotypée. ». Absolument délirant, pour quiconque connaît un peu la propagande nazie, à commencer par « Mein Kampf » !

En réalité, Irving joue finement et tend un piège : celui de la personnalisation. Non, ce n’est pas Hitler en personne qui a exterminé les nôtres, mais bien le nazisme, c’est-à-dire la dictature terroriste des franges les plus barbares de la bourgeoisie impérialiste allemande, dictature qui prend une dimension génocidaire avec la guerre impérialiste.

Bien évidemment, pour justifier l’interview négationniste, El Mundo a pris ses précautions en expliquant qu’Irving était… « plus ou moins pro-nazi » ! Et comme toujours, le journal bourgeois s’est également paré de l’éternelle « liberté d’expression »…

La liberté d’exprimer l’antisémitisme ? Non, puisque pour le grand quotidien capitaliste El Mundo, les propos d’Irving ne relèvent justement pas de l’antisémitisme ! Cela est extrêmement révélateur de l’époque dans laquelle nous vivons, et de l’époque àlaquelle il faut se préparer

Soyons clairs : dans la société capitaliste, la prétendue « liberté d’expression » est uniquement celle de la bourgeoisie. La « liberté d’expression » est indissociable de l’individualisme bourgeois, et nourrit le fascisme en instaurant un climat nihiliste où tout serait « relatif ».

Hapoel aussi est pour la « liberté d’expression » ! C’est-à-dire : pour que le peuple « exprime librement » sa dictature contre ses ennemis, et pour que les minorités nationales « expriment librement » leur dictature contre les racistes !

Juif ! Juive !
Contre les négationnistes, défends ton passé !
Contre les fascistes, défends ton avenir !

Journée de la culture juive

Aujourd’hui, premier dimanche de septembre, se tient comme depuis 9 ans la Journée Européenne de la Culture et du Patrimoine Juifs, dans une trentaine de pays européens dont la France. Le thème en 2009 est « Fêtes et Traditions », à deux semaines de Rosh HaShana.

De nombreuses portes ouvertes, conférences, concerts, visites se tiennent donc aujourd’hui en France, que ce soit en Alsace-Lorraine, en Provence, dans le Sud-Ouest, ou bien sûr à Paris (y compris au Centre Medem, d’obédience bundiste).

Toutes les informations pratiques de la journée se retrouvent par là.

Shavua Tov – שבוע טוב

Shabbat Shalom – שבת שלום

Entrée vendredi à 20h08, sortie samedi à 21h12.

« L’antisémitisme à gauche », Michel Dreyfus

Un livre sur l’antisémitisme vient de paraître aux éditions La Découverte ; il s’agit de « L’antisémitisme à gauche – Histoire d’un paradoxe, de 1830 à nos jours », par Michel Dreyfus, historien au CNRS.

Voici les titres des chapitres :

I/ Débuts du socialisme et antisémitisme économique (1830-1881)
II/ L’émergence des organisation ouvrières et de l’antisémitisme moderne (1880-1894)
III/ Durant l’affaire Dreyfus (1894-1906)
IV/ Basses eaux de l’antisémitisme et déçus du dreyfusisme (1906-1914)
V/ De la Grande Guerre à la grande crise (1914-1931)
VI/ Ambiguïtés du pacifisme et controverses sur le sionisme (1931-1945)
VII/ De la Libération à 1968 : disparition de l’antisémitisme chez les socialistes et les communistes
VIII/ L’ultra-gauche, terrain favorable au révisionnisme, puis au négationnisme (de la décennie 1960 à la fin des années 1990)
IX/ De la création d’Israël à la montée des communautarismes (1948-2009)

Cette étude est parue aux éditions La Découverte, fait 348 pages, et coûte 23€. Toutes les informations se retrouvent par là.

Si vous avez ce livre sous la main ou si vous en avez entendu parler, n’hésitez pas à partager vos critiques sur le Forum Antifasciste (sur ce sujet).

Mussolini a testé pour vous… les crimes rituels !

L’accusation de « crime rituel », vestige du cannibalisme

« Grand émoi dans le village, une jeune fille a été découverte assassinée, les Juifs seront sûrement suspectés de l’avoir assassinée. Soudain, le rabbin sort radieux : "Bonne nouvelle, la victime est juive !" »

Voilà une blague terrible, qui est la synthèse de la hantise juive désormais multi-centenaire du pogrom. Car les pogroms d’Europe se sont largement appuyés sur l’accusation du crime rituel.

Le saviez-vous ?

Cette accusation est la plus courante de l’antisémitisme, au point d’en être le plus grand classique, jusqu’à aujourd’hui : internet pullule de documents à ce sujet.

En quoi consiste cette accusation ? Elle affirme que pour la Pâques juive, les communautés juives auraient besoin de sang chrétien pour la confection de leurs pains azymes.

Un enfant serait alors enlevé ou acheté, enchaîné et torturé devant une foule lors d’une cérémonie secrète (relevant de la magie noire), puis crucifié et son sang recueilli dans des coupes.

Il faut savoir ici que l’accusation de crime rituel était largement présente en Europe au 19ème siècle et dans la première partie du 20ème siècle.

Après 1945, l’extrême-droite a eu du mal à continuer amplement à diffuser l’accusation de crime rituel, l’Église catholique elle-même a largement reculé sur cette question.

Mais aujourd’hui avec la crise les choses changent, car la culture antisémite en arrière-fond n’a pas changé. Si l’accusation revient aujourd’hui, c’est qu’elle n’a en fait jamais disparu.

Et en quoi consiste cette accusation ? En fait, on reconnaît ici les éléments de l’antisémitisme chrétien traditionnel : l’enfant serait crucifié car chrétien.

Mais cela va bien plus loin, car sur le plan religieux le sang est interdit dans le judaïsme que ce soit au niveau religieux ou au niveau de la nourriture. Il ne s’agit donc pas simplement d’un rejet du judaïsme comme religion, mais bien d’une mobilisation raciste. Ce qui est en jeu, c’est la question du « sang ».

À ce niveau, il est donc logique que l’accusation du « crime rituel juif » soit passée dans l’antisémitisme moderne, qui lui est uniquement « biologique ».

L’accusation est d’ailleurs toujours d’actualité politiquement : récemment le tabloïd suédois Aftonbladet l’a remise au goût du jour concernant des morts palestiniens ; en janvier 2005, 20 députés de la Douma avaient demandé « l’interdiction de toutes les organisations juives » ; en Autriche l’extrême-droite appuyée par l’Église organise une réunion annuelle pour un enfant « victime du crime rituel » (Andreas "Anderl" Oxner von Rinn), etc.

Elle est même assumée dans le monde musulman, ce qui n’a jamais été le cas historiquement (le Hizbollah, les gouvernements syrien et iranien, etc.).

Et la LICRA a demandé hier au site réactionnaire Alterinfo de retirer un article de Gilad Atzmon (un israélien devenu antisémite) aux propos explicites : « On pourrait se demander pourquoi le trafic d’organes est devenu une « chose juive ». Pourquoi l’État juif et le peuple juif sont-ils si impliqués dans ce genre de commerce répugnant et non éthique. La réponse est sans doute évidente : c’est une bonne affaire et il n’y a guère de concurrence, peu de gens étant prêts à vivre du trafic ou du vol de foies et de reins. »

En fait, l’accusation de « crime rituel » correspond exactement à la nature de l’antisémitisme tel qu’il faut le comprendre et le combattre : « Le chauvinisme national et racial est un vestige des habitudes misanthropiques, caractéristiques de la période de cannibalisme. L’antisémitisme, en tant que forme extrême de chauvinisme racial, est le vestige le plus dangereux du cannibalisme. » (Staline)

Exposition sur le procès de Nüremberg à Toulouse

Aujourd’hui s’ouvre à Toulouse une exposition sur « le Procès des grands criminels de guerre devant le Tribunal Militaire International de Nüremberg (14 novembre 1945 – 1er octobre 1946) ».

Cette exposition (sponsorisée par le Mémorial de la Shoah) se tient du 1er septembre au 30 septembre à la Maison des Associations de la mairie de Toulouse (81 de la rue Saint Roch, dans l’ancienne caserne Niel).

L’inauguration de l’exposition aura lieu le jeudi 10 septembre à 19h30, et sera suivie à 20h30 d’une conférence sur « la justice internationale de Nüremberg à nos jours » par Yann Jurovics, ancien avocat au TPI pour le Rwanda et au TPI pour la Yougoslavie.