Le Dibbouk, fantôme de la schizophrénie du capitalisme

La photo est tirée du film juif polonais « Dybuk » de 1937, d’après la pièce d’Ansky de 1914, « Der Dybbuk, oder zwischen zwei Welten » (= « le Dibbouk, ou entre deux mondes »), qui n’a été jouée qu’après la mort de son auteur.

Ce film constitue un témoignage essentiel de la vie des communautés juives à la veille de la Shoah, et est souvent considéré comme le meilleur film en yiddish.

De plus, Ansky a également écrit l’hymne du Bund, un parti social-démocrate juif de Pologne, Russie et Lituanie.

Dans la suite, nous avons reproduit le résumé du film par Wikipedia, mais évidemment, ça peut gâcher un peu le plaisir…

Nissan et Sender se sont liés d’une amitié fervente à l’occasion d’une rencontre de Hassidim, autour du puissant Tsadik de Miropol, dans le sud-ouest polono-lituanien. Ils décident de se lier durablement par un serment solennel : si leurs épouses, enceintes au même moment, devaient respectivement donner naissance à une fille et à un garçon, ils marieraient entre eux leurs descendants. Mais Nissan meurt avant même la naissance de son fils. Quant à Sender, il oublie bientôt la promesse et, lorsqu’arrive, quelques années plus tard, le temps de chercher un parti pour sa fille, il se tourne vers de riches prétendants. Les deux jeunes gens, qui ont grandi séparément, ignorent tout du lien secret qui devrait les unir. Hanan, étudiant famélique, erre sur les routes, de yeshiva en yeshiva, rayonnant du feu extatique de son désir d’apprendre tandis que la belle et mélancolique Léa, enfant gâtée d’une prison dorée (sa mère est morte en lui donnant naissance), se résigne à un mariage de raison.

C’est alors que ce qui était joué se déjoue et que ce qui était dénoué se noue. De passage à Braïnitz, où réside la famille de la jeune fille, Hanan tombe amoureux de Léa dès qu’il la voit. La chaste jeune fille ose lever les yeux sur lui dans la synagogue et reconnaît aussitôt en lui son véritable fiancé. Bien entendu, le père, égoïste et avare, ne veut rien entendre de la passion qu’éprouvent l’un pour l’autre sa fille et le jeune indigent. Certains indices ramènent, cependant, à sa mémoire l’ancienne promesse. Que faire ? il est déjà trop tard, le destin a emprunté d’autres voies…

Désespéré, Hanan se livre à des activités cabalistiques pour tenter d’obtenir l’or qui seul, pense-t-il, parviendra à faire fléchir le cœur endurci de Sender. En fait, l’apprenti-sorcier se révèle incapable de maîtriser les puissances qu’il éveille et, subissant le châtiment réservé à celui qui fait mauvais usage des formules sacrées, tombe foudroyé. Ce terme brutal ne signifie pas pour autant la fin de ses souffrances. Privée de son corps et même de son nom, l’âme du mort reste captive de sa passion inassouvie, condamnée à flotter « entre deux mondes ».

Léa devra épouser le fiancé qu’on a choisi pour elle et qu’elle n’aime pas. Imprudemment, elle se rend au cimetière pour inviter Hanan à la célébration de ses noces. C’est l’occasion que le dibbouk saisit pour posséder le corps de la jeune vierge. Léa porte désormais deux âmes en elle et, le moment venu de la cérémonie nuptiale, c’est la voix de Hanan qu’on entend jaillir de sa bouche et hurler, au milieu de la consternation générale, son refus du consentement solennel.

S’ensuivent de cruelles séances d’exorcisme, menées de main de maître par Azriel, le rabbin miraculeux dont la puissance est faiblesse et la faiblesse puissance. Les conjurations restent d’abord sans effet puis, à l’issue d’un terrifiant affrontement de forces invisibles, le juge finit par triompher et obtient la séparation des deux âmes, au détriment de la pauvre Léïélé qui ne survivra pas à cette amputation psychique. Léa rejoint la Voix dans la mort au moment où l’on entend la musique des noces.

C’est ainsi que la promesse, non tenue sur la terre, se réalise dans l’au-delà, conférant au couple des amoureux juifs un statut comparable à celui qu’occupent, par ailleurs, Tristan et Iseut ou Roméo et Juliette.