La khamsa, une main tendue contre le mauvais œil
Pour clôre le mois d’août ainsi que notre trilogie sur les superstitions juives (1 – 2 – 3), voici un court article sur la khamsa.
Le saviez-vous ?
La khamsa est un symbole courant dans une partie du monde arabe (Afrique du Nord et Proche-Orient). Il représente une main stylisée censée protéger contre le mauvais œil, avec justement souvent un œil au milieu de la paume. « Khamsa » signifie « cinq » en arabe (« ‘hamesh » en hébreu), ce qui fait directement référence aux cinq doigts de la main.
La khamsa est un symbole culturel arabe, commun aussi bien aux personnes musulmanes qu’aux personnes juives. Elle n’a initialement aucune signification religieuse, et même au contraire puisqu’elle pourrait renvoyer à la pratique de l’idolâtrie…
Ainsi, la khamsa est totalement inexistante en Arabie Saoudite, où le monothéisme le plus rigide a mené une bataille réactionnaire et patriarcale contre des expressions populaires antérieures à l’Islam.
Cependant, des significations religieuses se sont greffées sur le symbole culturel, souvent en contournant les clergés et les hiérarchies religieuses : « khamsa » peut faire référence aussi bien aux cinq livres de la Torah qu’aux cinq piliers de l’Islam ou aux cinq nom sacrés de l’Islam chiite. De même, on trouve des interprétations religieuses avec les quatorze phalanges de la main.
Dans la culture juive arabe, la khamsa se décline aussi bien en bijoux, en amulettes (éventuellement avec une courte prière), en décorations murales… qu’en désodorisants pour voiture à accrocher au rétroviseur ! Cela montre à quel point ce symbole culturel est populaire au-delà de l’aspect simplement superstitieux – jusqu’à être recyclé par des capitalistes.
D’autres appellations de la khamsa peuvent être la « Main de Myriam » chez les personnes juives, ou bien la « Main de Fatima » chez les personnes musulmanes. Ces prénoms de femmes des textes sacrés sont à relier directement aux fortes superstitions présentes plus particulièrement chez les femmes que chez les hommes.
En effet, « les idées justes ne tombent pas du ciel », mais « ne peuvent venir que de la pratique sociale, de trois sortes de pratique sociale : la lutte pour la production, la lutte de classes et l’expérimentation scientifique » (Mao). Par conséquent, quand la domination sexiste isole les femmes et les empêche de mener leurs propres expériences sociales, elles ne peuvent se raccrocher qu’aux superstitions, d’autant plus quand elles passent brutalement de la féodalité à l’absurdité des métropoles impérialistes.
Cependant, on entend souvent parler en France de la khamsa comme de la « Main de Fatma » : c’est simplement une déformation de « Fatima » par les colonialistes français en Afrique du Nord. Le fait d’avoir adopté cette appellation en France (notamment pendant les « débats » sur les « signes religieux ostensibles ») relève clairement d’un mépris raciste, faisant de la khamsa ou bien une question religieuse musulmane, ou bien une superstition de « bonne femme » arabe.
Rien d’étonnant, donc, à ce que la bourgeoisie raciste française ait parlé d’interdire le port de la khamsa dans les écoles comme « signe religieux ostensible ». Rien d’étonnant non plus à ce que les trotskystes de Lutte Ouvrière (LO) et du Nouveau Parti Anticapitaliste (NPA, anciennement LCR) aient largement applaudi – et même pris les devants – dans cette entreprise raciste méprisant une partie du patrimoine du peuple et des femmes.
La khamsa est un symbole populaire de l’unité culturelle juive-arabe, et la bourgeoisie raciste ne nous empêchera pas de conjurer le mauvais œil capitaliste !





