Young Perez : Tunis 1911 – Auschwitz 1945

En 1931, Victor Young Perez devient champion du monde de boxe, connaissant son heure de gloire en France et en Tunisie. C’est encore aujourd’hui le record de France du plus jeune champion mondial de boxe.

Le saviez-vous ?

Victor Younki naît en janvier 1911, dans une famille juive du quartier populaire de la Hafsia à Tunis. Il quitte l’école assez tôt, et s’engage au Maccabi de Tunis dans la section boxe. Il part en 1927 en France, où il enchaîne les combats après avoir été remarqué par un manager, et obtient son surnom de « Young Perez ». Ainsi, déjà à l’époque, les pays impérialistes pillaient les meilleurs sportifs des colonies et en accaparaient le prestige populaire.

À l’âge de 20 ans seulement, le 24 octobre 1931 au Palais des Sports de Paris, Victor Young Perez accède à la gloire mondiale : il a battu par KO au deuxième round le champion du monde catégorie poids mouche, à savoir l’Américain Frankie Genaro.

Après sa victoire, Victor Young Perez revient à Tunis couvert de gloire, acclamé par 100 000 personnes, et est décoré par le bey de Tunis. Il sort ses parents du quartier juif pauvre (la Hara, en Tunisie), et partage sa richesse nouvellement acquise.

Néanmoins, comme les champions de boxe étaient les stars de cette époque là, Young Perez est inévitablement happé par les sirènes du showbusiness parisien. Et cela d’autant plus que le caractère viriliste de la boxe « donne droit » à des femmes, comme par exemple Mireille Balin, une mannequin et actrice célèbre.

Le 31 octobre 1932 à Manchester, Young cède son titre de champion du monde. Suite à cette défaite, Mireille Balin le quitte, ne pouvant soi-disant pas assumer leur différence d’origines !

Sa carrière connaît ensuite des hauts et des bas, avec notamment une défaite à Paris face à Panama Al Brown en avril 1934. En novembre 1938, Young Perez se retrouve à boxer en pleine Nuit de Cristal à Berlin, sous les huées du public mais toujours fier de ses origines populaires tunisiennes juives.
Cependant, il avait également connu l’antisémitisme en France, où un débat s’était auparavant engagé pour savoir s’il avait uniquement la nationalité tunisienne, donc s’il pouvait combattre pour la France.

Mais Victor Young Perez a juré qu’il ne rentrerait pas à Tunis avant de reconquérir le titre mondial, ce qui le pousse à rester à Paris. Là, il est pris au piège de l’Occupation, qui en fait désormais rien qu’un juif parmi tous les juifs à liquider.

Ainsi, il est arrêté en 1943 par la Milice, et interné à Drancy. Victor Young Perez est déporté à Auschwitz par le convoi n° 60, en novembre 1943.

À Auschwitz, il travaille en esclavage à Auschwitz 3 – Monovitz (« Buna »), à côté de l’usine de caoutchouc d’IG Farben. Il s’avère alors que le commandant du camp est un amateur de boxe. Ce dernier organise donc deux fois par semaine des combats entre prisonniers anciens boxeurs, pour l’amusement de la direction du camp.

Pendant un combat, Young Perez est opposé à un ancien champion allemand poids-lourd, qu’il envoie au tapis de manière fulgurante. Cela lui permet, pour les 15 mois suivants, de combattre deux fois par semaine (contre une fois pour les autres anciens boxeurs).

Travaillant de plus à la cuisine, Victor Perez vole chaque soir une marmite de 50 litres de soupe pour ses camarades, montrant un grand courage et un grand sens de la solidarité, ne se coupant jamais de ses co-détenus (notamment français, particulièrement ceux plus rares d’Afrique du Nord). Il tente même de s’évader, mais est arrêté et soumis à deux semaines de torture.

À l’hiver 1945, au vu de l’approche de l’Armée Rouge de Staline, les nazis décident d’évacuer Auschwitz, et lancent les sinistrement célèbres « marches de la mort ». Victor Young Perez fait à ce moment partie des 51 survivants du convoi 60.

Le 22 janvier 1945, au cinquième jour de marche, la procession qui crève de faim, de froid et de fatigue s’arrête devant le camp de concentration de Glievitz / Gliwice, près de la frontière tchèque. Là, Young Perez sort du rang pour ramener du pain de la cuisine du camp. En revenant, un SS le pointe de sa mitraillette et lui ordonne de s’arrêter, juste devant un petit fossé. Une courte explication s’engage, et Victor Perez ignore vite le nazi, en enjambant le fossé avec son sac de pain.

Victor Young Perez est abattu sur place, le corps rapidement recouvert d’un manteau blanc, alors qu’il vient d’avoir 34 ans. Il n’aura jamais revu la terre de Tunisie.

[La destinée de Victor Young Perez a inspiré un livre pour enfant : « Champion » de G. Rapaport.
Elle a également inspiré une histoire similaire mais fictive, retranscrite en BD : « Carton Jaune » de D. Daeninckx et A. Hanouka.
Enfin, elle sera portée au cinéma dans un film de S. Suissa, cette année si D.ieu veut.
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