Mise au point par l’Action Antifasciste Bordeaux

Mise au point après la manifestation occasionnée par la conférence Oubrou-Soral

Nous avions parlé de la conférence Oubrou-Soral (1) sur notre site internet (www.aabdx.e3b.org « Conférence Oubrou-Soral: soyons clairs, Tareq Oubrou est à Soral et à la bourgeoisie de France ce que les harkis étaient à l’armée française! (et encore, beaucoup de harkis ont, eux, été enrôlés de force!) ») bien avant sa tenue samedi 18 avril 09 à Bordeaux.

Cette conférence a rassemblé environ 150 personnes.

Parallèlement, un groupe ayant choisi le nom de « Coordination Antifasciste Bordeaux » a décidé d’organiser une manifestation visant à protester contre la tenue de cette réunion publique. Un tract appelant à cette manifestation a été distribué (il est visible sur notre site ici). Ce tract et cette manifestation sont critiquables sur de nombreux points.

Le fait que cette « coordination antifasciste Bordeaux » n’ait pas d’existence autre qu’à l’occasion de cette action va nous permettre d’engager sereinement le débat sur ces positions et ces modes d’actions qui touchent le mouvement antifasciste depuis un certain temps sans pour autant stigmatiser des individus.

Ce groupe qui a manifesté avec une banderole reprenant le symbole de l’action antifasciste (les drapeaux entrelacés) véhicule de nombreuses idées que nous considérons comme fausses. La situation étant critique notamment parce que la culture fasciste est déjà omniprésente, nous ne pouvons donc pas rester silencieux face à ces erreurs.

Comme la crise du capitalisme s’accentue, ces groupes fascistes qui, aujourd’hui, sont à l’état de proposition stratégique pour la bourgeoisie impérialiste de France, sont à prendre très au sérieux. En ce sens, il faut comprendre que ces groupes même s’ils bénéficient déjà du soutien de quelques riches bourgeois qui leur permettent d’acquérir des locaux et d’avoir accès à des journaux comme Libération, Sud Ouest et 20 minutes à Bordeaux, auront bientôt à leur dispositions des moyens financiers colossaux.

Pour leur barrer la route, il est indispensable de passer par une analyse et une compréhension correctes du fascisme en tant que mouvement. Le fascisme ne se résume pas aux fascistes. Le fascisme est le résultat de la mobilisation de la fraction la plus agressive de la bourgeoisie impérialiste elle-même issue de la fusion des capitaux bancaires et industriels. La bourgeoisie impérialiste vit de l’exploitation des pays colonisés et pousse à un repartage du monde dans le cadre de la compétition entre les pays impérialistes. Le fascisme est la réponse de la bourgeoisie à la crise, le refus de voir baisser son taux de profit, la relance par la guerre qui vise à s’approprier de nouvelles richesses tout en nécessitant une reconstruction.

Le fait que les couleurs fascistes soient publiquement portées par la petite bourgeoisie déclassée (profs, fonctionnaires – gratte papiers ou assimilés, petits commerçants…), et l’aristocratie ouvrière (partie des ouvriers qui ne produit pas de plus value et dont le salaire dépend aussi du travail des autres ouvriers ou des prolétaires exploités dans les colonies) ne doit pas nous tromper, c’est bel et bien la bourgeoisie impérialiste qui commande.

Le fascisme peut apparaître révolutionnaire en paroles. C’est d’ailleurs le cas d’un groupe comme Egalité et réconciliation  qui va jusqu’à mettre en avant des textes de Marx sur son site internet ou d’autres qui voudraient nous faire croire qu’ils veulent lutter contre l’impérialisme. Ce radicalisme verbal suffit à concurrencer les groupes de petits bourgeois révoltés qui ne comprennent pas la lutte des classes et n’ont pas un base populaire. C’est d’ailleurs ce que l’on retrouve au début du 20ème siècle avec Sorel (Cf. « Naissance de l’idéologie fasciste » de Zeev Sternhell).

Plutôt que de fantasmer sur de pseudos rouges bruns ou autres conneries issues des laboratoires universitaires, il faut juger les groupes sur leurs positions réelles et pas sur ce qu’ils mettent en avant (de la même manière un communiste ne l’est pas parce qu’il a un beau jour décidé de se déclarer comme tel, mais bien parce qu’il a la pratique qui va avec, qu’il sert le peuple et prépare la révolution). Pour l’exemple, nous constatons cette analyse de cette « coordination antifasciste Bordeaux » : « Alain Soral n’est pas un inconnu : hier membre du PCF (2) où il incarnait la déviation fascisante des « rouge-brun », adhérent du FN dont il a été un membre éminent du conseil national, la girouette Soral tente aujourd’hui de construire son groupuscule « perso », Egalité et Réconciliation…. Stalinien hier, fasciste aujourd’hui, antisémite toujours… » Or, quels sont les faits ? Les armées staliniennes ont libéré l’Europe du fascisme nazi. En France, la résistance contre les armées allemandes était en majorité stalinienne notamment les Francs Tireurs et Partisans (FTP et FTP-MOI). En URSS, à l’époque où Staline est secrétaire général du PCUS, l’antisémitisme est passible de la peine de mort.

Il va sans dire qu’ânonner bêtement la vision bourgeoise de l’histoire racontée à la télévision et enseignée dans les écoles et les universités de l’Etat bourgeois discrédite l’antifascisme.

Plutôt que de répéter des conneries, il faut être au plus proche de la réalité. Il faut appréhender la société à travers la lutte des classes (quelle classe agit ? quelle classe décide ? à quelle classe cela profite ?) et apprendre à démasquer les positions fascistes (comme d’ailleurs les fausses positions antifascistes empreintes de paternalisme , d’électoralisme, de suffisance…) : par exemple l’anti-impérialisme des fascistes ne parle pas de l’impérialisme français de même que leur lutte des classes se limite à la « classe » des Français, des blancs ou on ne sait quoi contre les autres nations suivant le délire de la « nation prolétaire » !

Ces groupes sont fascistes mais aujourd’hui, certaines personnes, qui vivent en dehors de la réalité, jouent à se faire peur, disent que le « sarkozysme est un régime fasciste » ou parlent de « nouveau fascisme ». Même si certaines libertés individuelles dont bénéficiait encore la petite bourgeoisie sont mises à mal (alors que nous, nous n’avions plus d’illusions, notre vie nous a appris depuis longtemps à quoi servent la police, la justice et l’école), ce n’est pas le cas. Le fascisme, c’est un régime de dictature ouverte du capital financier sur les autres classes.

Néanmoins, avec l’amplification de la crise du capitalisme, la situation évolue rapidement et l’heure de vérité dans la lutte entre fascisme et révolution se rapproche.

Cette situation ne nous laisse plus le choix. Dans le cadre de la bataille contre le fascisme, nous avons une obligation de résultat. Non seulement, il faut impérativement hausser le niveau de l’antifascisme si nous voulons gagner mais face à la puissance financière et militaire de la bourgeoisie impérialiste, pour vaincre, il faut mobiliser le peuple tout entier.

Or des mobilisations comme celles de samedi n’amènent rien de tel : « rappeler à tous les fascistes qu’ils trouveront toujours une opposition déterminée à Bordeaux » est inutile sauf à penser qu’il suffit d’effrayer ou de convaincre quelques individus pour vaincre le fascisme et c’est malheureusement cette thèse que défend aussi une vidéo d’autocongratulation très diffusée.

S’il est utile de mettre hors d’état de nuire les fascistes les plus dangereux, cela doit être fait dans d’autres circonstances, mais pas dans une manifestation annoncée et encadrée par les flics où la majorité des participants est à visage découvert alors que l’autre partie se masque pour la pose sans avoir la moindre intention d’en découdre.

Le tract est en ce sens  symbolique de l’attitude autiste d’un milieu de militants d’extrême gauche qui parle à ses semblables et veut rester entre soi. Les fascistes, fort d’un tel épouvantail, ont eu alors beau jeu d’aller vers le peuple.

Encore une fois, le fascisme ne consiste pas en les fascistes. Bien sûr, les fascistes attaquent nos concerts, cherchent à nous éliminer et nous avons bien raison de nous défendre, mais ce n’est pas suffisant. Les fascistes sont la conséquence de la progression du fascisme.

Comme le fascisme, c’est l’expression de la bourgeoisie chauviniste, il faut combattre le fascisme en mettant en avant notre culture : la culture métissée et populaire. La manifestation de samedi était tout le contraire ! Il y avait principalement des hommes blancs habillés uniformément de noir et se proclamant spécialistes de l’antifascisme (ce qui revient à dire : « on tient la rue, ne vous mobilisez pas ! ») ! Si certains se sont fait plaisir, comment peuvent-ils croire qu’en participant à de telles initiatives, ils construisent un mouvement antifasciste ?

Il est grand temps de comprendre l’impasse que représentent ces positions fausses et de se ressaisir afin de prendre en main notre destin.

Aujourd’hui, l’antifascisme, ce n’est pas se donner bonne conscience pour pas cher, c’est avant tout combattre le fascisme dans son quotidien en développant la solidarité et contribuer à organiser le peuple dans l’optique de la guerre antifasciste.

La garantie réelle contre le fascisme, c’est l’action des masses elles-mêmes.

Le 28 avril 2009

Action Antifasciste Bordeaux
http://www.aabdx.e3b.org
action-antifa-bdx (arobase) hushmail.com

(1) pour ceux qui ne sauraient pas, Oubrou est le recteur de la mosquée de Bordeaux et représentant local de l’Union de Organisations Islamiques de France, tandis que Soral, cadre du Front National jusqu’à récemment, est le président fondateur du groupe Egalité et Réconciliation qui prône l’intégration par la force des Français d’origine différente au sein d’un Etat impérialiste hyper agressif dans l’optique d’une confrontation entre les différents Etats impérialistes

(2) bien entendu, avoir été 2 ans au PCF ne signifie nullement avoir été communiste !