Le rappeur Stomy Bugsy fête demain son 37ème anniversaire.
En effet, Stomy Bugsy (de son vrai nom Gilles Duarte) est né le 21 mai 1972, de parents venuEs du Cap-Vert. Il grandit à Sarcelles (95) en banlieue nord de Paris, où cohabitent de nombreuses minorités nationales immigrées, dont… un tiers de la population d’origine juive !
Stomy Bugsy a participé à la fondation du célèbre Ministère A.M.E.R., puis a poursuivi une carrière en solo dans la musique, mais également au cinéma.
Initialement, son « blaze » était Stomy B, qui est devenu Stomy Bugzy puis Stomy Bugsy. Mais avec l’album « Rimes passionnelles », le MC a repris son pseudonyme de Stomy Bugzy, ce qui évidemment n’est pas passé inaperçu pour les fidèles… Cela avait remis sur le tapis la question de l’origine de son blaze, et les journalistes posaient assez régulièrement cette question dans les interviews.
Stomy Bugzy répondait alors que « Stomy » venait de l’ancestral label de hip-hop « Tommy Records ». Quant à Bugzy…
Le saviez-vous ?
Stomy Bugzy a toujours expliqué et assumé le fait que son pseudonyme venait du film « Bugsy » de Barry Levinson, sorti en 1992 en France.
Ce film retrace l’histoire de Bugsy Siegel, que Stomy lui-même présente explicitement comme « un gangster juif qui a fondé Las Vegas ».
Bugsy Siegel était effectivement un mafieux américain, d’une famille juive pauvre de Letychiv, actuellement en Ukraine. Il est né en 1906 sous le nom de Benjamin Siegelbaum, dans le quartier prolétaire et multiculturel de Williamsburg à Brooklyn, New York City.
Dès l’adolescence, Ben Siegel s’oriente dans la violence vers le racket. Il rencontre alors le plus discret Meyer Lansky, un autre très fameux gangster juif, qui a trois ans de plus que lui, et tous deux fondent ensemble un gang juif mafieux, qui s’oppose à d’autres gangs irlandais, italiens etc. (l’appartenance « communautaire » étant supposée couvrir contre des trahisons…).
Le gang s’imposera dans la violence et les magouilles contre ses autres concurrents mafieux capitalistes, notamment pendant la Prohibition des années 1920 – 1930, dans le trafic d’alcool, dans le racket, les assassinats, etc. C’est à cause de son audace que Ben « Bugsy » Siegel gagne son surnom (qu’il ne supportait pas, d’ailleurs), ce qui signifie « fou » comme dans… « Bugs Bunny » !
Plus tard en 1937, quand l’étau judiciaire se resserre autour de « Bugsy » Siegel, celui-ci est envoyé par le « Syndicate » mafieux en Californie pour conquérir des parts de marché (puisqu’il s’agit bien d’un capitalisme parallèle).
En Californie, il sera introduit par un ami d’enfance dans les soirées de Hollywood, et connaîtra de nombreuses aventures avec des stars, allant jusqu’à en racketter d’autres. C’est en Californie au début des années 1940 qu’il deviendra véritablement connu nationalement comme gangster.
En 1945, Siegel s’intéressera à Las Vegas, un village du Nevada, où viennent d’être autorisés les jeux de hasard. Siegel contribua au développement massif de Las Vegas comme marché capitaliste du jeu, en fondant en 1946 le Flamingo.
Mais n’étant pas un grand organisateur, l’affaire tourna (provisoirement) au fiasco, et le « Syndicate » décida de se débarrasser de Bugsy Siegel, malgré les réticences de son ami d’enfance Meyer Lansky. Bugsy Siegel sera alors abattu dans sa villa de Hollywood, deux mois après la mort de son père, le 20 juin 1947.
Certains peuvent avoir aujourd’hui une fascination pour des figures historiques des mafias. Par exemple, sur la très classique chanson « 2 of Amerikaz Most Wanted » de 2Pac Shakur, Snoop Dogg dit : « My dream is to own a fly casino like Bugsy Siegel, and do it all legal ».
Néanmoins, il faut savoir que Bugsy Siegel était un violeur, et avait souvent été employé comme briseur de grèves (« schlammer »), en se vendant au plus offrant entre les patrons et les grévistes (l’avantage allant naturellement aux capitalistes). Cela est bien entendu une pratique mafieuse courante. Mais quoi de plus anti-populaire que de servir comme mercenaire contre la classe dont on est issuE ?
Il faut donc être pleinement conscientE que la mafia n’est qu’un capitalisme brutal mais parallèle, où la concurrence acharnée déclenche les mêmes guerres de repartage que celles que lancent les impérialistes (à une échelle évidemment plus restreinte).
Aucune solution capitaliste et mafieuse ne peut répondre à la fois aux exigences de justice et aux exigences de dignité du peuple, qui fait face aux lendemains désespérants mais formule des aspirations positives. Seule la révolution le peut, en supprimant les besoins matériels qui poussent à l’individualisme et à la magouille.

Ainsi, on peut voir que le simple pseudonyme « Stomy Bugsy » est à lui seul un concentré de la culture métisse, populaire mais schizophrène du prolétariat de France :
- d’une part il assume ouvertement le caractère juif de son blaze, lui qui est issu d’une ville à forte minorité juive mais dont il ne fait pas objectivement partie (bref, tout le contraire du fasciste Booba / Élie Yaffa, d’origine juive ou pas, qui se sent obligé dans une chanson de le démentir…) ;
- d’autre part, il reflète la fascination d’une partie de la jeunesse pour le gangstérisme et la mafia, qui est en réalité un capitalisme « underground » mais tout aussi violent et anti-populaire que le capitalisme « official » (et qui peut devenir l’aspect principal quand l’État bourgeois est faible).
Néanmoins, Stomy Bugsy est lui-même réellement progressiste et franchement internationaliste. En effet, il avait été personnellement engagé dans les luttes de soutien aux sans-papiers de Cachan, ainsi qu’aux familles de victimes d’incendies dans les taudis que le capitalisme réserve, au prix fort, aux travailleurs et travailleuses immigréEs.
De plus, dans exactement deux semaines (mercredi 3 juin) sort un film où Stomy Bugsy incarne André Aliker, un « simple militant » communiste de la nation martiniquaise, qui est devenu dans les années 1930 le dirigeant du journal communiste de Martinique.
En tout cas, joyeux anniversaire à Stomy Bugzy / Gilles !
Le site de Stomy Bugzy est par ici.
La fiche Allociné du film « Aliker » est par là.